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Communiqué de solidarité face à la violence haineuse des racialistes fanatiques
posté le 09/01/17 par Un sympathisant du CCI Mots-clés  réflexion / analyse 

Suite à l’agression des participants à la réunion publique du 28 octobre au local de l’association Mille Bâbords à Marseille1 par une bande de fanatiques se réclamant du racialisme, le CCI tient à apporter toute sa solidarité.

Voici les faits relatés par les agressés eux-mêmes : « Vendredi 28 octobre se tenait sur Marseille, dans le local militant « Mille Bâbords », une réunion publique autour du texte « Jusqu’ici tout va bien ? »2. La discussion n’avait pas encore commencé lorsqu’un groupe d’une trentaine de personne a fait irruption dans le lieu. Ce groupe entendait empêcher la discussion prévue (…). Après l’encerclement de l’assistance sous forme de happening, dans un simulacre de nasse, des cris et slogans divers ont fusé : « Notre race existe », « Ce débat n’aura pas lieu », « Pas l’histoire vous ne referez », « Votre avis on s’en fout », « Regardez vos privilèges », (…) Aux insultes ont succédé les boules puantes, et des coups répétés, dont certains au visage avec arme, des chaises ont été jetées sur l’assistance, les tables ont été systématiquement jetées au sol, y compris sur une personne en béquille, du gaz lacrymogène a été répandu dans le local et des personnes ont été gazées au visage (yeux et bouche). Les tables de presse, la bibliothèque de Mille bâbords ont été saccagées, des revues et des livres jetés et piétinés. Et pour terminer, ils ont défoncés la vitrine du local. (…) Malgré cette attaque, une intéressante discussion a finalement pu se tenir, comme ce sera le cas partout et à chaque fois que cela s’avérera nécessaire. Face à ces actes extrêmement graves, dont le but avoué est d’empêcher toute discussion critique sur le racialisme, chacun, politiquement et pratiquement, est appelé à prendre ses responsabilités. N’hésitez pas à contacter Mille Bâbords pour leur apporter tout votre soutien3. Des organisateurs et des participants à la soirée. » (in « Marseille : Descente racialiste à Mille Bâbords. Tentative de mise à sac, coups, gazage et vitrine détruite »).

Les agresseurs ont durant l’attaque distribué un tract intitulé « Anti-racialistes et anti-racialisatrices, stay et protect your home »4 dans le quel ils crachaient toute leur haine : « Anti-racialisateurs et anti-racialisatrices vous n’aurez jamais la parole, vous n’aurez jamais notre écoute parce que : Le capitalisme se fonde sur le pillage, l’esclavage et le colonialisme. « L’abolition de l’esclavage » et les « décolonisations » n’ont pas démoli le racisme structurel et ses répercussions pour le moins d’actualité. Les privilèges des pays occidentaux impérialistes demeurent à un niveau international. Nous refusons votre vision européano-centrée et réactionnaire de la lutte des classes. Il vous suffirait de sortir de votre entre-soi confortable pour voir la réalité dans les rues de Marseille. Nous refusons votre course à l’opprimé et votre incapacité à reconnaître vos privilèges de petits gauchistes blancs de classe moyenne. Nous n’avons pas de temps à perdre avec les négationnistes. Nous saboterons toutes vos initiatives. Nous revendiquons notre autodétermination, notre émancipation, notre libération par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Nous n’avons pas besoin de votre validation quant aux termes que nous utilisons pour définir qui nous sommes, ce que nous sommes et ce pour quoi nous luttons. En somme on vous chie dessus bande de racistes réactionnaires négationnistes néo-colons.... Finalement il va vous falloir assumer : Vous n’êtes qu’un des bras armé (de vos claviers) de la république laïcarde qui nous fait gerber ! »5.

Durant les jours qui avaient précédé cette réunion, de nombreux appels à casser du « gouaires »6 avaient été lancés sur les réseaux sociaux. Il s’agit donc d’un acte prémédité et concerté.

Ces agresseurs appartiennent à un courant particulier du racialisme principalement représenté par le Mouvement des Indigènes de la République, dont Houria Bouteldja est l’une des personnalités la plus visible. Le titre de son dernier livre résume à lui seul l’axe central de ce courant de non-pensée : « Les blancs, les juifs et nous ». Un ouvrage immonde qui tente de nier la lutte des classes pour la remplacer par une guerre des races (« Je vous le concède volontiers, vous n’avez pas choisi d’être blancs. Vous n’êtes pas vraiment coupables. Juste responsables » affirme ainsi Madame Bouteldja.). Nous reprenons à notre compte cette idée défendue dans le texte publié sur le site de Mille Babords « Jusqu’ici tout va bien ? » : « le racialisme ne peut mener qu’à la guerre de tous contre tous ». Ceci d’autant plus que "la guerre de tous contre tous" est déjà une réalité et que la violence ne fait que s’accroître. Dans ce sens, il est nécessaire de s’y préparer et important d’en débattre.

Pourquoi les participants lors de cette réunion à Mille Babords ont-ils été la cible de ce déchaînement de haine et de violence ? Simplement pour ce qu’ils représentent, un effort pour comprendre le monde capitaliste et son évolution, pour se rassembler, débattre et s’organiser, pour participer au développement de la conscience et se réapproprier l’histoire du prolétariat7, son identité, son combat pour l’émancipation de toute l’humanité. Dans la période actuelle difficile, de telles tentatives sont rares et précieuses.

Alors que l’atonie, la division, l’atomisation et le désespoir exercent un poids dans la société, ceux qui se sont rassemblés ce 28 octobre dans le local de Mille Bâbords et qui ont maintenu le débat malgré les coups, eux qui n’ont pas cédé aux provocations, à la peur, aux intimidations et à la répression, révèlent par leur courage et leur ténacité la véritable nature profonde de la classe ouvrière, une classe associée, désintéressée et solidaire.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une partie de ceux qui gravitent autour ou à l’intérieur de l’association Mille Bâbords est issue du mouvement des étudiants contre le CPE de 2006, car ce mouvement avait justement réussi à organiser de véritables débats dans des assemblées générales ouvertes et à mettre au cœur de sa dynamique la question de la solidarité de la classe ouvrière tout entière, de tous les secteurs, de toutes les générations, de tous les quartiers, de toutes les origines, de toutes les couleurs ! A l’époque de ce mouvement contre le CPE, la bourgeoisie avait réagi par la violence policière organisée de l’État et en laissant de jeunes « casseurs » agresser les étudiants dans les manifestations.

Aujourd’hui, les racialistes aussi se chargent de ce sale boulot. Les éléments qui luttent pour le débat ouvert et qui font l’effort de se rassembler et réfléchir ensemble, ont été, ce 28 octobre, la proie d’une attaque haineuse qui préfigure bel et bien les dangers croissants et le caractère protéiforme de la répression bourgeoise. Car oui cette agression planifiée est un acte de répression. La violence et la haine abjectes de ce commando de racialistes, leur promotion de la « lutte des races » comme leur volonté de détruire tout lieu de débat réel révèlent leur « no-future », l’idéologie du nihilisme des couches sociales qui ne portent aucun avenir pour l’humanité. Ils sont un pur produit de la décomposition de la société et in fine ils apportent leur petite contribution à la dynamique morbide du capitalisme. Certains de ces éléments n’hésiteront pas à assouvir leur pulsions criminelles par des meurtres si le contexte leur est favorable et si l’occasion se présente.

