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« Gilets Jaunes » : L’interclassisme contre les prolétaires
posté le 01/12/18 par PCInt Mots-clés  luttes sociales 

Les appels aux manifestations et « blocages » du 17 novembre contre la hausse des prix du carburant et les futures taxes sur le diesel annoncées par le gouvernement français, ont rapidement rencontré une forte audience parmi la population qui est obligée de se servir de son véhicule dans la vie de tous les jours.

Le mouvement ne s’est pas limité à la France mais il a touché aussi la Belgique. Il y a eu des affrontements avec la police sur un site pétrolier de Total à Feluy. Des débordements ont eu lieu à Charleroi et en région liégeoise. Quelques blocages de zonings industriels.

Le succès du mouvement a été sans aucun doute facilité par une couverture médiatique bienveillante (à la différence de ce qui se passe lors des mouvements ouvriers) ; il a été aussi facilité par le fait qu’il se présente comme étant issu de la base et l’expression du mécontentement de tous les « gens normaux », en dehors des partis et syndicats.

Cette mobilisation a suscité et suscite un écho indéniable parmi les prolétaires dont certains ont participé aux actions, y trouvant le moyen de manifester leur colère d’une façon plus immédiatement démonstrative et efficace qu’avec les sages manifestations et mouvements dirigés et contrôlés de bout en bout par les syndicats – qui débouchent régulièrement sur la défaite.

Mais ce n’est pas par hasard si le mouvement des Gilets Jaunes a été relayé et soutenu par les partis d’extrême droite (notamment à Courcelles, Libramont ou Philippeville-Couvin), Nation et Agir (ex FNB), bien qu’au final la présence de ces partis soit marginale sur le terrain.

Mouvement parti sur une revendication touchant « tout le monde », il affirme être l’expression du « peuple », en dehors non seulement des partis et syndicats, mais aussi au-dessus des classes. C’est pourquoi il n’est pas rare de voir le drapeau national flotter sur les barrages ou de voir ceux-ci appeler la police à les rejoindre.

Un tel mouvement de contestation interclassiste, initié au départ par de petits patrons, ne suscite pas l’hostilité des médias et il attire inévitablement les forces de la droite extrême ; même quand il manifeste une opposition virulente à la politique gouvernementale et aux grandes entreprises capitalistes (trusts pétroliers, etc.), il ne peut avoir qu’une orientation bourgeoise. Les prolétaires qui participent au mouvement ne le font qu’à titre individuel ; n’étant pas organisés sur une base indépendante, ils ne peuvent défendre leurs intérêts spécifiques d’exploités – c’est-à-dire contre l’exploitation capitaliste : ils se retrouvent noyés dans une lutte commune avec des petits patrons, commerçants, artisans, libéraux, etc., qui eux, évidemment, défendent mordicus le capitalisme !

La plupart du temps, comme on pouvait s’y attendre les organisations syndicales collaborationnistes ont réagi face au mouvement en défenseurs zélés de l’ordre établi. Elles ont condamné les Gilets Jaunes, non pas au nom de l’indépendance de classe ( !), mais parce qu’ils ne respectent pas les bonnes manières de la collaboration des classes.

Sur les réseaux sociaux, JF Tamellini, secrétaire fédéral du syndicat FGTB, a, lui, une illumination soudaine : « en visant des points stratégiques de l’économie, les gilets jaunes nous montrent qu’on peut faire mal au gouvernement et au grand patronat »...

Tous mettent soigneusement de côté le point central pour la défense des intérêts prolétariens : l’indépendance de classe.

Pour bloquer le capitalisme : la lutte indépendante de classe !

Une lutte interclassiste, où les prolétaires sont inévitablement soumis aux intérêts d’autres classes, peut bien obtenir des succès ; elle peut bien réussir des milliers de blocages ponctuels, elle ne réussira jamais à bloquer le capitalisme. Seule la lutte indépendante de classe, la lutte pour les intérêts de classe des prolétaires peut y arriver ; en effet ce sont les prolétaires qui ont seuls la force potentielle de faire échec au capitalisme car celui-ci ne vit que de leur exploitation. Lutter contre cette exploitation, c’est lutter contre le capitalisme, y mettre fin, c’est mettre fin au capitalisme !

