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Attentat à Manchester : le terrorisme montre la putréfaction du capitalisme
posté le 24/07/17 par Un sympathisant du CCI Mots-clés  veiligheids / terrorisme 

L’attentat à la bombe contre un concert d’Adriana Grande au Manchester Arena, avec un dispositif rempli d’écrous et de boulons devait tuer ou blesser un grand nombre de jeunes. L’État islamique, dans une déclaration, se vante de ce qu’ “un soldat du califat a été capable de déposer un engin explosif au milieu d’un rassemblement d’Infidèles”, car il a revendiqué “la légitimité de terroriser” les descendants des Croisés dans “une salle de concert indécent”, comme une vengeance contre “leurs violations (par les Infidèles) des terres de l’Islam”.

Ces “Croisés” étaient généralement des jeunes de 14 ou 16 ans. Une des victimes était une petite fille de 8 ans. A l’heure actuelle, il y a 22 morts (parmi lesquels dix avaient moins de 20 ans) et 116 blessés.

De même que la tuerie de masse de novembre 2015 au théâtre du Bataclan à Paris (où 89 personnes ont été tuées), cet attentat visait délibérément des jeunes gens et même des enfants à Manchester. Aujourd’hui, il est de plus en plus évident que ce ne sont pas seulement les adultes mais aussi les enfants qui sont pris dans l’engrenage des conflits impérialistes et pas seulement en Syrie, en Libye, au Yémen, mais aussi à Manchester, Londres, Paris et Nice. Les révolutionnaires condamnent sans équivoque ces actes de terreur, qu’ils soient perpétrés par les plus grandes forces militaires dans le monde ou qu’ils soient le fait d’un conducteur de camion isolé ou d’un kamikaze.

De plus, nous pouvons nous attendre à toujours plus d’expressions du terrorisme en Europe, dans la mesure où des forces militaires (comme Daech), confrontées à des revers militaires en Syrie, déclenchent de nouvelles attaques. Cela fait partie de la logique de l’impérialisme aujourd’hui, dans laquelle terreur et terrorisme font partie intégrante de l’arsenal impérialiste.

Bien que le service de sécurité du M15 ait dit qu’il allait revoir ses procédures, parce que le terroriste de Manchester était dans leur collimateur, l’attentat de Manchester a donné l’opportunité à l’État de durcir le niveau de sécurité et d’ajouter des troupes armées dans les rues aux côtés d’une police renforcée. Les politiciens, qui étaient en pleine campagne électorale générale, se sont unis pour déclarer leurs intentions de “protéger” le peuple britannique, de défendre les “valeurs démocratiques” et ont affirmé qu’ils ne céderaient jamais au terrorisme. Les Tories ont insinué que Jeremy Corbyn, le dirigeant travailliste, n’avait pas été intransigeant sur les questions de sécurité et de terrorisme. Corbyn a riposté en critiquant les Tories sur la suppression de 37 000 postes dans la police et les services de sécurité. Il a affirmé qu’il dépenserait des millions de livres pour développer les services de sécurité et embaucher davantage de policiers et de garde-frontière, montrant par là sa continuité avec les dirigeants du Labour depuis plus de cent ans de militarisme et de répression d’État.

L’hypocrisie de la bourgeoisie internationale

A travers le monde entier, des figures importantes, de Trump à Poutine, ont ajouté leur voix au concert anti-terroriste. Ils ont tous condamné le fait de tuer des enfants comme une expression de la barbarie. L’hypocrisie de ces gangsters impérialistes ne connaît pas de limites. Combien d’enfants ont été tués lors de l’invasion de l’Irak en 2003  ? Une campagne basée sur l’utilisation d’une puissance démesurée et la mise en scène de cette force ont tué un nombre incalculable de personnes, à tel point que les États-Unis et la Grande-­Bretagne n’avaient aucun intérêt à les dénombrer. Là, les États-Unis et leurs alliés pouvaient semer la terreur avec des bombes mortelles beaucoup plus sophistiquées que l’arsenal d’un kamikaze solitaire.

Aujourd’hui, de vastes zones ont été détruites par la guerre impérialiste dans des endroits tels que la Syrie, où les protégés des pouvoirs impérialistes, incluant les États-Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite parmi d’autres, ne manifestent aucun remord dans le fait de tuer et de mutiler des milliers de personnes, que ce soit à l’appui de la Syrie d’Assad ou dans les multiples milices des nombreuses oppositions.

Nous ne devons pas oublier l’hypocrisie de l’État britannique, après son intervention militaire en Libye, aux côtés de la France, qui a laissé le pays dans un état de chaos et de guerre civile – la famille du kamikaze de Manchester est originaire de Libye. Il semble que son père ait travaillé d’abord dans l’appareil de sécurité de Kadhafi et plus tard, dans une filiale d’Al-Qaïda – ce dernier a à la fois usé l’Intelligence britannique et a été abusé par elle.

Pour donner un autre exemple de l’hypocrisie de nos dirigeants, il suffit de regarder les dernières ventes d’armes par les États-Unis à l’Arabie Saoudite (110 milliards de dollars livrables immédiatement et 350 milliards dans les dix ans). Ce contrat a été annulé par Trump au moment où le bombardement saoudien des rebelles houthis au Yémen continuait et visait particulièrement les hôpitaux et utilisait des bombes à fragmentation contre les civils.

