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Che Guevara, l’orthodoxe
posté le 13/10/17 Mots-clés  antifa  antimilitarisme  histoire / archive 

Che Guevara, l’orthodoxe

Pierre Bance /6 décembre 2013

Polémica cubana vient de publier un texte, « Un Che libertaire ? ». Michel Antony y démontre que Che Guevara n’était pas un libertaire et que sa vie plaide en ce sens [1]. Cette étude documentée peut être poursuivie par une lecture froide des textes politiques du demi-dieu [2].

Un temps, Olivier Besancenot se dit guévariste [3] Une prise de position révélatrice de l’importance du personnage Ernesto Che Guevara (1928-1967) dans la mythologie d’extrême-gauche mais aussi de la méconnaissance de sa pensée politique profonde sous-jacente à son action, à ses rébellions contre le système cubain ou soviétique.

La fin de Che Guevara, en 1967, dans la jungle de Bolivie l’inscrit dans la lignée des héros romantiques de la révolution. Le portrait photographique d’Alberto Korda fera le reste pour la marchandisation du guérillero tragique [4]. Les guévaristes d’aujourd’hui ne sont-ils pas eux-mêmes victimes de la chosification du martyre ?
– victimes innocentes, ceux qui, fascinés par la mise en scène de la vie du Che, ignorent tout du reste ;
– victimes machiavéliques, ceux qui savent et détournent à leurs fins autoritaires un vecteur efficace de propagande dans la société du spectacle ; victimes tout de même car leur mensonge ne résiste pas à l’analyse.

La lecture des principaux écrits politiques de Che Guevara révèle deux obsessions : l’importance de l’avant-garde ouvrière incarnée dans le parti ; l’urgence de la prise du pouvoir « instrument indispensable pour appliquer et développer le programme révolutionnaire » [5]. Le guévarisme n’existe pas. Che Guevara fait une application mécanique du marxisme-léninisme à la situation de Cuba et de l’Amérique latine. Indépendamment de tout ce qu’il a pu déclarer ailleurs, comment trouver quelque espoir d’un autre futur chez celui qui écrit, en 1963 :

« Être un parti d’avant-garde, c’est être au-devant et à la tête de la classe ouvrière dans la lutte pour la prise du pouvoir et savoir la guider » [6].

Che Guevara et Raúl Castro poussent à la constitution du Parti communiste cubain, ce qui sera fait en 1965. Guevara écrit alors :

« Nous aspirons à ce que le Parti devienne un parti de masse, mais quand les masses auront atteint le niveau de développement de l’avant-garde, c’est-à-dire quand elles seront éduquées pour le communisme » [7].

Le pouvoir conquis, doit être instaurée la dictature du prolétariat. Celle-ci s’exercera non seulement sur les vaincus, « mais aussi, individuellement, sur la classe victorieuse » [8], ce qui veut dire qu’il faudra « se débarrasser sans transiger de tous ceux qui restent en arrière et qui ne sont pas capables de marcher au rythme de la Révolution cubaine » [9]. La répression passée et à venir est justifiée ; elle ne touche pas que les sbires de Bastista, le dictateur renversé en janviers 1959 par les révolutionnaires, ou les capitalistes, mais tous les opposants, révolutionnaires compris [10]. Pour Guevara, le monde nouveau n’est pas à imaginer, le modèle existe :

« Pour lointain que soient les pays socialistes, leur influence bienheureuse se fera toujours sentir sur les peuples en lutte et leur exemple donnera plus de force » [11].

Il ne tire aucun enseignement des dérives étatiques de la révolution russe et ignore tout de l’autogestion [12] :

« Nous devons souligner encore que les moyens de production doivent être de préférence aux mains de l’État de façon à ce que les marques de l’exploitation disparaissent peu à peu » [13].

Outre que sa stratégie militaire a échoué tant pour instaurer le socialisme en Afrique que pour généraliser la révolution en Amérique latine, Che Guevara a de la conduite de la lutte armée une vision effrayante notamment dans le plus connu de ces textes : « Créer deux, trois… de nombreux Vietnam, voilà le mot d’ordre ! » [14]. Á croire que peu de ses adeptes l’ont lu ou qu’ils se sont contentés de retenir ce qui les arrangeaient : la critique de la concurrence à laquelle se livraient Chine et URSS en Indochine [15]. Un passage suffit pour illustrer cette apologie de la violence armée, du militarisme le plus abruti :

« La haine comme facteur de lutte ; la haine intransigeante de l’ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l’être humain et en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. Nos soldats doivent être ainsi ; un peuple sans haine ne peut triompher d’un ennemi brutal » [16].

Lors de l’éloge funèbre prononcé en hommage à Che Guevara, le 18 octobre 1967, Fidel Castro ne dit rien d’autre qu’il fut « un maître de la guerre » dont le courage et la détermination le conduisirent aux limites de l’irresponsabilité : « Ce guérillero avait un talon d’Achille, ce talon étant son excessive agressivité, son mépris absolu du danger » [17].

Il serait absurde d’écarter a priori toute violence nécessitée par l’enclenchement ou la défense d’un processus révolutionnaire ; il y aura toujours des tenants du pouvoir ou des favorisés pour défendre ou rétablir le régime contesté. Mais si cette violence doit emporter un tel état d’esprit, une telle négation de l’homme civilisé mieux vaut alors renoncer car son triomphe conduira à une société où la dictature, à coup sûr, s’exercera « individuellement, sur la classe victorieuse ».

Che Guevara sur le terrain des idées comme sur le champ de bataille est dépassé par l’histoire. Il serait oublié si la propagande castriste n’avait fabriqué sa légende pour politiquement l’exploiter, une légende entretenue par les marchands. Conscient du risque d’exposition à la critique comme des sarcasmes, Besancenot et son (feu) Nouveau parti anticapitaliste ont mis la référence en sourdine.