En se mettant en lutte sur cette base, y compris pour des combats d’abord inévitablement partiels et limités, les prolétaires ont la capacité de faire reculer les capitalistes et leur Etat. Pour cela ils ne doivent pas se laisser noyer dans des rassemblements interclassistes où se dilue leur force de classe. Il leur faut s’organiser sur des basses classistes pour les luttes de résistance quotidienne contre les attaques patronales, luttes pas seulement contre les taxes et impôts, mais spécifiquement pour la défense de leur salaire et de leurs conditions de vie et de travail ; il leur faut aussi s’organiser sur le plan politique pour la lutte plus générale, anticapitaliste et révolutionnaire. Face aux petits bourgeois qui se vantent de refuser toute organisation de parti ou de syndicat, ils doivent se rappeler que, comme disait Le Manifeste Communiste, la lutte implique l’organisation en classe donc en parti.

Alors, quand s’enracinera cette organisation, il sera possible d’entraîner les couches petites bourgeoises, ou une partie d’entre elles, dans le combat contre le capitalisme, au lieu d’être entraîné à leur remorque vers une issue qui ne peut être qu’anti-prolétarienne (1).

L’ampleur du mouvement des Gilets Jaunes est un révélateur des tensions sociales à l’œuvre et elle annonce aussi les futures tempêtes sociales. Dans la période qui vient les prolétaires seront poussés à entrer en lutte pour réagir aux coups redoublés du capitalisme : il leur faudra le faire sur leurs propres bases et pour leur propre compte pour ne pas être encore une fois battus.

Pour la lutte et l’organisation indépendantes de classe !

Pour la reconstitution du parti de classe internationaliste et international !

Pour la reprise de la lutte révolutionnaire anticapitaliste !

Parti Communiste International

www.pcint.org

(1) Voir la collaboration des Gilets Jaunes avec la police pour arrêter des migrants lors d’un barrage dans la Somme, France, le 19/11.


posté le 1er décembre 2018  par PCInt  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • Intéressant et merci de l’analyse.

    Effectivement le caractère interclassistes du mouvement risque de le mener à sa perte et il est important d’y prendre part pour y démontrer l’absurdité et l’incohérence des positions interclassistes.

    Le nationalisme en est le piège premier.

    Cependant je ne pense pas qu’il s’agisse de construire une organisation ou un parti mais bien de diffuser l’analyse d’un ennemi commun.
    L’état et le capital.

    Ce mouvement spontanée à plutôt intérêt à continuer d’exister comme il le fait. Bien qu’à mon sens il aurait tout intérêt de sortir des réseaux marchands à un moment et de s’ancrer dans le physique (au niveau des discussions).

  • Oh mais quelle barbe ! Si vous n’étiez pas que quelques pelés et trois tondus, on pourrait dire que vous êtes les meilleurs alliés objectifs du grand patronat, à vouloir inspecter tout mouvement social, le cahier des charges de la révolution bolchevique en main. Bien sûr que ce mouvement court le risque de se perdre mais il bouge, il avance, il est vivant. Vous, comme d’habitude, vous êtes déjà morts et toujours, toujours les mains pures bien sûr. Vous n’êtes pas marxistes. Vous êtes kantiens. Vous passerez à côté de tout, confortablement installés dans les poubelles de l’histoire.

  • je me pose une question : est-ce que la terminologie "bourgeois", "prolétaires" "travailleurs" est toujours d’actualité ??? non, bien sûr on s’en fout de travailler pour quelque patron quelconque ! on veut vivre sans ordres reçus, sans devoir justifier !
    le mouvement a le mérite d’exister , il bouge, brûle, se révolte
    à nous d’en prendre de la graine !

  • un mouvement lancé par un FRONTISTE

    Gilets jaunes : à Paris, groupuscules nationalistes et d’extrême droite s’affichent

    https://www.liberation.fr/france/2018/12/01/gilets-jaunes-a-paris-groupuscules-nationalistes-et-d-extreme-droite-s-affichent_1695418

  • "Un mouvement lancé par un frontiste", ça ferait un bon titre. Mais ce n’est pas ce que dit l’article de Libé, d’ailleurs assez creux. Tout le monde sait qu’il y a des gilets jaunes d’extrême droite.

  • "Frank Buhler est l’une des figures des "gilets jaunes". Il revendique son appartenance à Debout La France. Il ne cache pas non plus son passage au Front National. Un passage qui s’est soldé par une suspension et une commission de discipline pour propos... racistes.

    Frank Buhler est l’une des voix des "gilets jaunes". Ses vidéos, postées sur les réseaux sociaux, ont récolté des millions de vues. Cette notoriété (fulgurante) lui a valu de nombreuses invitations dans les médias nationaux et régionaux. L’incarnation médiatique des "gilets jaunes" ne cache pas son parcours politique. C’est aussi lui qui a lancé l’idée de manifester à Paris le 24 novembre.