Comment comprendre ce qui est en train de se passer

Comme partout ailleurs face aux attaques ou aux désastres, l’humanité des résidents de Manchester a brillé dans le noir de l’attentat. Les hôtels ont ouvert leurs portes aux victimes, les chauffeurs de taxi ont assuré des transports gratuits, les hôpitaux ont levé les restrictions d’accueil, les gens ont ouvert leurs maisons, offert des tasse de thé et de café, les passants se sont arrêtés pour aider. Cependant, dans les conversations, dans les entrevues télévisées, il y avait beaucoup de confusion sur où va la société. Est-ce que cela va toujours être comme cela  ? Peut-on trouver une solution  ? Les slogans “Manchester ne perdra pas” ou “le terrorisme ne parviendra jamais à nous diviser” ne sont pas des réponses satisfaisantes.

La guerre et le terrorisme existent partout dans le monde. Mais le rôle des grandes nations capitalistes dans cette barbarie est bien souvent occulté. La période de “paix” qui a suivi la Seconde Guerre mondiale était en réalité une période de guerres locales entretenues en sous-main par les blocs impérialismes de l’Ouest et de l’Est qui défendaient leurs positions par procuration. Pourtant, l’équilibre des forces entre les deux blocs a créé une certaine stabilité dans les relations internationales pendant la Guerre Froide, avec la règle de l’assistance mutuelle de destruction. Avec la fin du Bloc de l’Est en 1989, le monde s’est retrouvé sens dessus-dessous. La stabilité relative qui avait accompagné l’existence des deux blocs s’est trouvée désintégrée et on a commencé à voir la multiplication de crises et de guerres de plus en plus porteuses de chaos. Cette période est la période de décomposition du système capitaliste. La “guerre contre le terrorisme” actuelle et la prolifération des groupes terroristes trouvent leurs racines dans le conflit meurtrier entre les impérialismes américain et russe en Afghanistan. Après l’invasion russe en décembre 1979, les Américains et leurs alliés ont envoyé et soutenu les moudjahidines, en tant que combattants délégués. Les talibans et Al-Qaïda se sont développés au sein des moudjahidines. Ainsi, les groupes terroristes actuels ne constituent pas un quelconque bizarre anachronisme du passé, même s’ils se revendiquent du fondamentalisme religieux, mais ils sont une partie intrinsèque du capitalisme actuel et des conflits impérialistes porteurs de chaos. Un nouveau pas a été franchi après le 11 septembre 2001   : l’invasion d’abord de l’Afghanistan puis de l’Irak a entraîné la déstabilisation de pans entiers du globe, en particulier au Moyen-Orient et a favorisé l’émergence de forces telles que l’auto-proclamé “État islamique”. Les groupes terroristes ont proliféré, créés par la guerre, maintenus en vie par des alliances sordides et la manipulation des grandes puissances. Toutes ces guerres ont mis sur les routes des vagues de réfugiés fuyant les zones de conflits et risquant leur vie pour gagner des endroits relativement protégés en Europe, aux États-Unis et dans d’autres pays riches. A ces réfugiés, se sont ajoutés ceux qui fuyaient la répression consécutive à l’échec du “Printemps arabe” ou la guerre en Syrie ; des réfugiés économiques ont également été jetés sur les routes. Ces personnes, victimes du capitalisme, sont utilisées par les politiciens comme boucs émissaires des exactions des groupes terroristes, qui les rendent également responsables de la chute du niveau de vie depuis les dix dernières années. En réalité, celui-ci est dû à la crise économique de 2007-2008, qui a vu une énorme instabilité du monde économique avec des effondrements boursiers et des faillites bancaires. Cette crise a ruiné des millions d’épargnants et a sapé la confiance dans l’argent (qui, sous le capitalisme, assure la cohésion du tissu social). Cela a généré une crainte et une méfiance énormes entre les gens ainsi qu’une peur de l’avenir. “Face à cette barbarie, dans une zone géographique étendue, du Mali à l’Afghanistan, en passant par la Somalie et jusqu’à la pointe sud de la Turquie, des millions d’êtres humains, mois après mois, ont été forcés de fuir pour seulement rester en vie. Ils sont devenus des “ réfugiés”, qui sont, soit parqués dans des camps, soit raccompagnés à la frontière. Ils arrivent au moment où la crise économique s’aggrave, et au moment où les actes terroristes s’intensifient, ce qui exacerbe fortement la xénophobie. Et, par-dessus tout, alors que le capitalisme s’enfonce dans la décomposition et la désintégration des liens sociaux, la classe ouvrière est incapable d’offrir à l’humanité une autre perspective. Incapable de développer sa conscience et son esprit combatif, son sens de la solidarité internationale et de la fraternité, elle est absente pour l’instant, comme classe, de la situation mondiale” 1. Le danger de cette putréfaction ne doit pas être sous-estimé : si on laisse le capitalisme continuer sur sa lancée, il entraînera l’humanité tout entière dans la destruction. La seule réponse possible est le développement des luttes de la classe ouvrière, et avec elles, de la solidarité qui est une part importante de ces luttes. Cela commence avec le questionnement de la société telle qu’elle est actuellement aussi bien qu’avec la lutte pour nous défendre contre le capitalisme et son État, et non avec des doléances auprès de l’État pour lui demander de bien vouloir nous défendre contre les effets les plus néfastes de la décomposition du capitalisme.

Courant Communiste International - http://fr.internationalism.org

1 Lire sur le site internet du CCI : “Attentats en France, Allemagne, États-Unis... Le capitalisme porte en lui la terreur comme la nuée porte l’orage” (août 2016), Révolution internationale n° 460.


posté le 24 juillet 2017  par Un sympathisant du CCI  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • rien de plus ancien ?

    il ne se passe rien dans le monde (qui intéresse le cci) pour nous ressortir un truc vieux de 2 mois, vous aviez rien à dire à l’époque il a fallu réfléchir tout ce temps pour sortir ça ?

