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Les libertaires, l’intersectionnalité, les races, l’islamophobie, etc. Dialogue sur les contextes français et québécois
posté le 16/07/17 Mots-clés  réflexion / analyse 

http://www.grand-angle-libertaire.net/les-libertaires-lintersectionnalite-les-races-lislamophobie-etc-dialogue-sur-les-contextes-francais-et-quebecois

Depuis la parution du livre d’H0uria B0uteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, au printemps 2016 (Paris, La Fabrique), on voit se développer dans les milieux libertaires en France une polémique autour de l’usage de la notion de « race »[1]. Ceux qui utilisent une telle notion sont qualifiés de « racialistes » et assimilés à des racistes. Cela touche en particulier la notion d’« intersectionnalité » qui est issue des sciences sociales et reprise par des militants dans le but de mieux articuler la réflexion autour de différentes oppressions comme le sexe, la race et la classe[2]. Récemment, le Groupe anarchiste Regard noir (depuis autodissous) publiait, avec la Anarchist Federation, une brochure intitulée Classe, genre, race et anarchisme, proposant des traductions de textes plutôt courts de l’Assemblée des femmes de la Fédération anarchiste britannique, qui aident à réfléchir à la notion — et au phénomène — de « privilèges »[3].

Le site de réflexions libertaires Grand Angle a souhaité proposer une discussion entre deux libertaires et chercheurs en sciences sociales, pour lever certains malentendus et comparer le contexte militant et intellectuel français et québécois. En effet, Francis Dupuis-Déri milite ou a milité dans des organisations de sensibilité anarchiste aux États-Unis, en France et surtout au Québec. Il enseigne en science politique et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et il a signé quelques livres, par exemple L’anarchie expliquée à mon père (avec Thomas Déri, Montréal, Lux, 2014) et Les Black Blocs (Montréal, Lux, 4e éd. 2016). Irène Pereira a milité dans différentes organisations libertaires (CNT, Alternative Libertaire) et est membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions. Elle enseigne à l’ESPE de l’Université de Créteil et participe au réseau « Sexe, race, classe » de l’Association française de sociologie. Elle a publié, entre autres, Anarchistes (Montreuil, La ville Brule, 2009) et L’anarchisme dans les textes (Paris, Textuel, 2011).


Irène Pereira : Pour ma part, c’est vrai que je suis étonnée du développement de cette polémique dans les milieux libertaires en particulier parce qu’elle assimile au Parti des 1ndigènes de la République (PIR) des positions qu’il ne revendique pas, comme l’intersectionnalité. En effet, H0uria B0uteldja est l’auteure d’un texte où elle critique la notion d’intersectionnalité[4]. Ce texte fait suite, en réalité, à des critiques que le PIR avait essuyées venant à la fois de Philippe Corcuff[5] et d’un article collectif, rédigé entre autres par Malika Amaouche[6]. Ces deux contributions, antérieures à la publication de l’ouvrage polémique d’H0uria B0utledja, mettent notamment en cause les positions ambiguës du PIR concernant l’antisémitisme et l’homophobie. Donc, il est possible de constater qu’il n’y a pas d’identification entre le fait de soutenir le PIR et d’utiliser la notion sociologique de « race » : cela me semble une erreur que commettent certains militants libertaires français par manque de connaissance de l’ensemble de la littérature concernant ces sujets. En effet, l’intersectionnalité est une notion qui trouve son origine dans le féminisme noir américain. Par ailleurs, les analyses se situant le plus souvent dans la perspective de l’intersectionnalité s’efforcent de déconstruire les catégories essentialisées par les différents rapports de domination, alors que « l’essentialisme » est aujourd’hui revendiqué positivement au sein du PIR[7].

De manière générale, j’ai l’impression que dans toute cette histoire, outre une réduction au PIR, il y a une méconnaissance de l’ensemble de ces théories en particulier de la part de leurs opposants. Ainsi, j’ai pu lire : « Pour ces braves gens, l’histoire du monde tient en deux dates : 1492 et 1830. Le point de vue “décolonial” – le terme “décolonial” remplace “anticolonialiste”, ou même “révolutionnaire” d’ailleurs, et ouvre une identité politique permanente, décontextualisée –, ne voit l’histoire du monde que depuis le prisme de l’histoire des relations franco-algériennes »[8]. Le problème, c’est que le décolonial[9] n’a guère avoir avec les relations franco-algérienne car il s’agit à la base d’un courant de pensée latino-américain (d’où la référence à 1492). Une autre idée fausse que l’on trouve dans les milieux libertaires, c’est que ces théories seraient postmodernes et s’opposeraient à une approche matérialiste. En ce qui concerne la pensée décoloniale, elle a à l’origine plus à voir avec la théorie de la dépendance et la philosophie de la libération, qui sont des courants latino-américains, qu’avec les théories postmodernes. De même, les origines de la théorie de l’intersectionnalité se trouvent plutôt dans les courants féministes noirs américaines[10] que dans le postmodernisme. La réception en France s’est fait en particulier via des réseaux issus du féminisme matérialiste. Une autre simplification que l’on trouve consiste dans une réduction du queer aux approches postmodernes par opposition au matérialisme. Mais une telle conception est nettement contestable dans le queer of color[11] qui a eu impact non négligeable sur le mouvement Black Lives Matter (BLM).

Disons que, pour moi, ce qui est étonnant, c’est que j’ai l’impression que certains anarchistes se réveillent sur la question quand on les traite de « Blancs »[12], mais qu’ils n’avaient pas l’air de franchement s’émouvoir lorsque, par exemple, le PIR avait un discours ambigu sur l’homophobie. En outre, il me semble qu’il y a une mécompréhension au sujet de la notion de « race » utilisée entre autres dans la littérature sur l’intersectionnalité et la pensée décoloniale. En effet, il ne s’agit pas d’une notion biologique, mais d’une construction sociale qui continue à organiser la société de manière inégalitaire. C’est pour cela que certains chercheurs en France préfèrent parler de « rapports sociaux de racisation ». C’est une réalité que, en France, il existe tout un renouveau du travail sociologique autour de cette question qui a longtemps été relativement taboue[13]. Mon autre source d’étonnement face à ces polémiques en France dans le milieu libertaire, c’est que depuis le milieu des années 2000, il y a des organisations militantes libertaires françaises comme Alternative libertaire (AL)[14] ou la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA)[15] qui ont intégré une réflexion sur ces questions, et donc cela n’a rien de si nouveau que cela. Enfin, quand je lis la littérature étrangère (en langue anglaise, espagnole ou portugaise), cette catégorie de « race » (sociologique) est présente dans de nombreux pays et mise en avant justement par des personnes qui souhaitent lutter contre le racisme. Lorsqu’on regarde aux États-Unis, le mouvement Black Lives Matter en est un bon exemple et revendique une approche intersectionnaliste croisant classe sociale, racisation, sexe, queer et handicap. C’est d’ailleurs plutôt dans ces milieux critiques qu’il faut aujourd’hui chercher les ferments de la résistance à Donald Trump aux États-Unis comme le montre les prises de position d’Angela Davis[16].

En France, par exemple, le gouvernement interdit les statistiques ethniques par référence à son histoire avec le régime de Vichy. La notion de « race » reste très marquée par la collaboration avec le régime nazi. Or, il y a une tendance de la France à juger de toutes les questions par rapport à sa propre histoire nationale. Cependant, cette histoire n’est pas nécessairement celle des populations immigrées qui la composent. Par exemple, Martine Fernandes[17] a étudié le cas de l’utilisation de la notion de « race portugaise » dans le rap issu de l’immigration franco-portugaise. Cet usage a au moins deux références distinctes, mais qui n’ont rien à voir avec l’histoire de la France. Le premier c’est la mobilisation de la notion de « race » dans le rap chicano (celui des mexicains aux États-Unis) qui a servi de modèle à certains groupes de rap franco-portugais comme La Harissa. Le second, c’est l’histoire de la notion de race au Portugal durant la dictature salazariste. Avant la Seconde Guerre mondiale, le régime se réfère à une origine lusitanienne de la « race portugaise ». Mais par la suite, pour continuer à justifier la colonisation, le régime met en avant le fait que les Portugais se caractériseraient au contraire par le métissage, en particulier avec les populations africaines : c’est le luso-tropicalisme. Le régime s’appuie ainsi sur une sorte d’idéologie racialiste sans racisme, qui sert en réalité à masquer un racisme social bien réel. Aujourd’hui l’affirmation d’une « race portugaise » dans le rap franco-portugais est une affirmation identitaire, mais qui ne vise pas à développer un discours de suprématie de la race portugaise. Il s’agit d’une affirmation de la fierté d’être portugais, d’un renversement du stigmate en fierté, chez des jeunes issues de milieux populaires et s’adressant à des jeunes de milieux populaires issus de l’immigration. Ce qui me paraît problématique, c’est la difficulté de l’opinion publique française majoritaire à sortir de son franco-centrisme et à essayer de comprendre l’immigré, en tant qu’autre. De ce point de vue, il me semble que le Canada qui se présente comme une société multiculturelle fait davantage d’effort pour faire cela. Ainsi, il y a eu par exemple un travail de recherche spécifique effectué pour comprendre les particularités des immigrés portugais à Little Portugal à Toronto.

  • Or justement, est-ce que, Francis, tu peux nous donner des éléments, d’une part sur la manière dont le Québec intègre la question raciale dans sa législation (par exemple la question des « peuples autochtones canadiens » ou la question des statistiques ethniques) et d’autre part, la manière dont les milieux libertaires québécois se positionnent par rapport à la question raciale et à des notions telles que l’intersectionnalité ?


Francis Dupuis-Déri
 : Pour resituer ce débat au sujet de l’utilisation du mot « race », disons pour commencer que j’en suis venu à une curieuse conclusion au fil de mes allées et venues régulières entre le Québec et la France, y compris des séjours de plusieurs mois en France : les anarchistes du Québec sont finalement très québécois, et les anarchistes en France très français. Prétendre être anarchiste ne suffit pas pour échapper, comme par magie, à notre contexte national qui nous influence fortement, et à une certaine socialisation culturelle par la famille, l’école, les médias, les débats publics et même les luttes entre partis (même si nous ne votons pas…).

Je crois ainsi que les anarchistes du Québec ont tendance — je généralise, évidemment — à adopter un cadre de pensée cohérent avec l’idéologie officielle du Canada, à savoir un certain respect de la différence associée à la politique du multiculturalisme. Je ne dis pas que le Canada et le Québec ne sont pas des sociétés racistes, ni que les anarchistes d’ici ne sont pas racistes ou sexistes, mais il y a une tendance à accepter — en principe — les valeurs du multiculturalisme et de la diversité[18]. De même, les anarchistes québécois ont tendance — je généralise une fois de plus — à accepter l’influence du féminisme et des féministes, très dynamiques et fortement institutionnalisées au Québec (dans une province de 8 millions d’habitantes et d’habitants, il y a bien plus de ressources pour les femmes qu’en France : des centaines de maisons d’hébergement, des centres de jour, etc.). D’ailleurs, les féministes ont fait beaucoup pour introduire et diffuser l’intersectionnalité au Québec[19].

Quant aux données statistiques ethniques, elles ne semblent pas poser de problème au Québec : nous avons l’habitude que l’État compte le nombre d’anglophones, de francophones et d’autochtones, et propose d’autres catégories d’« origine ethnique » dans le recensement (plus de 200, au recensement de 2006 !). Cela fait partie de notre histoire officielle (comme aux États-Unis), évidemment raciste au départ. Or, cette information permet aujourd’hui à la société civile d’agir pour défendre des droits et combattre les discriminations en connaissant la réalité avec plus d’exactitude quant à des enjeux précis (éducation, emploi, logement, santé, etc.).

Du coté des anarchistes, cette influence du contexte national n’est pas la seule, bien sûr, et il ne faut pas sous-estimer les différences locales des réseaux anarchistes : des expériences historiques et le poids des habitudes, des tendances plus ou moins bien représentées, le passage de certaines idées véhiculées par des chansons, des livres, des revues ou lors de mobilisations transnationales, etc. Au Québec, le réseau anarchiste francophone est influencé par la présence des anglophones de Montréal ou qui viennent du Canada anglais ou des États-Unis. Ces anarchistes portent des idées et des pratiques fortement influencées par l’écologisme radical et l’antispécisme, le queer radical et les luttes antiracistes des communautés africaines-américaines. Du côté francophone, on reçoit — avec environ 5 ou 10 ans de retard — des idées sur l’intersectionnalité, le queer, les trans et l’anarcho-indigénisme, entre autres, et on finit (parfois) par les intégrer dans nos réflexions et nos pratiques, généralement suite à des luttes pénibles.

Pour leur part, les anarchistes francophones du Québec ont plus de contacts avec les réseaux militants d’Amérique latine. De plus, la circulation d’idées et de forces vives entre la France et le Québec, favorisée par des voyages et des déménagements, stimulent la réflexion sur l’antifascisme, les squats et les espaces autonomes, mais aussi des « traductions » des idées du Comité invisible. Pour ce qui est du syndicalisme révolutionnaire, il puise ses inspirations du côté de la France (CNT), mais surtout des États-Unis (IWW).

Bref, le passé colonial qui a déterminé cette dualité linguistique québécoise n’est pas qu’une affaire identitaire et culturelle. Il s’agit aussi d’un contexte qui favorise des déplacements et des échanges d’idées et de pratiques qui favorisent à leur tour certaines tendances anarchistes (comme le montrent très bien, d’ailleurs, les nombreux livres — surtout en anglais — sur l’expérience de l’immigration allemande, italienne et yiddish vers l’Amérique du Nord et du Sud à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle). Nous restons une sorte d’avant-poste, de comptoir colonial où transitent et s’échangent les idées et les expériences[20]. Enfin, comme je prends de l’âge, j’ai pu constater que beaucoup plus d’anarchistes qu’avant non seulement s’intéressent aux luttes des peuples autochtones d’ici, mais réussissent à former des alliances avec des autochtones en lutte (je pense au groupe Ni Québec, ni Canada). Cela entraîne toute une réflexion sur notre rapport à la colonisation et à l’occupation du territoire. Par exemple, qu’est-ce qu’un « espace autonome », s’il se situe sur des terres volées aux autochtones lors de la colonisation ? Comment reconnaître que nous participons aussi aux dynamiques coloniales, si nous avons des origines européennes ? Par exemple, tu parles du rapport colonial entre la France et l’Algérie. C’est très important, évidemment, et encore vivant autant en France qu’en Algérie. Mais vu du Québec, on sait que la France a aussi une dette coloniale au Québec, et même une « responsabilité » historique quant au choc de la colonisation européenne subit par des populations autochtones (il faudrait ici aussi parler de « crime contre l’humanité », dont sont responsables l’État canadien, mais aussi les États français et anglais).

