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Rouillan en direct du Kremlin
posté le 01/12/18 Mots-clés  médias 
posté le 1er décembre 2018 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • "Bannis sans sommation". A la France insoumise, les procédures d’exclusion sont aussi brutales que nébuleuses. C’est ce qu’ont pu constater les militants du groupe d’appui "JR Hébert", basé dans le 18e arrondissement de Paris. Comme le révolutionnaire "enragé" Jacques-René Hébert, auquel leur nom fait référence et qui fut guillotiné sur ordre de Robespierre en 1794, ces Insoumis déterminés ont vu le couperet leur tomber sur la tête : à la suite de l’organisation d’un débat sur le communautarisme, leur groupe a disparu de la plateforme numérique de la France insoumise. En d’autres termes, ils ne sont plus reconnus comme des militants par le mouvement dont ils continuent à se réclamer. Une exclusion qui pose question, alors que LFI paraît divisée en interne sur le sujet de la laïcité.

    Intimidations externes… et internes à LFI

    Tout part d’une affiche tonitruante, placardée dans le 18e par les militants du groupe "JR Hébert" début novembre. Celle-ci annonce l’organisation d’une "soirée-débat en musique sur le thème : entrisme islamiste dans le mouvement syndical", le 9 novembre dans un café de la rue de l’Olive. Gérald Briant, adjoint communiste à la mairie d’arrondissement, tombe sur la pancarte et la publie sur Twitter, assortie du commentaire : "Vu dans le 18e. Hallucinant."

    Le ménage a été fait. Bien. pic.twitter.com/7J9Vk0llVX
    — Gérald Briant (@gerald_briant) October 30, 2018

    La réunion fait beaucoup parler à gauche. Et le groupe "JR Hébert" indique à Marianne avoir reçu de nombreuses pressions en amont : "Notre première affiche a été arrachée et couverte par des pancartes de la Confédération nationale du travail (un syndicat anarchiste révolutionnaire, ndlr)", témoigne Youcef Hadbi, une des figures du groupe. Les militants décident alors de faire la publicité de l’événement sur le site de la France insoumise. Mais à la suite du tweet de Gérald Briant, les interpellations se multiplient. Elles viennent d’abord de l’extérieur : la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), une association concurrente du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et jugée plus radicale, passe des coups de fil décrits par Youcef Hadbi comme relevant "de l’intimidation". Fabien Marcot, militant de la gauche radicale actif dans le 18e, voit dans l’organisation de la soirée une "nouvelle preuve de la dangereuse dérive" de la France insoumise, et interpelle directement sur Twitter les Insoumis Eric Coquerel, Alexis Corbière, Manuel Bompard et Danièle Obono.

    À Paris, un "groupe d’action" de la @FranceInsoumise organise une soirée sur "l’entrisme islamique dans le mouvement syndical". Nouvelle preuve de la dangereuse dérive de ce mouvement. Une réaction @ericcoquerel @alexiscorbiere @mbompard @Deputee_Obono ? pic.twitter.com/YV5rodKx90
    — Fabien Marcot (@fabienmarcot) October 30, 2018

    Décidé à calmer le jeu mais déterminé à ne pas céder, le groupe se réunit et décide de "changer le nom de la réunion pour le rendre moins polémique" : "l’entrisme islamiste dans le milieu syndical" cède alors la place au "communautarisme en milieu syndical". Rien n’y fait : la remise en cause atteint désormais les cercles de la France insoumise. Sans explication, l’événement disparaît de la plateforme numérique. Les militants de "JR Hébert" reçoivent alors, par le biais d’intermédiaires, des "conseils" émanant du directeur des campagnes de LFI, Manuel Bompard, décrit comme le "patron" du mouvement : "Abandonnez la réunion et rentrez dans le rang". Une mise en garde vaine : les militants maintiennent la tenue de leur débat. La sanction est immédiate : le groupe "JR Hébert" est effacé des radars de LFI, sans explication. "Le ménage a été fait", se félicite Gérald Briant.