  • Le sujet sur le terrorisme à Manchester ne date pas et démontre surtout la collusion entre les Etats et les mouvements terroristes à leurs marges. Cela dérange notre troll on le sait !!!

  • tout est bon au cci pour occulter le terrorisme d’état aujourd’hui et nous parler de trucs d’il y a deux mois.....

  • 26 juillet 12:47

    Il n’y a, pour le troll, que d’actualités concernant l’islam (comme en palestine et israël), le reste (comme le capitalisme) est détail ...

  • Depuis les années 1990, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis et les États de l’Union européenne ont multiplié les initiatives censées « répondre aux menaces du terrorisme islamiste » : durcissement des législations, renforcement de la coopération antiterroriste internationale, actions ouvertes ou clandestines violant souvent le droit international. Les effets de sidération produits par des attentats spectaculaires et meurtriers ont largement inhibé l’attention critique des citoyens face aux autres menaces que beaucoup de ces initiatives font peser sur les démocraties. C’est de ce constat qu’est né un important livre collectif, plus que jamais d’actualité : Au nom du 11 septembre. Coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe, il analyse la centralité de cet « antiterrorisme » dans la nouvelle géopolitique mondiale et son impact sur la vie politique des États démocratiques : opérations militaires, surveillance généralisée, pratiques d’exception et de désinformation... Entrons donc dans l’univers plutôt viril (et, de fait, 100% masculin) des marchands de peur – pardon : des experts de l’anti-terrorisme...

    Attentats à Londres ou à Bali, diffusion d’une vidéo de Ben Laden ou d’Al-Zawahiri, simulation d’une attaque chimique à Lyon, nouvelle législation autorisant le développement de la vidéosurveillance : ils sont là, sur les plateaux de télévision, pour commenter. Les « experts » sont devenus incontournables dans les médias français, comme leurs homologues dans les médias américains et européens. Ils brandissent des livres aux titres tapageurs : La Guerre ne fait que commencer, Le Jour où la France tremblera, Al-Qaida menace la France, etc. Un déluge éditorial qui prouve au moins une chose : l’antiterrorisme télévisé est devenu un vrai marché [1].

    Naissance d’un marché

    En France, le développement de l’« expertise médiatique » sur les questions de terrorisme et de contre-terrorisme remonte au début des années 1980. C’est l’époque des attentats contre les « intérêts occidentaux » à Beyrouth en 1983, du « terrorisme proche-oriental » dans les rues de Paris en 1986, mais aussi d’Action directe ou du FLNC. Le terrorisme est devenu un sujet médiatique de première importance. Hervé Brusini, un des journalistes français qui s’est le plus tôt investi dans le domaine, se souvient :

    « Au début, notre désarroi face à ce type d’événement est tel que nous ne faisions que rappeler les événements précédents. Les médias ne sont alors qu’une sorte de caisse de résonance involontaire du terrorisme, une sorte de haut-parleur de l’action terroriste, sans plus. » [2]

    L’idée s’impose vite, pour ne pas en être le simple relais publicitaire, de multiplier les contacts dans les diverses institutions étatiques chargées de la lutte contre le terrorisme (DST, DGSE, justice antiterroriste…) et d’établir des liens avec les milieux universitaires et les journalistes arabes susceptibles d’aider les journalistes à « contextualiser » les faits de terrorisme. Les sollicitations médiatiques sont telles que certains journalistes commencent à se transformer eux-mêmes en « spécialistes » :

    - Xavier Raufer, ancien activiste d’extrême droite reconverti dans la presse magazine, milite pour la reconnaissance médiatique et universitaire d’une « science » dont il s’est fait une spécialité, la criminologie des « menaces contemporaines » ;

    - Roland Jacquard, ancien journaliste au Canard enchaîné et collaborateur de diverses publications parisiennes, multiplie les livres sensationnalistes sur l’« internationale terroriste » ;

    - Antoine Sfeir, correspondant d’un quotidien libanais à Paris, fonde les Cahiers de l’Orient, auxquels contribuent des journalistes et des chercheurs.

    À la fin des années 1980, le « marché médiatique de l’expertise antiterroriste », pour reprendre une expression d’Hervé Brusini, est en voie de constitution. Alors que le paysage médiatique français se diversifie et que les actes de « terrorisme » semblent se multiplier (parce que ce concept flou rassemble un nombre croissant de phénomènes disparates), les services de renseignement et de sécurité hexagonaux attachent une importance croissante à leurs relations avec le monde des chercheurs et des médias : il faut capter les informations de tous ceux qui en cherchent et trouver des relais pour propager dans l’« opinion » celles qu’on veut bien donner [3]. Espèce à risque, les « spécialistes » qui interviennent dans les médias font l’objet d’une attention particulière de la part des hautes sphères du pouvoir, constate Roland Jacquard en 1986 :

    « On les craint, on les flatte, on cherche à les utiliser comme intermédiaires. Combien d’entre eux ont servi de provocateurs, d’agents de liaison ! Certains se muent rapidement en agents d’influence, de renseignement, d’intoxication, peut-être non rétribués, mais remerciés par des études toutes préparées, des possibilités de scoop. » [4]

    « Tolérance zéro » et « guerre de l’info »

    Les stratèges militaires le savent : toute guerre est en partie une guerre de l’information. Cette idée reprend de la vigueur en France dans les années qui suivent la fin de la guerre froide. La première guerre du Golfe (1990-1991), riche en manipulations en tout genre, en est un bon exemple. C’est d’ailleurs lors de cette guerre que s’épanouit le marché de l’expertise médiatique : les « experts militaires » se démultiplient pour répondre à la demande des chaînes de télévision, que la concurrence pousse à organiser d’interminables « éditions spéciales ». Xavier Raufer fait la promotion médiatique de son Atlas mondial de l’islam activiste [5]. Et au même moment, le politologue Gilles Kepel développe la théorie d’une guerre intestine entre l’« islam » et l’« islamisme », particulièrement appréciée des médias alors que les autorités françaises exhortent « les millions d’Arabes et de musulmans qui vivent sur notre sol » à rejeter les appels au djihad qui émanent du « monde musulman » [6].

