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LA RACE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ ! Une Soirée de printemps chez les racialistes
posté le 13/07/17 par Les amis de Juliette et du printemps Mots-clés  genre / sexualité  histoire / archive  luttes sociales  Peuples indigènes  répression / contrôle social 

Les amis de Juliette et du printemps
LA RACE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ !
Une Soirée de printemps chez les racialistes
(236 p., Automne 2016)

PDF à télécharger => https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

Dans une période de recul des luttes d’atomisation et de confusionnisme diffus, alors que les thèses complotistes et antisémites de Soral et Dieudonné colonisent les imaginaires, le Parti des Indigènes de la République (PIR) s’invite sur les plateaux télé pour imposer un « nouvel antiracisme » qui ressuscite le concept de « race ».

Par le biais d’un chantage moral à la culpabilité « blanche » et collective, la non-mixité « racisée » est imposée comme une évidence dans le débat public tandis que prospèrent leurs grilles de lecture et leurs pratiques ségrégationnistes jusque dans les conflits sociaux. Alors que ces positions essentialistes issues de cénacles universitaires ne se donnent même pas la peine d’avancer masquées, une tétanie semble s’être emparée des milieux contestataires, et c’est un tapis rouge qui finit par être déroulé devant les tenants de la guerre de tous contre tous. Face à la publication d’un pamphlet ouvertement raciste comme Les Blancs, les Juifs et nous (Houria Bo*teldja, éditions La fabrique) qui voudrait tracer les grandes lignes du projet de la gauche gouvernementale comme radicale tout en lançant des appels du pied aux dieudonnistes, les réactions sont d’une rareté et d’une timidité étonnantes. De fait, ce bréviaire de la « lutte des races » qui prône la soumission des femmes et l’ostracisation des homosexuels dans les communautés, la haine viscérale du juif, « chouchou de la République » et l’hypothèse négationniste comme finalité stratégique ne choque déjà plus grand monde.

Cet ouvrage s’inscrit dans une perspective simple : contrer la tentative de réimplantation et de promotion des logiques raciales, philoreligieuses, communautaristes et identitaires avançant sous pavillon antiraciste et déblayer le terrain pour enfin ouvrir des possibilités de perspectives subversives et révolutionnaires.

Sommaire

Avant-propos

• Une question de mots ?

Introduction

• Fusiller Hazan ?

Une Soirée de printemps chez les racialistes

• La race, comme si vous y étiez !

Intersections

1 • Le libre choix de la race
2 • « Eux » les juifs, « chouchous de la République »
3 • Être l’homo du PIR, ou ne pas être – Un ultimatum
4 • Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
5 • Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé
6 • Être ou ne pas être « décolonial » ?
7 • Non-blancs, racisés, décoloniaux… Et Nous, les Algériens

Se frayer un chemin dans l’ignominie

• « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture

Postface

• A propos de tous ceux qui considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue

Annexe

• Jusqu’ici tout va bien ?


posté le 13 juillet 2017  par Les amis de Juliette et du printemps  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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Commentaires
  • 13 juillet 12:01

    vous voulez pas le republier encore une fois ? y en a qui ont pas encore compris..........

  • 13 juillet 14:02

    Fusillez Boutelja !

    Avons-nous toujours les ennemis qu’on mérite ? En règle générale, il est probable qu’il faille s’y résoudre mais la nouvelle charge éditocratique qui s’est récemment abattue en canon sur H*uria Boutelja nous oblige à reconsidérer sérieusement la question.

    Depuis la publication dans Le Monde, le 20 juin, d’une tribune signée par une vingtaine d’intellectuels en défense d’H*uria Boutelja et de l’antiracisme politique (1) – suite à un article retors de Jean Birnbaum publié quelques jours plus tôt (2) – pas un jour n’a vu pointer son zénith sans qu’une tribune indignée, un tweet offusqué ou des paroles outrées n’aient été produits par la clique étendue de nos contempteurs les plus zélés. Citons pêle-mêle quelques-uns de ces frondeurs de salon : Laurent Bouvet, William Goldnadel, Manuel Valls, Alain Finkielkraut, Didier Leschi, Robert Redecker, Élisabeth Lévy, Alexandre Devecchio, Marielle Macé, François Dubet, Jack Dion… À bien considérer cette liste, on pourrait légitimement se demander s’il est vraiment besoin de s’y attarder. Après tout, ce ne sont là que les convulsions têtues d’une fin de règne. De la droite « ultra-républicaine » à la gauche toquée de laïcité bigote, inconditionnellement charliesque jusqu’à la limite infranchissable du crime de lèse-nation (3), , liés de manière éternelle à Israël (4), tous ceux qui se remettent à peine de la gifle reçue par leur éviction du jeu politique dès le premier tour des présidentielles, tous ceux là se sont empressés d’y aller de leur petit commentaire public.

    Bien sûr, c’est céder un peu trop rapidement au sarcasme militant que de ne voir dans ce bataillon ultra-républicain qu’un amas de ressentimenteux déchus. Ils signent tous les jours des tribunes dans les journaux de référence (souvent pour dire à quel point ils n’en signent pas assez), défilent sur les plateaux de télévision et n’ont pas cessé de jouir de leur petit rond de serviette dans les officines du pouvoir. Les manettes de ce qui définit le politiquement correct et l’incorrect ne leur ont pas encore été confisquées. Loin de là. Mais l’on ne peut tout de même s’empêcher de voir quelque chose comme un réflexe de survie dans cette spasmodique levée de boucliers. Fin de règne, disions-nous.

    Et que l’on s’épargne – de grâce ! – de convoquer les sempiternels monstres gramscistes de l’entre-deux-mondes qui auront traversé désormais toutes les bouches, à l’appui des thèses les plus diverses. L’entre-deux-mondes permanent des rapports de forces impose toujours à la vitalité d’une nouvelle force politique l’épreuve de sa négation en la forme d’une contre-offensive adverse moribonde. Ainsi, s’il est vrai que nous avançons à mesure qu’ils reculent, la bataille n’est jamais linéaire, ni jamais achevée et il faudra nous garder de tomber trop vite dans un optimisme narquois.

    Néanmoins, les faits sont là. L’élection d’Emmanuel Macron, – dont on n’éprouve pas pour autant d’espérance particulière –, aura eu ce mérite non-négligeable d’avoir souffleté avec vigueur leurs champions : Manuel Valls pour la gauche ultra-laïque, François Fillon pour la droite ultra-républicaine. Renvoyés tout deux dans les affres de l’infamie, – Pénélope Gate pour l’un, félonie politique ajoutée à l’affaire de la tricherie d’Évry pour l’autre, nos tribuns du Figaro, Marianne et Causeur se retrouvent orphelins d’une incarnation politique crédible. Pire encore, la multiplication des candidatures autonomes issues de l’immigration et des quartiers populaires durant les législatives – dont la percée électorale du candidat Samy Debah, ex-président du CCIF, à Sarcelles – et l’entrée du loup antiraciste dans la bergerie de l’Assemblée nationale, Danièle Obono, ne présagent rien de moins bon pour eux. Ce qui évidemment n’est pas sans conséquence dans la surenchère nationale-républicaine dont ils font preuve, espérant sans doute ainsi conjurer le sort de leur déclin – ce qui, comme s’en amuse souvent la malicieuse Histoire, les y entraîne plus sûrement. Pour saisir la réalité d’un tel diagnostic, il suffit de se pencher à l’évidence sur le contenu des attaques proférées contre H*uria Boutelja et le mouvement qu’elle incarne. Et c’est tout l’embêtant dans cette affaire.

    À ce stade, je dois vous faire une confidence. En tant que militante décoloniale, j’ai toujours trouvé à nos « ennemis déclarés » – les nationaux-républicains, patriotes, néocons et laïcards – un certain charme. Sans doute à cause du mépris insolent qu’ils affichaient à l’égard de la moraline proprette de gauche, bonne consciente et bonne pensante, irréprochablement progressiste et qui, toujours à la lutte politique à la loyale, préfère se dérober derrière tantôt un confort moral paternalisant, tantôt un dogmatisme dévot qui hurlait à l’ignominie pour peu qu’on lui chatouillât les narines. Peut-être aussi, étais-je troublée par cette propension que nous avions alors en commun d’appeler un chat un chat et de ne pas trembler devant le verbe – ce qui parfois nous faisait tenir quasiment les mêmes phrases dont nous tirions cependant l’un et l’autre des conclusions radicalement opposées. Comme illustration efficace, je rappellerais « la France de race blanche » de Nadine Morano, formule que nous aurions pu cosigner mais qui, bien sûr, de notre point de vue recouvrait une réalité sociale qui justifiait alors notre action politique quand elle était, dans la bouche de Morano, une revendication de conservation proprement raciste.

    Autre exemple, la rhétorique du « grand-remplacement » que la gauche traditionnelle se fatigue à démonter à coup de relativisation de la puissance démographique postcoloniale alors qu’elle est devenue un mot de ralliement, volontairement charrieur, – faut-il vraiment préciser que les décoloniaux ne sont traversés par nul occulte projet d’éradication biologique ? Allons, par les temps qui courent, mille précautions en valent mieux qu’une ! – un slogan que les « grands-remplaçants » de l’antiracisme politique s’attribuent volontiers. Par là, ils veulent signifier non pas que les Noirs et les Arabes tyranniseront un jour la planète mais que, l’histoire et la maturité politique aidant, les milieux de l’immigration finiront bien par constituer une force politique assez conséquente pour renverser et remplacer ce système racialisé au profit d’un monde plus égalitaire, où les races sociales n’organiseraient plus hiérarchiquement la société. Autrement dit, une société effectivement sans races.

    Ainsi, l’idée fantasmée de débattre avec des ennemis qui n’auraient pas peur de discuter du fond du problème, assumant à l’occasion un clivage d’intérêts clair et revendiqué me semblait (naïvement) plus enthousiasmante que l’idée d’une interminable circonvolution sémantique et principielle avec — pardonnez-moi l’expression – des gauchistes flippés d’eux-mêmes.

    La « polémique H*uria Boutelja », a rompu le charme. Je suis désormais persuadée d’une chose : H*uria Boutelja mérite mieux. Qu’on s’entende bien, je ne dis pas qu’elle ne devrait pas être l’objet d’une controverse passionnée – sans la polémique, la politique serait une erreur – ce que je dis, c’est qu’elle mérite des adversaires à sa hauteur. Et, croyez-le ou non, le manque de ces derniers, quand il ne m’engouffre pas dans un ennui abyssal, me désole profondément. Je sais ce sentiment partagé par les militants ou sympathisants de mon espèce. Il y a dans les réponses formulées ici et là aux attaques qui nous sont adressées sous la forme de « ah » et de « oh » indignés, l’expression d’une lassitude collective. Disons-le plus simplement : aucune, sans exception, des attaques proférées récemment à l’encontre d’ H*uria Boutelja et son livre Les Blancs, les Juifs et Nous. Pour une politique de l’amour révolutionnaire n’a été autre chose que malhonnêteté intellectuelle, bêtise crasse, manipulation, et indignation boursoufflée. Je m’attarderai sur ce dernier jugement : l’indignation boursoufflée. Car si ces ennemis déclarés, que jusqu’ici ma nature jouteuse aimé détester, ont perdu de leur faste, c’est précisément à cause de cet affolement hébété, cette hypersensibilité pleurnicharde de petits rois outragés qui les pousse à juxtaposer tous les superlatifs de l’indignation mondaine sans jamais oser nous affronter sur le fond : « c’est infâme », « c’est ignoble », « c’est horrible », « comment cela est-il possible ?! », « combien de temps devons-nous supporter cela ?! ». Les cris d’orfraie étant poussés, il n’est dès lors plus question de discuter. Et les conséquences d’une telle posture fin-de-non-recevoiriste posent immanquablement les jalons du terrorisme intellectuel à l’endroit où Laurent Bouvet s’émeut du « crime contre la pensée » (5) que le soutien à H*uria Boutedja signifierait.

    En vérité, cela est à peine une stratégie. Les âmes de bonne foi se disputent souvent l’interprétation d’une telle censure : font-ils exprès de lire l’exact opposé de ce qui est écrit, de tronquer, mutiler, déformer les propos d’ H*uria Boutelja ou sont-ils si étriqués pour ne rien comprendre de la rationalité d’une pensée qui s’élabore en-dehors de leur logiciel politique ? Ont-il une claire conscience de leurs intérêts menacés – leurs petits privilèges – ou bien pensent-ils vraiment qu’ H*uria Boutelja est raciste, antisémite, homophobe, sexiste ? Et tout cela sans jamais avoir été condamnée ? Ou bien encore pensent-ils qu’elle est assez fine pour être tout cela en creux, dans un implicite malin où les lois ne peuvent venir la débusquer ? De toute évidence, il y a un peu de tout cela dans cette chasse à la sorcière. Je ne crois pas qu’ils ne croient pas ce qu’ils disent, hormis quelques malentendus feints et contre-sens délibérés. Le livre d’ H*uria Boutelja n’a rien d’intuitif. Il ne caresse pas les consciences satisfaites. Il les gifle sans ménagement. Pour certains, le traitement est efficace. « Ça fait du bien », comme après une douche glaciale. Pour d’autres, c’est l’outrage. Comment ose-t-elle ? Pourquoi tant de haine ?Trop sonnés par un courant qu’ils n’ont pas vu arriver, ils n’ont pas eu le temps de renouveler leurs défenses. Le sens de l’histoire a changé quand ils avaient le dos tourné. Les sujets postcoloniaux et les quartiers populaires ont mûri. Ils savent prendre à leur charge la défense de leurs intérêts. Il en est même qui prétendent faire de la politique et proposer à ce pays un projet digne de notre époque. La contre-révolution coloniale, lancée sous les oripeaux de la 5e République, est de plus en plus tourmentée. L’antiracisme politique, bannière derrière laquelle se rassemblent nombre de collectifs, organisations, leaders d’opinions autonomes issus de l’immigration et des quartiers, avance habilement ses pions, bouscule une partie de l’extrême-gauche pour faire des alliances stratégiques comme une vraie force organisée. Les deux marches de la dignité, en 2015 et en 2017, ont rassemblé près de 30 000 personnes dans les rues de Paris contre les violences policières et le racisme d’État. Amal Bentounsi, porte-parole du collectif Urgence Notre Police assassine, vient de faire condamner le policier qui a tué son frère, après une interminable bataille judiciaire et politique. Le CCIF recrute de plus en plus d’adhérents désireux de lutter efficacement contre l’islamophobie structurelle. Le collectif afro-féministe Mwasi sort victorieux d’un bras de fer engagé avec la maire de Paris Anne Hidalgo qui voulait interdire le festival Nyansapo, la ridiculisant au passage. Danièle Obono, incarnation d’un espoir de basculement de l’extrême-gauche vers l’antiracisme, refuse de s’écrier « Vive la France » et jouit du soutien de toute sa famille politique qui n’a pas tardé à riposter pour la défendre. Les avancées décoloniales sont incontestables et H*uria Boutelja participe de cette force. Élaborant les contours stratégiques et conceptuels de cet antiracisme décolonial, elle en est l’une des intellectuelles organiques les plus engagées. En cela, elle doit être terrassée sans aucune forme de procès.

