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Macron et la « Françafrique » : un racisme et un néo-colonialisme décomplexés
posté le 27/07/17 Mots-clés  antifa  antimilitarisme  Peuples indigènes 

Le président Emmanuel Macron est né après la période du colonialisme, mais sa façon de penser n’en reste pas moins coloniale.

En ce moment, à Dakar, à Bamako et ailleurs en Afrique francophone, tout le monde parle du président français Emmanuel Macron.

Le président Macron, qui est né longtemps après l’indépendance des colonies françaises, affiche un modernisme ostensible et, du moins en apparence, attaque les appareils politiques obsolètes qui, selon lui, nuisent à la vitalité de la société française. En conséquence, peut-être trop naïvement, de nombreux Africains s’attendaient à ce qu’il réforme l’ancienne « Françafrique », à savoir les relations de la France avec ses anciennes colonies en Afrique.
Mais la réalité est plus que décevante. Jusqu’à présent, Macron a non seulement insisté sur la continuité de la domination économique de la France dans la région en tant qu’ancienne puissance coloniale, mais il a également souligné son soutien à la présence militaire française sur le continent. Au cours des premières semaines de sa présidence, il a clairement prouvé que sa vision de l’Afrique et des Africains est tout aussi raciste et colonialiste que celle de ses prédécesseurs.

La monnaie coloniale

Au début de ce mois-ci, au sommet du G5 au Mali, Macron a fait la réponse suivante aux dirigeants de plusieurs pays de la zone franc (le franc de la communauté française d’Afrique) qui considèrent cette monnaie comme une des causes de leurs problèmes économiques :

« Si vous n’êtes pas contents de faire partie de la zone franc, vous pouvez en sortir et créer votre propre monnaie, comme la Mauritanie et Madagascar », a déclaré le président de 39 ans. « Si vous y restez [dans la zone franc], alors il faut arrêter les déclarations démagogiques qui font du franc CFA le bouc émissaire de vos échecs politiques et économiques et de la France, la source de vos problèmes ».

Cette déclaration, comme on pouvait s’y attendre, a déclenché un flot de protestations en Afrique et a relancé le débat sur la viabilité de l’héritage colonial qui constitue le franc CFA.

Le franc CFA, le franc des colonies françaises d’Afrique, a été créé le 26 décembre 1945 dans le cadre de la conférence de Bretton Woods, au cours de laquelle les pays alliés ont décidé de l’ordre financier international après la Seconde Guerre mondiale. Selon les autorités françaises à l’époque, le but principal de ce nouveau système monétaire était de protéger les colonies d’une forte dévaluation du franc.

En 1958, pour répondre aux mouvements d’indépendance qui gagnaient du terrain dans toute l’Afrique coloniale, une nouvelle constitution a été adoptée à Paris, transformant l’Union française en Communauté française : une fédération d’états avec leur propre gouvernement autonome. Dans le cadre de ce nouveau système de gouvernance, le franc CFA est devenu la monnaie de la Communauté française d’Afrique. Mais ce statu quo n’a pas duré longtemps, car la quasi-totalité des États de la « Communauté française d’Afrique » nouvellement constituée ont déclaré leur indépendance au cours des deux années qui ont suivi ce changement constitutionnel.

Le franc CFA, cependant, a réussi à survivre aux déclarations d’indépendance.

Après l’indépendance, plusieurs pays ont choisi de quitter la zone franc, la Tunisie en 1958, le Maroc en 1960, la Guinée en 1959, l’Algérie en 1964, Madagascar et la Mauritanie en 1973. Mais, 14 pays, dont 12 anciennes colonies françaises, ont décidé de continuer à utiliser le franc CFA comme monnaie officielle.

Actuellement, le franc CFA est la monnaie officielle de la Communauté financière africaine, composée de huit pays de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), et de six pays de la Coopération financière d’Afrique centrale.

Le franc CFA est garanti par le Trésor français. Il avait un taux de change fixe au franc français jusqu’en 1999, et maintenant à l’euro, dans le cadre d’accords qui forcent les pays de la zone franc à déposer 50% de leurs réserves en devises étrangères dans le Trésor français.

Cette monnaie, qui est fabriquée en France, suit les fluctuations de l’euro, privant ainsi les pays qui l’utilisent de leur souveraineté monétaire. Il est clair que le franc CFA nuit aux économies des 14 pays qui l’utilisent. Un pays ne peut pas se frayer un chemin économique indépendant vers le développement s’il n’a pas le contrôle de ses politiques monétaires.

Les plaintes des dirigeants africains sont justifiées et, absolument pas « démagogiques ». Macron a fait cette déclaration en sachant très bien que la configuration coloniale du franc CFA est un carcan dont il est très difficile de sortir unilatéralement compte tenu des coûts élevés que cela impliquerait.

La présence continue de l’armée française en Afrique

Macron a fait sa première visite officielle en Afrique au Mali, un pays qui est considéré comme le symbole éclatant du retour triomphant de l’armée française sur le continent.
La France a lancé une intervention au Mali en 2013 pour chasser les combattants liés à Al-Qaïda qui avaient pris les principales villes du nord. Cette mission s’est développée jusqu’à aboutir au déploiement actuel de l’opération Barkhane lancée en 2014 avec un mandat élargi pour des opérations de « contre-terrorisme » à travers le Sahel. Actuellement, plus de 4 000 soldats français participent à l’opération dans cinq pays du Sahel aux côtés des troupes maliennes et des troupes des Nations Unies.