Si les anarchistes du Québec ont donc tendance à être « canadiens » (multiculturalistes, etc.), il me semble avoir constaté (je peux me tromper) que les anarchistes en France reprennent en leurs termes une pensée républicaine et à prétention « universaliste », soit l’idéologie officielle du régime en place (comme, au Québec, les anarchistes parlent le langage du multiculturalisme). J’ai entendu des anarchistes en France tenir des propos qui auraient fait sourire ou grincer des dents au Québec, par exemple rejeter l’alternance des tours de parole hommes-femmes sous prétexte qu’il faudrait alors aussi en réserver « pour les arabes, les nains, les baleines à bosse » (un argument républicain universaliste basique).

Je suis conscient que j’avance en terrain miné avec mes spéculations (je sais qu’il y a aussi des anars en France qui pratiquent ou acceptent la non-mixité féministe, qui combattent l’islamophobie, etc.). Mais je me permets d’avancer encore un peu et de suggérer que ce que je viens de dire est vrai aussi pour le sens des mots, c’est-à-dire qu’il n’est pas toujours le même selon le temps et le lieu. Au Québec, le mot « communautaire » n’a pas du tout le même sens qu’en France ; nous l’employons dans le sens d’associatif — les « groupes communautaires » sont des organismes associatifs, dont le mandat n’est pas défini par une identité ethnique ou de sexe.

Je suis aussi conscient qu’il faudrait préciser comment les mots, qui évoquent des principes officiels (multiculturalisme, laïcité, etc.), sont repris par des anars et traduits dans les luttes internes des milieux de gauche et d’extrême gauche, pour favoriser telle organisation, telle tendance, consolider des jeux d’alliance ou, au contraire, confirmer de vieilles rivalités, etc. (comme me l’a judicieusement suggéré Émeline Fourment). J’imagine bien que le mot « race » sent le soufre pour des anarchistes en France, sans doute parce que certains ont été fortement influencés par les débats officiels au sujet de la Constitution française en 2013 pour biffer le mot « race », et sans doute aussi par l’histoire et l’actualité de l’extrême droite et du fascisme français. Or le mot « race » que l’on retrouve dans les textes au sujet de l’intersectionnalité a été proposé par des auteures africaines-américaines antiracistes, dans le triptyque « sexe, race, classe ». Ce n’est pas nouveau, cela dit. Dans les années 1970, Angela Davis, ancienne membre des Black Panthers, a signé un livre intitulé (en anglais et en français) Femmes, race et classe. Je n’ai jamais entendu de débat au sujet du titre de ce livre, pas plus qu’au sujet du livre de la sociologue féministe française Colette Guillaumin (à la peau blanche), Sexe, race et pratique du pouvoir. De même, la féministe québécoise Diane Lamoureux, qui vient de traduire en français le livre La Pensée féministe noire, de Patricia Hill Collins, explique dans sa préface ses choix de traductrice pour certains mots, comme blanchitude (inspiré de négritude) ou blanchité, mais elle ne semble pas juger opportun de s’excuser d’avoir gardé le mot « race » dans la version française.

Si on refuse l’utilisation que des féministes africaines-américaines font du mot « race », alors on devrait aussi refuser de lire Bakounine, parce qu’il a écrit un livre intitulé Dieu et l’État. Or, si Dieu n’existe pas, parler ainsi de « Dieu » ne fait que conforter les croyantes et croyants dans leur foi ! Pour éviter d’utiliser le mot « Dieu », parlons plutôt d’une « entité imaginée et divinisée ». Nous aurions donc le slogan anarchiste : « Ni entité imaginée et divinisée ! Ni maître ! ».

Désolé pour mon sarcasme…

Je considère que les anarchistes devraient être enthousiastes face à l’approche intersectionnelle, puisqu’elle propose de prendre au sérieux et de combattre tous les systèmes et toutes les formes possibles de domination, d’oppression, d’appropriation et d’exclusion. N’est-ce pas ce que propose aussi, en principe, l’anarchisme ?

Or, il faut des mots pour nommer des catégories socialement et culturellement construites, soit le sexe, la race et… la classe. Oui, oui : la classe aussi. Pour plusieurs au XIXe siècle, et sans doute encore aujourd’hui, la classe sociale est fortement influencée par la biologie et l’hérédité. On considère souvent que l’on est riche de père en fils, et pauvres de mère en fille, d’où l’idée que les mères pauvres ne devraient pas avoir trop d’enfants. L’héritage consacre officiellement et légalement l’influence biologique dans le système de classes, ainsi que les mariages qui ont lieu le plus souvent entre membres d’une même classe sociale, les choix des écoles et des activités pour les enfants, etc. En d’autres mots, la classe a beau être une construction sociale, notre appartenance de classe est fortement influencée par notre naissance.

Mais ce n’est pas parce que vous dites « classe » que vous défendez une conception biologique de la classe, ni surtout que vous défendez le système capitaliste. De même, vous pouvez dire « sexe » ou « race » sans défendre le sexisme ou le racisme. On peut évidemment préférer parler d’une « personne racisée » ou « racialisée », pour éviter le mot « race ». Mais l’important pour des anarchistes devrait-il être de s’insurger — en public — contre l’utilisation du mot « race » dans des textes écrits par des africaines-américaines antiracistes, ou de se mobiliser contre le racisme de « nos » États, dirigé aujourd’hui en particulier vers les populations « arabes » musulmanes ? Je vois mal en quoi dépenser son énergie à contrer l’utilisation du mot « race » aura beaucoup d’impact sur ce type de racisme culturaliste, au nom duquel on justifie des lois d’exception et des invasions militaires qui devraient horrifier les anarchistes (selon moi).

Mais j’ai trop parlé : sans doute sauras-tu me dire que je n’ai pas tout compris au sujet des anarchistes en France, mais aussi qu’il y a tout de même des réseaux qui adoptent une analyse intersectionnelle. Pourquoi, selon toi, ça passe dans certains réseaux, et pas ailleurs ?

Irène : Avant de répondre directement à ta question, je voudrais te rejoindre sur le caractère très franco-centré de l’approche en France. Par exemple, je travaille beaucoup en ce moment sur les questions éducatives dont on sait qu’elles ont occupé une grande place dans l’histoire de l’anarchisme. Je me suis d’abord intéressée aux expériences anarchistes éducatives en France à la Belle Epoque, puis au mouvement Freinet dans lequel sont engagés nombre de militants libertaires encore actuellement. Mais, je ressentais une certaine insatisfaction du fait du caractère pas assez « politique » à mon goût des approches pédagogiques au sein du mouvement Freinet dans le contexte présent. Je me suis donc tournée vers la littérature étrangère pour voir ce qui s’y passait. C’est là que j’ai constaté que dans les aires linguistiques ibériques et anglaise, depuis les années 1980, avait émergé dans la continuité des travaux de Paulo Freire un mouvement pédagogique riche : la pédagogie critique. Pendant ce temps-là, la France était restée totalement étrangère à cet état de fait, alors que partout ailleurs les enseignants engagés en faveur de la transformation sociale se reconnaissent généralement dans cette étiquette de pédagogue critique. Or parmi les idées qui sont très présentes dans ce mouvement, je voudrai en signaler deux. La première, c’est que Freire, du fait d’un séjour d’enseignement aux États-Unis, a rencontré des féministes noires américaines, comme bell hooks, et il a acquis la conviction qu’il ne pouvait pas se limiter à définir l’oppression par la seule classe sociale, mais qu’il s’agissait de lutter également contre l’oppression de sexe et de race. La seconde idée, qui est très présente dans la pédagogie critique, comme dans le féminisme, c’est l’importance de l’expérience vécue de l’oppression.

Or je pense que l’adoption d’une analyse intersectionnelle, en France, est tout d’abord liée à une certaine « positionnalité »[21] et à l’expérience sociale subjective de l’oppression que cela construit. En réalité, avant même que la notion d’intersectionnalité arrive en France, il y avait tout un courant de recherche autour de la sociologue Danièle Kergoat qui cherchait à articuler les rapports sociaux de sexe et de classe depuis les années 1970. Mais ce travail mené par Danièle Kergoat n’est pas étranger à sa trajectoire sociale personnelle. De même, au milieu des années 2000, les chercheuses qui renouvellent ces questions en France, en s’intéressant au féminisme noir américain, comme Elsa Dorlin ou Jules Falquet, sont des personnes qui ont une trajectoire personnelle qui renvoie à une position intersectionnelle en termes de sexe, de sexualité ou de race. Cette génération de chercheuses a eu une influence sur des étudiantes et des militantes qui ont également contribué à diffuser dans le milieu militant, en particulier libertaire, ces thématiques. C’est le cas à Alternative libertaire, je suppose à la CGA, ou encore dans le milieu TPG (transpédégouine). Cette positionnalité, on la retrouve également dans certains collectifs militants comme les LOCS (Lesbiennes of color) qui développent du fait même de la nature de leur collectif (l’aide aux lesbiennes migrantes ou réfugiées) une approche intersectionnelle de fait.

Cette dimension est souvent mal comprise par les militants anarchistes hommes, blanc, hétéro, cisgenre. Ils interprètent cela comme le fait qu’ils n’auraient pas le droit au chapitre par leur nature (biologique), sans comprendre que c’est leur position sociale qui tend à les rendre aveugles à certaines questions. Nombre de militants anarchistes hommes que je connais pensent que leur vision classique de l’anarchisme suffit à répondre à tous les problèmes et ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent invisibiliser et prendre des positions qui sont dommageables à des groupes dont ils n’ont même pas conscience des problématiques et des difficultés qui se posent pour elles et eux. Ce sont des personnes qui n’ont jamais réfléchi à l’expérience subjective et aux difficultés au quotidien que peuvent vivre une femme, une personne racisée, homosexuelle, transgenre ou en situation de handicap (car il y a des approches sociales du handicap très intéressantes donnant lieu à une critique du validisme qui sont intégrées à l’intersectionnalité). Par exemple, dans un article que j’ai traduit sur la pédagogie queer, l’enseignante, qui précisait dans son texte qu’elle était lesbienne, expliquait comment elle ne faisait jamais allusion à une vie de couple pendant les cours, comment l’une de ses craintes était que les étudiants lui posent directement la question ou encore de retrouver des graffitis à caractère homophobe la concernant dans l’établissement. Autant de craintes subjectives qui n’animent pas des enseignants hétérosexuels.

Il est tout à fait significatif qu’un autre point qui a cristallisé les débats en France dans les milieux libertaires, c’est la question de la non-mixité des racisé-e-s[22], comme parfois encore celle des groupes non-mixte anarcha-féministes. C’est là un point qui me semble relever d’un désir irrationnel de contrôle d’un groupe dominant sur un groupe subalterne. J’anime parfois des stages d’auto-défense féministe. Il m’arrive souvent alors d’être contrainte de justifier la non-mixité. Mes interlocuteurs hommes, qui me poussent à cela, montrent alors des signes de gêne quand je leur demande en quoi ils peuvent avoir besoin de se défendre contre une personne qui leur met la main sur la cuisse ou aux fesses, tente de les embrasser de force ou se frottent à eux dans les transports en commun. D’une certaine manière, c’est pourtant le mouvement libertaire, qui avec l’autonomie ouvrière, a justifié l’idée qui est la base de la non-mixité : les opprimé-e-s doivent pouvoir se retrouver entre elles et eux pour parler et surtout décider sans avoir à subir dans leur propres collectifs militants la domination de leurs oppresseurs.

Personnellement, j’ai tendance à penser qu’au Québec, cette question de la non-mixité de sexe au moins est réglée. Je suppose, d’après ce que tu m’as dit auparavant, que cela doit être également le cas pour celle concernant les racisé-e-s. Est-ce que je me trompe ?

Francis : Ce serait sans doute mieux d’en parler directement avec les personnes concernées, car je suis justement un de ces hommes assigné homme à la naissance (cisgenre), à la peau blanche et hétérosexuel, et même d’âge moyen et de classe moyenne aisée doté d’un fort capital culturel (je suis prof d’université et je publie des livres et suis invité dans les médias). Bref, je dis parfois que je suis un mâle alpha. Ce n’est sans doute pas pour rien que j’étais plutôt réfractaire au départ au queer, et plus récemment aux trans. Il m’a fallu de nombreuses discussions et bien des lectures pour dépasser les quelques arguments que j’avançais (en fait : des préjugés camouflés en arguments), comme s’il s’agissait d’idées originales et pertinentes auxquelles les queers ou les trans n’auraient jamais réfléchi avant que j’y pense… Or, je n’ai jamais eu de souci avec la non-mixité des autres, par exemple des féministes. J’ai toujours trouvé étonnant la virulence de certains hommes qui s’énervent devant la non-mixité comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté… D’un point de vue un peu trivial, je peux me dire que j’ai bien d’autres choses à faire pour m’occuper, lorsque je suis exclu d’un événement (réunion, discussion, manifestation, etc.) en tant qu’homme à la peau blanche. Ce n’est pas si grave. Plus sérieusement, je peux surtout penser qu’il est juste et légitime, pour des subalternes, de se retrouver ensemble et sans dominants. Après tout, c’est bien ce que font les syndiqués dans leurs comités et leurs assemblées, où les patrons et les cadres supérieurs ne sont pas invités. Enfin, je me dis que même les anarchistes aiment bien avoir des moments entre anarchistes, non ? C’est l’idée des collectifs anarchistes, des maisons d’édition anarchistes, des radios anarchistes, etc. Nous n’excluons pas que nos ennemis, comme les fascistes, de certains de nos événements et de nos activités, mais aussi parfois même des anarchistes d’autres tendances, quitte à se retrouver ensemble lors de convergences et de coalitions.