    Pour ceux-là qui ont hurlé avec les loups et pour d’autres qui ont toujours veillé à maintenir un cordon sanitaire autour du Parti des Indigènes de la République, H*uria Boutelja est l’incarnation du mal radical, une monstruosité politique, une apatride catégorielle sans attache. Elle n’est ni à gauche, ni à droite. Ni à l’extrême-gauche, ni à l’extrême droite. Ni au centre ni dans les limbes soraliennes. Ni anticapitaliste, ni libérale. Ni progressiste ni rétrograde. Ni mondialiste ni patriote. En tant que figure du Mal, elle impose une déroute aux déterminations logiques qui permettent d’établir un chef d’accusation. Elle est coupable de tout, c’est-à-dire de rien. Et c’est sans doute cela que la construction du « démon H*uria Boutelja » a de plus intéressant. Les philosophes qui ont étudié la question du « mal » savent comme il passe rapidement du statut d’accusé à celui d’accusateur. Ils disent : comment expliquer que le bien, au nom duquel on prétend accuser le mal, n’ait pas été assez bien pour évincer ce mal ? Traduction : comment expliquer que cette République si parfaite au nom de laquelle les amis de Finkielkraut condamnent H*uria Boutelja ait pu produire H*uria Boutelja ? Comment est-il possible que les valeurs si rondement pleines de la République aient permis qu’émerge un jour une figure politique qui vient à les nier ? On m’accusera de rhétoriser mais il est peu d’occasion où la philosophie nous permette de saisir aussi bien la réalité. Chez Spinoza, par exemple, le mal c’est à la fois ce que l’on peut accuser impunément, sans risque, et un aveu d’impuissance. La préoccupation du mal traduirait ainsi une pensée régressive, celle d’une âme diminuée dans sa puissance d’agir et qui régresse de l’action, de l’intelligence et du savoir. Si j’étais taquine, je parlerais de « crime contre la pensée ».

    Qui donc blâme se blâme. Et H*uria Boutelja ne s’appartient plus. Elle est désormais sa cause et quiconque feint de ne pas le comprendre, préférant user de mille détours pour ne pas avoir à se solidariser tout à fait n’amoindrit les risques de son engagement qu’à court terme. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais je soutiens H*uria Boutelja – a-t-on jamais eu besoin d’apporter une telle profession de foi pour exprimer son soutien à une personne ? Quelqu’un a-t-il vraiment pensé un jour que soutenir H*uria Boutelja , c’est soutenir chacun de ses soupirs et de ses silences ? À moins d’accorder quelque crédit à certaines thèses détraquées qui fantasment H*uria Boutelja comme un gourou. Qu’on ne se méprenne pas, je n’accuse pas ceux qui ont le courage de se mouiller de ne pas plonger dans l’eau. Cependant, il n’est pas inutile de relever ce chantage à la respectabilité qui veut maintenir H*uria Boutelja dans l’isolement le plus complet. « La radicale solitude, le rejet qui force à vivre dans l’abjection, l’implacable censure, la clandestinité, (…) sont les stigmates de l’intellectuel engagé, marques douloureuses de sa grandeur. »(6) Et c’est Robert Redecker qui le dit ! Celui-là même qui reproche aux intellectuels comme Annie Ernaux d’avoir fait le choix du confort en se solidarisant avec H*uria Boutelja , encanaillés à l’engagement politique sans risque. Un confort qui leur a valu d’être la cible répétée d’un tir groupé de l’intelligentsia française. Remarquez, peut-être que Robert Redecker s’imagine vivre, lui, dans l’abjection et l’implacable censure. L’art de la faire à l’envers : à ce jeu-là, ils sont champions.
    Heureusement, il arrive parfois qu’une rose éclot au milieu des épines. Et parmi les torchons larmoyants et grotesques du Figaro, Marianne, Causeur et du Monde, Claude Askolovitch aura sauvé l’honneur. Fidèle à sa clairvoyance habituelle, – celui avec qui nos désaccords passés ne nous empêchent pas de reconnaître le courage avec lequel il négocie son « tournant » idéologique – n’aura pas signé de papier sur l’affaire H*uria Boutelja . C’était sans doute trop espéré. En revanche, il a publié une tribune remarquable sur l’affaire Danièle Obono, incontestablement ce qui s’est dit de mieux. (7)Qu’il me pardonne que j’ose prétendre accélérer sa marche en invitant mes lecteurs, en guise de conclusion, à méditer sur ses propos : « On peut être en désaccord avec Madame Obono, la récuser politiquement, la disputer, en détail ou globalement, la soutenir en conscience. Mais la nier est une hérésie, et souhaiter qu’elle disparaisse, une infamie hypocrite. Ce qui la justifie existe, et sans elle, qui en parle ? Cela fait partie du pays. (…)On ne prendra pas Madame Obono comme l’expression de la vérité ultime des noirs en France. Mais comme une parole politique, d’opposition fondamentale, fondamentale comme le nègre de l’immense Césaire, qui pouvait aussi bien mettre à nu la France que l’aimer et lui donner des mots. Au mieux de son assouplissement, Danièle Obono pourra être une Taubira plus immédiate. Ou elle ne s’assouplira pas, et ce sera aussi bien. »
    Un jour peut-être, Monsieur Askolovitch, vous oserez remplacer dans ce passage si bien senti « Madame Obono » par « Madame Boutelja » et ce sera aussi bien.

    Louisa Yousfi

    1) Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à H*uria Boutelja et à l’antiracisme politique
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/19/vers-l-emancipation-contre-la-calomnie-en-soutien-a-houria-bouteldja-et-a-l-antiracisme-politique_5147623_3232.html
    2) La gauche déchirée par le « racisme antiraciste »
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/09/la-gauche-dechiree-par-le-racisme-antiraciste_5141086_3232.html?xtmc=houria_bouteldja&xtcr=2
    3) Céline Pina : « Nique la France » : peut-on être député d’une nation que l’on déteste ?
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/22/31003-20170622ARTFIG00289--nique-la-france-peut-on-etre-depute-d-une-nation-que-l-on-deteste.php
    4) Manuel Valls : « Je suis lié de manière éternelle à Israël »
    https://oumma.com/manuel-valls-je-suis-lie-de-maniere-eternelle-a-israel/
    5) Bouvet : « Que des universitaires défendent H*uria Boutelja est un crime contre l’esprit »
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/23/31003-20170623ARTFIG00122-bouvet-que-des-universitaires-defendent-houria-bouteldja-est-un-crime-contre-l-esprit.php

    6) Affaire H*uria Boutelja : la pétition, hologramme de « l’intellectuel de confort »
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/23/31003-20170623ARTFIG00337-affaire-houria-bouteldja-la-petition-hologramme-de-l-intellectuel-de-confort.php

    7) Niquer la France n’est pas rédhibitoire
    http://www.slate.fr/story/147543/obono-nique-la-france

    https://blogs.mediapart.fr/louisa-yousfi/blog/040717/fusillez-bouteldja

  • Dans une tribune au « Monde », vingt intellectuels réagissent à l’article « La gauche déchirée par le racisme antiraciste », publié dans le supplément « Idées » daté samedi 10 juin.

    TRIBUNE. Dans le supplément « Idées » daté samedi 10 juin, Jean Birnbaum consacre un article au « malaise croissant dans le mouvement social » face à « l’usage militant des notions comme la “race” ou l’“islamophobie” ». Il y rapporte des propos tenus ici ou là sur les Indigènes de la République et, au-delà, sur l’antiracisme décolonial et politique. Dans ces allusions, une nouvelle fois, H*uria Boutelja est la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… Il semble décidément que ses contempteurs n’aient pas lu son livre Les Blancs, les Juifs et nous [La Fabrique, 2016], se soient arrêtés à son titre sans le comprendre ou à quelques extraits cités à contre-emploi.

    LA QUANTITE DE MELANINE PRESENTE DANS NOS PEAUX, TOUTE DERISOIRE ET ARBITRAIRE QU’ELLE SOIT, NOS ORIGINES, CULTURES, RELIGIONS OU NON, LA LONGUE HISTOIRE DE LA COLONISATION, CREENT DES PRIVILEGES ET DES DOMINATIONS, CONSCIENTES OU NON.

    L’ouvrage de Pap Ndiaye, La Condition noire [Calmann-Lévy], paru en 2008, n’avait pas fait couler tant d’encre amère. Tout au contraire, il avait été érigé en force intellectuelle du moment. Il montrait que la couleur de peau constitue dans nos sociétés un facteur de différenciation, de disqualification sociale et de discrimination. Il contribuait par là à articuler classe et race, après des décennies marquées par l’illégitimité du sujet.

    L’accueil chaleureux réservé dans les médias à Pap Ndiaye pourrait-il s’expliquer parce qu’il parlait de Noirs ? Pourtant, s’il y a des Noirs, c’est nécessairement qu’il y a des Blancs. Les Blancs veulent rarement être nommés tels, n’entendent pas voir ce que renvoie ce miroir. Ce ne sont là que des constructions historiques et sociales, mais elles pèsent. Les ignorer empêche de les combattre. La quantité de mélanine présente dans nos peaux, toute dérisoire et arbitraire qu’elle soit, nos origines, cultures, religions ou non, la longue histoire de la colonisation, créent des privilèges et des dominations, conscientes ou non. H*uria Boutelja le décrit avec évidence : « A niveau social équivalent, il vaut toujours mieux être blanc ».

    Dans son livre important, complexe et tiraillé, H*uria Boutelja évoque ses propres déchirements comme indigène et Blanche ou, plus précisément, « blanchie » : des poètes et écrivains l’avaient dit aussi, Damas, Césaire, Fanon, tant d’autres. Elle évoque avec pudeur son sentiment d’humiliation devant ses parents qui « faisaient trop pauvres, trop immigrés » ; notre honte est que cette honte soit possible. Son attachement au Maghreb est relié aux juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais crée un vide impossible à combler ; il laisse l’auteure « inconsolable ». Et cependant, ses détracteurs enchaînent les contresens comme des perles empoisonnées. Si nous ne nous retrouvons pas dans tous ses arguments ni dans toutes ses positions, ce déchaînement nous est insupportable.

    L’antiracisme politique ne se résume nullement à H*uria Boutelja ; ses représentant.e.s peuvent parfois être en désaccord avec tel ou tel de ses choix. Mais ce qui est visé à travers la violence des attaques qui la ciblent, c’est l’antiracisme politique dans son ensemble, c’est-à-dire toute tentative de s’organiser et de lutter pour en finir avec l’oppression. La haine qu’H*uria Boutelja suscite est à la mesure de son courage. Courage de secouer nos bonnes consciences quand nous préférons oublier ce qu’accorde le fait d’être Blancs, ici, en Occident. Courage d’évoquer le combat quotidien des femmes racisées et la lutte des féministes décoloniales. Refus résolu et pour jamais de verser dans l’essentialisme de « l’homme indigène », qui masque si opportunément les violences faites aux femmes partout dans nos sociétés.

    Dans le livre d’H*uria Boutelja, « Vers une politique de l’amour révolutionnaire » n’est pas un sous-titre de coquetterie ni une lubie d’éditeur : c’est un appel criant à quitter nos entre-soi, à déserter nos cloisonnements et nos endiguements.

    Ce n’est certainement pas là une substitution de la question raciale à la question sociale : c’est un croisement, une intersection comme le disent les sciences sociales. Aucune lutte n’est secondaire : le front uni est nécessaire. Il passe par la reconnaissance de toutes les oppressions. Dans le livre d’H*uria Boutelja, « Vers une politique de l’amour révolutionnaire » n’est pas un sous-titre de coquetterie ni une lubie d’éditeur : c’est un appel criant à quitter nos entre-soi, à déserter nos cloisonnements et nos endiguements. Comment peut-on ne pas voir que c’est tout l’opposé d’une guerre ? L’auteure s’adresse aux prolétaires, aux paysans, aux chômeurs, aux laissés-pour-compte, aux « sacrifiés de l’Europe des marchés et de l’Etat ». Elle se tourne vers la gauche, en particulier cette gauche radicale qui aspire à un tout autre monde. Elle veut faire front commun. Elle en appelle enfin à une histoire dénationalisée et déracialisée ; comme l’écrivait C. L. R. James à propos de ses aïeux, lorsque lui aussi s’adressait aux Blancs : « Ils sont mes ancêtres, ils sont mon peuple. Ils peuvent être les vôtres si vous voulez bien d’eux. »

    Une telle pensée, qui travaille les catégories existantes pour mieux s’en échapper, est en avance sur son temps, décalée dans son époque. Elle dérange, choque, indigne qui veut lire trop vite et condamner sans procès. Ce ne sera pas la première fois qu’une telle discordance des temps est à l’œuvre : les révolutionnaires, les marxistes, les libertaires, les féministes l’ont toutes et tous éprouvée. Ce combat revient à se délester de nos catégories ; il commence par une prise de conscience. Notre émancipation est à ce prix.