    Pour les services de sécurité et les grands médias, la « gestion de l’information » est d’autant plus cruciale que l’« ennemi » regarde la télévision – que ce soit en France ou, via le satellite, dans les anciennes colonies. C’est ce qu’a bien compris Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de 1993 à 1995. Alors que se développe une sanglante guerre civile en Algérie, il multiplie les opérations massives de « contrôles d’identité » dans les rues des grandes villes :

    « Si on ne va pas à la pêche, on ne prend pas de poissons »,

    justifie en août 1994 celui qui veut « terroriser les terroristes ». Puis viennent, sous l’œil des caméras, les rafles et les expulsions d’« islamistes » :

    « Cela servira de leçon à ceux qui ne respectent pas les lois de la République et aussi celle de l’hospitalité ».

    Les grands médias relaieront complaisamment ce genre de « leçons » [7].

    Il faut dire que nombre d’« experts » se sont évertués tout au long des années 1990 à convaincre l’opinion publique de se méfier de tout : ce sont les « experts de la tolérance zéro » qui, inspirés par les théories américaines de la gestion managériale de la délinquance urbaine, estiment que le moindre écart avec la loi – celle de la République ou celle, plus floue, de l’« hospitalité » – doit être traqué sans relâche et châtié sans ménagement pour stopper « à la source » toute « carrière criminelle » ultérieure. L’inoxydable Xavier Raufer et son compère Alain Bauer (fondateur en 1994 d’AB Associates, une société de conseil proposant aux collectivités locales des « solutions » contre l’« insécurité urbaine » et sacré « criminologue » lors de sa nomination par Nicolas Sarkozy à la tête de l’Observatoire national de la délinquance, en novembre 2003) sont les représentants emblématiques de ce courant de pensée qui milite pour décrire toute « déviance » comme le signe précurseur d’une dérive potentielle vers la grande criminalité ou le terrorisme international. Alors que l’actualité semble confirmer leurs théories (les « beurs de Marrakech » en 1994, Khaled Kelkal en 1995, le « gang de Roubaix » en 1996), les grands médias ouvrent grand leurs micros aux experts de la peur et aux « marchands de sécurité » [8].

    Un autre courant de pensée s’intéresse de près, depuis la fin de la guerre froide, aux « conflits asymétriques » et à la « guerre de l’information ». Ce sont les tenants de la « guerre économique ». À l’heure du « capitalisme cognitif » et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, estiment-ils, l’information est l’arme la plus puissante, dans le domaine militaire comme dans la sphère économique, qui permet aux « faibles » de l’emporter sur le « fort ». Aussi remontent à la surface, pour être intégrées au management d’entreprise, les théories de la « guerre moderne » forgées dans les années 1950 par des officiers français (les colonels Charles Lacheroy et Roger Trinquier) pour combattre les « subversifs » du Viêt-Minh ou du FLN algérien. Les entreprises françaises doivent ainsi pouvoir inverser les rapports de forces (et consolider leurs positions) dans la jungle économique mondiale. Les armes : l’utilisation stratégique du « vecteur médiatique », l’espionnage (ou le contre-espionnage) industriel et un encadrement efficace des employés [9].

    Armés de ce savoir-faire, nombre de fonctionnaires issus des services de renseignement ou de la justice antiterroriste investissent ce nouveau marché. Battu aux élections législatives de 1997, l’ancien juge antiterroriste et ex-député RPR Alain Marsaud rejoint par exemple la Compagnie générale des eaux (CGE, future Vivendi), où il monte une « cellule de sécurité et d’intelligence économique ». Le renseignement économique, reconnaît-il, est « un secteur de reconversion particulièrement lucratif pour de nombreux fonctionnaires » [10].

    À la veille de l’an 2000, les médias sont donc plus que jamais une cible. Cible des armées qui remettent au goût du jour les « opérations psychologiques » mises de côté depuis la fin de la guerre d’Algérie [11]. Cible aussi des grands groupes industriels qui se servent du « vecteur médiatique » pour déstabiliser leurs concurrents. Cible enfin d’une armée de consultants à la recherche d’un levier promotionnel pour pénétrer le marché en expansion de la « sécurité ».

    Face à ces assauts, la télévision ne semble pas disposée à réagir. Cause ou conséquence de l’explosion du « marché de l’expertise », les journalistes ont tendance à se désinvestir de leur métier, remarque Hervé Brusini, aujourd’hui l’un des responsables de la chaîne publique France 3. Travaillant dans l’urgence, éloignés des lieux où se fait l’actualité mondiale, ceux qui travaillent pour les médias classiques se reposent sur ces « experts » qui ne refusent jamais de meubler un plateau de télévision ou de remplir quelques colonnes de journaux. Une forme de sous-traitance qui permet en outre aux journalistes d’externaliser leur responsabilité éditoriale. Le média n’est dès lors plus qu’une boîte vide, que les journalistes remplissent en distribuant des cartons d’invitation. Apparue sur les écrans de télévision français en septembre 2001, l’émission C dans l’air est une bonne illustration de cette logique de désinvestissement généralisé.