Même si je crois bien que la non-mixité féminine est mieux acceptée au Québec qu’en France, elle est aussi régulièrement remise en cause, par exemple dans les syndicats où la légitimité des « comités femmes » est questionnée ou dans le mouvement étudiant, où des critiques s’élèvent contre des féministes qui proposent d’organiser des manifestations uniquement de femmes, par exemple de 8 mars ou sur le thème de « La nuit, la rue, femmes sans peur ». Je crois que la non-mixité en termes de race est plus rare au Québec, dans les réseaux mixtes de gauche et d’extrême-gauche, mais je n’ai jamais entendu des anarchistes s’en émouvoir publiquement, sauf peut-être en une ou deux occasions. Dans le cadre de mobilisations autochtones, par exemple des occupations de terres avec barricades, il est généralement entendu que les anarchistes qui s’y joignent sont des auxiliaires, c’est-à-dire que l’initiative et le processus de prise de décision doit rester entre les mains des autochtones[23]. Il s’agit d’un respect de l’autonomie des luttes, d’une compréhension des processus d’émancipation qui se résume par le slogan : « Ne me libérez pas, je m’en charge ! » Le réseau anarchiste anglophone diffuse plusieurs brochures produites par les réseaux africains-américains ou autochtones, qui offrent des réflexions pour mieux distinguer les postures d’« allié » (qui agit souvent de manière autonome pour « sauver » l’autre, ou se limite à l’expression d’une vague solidarité ou d’un appui ponctuel et distancié), d’« auxiliaire » (qui aide sur demande, effectue des taches peu valorisées, mais sans trop prendre de risque) et de « complice » (qui accepte de prendre des risques, y compris en solitaire en se confrontant directement à d’autres hommes à la peau blanche, au risque de perdre des camarades et des amis et de froisser des collègues).

Mais j’ai de la difficulté à croire que la situation soit si sombre dans les milieux anarchistes en France : avec l’islamophobie au pouvoir, la guerre en Afrique et au Moyen Orient, les lois d’urgence, et le FN qui attend son heure, n’est-ce pas un bon contexte pour mobiliser l’analyse intersectionnelle ? Et comme je le mentionnais, je connais bien des camarades en France qui ont intégré le féminisme à leur anarchisme (et vice versa), qui s’insurgent contre l’islamophobie, etc.

Irène : Les militants anarchistes sont investis dans les luttes de soutien aux migrants ou encore dans la lutte antifa contre l’extrême droite et le confusionnisme. Mais, il arrive que l’articulation soit difficile entre la lutte contre les conservatismes religieux et la lutte contre l’islamophobie. Des militants libertaires ont été impliqués contre les réseaux d’extrême droite et religieux conservateurs au moment du « mariage pour tous »[24] ou encore de la « journée de retrait » contre le genre à l’école. Néanmoins, il est intéressant de rappeler qu’à ce moment-là une autre polémique, absurde à mes yeux, avait eu lieu dans le mouvement libertaire au sujet du « genre ». Dans les milieux de la critique radicale de la technique et anti-industriels certains se sont élevés contre la notion de genre[25] voyant dans le constructivisme social un avatar du constructivisme technologique. Là encore, par simplification, on a pris la partie pour le tout. Certes, il existe des approches du genre technophiles du côté de Donna Haraway ou encore de Paul B. Preciado. Néanmoins, ces critiques omettaient de souligner que la déconstruction de la binéarité de genre avait été initiée par des anthropologues féministes matérialistes en étudiant les sociétés traditionnelles et en montrant qu’il existait des personnes dans ces sociétés qui n’étaient pas assignées à un des deux genres dominant. De même, ces critiques ne précisaient pas que les approches de genre peuvent se combiner dans des analyses écoféministes pour critiquer l’industrialisme[26].

Mais le blocage comme je l’ai dit se trouve également relativement à la notion d’islamophobie. Il faut dire qu’en France, en général, nombre de personnages médiatiques véhiculent l’idée que cette notion serait issue des milieux islamistes. On peut néanmoins s’étonner là encore de cette réduction : le Conseil de l’Europe en 2016 déplore l’accroissement en France des actes antisémites et islamophobes – or ce n’est pas une organisation islamiste. Il me semble qu’il est possible d’effectuer une analogie entre l’attitude des libertaires vis-à-vis de l’islamophobie et leur attitude vis-à-vis de l’affaire Dreyfus. Certains libertaires ne voulaient pas soutenir une personne israélite à cause de l’association que l’on pouvait trouver parfois dans l’imaginaire anticapitaliste de l’époque entre la finance internationale et le judaïsme. Heureusement, des anarchistes de l’époque ont vu au-delà du fait que Dreyfus, était un militaire issue d’une famille bourgeoise, dans cette affaire, une lutte contre une injustice produite par cet appareil d’État qu’est l’armée. Dans le cas de l’islamophobie, il ne s’agit pas de soutenir une religion, mais de considérer qu’une personne n’a pas à être physiquement agressée dans la rue simplement parce qu’elle porte un voile ou qu’une personne n’a pas à subir de discriminations simplement parce qu’elle est musulmane. Il ne me semble pas que défendre le droit à la critique des religions implique de laisser se légitimer que des actes injustes soient perpétrés contre des minorités religieuses – que cette personne porte une kippa ou un voile musulman. Ce qui est intéressant dans le rapport du Conseil de l’Europe, c’est qu’il souligne aussi bien dans le cas de l’islamophobie, de la romophobie ou de l’homophobie et de la transphobie, le fait que le personnel politique français par ses propos contribue à banaliser ces idées. Les anarchistes par leur critique de l’État en général peuvent justement contribuer à jouer un rôle dans la critique spécifique du racisme d’État : politiques anti-migratoires, politiques sécuritaires et policières ciblées contre les personnes issues de l’immigration…

Je me demandais si justement au Québec, les milieux libertaires avaient été également impactés par des controverses semblables – critique de la technique vs. genre ou encore athéisme vs. islamophobie – ou est-ce que ce sont des débats franco-français ?

Francis : L’islamophobie n’est pas un terme qui pose problème pour les anarchistes au Québec (NDT : Il semble pourtant l’inverse...), à tout le moins à ma connaissance. Lors du Salon du livre anarchiste de Montréal en 2015, par exemple, trois anarchistes ont présenté un atelier intitulé : « Perspectives anarchistes anti-racistes contre l’Islamophobie au Québec ». Évidemment, on pourrait espérer proposer un terme plus englobant qui ne désigne pas que la peur (phobie), mais aussi le mépris et même la haine à l’égard de Musulmanes et Musulmans. Mais c’est ce mot qui est utilisé ici au Québec et c’est la première fois que j’entends cette théorie qu’il aurait été inventé par des islamistes (ici, ce sont les réactionnaires et les conservateurs très en vue qui reprochent à ce mot d’être utilisé par les progressistes et les « bien-pensants » pour les censurer). Cela dit, il y a aussi au Québec des adeptes de la « laïcité », un terme surtout utilisé aujourd’hui pour mieux critiquer l’islam et surtout les femmes musulmanes qui portent le foulard (certains en font une véritable obsession) ; c’est le cas même dans le mouvement féministe, par exemple lors des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, qui ont duré deux ans et qui ont été le lieu d’un affrontement assez dur entre des partisanes de l’approche intersectionnelle (défendue, entre autres, par la Fédération des femmes du Québec) et des tenantes de la laïcité universaliste (défendue, entre autres, par Pour le droit des femmes)[27].

Les mobilisations pour la laïcité (et contre l’islam et les musulmanes qui portent un foulard) sont généralement associées à un parti de droite aujourd’hui disparu, l’Action démocratique du Québec (ADQ), qui avait lancé un débat au sujet des « accommodements raisonnables », et au Parti québécois (PQ), un parti souverainiste qui a pris un virage identitaire pour récupérer des votes chez ses adversaires, aux dépens d’une certaine tolérance. Ces deux partis ont une grande responsabilité quant à la crispation des débats publics sur ces questions, au Québec. Par leurs déclarations publiques et leurs manœuvres politiques, ils ont ouvert la voie à un racisme décomplexé. Notre statut d’ancienne colonie française encore fortement influencée par la France n’a pas arrangé les choses, puisque le Québec compte nombre de « passeurs » qui nous ramènent les débats de France sur le foulard (par ex., le chroniqueur Christian Rioux, du journal Le Devoir, ou Mathieu Bock-Côté, qui signe aussi des textes dans Le Figaro).

Cela dit, si je peux me permettre encore une fois une comparaison avec les anarchistes en France et au Québec, je dois dire que j’ai été plutôt surpris d’entendre un camarade français déclarer lors d’un débat sur la spiritualité et l’anarchisme, dans un café à Paris, « qu’en tant qu’anarchiste, on a le droit de critiquer toutes les religions, même l’islam ». Il s’agit d’un autre argument républicain — ou même libéral — plutôt basique. Bien sûr, les anarchistes ont « le droit » de critiquer toutes les religions, mais est-ce si important aujourd’hui pour les anarchistes ? À peu près tout le monde s’entend pour dire et répéter que l’islam produit une barbarie inhumaine, que ce soit sous la figure des talibans, d’al-Qaïda et de l’État islamique. Est-ce qu’ajouter la voix des anarchistes à ce chœur est vraiment utile pour que progressent les valeurs anarchistes comme la solidarité et le cosmopolitisme, l’antiracisme et l’antimilitarisme ? Que gagnent les anarchistes à élever leurs voix contre l’islam, alors que l’islamophobie est l’idéologie officielle justifiant une guerre permanente, et que les communautés musulmanes sont étroitement surveillées par la police, sans compter les discriminations systémiques et les attaques verbales et physiques dans l’espace public (il y a plusieurs semaines, à Québec, un euro-québécois a attaqué une mosquée et a abattu 6 Musulmans, en blessant plusieurs autres, dont un qui est depuis dans le coma).

L’histoire, pourtant, nous apprend que les anarchistes ont souvent été la cible de racisme : Sacco et Vanzetti étaient non seulement des anarchistes, mais aussi des Italiens, alors une sorte de sous-race européenne composée de gens pauvres, incultes et malpropres qui ne sauraient s’assimiler à l’Amérique du Nord. Ces Italiens n’étaient pas vraiment des « Blancs ». Quand un anarchiste italien a assassiné l’impératrice Sissi à Genève, il y a eu des émeutes contre des boutiques et des cafés italiens. De même pour tant d’anarchistes d’origine juive (Emma Goldman et des milliers d’autres) : on les présentait en Amérique du Nord comme des individus non seulement incapables de s’intégrer, mais dont les valeurs religieuses, culturelles et politiques étaient dangereuses pour la stabilité sociale et politique. Au début du XXe siècle aux États-Unis, la Loi sur l’Immigration était aussi connue sous le nom de Loi d’exclusion des anarchistes, puisqu’il s’agissait de freiner l’influence des anarchistes d’origine étrangère.

Cela dit, dans les années 1920 et 1930, des anarchistes et des communistes d’origine juive à Montréal s’amusaient à manger des sandwichs au jambon devant des synagogues, par provocation antireligieuse. Soit. Mais il me semble que ce genre d’action n’a pas le même sens quand ce sont des anarchistes et des communistes d’origine juive qui les mènent, que quand ce sont des anarchistes d’origine catholique, par exemple, car il y a alors un risque réel de faire le jeu de l’antisémitisme et du fascisme (dans les années 1930, des fascistes québécois fracassaient les vitrines de commerces juifs à Montréal, sur le boulevard St-Laurent). Je me vois mal, en tant que non musulman, aller manifester aujourd’hui devant une mosquée, considérant le contexte politique, y compris international ; peut-être faudrait-il aussi s’informer de l’avis des camarades anarchistes d’origine musulmane… s’il y en a dans nos réseaux.

Même si la situation n’est pas la même (en particulier parce que les djihadistes ne sont pas anarchistes), il me semble que cette histoire de l’anarchisme peut nous aider à réfléchir à la situation actuelle. Il faut prendre au sérieux les idées et les principes de l’anarchisme pour s’affirmer comme anarchiste, mais il faut aussi savoir lesquels doivent primer dans certaines circonstances et selon les contextes. Les anarchistes sont anticléricaux, soit, mais aussi antiracistes, solidaires et internationalistes. Ainsi, Véronique Hébert, une dramaturge métis Atikamekw originaire de Wemotaci, a présenté une performance collective intitulée Les Mots qui n’existent pas, au Festival de Théâtre Anarchiste de Montréal en 2013, puis au Festival Présence autochtone. Un de ses personnages explique que l’anarchie signifie à la fois absence de domination et « multiplicité face à l’unicité ».

À Montréal, des anarchistes ont été très impliqués dans la défense de musulmans emprisonnés à la faveur d’un « certificat de sécurité » qui permet de détenir sans accusation (et donc sans procès à venir). Des anarchistes ont aussi participé à l’organisation du Forum de la commission populaire qui dénonçait, entre autres, les mesures répressives de « sécurité » en matière d’immigration. Des anarchistes (surtout anglophones et racisés) ont participé à l’organisation de manifestations dans le cadre du débat sur les « accommodements raisonnables ». Des anarchistes se sont aussi mobilisés contre des tentatives d’implantation de Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation) à Montréal. Ce ne sont que quelques exemples d’initiatives diverses impliquant des anarchistes solidaires des musulmanes et des musulmans qui subissent au quotidien l’effet de l’islamophobie.

J’imagine bien que de telles situations sont aussi possibles en France, mais j’imagine aussi — je spécule — que les attentats islamistes contre Charlie, puis au Bataclan et à Nice, ont provoqué des ondes de chocs dans les réseaux anarchistes en France, et qu’il y a des effets de résonances entre les discours de l’État et ceux de certains anarchistes sur l’islam et la laïcité. Je repense aussi à cette idéologie officielle si forte du républicanisme universaliste, que des anarchistes peuvent adopter sans apparaitre trop incohérents par rapports à certains principes anarchistes. Peut-être que tout cela rend plus difficile, chez vous, des alliances entre des anarchistes à la peau blanche et des musulmanes et musulmans. Je me demande aussi si le poids de l’anticléricalisme n’est pas plus lourd dans les milieux anarchistes en France (est-ce aussi une question de génération ? — le milieu anarchiste au Québec est très « jeune ») ; les anarchistes d’ici sont dans la très grande majorité athées, mais cette tradition anticléricale y est moins prégnante (quoique l’athéisme de certains anarchistes peut aussi miner leur intérêt envers des mobilisations autochtones, souvent marqué par un discours très spirituel, en particulier chez les femmes). C’est curieux, puisque le Québec s’est laïcisé tardivement dans les années 1960. Mais je ne crois pas que le poids de l’Église catholique soit aujourd’hui aussi important au Québec qu’en France, comme on a pu le constater avec les mobilisations homophobes contre le mariage pour toutes et tous. Si la France se dit laïque, l’Église de France me semble encore bien trop influente et puissante : ce serait peut-être une cible plus légitime que l’islam, pour des anarchistes qui ne sont pas d’origine musulmane… Mais ça, évidemment, c’est à vous d’en convenir.


posté le 16 juillet 2017 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

  • Comprendra qui voudra

     :

      • ce point de vue des anarchistes dit "sociaux" est proche de l’extrême gauche au sens le + marxo-trotsk
  • Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.