    Par Ludivine Bantigny (historienne), Maxime Benatouil (co-président de l’Union juive française pour la paix), Judith Bernard (metteure en scène et journaliste), Déborah Cohen (historienne), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), Annie Ernaux (écrivaine), Fabrice Flipo (philosophe), Isabelle Garo (philosophe), Eric Hazan (éditeur et écrivain), Stathis Kouvelakis (philosophe), Philippe Marlière (politiste), Dominique Natanson (co-président de l’Union juive française pour la paix), Olivier Neveux (universitaire), Ugo Palheta (sociologue), Geneviève Rail (universitaire, Simone de Beauvoir Institute and Womens Studies, Canada), Catherine Samary (économiste), Michèle Sibony (Union juive française pour la paix), Isabelle Stengers (philosophe

    http://www.ujfp.org/spip.php?article5710

  • Non, l’antiracisme politique n’est pas "racialiste" !

    Introduction :

    Si pendant près de dix ans, l’extrême-gauche, les anarchistes et les autonomes ont évolué en parallèle du développement de l’antiracisme politique, nous observons que des cultures politiques différentes se sont rencontrées récemment dans le cadre de la dénonciation de l’état d’urgence et de l’islamophobie, et que les convergences sont maintenant fréquentes dans la lutte contre les crimes policiers.

    Le succès de la marche du 19 mars - qui, selon les organisateurs, a rassemblé plus de 20 000 manifestants contre le racisme et les violences policières malgré le silence des médias dominants - est l’un des signes du rapprochement entre différentes réalités militantes, et de la prise en compte croissante du racisme d’État par ceux qui ne le subissent pas directement. Le contenu de l’appel a participé à cette convergence. En effet, celui-ci mentionnait les crimes policiers, les rafles de migrants, la prise pour cible des musulmans dans le cadre de l’état d’urgence, la persécution par la police des noirs, des arabes et des rroms, mais aussi la répression du mouvement contre la loi travail et les attaques contre ceux qui soutiennent la ZAD, ce qui fut interprété par beaucoup d’entre nous comme une main tendue.

    C’est en parallèle de ces rapprochements, et probablement en réaction, qu’une poignée de militants a mis en place une campagne de dénigrement de l’antiracisme politique, sur fond de négation du racisme structurel. Ainsi, nous avons pu, ces derniers mois, voir circuler à Rennes un pamphlet intitulé La race comme si vous y étiez !signé des « amis de Juliette et du Printemps ». La cible de cet ouvrage n’est autre que l’antiracisme politique, ici renommé « racialisme ». Aussi surprenant que cela puisse paraître, la thèse centrale de l’ouvrage consiste à affirmer que l’antiracisme serait « racialiste » quand il ne se limite pas à l’affirmation que « les races n’existent pas » mais qu’il prend en compte les effets du racisme, la racialisation des rapports sociaux et les différentes assignations qui en découlent.

    Si le Parti des Indigènes de la République (PIR) et sa porte-parole, sont les principales cibles du livre, ses rédacteurs ne cachent pas leur opposition à tous ceux qui « considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue » (page 216). Comme le disent eux-mêmes les rédacteurs de La race comme si vous y étiez, « au delà des outrances de l’égérie du PIR, c’est bien aussi à l’ensemble de ces milieux qui lui servent de près ou de loin de caisse de résonance que ce livre entend s’opposer » (pages 218-219), le principal reproche fait à « ces milieux » étant la reprise du concept de « race » pour penser les rapports sociaux liés au racisme structurel et au continuum colonial en France.

    Dans la même dynamique, dans le contexte de l’appel à la marche du 19 mars pour la justice et la dignité, une publication de 4 pages intitulée « Contre le racisme, contre l’État, sa police et sa justice » fut diffusée à Rennes dans un rassemblement de soutien à cette manifestation, et utilisée à l’université Rennes 2 pour recouvrir les affiches de la marche pour la justice et la dignité. Si le titre de ce texte proclame la nécessité de lutter « contre le racisme », nous observons que le seul propos de ses auteurs, qui signent « Communistes tant qu’il le faudra, pour la fédération des comités « la vérité  ?! : la justice nique sa mère » » consiste en un dénigrement des collectifs « Vérité et Justice », et de l’antiracisme politique. Selon ces quelques militants, que l’on a connus mieux inspirés à une époque pas si lointaine, l’antiracisme politique serait à combattre, puisqu’il serait « racialiste » d’analyser les rapports sociaux liés au racisme. Par ailleurs, pour ces personnes que nous avions considérées comme des camarades de lutte, toute prise en compte de l’expérience du racisme dans la constitution des subjectivités devrait être dénoncée comme « ethno-différentialiste ».

    Si beaucoup de personnes investies dans les luttes à Rennes, dont nous, ont jusqu’alors opté pour un silence méprisant à propos de ces campagnes de dénigrement qui masquent mal une ignorance réelle de ce que sont les rapports sociaux liés au racisme, le caractère de plus en plus public de ces discours nous pousse à exposer le plus précisément possible les ressorts argumentatifs utilisés par ceux se définissant comme « antiracialistes » ou « antiracialisateurs », en espérant mettre un point final à leurs élucubrations.

    Si les discussions stratégiques ou les débats relatifs à telle ou telle position d’un collectif antiraciste sont légitimes, nous verrons, en relisant les écrits et en analysant les arguments développés par les pourfendeurs de l’antiracisme, que la lutte contre un soi-disant « racialisme » découle d’une sous-estimation des effets du racisme et du colonialisme. Aussi, nous verrons en quoi la diabolisation de l’antiracisme politique et la référence à une vision fantasmée du marxisme (réduit à la seule lutte de classe, laquelle serait menée par une classe ouvrière qui risquerait d’être « divisée » pour peu qu’on en souligne l’hétérogénéité) masque mal une absence d’analyse de stratégie.

    I – S’opposer au concept de « race » et ignorer le caractère structurel du racisme.

    Dans La race comme si vous y étiez !, le principal argument contre l’antiracisme politique, présent en de multiples endroits de l’ouvrage, est qu’une majorité des militants qui s’en réclament utilisent le mot « race », ce qui reviendrait à valider le racisme. L’usage du mot « race » en sciences sociales ou dans un contexte militant est notamment disqualifié, selon les « amis de Juliette et du Printemps » qui ont commis cet ouvrage, par le fait que les races n’existent pas en biologie (pages 8-9), avant que l’on nous explique que la seule « racialisation concrète » est l’existence des races animales (page 9).

    Ainsi, les « racialistes » seraient « ceux qui reconnaissent l’existence des races ou qui font la promotion de leur usage conceptuel », cette définition permettant d’affirmer que les antiracistes utilisant le mot « race » pour dénoncer des discriminations sont en réalité « précisément les agents du racisme » (page 11). Ainsi, les « amis de Juliette et du Printemps » affirment sans rire que « les racialistes d’extrême-gauche (…) sont plus bien plus proches des idéologies racistes stricto sensu, de Gobineau à Hitler, que le raciste du coin qui « n’aime pas les bougnoules qui profitent des allocations familiales et les youpins qui gouvernent la finance mondiale » mais qui ne fait pas pour autant de la théorie des races un axe conceptuel, une grille de lecture ou un « prisme » ».

    Ce développement mérite qu’on s’y attarde, car ce que ne semblent pas comprendre ici les « amis de Juliette et du printemps », en amalgamant racistes et antiracistes, voire en considérant que les personnes utilisant les mots « bougnoules » et « youpins » seraient moins racistes que celles qui utilisent le mot « race » dans leur dénonciation des inégalités, est que le racisme est un ensemble de rapports sociaux, et n’est pas réductible à l’usage d’un mot ni même à un ensemble de préjugés. Par exemple, nous pouvons remarquer que le discours associant les juifs à « la finance mondiale » a connu son essor lors des pogroms européens du début du XXème siècle, puis au cours du génocide nazi, quand ceux associant les noirs et les arabes à la paresse et à la fraude aux allocations se sont développés dans un contexte de chômage de masse, de contrôle social et de discriminations dans l’accès au travail salarié. Une personne mentionnant des rapports sociaux de race pour penser la lutte contre les inégalités peut donc être antiraciste, alors que ceux qui propageaient le mythe des juifs banquiers et manipulateurs étaient coresponsables de la persécution qui a mené à leur extermination.

    Les « amis de Juliette et du printemps » réduisent, selon les endroits du livre, le racisme aux discours, aux préjugés, voire à l’usage du mot « race », avant d’affirmer que « quand le racisme devient autre chose que des propos de comptoir » il ne serait qu’« une idéologie » (page 10), et non un ensemble d’assignations et de rapports de pouvoir. Pourtant, il ne suffit pas de déclarer « la race n’existe pas » pour faire disparaître les hiérarchies sociales liées au rapports sociaux de race. C’est pourquoi, en sciences sociales comme dans l’antiracisme politique, le terme « race » est utilisé pour désigner les rapports sociaux liés au racisme et à la manière dont le pouvoir répartit des positions en discriminant, que ce soit dans les lycées lors des choix d’orientations, lors des entretiens d’embauche, dans l’accès au logement, ou dans le rapport à la ville avec notamment les contrôles au faciès.

    L’analyse de ces processus est ignorée dans La race comme si vous y étiez !, et le discours portant sur les rapports sociaux de race est considéré comme « importé de la plus mauvaise sociologie américaine » dans la publication de 4 pages distribuée récemment. Ainsi, si les diatribes contre l’antiracisme sont le plus souvent couplées à une dénonciation du mot « race », les discriminations et le racisme d’État ne sont jamais analysés. Pourtant, nous devons rappeler que si le mot « race » a été supprimé de la constitution, le fait que François Hollande affirme que « dans la République, il n’y a pas de place pour la race » n’a pas fait disparaître le racisme d’État.

    En réalité, le seul effet du procès d’intention lié à l’usage du mot « race » est de diaboliser ceux qui nomment des catégories sociales et des rapports de pouvoir pour penser les luttes en vue d’une émancipation. Comme l’expliquait récemment Norman Ajari, philosophe spécialiste de Frantz Fanon et membre du Parti des Indigènes de la République, dans l’émission Paroles d’honneur : « Une erreur dans laquelle tombent très souvent bon nombre de militants qui peuvent se prétendre antiracistes, c’est qu’ils pensent que la priorité ce n’est pas de combattre le racisme, mais de combattre la race. Or, combattre la race dans les circonstances de politique décoloniale dont nous parlons, c’est avant tout combattre les racisés. L’important n’est pas de lutter contre des catégories, mais de lutter contre des systèmes de pouvoir, des systèmes d’oppression, et le nom de ces systèmes de pouvoir et d’oppression ce n’est pas la race. C’est le racisme. »

    En outre, amalgamer au racialisme - théorie développée au 19ème siècle pour légitimer la domination coloniale, affirmant que l’humanité était divisée en races biologiques inégales, - l’usage contemporain et politique du mot « race » dans l’antiracisme relève de l’escroquerie intellectuelle. Comme l’écrivait le rédacteur du blog Mignon chaton dans l’article intitulé « Utiliser le mot race ? », considérer que l’usage de termes comme « race », « racialisation » ou « personnes racisées » valide le racisme « est donc à peu près aussi absurde que si on affirmait que parler de prolétariat pour critiquer l’exploitation reviendrait en fait à contribuer idéologiquement au capitalisme en acceptant de nous reconnaître comme des prolétaires. Ou encore qu’il ne faudrait pas utiliser le mot racisme parce que ce terme contient le mot race, donc valide le racisme. Il ne s’agit pas d’une question de mot mais d’analyse à laquelle ce mot renvoie et dans le contexte de laquelle il est employé. Pour lutter contre notre situation nous avons besoin de la nommer et de l’analyser parce que les catégories qui nous assignent sont déjà existantes. Nous ne choisissons pas de nous identifier à notre catégorie sociale, celle-ci s’impose à nous, de façon d’ailleurs assez violente, se reconnaître comme racisé ce n’est pas proclamer fièrement une identité, c’est simplement reconnaître que nous sommes la cible d’un dispositif d’assignation sociale spécifique, dispositif socialement construit que nous cherchons à analyser et contre lequel nous voulons lutter. »

    Enfin, si nous n’avons rien contre le fait que des militants choisissent un autre mot que « race » pour désigner les catégories créées par le racisme, nous considérons qu’avoir pour seul argument contre le racisme la non-validité scientifique de la division de l’espèce humaine en races biologiques relève de l’aveuglement éthique, et du peu de cas fait à la lutte pour la construction de l’égalité sociale. Dans l’émission Paroles d’honneur précédemment mentionnée, Tristan Garcia, philosophe et écrivain, expliquait que sa conscience de l’existence des rapports sociaux liés au racisme le poussait à accepter un usage stratégique de la catégorie « race », tout en considérant comme important de rappeler que la « race » est en soi une « catégorie fausse ». Norman Ajari lui répondait que l’antiracisme ne doit être ni scientifique ni moral, mais lié à l’éthique et à la construction de l’égalité : « Certes, la race est une catégorie infondée par nature mais prendre ça pour point de départ me pose toujours problème. Non pas parce que je penserais qu’elle est au contraire fondée, mais parce que je pense que c’est un mauvais préalable à la lutte. Quelqu’un comme Shlomo Sand nous a beaucoup parlé de la manière dont, en Israël, certains chercheurs essaient de refonder cette catégorie, essaient de recréer un racisme biologique pour des raisons que, j’imagine, on n’a pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre. .. Le risque existe qu’un jour, ces catégories de races soient refondées. (…) Je pense que nous avons besoin d’un antiracisme qui tiendra le coup le jour où, peut-être, tel chercheur, raciste évidemment, mais peut-être de bonne foi, reconstruira des catégories de races qui pourront être admises par la communauté scientifique. Quand bien même ces catégories seraient, au bout du compte, vraies, est-ce que, éthiquement, notre antiracisme pourra tenir ou bien est-ce que, d’un seul coup, le racisme sera légitimé parce que la science a prouvé que les catégories étaient vraies ? Je pense que nous avons besoin d’un antiracisme qui peut tenir ce choc-là. ».

    https://nantes.indymedia.org/articles/37534

  • Si le refus de l’usage du mot « race » est le plus souvent uniquement argumenté par le fait que sa simple prononciation relèverait du racisme, ceux qui refusent l’usage de ce terme montrent pourtant, de manière assez fréquente, leur refus de prendre en compte les effets du racisme institutionnel et structurel. Ainsi, dans « Contre le racisme, contre l’État, sa police et sa justice », publication de quatre pages distribuées à Rennes contre l’appel à la marche du 19 mars, il est affirmé que « n’en déplaise aux tenanciers de l’ethno-différencialisme politique, de Patrick Buisson à H*uria Boutelja, la grande révolte de novembre 2005 n’était ni « décoloniale » ni « raciale » ».Si nous notons là aussi la supercherie consistant à reprendre un terme élaboré par l’extrême-droite (l’ethno-différencialisme étant un concept théorisé par la Nouvelle droite pour justifier son racisme) pour amalgamer racistes et militants de l’antiracisme politique, nous souhaitons surtout nous attarder sur l’affirmation selon laquelle « la grande révolte de novembre 2005 n’était ni « décoloniale » ni « raciale » ».