Aux victimes de ces actes de violences inadmissibles, nous tenons à témoigner notre soutien et toute notre solidarité. Le débat est d’une importance vitale pour le combat révolutionnaire et il est impératif de défendre tout lieu de débat prolétarien !

Courant Communiste International - http://fr.internationalism.org

1 Sur son site, l’association Mille Bâbords située à Marseille se présente ainsi : « Mille Bâbords est une Médiathèque Alternative, un lieu dédié à la promotion et à la connaissance des différents mouvements de luttes sociales. C’est un lieu ouvert, où le public peut se rencontrer, se mettre au courant, découvrir et échanger, sur des pratiques, des interrogations, des points de vues,... et voire passer à l’action... Partant du constat d’un manque d’espaces pour que les mouvements sociaux puissent, dans leur diversité, échanger entre eux, et avec un large public, nous avons créé ce lieu, telle une vitrine animée des idées alternatives à une société trop barbare... »

2 https://tuttovabene.noblogs.org/ Ce texte dénonce le racialisme comme un poison idéologique nauséabond.

3 contact : batlarace chez riseup.net

4 Reste et protège ta maison.

5 https://nantes.indymedia.org/articles/36052

6 Terme raciste anti-blanc signifiant « porc ».

7 Un débat a récemment eu lieu sur le Manifeste du Parti communiste de 1848 et un autre sur la révolution russe est prévu dans les mois à venir.


posté le 9 janvier 2017  par Un sympathisant du CCI  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • Communiqué concernant l’action anti-raciste du 28 octobre à Mille Babord (Marseille).
    Suite à l’appel d’une discussion intitulée « s’opposer au racialisme, les révolutionnnaires contre le racialisme et son immonde » accueillie par Mille Babords [1], vendredi 28 octobre 2016, nous avons décidé d’y mener une action directe.

    Nous sommes 15 militant-es racisé-es majoritairement femmes, gouines, trans de différents horizons politiques marseillais. Nous sommes allé-es dans ce local non cagoulé-es et encore moins armé-es, en vue d’empêcher cette discussion. La nécessité de notre initiative vient de l’escalade de la violence et du mépris dans le « milieu gauchiste », à savoir :
    - L’apparition de blogs aux propos racistes, diffamatoires, négationnistes et anti-libertaires.
    - La publication de textes depuis un an ; sur des sites nationaux mais refusés dans plusieurs villes.
    - L’accueil de la discussion par le local de Mille Babords.

    Nous sommes venu-es armé-es de notre tract [2] , déterminé-es à visibiliser notre colère en scandant nos slogans :
    « cette discussion n’aura pas lieu », « votre avis, on n’en veut pas », « vous ne referez pas l’histoire », « négationnistes » et « regardez vos privilèges ».
    A l’écoute de nos slogans quelques personnes ont décidé de quitter la salle.

    Étaient présent-es majoritairement une trentaine d’hommes blancs et cis [3] qui ont commencé à perdre leur sang-froid suite à notre riposte verbale. L’un d’entre nous a été empoigné par un personnage connu pour son virilisme et sa violence. En quelques secondes, des altercations physiques ont suivi et nous avons poursuivi notre autodéfense autant que nécessaire.

    Dans l’altercation, nous avons pu entendre notamment :
    « on vous a toujours accueilli »,
    « on a sauvé vos parents »,
    « vous êtes manipulé-es »,
    « on lutte pour vous »,
    « c’est qui les fachos ? ».

    Au cours de l’action, des tables ont été retournées, des chaises ont volé, des brochures ont été balancées et nous avons récupéré l’affiche en soutien à Georges Abdallah.
    Nous avons quitté les lieux en jetant des boules puantes.

    Suite à notre départ, sur le trottoir, ce groupe frustré a déversé sa haine et sa violence sur d’autres opposant-es à la soirée jusqu’à menacer en brandissant une matraque télescopique. Puis dans la foulée, ils ont tabassé une personne au sol, à plusieurs.
    La casse d’une vitre est une conséquence des événements, et n’a été à aucun moment l’intention de notre action. Nous n’en portons pas plus la responsabilité que les personnes à l’initiative de la soirée et l’équipe de Mille Babords.

    Le lendemain, les personnes à l’initiative de cette discussion se sont permises de diffuser des sms et des tracts [4] de diffamations, de délations (appartenance à des groupes politiques), d’insultes et de menaces largement relayées par le milieu militant soi-disant libertaire et anti-raciste marseillais. Dans la nuit de dimanche 30 à lundi 31 octobre, Mille Babords publiait à son tour un communiqué [5], proche de la version des textes et sms diffusés.

    Et c’est sans surprise que nous avons constaté le consensus et l’acquiescement silencieux de nombreuses personnes du paysage « politico-révolutionnaire ».

    Des témoignages et des textes de réflexion sont à venir.

    https://iaata.info/Chronique-d-une-action-d-autodefense-a-Marseille-1657.html

  • Une polémique [1] a récemment agité le milieu libertaire français concernant l’utilisation des termes race, racialisation, racisés etc. certains dénonçant une essentialisation du débat sur le racisme, essentialisation qui relèverait elle-même du racisme. Selon ce point de vue, reprendre ces termes serait contribuer à propager la grille de lecture raciste.

    Dans un premier temps il semble que, tel quel, cet argument est absurde : il n’est pas question de reprendre ces termes pour les valider mais pour les étudier afin d’en révéler l’aspect socialement et historiquement construit, et d’en proposer une définition critique qui révèle cet aspect construit.

    Cet argument est donc à peu près aussi absurde que si on affirmait que parler de prolétariat pour critiquer l’exploitation reviendrait en fait à contribuer idéologiquement au capitalisme en acceptant de nous reconnaître comme des prolétaires. Ou encore qu’il ne faudrait pas utiliser le mot racisme parce que ce terme contient le mot race, donc valide le racisme. Il ne s’agit pas d’une question de mot mais d’analyse à laquelle ce mot renvoie et dans le contexte de laquelle il est employé.

    Pour lutter contre notre situation nous avons besoin de la nommer et de l’analyser parce que les catégories qui nous assignent sont déjà existantes. Nous ne choisissons pas de nous identifier à notre catégorie sociale, celle- ci s’impose à nous, de façon d’ailleurs assez violente, se reconnaître comme racisé.e ce n’est pas proclamer fièrement une identité, c’est simplement reconnaître que nous sommes la cible d’un dispositif d’assignation sociale spécifique, dispositif socialement construit que nous cherchons à analyser et contre lequel nous voulons lutter.

    Bref, comme le disait le proverbe « Il ne suffit pas de nier les barreaux d’une prison pour qu’ils disparaissent ».

    Cependant, si la récente polémique ouverte sur la racialisation dans le milieu libertaire est peut-être, entre autres, symptomatique d’une certaine forme de réaction contre la montée en puissance d’une analyse antiraciste critique dans ce dit milieu, on ne peut absolument pas se limiter à cette analyse.