    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».
    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.

    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.
    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.
    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.

    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.
    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.

    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.

    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.

    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise foi, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.

    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.

    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.

    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.
    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.
    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.

    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.

    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.
    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    https://iaata.info/Pourquoi-les-anti-racialisateurs-et-aussi-celleux-qui-les-soutiennent-font-1688.html

  • Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
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    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

    Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

  • 17 juillet 22:49

    Pourquoi les « anti-racialisateurs » (et aussi celleux qui les soutiennent) font partie du problème... et non de la solution
    https://nantes.indymedia.org/articles/36245

    La race comme si vous y étiez !
    https://grenoble.indymedia.org/2016-12-05-La-race-comme-si-vous-y-etiez

    Le racisme de gauche, c’est…
    https://www.facebook.com/hashtag/leracismedegauchecest?source=feed_text&story_id=1809370132621029

    Auto défense anti raciste que commence a trembler la gauche blanche
    https://nantes.indymedia.org/articles/36072

    Sur l’idéologie anti-islamophobe
    https://nantes.indymedia.org/articles/34746

    Surfer sur les vaguelettes de la beauferie anarcho identitaire ?
    https://grenoble.indymedia.org/2016-09-19-Surfer-sur-les-vaguelettes-de-la

    La Décence, Chèr-E-S Blanc-He-S…
    http://lechodessorcieres.net/la-decence-cher-e-s-blanc-he-s-1ere-partie/

    https://nantes.indymedia.org/articles/36746

    Nique sa race, la Discordia !
    https://nantes.indymedia.org/other_medias/34713

    https://iaata.info/Utiliser-le-mot-race-1512.html

    http://iaata.info/La-non-mixite-gros-978.html

    Pour en finir avec le terme « racialisateur »
    https://mars-infos.org/pour-en-finir-avec-le-terme-1709

  • Universalisme abstrait et universalisme concret

    L’Ancien Régime se distinguait par des rapports sociaux rigides et enfermants que la bourgeoisie et le développement du mode de production capitaliste tendaient à défaire, comme ce fut le cas au sein de la cellule familiale. Déjà à la veille de la Révolution, se produisait un début de libéralisation des mœurs, une multiplication dans les grands centres urbains de femmes salariées vivant seules, éléments qui s’accompagneront en 1792 de la première loi sur le divorce. Dans sa volonté de liquider les structures de l’Ancien Régime afin de libérer les forces productives, la bourgeoisie accomplit un acte révolutionnaire en supprimant les communautés. Bien qu’il ait existé une certaine solidarité au sein des communautés paysannes ou des sociétés de compagnonnage, bien qu’elles aient mené des luttes pour l’amélioration de leurs conditions d’existence, il n’en demeure pas moins qu’elles étaient hiérarchisées et qu’un sentiment profond d’appartenance y prévalait.

    Une telle rigidité constituait un frein à l’expansion des luttes et à l’émergence d’une fraternité parmi l’ensemble des ouvriers, lesquels partageaient avec les maîtres, c’est-à-dire avec les petits patrons, la conception du métier comme communauté morale et spirituelle structurée et vouée à l’exercice et à la perfection d’un savoir-faire. L’organisation communautaire dans le monde du travail allait ainsi à l’encontre de l’émergence d’une conscience de classe parmi les salariés. L’exemple de la suppression des communautés au moment de la Révolution française montre comment la bourgeoisie, en substituant l’universalisme abstrait aux communautés, ouvre la voie à des revendications fondées sur un universalisme concret et à des perspectives historiques tout autres.

    • Cependant, la volonté bourgeoise de faire table rase des particularismes, comme en témoigne le projet de l’abbé Grégoire d’éradiquer les langues régionales ou patoises, dans un but de répandre les connaissances, mais aussi de « créer un peuple », au moment où s’élabore l’idéologie nationale, montre les limites de l’universalisme abstrait.
    • Il s’agit en effet de construire une communauté nationale, dans laquelle se fondent les anciennes communautés, et l’homme abstrait : le citoyen.
      • Mais dans l’optique révolutionnaire de réaliser l’émancipation humaine, et non l’émancipation politique accomplie par la bourgeoisie, la suppression de particularités relevant de variations culturelles qui ne seraient nullement incompatibles avec un projet de transformation radicale, telles que les langues, n’a pas de sens.

    L’uniformisation des pratiques culturelles sous-tendue par l’universalisme abstrait de la bourgeoisie révolutionnaire française constitue un piteux alibi pour le postmodernisme dans sa condamnation de toute idée d’universel.

    À l’extrême opposé, ce courant considère dans un relativisme béat que toutes les pratiques culturelles se valent, y compris celles compromettant toute perspective émancipatrice, telles que la religion.

    Les postmodernistes et les cultural studies se bornent à une critique parcellaire de l’universalisme abstrait, fustigeant des grands principes qui auraient oublié les femmes, les esclaves, etc. En se focalisant sur d’évidentes contradictions (la bourgeoisie n’en est pas à une près), leur pseudo-critique ne peut dépasser le stade de l’indignation et de la dénonciation.

    L’universalisme abstrait porté par la bourgeoisie française à la fin du XVIIIe siècle est critiquable en ce que cette classe prétend représenter toute l’humanité, dans la mesure où elle apparaît comme celle de l’émancipation face à la classe de l’asservissement, la noblesse.

    La conscience de cette réalité est si largement partagée dans toutes les catégories sociales à la veille de la Révolution, que la bourgeoisie bénéficie en conséquence du soutien général de la population lors de sa prise de pouvoir en juin 1789, quand elle se déclare Assemblée nationale. [6]

    Au lieu de se polariser sur l’universalisme abstrait, illustré notamment par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ne faudrait-il pas réfléchir à comment celui-ci créait les conditions de son dépassement par un universalisme concret, porté et mis en acte par tous ceux susceptibles de s’opposer aux intérêts de la bourgeoisie ?

    Cette contradiction, au cœur des Droits de l’homme de 1789, ignorée par les anti-universalistes adeptes du postmodernisme, qui demeurent comme à leur habitude englués dans une (re)lecture littérale des textes, fut en son temps pointée par le royaliste Rivarol : « Les nègres dans nos colonies et les domestiques dans nos maisons peuvent, la Déclaration des droits à la main, nous chasser de nos héritages. Comment une assemblée de législateurs a-t-elle feint d’ignorer que le droit de la nature ne peut exister un instant à côté de la propriété ? »

    En effet, les événements viendront confirmer ses dires. La Déclaration, bien que rédigée par des bourgeois soucieux de garantir leurs intérêts de classe, ouvre un champ des possibles qui va au-delà de leurs espérances. Les luttes sociales, avivées par les difficultés économiques, vont s’amplifier, radicalisant le processus révolutionnaire jusqu’à dépasser son contenu bourgeois : jacqueries anti-seigneuriales pour le partage des terres, luttes des classes populaires pour l’accès aux subsistances, grèves de travailleurs pour de meilleurs salaires, révolte des esclaves à Saint-Domingue pour l’abolition de l’esclavage.

    La liberté et l’égalité énoncées dans la Déclaration ne peuvent se limiter, pour tous ceux-là, à l’aspect juridique. Au contraire, elles constituent pour eux un point de départ vers de meilleurs lendemains : égalité des jouissances, république démocratique et sociale, ou bien encore suppression de la propriété privée et mise en commun des biens. La bourgeoisie révolutionnaire, en proclamant des droits universels, mue par la nécessité de s’assurer l’appui de l’ensemble de la société face à son ennemi irréconciliable, la noblesse, produit une contradiction potentiellement fatale pour son devenir.

    • Son projet de transformation sociale, le conflit avec la noblesse puis avec la plupart des monarchies européennes amènent la bourgeoisie à s’appuyer sur les classes populaires, mais aussi à les encadrer.
      • L’idéologie nationale en formation fut un moyen de briser les particularismes. Ainsi l’Assemblée constituante refusa de reconnaître le catholicisme comme religion officielle et fit des juifs et des protestants, catégories à part sous l’Ancien Régime, des citoyens français. Elle permit ainsi à la bourgeoisie de substituer aux anciennes communautés deux nouvelles médiations : la citoyenneté et la nation, introduisant ainsi l’homme abstrait, l’homme séparé de l’homme, enfermé en lui-même.

    « Nous vivons tous dans un ghetto, telles des monades « libres », c’est à dire des êtres autorisés à jouir du droit à l’isolement. (…) L’individu-monade est un être égoïste du fait même de son appartenance à la société civile, jouissant du statut des droits de l’homme. La morale de l’émancipation politique est la négation de l’éthique de l’émancipation humaine. » Ce qu’écrivait Marx en 1843 [7] permet de comprendre comment l’universalisme abstrait produit de la séparation entre les hommes, situation très visible aujourd’hui, où chacun enfermé dans son ghetto, « sa race », « son genre » ou son orientation sexuelle, réclame des droits spécifiques.

    Alors que la bourgeoisie avait par le passé dissous toutes les anciennes communautés, depuis les années 1980 elle encourage les tentatives de recomposition communautaire en promouvant le différentialisme culturel.

    https://a-louest.info/Le-Postmodernisme-ne-casse-pas-des-briques-158

  • Une polémique [1] a récemment agité le milieu libertaire français concernant l’utilisation des termes race, racialisation, racisés etc. certains dénonçant une essentialisation du débat sur le racisme, essentialisation qui relèverait elle-même du racisme. Selon ce point de vue, reprendre ces termes serait contribuer à propager la grille de lecture raciste.

    Dans un premier temps il semble que, tel quel, cet argument est absurde : il n’est pas question de reprendre ces termes pour les valider mais pour les étudier afin d’en révéler l’aspect socialement et historiquement construit, et d’en proposer une définition critique qui révèle cet aspect construit.

    Cet argument est donc à peu près aussi absurde que si on affirmait que parler de prolétariat pour critiquer l’exploitation reviendrait en fait à contribuer idéologiquement au capitalisme en acceptant de nous reconnaître comme des prolétaires. Ou encore qu’il ne faudrait pas utiliser le mot racisme parce que ce terme contient le mot race, donc valide le racisme. Il ne s’agit pas d’une question de mot mais d’analyse à laquelle ce mot renvoie et dans le contexte de laquelle il est employé.

    Pour lutter contre notre situation nous avons besoin de la nommer et de l’analyser parce que les catégories qui nous assignent sont déjà existantes. Nous ne choisissons pas de nous identifier à notre catégorie sociale, celle- ci s’impose à nous, de façon d’ailleurs assez violente, se reconnaître comme racisé.e ce n’est pas proclamer fièrement une identité, c’est simplement reconnaître que nous sommes la cible d’un dispositif d’assignation sociale spécifique, dispositif socialement construit que nous cherchons à analyser et contre lequel nous voulons lutter.

    Bref, comme le disait le proverbe « Il ne suffit pas de nier les barreaux d’une prison pour qu’ils disparaissent ».

    Cependant, si la récente polémique ouverte sur la racialisation dans le milieu libertaire est peut-être, entre autres, symptomatique d’une certaine forme de réaction contre la montée en puissance d’une analyse antiraciste critique dans ce dit milieu, on ne peut absolument pas se limiter à cette analyse.
    Premièrement parce que cette forme de réaction n’est pas le monopole de personnes plus ou moins assignées blanches. Deuxièmement parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’une forme de réaction, au sens droitier du terme, parce que le champ lexical de la race a une connotation, en tout cas en France, purement raciste, et qu’il est absurde de vouloir nier cette histoire si l’on se prétend critique.

    Certes, le champ lexical de la race est aussi utilisé depuis maintenant longtemps de façon critique, dans les sciences- sociales [2] par exemple, mais cette utilisation est le fait de spécialistes qui maîtrisent la dimension critique de ces termes et le fait qu’ils se réfèrent, non à des réalités biologiques à proclamer mais à des constructions sociales à critiquer.

    Lorsque l’on sort un ensemble de termes de leur champ d’utilisation spécifique pour un autre, en l’occurrence pour les projeter dans le champ politique, surtout de façon ouvertement polémiste ou provocatrice, il est inévitable que cela suscite une levée de bouclier. Inévitable et même assez sain parce que cela révèle que ces termes restent choquants, ce qui est tout de même un bon signe même si cela ne produit pas que de bons effets. On ne peut pas nier la portée potentiellement choquante de l’usage de ces termes dans le champ politique en France, ni nier que ceux qui ont polémiqué sur leur usage aient pu le faire en toute bonne foi du fait de leur tradition politique ou de leur sensibilité.
    Le débat sur le racisme est un chantier qu’il faut assumer, c’est-à-dire déjà assumer le travail de réflexion, de débat, de pédagogie, voir d’auto- critique éventuelle, qu’il demande.

    Pour notre part, nous assumons d’utiliser le mot « race » pour désigner le « système d’assignation des individus à une catégorie, socialement construite, basée sur des marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno- culturels, éventuellement justifiés par un discours pseudo- scientifique ».

    Si quelqu’un penser avoir un meilleur terme ou une meilleure définition à proposer, nous sommes à l’écoute.

    De notre point de vue on ne peut pas écarter a priori l’idée qu’une essentialisation du débat, et l’émergence de mouvements identitaires et racialistes pourraient survenir à la faveur de crises du capitalisme. On ne peut donc pas blâmer gratuitement ceux qui s’en inquiètent et de renvoyer cela à du racisme de leur part.