    Nous nous demandons en effet ce qui permet aux rédacteurs de ce texte d’affirmer que la question raciale (c’est à dire les races sociales produites par les différences de traitement dans une société raciste) n’est pas l’une des origines d’une révolte menée par des personnes majoritairement aux prises avec le racisme de la société française, révolte déclenchée par la mort de deux jeunes qui tentaient de fuir un contrôle au faciès. Pour les auteurs de ce texte, il ne faudrait pas considérer qu’avoir la peau blanche ou noire puisse conduire à des expériences différentes vis-à-vis de la police, puisque la police s’en prendrait indistinctement à tous « ceux qui doivent rester de la chair à usine moderne ». Pourtant, pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la parole des émeutiers de 2005, nous sommes obligés de constater que certains d’entre eux établissent un lien direct entre leur expérience du racisme et le fait de s’en prendre aux institutions qui en ont été les vectrices.

    Ainsi, dans le livre Quand les banlieues brûlent coordonné par les sociologues Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli, et plus précisément dans le chapitre intitulé « Les émeutes de novembre 2005 : les raisons de la colère », un des émeutiers de 2005 s’exprime en ces termes : « Franchement dans les émeutes y avait de tout. Il y avait les mecs qui avaient la rage contre les keufs, d’autres qui avaient la rage contre l’école parce qu’ils ont plus d’école, d’autres parce qu’ils ont pas de taf, d’autres pour s’affirmer dans le quartier. Tous les mecs qui avaient une rage contre quelque chose ils ont profité des émeutes pour tout niquer.. Mais la majorité des mecs, c’est la haine contre les keufs parce qu’ils se la racontent beaucoup, y en a plein ils sont racistes et ils nous traitent comme de la merde. »

    Il serait bien sûr prétentieux, pour ne pas dire grotesque, de prétendre pouvoir lister les causes objectives du déclenchement d’une révolte. De plus, nous savons que dans des banlieues majoritairement blanches (notamment à Lille et Saint-Étienne) les jeunes arrêtés par la police pendant les émeutes avaient majoritairement la peau blanche. Cependant, plusieurs des témoignages recopiés dans cet ouvrage nous donnent des exemples concrets de la manière dont l’expérience du racisme peut structurer une subjectivité. En voici un autre : « Moi aussi, j’ai participé aux émeutes et j’en suis fier, c’était pour tout retourner et enculer les keufs, ces sales bâtards qui se la racontent trop. Je suis dégoûté parce que je voulais aussi qu’on brûle ce lycée de merde avec ces profs racistes. Je te jure, je mitonne pas, si j’ai réussi à avoir mon bac c’est pas grâce à ces chiens de profs. (...) Maintenant, je sais très bien que personne ne va me croire quand je dis que certains profs sont racistes. Mais moi, je sais de quoi je parle. Je l’ai vécu en direct. »

    A la fin du dépliant de 4 pages, figure un tract distribué en 1984 et retrouvé par les Archives Get away, dont on tente de nous convaincre qu’« il met en avant quelques évidences contradictoires avec les bancales constructions actuelles, « comme si on traitait de la même façon un beur bourge qu’un beur prol, comme si un bourge français et un prolo français avaient les mêmes droits » ». Accuser le mouvement structuré autour de la lutte politique contre le racisme de ne pas comprendre qu’il y a une différence entre les « bourges » et les« prols » est évidemment une manipulation, expliquée, par exemple, dans un entretien avec le magazine Jeune Afrique : « Pour nous la question raciale est sociale. Ceux qui meurent des violences policières, ce sont des enfants de prolo. Les filles qui sont exclues de l’école parce qu’elles portent le voile, ce sont des filles de prolo. À gauche, ils voudraient qu’on utilise leurs mots , « lutte des classes », « capitalisme ». Mais quand on lutte contre les discriminations raciales, cela veut dire qu’on lutte contre le chômage, la pauvreté, les violences policières. On ne milite pas pour les femmes saoudiennes qui viennent faire leurs courses sur les Champs Elysées ! »

    Se croyant obligés de nier les inégalités raciales pour parler des rapports de classe, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! ironisent aussi sur le constat selon lequel « à niveau social équivalent, il vaut toujours mieux être blanc », en croyant y opposer ce qu’ils considèrent comme « plus sûr », à savoir qu’ « à taux de mélanine équivalent, il vaut mieux être riche » (page 148), sans comprendre que seuls ceux qui décident de bannir l’antiracisme de leurs références considèrent ces deux affirmations comme contradictoires. La manière dont les « amis de Juliette et du Printemps » balaient d’un revers de main la mention du racisme est ici explicitement en lien avec l’injonction à choisir entre la référence à la classe sociale et la prise en compte du racisme.

    A l’inverse, Omar Slaouti, porte parole du collectif 19 mars, explique en quoi il est possible de penser ces différentes questions de manière concomitante. Voici ce qu’il explique dans une interview donnée au siteContretemps une semaine avant la marche : « Les rapports de domination, d’exploitation, de violence, de race et de classe sont à la fois imbriqués et même liés dans une co-construction dynamique. Il y a là une consubstantialité vivante, quasi organique. ». Il illustre son propos d’un exemple : « L’élève devant le lycée Bergson qui se fait sauvagement violenter par leur police républicaine est victime à la fois de la couleur noire de sa peau et de son engagement contre la loi Travail. Mais il est perçu et construit d’autant plus noir qu’il manifeste contre la loi travail, et il manifeste d’autant plus contre cette loi de précarisation qu’il est noir. Il serait vain de figer la situation en s’interrogeant sur l’emplacement du curseur de la violence des coups portés entre l’oppression raciale et l’oppression de classe. »

    Le fait que le racisme peut par exemple aggraver la précarisation d’individus ou de groupes sociaux rend évidemment caduque l’affirmation contenue dans les 4 pages, selon laquelle le racisme servirait uniquement à « séparer, humilier, atomiser ceux qui pourraient se retrouver dans un commun refus de la situation qui leur est faite. ». En effet, le racisme ne cache pas aux gens qu’ils vivent la même chose, mais leur fait vivre des choses différentes, de la même manière que le patronat ne fait pas croire aux travailleurs qu’ils sont concurrents, mais les met réellement en concurrence. Encore plus absurde est le fait de considérer que reprocher à la gauche de ne pas prendre suffisamment en compte les situations spécifiques des personnes issues de l’immigration serait un « travail minutieux de séparation des exploités entre eux » (La race comme si vous y étiez !, page 85), exploités dont on suppose qu’ils étaient parfaitement unis avant l’émergence d’un antiracisme politique. Cet argument n’est pas sans rapport avec ce que doivent entendre les membres de groupes féministes qui, parce qu’elles mettent en lumière la surexploitation des femmes ou dénoncent le fait que la figure du travailleur invoquée dans les discours politique est le plus souvent masculine, se voient souvent reprocher de « diviser la lutte ».

    En outre, il est difficile d’ignorer que les séparations opérées par le racisme sont présentes dans l’histoire des luttes. Ainsi, entre 1982 et 1984, lorsque plusieurs grèves d’Ouvriers Spécialisés éclatèrent dans le secteur de l’automobile, celles-ci ne furent que très partiellement soutenues par la CGT, et les grévistes furent physiquement attaqués par des ouvriers français organisés dans un syndicat patronal, au cri de « Les Arabes dans le four, les Noirs dans la Seine ! ». Si nous ne pouvons infirmer qu’il existe, comme cela est affirmé dans la publication de 4 pages, un lien entre les mouvements lycéens précédant la révolte de novembre 2005 et cette vague d’émeutes, puis entre ces émeutes et les manifestations contre le CPE, nous nous rappelons aussi de l’attitude du service d’ordre de l’UNEF empêchant des « jeunes de banlieue » majoritairement noirs et arabes de rejoindre la manifestation, rassurant par la même une partie des lycéens et étudiants des centre villes présents dans les cortèges.

    Ces exemples ne signifient pas que la convergence dans les luttes n’est pas souhaitable, ni qu’elle serait impossible. Cependant, cette convergence n’est pas atteignable en niant les différences de situations, et encore moins en diabolisant les personnes qui subissent le racisme et s’organisent contre le pouvoir. Comme cela est expliqué dans l’article L’antiracisme idéaliste du Blog Mignon chaton : « Il faut bien comprendre que le prolétariat n’a pas été crée en bloc à un moment X originel, puis divisé artificiellement à un second moment Y par un faux discours dont il suffirait de dévoiler la fausseté pour que le prolétariat renoue avec son essence unitaire. Le critère vrai/faux qui opposerait le racisme à la solidarité de classe repose sur une conception idéaliste du social : pour un prolétaire blanc, le racisme offre de réels avantages à courts termes, comme toute attitude égoïste, parce que l’on ne fait pas croire aux prolétaires qu’ils sont en concurrence sur le marché du travail, ils le sont réellement. La division du prolétariat est une division réelle, une réalité empirique, qu’on n’abolit pas, et qu’on ne dépasse pas, en lui opposant une essence qui existerait on ne sait où, dans un ciel des idées. On peut, à la limite, tenter de produire cette unité dans la lutte, mais cette lutte ne fera pas l’économie de la mise en jeu d’un certain nombre de contradictions internes à ce que l’on appelle le prolétariat. »

    Cette nécessaire prise en compte des différences de situation est l’exact contraire de ce qui est proposé par ceux qui tirent à boulets rouges sur l’antiracisme. Dans le tract daté de 1984 qu’il serait urgent de faire connaître, l’effet du racisme sur les pratiques policières est tout bonnement nié, au nom du fait qu’une balle de revolver fait le même effet à chaque personne la recevant. Doit-on aussi, en suivant la même logique, considérer que les violences conjugales n’ont pas de rapport avec le patriarcat car des coups peuvent blesser des hommes comme des femmes ? Ou encore tenter de démontrer l’absence de lien entre la classe sociale et le fait d’être SDF car le corps d’un patron comme celui d’un chômeur peut ressentir le froid ? Encore une fois, il s’agit ici d’amalgamer le social et le biologique, pour nier l’influence du racisme dans les rapports sociaux, sans bien sûr expliquer pourquoi les personnes subissant les tirs de la police sont très majoritairement noires ou arabes.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37534

  • Puisqu’ils refusent de prendre en compte les effets du racisme dans les discours qu’ils portent sur les rapports sociaux et d’analyser les luttes en fonction de l’existence de ces rapports de pouvoir, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! préfèrent ironiser longuement, sur « ces histoires de discriminations raciales et de quartiers populaires » (page 79) et sur le « dragon racisme d’État » face aux « chevaliers servants de l’antiracisme » soutenant des « blanchefleurs racisées » (page 80). Les rédacteurs affirment aussi qu’il ne faudrait pas parler de « privilège blanc », ni d’une lutte pour abolir les inégalités entre « blancs » et « non blancs » car … « cela n’a strictement rien à voir avec la vie de personne. ». Puis de préciser : « Cela ne se vérifie aucunement sous nos latitudes et si ce phénomène existe à quelques endroits (et cela sera toujours trop) nous n’avons pas la prétention de pouvoir dérouler des analyses à ce sujet dans le cadre de cet ouvrage. »(pages 65-66). Ce passage est éclairant quant au fait que le but n’est pas de comprendre le racisme ni de penser l’antiracisme, mais simplement de s’en prendre à une tendance politique émergente que l’on considère comme concurrente.

    De plus, si les rédacteurs de La race comme si vous étiez ! nient le racisme français, nous constatons quelques pages plus loin qu’ils tentent de se dédouaner de leur méconnaissance des phénomènes racistes, en se cachant derrière le fait que « la domination et le racisme n’ont aucune couleur exclusive » (page 68). Cet argument est à peu près aussi stupide que celui qui suppose que « le pouvoir n’a pas de sexe », sous prétexte que des femmes ont pu avoir accès au pouvoir politique ou économique. Cela nous fait penser à ceux qui citent Margaret Thatcher pour dire que les femmes peuvent être aussi dures que des hommes, comme si son pouvoir avait eu quelconque influence sur le sexisme. En outre, insistons sur le fait que la domination n’existe pas intrinsèquement, qu’elle est un rapport structurel, socialement situé. Comme le rappellent les militants de l’antiracisme politique, en opposition aux tenants d’un antiracisme moral, le racisme n’est pas une question d’attitude, mais une question de pouvoir, et c’est donc bien le caractère structurel du phénomène qui est souligné dans les analyses de la domination raciale. C’est pourquoi nous sommes consternés par le relativisme lorsque dans les 4 pages distribuées à Rennes, nous lisons qu’il ne faudrait pas opposer « racistes « blancs » contre « non-blancs » (comme si la couleur de peau était en soi un critère d’appartenance politique) ». Non seulement, nous pouvons faire ici le pari audacieux que le fait d’être noir va peut-être jouer sur le fait de ne pas être négrophobe, mais aussi affirmer, au-delà de l’évidence, que la couleur de la peau a de fortes chances d’exercer une influence sur la manière dont on vit le racisme, et par là, sur les manières dont on s’opposera ou non au pouvoir. Nous rappelons par ailleurs que les blancs ne sont, à aucun endroit du monde, persécutés pour la couleur de leurs peaux.