    Bien que diffusée sur France 5, la chaîne éducative du secteur public, l’émission est en réalité totalement privatisée : réalisée dans les locaux d’Europe 1 (groupe Lagardère), elle est produite par Maximal Productions (groupe Lagardère), société dirigée par Jérôme Bellay (à l’époque patron d’Europe 1). Émission de news and talk, le principe consiste pour le présentateur, Yves Calvi (transfuge d’Europe 1), à se mettre dans la peau du « Français moyen » en posant des questions sur un ton faussement naïf et en relayant certaines de celles que les téléspectateurs envoient par SMS. En direct, ces questions sont distribuées par le présentateur à un panel d’« experts » que l’équipe de C dans l’air a préalablement « castés » [12]. L’émission est agrémentée de quelques reportages, qui la confortent grâce au « réalisme » des images et dans lesquels sont fréquemment interrogés d’autres experts.

    On retrouve le même dispositif dans nombre d’émissions, en particulier sur les chaînes d’information en continu qui, par nature et par souci d’économies, sont très gourmandes d’intervenants extérieurs, généralement non rémunérés, pour remplir le temps d’antenne (LCI lancée par le groupe Bouygues-TF1 en 1994, et I-Télé lancée par le groupe Vivendi-Canal plus en 1999). C’est dans ce contexte de vampirisation du journalisme par l’« expertise » qu’intervient le 11 septembre 2001. […]

    http://lmsi.net/L-anti-terrorisme-et-ses-experts

  • Apocalypse now

    Le retour foudroyant du « terrorisme » dans l’actualité après le 11 septembre a puissamment consolidé la position des experts médiatiques – et en particulier de ceux qui font profession d’exploiter la peur. Car les médias exigent des réponses « expertes » à de multiples questions : que s’est-il passé et que doit-on maintenant craindre ? Qui est Ben Laden et que se passe-t-il « dans le monde musulman » ? Maintenant que « l’impensable est devenu réalité » et que le terrorisme a muté en « hyperterrorisme », les journalistes des grands médias ont tendance à faire une confiance aveugle aux scénaristes du pire.

    C’est ainsi que Guillaume Bigot, obscur professeur d’économie de l’université privée Léonard-de-Vinci, sort de l’anonymat. Auteur en 2000 d’un recueil intitulé Les Sept Scénarios de l’apocalypse, il avait, dit-on, « prophétisé » le 11 septembre. Honoré de ce fait du titre de « spécialiste en géopolitique », il sera invité à faire des démonstrations d’anticipation cataclysmique sur de nombreux plateaux de télévision et il entamera une prolifique carrière d’essayiste – il tentera même sa chance en politique (comme candidat chevènementiste aux élections législatives de 2002). Un parcours qui montre que l’« apocalypse » se vend bien et que la consécration télévisuelle peut ouvrir d’intéressantes perspectives de carrière. Par un soigneux glissement du conditionnel à l’indicatif, et du « possible » au « certain », les experts du genre décrivent la situation post-11 septembre comme une terrifiante période de danger perpétuel. Mais la plus belle réussite de l’après-11 septembre est sans doute le come back médiatique de Roland Jacquard.

    L’« expert » qui prophétisait depuis plus de vingt ans l’inimaginable (terrorisme nucléaire, détournement d’avion par des virus informatiques, etc. [13]) trouve enfin sa consécration. Et il est pris d’autant plus au sérieux que l’ex-journaliste s’affuble maintenant du double titre, aussi ronflant qu’énigmatique, de « président de l’Observatoire international du terrorisme » et d’« expert auprès des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ». Fin connaisseur des médias, Roland Jacquard sait en effet que les journalistes qui l’invitent ont tellement besoin d’« experts » pour remplir les plateaux et pour répondre « aux questions que se posent les téléspectateurs », qu’ils n’interrogeront jamais publiquement la pertinence de tels « titres » [14].

    Jouant ainsi du désinvestissement des journalistes, Roland Jacquard peut suggérer n’importe quelle hypothèse – celle par exemple de l’implication d’anciens agents de la Stasi ou de l’Irak dans les attentats du 11 septembre [15] – sans risque d’être démenti. La forme étant de loin plus importante que le fond, ses prestations médiatiques se résument pour l’essentiel à une sidérante rafale de chiffres à prétention scientifique et d’anecdotes d’apparence technique visant à démontrer l’imminence d’une « attaque bactériologique », de l’explosion d’une « bombe radiologique » ou de l’ infiltration en France de dangereux virus ». La conclusion est toujours la même :

    « Il faut être extrêmement prudent, et se préparer à cette guerre de demain, parce qu’elle arrivera malheureusement un jour… » [16]

    Outre les « experts » des techniques opérationnelles terroristes, la configuration des plateaux de télévision prévoit systématiquement la présence de « spécialistes du monde arabo-musulman », censés donner aux téléspectateurs un peu d’intelligibilité géopolitique à l’action d’Al-Qaida et des autres mouvements « islamistes ». Les figures emblématiques en la matière sont sans conteste Antoine Sfeir et Antoine Basbous (ancien porte-parole en France des Phalanges chrétiennes libanaises, devenu essayiste). Bons clients », ils tiennent un discours simple et inquiétant, beaucoup plus facile à vendre que les analyses nuancées proposées par des chercheurs comme Bruno Étienne, Olivier Roy ou François Burgat. Moyennant quoi, selon l’hebdomadaire Télérama, en ne prenant en compte que les chaînes hertziennes, Antoine Basbous est intervenu 121 fois à la télévision entre le 11 septembre 2001 et le 11 septembre 2006, et Antoine Sfeir 240 fois – soit près d’une fois par semaine en moyenne, vacances comprises [17]...