    Il faut donc ici rappeler une chose importante : c’est le racisme qui produit la race. Beaucoup de racisé.e.s se considèrent comme blanc.he.s et découvrent leur assignation raciale vers l’adolescence ou dans le monde du travail après avoir vécu sans aucun lien avec la soi- disant culture d’origine liée à leur racialisation.

    L’affirmation d’une identité, qu’elle soit ouvrière, raciale ou autre, à travers une culture réelle ou fantasmée, et les positions d’empowerment, si elles peuvent se comprendre comme formes de réaction à la brutalité de l’oppression subie, relèvent pourtant tout autant de la construction.

    Certes il peut être tentant, voir politiquement utile à un moment donné, de retourner le stigmate en revendication et de commencer à se construire un lien avec son assignation raciale sur des bases culturelles, en « cherchant ses racines » comme on dit.

    Le discours raciste à dominante biologique a produit des formes de résistance qui ont, en retour, investit le terrain du racialisme, comme le suprématisme noir américain.

    Pareillement, il peut être intéressant d’émettre l’hypothèse que le discours ethno-différentialiste, en mettant l’accent sur la culture, produit une réaction de surinvestissement de ce terrain, et donne lieu à l’apparition de discours d’empowerment identitaires, mais cette fois ci sur le mode culturaliste.
    De notre point de vue il s’agit cependant d’une stratégie obsolète, justement parce que, notamment du fort métissage, le racisme repose de moins en moins sur des identités fixes et bien définies. Il devient donc de plus en plus difficile de prétendre assigner une identité culturelle stable à une catégorie raciale.

    Les races comme catégories, qu’on les dise biologiques, culturelles ou même sociales, se révèlent de plus en plus floues tandis que la race, comme système d’assignation, devient de plus en plus précis et concret dans ses manifestations.
    On assiste ainsi, en France, à des offensives racistes se manifestant par des dispositifs législatifs ciblant des éléments matériels. On pensera évidemment aux mesures ciblant prioritairement les femmes, et leur habillement (voile à l’école, burkini sur la plage etc.). On pensera également à l’antiterrorisme et aux récentes polémiques sur les « tests de radicalisation » à l’école, pour ne prendre que cet exemple.

    Politiquement, ce ne sont pas les catégories (sans cesse changeantes) qui importent mais le système qui les fait exister, les modifie, les remplace par d’autres, et c’est pourquoi les stratégies d’empowerment identitaire nous paraissent obsolètes : les clichés sur la culture d’origine ou les marqueurs physiques ne sont qu’une partie de la racialisation. Etre racisé.e c’est être aussi un.e sauvage, un.e délinquant.e, un.e terroriste potentiel, une menace pour la civilisation, un archaïsme opposé au progrès etc. Il ne s’agit pas simplement de blagues sur le crépu des cheveux ou sur le fait de manger du couscous : les catégories raciales fonctionnent étroitement avec les catégories criminelles et/ou pénales, elles relèvent donc de problématique de gouvernement de la population.

    Population qui, dans les sociétés capitalistes, est essentiellement de la force de travail.

    Toujours pour prendre cet exemple, le racisme français se focalise notamment sur la question de l’Islam, et le prend pour prétexte à des avancées en matière sécuritaire et antiterroriste, et ces mesures n’impactent pas que les « racisé.e.s ».

    Notre hypothèse de travail, qui se veut critique, est que ce que l’on appelle le racisme semble constituer un moment du contrôle social de la force de travail dans les sociétés capitalistes. Rien ne semble indiquer qu’il existera toujours, en tout cas sous cette forme, ni qu’il ne sera pas intégré et/ou dépassé dans des formes de marquage et de contrôle social plus vastes et plus complexes, peut être hétérogènes à celles que nous connaissons actuellement.

    https://iaata.info/Utiliser-le-mot-race-1512.html

  • Face à l’émergence politique de la question raciale en France, on peut voir se dégager plusieurs types de réponses de gauche, qui ont toutes en communs d’être des d’avatars « respectables » d’un même discours raciste. Un même discours raciste qui fait des immigrés et des fils d’immigrés des facteurs de division et qui justifie leur invisibilisation, donc leur exclusion de la sphère politique.

    Au delà de cette accusation de division des luttes, les deux seuls arguments, qui tournent en boucle, sont :

    – « Mais les races n’existent pas biologiquement ! »

    Merci, on le savait, on parle de catégories socialement construites qui font fonctionner des mécanismes que l’on essaie d’analyser, pour cela nous avons besoin d’en parler.

    - « D’accord, mais même si ce sont des constructions sociales, ce ne sont pas des catégories binaires, il y a les métis par exemple, et tout un tas de facteurs qui rendent cette histoire plus-compliquée-que-ça. »

    Merci, on le savait aussi, personne n’a dit que la racialisation était binaire, c’est un processus complexe, qui touches à beaucoup de formes de mécanismes de contrôle social, pas uniquement raciaux d’ailleurs. On essaie d’analyser tout cela, pour cela nous avons besoin d’en parler.

    L’argument de « c’est- plus- compliquée- que- ça » est un argument fallacieux classique qui consiste à dire une évidence (« C’est plus compliqué ! », merci, on le savait) pour en tirer les mauvaises conclusions : du coup il faudrait nier cette question et elle disparaitra toute seule. Auquel cas nous répondons que, justement, il faut d’autant plus étudier cette question de fond en comble qu’elle est complexe.

    On a donc vu récemment se populariser un concept pour disqualifier ceux qui tenteraient de politiser l’antiracisme : les « racialisateurs ».
    Le fond du discours sous-tendu par ce terme est parfaitement similaire au vieux discours d’extrême- droite : il s’agit de dire qu’en fait ce sont les racisés qui sont un facteur de division (de la Nation, du Prolétariat, des luttes etc.), en tout cas au moins autant que le racisme institutionnel lui-même, y compris le racisme de gauche. [6].
    Ce discours va même plus loin grâce au terme « racialisateur » on fait des racisés qui tentent de politiser leur oppression les nouveaux racistes.
    Les prétextes ne manquent pas pour détailler les manifestations de ce nouveau racisme des racisés : non- mixité, religion, burkini, racisme anti- blancs…

    De fait, cette idée n’est pas neuve, les féministes en font déjà les frais depuis longtemps avec l’appellation féminazies. On connaissait aussi les enfants- tyrans, terme qui désigne les enfants (c’est-à-dire sûrement une des catégories socialement les plus opprimée) qui ne supportent pas d’être assis sur des chaises 8 heures par jour pendant 18 ans… quelle bande de petits Hitler en culottes-courtes, en effet.

    On peut décliner le concept autant de fois qu’il existe de formes d’oppressions : racialisateurs, féminazies, enfants- tyrans, homofascistes, transdictateurs, une vraie ligue de super- vilains post- modernistes.

    Rien de neuf dans ce genre de réactions cela- dit : la situation de domination étant la norme, la rébellion est toujours vécue par les dominants comme une insupportable violence, une injustice qui leur est faite.
    Le retournement de situation peut aller assez loin dans l’outrance, on peut donc lire ce genre de commentaires sur un site libertaire [7] :

    « Vous êtes bien mignons mes chatons arrivistes avec vos « races » pas si mignonnes, mais votre place est parmi les stars, dans Ce soir ou jamais, sur Acrimed, Streetpress, dans les pépinières d’entreprises anti-discrimination, le community organising, etc. Laissez nous tranquille, parvenez enfin, nous on veut faire la révolution. »

    Il aurait tout de même été dommage que la modération du site ne supprime une telle information : il existerait une discrimination positive à l’embauche dans des secteurs économiques valorisés, ouverts exclusivement aux racialisateurs, tandis que, c’est bien connu, les militants d’extrême- gauche auraient toutes les peines du monde à se reclasser.
    Cela dit, sur cette question très intéressante des discriminations raciales dans le marché de l’emploi nous conseillons les ouvrages suivant [8].

    Que ce genre de fausse polémique, foncièrement raciste, éclate, c’était inévitable ; qui dit racisme structurel dit racisme partout, y compris à la gauche de la gauche.

    Si l’on ne peut pas totalement ni immédiatement agir sur la cause première, à savoir le racisme structurel, on peut cependant essayer d’isoler quelques causes secondaires qui ont facilité la croissance de cette pseudo- polémique, à savoir certaines formes d’opportunisme et d’avant- gardisme, ainsi que l’homogénéité sociale propres aux organisations idéologico- affinitaire.

    En dehors du fait que l’émergence d’un antiracisme politique constitue une menace pour la stabilité des rapports raciaux au sein du gauchisme [9], cette émergence a aussi fait de ce sujet une thématique politique incontournable. Il faut donc s’y positionner le plus rapidement possible, quitte à donner la parole à n’importe qui, quitte à ce qu’il dise n’importe quoi, et d’ailleurs tant mieux : plus c’est polémique et plus ça buzz.
    On a donc pu voir une partie des milieux libertaires [10] se mettre à discuter le plus sérieusement du monde des racialisateurs, sur la base de textes écrits par des personnes parfaitement ignorantes du sujet, au mépris de tout le travail déjà réalisé par des personnes concernées et des antiracistes sérieux.
    On surf ainsi sur l’effet de mode pour produire du bavardage dans lequel on ne dit rien parce que le but n’est pas d’élaborer une méthode, ni même de produire un contenu, mais d’occuper une place.
    De l’organisation d’un débat pour contester le terme d’islamophobie [11] en passant par le relais des pamphlets anti-racialistes [12] une partie du milieu libertaire bavarde tout seul sans prendre la peine de se renseigner, et se livre plus ou moins consciemment à une petite série de provocations racistes en règle.
    Le problème est que ce genre de petites agressions racistes l’air de rien (racistes donc violentes) sont de nature à produire l’effet que les anti-racialistes prétendent dénoncer : à savoir le fait que beaucoup de personnes racisées de ces milieux, ou proches de ces milieux, vont se radicaliser dans des postures identitaires.

    A ce sujet, l’auto- critique n’est visiblement toujours pas autorisée : il est permis, sur les sites d’informations libertaires, de critiquer publiquement l’antisémitisme, l’antiféminisme et l’homophobie d’organisations comme le Parti des Indigènes de la République en citant le nom de cette organisation et en la visant spécifiquement [13]. Mais lorsque des critiques du racisme ou de l’antisémitisme internes au milieu gauchiste essaient d’être publiées sur ces sites [14], curieusement, il ne faut surtout pas citer les organisations visées. Pourquoi ? Pour ne pas relayer, nous dit- on, des « embrouilles internes ». Parce que le racisme et l’antisémitisme, c’est bien connu, sont des embrouilles. On se croirait dans la célèbre scène du deuxième film OSS 117 :
    « La Shoah ? Ah oui : quelle histoire ça aussi ! ».

    Il faut peut- être être clair : ou bien on peut mettre en cause publiquement des organisations politiques parce que ce sont des personnalités publiques et que c’est leur rôle, justement, d’intervenir en tant que telle dans le champ politique, y compris en étant critiquées, ou bien on ne peut pas le faire. Il ne nous semble pas que les milieux libertaires soient moins sexistes, antisémites et racistes que le P.I.R alors pourquoi un traitement à deux vitesses ? Si ce n’est pas du copinage de milieu on ne sait pas ce que c’est, mais dans ce cas inutile d’essayer de le justifier politiquement. Et plus du copinage de milieu il y a aussi comme un arrière fond de racisme : ce ne sera ni la première fois ni la dernière fois qu’on essaie de faire du prolétariat colonial le bouc- émissaire sur le dos duquel rejeter le sexisme et l’antisémitisme français. Le P.I.R est donc devenu un repoussoir idéal, sujet de tous les fantasmes, ce qui empêche justement les racisés de pouvoir développer leur propre critique de cette organisation puisque le terrain est déjà piégé à l’avance par des arguments racistes. On se retrouve donc toujours pris entre deux chantages : devoir hurler contre le P.I.R avec les loups racistes de gauche, ou se taire et laisser passer toutes les prises de positions intolérables de cette organisation.
    Ce repoussoir est une autre manière d’évacuer la question des rapports de domination dans les milieux libertaires. Evidemment, puisque les libertaires acceptent de reconnaître le fait que ces rapports sont structurels il faut bien qu’ils acceptent le fait qu’ils existent aussi dans leurs milieux, mais à entendre certains tout se passe comme si ces rapports n’existaient pas de façon concrète. Ils se contenteraient de planer au dessus de tout le monde, comme un esprit démoniaque qui frapperait au hasard. La seule manière de le conjurer est que chacun se livre au petit auto- examen quotidien de ses privilèges, et fasse sa petite déconstruction [15]. Les vrais racistes, sexistes, homophobes, antisémites incarnés sont toujours dehors. Et eux, on peut les citer.

    En tentant de prendre le cortège de tête sur la question raciale (comme sur toutes les autres) avec un savant mélange d’opportunisme politicien, d’ignorance, de copinage, d’avant- gardisme, et de racisme, voila comment certaines franges du milieu libertaire peuvent saboter tranquillement tout le travail des antiracistes matérialistes. Travail de formation d’un antiracisme politique qui ne nierait pas la spécificité de la question raciale tout en cherchant à dégager ses intrications avec la question de classe, de sexe et toutes les autres. Mais encore faut- il élaborer cette intrication car celle- ci ne tombe visiblement pas sous le sens. Si c’était le cas cela ferait des décennies que le taux de syndicalisation serait à 90%, et les syndicats majoritairement investis par des femmes et des racisés qui en auraient la direction politique.

    D’ailleurs il est assez intéressant de voir qu’aucun de ces pamphlets anti- racialisateurs ne traite ni de la question de classe ni de la question raciale : ils se content de faire jouer l’une contre l’autre. On n’est finalement pas loin du discours homophobe tenu par les anti- mariage- pour- tous qui se découvraient subitement une conscience sociale lorsqu’il s’agissait de souligner grassement que :
    « Pendant qu’on parle de mariage gay on ne s’occupe pas des ouvriers de PSA et de Continental ».
    On n’a, évidemment, jamais vu aucun de ces réactionnaire ouvriéristes de salon lors des manifs de soutien à PSA ou à Continental, la question de classe ne les intéressant que de façon populiste, lorsqu’elle permet d’être mise en concurrence avec d’autres luttes, en l’occurrence celle contre l’homophobie. Pour l’esprit de convergence des luttes on repassera donc.