    Premièrement parce que cette forme de réaction n’est pas le monopole de personnes plus ou moins assignées blanches. Deuxièmement parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’une forme de réaction, au sens droitier du terme, parce que le champ lexical de la race a une connotation, en tout cas en France, purement raciste, et qu’il est absurde de vouloir nier cette histoire si l’on se prétend critique.

    Certes, le champ lexical de la race est aussi utilisé depuis maintenant longtemps de façon critique, dans les sciences- sociales [2] par exemple, mais cette utilisation est le fait de spécialistes qui maîtrisent la dimension critique de ces termes et le fait qu’ils se réfèrent, non à des réalités biologiques à proclamer mais à des constructions sociales à critiquer.

    Lorsque l’on sort un ensemble de termes de leur champ d’utilisation spécifique pour un autre, en l’occurrence pour les projeter dans le champ politique, surtout de façon ouvertement polémiste ou provocatrice, il est inévitable que cela suscite une levée de bouclier. Inévitable et même assez sain parce que cela révèle que ces termes restent choquants, ce qui est tout de même un bon signe même si cela ne produit pas que de bons effets. On ne peut pas nier la portée potentiellement choquante de l’usage de ces termes dans le champ politique en France, ni nier que ceux qui ont polémiqué sur leur usage aient pu le faire en toute bonne foi du fait de leur tradition politique ou de leur sensibilité.
    Le débat sur le racisme est un chantier qu’il faut assumer, c’est-à-dire déjà assumer le travail de réflexion, de débat, de pédagogie, voir d’auto- critique éventuelle, qu’il demande.

    Pour notre part, nous assumons d’utiliser le mot « race » pour désigner le « système d’assignation des individus à une catégorie, socialement construite, basée sur des marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno- culturels, éventuellement justifiés par un discours pseudo- scientifique ».

    Si quelqu’un penser avoir un meilleur terme ou une meilleure définition à proposer, nous sommes à l’écoute.

    De notre point de vue on ne peut pas écarter a priori l’idée qu’une essentialisation du débat, et l’émergence de mouvements identitaires et racialistes pourraient survenir à la faveur de crises du capitalisme. On ne peut donc pas blâmer gratuitement ceux qui s’en inquiètent et de renvoyer cela à du racisme de leur part.

    Il faut donc ici rappeler une chose importante : c’est le racisme qui produit la race. Beaucoup de racisé.e.s se considèrent comme blanc.he.s et découvrent leur assignation raciale vers l’adolescence ou dans le monde du travail après avoir vécu sans aucun lien avec la soi- disant culture d’origine liée à leur racialisation.

    L’affirmation d’une identité, qu’elle soit ouvrière, raciale ou autre, à travers une culture réelle ou fantasmée, et les positions d’empowerment, si elles peuvent se comprendre comme formes de réaction à la brutalité de l’oppression subie, relèvent pourtant tout autant de la construction.

    Certes il peut être tentant, voir politiquement utile à un moment donné, de retourner le stigmate en revendication et de commencer à se construire un lien avec son assignation raciale sur des bases culturelles, en « cherchant ses racines » comme on dit.

    Le discours raciste à dominante biologique a produit des formes de résistance qui ont, en retour, investit le terrain du racialisme, comme le suprématisme noir américain.

    Pareillement, il peut être intéressant d’émettre l’hypothèse que le discours ethno-différentialiste, en mettant l’accent sur la culture, produit une réaction de surinvestissement de ce terrain, et donne lieu à l’apparition de discours d’empowerment identitaires, mais cette fois ci sur le mode culturaliste.

    De notre point de vue il s’agit cependant d’une stratégie obsolète, justement parce que, notamment du fort métissage, le racisme repose de moins en moins sur des identités fixes et bien définies. Il devient donc de plus en plus difficile de prétendre assigner une identité culturelle stable à une catégorie raciale.

    Les races comme catégories, qu’on les dise biologiques, culturelles ou même sociales, se révèlent de plus en plus floues tandis que la race, comme système d’assignation, devient de plus en plus précis et concret dans ses manifestations.
    On assiste ainsi, en France, à des offensives racistes se manifestant par des dispositifs législatifs ciblant des éléments matériels. On pensera évidemment aux mesures ciblant prioritairement les femmes, et leur habillement (voile à l’école, burkini sur la plage etc.). On pensera également à l’antiterrorisme et aux récentes polémiques sur les « tests de radicalisation » à l’école, pour ne prendre que cet exemple.

    Politiquement, ce ne sont pas les catégories (sans cesse changeantes) qui importent mais le système qui les fait exister, les modifie, les remplace par d’autres, et c’est pourquoi les stratégies d’empowerment identitaire nous paraissent obsolètes : les clichés sur la culture d’origine ou les marqueurs physiques ne sont qu’une partie de la racialisation. Etre racisé.e c’est être aussi un.e sauvage, un.e délinquant.e, un.e terroriste potentiel, une menace pour la civilisation, un archaïsme opposé au progrès etc. Il ne s’agit pas simplement de blagues sur le crépu des cheveux ou sur le fait de manger du couscous : les catégories raciales fonctionnent étroitement avec les catégories criminelles et/ou pénales, elles relèvent donc de problématique de gouvernement de la population.

    Population qui, dans les sociétés capitalistes, est essentiellement de la force de travail.

    Toujours pour prendre cet exemple, le racisme français se focalise notamment sur la question de l’Islam, et le prend pour prétexte à des avancées en matière sécuritaire et antiterroriste, et ces mesures n’impactent pas que les « racisé.e.s ».

    Notre hypothèse de travail, qui se veut critique, est que ce que l’on appelle le racisme semble constituer un moment du contrôle social de la force de travail dans les sociétés capitalistes. Rien ne semble indiquer qu’il existera toujours, en tout cas sous cette forme, ni qu’il ne sera pas intégré et/ou dépassé dans des formes de marquage et de contrôle social plus vastes et plus complexes, peut être hétérogènes à celles que nous connaissons actuellement.

    https://mignonchatonblog.wordpress.com/

    Notes

    [1] Tiens, ça glisse. Pamphlet anonyme.
    Jusqu’ici tout va bien. Pamphlet anonyme.

    [2] Patrick Simon. Les statistiques, les sciences sociales françaises et les rapports sociaux ethniques et de « race » in Revue française de sociologie. Volume 49. 2008.
    A lire sur :
    https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2008-1-page-153.htm
    Mirna Safi. Les inégalités ethno-raciales. (Editions La Découverte, Collection Repères). 2013.

    https://iaata.info/Utiliser-le-mot-race-1512.html

  • On s’en branle des militants, ils servent à rien.

  • Lorenzo Kom’boa Ervin est un ancien membre du Black Panther Party (BPP). Dès 12 ans, il milite au sein de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), puis devient activiste contre la guerre au Vietnam avant de rejoindre le BPP à la fin des années 1960. En 1969, il fait partie des Panthers qui détournent un avion pour Cuba afin de fuir une condamnation aux États-Unis, accusé du meurtre d’un dirigeant du Ku Klux Klan. Après un exil à Cuba et en Tchécoslovaquie, il est rattrapé par les autorités états-uniennes et passera près de 15 ans en prison. Militant de l’autonomie noire, il a notamment écrit Anarchism and the Black Revolution.