    p.-s.
    Ce texte est paru initialement sous le titre « “Armer les esprits”, le business des “experts” à la télévision française » dans le recueil Au nom du 11 septembre, coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe, publié aux éditions La Découverte, et accessible intégralement pour les usagers des bibliothèques abonnées à Cairn.info en cliquant ici. Nous le publions avec l’amicale autorisation des coordonnateurs et éditeurs.

    notes
    [1] Ce texte doit beaucoup au chercheur Arnaud Le Gall et notamment à L’Accès des « intellectuels experts » à l’espace médiatique. Sociologie des interventions télévisuelles lors des deux guerres en Irak (1990-1991 et 2002-2003), mémoire de DEA, Sciences-Po Rennes, 2004. Sur différents thèmes abordés ici, on lira par ailleurs avec profit : Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte, Paris, 2008.

    [2] Entretien avec l’auteur, 5 avril 2007.

    [3] Claude Silbersahn et Jean Guisnel, Au cœur du secret, Fayard, Paris, 1995, p. 95-101.

    [4] Roland Jacquart, La Guerre du mensonge. Histoire secrète de la désinformation, Plon, Paris, 1986. p. 111.

    [5] Publié à La Table ronde en 1991

    [6] Thomas Deltombe, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, Paris, 2005, p. 125-143.

    [7] Thomas Deltombe, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, Paris, 2005, p. 170-239.

    [8] Voir Pierre Rimbert, « Les managers de l’insécurité », in Laurent Bonelli et Gilles Sainati (dir.), La Machine à punir. Pratiques et discours sécuritaires, L’Esprit frappeur, Paris, 2004, p. 235-276 ; et Richard Vargas, « Marchands de sécurité », Arte, 22 janvier 2003.

    [9] Hélène Masson, Les Fondements politiques de l’intelligence économique, Thèse de science politique, université Paris-XI-Jean Monnet, Sceaux, décembre 2001

    [10] Alain Marsaud, Face à la terreur, Fayard, Paris, 2007, p. 181.

    [11] Voir par exemple : Jacques Isnard, « Les armées veulent contrôler les esprits », Le Monde, 23 janvier 1999 ; et François Gere (dir.), Modernité de l’action psychologique, Fondation de recherche stratégique, Paris, octobre 1999.

    [12] Jérôme Bellay, « Garantis incollables », Télérama, 31 janvier 2007. Ainsi, la consultation des archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) montre que Xavier Raufer a été invité dix-huit fois dans cette émission entre janvier 2002 et novembre 2007, pour s’exprimer sur des sujets aussi variés que les « gangs de banlieue », les Roms, les « bébés à vendre », Al-Qaida ou le pillage des œuvres d’art.

    [13] Interrogé sur TF1 le 20 juillet 2001 à l’occasion de sommet du G8 à Gênes (Italie), il avait évoqué une possible attaque « par canaux à moteur » ou « par deltaplane ». Information qu’il tenait, disait-il, des services de sécurité occidentaux et… « soviétiques » (sic).

    [14] Les fonctions de Roland Jacquard à l’ONU sont pourtant assez mystérieuses. Aucun des sites Web de l’organisation internationale ne mentionne son nom dans un quelconque organigramme. Les messages que nous avons envoyés aux instances onusiennes chargées des questions de terrorisme sont restés sans réponse. Le chercheur Arnaud Le Gall n’a pas eu plus de succès en essayant de contacter Roland Jacquard lui-même. Selon plusieurs « experts » et journalistes que nous avons interrogés, c’est en tant que « conseiller » du président gabonais Omar Bongo que Roland Jacquard serait accrédité à l’ONU.

    [15] « Les 4 vérités », France 2, 14 septembre 2001.

    [16] « La déferlante kamikaze », C dans l’air, France 5, 19 mai 2003.

    [17] Télérama, 31 janvier 2007.

    http://lmsi.net/L-anti-terrorisme-et-ses-experts

  • Toujours le troll et ses éternels copiés/collés sur le même sujet : la défense de certains Etats contre d’autres... TOUS SONT CAPITALISTES. La position du CCI sur le sujet est claire et nette :

    La prise du pouvoir politique par le prolétariat à l’échelle mondiale, condition préliminaire et première étape de la transformation révolutionnaire de la société capitaliste, signifie, en premier lieu, la destruction de fond en comble de l’appareil d’Etat bourgeois.

    En effet, comme c’est sur celui-ci que la bourgeoisie assoit la perpétuation de sa domination sur la société, de ses privilèges, de l’exploitation des autres classes et, particulièrement de la classe ouvrière, cet organe est nécessairement adapté à cette fonction et ne peut convenir à cette dernière classe qui n’a aucun privilège ni exploitation à préserver. En d’autres termes, il n’existe pas de "voie pacifique vers le socialisme" : à la violence de classe minoritaire et exploiteuse exercée ouvertement ou hypocritement, mais de façon de plus en plus systématique par la bourgeoisie, le prolétariat ne peut qu’opposer sa propre violence révolutionnaire de classe.

    Levier de la transformation économique de la société, la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’exercice exclusif du pouvoir politique par celui-ci, aura pour tâche fondamentale d’exproprier la classe exploiteuse en socialisant ses moyens de production et d’étendre progressivement le secteur socialisé à l’ensemble des activités productives. Fort de son pouvoir politique, le prolétariat devra s’attaquer à l’économie politique bourgeoise en menant une politique économique dans le sens de l’abolition du salariat et de la production marchande, dans celui de la satisfaction des besoins de l’Humanité.