[1] Michel Antony, « Un Che libertaire ? », Polémica cubana, 25 septembre 2013 (http://www.polemicacubana.fr/?p=9338)

[2] Un recueil de textes facilite cette lecture : Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme. Écrits politiques, introduction de Fidel Castro, traduit de l’espagnol par Fanchita Gonzalez Battle, Bruxelles, Éditions Aden, 2007, 174 pages (réédition de l’ouvrage publié, en 1967, par les Éditions Maspero)

[3] En 2006, dans un entretien avec Philippe Corcuff, Olivier Besancenot déclare : « Je vais lire le Che qui représente pour moi un communisme un peu libertaire, antistalinien » (« Ma génération et l’individualisme. La gauche radicale face à de nouveaux défis », in Politiquement incorrect. Entretiens du XXIe siècle, Paris, Textuel, 2008, 384 pages, citation page 373 ; entretien paru précédemment dans la revue Contretemps, n° 16, février 2006). En 2007, il écrira, dans cette veine, avec Michaël Löwy, Che Guevara, une braise qui brûle encore, Paris, Mille et une nuits, 2007, 247 pages.
Á sa décharge, même si c’est beaucoup plus tôt et avec prudence, Daniel Guérin, n’écrivait-il pas en janvier 1968, de retour d’un voyage officiel à Cuba pour le Congrès culturel de La Havane : « Brûlant les étapes, Cuba, certainement sans le savoir peut-être, s’inscrit dans la ligne du communisme libertaire de Kropotkine », encore plus prudent : « Souhaitons à Cuba, qui sait ainsi gagner l’affection de ses visiteurs, d’introduire dans son relatif vide institutionnel une véritable démocratie, prolétarienne. Souhaitons à Cuba de découvrir le marxisme libertaire » (Pour un marxisme libertaire, Paris, Robert Laffont, « Libertés », 1969, 200 pages, citations pages 225 et 238 ; ce texte est d’abord paru sous forme de brochure, éditée par l’auteur, en mai 1968, sous le titre Cuba-Paris).

[4] Sur la marchandisation de cette image, voir sur ce site, « Toni Negri et Michael Hard, les mécanos de la Sociale », page 29 et note (30) (http://www.autrefutur.net/IMG/pdf/Antonio_Negri_et_Michael_Hardt.pdf).

[5] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Cuba : cas exceptionnel ou avant-garde de la lutte contre l’impérialisme ? » (1961), page 40.

[6] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « La guerre de guérilla : une méthode » (1963), page 73.

[7] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Le socialisme et l’homme à Cuba » (1965), page 136.
« S’il avait pris ou conservé le pouvoir sa formation idéologique, même ouverte, aurait sans doute contribué à renforcer un régime et un État qui auraient été aux antipodes de celui rêvé par les anarchistes, et ces derniers auraient été sans doute les premiers éliminés, comme cela s’est produit dans tous les régimes dits socialistes, et à Cuba même, très rapidement », écrit Michel Antony dans Polémica cubana, « Un Che libertaire ? », précité note (1), page 16.

[8] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Le socialisme et l’homme à Cuba » (1965), page 125.

[9] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Qu’est-ce qu’un jeune communiste ? » (1962), page 63.

[10] Lire, par exemple, de Frank Fernández, les chapitres IV à VI de L’Anarchisme à Cuba, suivi d’Augustin Souchy, Témoignages sur la révolution cubaine, Paris, Éditions CNT Région parisienne, 2004, 232 pages.

[11] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « La guerre de guérilla : une méthode » (1963), page 77.
Tout ceci fait écrire à Michel Antony : « Son aveuglement global sur les pays socialistes, sa méconnaissance de la réalité vécue dans ces pays de l’Est, sa faible analyse de l’institution étatique et en son sein des mécanismes de renforcement du pouvoir, alors que libertaires et marxistes hétérodoxes ont déjà tant œuvré sur ces aspects, contribuent à le ranger parmi les marxistes archaïques et absolument non libertaires », Polémica cubana, « Un Che libertaire ? », précité note (1), page 11.
.

[12] Michel Antony, Polémica cubana, « Un Che libertaire ? », précité note (1), page 7 et suivantes.
Lire le témoignage d’Augustin Souchy, syndicaliste révolutionnaire allemand, qui fit une enquête sur le terrain à la demande du gouvernement cubain, en 1960, in Témoignages sur la révolution cubaine, précité note (10).

[13] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Le discours d’Alger » (1965), page 103.

[14] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Créer deux, trois… de nombreux Vietnam, voilà le mot d’ordre ! » (1967), page 149.

[15] Lire aussi le Discours d’Alger (1965) dans lequel Guevara critique l’Union soviétique qui fait prévaloir ses intérêts commerciaux et diplomatiques sur son soutien aux pays en lutte : « Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest », Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), page 95, citation page 98.

[16] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), « Créer deux, trois… de nombreux Vietnam, voilà le mot d’ordre ! » (1967), page 167

[17] Ernesto Che Guevara, Le Socialisme et l’homme, précité note (2), page 12.
Castro a-t-il abandonné Guevara à son sort en Bolivie pour s’en débarrasser à la suite de ses critiques envers l’URSS, ou à la demande de celle-ci, indéfectible soutien du régime de Fidel ? Lire de Dariel Alarcón Ramínez (Benigno), compagnon de Guevara, Vie et mort de la révolution cubaine, traduit de l’espagnol (Cuba) par Jean-Baptiste Grasset, Paris, Fayard, 1996, 300 pages (notamment le chapitre 24).

http://www.autrefutur.net/Che-Guevara-l-orthodoxe


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