    Nier la dimension structurelle du racisme permet finalement aux « amis de Juliette et du printemps » de ne se pencher que sur un seul racisme, celui … des arabes envers les noirs et les rroms. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le seul endroit où nous constatons une reconnaissance de l’existence de rapports de sociaux de race est lorsque nous lisons qu’au « PIR, apparemment, les « Noirs » sont soumis aux « Arabes », ces derniers trônent en haut de l’échelle, reproduisant ainsi des hiérarchies anciennes des temps du prophète ou de la traite négrière, tandis que les « Rroms », eux, n’existent pas. » (page 50) Finalement, ceux qui refusent de voir la race finissent quand même par voir des hiérarchies raciales... chez les autres. L’écran de fumée qui consiste à montrer du doigt le racisme supposé d’autrui pour relativiser ou nier le racisme structurel est aussi connu et usé que celui qui consiste à parler du sexisme supposé des « jeunes de banlieue » pour nier l’existence du sexisme dans les autres espaces sociaux. Outre le fait que rien n’étaye la thèse d’une quelconque hiérarchie raciale au sein du PIR, il faut de nouveau expliquer que le racisme prend corps dans des rapports de pouvoir, dans des contextes donnés. Rappelons donc que le racisme structurel en France est celui qui discrimine ceux considérés comme non-blancs, dans la continuité des rapports coloniaux.

    Rappelons aussi que les récentes manifestations ciblant les noirs au Maghreb ont non seulement été dénoncées par des militants décoloniaux, mais analysées comme une résultante de la colonisation occidentale qui a catégorisé et hiérarchisé, pour construire les divisions sur lesquelles s’appuyait le pouvoir. Par conséquent, cela ne peut en aucun cas constituer un argument pour nier ou minimiser le racisme structurel en France. De la même manière, le fait qu’en Birmanie des bouddhistes massacrent des musulmans ne contredit pas le fait que les bouddhistes sont persécutés au Tibet par le pouvoir chinois. À contextes différents, situations différentes. Et puisque reviennent ici les arguments classiques de la traite négrière par les arabes et de la négrophobie « des temps du Prophète », sans nous lancer dans un cours d’Histoire dont les « amis de Juliette et du printemps » auraient pourtant visiblement besoin, rappelons tout de même que si des arabes ont effectivement réduit des noirs en esclavage, les historiens s’accordent sur le fait que cette traite n’a jamais eu la dimension industrielle de la traite occidentale, ni été justifiée par des théories « scientifiques » sur l’inégalité raciale. Pour ce qui est des« hiérarchies anciennes des temps du Prophète » (visiblement, il n’est nul besoin de préciser lequel, le sous-entendu suffit), s’il s’agit de rappeler que la société arabe du septième siècle était férocement inégalitaire, cela ne fait aucun doute. Cependant, il nous semble difficile de voir en quoi le fait qu’à différentes époques les pouvoirs politiques ont hiérarchisé les populations pour gouverner remettrait en cause l’analyse décoloniale de la situation contemporaine. Par ailleurs, s’il s’agit de désigner ici l’Islam comme responsable des hiérarchies sociales, du septième au vingt-et-unième siècle, l’argument relève de l’amalgame le plus grossier. Cet intérêt soudain pour le racisme des arabes envers les noirs semble finalement avoir pour seul but de désigner les personnes subissant le racisme comme les principales coupables, tout en s’innocentant soi-même.

    Cette volonté de nier par tous les moyens l’existence d’un racisme structurel en France semble avoir un seul but : délégitimer l’antiracisme politique et autonome, dont la publication des analyses dans des maisons d’édition ou sur des sites internets relèverait d’une « hégémonie politico-mafieuse » (page 225). L’auto-organisation prônée par plusieurs courants est ainsi disqualifiée, les rédacteurs ironisant à propos de « la sacralité de la parole (et éventuellement de la connerie) des « premiers concernés » », puis font mine de s’interroger :« nous nous demandons bien qui pourra parler au nom des sourds muets » (page 80) ... Nier le fait que ceux qui luttent à partir de leurs expériences du racisme s’opposent à des pouvoirs racistes permet aussi d’amalgamer toutes les affirmations subjectives et d’opposer, dans un refus de prendre en compte les positions des uns et des autres et les rapports de pouvoir existants, un égal mépris à ceux qui s’organisent « en tant que (et pas en étant) noir, juif, punk, végétarien, skateboarder, homme, pizzaiolo, pan-sexuel, etc ». (page 13).

    Toutes les organisations de l’antiracisme politique sont ainsi diabolisées pour le simple fait d’exister. La voix des Rroms, en plus d’être accusée d’être un faire-valoir du PIR, se voit ainsi reprocher de porter des « intérêts victimaires » (page 21) en luttant contre la rromophobie de l’État français. Paroles non blanches, expérience antiraciste non-mixte à l’université Paris 8, est qualifiée, dans une rhétorique proche du conspirationnisme, de« tentative d’OPA bancale sur le mouvement contre la loi El Khomry » menée par « quelques étudiants racialistes » (page 51). Là aussi, ces procès d’intention ne sont pas sans rappeler l’angoisse de ceux qui, au même moment, disaient qu’il était « sexiste » de faire un comité féministe non-mixte à l’université Rennes 2 pour imposer une autre répartition des tâches et de la parole à l’intérieur du mouvement.

    Nous comprenons que, pour les « amis de Juliette et du printemps », toute analyse du racisme ou du colonialisme prenant en compte la structuration raciste du corps social est « racialiste ». Ainsi, les membres de l’Union Juive Française pour la Paix sont eux aussi considérés comme « racialistes » … car ils luttent en tant que juifs (pages 58-59). Tout aussi absurde, constater que les Palestiniens font face à une politique coloniale et raciste menée par Israël serait une « assignation » « et prouverait une volonté de « racialiser toute question »(page 165). Nous notons ici qu’il n’est à aucun moment considéré que l’« assignation » puisse être opérée par l’État d’Israël, lequel, en plus d’occuper la Palestine et de mettre en place des checkpoints, impose la mention « Arabe » sur les papiers d’identité de ceux d’entre eux qui vivent en Israël, interdit les mariages mixtes, impose l’existence de routes séparées en Cisjordanie pour les Palestiniens et les colons israéliens et interdit aux habitants de la Bande de Gaza d’en sortir.

    Dernier exemple : pour nier le fait que les positions occupées face au racisme ont un effet sur les perceptions et les positions dans les luttes, il est, dans La race comme si vous y étiez !, affirmé sans honte qu’il serait « racialiste » de dire « vos oppresseurs allemands » à des juifs, et qu’il n’y aurait pas de juifs ayant résisté au nazisme « en tant que juifs », mais seulement « en étant juifs », comme si être juif et s’opposer au nazisme relevaient dans tous les cas de la coïncidence fortuite (pages 163-164) ... En niant, au nom d’une détestation de l’antiracisme politique, la possibilité de s’organiser à partir d’une expérience du racisme, on va donc jusqu’à affirmer que le fait d’être juif, l’expérience de l’antisémitisme et le génocide en cours n’avaient pas d’influence dans la manière de se positionner vis à vis du nazisme, et ce au mépris de la mémoire des mouvements de résistance qui ont revendiqué leur identité juive … Le ridicule ne tue pas, l’indécence non plus.

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  • III – Nier les effets du colonialisme pour tenter de disqualifier toute politique décoloniale.

    Si la négation de la structuration raciste des rapports sociaux est présente au cœur de la prose de ceux qui considèrent l’antiracisme comme « racialiste », cette négation a pour corollaire un refus d’analyser l’histoire du colonialisme. Dans La race comme si vous y étiez !, il est ainsi reproché à H*uria Boutelja et au Parti des Indigènes de la République de trop s’intéresser à l’histoire de l’Algérie coloniale et de ne pas condamner la politique menée par le FLN après l’indépendance ni les crimes des islamistes algériens (page 133). Au delà des procédés douteux consistant à demander à chaque personne saluant la lutte anticoloniale de « condamner » la politique mise en place par le gouvernement algérien après l’indépendance, et de suspecter chaque personne faisant référence à l’Islam de complaisance avec des crimes commis par des islamistes, nous notons ici une ignorance du fait que les militants du PIR analysent l’histoire du colonialisme car ils considèrent que des rapports coloniaux sont encore présents dans la politique menée par l’État français. A titre d’exemple, nous pouvons rappeler que la BAC, notamment connue pour ses contrôles au faciès et ses insultes racistes, est à la fois le prolongement de la Brigade nord-africaine, chargée dans les années 30 de rafler les immigrés pour les ficher, et de la Brigade des Agressions et des Violences, créée en 1953 pour traquer les indépendantistes algériens dans les bidonvilles. En outre, comme cela était déjà expliqué en 2005 dans l’Appel des indigènes de la République :« La France reste un État colonial ! En Nouvelle Calédonie, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Polynésie règnent répression et mépris du suffrage universel. Les enfants de ces colonies sont, en France, relégués au statut d’immigrés, de Français de seconde zone sans l’intégralité des droits. Dans certaines de ses anciennes colonies, la France continue de mener une politique de domination. Une part énorme des richesses locales est aspirée par l’ancienne métropole et le capital international. »

    Sans avancer un seul argument pour remettre en cause le constat de la persistance de rapports coloniaux, ou simplement tenter d’invalider une analyse de l’influence des guerres coloniales dans l’histoire de la République, les « amis de Juliette et du Printemps » reprochent par exemple à la Maison de la Grève d’avoir rappelé lors d’un séminaire intitulé Contre l’état d’urgence, penser l’état du monde que le premier vote de l’état d’urgence (en 1954) était lié à la situation en Algérie (page 109). A propos du PIR, on apprend aussi qu’exiger la reconnaissance des crimes du colonialisme par l’État français serait une erreur car … « nous ne savons pas ce qu’est la France, concrètement » (page 74). En outre, les personnes qui, comme H*uria Boutelja, considèrent le soutien des porteurs de valise aux militants du FLN comme un exemple d’« amour révolutionnaire » se voient reprocher de « continuer à jouer de la fascination anti-impérialiste, à faire encore miroiter les vieux mirages d’un peuple en lutte derrière quelques combattants courageux. » (page 125), sans que nous ne comprenions en quoi les Algériens qui se sont opposés en masse au colonialisme ne constituaient pas « un peuple en lutte ».

    Aussi, les développements sur la cause palestinienne sont éclairants quant au peu d’attention portée par les « amis de Juliette et du Printemps » à la question coloniale. Reprenant la propagande de l’État israélien, il est ainsi écrit dans La race comme si vous y étiez ! que les accords signés à Camp David entre les pouvoirs israélien et égyptien pour liquider le soutien à la résistance palestinienne avaient permis d’ « entrevoir des perspectives de paix (vite oubliées) dans le conflit israélo-arabe », les accords étant uniquement « impopulaires dans les cercles de pouvoir panarabes ou islamistes » (pages 168-169) et non, par exemple, dans les rues de Palestine ou des camps de réfugiés. De plus, si la deuxième intifada est critiquée car définie comme« religieuse », la révolte en cours en Palestine que certains nomment « troisième intifada » est dénoncée comme « raciale », et les membres de l’Union Juive Française pour la Paix seraient « de bons gros antisémites » (page 30) car ils la soutiennent.

    Alors que les Palestiniens qui se révoltent sont décrits comme guidés par un projet « religieux » et « racial », un seul passage, pour le moins ambigu, concerne le sionisme, mouvement nationaliste qui a colonisé la Palestine, expulsé une partie de ses habitants, et dont se revendique le gouvernement israélien qui instaure l’apartheid dans les territoires occupés. Si les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! reconnaissent que « les spécificités du projet sioniste et des migrations qu’il a provoquées sont indéniables, et cela peut à bon droit poser problème à des internationalistes ou à des diasporistes », c’est aussitôt pour se demander, « quel est le problème pour une nationaliste, admirant le président d’Iran, pro-palestinienne et ne parlant que de l’Algérie ? » (page 159). Sous-entendre qu’être « pro-palestinienne » est un élément disqualifiant et considérer que les Palestiniens ne font pas partie des personnes à qui le mouvement sioniste peut « poser problème » en dit long sur le type d’ « internationalisme » auquel se référent les « amis de Juliette et du Printemps » ...

    Aussi, nous pouvons lire que les membres du collectif Juives et Juifs révolutionnaires sont considérés comme antisémites car, en plus d’avoir défilé à la première marche de la dignité, ils ont scandé « Derrière le sionisme se cache le capital ! » (page 59). Rappelons que le sionisme, mouvement colonial, est apparu au XIXème siècle dans le contexte du développement des États-nations et est aujourd’hui soutenu par tous les États occidentaux. S’il n’y a pas, contrairement à ce que disent les antisémites, de « complot sioniste mondial », ni de « France des droits de l’homme effrayée par le lobby juif », il y a au contraire un ensemble d’entreprises, d’institutions et d’États qui tirent profit de la colonisation, de la confiscation des ressources naturelles et des ventes d’armes. En accusant d’antisémitisme ceux qui établissent un lien entre le capitalisme et la colonisation menée par Israël, les « amis de Juliette et du printemps » montrent ici leur peu de cas de l’histoire du colonialisme et de son lien avec le capitalisme.

    Cette négation des effets comme des causes du colonialisme est bien sûr en lien avec la négation du racisme colonial ou post-colonial. Dans les deux seules pages du livre portant sur la situation des maghrébins et français d’origine maghrébine, l’existence d’un « « racisme d’État » systémique » contre ces derniers est tout bonnement niée, les rédacteurs de l’ouvrage se bornant à affirmer qu’on « ne les rencontrera pas » « dans les boulots payés en deçà des normes » (page 131) et que « nombreux sont ceux qui ont déserté les barres HLM » (page 132). Ces affirmations approximatives masquent mal une volonté d’ignorer que nombre de cités HLM ont été construites pour entasser les travailleurs immigrés et que leurs descendants sont, encore aujourd’hui, souvent aux prises avec une gestion coloniale de ces quartiers. Le comble de l’indécence vient quelques lignes plus loin, quand les seules discriminations que les « amis de Juliette et du Printemps » admettent sont celles vécues par« la middle-class et la bourgeoisie un peu trop basanée » qui « rencontrent plus d’obstacles pour parvenir », avant d’ajouter, « mais est-ce vraiment notre problème » (page 132) ...