    Entre la gauche radicale et le prolétariat colonial il y a comme une relation d‘amour/haine étrange qui s’explique notamment du fait que la racialisation de la force de travail remet en question un certain nombre de fantasmes et de postures d’identifications populaires des militants.

    Le prolétariat est une réalité segmentée, y compris par des coupes transversales à la classe : se déclasser, se mettre au RSA, ouvrir un squat, s’acheter un jogging, se mettre au graffiti et se faire des tatouages ne suffisent donc pas à vous transformer en ce lumpen viril que vous rêvez d’être.

    Vous n’êtes pas, et vous ne serez jamais, un jeune de banlieue. Ouvrir un squat dans un quartier populaire en voie de gentrification pour y monopoliser l’espace politique en déclarant qu’il s’agit de VOS quartiers (vos parents sont dans l’immobilier ?) n’y changera rien. Jamais.

    Du fantasme à la déception, et de la déception à la haine de l’objet de son fantasme il n’y a qu’un pas à chaque fois : les émeutes de 2005 avaient promus la figure du jeune- de- banlieue nouveau sujet révolutionnaire du fait de ses stigmates sociaux et raciaux (pauvre, viril et sauvage). La déception passée, voila que le sujet révolutionnaire de la veille se fait désormais taxer d’être le nouveau sujet fasciste du jour. Voila qui lui apprendra à refuser les avances qui lui avaient été faites si gentiment [16].

    La question raciale reste une question irréductible, toute tentative de la diluer a été un échec, y compris avec l’antifascisme, qui semble constituer surtout un avatar de la réponse sociale- démocrate : dissoudre la spécificité des oppressions dans un fourre- tout qui permet leur mise sous tutelle par les groupes dominants.

    Mais cette question revient sans cesse : au sein du prolétariat issu de l’immigration colonial c’est toujours de racisme dont on parle. Pas de fascisme : de racisme.

    Ni le moralisme anarchiste, ni le marxisme orthodoxe, ni l’universalisme social- démocrate, ni l’antifascisme qui est son avatar jeune et gauchiste, ne sont parvenus à étouffer l’irréductibilité de la question raciale.

    Ca ne veut pas dire que la question raciale existe hors de l’horizon du capitalisme, ça signifie simplement que son intrication avec le capitalisme est une intrication spécifique : elle doit d’abord être démêlée, décortiquée, analysée en elle-même.
    Il serait peut- être temps d’accepter enfin de politiser cette lutte dans sa spécificité parce qu’on ne comblera pas le fossé entre la gauche et le prolétariat colonial en niant l’existence de ce fossé, on ne fera que continuer de le creuser.
    Pour que la convergence des luttes puisse opérer, il faut visiblement (et c’est logique) qu’elle se fasse à partir d’un point de départ matériel, pas d’un principe abstrait.

    Ce point de départ matériel, ou plutôt ces points de départ matériels, ce sont les différentes formes de dominations spécifiques, et leurs intrications respectives : si l’on veut poser une passerelle il faut qu’elle repose sur du concret à chacune de ses extrémités, il ne sert à rien de la balancer dans le vide en proclamant qu’elle doit tenir quand même.

    https://mars-infos.org/pour-en-finir-avec-le-terme-1709

  • Est ce que le point de vue de ces deux chercheur-e-s est de l’

    anarchisme social

     ?

    Est ce une critique de Postanarchisme de qualifier leur courant ainsi ?

    merci

  • Depuis le début des fortes mobilisations contre le projet de loi travail Valls-El Khomri, voilà que le voile réapparait subitement dans le débat médiatique et politique, (propos de Rossignol sur la mode islamique, propos de Valls proposant l’interdiction du voile à l’université). Une nouvelle fois, les sorties islamophobes des responsables politiques, systématiquement relayées par les grands médias, font offices d’écrans de fumée permettant d’occulter les questions réellement importantes (casse du code du travail et hypothèque de notre avenir, affaire Panama Papers, violences policières,…). Tous ces sujets deviennent inaudibles, le problème devient le méchant voile ! On constate donc que le racisme n’est pas une question indépendante qui n’aurait pas de rapport avec la mobilisation actuelle, au contraire, il nous concerne tous plus que jamais.

    L’islamophobie s’est installée en France, comme instrument de pouvoir visant à stigmatiser les musulman-e-s, souvent à travers la figure de l’arabe et du noir issus des quartiers populaires. L’islamophobie est le racisme qui vise le rejet des personnes de confession musulmane ou perçues comme telles. Ce racisme joue sur la peur d’une fantasmée « islamisation de la France », et pour ces raisons, son expression peut aller de la xénophobie classique jusqu’à un rejet qui se cache, consciemment ou inconsciemment, derrière la défense de la laïcité et la critique de la religion. L’islamophobie s’est matérialisée en France, sur les plans juridique et institutionnel autour des affaires de voile (débat et de la loi de 2004 visant le foulard à l’école, 299 et lois visant le nikab, circulaire Châtel visant les mères voilées accompagnatrices de sortie scolaire).

    Nous, militant-e-s libertaires, anticapitalistes, décoloniaux, internationalistes, luttons contre toutes formes de dominations d’Etat, contre le sexisme, pour une société autogérée, solidaire et égalitaire et considérons que la lutte radicale contre l’islamophobie d’Etat constitue dans la période actuelle un enjeu majeur :

    – car il s’agit de la construction d’un racisme respectable, qui depuis 30 ans vise à remettre à la place d’ »invisible » et de « subalternes » celles et ceux qui parmi nous, français-e-s issu-e-s de la colonisation, immigré-e-s et plus généralement les habitant-e-s des quartiers populaires racisé-e-s, chaque fois qu’il nous vient l’idée de nous révolter, de réclamer l’égalité et la justice. Pour ces raisons nous combattons également les injonctions à l’intégration-assimilation qui accompagnent l’islamophobie et toute autre forme de racisme.

    – car l’islamophobie justifie la xénophobie, la chasse aux sans-papiers et aux réfugié-e-s (avec l’argument selon lequel il faudrait stopper l’immigration qui « islamiserait la France »). Au nom de la lutte contre le terrorisme on justifie la répression, le recul des libertés (Etat d’urgence actuel) on justifie les violences policières et on justifie également les guerres impérialistes (depuis 15 ans : Afghanistan, Irak, Mali, Syrie, Libye etc.), dont les vrais motifs, nous le savons, sont économiques et stratégiques (pétrole, gaz, uranium). On justifie également le soutient à l’apartheid israélien (Israël perçu comme rempart du monde libre face aux « barbares musulman-e-s »), à l’instar de la pensée du projet sioniste.

    – car l’islamophobie crée et justifie des discriminations (légales, comme les lois visant les femmes voilées, et illégales, comme le délit de faciès en direction des musulman-e-s) qui soumettent toujours davantage à la précarité les travailleurs et travailleuses des quartiers populaires, contraint-e-s au déclassement professionnel par peur du chômage, et ceci pour le plus grand plaisir du patronat.

    – car l’islamophobie touche avant tout les femmes en termes de violences et d’agressions. Les lois anti-voile répriment et excluent des femmes, stigmatisent et infériorisent les femmes voilées en les présentant à la fois comme victimes et coupables.On leur refuse ainsi toute parole politique, l’islamophobie a donc une très forte dimension sexiste.

    – car l’islamophobie favorise la montée de l’extrême droite et de tous les courants réactionnaires, tandis que le « deux poids deux mesures » entretenu par Valls entre islamophobie et antisémitisme favorise la montée de ce dernier notamment en suscitant une forme d’hostilité intercommunautaire, qui nourrie les courants réactionnaires et complotistes divers qui n’hésitent pas à exploiter ce vieux fond de commerce qu’est l’antisémitisme.

    – enfin, car comme tous les racismes, l’islamophobie divise les travailleurs et travailleuses que l’on oppose à celle et ceux des classes populaires au profit du patronat (diviser les travailleurs et travailleuses en fonction de l’origine, la couleur ou la religion et unir le patron et le travailleur blanc ou la travailleuse blanche contre l’autre, l’immigré-e, les non blanc-he-s, musulman-e-s désigné-e-s comme bouc-émissaires). Elle divise aussi les immigré-e-s, les habitant-e-s des quartiers et même les musulman-e-s entre elles/eux, mais divise également et oppose les femmes entre elles. Or pour combattre toutes les dominations, pour réclamer la justice, il faut s’unir !

    Nous, militant-e-s libertaires, constatons que l’ensemble de la classe politique est traversée par l’islamophobie (au nom d’une soi-disant laïcité), y compris dans le mouvement social, l’extrême gauche et le mouvement libertaire (au nom d’un athéisme fourvoyé), et pour ces raisons nous décidons de nous engager radicalement contre l’islamophobie, de favoriser et d’accompagner l’engagement des premier(ère)s concerné-e-s et visé-e-s par ce racisme, et nous unir quelque soit nos origines sociales, raciales ou de genre , croyant-e-s et non croyant-e-s, voilées et non voilées, afin de construire la solidarité populaire dont nous avons besoin en ces temps de régression sociale et de durcissement sécuritaire, mais également afin de porter haut et fort nos aspirations communes en vu de l’émergence d’une société solidaire, égalitaire et libertaire.

    Qui sommes-nous ?

    Le collectif « libertaires contre l’islamophobie » regroupe des militant-e-s libertaires de tendances et d’horizons diverses, engagé-e-s dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes dont la lutte contre l’islamophobie. Encore insuffisamment reconnue par notre camp voire même contestée par certain-e-s, nous avons lancé en 2012 un premier appel « libertaire et sans concessions contre l’islamophobie » afin de provoquer une prise de conscience collective. Suite aux attentats de 2015 et de leurs conséquences, nous avons décidé de continuer à investir cette lutte plus que jamais d’actualité. Conscient qu’il est désormais temps de passer à l’offensive, le collectif « libertaires contre l’islamophobie » se donne les objectifs suivants :

    - Susciter une prise de conscience collective sur cette forme de racisme qui touche l’ensemble des musulman-e-s à travers le monde et plus particulièrement les femmes.

    – Se mobiliser dans les initiatives de luttes contre l’islamophobie aux côtés des premier-e-s concerné-e-s

    – Participer à la construction d’un rapport de force afin de relancer un mouvement et un élan de solidarité antiraciste radicale unissant toutes les victimes du racisme d’État, sans laisser de catégorie sur le bord de la route.

    – Ancrer la lutte contre l’islamophobie dans la lutte globale contre la société de classes et le système capitaliste qui la génère, de même que toutes les formes de dominations, d’oppression et d’exploitation.

    – Combattre toute légitimation argumentaire islamophobe au nom des idées libertaires et ainsi opposer un message fort : « Pas d’islamophobie au nom des idées libertaires ! »

    Lorsque un folklore faussement libertaire est utilisé pour justifier l’islamophobie, ou lorsque cela gangrène notre camp politique tout comme l’ensemble du camp progressiste, nous disons clairement non, et seront là pour nous y opposer.

    Nous tenons également à réfléchir aux causes de la « radicalisation » nihiliste et autres dérives et adhésions aux courants réactionnaires, et donc à nous engager à lutter contre ces idéologies mortifères, les bases matérielles sur lesquelles elles prospèrent.

    Ajoutons à cela notre volonté de combattre les logiques d’exclusions qui apparaissent parfois au sein du milieu militant et libertaire à l’encontre des personnes croyant-e-s en générale, et musulmane en particulier. Il n’y a pas d’incompatibilité pour nous à être croyant-e ou non, pratiquant-e ou non, voilée ou non ET libertaire, même si nos points de vue peuvent diverger sur ces questions. Pas d’injonction à l’athéisme, à l’invisibilité religieuse ou à l’uniformisation pour être libertaire.

    http://www.bboykonsian.com/Libertaires-contre-l-islamophobie-Tract-du-17-avril-2016_a3452.html

  • Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

  • Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:37 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38190

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:39 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38189

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:41 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38188

    Article refusé.

    Publié : le samedi 15 juillet 2017 à 15:56 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38186

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:38 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38185

    Article refusé.

    Publié : le dimanche 16 juillet 2017 à 15:39 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38182

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 13 juillet 2017 à 23:01 par modo

    SPAMMAGE / TROLLAGE

    https://nantes.indymedia.org/articles/38172

    Article refusé.

    Publié : le mardi 11 juillet 2017 à 21:01 par modo

    TROLLAGE RELOU.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 7 juillet 2017 à 15:21 par modo

    spam de trollage....

    https://nantes.indymedia.org/articles/38140

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:13 par modo

    trollage..................

    https://nantes.indymedia.org/articles/38135

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:06 par modo

    trollage. les explications ont été données à chaque fois. Les "anti-racialistes" et les trolls n’ont pas leur place sur indymedia.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38133

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 6 juillet 2017 à 23:05 par modo

    trollage. les commentaires qui nourrissent le(s) troll(s) ont été viré aussi.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38132

    Article refusé.

    Publié : le mardi 4 juillet 2017 à 15:37 par modo

    spam trollesque....

    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Article refusé.

    Publié : le mardi 4 juillet 2017 à 16:53 par modo

    trollage

    https://nantes.indymedia.org/articles/38117

    Article refusé.

    Publié : le samedi 1 juillet 2017 à 21:51 par modo

    spam.

    pour rappel : " sauf à dénoncer PLUSIEURS types de courants politiques et/ou types de courants religieux oposés à l’émancipation, en l’état un tel article n’est qu’un trollage islamophobe de plus.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38115

    Article refusé.

    Publié : le samedi 1 juillet 2017 à 21:53 par modo

    Enième trollage.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 30 juin 2017 à 19:27 par modo

    ce compte-rendu technique de quelques partis trop bien choisis n’a pas de rapport avec indymedia nantes. sauf à dénoncer plusieurs types de courants politiques et types de courants religieux oposés à l’émancipation, en l’état un tel article n’est qu’un trollage islamophobe de plus.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38109

    Article refusé.

    Publié : le mercredi 28 juin 2017 à 22:33 par modo

    Trollage confusioniste.