    Frank Buhler est actuellement responsable départemental du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Mais, avant de rejoindre Debout La France, le Tarn-et-Garonnais a été encarté au Front National. Frank Buhler ne fait pas mystère de ce glissement. En revanche, il ne s’étend pas sur les raisons son départ.

    Selon nos informations, Frank Buhler a été l’objet d’une procédure disciplinaire et il est parti juste avant une exclusion pour "propos racistes". Des propos tenus sur les réseaux sociaux et qui ciblent les africains ("peste noire") ou encore le "QI des arabes". ..." https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn-et-garonne/montauban/initiateur-gilets-jaunes-franck-buhler-avait-ete-suspendu-du-fn-propos-racistes-1579817.html

  • 2 décembre 09:44, par VSGCI

    Quand on avance des calomnies comme celles que l’on lit ci-dessus, on sait très bien qu’on ment ! Mettre dans le même sac des organisations de la Gauche communiste et Cohn-Bendit n’est qu’une vulgaire calomnie, un mensonge hypocrite, et rien d’autre : c’est de toute façon indémontrable.

    Ce qui fait également rire, c’est de lire que l’analyse tout-à-fait marxiste du PCI serait « débile », sans le moindre argument bien sûr : on attend avec délectation l’analyse « intelligente » du petit-bourgeois qui insulte ainsi le PCI, et on risque d’attendre longtemps… De toutes les façons, l’analyse du PCI est confirmée par la réalité jour après jour, alors…

    Quant à venir nous dire que les classes sociales ne seraient plus « d’actualité », étant donné que le capitalisme existe toujours, les classes sociales qu’il génère ne sont pas près de disparaître.

    De même, venir dire que ce « mouvement » - on peut déjà se poser la question de son unité, qui est inexistante - aurait « le mérite d’exister, il bouge, brûle, se révolte », c’est ne pas comprendre comment la bourgeoisie va en tirer parti CONTRE la classe ouvrière. Non seulement ce mouvement ne va rien gagner du tout, contrairement à ce que dit le PCI, du fait de sa nature profonde, mais en plus tout l’appareil d’Etat bourgeois est en train d’expliquer aux prolétaires que participer à un mouvement inorganisé ne mène à rien, et qu’il vaut mieux finalement faire confiance aux syndicats et partis de Gauche…

    Le piège se referme : ou faire partie d’un « mouvement » inepte et sans aucune perspective, ou faire confiance aux saboteurs patentés de la lutte que sont la Gauche et les syndicats…

  • Cohn-Bendit défend Macron contre le mouvement « poujadiste » des « gilets jaunes »

    L’ex-député européen soutient la fiscalité écologique du gouvernement, censée financer la transition vers un monde plus vert. S’il comprend la colère des « gilets jaunes », il estime toutefois que ce mouvement « refuse de mener le débat de fond ».

    Malgré la forte mobilisation des « gilets jaunes » à travers la France le 17 novembre, le gouvernement a annoncé qu’il ne remettrait pas en cause sa politique de fiscalité écologique basée en partie sur une taxation des énergies fossiles, dont le carburant (taxation dont seules 19% des recettes sont effectivement consacrées à la transition écologique). Si ce maintien de cap suscite de vives inquiétudes au sein d’une partie de l’opinion et de de la scène politique, le gouvernement peut compter sur le soutien de Daniel Cohn-Bendit, qui juge la taxe carbone « juste » et « nécessaire » dans une interview parue dans Le Point le jour de la mobilisation nationale.

  • On se demande bien pourquoi le CCI s’attaque spécialement aux gilets jaunes, puisqu’il est par principe contre TOUTE révolte et TOUTE manifestation. Le CCI ne participera à une lutte que lorsque l’ensemble des participants aura adhéré à son idéologie.

    ça nous laisse quelques millions d’années à patienter.... et on aimerait bien en attendant que le CCI arrête de s’exciter contre celles et ceux qui ne sont pas au CCI, ce qui représente une partie non négligeable de l’humanité.

  • Barricades en feu sur les Champs Elysées, voitures de luxe incendiées, boutiques de luxe saccagés et pillés, « la plus belle avenue du monde » a brûlé de notre désir de vivre et de ne plus survivre. « La Ville Lumière » était beaucoup plus éclairées que ses maîtres ne l’avaient jamais voulu. Et les feux de la révolte brûlent depuis trois semaines aussi dans d’autres endroits - en France et aussi en Belgique - réchauffant nos cœurs et nos esprits.