    Si les auteurs de ces textes dénigrant l’antiracisme et niant la structuration raciste des rapports sociaux se disent marxistes, nous constatons qu’ils ne disent absolument rien des rapports de production et qu’ils s’enferment dans une vision homogénéisante et figée des classes sociales. Des analyses marxistes, comme celles publiées sur le blog Carbure, ont pourtant pour sujet la subdivision raciste des classes sociales : « Le rapport de classes en France s’est construit sur l’attribution des travaux les moins qualifiés à une main-d’œuvre issue des anciennes colonies, afin de permettre, dans une division du travail qui allait en se complexifiant, la qualification d’une grande partie de la classe ouvrière sans pour autant faire exploser les salaires. Cette division est devenue structurelle, c’est-à-dire « naturelle ». La classe moyenne française s’est elle-même construite sur cette division ethnique du travail, qui arrangeait (presque) tout le monde : c’était les Trente (presque) glorieuses. Avec la restructuration des années 1970-80, le démantèlement des grands centres ouvriers, et le développement des « villes nouvelles », cette assignation raciale de la partie la plus exploitée du prolétariat s’est redoublée d’une assignation géographique, tandis que le chômage de masse devenait structurel. La classe ouvrière blanche, les ouvriers en « blanc de travail » (ouvriers qualifiés, maîtrise), ont alors progressivement abandonné les cités aux ouvriers racisés et à leurs familles, jusqu’à ce que le travail tel qu’on l’avait connu disparaisse tout à fait. »

    La négation du racisme d’État et des divisions qu’il opère au sein des classes populaires en France les conduit à ignorer la sophistication des formes que prend désormais le racisme ; et les manières dont l’antiracisme politique va se structurer en réaction. Ainsi, « les Amis de Juliette et du printemps » considèrent qu’à travers « les luttes contre la dite « islamophobie » (…) il s’agit de défendre une identité religieuse plutôt que de lutter contre un quelconque racisme » (page 88) et que cette lutte « se positionne ainsi dans un horizon absolument réactionnaire et défend les plus conservateurs de l’islam politique » (page 191). Si l’argumentaire est digne de Caroline Fourest, il se positionne par ailleurs dans la continuité des mythes que la polémiste a contribué à construire.

    En effet, l’idée selon laquelle le terme « islamophobie » aurait été crée par des mollahs iraniens pour empêcher toute critique de la religion musulmane a été popularisée par Manuel Valls qui reprenait des propos de Caroline Fourest et Pascal Bruckner. A contrario des constructions de ce qu’ils nomment les« islamophobes de plume », les sociologues Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat, auteurs de l’ouvrage Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » rappellent que s’il existait une « archive antimusulmane » dans l’Europe chrétienne du VIIème siècle, le terme « islamophobie » apparaît pour la première fois en 1910, dans le contexte colonial, sous la plume « d’ethnologues - administrateurs » français. Présentant son ouvrage dans une interview au site Rue 89, Marwann Mohamed explique ainsi que « ces spécialistes de l’islam ouest-africain ont inventé le terme pour dénoncer une frange de l’administration coloniale qui affiche ouvertement son hostilité à l’encontre des musulmans et de la religion musulmane. Ce qui, selon eux, tend à fragiliser la domination coloniale française. » Ironiquement, loin d’être le fait « des plus conservateurs de l’islam politique », le terme vient donc… des colons français souhaitant maintenir le pouvoir colonial.

    De plus, Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat montrent que l’islamophobie contemporaine s’affirme en France au début des années 1980 dans le contexte des grèves à PSA en 1982-1983 que Gaston Deferre va dénoncer comme « des grèves saintes, d’intégristes, de musulmans, de chiites ». A partir de ce moment, médias et politiques vont construire « un problème musulman », basculant ainsi du « problème de l’immigration » à celui de l’Islam. Les amateurs d’archives ne sont pas sans ignorer que les années 1980 sont aussi celles qui voient les banlieues lyonnaises s’enflammer contre le racisme des flics, mais aussi celles d’une première structuration du mouvement antiraciste. Basculer du « problème de l’immigration » au « problème religieux » va ainsi permettre - en réaction à la dénonciation morale du racisme - de créer un « racisme acceptable » pour reprendre les mots de Saïd Bouamama et Pierre Tévanian, et de maintenir, sous un discours différent, la domination sur les sujets post-coloniaux. Comme l’écrivent Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat, la surenchère médiatique et politique s’appuie « pour beaucoup sur les grilles de lecture policières, selon lesquelles les pratiques religieuses musulmanes (…) peuvent constituer des indices du « communautarisme » et de la « radicalisation » politique des musulmans. (...) Une pratique religieuse devient, dans le sens commun médiatique, une pratique politique menaçante. »

    Les effets de l’islamophobie vont s’accentuer après les attentats du 11 septembre 2001, justifiant des mesures spéciales rappelant certaines dispositions prises par le pouvoir colonial en Algérie. La loi de 2004 contre le voile à l’école semble en effet faire cruellement écho aux cérémonies de dévoilement des femmes algériennes dans les années 1930. Dans L’an V de la révolution algérienne, Fanon souligne ainsi « que ce voile, élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire traditionnel algérien va devenir l’enjeu d’une bataille grandiose, à l’occasion de laquelle les forces d’occupation mobiliseront leurs ressources les plus puissantes et les plus diverses et où le colonisé déploiera une force étonnante d’inertie » Dans ce contexte de continuum colonial, rien d’étonnant à ce que l’antiracisme politique en France se saisisse avec virulence de la lutte contre l’islamophobie, puisqu’elle est une des formes les plus visibles et les plus manifestes du racisme d’État.

    En outre, dans le contexte français, après les assassinats des dessinateurs de Charlie Hebdo et le massacre des clients de l’HyperCasher, après l’attaque du Bataclan, l’islamophobie ambiante s’est affirmée de manière virulente. Dans le cadre de l’état d’urgence, c’est toute la population considérée comme musulmane qui a été construite en ennemie de l’intérieur. La majorité des perquisitions et arrestations préventives ont concerné des musulmans. Dans ce contexte, affirmer que le PIR donne « un consentement mou aux attentats » (page 71), et ce en dépit de toutes leurs déclarations à ce sujet, c’est s’inscrire entièrement dans la logique islamophobe et guerrière supposant que toute personne qui lutte contre l’islamophobie et dénonce les guerres occidentales au Moyen-orient consent implicitement aux massacres de l’État islamique.

    Dans leur logique de dénonciation de la lutte contre l’islamophobie, « les amis de Juliette et du printemps » en arrivent à la considérer comme un « assujettissement à la religion des autres » (page 109-110), comme ils l’écrivent à propos de la Maison de la Gréve, dont le tort est d’avoir invité Thomas Deltombe à exposer ses analyses de la construction du phénomène. Il est pourtant difficile de nier, surtout quand on prétend incarner une radicalité opposée à la police et à la justice, que les conséquences de l’état d’urgence se sont principalement faites sentir sur les musulmans, entre assignations à résidence et perquisitions de mosquées… Thomas Deltombe souligne en effet à quel point la construction médiatique d’un « Islam imaginaire » a construit le mythe d’un « ennemi de l’intérieur », qui subit de plein fouet « la lutte contre le terrorisme » et dont la justification médiatique n’est pas sans rappeler l’imagerie antisémite européenne des XIXème et XXème siècle.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37534

  • Loin de reconnaître les liens évidents qui unissent l’islamophobie contemporaine et l’antisémitisme européen, les rédacteurs de l’opuscule préfèrent affirmer qu’il y a des « bons gros antisémites à l’UJFP [Union Juive Française pour la Paix] » (pages 58-59), à qui ils reprochent de faire ce lien. Pourtant, comme le rappelle Edward Saïd dans Réflexions sur l’exil, antisémitisme et islamophobie sont issus de la même archive coloniale : « auparavant les orientalistes européens et chrétiens étaient ceux qui fournissaient à la culture européenne des arguments pour coloniser et supprimer l’Islam, ainsi que pour mépriser les Juifs ». Ironie de l’Histoire, nous constatons aujourd’hui un soutien à la politique coloniale israélienne par une extrême-droite historiquement antisémite, ainsi que l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme dans des discours gouvernementaux réduisant le phénomène à « l’antisémitisme des banlieues ».

    N’en déplaise aux « amis de Juliette et du printemps », pour qui le « philosémitisme » est simplement « le fait de ne pas détester les juifs » (page 154), cette notion, initialement popularisée dans les milieux antiracistes en France par Daniel Bensaid, Rudolf Bkouche et Ivan Segré, désigne l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme à des fins racistes. En essentialisant les juifs et en tentant de leur assigner un rôle de défense de l’Occident, le philosémitisme est, comme le rappelle l’Union Juive Française pour la Paix, « une forme d’antisémitisme ». Par conséquent, toute prise de position réellement antiraciste doit s’attacher à articuler ensemble luttes contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie, au lieu de jouer le jeu du racisme d’État en accusant d’antisémitisme les militants de l’antiracisme politique.

    Enfin, le dénigrement par les « amis de Juliette et du Printemps » de l’identité politique décoloniale est une autre preuve de leur ignorance. Les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! affirment en effet qu’il s’agirait d’« une identité politique anhistorique, décontextualisée, à la prétention millénaire. » (page 124), et que, pour ceux qui s’en réclament, « l’histoire du monde tient en deux dates : 1492 et 1830. Le point de vue “décolonial” – le terme “décolonial” remplace “anticolonialiste”, ou même “révolutionnaire” d’ailleurs, et ouvre une identité politique permanente, décontextualisée –, ne voit l’histoire du monde que depuis le prisme de l’histoire des relations franco-algériennes » (page 20). Pourtant, comme l’explique la militante libertaire Irène Pereira sur le site Grand angle : « le décolonial n’a guère à voir avec les relations franco-algérienne car il s’agit à la base d’un courant de pensée latino-américain (d’où la référence à 1492). Une autre idée fausse que l’on trouve dans les milieux libertaires, c’est que ces théories seraient postmodernes et s’opposeraient à une approche matérialiste. En ce qui concerne la pensée décoloniale, elle a à l’origine plus à voir avec la théorie de la dépendance et la philosophie de la libération, qui sont des courants latino-américains, qu’avec les théories postmodernes. De même, les origines de la théorie de l’intersectionnalité se trouvent plutôt dans les courants féministes noirs américains que dans le postmodernisme. La réception en France s’est faite en particulier via des réseaux issus du féminisme matérialiste. Une autre simplification que l’on trouve consiste dans une réduction du queer aux approches postmodernes par opposition au matérialisme. Mais une telle conception est nettement contestable dans le queer of color qui a eu impact non négligeable sur le mouvement Black Lives Matter. »

    IV – Construire le PIR comme épouvantail et diaboliser l’antiracisme politique dans le but d’empêcher les convergences.

    Si, comme nous l’avons constaté, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! ne disent pas grand chose du racisme, nient son caractère structurel et alignent les invectives contre ceux qui utilisent le mot « race », nous avons dans les trois premières parties de notre développement choisi d’ignorer leur obsession à l’encontre du Parti des Indigènes de la République. Notre priorité était de démontrer que l’enjeu de cet opuscule est moins la critique du discours d’un parti politique que la négation du racisme structurel et la diabolisation de l’antiracisme politique sous toute ses formes. Dans La race comme si vous y étiez !, après une première partie rendant compte avec plus ou moins de mauvaise foi d’une soirée de présentation du livre Les blancs, les Juifs et nous dans un bar parisien, et listant nommément les personnes présentes dans un style qui s’apparente au rapport de police, la seconde partie de l’ouvrage attaque tous ceux qui entretiennent des liens avec l’antiracisme politique, ou simplement acceptent d’en débattre.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37534

  • En prolongement de cet interclassisme, aux pages 30-31, elle glose sur l’innocence des « Blancs », majuscule italique, qui se représenteraient eux-mêmes comme « des anges » : « Un nouveau-né est moins innocent. Il se pourrait même q u il paraisse plus vicieux parfois. » On retrouve cette rhétorique de
    l’innocence qui vient justifier bien des massacres (on pense à Abaaoud et à son « personne n’est innocent » pour justifier les attentats du 13 novembre 2015 à Paris contre des client-e-s et employé-e-s de cafés, d’un stade et le public d’une salle de concert). Après le reproche de l’innocence, logiquement, l’accusation se précise. La culpabilité est tout de suite évo­quée : « Vous vous êtes faits anges. Des anges affranchis de toute justice terrestre. Vous faites de vos victimes des bourreaux et de l ’impunité votre royaume. »
    L’appel à la punition divine de­vient évident, on est déjà avec les anges, la justice terrestre et un royaume qui n’est justement pas celui de Dieu, d’autant
    plus nécessaire que la justice des hommes est « blanche » et fabrique d’impunité...

    Les anges l’inspirent et ouvrent un chemin poétique, qui se perd rapidement dans le non-sens. Globalement, la poésie revendiquée en couverture et qui voudrait traverser l’écriture (quoi d’autre pour justifier l’incohérence, le ton péremp­toire, les sauts du coq à l’âne, d’Australie en Iran, de 1492
    à 1942... ?), est largement maltraitée, ne serait-ce que par ce perpétuel éloge de la bêtise et de l’ignorance, affichée, sans doute, comme un indice d’arrogance, cette vertu « indigène » qu’Ahmadinejad partage avec les orateurs du PIR. Parlons donc poésie, ce sera rapide

    le livre est ici :

    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/juliette-race.pdf

    le livre ici

    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/juliette-race.pdf

    le livre ici

    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/juliette-race.pdf

    le livre ici

    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/juliette-race.pdf

  • Les amis de Juliette et du printemps
    LA RACE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    (236 p., Automne 2016)

    PDF à télécharger => https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Dans une période de recul des luttes d’atomisation et de confusionnisme diffus, alors que les thèses complotistes et antisémites de Soral et Dieudonné colonisent les imaginaires, le Parti des Indigènes de la République (PIR) s’invite sur les plateaux télé pour imposer un « nouvel antiracisme » qui ressuscite le concept de « race ».