    Le ménage a été fait. Bien. pic.twitter.com/7J9Vk0llVX
    — Gérald Briant (@gerald_briant) October 30, 2018

    Le 18e gangrené par le communautarisme islamiste ?

    L’évolution du groupe, depuis sa fondation en même temps que la France insoumise en 2016 jusqu’à son exclusion de novembre, est emblématique des tiraillements que connaît le mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet de la laïcité… dont pâtissent les défenseurs les plus acharnés. Les militants de "JR Hébert" sont de ceux-là : atypique, le groupe est "multiculturel, multinational, multiconfessionnel", se félicite l’un de ses tauliers, Dejan Kuzmanovic (le père de l’orateur national de LFI Djordje Kuzmanovic), immigré de Yougoslavie.

    Une bonne part de ses membres sont d’origine algérienne, à l’instar de Youcef Hadbi, et ont vécu la montée de l’islamisme lors des années de plomb en Algérie dans les années 1990. D’autres sont des vétérans de la gauche radicale. Tous, marqués par leurs diverses expériences, en ont tiré un farouche attachement à la "République laïque et sociale". Dejan Kuzmanovic résume : "Ce qui nous a réunis, c’est l’engagement pour lutter contre toute forme de communautarisme, et l’utilisation politique de la religion." Les militants de "JR Hébert" ne cessent de se réclamer du programme des Insoumis, l’Avenir en commun, et en particulier de son passage sur la laïcité, où figure la phrase "Combattre tous les communautarismes et l’usage politique des religions". Eux s’y emploient à leur manière, pour le moins énergique.

    "Le laxisme et l’abandon ont profité à la mouvance islamiste qui a pu travailler le quartier"

    Rencontrés par Marianne, les activistes s’alarment de l’implantation du "communautarisme islamiste" dans le 18e arrondissement de Paris. Ils nous décrivent un changement très rapide, apparu au grand jour après le printemps arabe, et engendré par l’installation dans le quartier de "drôles d’oiseaux prêcheurs" adeptes d’un islam radical, séparé du reste de la société. Les militants multiplient les anecdotes. Dejan Kuzmanovic évoque sa voisine de palier, qui "depuis son mariage avec un défenseur résolu de la cause salafiste n’a plus quitté son niqab noir" ; Youcef Hadbi raconte avoir vu des "barbus" s’arrêter en pleine rue pour sermonner deux jeunes Maghrébins qui prenaient une bière à la terrasse d’un café ; il témoigne également de l’infiltration d’un foyer malien "par des prêcheurs qui ont installé à l’intérieur une salle de prière, très vite devenue le rendez-vous de toute la proche banlieue venue écouter la bonne parole salafiste" ; on cite également le cas de Khamzat Azimov, jeune Français d’origine tchétchène ayant commis un attentat au couteau rue de l’Opéra en mai, et qui a effectué ses préparatifs dans un hôtel rue de Pajol, au cœur du 18e.

    Tous s’accordent sur les méthodes de cet "islam politique : encerclement et visibilité". Mouh Dehmous, originaire d’Algérie, témoigne : "Je vis ici depuis 1957. Quand l’islamisme s’est installé en Algérie, je l’ai également vu se déployer dans le 18e arrondissement, qui a servi de base de repli au mouvement. Les conditions d’accueil n’étant pas nécessairement celles qui permettent d’élever des enfants dans des bonnes conditions, le laxisme et l’abandon ont profité à la mouvance islamiste qui a pu travailler le quartier". Contacté, l’adjoint au maire PCF, Gérald Briant, défend lui une autre vision de son arrondissement : "Il faut être très vigilant sur le phénomène salafiste mais ne pas tomber dans le fantasme, juge l’élu. Moi j’ai besoin qu’on me présente des cas avérés ; or aucune information ne me remonte en ce sens, il n’y a pas eu à ma connaissance de gardes à vue, d’opérations de police ou de justice liées à l’islamisme dans le 18e. C’est un arrondissement à la fois très populaire et très riche, où énormément de nationalités ont l’habitude de vivre ensemble. Il ne faut pas avoir de naïveté mais ne pas non plus entretenir des choses qui n’existent pas".