    Réagissant à l’une de mes chroniques portant sur le contrôle au faciès et la police du Michigan, un blanc « radical » me reprocha de parler de cette forme de harcèlement policier comme d’un délit de « conduite en état d’être noir », étant donné que lui, un blanc, avait déjà été arrêté à cause de ses « cheveux longs ». Il en vint aussi à me dire qu’il faudrait que je me recentre sur les « questions de classe » plutôt que sur les « simples enjeux liés à la race ». Étant donné que je ne voulais pas lui répondre par une lettre personnelle, et que je n’avais franchement aucune envie d’entamer une fois encore une discussion avec un radical blanc de classe moyenne arrogant, je décidai de le faire dans ma chronique.

    Je pense que beaucoup de blancs ne comprennent tout simplement pas à quel point cette question est importante, de la même façon qu’ils ne comprennent pas l’impact réel qu’a le racisme sur la vie des Noirs dans leur relation avec les autorités et l’État. Des Noirs ont été abattus à cause du profilage racial et d’autres formes de harcèlement raciste. Ils sont emprisonnés en grand nombre à cause de conditions de vie médiocres et du manque d’emploi dans ce pays. Des nourrissons noirs sont frappés par la mortalité infantile dans des proportions semblables à celles du tiers-monde faute d’une alimentation appropriée. De plus, les Noirs sont obligés de vivre dans des ghettos raciaux et économiques dans lesquels beaucoup meurent de maladies curables ou en souffrent pendant des années. Leurs communautés sont appauvries et sous-développées à cause du refus délibéré du gouvernement de financer les programmes de développement local [community development]. En d’autres termes il s’agit d’un peuple opprimé et non de simples individus harcelés pour leur façon de s’habiller, de marcher ou de se tenir, même s’il ne fait aucun doute que cela peut avoir un rôle dans des cas particuliers.

    Mais le racisme et les violences policières vont au-delà de l’apparence extérieure des Noirs. Le fait que ce soit le gouvernement lui-même qui protège ces policiers racistes, même quand ils commettent les plus horrifiants des meurtres, devrait nous faire comprendre à tous cela, ainsi que le fait que ce soit un nombre disproportionné de Noirs qui sont tués et pas des blancs portant la barbe, une queue de cheval ou vêtus de tee-shirts bariolés. Ce n’est tout simplement pas la même chose mon ami ! Nous ne sommes pas en train de parler des préjugés personnels d’un stupide blanc qui « n’aime » pas les Noirs, mais d’un racisme d’État structurel, d’une oppression nationale comme certains sociologues l’appellent, ou encore d’un « colonialisme intérieur ». Et le policier lui-même n’agit pas comme un individu mais bien plus comme un agent de l’État, « un tueur à gages ». Aujourd’hui, tout le monde prétend comprendre cela intellectuellement, mais les Noirs subissent la violence dans le monde réel, pas en théorie.

    Dans toute discussion sur les questions de classe aux États-Unis, l’analyse de la suprématie blanche et celle des inégalités économiques doivent aller de pair. La plupart des radicaux blancs veulent soigneusement classer les questions de race dans une catégorie à part, puis les questions de classe dans une autre catégorie. Nous appellerons cela du « radicalisme vulgaire », car il est totalement déconnecté d’une quelconque compréhension sociale ou politique du problème. La classe ouvrière états-unienne n’a jamais été monolithique. Il y a toujours eu un double niveau économique : des travailleurs opprimés, pauvres et de couleur en bas, et des blancs mieux payés et mieux traités en haut, profitant de la misère des premiers. Et je ne parle pas seulement des patrons, comme tant de soi-disant « radicaux » aiment à le dire quand ils invoquent le mythe d’une prétendue « aristocratie du travail ».

    Dans un pays dont l’histoire est faite de génocide racial, d’esclavage racial et d’autres formes d’oppression raciale, c’est du chauvinisme et de l’opportunisme politique de la pire espèce que de demander aux gens de couleur de suivre aveuglement quelques mouvements sociaux ou politiques dominés par des blancs pour se libérer. Ceci a été un problème depuis des décennies pour les syndicalistes, les socialistes, les anarchistes et autres mouvements radicaux. Ils ont une compréhension blanche, de classe moyenne, de cette oppression de race et de classe qu’ils réduisent à de simples préjugés. Pour eux, le problème consiste à montrer « à ces Noirs » qu’ils n’ont qu’à « nous suivre ». La figure du « héros blanc de la classe ouvrière » est une idée véritablement dangereuse, déconnectée de la réalité et glissant elle-même vers le racisme.

    En considérant l’épidémie de crimes policiers, et le fait que le système carcéral est désormais utilisé pour enfermer massivement les Noirs et les non-blancs pauvres, refuser d’admettre que cela se produit à cause de l’héritage raciste des États-Unis et parce que ce système capitaliste politique et économique est sur le déclin est une trahison et une fuite face à la réalité. Il est amusant de constater à quel point, aux États-Unis, la plupart des blancs ont une conscience amenuisée quand il s’agit de racisme. Ils le voient comme un complément de quelque chose d’autre, qu’il s’agisse d’une théorie économique ou d’un dogme religieux. La question des rapports de pouvoir interne (dont le racisme fait partie) sont uniquement focalisés sur un groupe de maîtres de l’économie à Wall Street ou de grands industriels par lesquels nous sommes tous exploités de la même façon. Encore une fois, aucune analyse économique ne saurait être basée sur la seule expérience blanche et européenne, pas plus que sur celle des États-Unis d’Amérique en tant qu’État-nation. Pour moi, ça explique en partie pourquoi et comment ils se trompent toujours... en se servant d’une analyse mécanique pour tout expliquer. Ça ne prend pas avec moi, les policiers n’arrêtent pas les voitures des Noirs tout simplement parce qu’ils oppressent « tout le monde de la même façon ».

    C’est du racisme, imbécile, sors toi la tête du cul !

    https://iaata.info/C-est-du-racisme-imbecile-248

  • Face à l’émergence politique de la question raciale en France, on peut voir se dégager plusieurs types de réponses de gauche, qui ont toutes en communs d’être des d’avatars « respectables » d’un même discours raciste. Un même discours raciste qui fait des immigrés et des fils d’immigrés des facteurs de division et qui justifie leur invisibilisation, donc leur exclusion de la sphère politique.

    Mais c’est encore le raciste Alain Soral qui synthétise le mieux ce discours, citons le donc ici :

    « Le regroupement familial ne fut pas une naïveté humaniste de grand bourgeois qui plane, mais un projet pervers, dégueulasse : transformer les banlieues rouges à très forte conscience et solidarité de classe (avec un PCF à 30 %) en banlieues beurs.
    Car on ne dira jamais assez à quel point la maghrébisation, l’africanisation, la tiers-mondisation de la France ont fait baisser vertigineusement le niveau de civisme et de civilité de la population française. » [1]

    Alain Soral, peu soucieux de parler d’exploitation et de restructuration du capitalisme et de l’organisation du travail, met sur les dos de l’immigration la détérioration de la conscience de classe. Discours raciste- populiste classique dira t- on, mais pourtant ce discours n’est pas cantonné à l’extrême- droite si l’on y regarde de plus près. Nous allons voir comment cet argument de la division, au cœur de ce discours, est repris à gauche, et même à l’extrême- gauche sous des formes respectables.