    Par le biais d’un chantage moral à la culpabilité « blanche » et collective, la non-mixité « racisée » est imposée comme une évidence dans le débat public tandis que prospèrent leurs grilles de lecture et leurs pratiques ségrégationnistes jusque dans les conflits sociaux. Alors que ces positions essentialistes issues de cénacles universitaires ne se donnent même pas la peine d’avancer masquées, une tétanie semble s’être emparée des milieux contestataires, et c’est un tapis rouge qui finit par être déroulé devant les tenants de la guerre de tous contre tous. Face à la publication d’un pamphlet ouvertement raciste comme Les Blancs, les Juifs et nous (Houria Bo*teldja [* = censure Indymedia], éditions La fabrique) qui voudrait tracer les grandes lignes du projet de la gauche gouvernementale comme radicale tout en lançant des appels du pied aux dieudonnistes, les réactions sont d’une rareté et d’une timidité étonnantes. De fait, ce bréviaire de la « lutte des races » qui prône la soumission des femmes et l’ostracisation des homosexuels dans les communautés, la haine viscérale du juif, « chouchou de la République » et l’hypothèse négationniste comme finalité stratégique ne choque déjà plus grand monde.

    Cet ouvrage s’inscrit dans une perspective simple : contrer la tentative de réimplantation et de promotion des logiques raciales, philoreligieuses, communautaristes et identitaires avançant sous pavillon antiraciste et déblayer le terrain pour enfin ouvrir des possibilités de perspectives subversives et révolutionnaires.

    Sommaire

    Avant-propos

    • Une question de mots ?

    Introduction

    • Fusiller Hazan ?

    Une Soirée de printemps chez les racialistes

    • La race, comme si vous y étiez !

    Intersections

    1 • Le libre choix de la race
    2 • « Eux » les juifs, « chouchous de la République »
    3 • Être l’homo du PIR, ou ne pas être – Un ultimatum
    4 • Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    5 • Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé
    6 • Être ou ne pas être « décolonial » ?
    7 • Non-blancs, racisés, décoloniaux… Et Nous, les Algériens

    Se frayer un chemin dans l’ignominie

    • « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture

    Postface

    • A propos de tous ceux qui considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue

    Annexe

  • Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:37 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38190

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:39 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38189

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:41 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38188

    Article refusé.

    Publié : le samedi 15 juillet 2017 à 15:56 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38186

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:38 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38185

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:39 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38182

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 13 juillet 2017 à 23:01 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38172

    Article refusé.

    Publié : le mardi 11 juillet 2017 à 21:01 par modo

    TROLLAGE RELOU.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 7 juillet 2017 à 15:21 par modo

    spam de trollage....

    https://nantes.indymedia.org/articles/38140

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:13 par modo

    trollage..................

    https://nantes.indymedia.org/articles/38135

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:06 par modo

    trollage. les explications ont été données à chaque fois. Les "anti-racialistes" et les trolls n’ont pas leur place sur indymedia.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38133

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:05 par modo

    trollage. les commentaires qui nourrissent le(s) troll(s) ont été viré aussi.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38132

    Article refusé.

    Publié : le mardi 4 juillet 2017 à 15:37 par modo

    spam trollesque....

    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Article refusé.

    Publié : le mardi 4 juillet 2017 à 16:53 par modo

    trollage

    https://nantes.indymedia.org/articles/38117

    Article refusé.

    Publié : le samedi 1 juillet 2017 à 21:51 par modo

    spam.

    pour rappel : " sauf à dénoncer PLUSIEURS types de courants politiques et/ou types de courants religieux oposés à l’émancipation, en l’état un tel article n’est qu’un trollage islamophobe de plus.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38115

    Article refusé.

    Publié : le samedi 1 juillet 2017 à 21:53 par modo

    Enième trollage.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 30 juin 2017 à 19:27 par modo

    ce compte-rendu technique de quelques partis trop bien choisis n’a pas de rapport avec indymedia nantes. sauf à dénoncer plusieurs types de courants politiques et types de courants religieux oposés à l’émancipation, en l’état un tel article n’est qu’un trollage islamophobe de plus.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38109

    Article refusé.

    Publié : le mercredi 28 juin 2017 à 22:33 par modo

    Trollage confusioniste.

    Les amis de Juliette et du printemps semblent avoir du temps à perdre à faire passer pour "identitaires" "racistes" toute personne personne qui diffuse des textes qui ne lui reviennent pas
    nous on a autre chose à faire que faire des enquêtes de purisme des auteurs de la Fabrique qui publie bien ce qu’elle veut. et faire un raccourci "PIR, LMSI, BDS, CRAN" est assez puant.
    Pour faire court, les "anti-racialistes" ne sont pas les bienvenus sur indymedia nantes.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38096

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 22 juin 2017 à 20:12 par modo

    HAAAAAAAAA les joies du trollage... mais allez jouer ailleurs au lieu de semez vos gerbes anti palestinien-ne-s ici.... On vire un commentaire du même troll pour le coup encore plus gerbant.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38053

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 16 juin 2017 à 07:08 par modo

    Trollage. Z’avez vraiment que ça à faire ?

    https://nantes.indymedia.org/articles/38009

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 15 juin 2017 à 12:32 par modo

    Vieux texte de Novembre 2016 posté ici manifestement dans le but de troller.
    Un commentaire pas tellement plus fin a également été caché.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38002

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 16 juin 2017 à 17:51 par modo

    Les articles sur l’antiracisme sont les bienvenus sur Indymedia Nantes.
    Cela dit, étant donné que les "débats" sur cette question sont rendus impossibles ces derniers temps, le collectif a décidé de refuser tout article qui se baserait sur les mots "racialisme" ou "anti-racialisme". Comme nous l’avons déjà exprimé lors d’un autre commentaire collectif, nous ne pouvons cautionner l’usage de ces mots, d’origine raciste et utilisés actuellement à contre-sens.

    De même, les articles à propos de ou par Houria Boutelja ou le PIR sont refusés. Le collectif souhaite que cette question importante du racisme et du vécu des personnes racisées puisse être visibilisée sans polariser autour de deux positions dans lesquelles il ne se reconnait pas, cette polarisation ne permettant pas un débat sur le fond.
    Il y a bien d’autres positions que celles-ci, et le collectif souhaiterait qu’elles puissent s’exprimer.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37999

    Article refusé

    Publié : le dimanche 11 juin 2017 à 17:09 par modo

    Nouvel extrait du brulot "la race comme si vous y étiez", dont plusieurs extraits confusionistes sur la racisme ont déjà été refusés. De plus ces publications servent visiblement de défouloir en comentaires à une / des personnes de Paris qui se comportent en trolls et feraient mieux de régler une fois pour toutes leurs problème sirectement plutôt que troller partout...
    Un autre commentaire sur notre position comme collectiif quand à la lutte des personnes racisées sera ajouté bientôt.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 8 juin 2017 à 21:27 par modo

    en fait c’est un copié-collé d’un vieil article uniquement là pour troller et nous faire astturer sur le sujet, donc hop, refusé !

    https://nantes.indymedia.org/articles/37951

    Cet article est refusé :

    Rappel des [principes de publication sur Indymedia Grenoble->

    Sont refusées, mais restent consultables sur le site, les contributions :
    défendant des thèses conspirationnistes/complotistes/confusionnistes.

    « Cette idéologie séparatiste insufflée par le NPA et le Qatar »

    C’est moi, ou ça pue le confusionnisme ? ou, à tout le moins, un certain manque de contextualisation et d’argumentation qui peut faire passer l’article comme tel ?

    Par ailleurs, Indymedia en général et Indymedia Grenoble en particulier ne me semblent en général pas particulièrement être un endroit où se défendent les « principes républicains ».

    En plus la page Facebook donne plus l’impression d’être une vaste blague qui cherche à se moquer des anti-racialisateur sur le mode du Gorafi, mais… en fait il semble qu’il s’agisse vraiment de gens sérieux (et si c’est en effet le cas, ils sont vraiment cons). Ça fait un peu peur.

    https://grenoble.indymedia.org/2017-07-06-Defendre-la-liberte-d-expression

    Cet article est refusé :

    Article copié/collé depuis Indymedia Bruxelles et Indymedia Nantes, par ailleurs classé dans aucune catégorie.

    Indymedia Grenoble n’est pas un réceptacle à articles copiés-collés, ni mediaslibre.org, ni rezo.net. Merci d’avance de prendre ceci en compte !

    Nous voulons vraiment re-privilégier fortement la production d’une information locale et d’articles originaux.

    Nous tenons à rappeler que la masse de contenus non-appropriés à modérer est l’une des raisons pour laquelle l’équipe précédente a fini par abandonner le site l’année dernière, avant de passer la main.

    Il serait courtois de la part des « contributeurs » d’en prendre compte.

    Merci d’avance.

    https://grenoble.indymedia.org/2017-06-29-Les-positions-bourgeoises-de-l

  • Les amis de Juliette et du printemps
    LA RACE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    (236 p., Automne 2016)

    PDF à télécharger => https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Dans une période de recul des luttes d’atomisation et de confusionnisme diffus, alors que les thèses complotistes et antisémites de Soral et Dieudonné colonisent les imaginaires, le Parti des Indigènes de la République (PIR) s’invite sur les plateaux télé pour imposer un « nouvel antiracisme » qui ressuscite le concept de « race ».

    Par le biais d’un chantage moral à la culpabilité « blanche » et collective, la non-mixité « racisée » est imposée comme une évidence dans le débat public tandis que prospèrent leurs grilles de lecture et leurs pratiques ségrégationnistes jusque dans les conflits sociaux. Alors que ces positions essentialistes issues de cénacles universitaires ne se donnent même pas la peine d’avancer masquées, une tétanie semble s’être emparée des milieux contestataires, et c’est un tapis rouge qui finit par être déroulé devant les tenants de la guerre de tous contre tous. Face à la publication d’un pamphlet ouvertement raciste comme Les Blancs, les Juifs et nous (Houria Bo*teldja, éditions La fabrique) qui voudrait tracer les grandes lignes du projet de la gauche gouvernementale comme radicale tout en lançant des appels du pied aux dieudonnistes, les réactions sont d’une rareté et d’une timidité étonnantes. De fait, ce bréviaire de la « lutte des races » qui prône la soumission des femmes et l’ostracisation des homosexuels dans les communautés, la haine viscérale du juif, « chouchou de la République » et l’hypothèse négationniste comme finalité stratégique ne choque déjà plus grand monde.

    Cet ouvrage s’inscrit dans une perspective simple : contrer la tentative de réimplantation et de promotion des logiques raciales, philoreligieuses, communautaristes et identitaires avançant sous pavillon antiraciste et déblayer le terrain pour enfin ouvrir des possibilités de perspectives subversives et révolutionnaires.

    Sommaire

    Avant-propos

    • Une question de mots ?

    Introduction

    • Fusiller Hazan ?

    Une Soirée de printemps chez les racialistes

    • La race, comme si vous y étiez !

    Intersections

    1 • Le libre choix de la race
    2 • « Eux » les juifs, « chouchous de la République »
    3 • Être l’homo du PIR, ou ne pas être – Un ultimatum
    4 • Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    5 • Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé
    6 • Être ou ne pas être « décolonial » ?
    7 • Non-blancs, racisés, décoloniaux… Et Nous, les Algériens

    Se frayer un chemin dans l’ignominie

    • « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture

    Postface

    • A propos de tous ceux qui considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue

    Annexe

    • Jusqu’ici tout va bien ?

  • IV – Construire le PIR comme épouvantail et diaboliser l’antiracisme politique dans le but d’empêcher les convergences.

    Si, comme nous l’avons constaté, les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! ne disent pas grand chose du racisme, nient son caractère structurel et alignent les invectives contre ceux qui utilisent le mot « race », nous avons dans les trois premières parties de notre développement choisi d’ignorer leur obsession à l’encontre du Parti des Indigènes de la République. Notre priorité était de démontrer que l’enjeu de cet opuscule est moins la critique du discours d’un parti politique que la négation du racisme structurel et la diabolisation de l’antiracisme politique sous toute ses formes. Dans La race comme si vous y étiez !, après une première partie rendant compte avec plus ou moins de mauvaise foi d’une soirée de présentation du livre Les blancs, les Juifs et nous dans un bar parisien, et listant nommément les personnes présentes dans un style qui s’apparente au rapport de police, la seconde partie de l’ouvrage attaque tous ceux qui entretiennent des liens avec l’antiracisme politique, ou simplement acceptent d’en débattre.

    Dans la majorité des cas, il s’agit bien plus d’étiqueter et de créer des réputations que d’argumenter. Ivan Segré, auteur d’un article critiquant de manière virulente le chapitre « Vous, les Juifs » est défini comme un « talmudiste « philosémite » de service » et est attaqué pour son texte « s’inscrivant dans le cadre de la campagne marketing de promotion du brûlot antisémite » (page 113). Malgré sa charge à l’encontre de la porte-parole du PIR, Ivan Segré se voit donc considéré comme une caution à l’antisémitisme que les « amis de Juliette et du Printemps » prêtent à H*uria Boutelja, et ce pour le simple fait qu’il lui « distribue bons et mauvais points » (page 113), c’est à dire qu’il reconnaît une certaine pertinence aux constats du PIR à propos des structures racistes de la France post-coloniale.

