Qui est responsable de quoi (127 bis)

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Une histoire parmi tant d'autres, mais qui reçoit un écho particulier, ça arrive de temps en temps.  Un jeune migrant, sur les routes d'Europe depuis des années, pingpongé de pays en pays sous couvert des directives et lois racistes de l'Europe, se retrouve en cachot, euh pardon en cellule d'isolement.  Il n'en peut plus, il est brisé, peu importe, les méthodes de coercition lui sont imposées.  La force est appliquée par les gardiens, il souffre, veut en finir… Ses codétenus profondément scandalisés par ces traitements à un homme jeune et fragile, appellent à l'aide, dénoncent les faits, crient leur révolte en entamant une grève de la faim

Au départ : des appels à l'aide !

 

Que de tristesse, de souffrance au cours de ces errances.  D'autres viennent d'arriver, passeport et visa en main et pourtant retenus prisonniers depuis des mois... Des appels à l'aide, "j'ai demandé la visite d'un psychiatre, je n'en peux plus, je suis à bout, je vais péter les plombs"….

Voilà les appels entendus par certains et niés par tous les autres.

Et puis, des événements un dimanche après-midi dans une morne plaine près des décollages d'avions qui seront peut-être témoins des méthodes de scotchage, lors d'un "rapatriement"…

Bien sûr maintenant les directeurs et autres secrétaires d'état se défendent comme ils peuvent, niant la réalité et accusant des personnes solidaires qui elles, ne peuvent se rallier aux dénis de droits et brutalités infligés aux étrangers. 

Tactique connue, elle a déjà été utilisée par le passé.  Accuser les personnes qui dénoncent les actes inadmissibles qui se déroulent en centres fermés, d'être à la source de révoltes est lamentable à maints égards.  Il s'agit là d'une manière de fonctionner bien connue des membres gouvernants.  "C'est pas moi c'est la faute de l'autre" figure parmi leur arsenal de défense le plus courant.  Ainsi, oubliées trop vite, les dénonciations multiples d'instances telles que le Conseil de l'Europe par exemple.  Dans son rapport (juin 2009), le Commissaire aux droits de l’Homme, Thomas Hammarberg, met en lumière, une nouvelle fois, une série de situations critiques.  Il y indique "qu'au sein même des centres fermés", certains étrangers font l'objet de décisions d'isolement et constate le flou et l'arbitraire qui règnent en la matière.  Ce rapport réclame aussi un renfort de la sécurité juridique des étrangers détenus en proposant d'instaurer une permanence d'aide juridique puisqu'elle n'existe pas, et en mettant en place une commission des plaintes indépendante.  Rien qu'à la lecture de ce rapport, il est évident que l'argument avancé par le secrétaire d'état selon lequel, "il n'y a pas de plaintes, donc il n'y a pas de faits" est tout à fait inadéquat.

Rappelons aussi, puisque besoin est, le rapport accablant sur les centres fermés des médiateurs fédéraux (juillet 2009), qui y dénoncent le recours "abusif" à l'isolement des occupants difficiles à des fins disciplinaires, ainsi que l'enfermement de personnes souffrant de troubles psychologiques. "Les conditions de détention de ces personnes sont susceptibles de constituer un traitement inhumain et dégradant". Le médiateur fédéral est d'avis qu'une détention de plus de deux mois peut, dans certains cas, porter atteinte à la dignité humaine et engendrer des effets disproportionnés par rapport à l'objectif poursuivi par l'enfermement.  Hé oui, rien que ça!

Et donc, ce seraient les personnes solidaires, qui veulent dénoncer menaces et brutalités, traitements dégradants, propos racistes, sanctions, qui seraient "responsables" des émeutes des détenus?  Allez, allez, un peu d'honnêteté intellectuelle voyons!

Il est vain de jeter le discrédit sur les témoignages recueillis de la "technique du matelas". Que ce soit utilisé hors de centres ou à l'intérieur, n'enlève en rien le fait qu'il faille le dénoncer.  Où est la différence?  Ah, si c'est en dehors, ça ne dépend pas de moi, donc, moi pas connaître!   Ah, pas de plaintes? Ah ben alors moi pas connaître !

Et que penser du fait de se rendre sur place pour constater les dommages matériels à des bâtiments et pas les dommages physiques et psychologiques à des êtres humains?

La terminologie joue aussi évidemment, s'empresser de mettre une étiquette "d'extrême quelque chose", pour faire peur, alors qu'il ne s'agit que de personnes d'extrême conscience humaine et d'extrême solidarité.  C'est donc cela qui choque dans notre système?  Mieux vaut se cacher les yeux, se boucher les oreilles pour ne pas voir ou entendre et fermer son clapet? Système qui piétine, au-delà des migrants : les droits.  A quand le piétinement de ceux des "légaux"?

De plus, ceux qui viennent exprimer leur solidarité avec d'autres humains qu'on enferme parce qu'ils sont dépourvus de papiers de séjour, ceux qui ont entendu les appels à l'aide de l'intérieur, ceux qui ne supportent pas ces traitements indignes qui sont quotidiennement infligés aux détenus, ceux qui, à contre-courant de l'énorme majorité sourde et silencieuse, entendent les cris et les pleurs, les souffrances et les peines, seraient donc coupables de la révolte des maltraités??  Et que celui qui tente de se sauver soit soutenu, est-ce donc si étonnant? Assurément, il se serait agi de non-assistance à personne en danger s'il en avait été autrement.  Probablement eut-il fallut le repousser de l'autre côté, lui faire faire une chute de 5 mètres pour se garantir la respectabilité des ministres, bourgmestres, policiers et autres citoyens… C'est peut-être de cette respectabilité au rabais que les solidaires ne veulent pas. Ils veulent pouvoir se regarder dans le miroir et refusent que l'on ne puisse un jour dire d'eux "ils savaient mais n'ont rien fait"!