    N’avons-nous pas trouvé là un remède contre le l’épuisement professionnel !? Contre le blues de l’automne !? Contre ce sentiment que nos vies se perdent au travail pour un salaire minable ou à l’école pour devenir un autre chômeur !? Que nous ne vivrons jamais rien d’autre que cette misère d’une vie sous la dictature de l’argent !?

    Ce sont les points les plus importants qui ont suscité notre espoir que tout ceci n’est pas une fatalité, qu’un changement radical de la société est possible.

    • Le mouvement s’est développé en dehors et dans une certaine mesure aussi contre les structures traditionnelles (partis, syndicats, médias...) dont le capitalisme s’est doté afin de rendre inoffensive toute critique pratique.

    • Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de revendications « positives », pas d’interlocuteurs, pas de porte-paroles, pas de négociateurs, ou ils ne représentaient qu’une infime minorité (et parfois pas très appréciés, voire même menacés par les plus radicaux !) du mouvement. Même si les média tentent d’enfermer les manifestants dans le cadre de la « lutte contre les impôts », la consigne universelle est plutôt « lutte contre la pauvreté en général » dans toute sa complexité (bas salaires, prix élevés, perdre sa vie à la gagner, aliénation...) et donc, en définitive, elle remet en question l’ordre capitaliste en tant que tel.

    • Le mouvement est organisé au niveau régional et dépasse les divisions habituelles des syndicalistes selon les branches de production. Ce sont les voisins, les amis ou les collègues qui se rencontrent sur les blocages ou les barricades et ce qu’ils ont en commun ce n’est pas un intérêt particulier de telle ou telle branche professionnelle mais un ras le bol général de la misère de nos vies qui est implicitement partagée par toute la classe ouvrière.

    Il existe bien sûr des tentatives de restructuration du mouvement pour qu’il s’inscrive dans le cadre des structures capitalistes - des appels à formuler des « revendications claires et positives », à discuter avec les autorités, à rester raisonnable... Mais jusqu’à présent, ils n’ont pas eu beaucoup de succès. Au contraire, le mouvement n’a pas peur de montrer aux soi-disant modérés qu’il n’en est pas question, qu’ils n’abandonneront pas leur radicalisme et qu’ils ne laisseront pas faire ceux qui veulent diviser le mouvement sur cet axe afin de le détruire.

    • Le mouvement, ou une grande partie, est radical et donc violent et il l’assume. Ce n’est pas seulement que les « gilets jaunes » n’ont pas peur de la confrontation avec la police, beaucoup n’ont pas peur de casser, d’incendier, d’éradiquer ; ils n’ont aucun respect pour la propriété privée, ils pillent... Mais plus important encore, ils le revendiquent aussi - certains implicitement, d’autres ouvertement, ce qui rend difficile l’utilisation des tactiques habituelles de la bourgeoisie pour diviser le mouvement en « bons manifestants » et « mauvais vandales ». Tout le monde n’a pas envie de participer aux émeutes, mais beaucoup considèrent l’émeute comme une expression légitime du mouvement.

    • Non seulement le mouvement n’arrête pas d’appeler le reste de la classe ouvrière à le rejoindre et il essaie de s’étendre et de se généraliser (la contestation se développe dans le secteur « lycéen ») ; mais de plus en plus d’appels à la fraternisation avec les forces répressives apparaissent également. Il y a des gens qui répondent aux CRS, se plaignant de la pénibilité de leur travail, qu’ils peuvent simplement baisser les armes et rejoindre les manifestants. Il y a ceux qui les invitent à réfléchir à qui est leur véritable ennemi. Et il y en a d’autres qui appellent les soldats à désobéir à leurs maîtres dans le cas où ils seraient déployés contre le mouvement.

    • Rien n’est sacré pour le mouvement, pas de symboles, pas de légendes, pas d’identité, pas d’idéologie qui ne puissent être brûlés, détruits, éradiqués. Le meilleur exemple du week-end dernier - l’Arc de Triomphe, le symbole de leur république bourgeoise et de sa toute-puissance guerrière, a été tagué, son musée saccagé et des prolétaires dansaient de joie sur son toit.

    Tels sont les points à développer et à surmonter dans la lutte continue. Luttons ensemble pour éviter toute récupération du mouvement par les partis politiques ou les syndicats, luttons ensemble contre le cadre des élections, des réformes et des revendications que certains voudraient nous imposer.

    Allons jusqu’aux conséquences finales de notre critique ! Organisons-nous, discutons, nourrissons ensemble le feu de la révolte ! Nous sommes impatients de voir, de vivre la suite...

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