    Le discours humaniste social- démocrate [2] fait du racisme une cause morale abstraite, soluble dans un grand fourre- tout qui regrouperait indistinctement toutes les formes de dominations, réduites à de simples discriminations [3] et les dépolitise ainsi en empêchant de les analyser dans leurs spécificités respectives.

    Il est assez proche, finalement, du discours anarchiste- individualiste à ce sujet, dans la mesure où l’anarchisme individualiste ne s’est ouvert ni à la critique de l’économie politique (comme les communistes- libertaires), ni aux sciences- sociales : dépourvue de méthode et de critique de la méthode, ce courant est donc resté bloqué au paradigme de la philosophie des Lumières et sa réflexion est essentiellement moraliste.

    De façon assez parlante, l’anarchisme-individualiste et la sociale- démocratie ont également en commun le fait d’être les courants idéologiques les plus virulents contre la non-mixité politique, allant jusqu’à la comparer au fascisme [4].

    De son côté, le discours marxiste- orthodoxe [5], s’il n’essaie évidemment pas d’évacuer en douce la question de classe, essaye d’y inféoder la question raciale en faisant du racisme un simple faux discours dont le seul effet néfaste serait de briser la solidarité au sein du prolétariat. Le racisme n’est donc pas traité pour lui- même, comme rapport de domination particulier, mais comme simple idéologie, qui ne serait problématique que du point de vue de la classe.
    Bien que ces discours soient de gauche, l’accusation de division, typique de l’argumentaire raciste, n’est jamais bien loin. Pour la gauche, le racisme reste au mieux une lutte secondaire, et sa mise sous tutelle paternaliste est obligatoire. Les racisés doivent accepter de rester de simples victimes du Racisme, dont on prend généreusement soin comme les petits- enfants de l’aide humanitaire, et ne doivent surtout pas tenter de se constituer en sujets politiques autonomes. Dès que les racisés n’acceptent plus de dissoudre la spécificité de leur oppression et de la rendre invisible ou secondaire voila que les potes d’hier auxquels il ne fallait pas toucher deviennent soudain ni plus ni moins que les nazis d’aujourd’hui pour avoir commis le crime de prétendre s’organiser en non- mixité.

    Cette nostalgie de l’unité et de la conscience de classes perdues que déplore Alain Soral est partagée par de nombreux gauchistes qui, au lieu d’en rendre l’immigration responsable comme le fait l’extrême- droite, adoptent le discours, plus respectable, d’en rendre les mouvements antiracistes responsables. Ce sont donc les luttes spécifiques qui feraient barrage à l’unité du prolétariat. Au sujet de ce mythe de l’unité du prolétariat nous avions écrit :

    Pour résumer, il faut bien comprendre que le prolétariat n’a pas été crée en bloc à un moment X originel, puis divisé artificiellement à un second moment Y par un faux discours dont il suffirait de dévoiler la fausseté pour que le prolétariat renoue avec son essence unitaire. Le critère vrai/faux qui opposerait le racisme à la solidarité de classe repose sur une conception idéaliste du social : pour un prolétaire blanc, le racisme offre de réels avantages à courts termes, comme toute attitude égoïste, parce que l’on ne fait pas croire aux prolétaires qu’ils sont en concurrence sur le marché du travail, ils le sont réellement.

    La division du prolétariat est une division réelle, une réalité empirique, qu’on n’abolit pas, et qu’on ne dépasse pas, en lui opposant une essence qui existerait on ne sait où, dans un ciel des idées. On peut, à la limite, tenter de produire cette unité dans la lutte, mais cette lutte ne fera pas l’économie de la mise en jeu d’un certain nombre de contradictions internes à ce que l’on appelle le prolétariat.

    Au delà de cette accusation de division des luttes, les deux seuls arguments, qui tournent en boucle, sont :

    – « Mais les races n’existent pas biologiquement ! »

    Merci, on le savait, on parle de catégories socialement construites qui font fonctionner des mécanismes que l’on essaie d’analyser, pour cela nous avons besoin d’en parler.

    - « D’accord, mais même si ce sont des constructions sociales, ce ne sont pas des catégories binaires, il y a les métis par exemple, et tout un tas de facteurs qui rendent cette histoire plus-compliquée-que-ça. »

    Merci, on le savait aussi, personne n’a dit que la racialisation était binaire, c’est un processus complexe, qui touches à beaucoup de formes de mécanismes de contrôle social, pas uniquement raciaux d’ailleurs. On essaie d’analyser tout cela, pour cela nous avons besoin d’en parler.

    L’argument de « c’est- plus- compliquée- que- ça » est un argument fallacieux classique qui consiste à dire une évidence (« C’est plus compliqué ! », merci, on le savait) pour en tirer les mauvaises conclusions : du coup il faudrait nier cette question et elle disparaitra toute seule. Auquel cas nous répondons que, justement, il faut d’autant plus étudier cette question de fond en comble qu’elle est complexe.

    On a donc vu récemment se populariser un concept pour disqualifier ceux qui tenteraient de politiser l’antiracisme : les « racialisateurs ».
    Le fond du discours sous-tendu par ce terme est parfaitement similaire au vieux discours d’extrême- droite : il s’agit de dire qu’en fait ce sont les racisés qui sont un facteur de division (de la Nation, du Prolétariat, des luttes etc.), en tout cas au moins autant que le racisme institutionnel lui-même, y compris le racisme de gauche. [6].
    Ce discours va même plus loin grâce au terme « racialisateur » on fait des racisés qui tentent de politiser leur oppression les nouveaux racistes.
    Les prétextes ne manquent pas pour détailler les manifestations de ce nouveau racisme des racisés : non- mixité, religion, burkini, racisme anti- blancs…

    De fait, cette idée n’est pas neuve, les féministes en font déjà les frais depuis longtemps avec l’appellation féminazies. On connaissait aussi les enfants- tyrans, terme qui désigne les enfants (c’est-à-dire sûrement une des catégories socialement les plus opprimée) qui ne supportent pas d’être assis sur des chaises 8 heures par jour pendant 18 ans… quelle bande de petits Hitler en culottes-courtes, en effet.

    On peut décliner le concept autant de fois qu’il existe de formes d’oppressions : racialisateurs, féminazies, enfants- tyrans, homofascistes, transdictateurs, une vraie ligue de super- vilains post- modernistes.

    Rien de neuf dans ce genre de réactions cela- dit : la situation de domination étant la norme, la rébellion est toujours vécue par les dominants comme une insupportable violence, une injustice qui leur est faite.

    Le retournement de situation peut aller assez loin dans l’outrance, on peut donc lire ce genre de commentaires sur un site libertaire [7] :

    « Vous êtes bien mignons mes chatons arrivistes avec vos « races » pas si mignonnes, mais votre place est parmi les stars, dans Ce soir ou jamais, sur Acrimed, Streetpress, dans les pépinières d’entreprises anti-discrimination, le community organising, etc. Laissez nous tranquille, parvenez enfin, nous on veut faire la révolution. »

    Il aurait tout de même été dommage que la modération du site ne supprime une telle information : il existerait une discrimination positive à l’embauche dans des secteurs économiques valorisés, ouverts exclusivement aux racialisateurs, tandis que, c’est bien connu, les militants d’extrême- gauche auraient toutes les peines du monde à se reclasser.
    Cela dit, sur cette question très intéressante des discriminations raciales dans le marché de l’emploi nous conseillons les ouvrages suivant [8].