    Thierry Schaffauser, militant d’Europe-Écologie et du Strass, est quant à lui assigné au rôle d’ « homo du PIR »par les « amis de Juliette du Printemps », qui lui reprochent d’avoir écrit une tribune de soutien aux Indigènes de la République sur le « site LGBT controversé, Yagg » (page 99). Autre reproche fait à Thierry Schaffauser, le fait d’être proche de « mouvances racialistes et « antisionistes » borderlines dont il diffuse régulièrement la propagande sur les réseaux sociaux (PIR, LMSI, BDS, CRAN, etc) ». (page 102) Nous ne saurons pas pourquoi Les Mots Sont Importants (collectif luttant contre le racisme d’État, créé en 2004 dans le contexte de la lutte contre la loi d’interdiction du voile à l’école), la campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions à l’égard d’Israël ou le Conseil Représentatif des Associations Noires seraient « borderlines », pas plus que nous ne saurons pourquoi nous devons considérer Yagg comme un « site LGBT controversé ». Nous sommes simplement enjoints à croire les rédacteurs de l’ouvrage, sous peine d’être bientôt nous-même « controversés »ou dénoncés comme liés à la « mouvance racialiste » si nous venions à en « diffuser la propagande sur les réseaux sociaux ».

    La troisième partie du livre, la plus longue, est intitulée « Se frayer un chemin dans l’ignominie » et se présente comme un résumé du livre de H*uria Boutelja. Les « amis de Juliette et du printemps » nous présentent le but de ce « résumé » : il s’agirait de « traverser l’épaisseur étouffante de cet opuscule » pour « limiter le moment de dégoût et d’ennui passé en compagnie de ce texte » (page 137). Si les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! sont suffisamment téméraires pour avoir réussi à lire l’ouvrage, nous sommes donc clairement invités à ne pas le lire, mais simplement à les croire. Comptant sur le fait que leurs lecteurs n’aillent pas voir par eux-même, les « amis de Juliette et du printemps » se croient donc autorisés à raconter n’importe quoi.

    En plusieurs endroits du livre, les procès d’intentions sont grossiers et risibles. Dressons en une liste non-exhaustive. H*uria Boutelja, qui admire Jean Genet pour son soutien au Blacks panthers, aux feddayinPalestiniens et pour son refus d’absoudre les crimes de la France au nom de la mémoire de la résistance au nazisme, se voit suspectée de partager la fascination pour le nazisme du personnage d’un roman de Genet, livre que, pourtant, elle ne cite pas (pages 41-43). Autre exemple, quand elle utilise l’expression « coûter une bagatelle » ce serait une référence à Bagatelles pour un massacre, pamphlet antisémite de Louis-Ferdinand Céline (page 142) … Quant au fait qu’elle a déclaré dans une conférence qu’elle était pessimiste à propos de la possibilité de trouver un éditeur près à publier ce livre ce serait … parce qu’elle aurait imaginé un complot juif (page 45). Aussi, lorsqu’on lit « La parole des colonisés est dense. Elle est puissante. Elle ne ment pas. », pour les « amis de Juliette et du printemps », « c’est Pétain qui se fait entendre. C’est la terre qui ne ment pas, non ? », avant d’affirmer qu’écrire qu’une parole « ne ment pas » revient à … « citer Pétain » (page 166 ).

    A d’autres endroits, les « amis de Juliette et du printemps » entendent profiter de la méconnaissance des positions du PIR par leurs lecteurs pour créer un rejet ou de la suspicion. Ainsi, lorsque H*uria Boutelja remet le développement de l’antisémitisme européen dans le contexte de l’histoire du racisme et considère que le nazisme prolonge l’histoire coloniale et le racisme européen, elle se voit accusée de … défendre le nazisme. Nous pouvons lire dans La race comme si vous y étiez ! que considérer Hitler comme « un bon élève du colonialisme » (le qualificatif étant choisi, rappelons le, par une militante se revendiquant de l’anticolonialisme) viserait à ... en donner une image positive puisqu’ « aux bons élèves, on ne peut pas faire la guerre, n’est-ce pas ? » (pages 171-172). La citation d’Aimé Césaire, qui dans le Discours sur le colonialisme affirme à propos de l’Occident et plus particulièrement de la France qu’ « une civilisation qui justifie la colonisation (…) appelle son Hitler, son châtiment » ce serait, pour les « amis de Juliette et du printemps » … « une référence pour initiés aux déclarations de Youssef al-Qaradâwî quand il affirme que le nazisme est une punition divine contre ces mécréants particuliers que sont les juifs » (page 34). Tout aussi gênant, quand elle nomme la volonté nazie de « faire disparaître une race de la surface de la terre », les « amis de Juliette et du Printemps » affirment que la mention par la porte-parole du PIR de la volonté nazie de faire disparaître les juifs révélerait … « une espérance déçue » (pages 169-170).

    A propos du féminisme, H*uria Boutelja se demande dans le chapitre « Nous, les Femmes indigènes » de son livre, « quelle est notre marge de manœuvre entre le patriarcat « blanc » et dominant et le « nôtre », indigène et dominé ? Comment agir quand la stratégie de survie du dernier consiste à exposer ses pectoraux, à faire étalage de sa virilité » ? », et mentionne un « difficile compromis entre l’intégrité, la sauvegarde du groupe et la libération de l’individu » (page 83). Pour les « amis de Juliette et du Printemps », ce serait « exonérer les oppresseurs », avant d’asséner : « H*uria attribue un permis de violer, de battre et de tuer » (page 55). Plus loin, il sera de nouveau mentionné dans La race comme si vous y étiez ! une supposée « défense des violeurs » par H*uria Boutelja, dont la proposition relative à l’émergence d’un féminisme décolonial ne serait qu’un « alibi » (page 209).

    Si ces procès d’intention sont décelables par tous, à d’autres endroits, les manipulations ne peuvent être remarquées que si l’on a lu ses textes. A la page 163, pour tenter de prouver l’antisémitisme de la porte-parole du PIR, est reproduite une citation disant à des juifs « vous nous avez colonisés », avant d’ironiser sur la porte-parole du PIR « qui, comme chacun sait, est opprimée par les juifs » (page 163). En réalité, ces propos, s’ils sont présents dans le livre, ne sont pas d’elle, et ne s’adressent pas aux juifs français : ils sont la citation d’un Palestinien s’adressant à des Israéliens qui ont, effectivement, colonisé la Palestine … A la page 100, pour faire semblant de démontrer qu’H*uria Boutelja est homophobe, il lui est attribué la phrase selon laquelle « le choix de l’homosexualité est un luxe », phrase qui serait bien sûr homophobe si elle avait été prononcée. En réalité, ces propos, mis entre guillemets par les « amis de Juliette et du printemps » qui les attribuent à la porte-parole du PIR, sont ceux d’un journaliste de Street press, faisant semblant de résumer une intervention d’H*uria Boutelja, laquelle rappellera plusieurs fois n’avoir jamais affirmé une chose pareille. Voici ce qu’elle dit à ce propos dans son interview à Jeune Afrique : « Mes propos ont été déformés dans la presse. J’ai simplement dit que les identités LGBT sont un phénomène nouveau en Europe, au 19ème siècle ça n’existait pas. Elles sont essentiellement européennes. Il faut distinguer la pratique homosexuelle et l’identité sociale homosexuelle. Celle-ci n’est pas reconnue et nommée dans tous les pays. Dans certains pays il y a une reconnaissance sociale d’un phénomène sans que cela soit politisé, lié à des revendications ou à une demande d’identification. Et, dans d’autres pays c’est l’inverse, comme en Occident. (…) Nous disons simplement qu’à partir du moment où la question LGBT n’est pas politisée par les principaux concernés, on n’a pas à civiliser la sexualité indigène. (…) Nous disons simplement que si les femmes et les homos dans les quartiers ont un agenda, il faut le respecter. »

    Les productions du PIR méritent d’être lues et débattues, et il ne s’agit pas pour nous de disqualifier par avance toute discussion des positions exprimées par une organisation ou un militant de l’antiracisme politique. Précisons d’ailleurs que, contrairement à ce que prétendent les « amis de Juliette et du Printemps », l’antiracisme est une tendance politique au sein de laquelle s’expriment des désaccords. Nous pouvons en citer quelques exemples. A propos de l’intersectionnalité, H*uria Boutelja affirme dans une conférence intitulée « Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes », que chez « certains militants radicaux non blancs (...) la cause intersectionaliste défendue est rarement incarnée dans un projet politique qui serait force de proposition à destination des habitants des quartiers. ». A contrario, la revue AssiégéEs, qui a pour devise « Intersectionnalité et Révolution », se présente comme « un projet politique porté par des personnes issues des « anciennes » colonies européennes (...) né du ras-le-bol de devoir choisir entre les luttes contre le capitalisme, celles contre le racisme systémique et celles contre le patriarcat. ». »

    A propos de l’antisémitisme, dans sa présentation, le collectif Juives et Juifs Révolutionnaires affirme que « ce ne sont pas « les sionistes », quels que soient leur courant, qui créent l’antisémitisme, même s’ils rejoignent les antisémites sur l’idée de deux mondes irréductiblement séparés et incompatible. ». A l’inverse, comme le Parti des Indigènes de la République, l’Union Juive Française pour la Paix considère que la politique menée par l’État d’Israël, qui dit agir au nom des juifs du monde entier, contribue au développement de l’antisémitisme.

    A propos du sexisme, H*uria Boutelja affirme au chapitre « Nous, les Femmes indigènes » qu’une forme particulière de virilisme découle de l’oppression vécue par les hommes racisés : « En Europe, les prisons regorgent de Noirs et d’Arabes, les contrôles au faciès ne concernent pratiquement que les hommes et ils sont les principales cibles de la police. C’est à nos yeux qu’ils sont diminués. (…) Dans une société castratrice, patriarcale et raciste (ou subissant l’impérialisme), exister, c’est exister virilement. (...) Un féminisme décolonial ne peut pas ne pas prendre en compte ce « trouble dans le genre » masculin indigène car l’oppression des hommes rejaillit immédiatement sur nous. Oui, nous subissons de plein fouet l’humiliation qui leur est faite. La castration virile, conséquence du racisme, est une humiliation que les hommes nous font payer le prix fort. » (pages 94-95) En désaccord avec cette analyse, Joao Gabriell, cofondateur de la revue AssiégéEs et militant queer of color développe les raisons de son opposition dans un article intitulé « Combattre la racialisation des questions de genre et de sexualité à la racine » : « Un homme pauvre et/ou non blanc (...) a surtout du pouvoir sur les femmes qu’il fréquente dans l’intimité (épouse, conjointe, sœurs), parce qu’il n’est le patron ou le supérieur de personne, que s’il a recours à la prostitution ce sera celle de rue où bien sûr il peut exercer une violence mais bien plus stigmatisée et criminalisable, et parce qu’enfin, il n’a évidemment aucune femme qui est employée chez lui. (...) Pensez-vous que l’homme dominé exerce une violence surtout dans l’intimité et dans la rue, pour se « venger » de ses frustrations d’exploités et d’opprimés par le racisme, ou simplement parce que ce sont les seuls lieux où il peut l’exercer, contrairement à l’homme dominant qui peut la déployer dans tellement plus de contextes ? »

    Notre but n’est pas de prendre ici parti dans ces différents débats, mais à la fois de dénoncer la tentative de faire croire à une absence de pluralité au sein de l’antiracisme politique, et de s’opposer à la construction du PIR comme épouvantail à partir de citations malhonnêtement tronquées, détournées voire inventées. En outre, quand les « amis de Juliette et du Printemps » font semblant de se demander « quid des homosexuels, des juifs et de tous ceux dont le PIR ne veut pas ? » (page 27), nous trouvons cela particulièrement ironique de la part de personnes qui désignent Eric Hazan comme un « juif de service » à la page précédente, qui accusent d’antisémitisme l’Union Juive Française pour la Paix et le collectif Juives et Juifs Révolutionnaires (pages 58-59), et définissent Thierry Schaffauser comme « l’homo du PIR » (page 99). Enfin, quand les rédacteurs de La race comme si vous y étiez ! tentent de faire croire que les militants du PIR et plus largement les militants décoloniaux refusent de lutter avec des blancs en écrivant « « Blancs » ils sont, « blancs » ils resteront, quoi qu’ils aient accompli, quel que soit le courage de leurs engagements : on ne veut ni des porteurs de valises, ni des Justes. » (page 152), nous ne pouvons nous empêcher d’interpréter cela comme une tentative d’empêcher toute forme de rapprochement entre les uns et les autres.

    Pour démontrer la malhonnêteté d’une telle affirmation, nous pouvons citer l’appel présent aux deux dernières pages de Les Blancs, les Juifs et nous : « Mais trêve de larmes et de regrets. Le passé n’est plus. Nous sommes la somme de nos lâchetés et de nos résistances. Nous serons ce que nous aurons mérité d’être. C’est tout. Ce qui est vrai pour nous tous, Blancs ou Noirs. C’est là que se posera la question du grand NOUS. Le Nous de notre rencontre, le Nous du dépassement de la race et de son abolition, le Nous de la nouvelle identité politique que nous devrons inventer ensemble, le Nous de la majorité décoloniale. Le Nous de la diversité de nos croyances, de nos convictions et de nos identités, le Nous de leur complémentarité et de leur irréductibilité. Le Nous de cette paix que nous aurons mérité parce que payée le prix fort. Le Nous d’une politique de l’amour, qui ne sera jamais une politique du cœur. Car pour réaliser cet amour, nul besoin de s’aimer ou de s’apitoyer. Il suffira de se reconnaître et d’incarner ce moment « juste avant la haine » pour la repousser autant que faire se peut, et avec l’énergie du désespoir, conjurer le pire. Ce sera le Nous de l’amour révolutionnaire. » (page 139-140) Cette proposition est à mille lieues du sectarisme et du « racialisme » attribués à H*uria Boutelja par les « amis de Juliette », et invalide l’affirmation selon laquelle le PIR « ne veut ni des porteurs de valises, ni des Justes. » (page 152). Nous considérons qu’il n’est probablement pas fortuit que cette campagne de dénigrement, et ces discours sur le supposé rejet des blancs par le PIR, soient apparus entre les deux marches de la dignité et contre les appels à une politique d’alliance en vue de l’ « amour révolutionnaire ».

    https://nantes.indymedia.org/articles/37534

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