    Pendant cette période de transition du capitalisme au Communisme, il subsiste des classes et couches sociales non-exploiteuses autres que le prolétariat et qui assoient leur existence sur le secteur non socialisé de l’économie. De ce fait, la lutte de classe se maintient comme manifestation d’intérêts économiques contradictoires au sein de la société. Celle-ci fait donc surgir un Etat destiné à empêcher que ces conflits ne conduisent à son déchirement. Mais avec la disparition progressive de ces classes sociales par l’intégration de leurs membres dans le secteur socialisé, donc avec l’abolition de toute classe sociale, l’Etat lui-même sera appelé à disparaître.

  • mais pourquoi le CCI se focalise-t-il systématiquement sur certains plutôt que d’autres ? Y aurait-il certains Etats plus dangereux que d’autres pour le CCI ?

    En réalité, le CCI, comme tous les partis ou groupuscules politiques, a choisi son camp. La neutralité en politique ça n’existe pas.

  • Toujours le troll et ses éternels copiés/collés sur le même sujet : la défense de certains Etats, nations contre d’autres... TOUS SONT CAPITALISTES.

    Le CCI propose une nation/état transitoire coco : on a déjà vu les mensonges léninistes = non merci ! TOUS LES ETATISTES sont DANGEREU-SES-X

      • La position sur le sujet est claire et nette : Nik les états, tous les états, toutes les nations, tous les peuples
  • 31 juillet 00:23

    Si TOUS les Etats sont capitalistes, pourquoi le CCI critique-t-il toujours les mêmes ?

    En quoi le terrorisme serait-il plus dangereux que les Etats ?

  • 2 août 20:24, par Vieux Sympathisant de la Gauche communiste internationaliste

    Le terrorisme étant toujours LE PRODUIT d’un Etat, quel qu’il soit, je ne vois aucunement en quoi on va séparer les deux. Le terroriste de Manchester se réclamait bien d’un Etat, non ? Et au contraire de certains ci-devants commentateurs, qui ont toujours soutenu certains Etats contre d’autres - par exemple la Palestine contre Israël -, les communistes ont toujours dénoncé tous les Etats comme étant capitalistes, tous aussi impérialistes les uns que les autres. Premier point.

    Second point : si les intervenants précédents se préoccupaient de l’article et de ce qu’il dit, ils y liraient qu’il DÉNONCE l’utilisation qui a été faite par tous les Etats de l’attentat de Manchester. Alors venir dire que le CCI aurait « choisi un camp » parmi tous les Etats capitalistes est d’une bêtise crasse, ou il s’agit d’une calomnie pure et simple. Du reste, 22h43 ne se soucie aucunement de démontrer son accusation, et on comprend assez facilement pourquoi : il aurait bien du mal à le faire.

    Troisième point : 20h22 ne sait absolument pas ce qu’est l’Etat dans sa nature, sinon il saurait que les « mensonges léninistes » dont il nous parle sont inexistants ; le CCI n’est pas « étatiste » plus que Lénine, qui écrivait déjà il y a un siècle que l’Etat doit disparaître. Le CCI ne « propose » aucunement une « nation transitoire », il considère - jusqu’à preuve du contraire, mais on ne va pas trop demander - qu’une étape de transition entre capitalisme et communisme est INÉVITABLE, et que l’Etat continuera à y exister jusqu’à ce qu’il disparaisse. Ce n’est pas une « volonté » des Communistes, c’est une loi de l’histoire. Mais pour savoir cela, il faudrait lire un peu L’Etat et la Révolution de Lénine, et lire certains textes que le CCI - mais pas que lui - a écrit sur la question…

  • L’impasse de l’« israélisation de la sécurité »

    Après l’attentat de Nice et l’assassinat du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, en appelait «  à l’israélisation de notre sécurité  ». Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, cette référence est de plus en plus brandie dans la course au tout sécuritaire. Mais sur quoi repose au juste le modèle israélien  ? Cet été, CQFD avait un envoyé spécial à Tel-Aviv.

    Au début du mois d’août, la Knesset, le parlement israélien, a abaissé de 14 à 12 ans l’âge minimum d’emprisonnement pour les auteurs «  d’actes terroristes graves sur le territoire israélien   », sachant que cette loi est déjà appliquée en Cisjordanie. C’est la réponse trouvée face aux attaques aux couteaux. Depuis octobre 2015, ces agressions à l’aveugle, perpétrées souvent par des gamins, ont fait 34 victimes israéliennes, deux américaines, une érythréenne et une soudanaise. On dénombre 219 Palestiniens abattus par les autorités israéliennes lors de ces attaques ou en représailles et régulièrement, les associations de défense des droits de l’homme accusent les soldats israéliens d’avoir exécuté de sang-froid certains d’entre eux alors qu’ils étaient ligotés à terre. Les quelques enquêtes ouvertes ont été rapidement classées, les autorités préférant évoquer «  l’instinct de survie de la police  ». Sans ambages, le chef de la police de Jérusalem, Moshe Edri, déclare ainsi  : «  Toute personne qui poignarde un Juif ou fait du mal à un innocent doit être tuée.  » Le ministre de l’Intérieur, Gilad Arden, soutient également le recours sans retenue à l’exécution systématique de tout suspect  : «  Tout terroriste devrait savoir qu’il ne survivra pas à l’attaque qu’il s’apprête à commettre.  »