    Les amis de Juliette et du printemps semblent avoir du temps à perdre à faire passer pour "identitaires" "racistes" toute personne personne qui diffuse des textes qui ne lui reviennent pas
    nous on a autre chose à faire que faire des enquêtes de purisme des auteurs de la Fabrique qui publie bien ce qu’elle veut. et faire un raccourci "PIR, LMSI, BDS, CRAN" est assez puant.
    Pour faire court, les "anti-racialistes" ne sont pas les bienvenus sur indymedia nantes.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38096

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 22 juin 2017 à 20:12 par modo

    HAAAAAAAAA les joies du trollage... mais allez jouer ailleurs au lieu de semez vos gerbes anti palestinien-ne-s ici.... On vire un commentaire du même troll pour le coup encore plus gerbant.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38053

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 16 juin 2017 à 07:08 par modo

    Trollage. Z’avez vraiment que ça à faire ?

    https://nantes.indymedia.org/articles/38009

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 15 juin 2017 à 12:32 par modo

    Vieux texte de Novembre 2016 posté ici manifestement dans le but de troller.
    Un commentaire pas tellement plus fin a également été caché.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38002

    Article refusé.

    Publié : le vendredi 16 juin 2017 à 17:51 par modo

    Les articles sur l’antiracisme sont les bienvenus sur Indymedia Nantes.
    Cela dit, étant donné que les "débats" sur cette question sont rendus impossibles ces derniers temps, le collectif a décidé de refuser tout article qui se baserait sur les mots "racialisme" ou "anti-racialisme". Comme nous l’avons déjà exprimé lors d’un autre commentaire collectif, nous ne pouvons cautionner l’usage de ces mots, d’origine raciste et utilisés actuellement à contre-sens.

    De même, les articles à propos de ou par Houria Boutelja ou le PIR sont refusés. Le collectif souhaite que cette question importante du racisme et du vécu des personnes racisées puisse être visibilisée sans polariser autour de deux positions dans lesquelles il ne se reconnait pas, cette polarisation ne permettant pas un débat sur le fond.
    Il y a bien d’autres positions que celles-ci, et le collectif souhaiterait qu’elles puissent s’exprimer.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37999

    Article refusé

    Publié : le dimanche 11 juin 2017 à 17:09 par modo

    Nouvel extrait du brulot "la race comme si vous y étiez", dont plusieurs extraits confusionistes sur la racisme ont déjà été refusés. De plus ces publications servent visiblement de défouloir en comentaires à une / des personnes de Paris qui se comportent en trolls et feraient mieux de régler une fois pour toutes leurs problème sirectement plutôt que troller partout...
    Un autre commentaire sur notre position comme collectiif quand à la lutte des personnes racisées sera ajouté bientôt.

    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Article refusé.

    Publié : le jeudi 8 juin 2017 à 21:27 par modo

    en fait c’est un copié-collé d’un vieil article uniquement là pour troller et nous faire astturer sur le sujet, donc hop, refusé !

    https://nantes.indymedia.org/articles/37951

    Cet article est refusé :

    Rappel des [principes de publication sur Indymedia Grenoble->

    Sont refusées, mais restent consultables sur le site, les contributions :
    défendant des thèses conspirationnistes/complotistes/confusionnistes.

    « Cette idéologie séparatiste insufflée par le NPA et le Qatar »

    C’est moi, ou ça pue le confusionnisme ? ou, à tout le moins, un certain manque de contextualisation et d’argumentation qui peut faire passer l’article comme tel ?

    Par ailleurs, Indymedia en général et Indymedia Grenoble en particulier ne me semblent en général pas particulièrement être un endroit où se défendent les « principes républicains ».

    En plus la page Facebook donne plus l’impression d’être une vaste blague qui cherche à se moquer des anti-racialisateur sur le mode du Gorafi, mais… en fait il semble qu’il s’agisse vraiment de gens sérieux (et si c’est en effet le cas, ils sont vraiment cons). Ça fait un peu peur.

    https://grenoble.indymedia.org/2017-07-06-Defendre-la-liberte-d-expression

    Cet article est refusé :

    Article copié/collé depuis Indymedia Bruxelles et Indymedia Nantes, par ailleurs classé dans aucune catégorie.

    Indymedia Grenoble n’est pas un réceptacle à articles copiés-collés, ni mediaslibre.org, ni rezo.net. Merci d’avance de prendre ceci en compte !

    Nous voulons vraiment re-privilégier fortement la production d’une information locale et d’articles originaux.

    Nous tenons à rappeler que la masse de contenus non-appropriés à modérer est l’une des raisons pour laquelle l’équipe précédente a fini par abandonner le site l’année dernière, avant de passer la main.

    Il serait courtois de la part des « contributeurs » d’en prendre compte.

    Merci d’avance.

    https://grenoble.indymedia.org/2017-06-29-Les-positions-bourgeoises-de-l

  • Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

  • Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)
    https://racialisateursgohome.noblogs.org/post/2015/09/26/comment-a-trop-sapprocher-de-la-race-on-finit-par-tomber-dedans-et-son-materialisme-avec/

    Être l’homo du PIR, ou ne pas l’être - Un ultimatum
    https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14702

    Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d’amour ?
    https://nantes.indymedia.org/articles/37976

    Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...
    https://nantes.indymedia.org/articles/38114

    Non-blancs, racisés, décoloniaux... Et Nous, les Algériens
    https://nantes.indymedia.org/articles/38123

    Se frayer un chemin dans l’ignominie. « Les Blancs, les Juifs et nous », un parcours de lecture.
    https://nantes.indymedia.org/articles/38158

    Les amis de Juliette et du printemps
    La race comme si vous y étiez !
    Une Soirée de printemps chez les racialistes
    https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/01/juliette-race/

  • Universalisme abstrait et universalisme concret

    L’Ancien Régime se distinguait par des rapports sociaux rigides et enfermants que la bourgeoisie et le développement du mode de production capitaliste tendaient à défaire, comme ce fut le cas au sein de la cellule familiale. Déjà à la veille de la Révolution, se produisait un début de libéralisation des mœurs, une multiplication dans les grands centres urbains de femmes salariées vivant seules, éléments qui s’accompagneront en 1792 de la première loi sur le divorce. Dans sa volonté de liquider les structures de l’Ancien Régime afin de libérer les forces productives, la bourgeoisie accomplit un acte révolutionnaire en supprimant les communautés. Bien qu’il ait existé une certaine solidarité au sein des communautés paysannes ou des sociétés de compagnonnage, bien qu’elles aient mené des luttes pour l’amélioration de leurs conditions d’existence, il n’en demeure pas moins qu’elles étaient hiérarchisées et qu’un sentiment profond d’appartenance y prévalait.

    Une telle rigidité constituait un frein à l’expansion des luttes et à l’émergence d’une fraternité parmi l’ensemble des ouvriers, lesquels partageaient avec les maîtres, c’est-à-dire avec les petits patrons, la conception du métier comme communauté morale et spirituelle structurée et vouée à l’exercice et à la perfection d’un savoir-faire. L’organisation communautaire dans le monde du travail allait ainsi à l’encontre de l’émergence d’une conscience de classe parmi les salariés. L’exemple de la suppression des communautés au moment de la Révolution française montre comment la bourgeoisie, en substituant l’universalisme abstrait aux communautés, ouvre la voie à des revendications fondées sur un universalisme concret et à des perspectives historiques tout autres.

    Cependant, la volonté bourgeoise de faire table rase des particularismes, comme en témoigne le projet de l’abbé Grégoire d’éradiquer les langues régionales ou patoises, dans un but de répandre les connaissances, mais aussi de « créer un peuple », au moment où s’élabore l’idéologie nationale, montre les limites de l’universalisme abstrait.

    Il s’agit en effet de construire une communauté nationale, dans laquelle se fondent les anciennes communautés, et l’homme abstrait : le citoyen.

    Mais dans l’optique révolutionnaire de réaliser l’émancipation humaine, et non l’émancipation politique accomplie par la bourgeoisie, la suppression de particularités relevant de variations culturelles qui ne seraient nullement incompatibles avec un projet de transformation radicale, telles que les langues, n’a pas de sens.

    L’uniformisation des pratiques culturelles sous-tendue par l’universalisme abstrait de la bourgeoisie révolutionnaire française constitue un piteux alibi pour le postmodernisme dans sa condamnation de toute idée d’universel.

    À l’extrême opposé, ce courant considère dans un relativisme béat que toutes les pratiques culturelles se valent, y compris celles compromettant toute perspective émancipatrice, telles que la religion.

    Les postmodernistes et les cultural studies se bornent à une critique parcellaire de l’universalisme abstrait, fustigeant des grands principes qui auraient oublié les femmes, les esclaves, etc. En se focalisant sur d’évidentes contradictions (la bourgeoisie n’en est pas à une près), leur pseudo-critique ne peut dépasser le stade de l’indignation et de la dénonciation.

    L’universalisme abstrait porté par la bourgeoisie française à la fin du XVIIIe siècle est critiquable en ce que cette classe prétend représenter toute l’humanité, dans la mesure où elle apparaît comme celle de l’émancipation face à la classe de l’asservissement, la noblesse.

    La conscience de cette réalité est si largement partagée dans toutes les catégories sociales à la veille de la Révolution, que la bourgeoisie bénéficie en conséquence du soutien général de la population lors de sa prise de pouvoir en juin 1789, quand elle se déclare Assemblée nationale. [6]

    Au lieu de se polariser sur l’universalisme abstrait, illustré notamment par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ne faudrait-il pas réfléchir à comment celui-ci créait les conditions de son dépassement par un universalisme concret, porté et mis en acte par tous ceux susceptibles de s’opposer aux intérêts de la bourgeoisie ?

    Cette contradiction, au cœur des Droits de l’homme de 1789, ignorée par les anti-universalistes adeptes du postmodernisme, qui demeurent comme à leur habitude englués dans une (re)lecture littérale des textes, fut en son temps pointée par le royaliste Rivarol : « Les nègres dans nos colonies et les domestiques dans nos maisons peuvent, la Déclaration des droits à la main, nous chasser de nos héritages. Comment une assemblée de législateurs a-t-elle feint d’ignorer que le droit de la nature ne peut exister un instant à côté de la propriété ? »

    En effet, les événements viendront confirmer ses dires. La Déclaration, bien que rédigée par des bourgeois soucieux de garantir leurs intérêts de classe, ouvre un champ des possibles qui va au-delà de leurs espérances. Les luttes sociales, avivées par les difficultés économiques, vont s’amplifier, radicalisant le processus révolutionnaire jusqu’à dépasser son contenu bourgeois : jacqueries anti-seigneuriales pour le partage des terres, luttes des classes populaires pour l’accès aux subsistances, grèves de travailleurs pour de meilleurs salaires, révolte des esclaves à Saint-Domingue pour l’abolition de l’esclavage.

    La liberté et l’égalité énoncées dans la Déclaration ne peuvent se limiter, pour tous ceux-là, à l’aspect juridique. Au contraire, elles constituent pour eux un point de départ vers de meilleurs lendemains : égalité des jouissances, république démocratique et sociale, ou bien encore suppression de la propriété privée et mise en commun des biens. La bourgeoisie révolutionnaire, en proclamant des droits universels, mue par la nécessité de s’assurer l’appui de l’ensemble de la société face à son ennemi irréconciliable, la noblesse, produit une contradiction potentiellement fatale pour son devenir.

    Son projet de transformation sociale, le conflit avec la noblesse puis avec la plupart des monarchies européennes amènent la bourgeoisie à s’appuyer sur les classes populaires, mais aussi à les encadrer.

    L’idéologie nationale en formation fut un moyen de briser les particularismes. Ainsi l’Assemblée constituante refusa de reconnaître le catholicisme comme religion officielle et fit des juifs et des protestants, catégories à part sous l’Ancien Régime, des citoyens français. Elle permit ainsi à la bourgeoisie de substituer aux anciennes communautés deux nouvelles médiations : la citoyenneté et la nation, introduisant ainsi l’homme abstrait, l’homme séparé de l’homme, enfermé en lui-même.

    « Nous vivons tous dans un ghetto, telles des monades « libres », c’est à dire des êtres autorisés à jouir du droit à l’isolement. (…) L’individu-monade est un être égoïste du fait même de son appartenance à la société civile, jouissant du statut des droits de l’homme. La morale de l’émancipation politique est la négation de l’éthique de l’émancipation humaine. » Ce qu’écrivait Marx en 1843 [7] permet de comprendre comment l’universalisme abstrait produit de la séparation entre les hommes, situation très visible aujourd’hui, où chacun enfermé dans son ghetto, « sa race », « son genre » ou son orientation sexuelle, réclame des droits spécifiques.
    Alors que la bourgeoisie avait par le passé dissous toutes les anciennes communautés, depuis les années 1980 elle encourage les tentatives de recomposition communautaire en promouvant le différentialisme culturel.

    https://a-louest.info/Le-Postmodernisme-ne-casse-pas-des-briques-158

  • Bêtise et malveillance

    En réaction aux attaques gratuites contre « le postmodernisme » et « les postcolonial studies »

    Des textes bêtes, des textes mal écrits, des textes malveillants, il y en a un peu partout sur internet. Ces textes méritent l’indifférence. Mais quand il s’en retrouve un sur ton site préféré, ça fait tout crado. Donc il faut parler de « Le Postmodernisme ne casse pas de briques », publié récemment sur À l’ouest. Le but de l’article : combattre l’influence corruptrice des « postcolonial studies » sur le mouvement révolutionnaire. À cause de ce champ d’étude, certains militants auraient perdu de vue la promesse universelle de l’émancipation, se concentreraient trop sur la race et pas assez sur la classe, excuseraient l’homophobie des racisés, et surtout ne se rendraient pas compte que la religion est toujours une machine à opprimer. Le tout sur fond d’opposition naïve entre la raison des Lumières et la bêtise du « postmodernisme ». Le sophisme sur lequel repose l’article est celui de l’homme de paille : l’autrice déforme les positions de son adversaire afin d’avoir une prise d’attaque. La caricature repose sur le même principe. Lorsque cette tactique rhétorique est utilisée finement, elle a quelque chose d’insolent et de séduisant. C’est pour cela qu’on peut avoir un faible pour Marx quand il attaque Proudhon ou Bakounine même si l’on penche du côté de ces derniers. Voltaire qui se moque de Rousseau, c’est une bêtise vicieuse et charmante à la fois. Autrement dit pour que l’homme de paille fonctionne, il faut qu’il n’apparaisse pas comme homme de paille. Mais en l’espèce, la tactique est maladroite, parce qu’il est difficile de caricaturer avec talent des auteurs qu’on a pas lus.