De Serval à Barkhane, les opérations militaires françaises en Afrique ont prétendument pour objectif de « lutter contre le terrorisme », et plus précisément de « rendre au Mali sa souveraineté sur Tombouctou et Kidal ». Mais, bien sûr, l’objectif, sans doute principal, de ces opérations militaires est de protéger les intérêts économiques et géostratégiques français dans la région, comme l’exploitation de l’uranium nigérian et de l’or malien. En outre, tout le monde sait que la France est derrière la création du Sahel G5 (un cadre institutionnel pour la coopération régionale dans le développement et les politiques de sécurité, qui intègre la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad). Le G5 permet à la France de sceller l’influence de son armée dans la région, et le président Macron semble déterminé à maintenir le statu quo actuel.
Pendant sa visite au Mali, le nouveau président français a réaffirmé l’engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme en Afrique et a assigné un rôle de quasi-subalternes aux pays du Sahel du G5, en indiquant qu’ils pouvaient former des armées autochtones, « pour lutter contre la traite des drogues et des êtres humains » dans les zones frontalières.
Pendant la même visite, Macron a également réussi à offenser l’Algérie, le médiateur de la crise malienne. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le président malien Ibrahim Boubacar Keita, Macron a déclaré : « Je vais avoir des exigences plus fortes envers les états du Sahel et l’Algérie », avant de souligner que « nous ne pouvons pas montrer de faiblesse à l’égard des groupes terroristes, indépendamment des enjeux de politique nationale. »
Macron voulait laisser entendre que l’Algérie permettrait aux terroristes liés à Al-Qaïda de se déplacer librement sur son territoire.

Les « problèmes de civilisation » de l’Afrique

Mais les mots durs sur le franc CFA et les accusations insidieuses contre l’Algérie n’étaient rien en comparaison de ses commentaires au sommet du G20 à Hambourg concernant le soi-disant « problème civilisationnel » de l’Afrique.
Bien qu’il n’occupe ses fonctions que depuis peu de temps, le jeune président français a réussi à faire, sur l’Afrique, plusieurs déclarations stigmatisantes qui réduisent les Africains à quelque chose comme des sous-hommes. Ses déclarations rappellent celles qui servent, depuis l’esclavage, pour justifier le pillage des ressources africaines.
Lors d’une conférence de presse au sommet du G20 à Hambourg, en répondant à une question sur la nécessité d’un « plan Marshall pour l’Afrique », Macron a fait sa déclaration la plus insultante, à ce jour, sur l’Afrique.
« Le défi de l’Afrique, il est totalement différent aujourd’hui… Il est beaucoup plus profond ! Il est civilisationnel, » a déclaré Macron à un journaliste d’une ancienne colonie française, la Côte d’Ivoire.

« Quels sont les problèmes ? Les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est … l’un des défis essentiels de l’Afrique… » Il a déclaré que bien que la France ait accepté d’aider l’Afrique en matière d’infrastructure, d’éducation et de santé, un « simple transfert d’argent » n’était pas la réponse.

« C’est par le biais d’une gouvernance plus rigoureuse, de la lutte contre la corruption, d’une lutte pour la bonne gouvernance, d’une transition démographique réussie, quand des pays ont encore aujourd’hui, sept à huit enfants par femme… », a ajouté M. Macron.

Les mots de Macron s’apparentent à de la provocation délibérée, d’autant plus que l’indignation causée par le discours de Nicholas Sarkozy, à Dakar, il y a dix ans, est encore fraiche dans les mémoires.

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire… Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir », a déclaré Sarkozy dans ce discours prononcé en juillet 2007.
« Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles, » a-t-il dit. « Dans cet imaginaire … il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »
Comme Sarkozy et les innombrables autres leaders français devant lui, Macron ne voit l’Afrique que par le prisme du colonialisme et de la suprématie blanche. Il est imprégné, comme un malade atteint d’une maladie fatale, du profond sentiment européen collectif de supériorité civilisationnelle et de la peur collatérale de la puissance démographique de l’Afrique.
Les colonialistes ont longtemps cherché à contrôler la fertilité des femmes africaines, parce que les maîtres coloniaux craignaient d’être dépassés en nombres et de ne plus pouvoir maîtriser les malheureux qu’ils asservissaient et opprimaient. Mais peut-être que c’est justement la puissance démographique de l’Afrique qui lui a permis de survivre à des siècles d’abus et de colonialisme.
Ce qu’il faut que M. Macron et l’élite politique de la France comprennent, c’est que notre problème n’est ni démographique, ni civilisationnel. Notre problème, c’est le colonialisme et le système bien enraciné de corruption et d’exploitation que l’Europe a bâti et maintient en Afrique.

Pour l’Europe et l’Amérique du Nord, le continent africain n’est rien d’autre qu’une source de richesses à pomper et ils refusent de traiter les dirigeants africains comme des égaux. L’histoire montre que ceux qui leur ont résisté, ont été soit corrompus soit assassinés.

Ce que M. Macron et cie doivent comprendre, c’est que les temps ont changé et même si l’ancien système est profondément enraciné, les Africains en sont désormais bien conscients, et ils sont prêts à y résister. Et ils n’accepteront plus d’être insultés sans riposter.

http://chroniquepalestine.com/macron-francafrique-racisme-neo-colonialisme/


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