    Que ce genre de fausse polémique, foncièrement raciste, éclate, c’était inévitable ; qui dit racisme structurel dit racisme partout, y compris à la gauche de la gauche.
    Si l’on ne peut pas totalement ni immédiatement agir sur la cause première, à savoir le racisme structurel, on peut cependant essayer d’isoler quelques causes secondaires qui ont facilité la croissance de cette pseudo- polémique, à savoir certaines formes d’opportunisme et d’avant- gardisme, ainsi que l’homogénéité sociale propres aux organisations idéologico- affinitaire.

    En dehors du fait que l’émergence d’un antiracisme politique constitue une menace pour la stabilité des rapports raciaux au sein du gauchisme [9], cette émergence a aussi fait de ce sujet une thématique politique incontournable. Il faut donc s’y positionner le plus rapidement possible, quitte à donner la parole à n’importe qui, quitte à ce qu’il dise n’importe quoi, et d’ailleurs tant mieux : plus c’est polémique et plus ça buzz.
    On a donc pu voir une partie des milieux libertaires [10] se mettre à discuter le plus sérieusement du monde des racialisateurs, sur la base de textes écrits par des personnes parfaitement ignorantes du sujet, au mépris de tout le travail déjà réalisé par des personnes concernées et des antiracistes sérieux.
    On surf ainsi sur l’effet de mode pour produire du bavardage dans lequel on ne dit rien parce que le but n’est pas d’élaborer une méthode, ni même de produire un contenu, mais d’occuper une place.
    De l’organisation d’un débat pour contester le terme d’islamophobie [11] en passant par le relais des pamphlets anti-racialistes [12] une partie du milieu libertaire bavarde tout seul sans prendre la peine de se renseigner, et se livre plus ou moins consciemment à une petite série de provocations racistes en règle.

    Le problème est que ce genre de petites agressions racistes l’air de rien (racistes donc violentes) sont de nature à produire l’effet que les anti-racialistes prétendent dénoncer : à savoir le fait que beaucoup de personnes racisées de ces milieux, ou proches de ces milieux, vont se radicaliser dans des postures identitaires. […]

    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/08/29/pour-en-finir-avec-le-mot-racialisateur/

  • A ce sujet, l’auto- critique n’est visiblement toujours pas autorisée : il est permis, sur les sites d’informations libertaires, de critiquer publiquement l’antisémitisme, l’antiféminisme et l’homophobie d’organisations comme le Parti des Indigènes de la République en citant le nom de cette organisation et en la visant spécifiquement [13]. Mais lorsque des critiques du racisme ou de l’antisémitisme internes au milieu gauchiste essaient d’être publiées sur ces sites [14], curieusement, il ne faut surtout pas citer les organisations visées. Pourquoi ? Pour ne pas relayer, nous dit- on, des « embrouilles internes ». Parce que le racisme et l’antisémitisme, c’est bien connu, sont des embrouilles. On se croirait dans la célèbre scène du deuxième film OSS 117 :

    « La Shoah ? Ah oui : quelle histoire ça aussi ! ».

    Il faut peut- être être clair : ou bien on peut mettre en cause publiquement des organisations politiques parce que ce sont des personnalités publiques et que c’est leur rôle, justement, d’intervenir en tant que telle dans le champ politique, y compris en étant critiquées, ou bien on ne peut pas le faire. Il ne nous semble pas que les milieux libertaires soient moins sexistes, antisémites et racistes que le P.I.R alors pourquoi un traitement à deux vitesses ? Si ce n’est pas du copinage de milieu on ne sait pas ce que c’est, mais dans ce cas inutile d’essayer de le justifier politiquement. Et plus du copinage de milieu il y a aussi comme un arrière fond de racisme : ce ne sera ni la première fois ni la dernière fois qu’on essaie de faire du prolétariat colonial le bouc- émissaire sur le dos duquel rejeter le sexisme et l’antisémitisme français. Le P.I.R est donc devenu un repoussoir idéal, sujet de tous les fantasmes, ce qui empêche justement les racisés de pouvoir développer leur propre critique de cette organisation puisque le terrain est déjà piégé à l’avance par des arguments racistes. On se retrouve donc toujours pris entre deux chantages : devoir hurler contre le P.I.R avec les loups racistes de gauche, ou se taire et laisser passer toutes les prises de positions intolérables de cette organisation.

    Ce repoussoir est une autre manière d’évacuer la question des rapports de domination dans les milieux libertaires. Evidemment, puisque les libertaires acceptent de reconnaître le fait que ces rapports sont structurels il faut bien qu’ils acceptent le fait qu’ils existent aussi dans leurs milieux, mais à entendre certains tout se passe comme si ces rapports n’existaient pas de façon concrète. Ils se contenteraient de planer au dessus de tout le monde, comme un esprit démoniaque qui frapperait au hasard. La seule manière de le conjurer est que chacun se livre au petit auto- examen quotidien de ses privilèges, et fasse sa petite déconstruction [15]. Les vrais racistes, sexistes, homophobes, antisémites incarnés sont toujours dehors. Et eux, on peut les citer.

    En tentant de prendre le cortège de tête sur la question raciale (comme sur toutes les autres) avec un savant mélange d’opportunisme politicien, d’ignorance, de copinage, d’avant- gardisme, et de racisme, voila comment certaines franges du milieu libertaire peuvent saboter tranquillement tout le travail des antiracistes matérialistes. Travail de formation d’un antiracisme politique qui ne nierait pas la spécificité de la question raciale tout en cherchant à dégager ses intrications avec la question de classe, de sexe et toutes les autres. Mais encore faut- il élaborer cette intrication car celle- ci ne tombe visiblement pas sous le sens. Si c’était le cas cela ferait des décennies que le taux de syndicalisation serait à 90%, et les syndicats majoritairement investis par des femmes et des racisés qui en auraient la direction politique.

    D’ailleurs il est assez intéressant de voir qu’aucun de ces pamphlets anti- racialisateurs ne traite ni de la question de classe ni de la question raciale : ils se content de faire jouer l’une contre l’autre. On n’est finalement pas loin du discours homophobe tenu par les anti- mariage- pour- tous qui se découvraient subitement une conscience sociale lorsqu’il s’agissait de souligner grassement que :

    « Pendant qu’on parle de mariage gay on ne s’occupe pas des ouvriers de PSA et de Continental ».
    On n’a, évidemment, jamais vu aucun de ces réactionnaire ouvriéristes de salon lors des manifs de soutien à PSA ou à Continental, la question de classe ne les intéressant que de façon populiste, lorsqu’elle permet d’être mise en concurrence avec d’autres luttes, en l’occurrence celle contre l’homophobie. Pour l’esprit de convergence des luttes on repassera donc.