    Concernant les études postcoloniales. Le premier auteur qui est rapproché de ce courant, c’est François Furet, un historien passé du stalinisme à la droite antitotalitaire. Sa méthode historique rappelle à l’autrice celle des études postcoloniales. Ce qui lui aura fait penser, c’est sans doute qu’elle n’aime ni l’un, ni les autres. Conseil : les associations d’idées c’est bien, mais quand on publie il faut dégager celles qui n’ont aucun sens. L’autrice cite ensuite un historien à peu près inconnu, Pascal Blanchard. Je ne crois pas qu’il puisse être utilisé pour refléter adéquatement les positions théoriques de Fanon, Said ou Césaire, qui d’ailleurs ne sont pas identiques les unes aux autres. Bon alors, comment on fait lorsqu’on a pas lu les auteurs d’un courant disciplinaire, mais qu’on a envie de les dézinguer tous d’un coup ? En utilisant un trucage grammatical : utiliser postcolonial studies comme sujet d’un tas de verbe. Les postcolonial studies « disent », « s’enferment dans une posture dénonciatrice », « ne remettent pas en cause », « se focalisent », « s’abstiennent », bref, ce champ d’étude opine, juge, parle, pense. Pour un article qui critique l’essentialisme toutes les six phrases, c’est cocasse.

    Concernant le « postmodernisme ». Qu’est-ce que c’est, selon l’autrice ? C’est la matrice théorique des études postcoloniales. « Ses intellectuels prétendent chacun à une connaissance purement subjective, ce qui permet à chacun de déterminer ce qui est vrai ». Ben voyons. Ils ont tellement honte d’être si con, ces auteurs postmodernes, qu’ils se cachent tous, c’est pour ça qu’on n’arrive pas à mentionner leurs arguments de manière un peu précise et honnête. L’autrice se réfère certainement à une version prémâchée et digérée à l’acide gastrique d’une idée de Foucault, celle du « savoir-pouvoir ». Foucault, après avoir lu Nietzsche, a longuement enquêté sur la volonté de pouvoir qui anime la volonté de savoir, sur le surplus de pouvoir qu’acquiert un savoir validé par des normes qui lui sont extérieures. Foucault n’est pas si éloigné de Bourdieu et de ses travaux sur la violence symbolique du capital culturel, ou de ses remarques sur « le monopole de l’universel » dans Sur l’État. Inférer de ces travaux une épistémologie naïvement subjectiviste selon laquelle chacun serait capable de décider de ce qui est vrai est stupide. Je crois qu’il serait plus flatteur pour l’autrice d’admettre son ignorance à ce sujet.

    Concernant Judith Butler. « Optant pour des transformations partielles de la société, en vue d’une recherche du bien-être immédiat, comme « performer son genre » nous dit Judith Butler, le postmodernisme et ses héritiers sont rivés à un présent sans perspective au détriment de la transmission historique. » Selon l’autrice, « performer son genre » est une stratégie qui permet tout à coup de se sentir bien (ce serait au quoi au juste ? Je porte des collants et je tire du plaisir du frottement du tissu contre mes cuisses ?). Or n’importe qui ayant lu Butler sait que la performativité du genre ne renvoie pas seulement aux stratégies de subversion du genre, mais en général à la manière dont le genre est perpétuellement joué, comme un rôle au théâtre. La performativité du genre, c’est son mode d’existence même, qu’il soit subversif ou oppressif. C’est un peu la base de ce que dit Butler sur le genre. Donc l’autrice du texte doit bien savoir qu’elle ne pige rien à ce qu’elle déblatère. Ce genre de phrase s’adresse à deux types de lecteurs potentiels : ceux qui partagent les mêmes stéréotypes intellectuels, et ceux qui ignorent qui est Butler ou ce qu’elle dit. Au mieux, cette phrase vise à ce que des personnes qui pensent par clichés puissent reconnaître une des leurs. Au pire, elle vise à intimider les lecteurs peu familiers de la théorie critique.

    Concernant la religion. « [Le postmodernisme] considère dans un relativisme béat que toutes les pratiques culturelles se valent, y compris celles compromettant toute perspective émancipatrice, telles que la religion. » Je pense que l’autrice ne se rend pas compte de l’ambition de son argument, qui est ici : la religion est une pratique culturelle compromettant toute perspective émancipatrice. C’est une thèse qui ne va pas de soi, et les moyens qu’il faut pour la démontrer sont immenses. À moins bien sûr de définir religion non pas comme « système collectif ritualisé de croyances », mais plutôt comme « système de croyance oppressif » et hop, le tour est joué. Je ferais remarquer par ailleurs que l’article cite un texte dégueulasse qui combat la prétendue « idéologie anti-islamophobe ». Quand les arguments qu’on utilise ressemblent à ceux d’intellos racistes comme Finkielkraut et consorts, il faut se poser des questions. Si je devais m’adresser directement aux affidés de la vulgate marxiste anti-islam, je leur dirais : À titre personnel, je veux bien discuter avec vous, si vous vous posez des questions sur l’islam et l’islamophobie, à condition d’être prudent et ouvert. Moi aussi je m’en pose. Si en revanche vous prenez une position de victime qui pue le ressentiment et le racisme complexé, je vous préviens, vous êtes mes ennemis. Vous êtes des raclures et je ne veux rien partager avec vous.

    Concernant, enfin, l’écriture. Ce texte est mal écrit. Attention, entendons-nous bien sur ce que je veux dire par mal écrit. Je ne veux pas dire qu’il manque d’élégance, de mots raffinés, de rythme (c’est peut-être aussi le cas, ou pas, je m’en fiche). Je veux dire que l’autrice utilise des tas de mots vides, des métaphores usées, des groupes de mots prêts à l’emploi, des doubles négations redondantes, des clichés, des imprécisions. Par exemple : « vivement critiquée », « se situer aux antipodes », « jugement fort dépréciatif », « ne sont pas sans rappeler », « agissant tel un fil directeur », « relativisme béat », etc. Vous me direz qu’on comprend quand même, que ce n’est pas si grave. Je vous répondrai que c’est lorsqu’on vérifie que les mots qu’on utilise ont un sens, que l’on peut se rendre compte qu’une phrase entière n’en a pas, et a fortiori, qu’un argument est spécieux. Et je renvoie l’autrice à l’article d’Orwell, « La politique et la langue anglaise », dont je laisse un extrait en conclusion.

    « De nos jours, les textes politiques sont le plus souvent mal écrits. Quand ce n’est pas le cas, c’est en général que l’écrivain est une sorte de rebelle, qui exprime ses opinions propres et non une « ligne de parti ». Il semble que l’orthodoxie, de quelque couleur qu’elle soit, exige un style sans vie et imitatif. Bien entendu, les jargons politiques utilisés dans les brochures, les éditoriaux, les manifestes, les rapports et les discours des sous-secrétaires diffèrent d’un parti à l’autre, mais ils sont tous semblables en ceci qu’on n’y relève presque jamais une tournure originale, vivante et personnelle. Lorsqu’on observe quelque tâcheron harassé répétant mécaniquement sur son estrade les formules habituelles — atrocités bestiales, talon de fer, tyrannie sanglante, peuples libres du monde, être au coude à coude —, on éprouve souvent le sentiment curieux de ne pas être en face d’un être humain vivant, mais d’une sorte de marionnette : sentiment encore plus fort quand, par instants, la lumière se reflète dans les lunettes de l’orateur et les transforme en disques opaques derrière lesquels il semble qu’il n’y ait plus d’yeux. Et ce n’est pas là un simple effet de l’imagination. L’orateur qui utilise ce type de phraséologie a commencé à se transformer en machine. Son larynx émet les bruits appropriés, mais son cerveau ne travaille pas comme il le ferait s’il choisissait ses mots lui-même. Si le discours qu’il profère est de ceux qu’il a l’habitude de répéter encore et toujours, il peut être à peu près inconscient de ce qu’il dit, comme on l’est quand on prononce les réponses à l’église. Et cet état de semi-conscience, sans être indispensable au conformisme politique, lui est du moins favorable. »

    https://a-louest.info/Betise-et-malveillance-161

  • Quand Mlle H0uria B0uteldja du P.I.R accepte d’accorder une interview à un complotiste et antisémite notoire comme Olivier Mukuna, grand ami du négationniste Jean Bricmont et d’autres cerveaux malades du même tonneau comme le fasciste belge Laurent Louis ou encore Kemi Seba, ça ne semble pas gêner ni choquer beaucoup nos « chasseur-reuses » autoproclammé-es « d’anti racialisateurs » - sic- ou désignés comme-tel-les….

    Article refusé sur Indy Nantes« H0uria B0uteldja : “Je combats mon intégration” par Olivier Mukuna.

    https://nantes.indymedia.org/articles/38146

    Publié depuis peu sur :

    http://indigenes-republique.fr/h0uria-b0uteldja-je-combats-mon-integration/

    Interview bien évidemment reprise quelques heures plus tard par le site d’extrême droite Le Cercle des Volontaires ce qui n’est guère une surprise vu que son fondateur le nommé Raphaël Belrand entretient une amitié de longue date avec Mr Olivier Mukuna.

    Ce qu’il précise du reste dans l’introduction on ne peu plus claire de cette reprise d’interview….. Puisque Belrand en personne nous y stipule que la dite interview lui à été envoyé par Mukuna en personne.

    cercledesvolontaires.fr/2017/07/10/ho0uria-b0uteldja-combats-integration/

    « Fidèle à notre engagement en faveur de la liberté d’expression, en particulier lorsque qu’elle est utilisée en faveur du débat d’idée, nous avons accepté de relayer l’interview d’H0uria B0uteldja réalisée par Olivier Mukuna. Nous rappelons que, bien entendu, nous ne partageons pas forcément l’ensemble des analyses exprimées ; nous avons d’ailleurs des sensibilités différentes au sein de notre collectif. Nous avons toujours fait (et nous continuerons à faire) le pari de l’ouverture d’esprit de nos lecteurs. Et nous remercions au passage Olivier Mukuna pour avoir pensé à notre média comme lieu de refuge pour la publication de cette interview qui, visiblement, ne trouvait aucun média « mainstream » pour être diffusée. Raphaël Berland » le 10 juillet 2017 à 18 h 32 min /

    Olivier Mukuna s’en allant déblatérer sur le site d’extrême droite Le Cercle des Volontaires ***Ajoutée le 25 oct. 2014 , « En avril 2013, le Cercle des volontaires était allé à la rencontre du journaliste indépendant belge, Olivier Mukuna ». Un habitué des lieux en quelque sorte.

    cercledesvolontaires.fr/2014/10/25/rencontre-dolivier-mukuna/

    On attend avec impatience la réponse du P.I.R et de ses administrateurs, sur le fait qu’une interview de sa principale porte parole se soit retrouvée sur un site d’extrême droite comme le Cercle des Volontaires . Et qui plus est notoirement connu pour l’être qu’on ne vienne pas nous dire le contraire.

    - Mukuna un CV aussi lourd que tendu et ce n’est pas peu dire.

    Olivier Mukuna est un journaliste Belge grand admirateur de Dieudonné (Il a réalisé deux films à sa gloire ) et de divers fascistes locaux. Qui bien qu’il se soit « faché » avec Soral a continué a entretenir d’execellente relations avec Dieudonné (Plus pour des raisons d’egos que politique du reste ses facheries avec Soral, vu que Mukuna, Soral et Dieudonné trainaient tous trois encore ensemble lors de la campagne des électtions Européenes de 2009 à l’époque de l’infecte « Liste Antisioniste » et du « Dieudobus » ) Mais dans ce marigot qu’est le néo fascisme 3.0 actuel qui ne s’est pas « Faché » avec Soral tout en continuant a copiner avec son alter égo Dieudonné.

    - Un Mukuna qui n’a laché son pote Dieudonné que très tardivement, a peu prés au moment des embrouilles qui ont eu lieu en direct live entre Soral et un autre néo Nazi de bas étage nommé Conversano sur le plateau de la chaine you tube de….. Dieudonné. Vous nous suivez oui oui on sait c’est aussi compliqué que pathétique la « Dissidence » en carton, il en a mis du temps décidément Mr Mukuna a réaliser les horreurs de son ami Dieudo.

    Pour le cas Olivier Mukuna et ses amitiés sulfureuses avec la Complosphére et la Fachosphère saisissez vous de n’importe quel petit moteur de recherche et tapez juste le mot clef Olivier Mukuna + Dieudonné et vous serez vite fixés.

    https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=olivier+mukuna+%2B+dieudonné

    Quand Olivier Mukuna soutenait TRES ACTIVEMENT Dieudonné et ses amis fascistes locaux lors de ses procès en Belgique ça date de 2010 sources le site antiraciste et antifasciste Belge.

    http://resistances-infos.blogspot.fr/2015/10/x.html

    Dans la « galaxie Dieudonné » belge Qui aura une « Quenelle d’Or » cette année ?

    http://www.resistances.be/dieudonne06.html

    - Notez qu’a cette époque Dieudonne avait proposé un prix « Quenelle d’Or » pour son pote Olivier Mukuna. Qui n’a jamais démenti ou décliné l’offre bien au contraire.

      • Anti racisme politique vous dites, et bien il pue sacrément de la gueules votre anti racisme politique, permettez nous juste de vous en faire la remarque.
  • Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.
    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.
    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».
    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.
    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.
    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.
    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.
    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.
    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.
    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.
    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.
    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.
    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.
    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.
    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.
    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.
    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.
    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.
    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.
    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    ps : Je ne me suis pas attardé dans ce texte sur les faits qui se sont déroulés dans la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords. Le communiqué concernant l’action menée contre la discussion prévue ce soir-là décrit déjà assez bien ce qu’il s’y est passé, contrairement aux autres textes remplis de victimisme, de mensonges et de mauvaise fois.

    Notes :

    1 - Mille Bâbords est une « Médiathèque Alternative, un lieu dédié à la promotion et à la connaissance des différents mouvements de luttes sociales », ainsi qu’un site d’infos et luttes à Marseille

    2 - Marseille infos autonomes : « site collaboratif d’infos et luttes à Marseille »

    http://iaata.info/Pourquoi-les-anti-racialisateurs-et-aussi-celleux-qui-les-soutiennent-font-1688.html

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