    Par ailleurs, depuis le 15 juin dernier, une loi anti-terroriste établit entre autres une nouvelle série d’infractions liées à l’expression publique de soutien ou d’empathie envers les «  organisations terroristes  ». Déjà, l’année dernière, plusieurs Palestiniens avaient été jugés et condamnés à huit et neuf mois de prison ferme pour de simples commentaires sur Facebook. Pour les membres d’Adalah, organisation de défense des droits des minorités arabes sur le territoire israélien basée à Haïfa, ces nouvelles dispositions ressemblent ni plus ni moins à celles qui ont déjà été prises en Cisjordanie. Nadem, spécialiste des droits de l’homme au sein de cette association, s’alarme  : «  C’est totalement à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Les habitants de Cisjordanie devraient obtenir plus de droits et au lieu de cela, les Palestiniens résidant en Israël sont en train de les perdre. La liberté d’expression n’existe plus. Ce sont des lois antidémocratiques.  » Nadem est aussi scandalisé par la façon dont sont traités les Palestiniens à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv  : «  Ils ne sont pas admis au check-in normal et sont constamment accompagnés par des agents de sécurité. On fouille et on leur retire toutes leurs affaires. C’est l’humiliation systématique.  »

    Économie du contrôle et insécurité permanente

    Pour rendre acceptables les lois antidémocratiques, la discrimination institutionnalisée, la destruction des maisons, etc., l’État israélien bénéficie d’atouts majeurs  : l’armée et la conscription. Deux ans de service militaire pour les femmes, trois pour les hommes. Sans parler de la réserve – un mois d’astreinte par an  : de quoi vous endoctriner toute une jeunesse  ! Certains en France, comme Xavier Bertrand, parlent de rétablir ce «  ciment de la cohésion nationale  » mais seulement pour trois mois (six mois pour Montebourg), une bagatelle… Le Figaro s’inquiète quant à lui déjà de la lourdeur du coût budgétaire d’un rétablissement du bon vieux service militaire quand les finances de l’État partent déjà à vau-l’eau. Il faut dire qu’Israël a la chance de bénéficier de l’aide militaire conséquente du grand bienfaiteur étasunien qui s’élève à 3,1 milliards pour 2014 et pour 2015 [1].

    Cette économie de la guerre présente quelques avantages. Ce petit pays de seulement 8,5 millions d’habitants tient la neuvième place, entre le Japon et la Corée du Sud, au palmarès des vendeurs d’armes. L’expérience acquise dans les guerres de basse intensité rameute les clients. Selon Sahar Vardi, coordinatrice de l’ONG American Friends Service Committee qui travaille sur l’évaluation de la militarisation de la société israélienne, l’industrie militaire exporte ses funestes technologies vers 130 pays, «  certaines fois de façon illégale  ». «  Il existe à l’heure actuelle 6 800 entreprises spécialisées dans ce domaine sous l’unique contrôle de deux inspecteurs d’État, sans doute légèrement dépassés  », ajoute Sahar Vardi. Le film-documentaire de Yotam Feldman, The Lab (2013), montre de fausses villes arabes construites par l’armée israélienne dans le désert du Neguev pour expérimenter son savoir-faire et sa technologie militaire tout en les exposant à ses clients internationaux.

    En plus du service militaire obligatoire et d’une information permanente sur les risques terroristes, le contrôle des sacs et le passage par un portillon détecteur de métal sont systématiques à l’entrée des centres commerciaux, bâtiments administratifs ou stations de transports. L’État israélien permet aussi à ses citoyens de pouvoir obtenir aisément un permis de port d’armes, 260 000 personnes en seraient détentrices. En octobre 2015, le maire de Jérusalem invitait même ses concitoyens à suivre son exemple, en posant devant sa voiture, fusil mitrailleur à la main. En outre, les entreprises privées de sécurité et de surveillance, omniprésentes dans les quartiers et les commerces, sont le fer de lance d’une véritable économie de la sécurité. En 2015, ce secteur en pleine expansion représentait 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec plus de 100 000 salariés. Cette privatisation de la violence légale avec la technologie de pointe idoine offre un modèle exportable et des perspectives de développement infinies au marché du contrôle sécuritaire.

    Comme l’explique l’anthropologue Jeff Halper dans son ouvrage War against the people [2] (Pluto press, 2015), l’expertise israélienne antiterroriste a conduit à «  une forme permanente de contrôle et de pacification envers les Palestiniens  ». «  À l’heure actuelle, la société israélienne ne veut pas la paix, explique pour sa part le sociologue israélien, Meir Amor, enseignant à la faculté de Toronto. Parce que cela signifierait une transformation structurelle majeure. Il faudrait traiter les Palestiniens d’Israël comme des citoyens à part entière. Il faudrait partager les terres. Et il faudrait surtout changer la politique économique de la guerre en une politique économique de la paix.  »

    http://cqfd-journal.org/L-impasse-de-l-israelisation-de-la

  • Qu’est-ce que le dernier commentaire a à voir avec le sujet ?

    Ah ! C’est juste qu’il fallait placer le sempiternel plaidoyer pour le nationalisme palestinien et soutenir la clique médiévale du Hamas ! C’est donc chose faite, merci et à la prochaine fois…

  • 21 août 14:59

    Qu’est-ce que le "nationalisme palestinien" et le Hamas ont à voir avec le sujet ?

    Ah ! C’est juste qu’il fallait placer le sempiternel plaidoyer pour le sionisme et bien délimiter les bons et les mauvais terrorismes.

    C’est donc chose faite, merci et à la prochaine fois…

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