    Entre la gauche radicale et le prolétariat colonial il y a comme une relation d‘amour/haine étrange qui s’explique notamment du fait que la racialisation de la force de travail remet en question un certain nombre de fantasmes et de postures d’identifications populaires des militants.

    Le prolétariat est une réalité segmentée, y compris par des coupes transversales à la classe : se déclasser, se mettre au RSA, ouvrir un squat, s’acheter un jogging, se mettre au graffiti et se faire des tatouages ne suffisent donc pas à vous transformer en ce lumpen viril que vous rêvez d’être.

    Vous n’êtes pas, et vous ne serez jamais, un jeune de banlieue. Ouvrir un squat dans un quartier populaire en voie de gentrification pour y monopoliser l’espace politique en déclarant qu’il s’agit de VOS quartiers (vos parents sont dans l’immobilier ?) n’y changera rien. Jamais.
    Du fantasme à la déception, et de la déception à la haine de l’objet de son fantasme il n’y a qu’un pas à chaque fois : les émeutes de 2005 avaient promus la figure du jeune- de- banlieue nouveau sujet révolutionnaire du fait de ses stigmates sociaux et raciaux (pauvre, viril et sauvage). La déception passée, voila que le sujet révolutionnaire de la veille se fait désormais taxer d’être le nouveau sujet fasciste du jour. Voila qui lui apprendra à refuser les avances qui lui avaient été faites si gentiment [16].

    La question raciale reste une question irréductible, toute tentative de la diluer a été un échec, y compris avec l’antifascisme, qui semble constituer surtout un avatar de la réponse sociale- démocrate : dissoudre la spécificité des oppressions dans un fourre- tout qui permet leur mise sous tutelle par les groupes dominants.

    Mais cette question revient sans cesse : au sein du prolétariat issu de l’immigration colonial c’est toujours de racisme dont on parle. Pas de fascisme : de racisme.
    Ni le moralisme anarchiste, ni le marxisme orthodoxe, ni l’universalisme social- démocrate, ni l’antifascisme qui est son avatar jeune et gauchiste, ne sont parvenus à étouffer l’irréductibilité de la question raciale.

    Ca ne veut pas dire que la question raciale existe hors de l’horizon du capitalisme, ça signifie simplement que son intrication avec le capitalisme est une intrication spécifique : elle doit d’abord être démêlée, décortiquée, analysée en elle-même.

    Il serait peut- être temps d’accepter enfin de politiser cette lutte dans sa spécificité parce qu’on ne comblera pas le fossé entre la gauche et le prolétariat colonial en niant l’existence de ce fossé, on ne fera que continuer de le creuser.
    Pour que la convergence des luttes puisse opérer, il faut visiblement (et c’est logique) qu’elle se fasse à partir d’un point de départ matériel, pas d’un principe abstrait.
    Ce point de départ matériel, ou plutôt ces points de départ matériels, ce sont les différentes formes de dominations spécifiques, et leurs intrications respectives : si l’on veut poser une passerelle il faut qu’elle repose sur du concret à chacune de ses extrémités, il ne sert à rien de la balancer dans le vide en proclamant qu’elle doit tenir quand même.


    NOTES


    [1] Alain Soral. Abécédaire de la bêtise ambiante. Banlieue.

    [2]Il est toujours délicat de parler de social- démocratie, comme de parler de communisme, dans la mesure où de grandes différences existent entre les idéologies originelles, les mobilisations sociales et politiques, et les politiques menées par différents gouvernements se réclamant de ces idéologies.

    Certains considèrent que ce terme est aujourd’hui obsolète pour qualifier, en France, le parti socialiste. Certains font remonter à 1936 la trahison de la sociale- démocratie au projet de rupture avec le capitalisme. D’autres font remonter cette trahison à 1914 et au vote, par les partis sociaux- démocrates européens, des crédits de guerre.

    La différence entre sociale- démocratie et communisme étant que le deuxième terme désigne toujours une frange importante du mouvement sociale, clairement anticapitaliste, tandis que même les franges les plus militantes de la sociale- démocratie semblent ralliées, au mieux, à une forme de démocratisme radical et populiste dérivé de la philosophie humaniste.
    C’est à peu près ce discours que nous ciblons aujourd’hui, il n’existe donc pas sous la forme d’un corpus bien défini, ce qui rend bien sûr notre analyse très critiquable.
    A ce sujet lire aussi notre article :
    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/lantiracisme-idealiste/

    [3] A ce sujet voire notre premier article https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/pouvoir-domination-oppression/

    [4] http://alainjakubowicz.fr/index.php/2016/08/24/camp-dete-decolonial-rosa-parks-doit-se-retourner-dans-sa-tombe/

    [5] Par marxisme- orthodoxe on désigne les courants marxistes qui font de la classe le seul antagonisme sociale et politique auquel l’idée de révolution est suspendue, ou au moins le principal auquel les autres sont inféodés.
    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/lantiracisme-idealiste/

    [6] https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/08/04/cest-toujours-les-memes/

    [7] https://nantes.indymedia.org/articles/35456

    [8] Adrea Rea. Maryse Triper. Sociologie de l’immigration. (Editions la Découverte. Collection Repères). 2003.
    Mirna Safi. Les inégalités ethno- raciales. (Editions la Découverte. Collection Repères). 2013.

    [9] On utilise ici gauchisme, gauche radicale et milieu libertaire comme de quasi- synonymes pour désigner la gauche de l’extrême- gauche classique. Un milieu ou une mouvance étant une réalité difficile à bien délimiter et catégoriser, même s’il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une réalité.

    [10] Les Hiboux & Le Glock. Tiens, ça glisse ! Pamphlet ponctuel.
    Assemblée en mixité révolutionnaire. Jusqu’ici tout va bien ? Pamphlet ponctuel

    [11] Organisé le 13 juin 2016 à 19h30 au local Le Rémouleur.

    [12] https://badkids.noblogs.org/post/2016/07/21/jusquici-tout-va-bien/
    https://mars-infos.org/tiens-ca-glisse-ou-comment-a-trop-322

    [13] https://paris-luttes.info/pour-une-approche-materialiste-de-3512

    [14] http://nopasaran.samizdat.net/IMG/pdf/lcqv_1_.pdf

    [15] Sur le contenu tendanciellement moraliste et dépolitisant de ces deux termes voir nos articles :
    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/post-modernisme-contre-universalisme-un-faux-debat/
    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/vous-avez-dit-privilege/

    [16] J’assume l’aspect procès d’intention de ce passage, il est issue d’une réflexion subjective formée à posteriori de ma participation à ce « milieu » à un moment ou je n’envisageais pas forcément d’en faire la critique sous cet angle.

    C’est tout le problème de la participation observante (une forme d’inversion de l’observation participante qui consiste à participer et à essayer d’avoir un recul critique a posteriori) : on n’est pas en permanence en train de prendre des notes et d’enregistrer des bandes sons pour avoir de bonnes sources à citer.

  • 11 janvier 14:27

    Il aurait été étonnant que le CCI ne saute pas sur l’occasion pour sortir de son isolement et hurler avec les loups "anti-racialisateurs". Qu’il ait choisi le mauvais cheval ne nous étonne pas non plus, il n’est pas toujours facile dans le milieu révolutionnaire de trouver des gens qui défendent le racisme, le colonialisme, l’impérialisme, l’apartheid et le nettoyage ethnique tout en traitant les antiracistes de racialistes. Ça reste limité à la même bande.

    Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution

    Quelques analyses autour des "anti-racialisateurs", de la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords (cf.1) à Marseille et des responsabilités politiques des sites d’infos marseillais (MIA (cf.2) et Mille Bâbords).

    Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.
    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».

    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.

    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.

    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.

    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.

    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.

    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.

    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.

    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.

    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.

    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.
    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.

    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.

    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.

    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.
    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.
    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.
    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    Notes :

    1 - Mille Bâbords est une « Médiathèque Alternative, un lieu dédié à la promotion et à la connaissance des différents mouvements de luttes sociales », ainsi qu’un site d’infos et luttes à Marseille

    2 - Marseille infos autonomes : « site collaboratif d’infos et luttes à Marseille »

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245

    Modération

    Comment Publié : le vendredi 25 novembre 2016 à 22:50 par modo

    Article validé et commentaires cachés à priori pour éviter le trollage. Des commentaires (et donc leurs réponses) ont été cachés également pour le motif suivant :

    Les articles qui accusent de « racialistes » les personnes qui s’organisent en non-mixité/construisent collectivement des luttes autour de l’analyse de la société hiérarchisée en terme de race n’ont rien à faire sur indymedia nantes. Le site permet la publication d’articles venant de personnes et de groupes qui choisissent la non-mixité comme moyen d’auto-organisation, et c’est certainement pas aux personnes non concernées de venir publier des articles pour dire a quel point c’est contre-révolutionnaire. Une identité de lutte n’a rien a voir avec un mouvement identitaire.

    Pour rappel le racialisme c’est un mouvement scientifique du 19ème et qui a créé des catégories sociales, raciales, de genre... et qui justifiait les systèmes d’oppression, la colonisation, l’exploitation de races, de classes, des femmes,... On notera aussi que ces racialistes – en plus de n’’être que des blancs –, disposaient de canaux de communications larges et de positions de pouvoir comme par exemple être au gouvernement, dans les médias et facs réputées etc.
    Peut être aussi faudrait se calmer sur le PIR et Bouteldja et arrêter de tout ramener a elleux. Tou-te-s les militant-e-s antiracistes ne sont pas forcément affilié-e-s au PIR.

    Enfin bref, vu le contexte raciste actuel, c’est pas très étonnant que ce genre de position ressortent, sauf qu’indymedia ne sera pas utilisé pour être le relais de ce type de discours.

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245#comment-279278

  • La question des premiers concernés

    Il existe une confusion entretenue autour de la question des premiers concernés sur laquelle il va falloir revenir brièvement.

    Que la formulation des revendications et la direction politique des mouvements d’émancipation soient le fait des groupes concernés par la forme de domination spécifique dont il est question c’est, en effet, un principe de base de l’autonomie politique pour des raisons qu’on pourrait évoquer mais qui ne sont pas le propos ici.

    Qu’on reconnaisse que les dominés jouissent, en matière d’analyse critique de leur propre domination, d’un biais positif leur permettant, toute chose étant égale par ailleurs, de voir a priori un peu mieux le rapport de domination comme étant un rapport de domination : certes, c’est une considération épistémologique de base.

    Mais le problème survient lorsqu’on confond le champ politique et le champ scientifique, et qu’on cherche à appliquer à ce dernier des considérations morales : lorsqu’il est question d’élaboration critique il ne s’agit pas d’être concernés ou pas, il s‘agit de rigueur méthodologique.

    Des choses tout à fait pertinentes ont été analysées sur le racisme notamment par des blanches comme Colette Guillaumin, ou encore par Christine Delphy pour ne citer qu’elles.
    Il ne s’agit pas de légitimité à donner son avis : la légitimité est une notion philosophico-morale, donc normative, elle n’est donc pas un critère critique. Il est question de la pertinence de cet avis, et celle- ci se juge à l’aune de la méthode.

    Bref, les non- concernés n’ont pas vocation à donner une direction politique aux mouvements ne les concernant pas et ne peuvent qu’y jouer un rôle de soutiens politiques, certes. En revanche ils peuvent bel et bien avoir vocation à donner leur avis sur le plan théorique, et celui- ci peut même être tout à fait intéressant et pertinent, dès lors qu’ils font preuve du minimum de rigueur méthodologique, en sachant simplement qu’ils souffrent d’un biais méthodologique supplémentaire qui les fait partir d’un peu plus loin.

    https://mignonchatonblog.wordpress.com/2016/07/23/la-question-des-premiers-concernes/

  • 11 janvier 15:13, par Prolo

    Le CCI et ses sympathisants emmerdent le troll toulousain qui n’est rien d’autre qu’un antisémite provocateur, un racialiste, un communautariste, un xénophobe, un homophobe, un sexiste et surtout un agent du capitalisme bourgeois ! Rien de constructif chez ce sinistre individu !!! Que pense-t-il du prolétariat ? Un mystère qui ne le touche pas ; quid de l’internationalisme révolutionnaire ? idem ! On pourrait lui demander en quoi ce texte est faux ?

  • 11 janvier 18:32

    "antisémite provocateur, un racialiste, un communautariste, un xénophobe, un homophobe, un sexiste et surtout un agent du capitalisme bourgeois"

    C’est un peu court, mon vieux, dans le temps tu faisais preuve d’un peu plus d’imagination dans tes analyses politiques :

    http://switzerland.indymedia.org/fr/2014/03/91680.shtml

    http://switzerland.indymedia.org/fr/2013/06/89781.shtml

  • 12 janvier 14:55, par Prolo

    Notre troll est bien en dessous de ce que je pense de lui, sachant que je hais les rouges-bruns comme les fachos. Mais la question est la suivante : en quoi le texte initial est faux ? Par ailleurs, en quoi la question prolétarienne n’ai jamais abordé par notre troll ? Qu’Est-ce qui explique que notre troll soutient l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, le Hamas, etc. ? Pour moi, TOUS les Etats sont capitalistes et non pas certains par rapport à d’autres, qu’en pense-t-il ?

  • 13 janvier 16:48, par Vieux Sympathisant de la Gauche communiste internationaliste

    Que la réponse « argumentée » à ce texte de solidarité soit le texte sur les « non-concernés » qui ne nous raconte rigoureusement rien d’intéressant, à part qu’il y aurait des « dominés » spécifiques - pas dominés par le capitalisme comme tous les prolétaires, peut-être ?… - est hautement significatif : non seulement il a été publié sur un blog dont les conceptions staliniennes sont claires et nettes - il peut se revendiquer marxiste, il ne l’est pas, du tout, et je m’y connais ! - mais il cite les conceptions de Christine Delphy ou de Colette Guillaumin qui ont toujours fait partie des cliques d’« intellectuels » autour du PCF !

    Qu’il faille se référer au compagnonnage idéologique du principal parti politique saboteur des luttes et pendant très longtemps chargé de la répression des révolutionnaires pour répondre au CCI sur la question des « racialistes » est très significatif d’où ces derniers tirent leur théorie et leur pratique politiques : des égouts de la contre-révolution.

    Les ennemis de la lutte de classe se retrouvent et se reconnaissent très bien…

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