    Bataille contre Danièle Obono

    Réel ou fantasmé, ce phénomène d’islamisation a profondément heurté les membres du groupe "JR Hébert", habitués à un arrondissement où "les populations vivaient ensemble de façon laïque, en ayant une religion mais en la pratiquant dans le cadre privé sans imposer leurs croyances aux autres". Il s’est greffé à un autre événement, beaucoup plus politique celui-là : le choix de la candidate aux législatives de la France insoumise dans le 18e arrondissement. En février 2017, alors que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon distribue ses investitures, la 17e circonscription de Paris (qui inclut le 18e arrondissement) est attribuée lors d’une assemblée générale à Danièle Obono… pourtant inconnue de deux des principaux groupes d’appui du coin, le groupe "Hébert" et "CAR 18".

    "Plein de gens qu’on n’avait jamais vus sont venus à l’AG et nous ont imposé Obono comme titulaire aux législatives. On savait qu’elle était imposée par les caciques d’Ensemble et du Parti de gauche, donc on avait dit OK pour sa candidature", relate, un peu dépité, Dejan Kuzmanovic. "Il fallait vite désigner la candidate pour passer aux présidentielles, on l’a donc choisie", abonde Youcef Hadbi. Dans une AG commune, les groupes "JR Hébert" et "CAR 18" dénoncent alors les "méthodes anti-démocratiques" du processus de désignation, mais indiquent qu’ils continueront à soutenir LFI. Danièle Obono remporte la circonscription le 18 juin avec près de 300 voix d’avance sur son adversaire macroniste. Le plus gros des membres du groupe Hébert fait défection pour en créer un nouveau, "JR Hébert", accusant certains militants issus du Parti de gauche d’avoir "phagocyté le groupe Hébert" dans l’intérêt de Danièle Obono.

    Après le scrutin législatif, la bataille s’ouvre franchement entre la députée Insoumise et les militants laïques de "JR Hébert". "On a compris après son élection qu’Obono avait publié des écrits avec le Parti des indigènes de la République (PIR), affirme Youcef Hadbi. L’amitié qu’elle a manifestée à Houria Bouteldja était un autre indice. Et quand on essayait d’organiser des choses sur la laïcité, elle nous mettait des entraves." Entre la militante politique issue du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et de l’extrême gauche décoloniale et les activistes attachés à une République laïque, un peu "bouffeurs de curés" (et d’imams !) sur les bords, le fossé politique est béant. Et l’hostilité ne tarde pas à s’installer. "Obono a fait de l’ostracisme avec nous, se plaint Hadbi. Elle sait qu’on n’est pas sur le même créneau politique du tout, qu’on la combat." Les communications sont coupées ; en mai dernier, "JR Hébert" écrit à la députée Obono pour lui proposer une rencontre avec l’association Brigade des mères, qui lutte contre la radicalisation religieuse dans les quartiers populaires. L’élue ne donne pas suite.

    Contactée, Danièle Obono nous répond qu’elle n’avait "pas de relation particulière" avec le groupe "JR Hébert", indiquant que ces militants n’avaient "plus rien fait" jusqu’à l’organisation de la réunion du 9 novembre. Il s’agissait pourtant du quatrième débat organisé par le groupe d’appui. Concernant la rencontre avec la Brigade des mères, la députée LFI indique n’y avoir "pas donné suite car après nous être renseignés sur l’association, nous avons eu des échos contradictoires" à son sujet. Concernant l’islamisation du 18e arrondissement, elle ne partage pas l’inquiétude de "JR Hébert" : "Je ne sais pas sur quoi se basent ces affirmations, répond-elle à Marianne. Ça ne correspond pas à ce que j’entends des très nombreux et nombreuses habitantes, des collectifs et associations que je rencontre depuis plus d’un an et qui sont avant tout préoccupés par des problèmes de cherté des logements, de fermetures de classes dans les écoles, de chômage, de lutte contre les trafics, de recul des services publics, etc". Enfin, concernant l’exclusion du groupe, tout en affirmant ne pas en avoir été informée, elle confie "respecter la décision prise" par la direction de la France insoumise. Sur la laïcité, la députée de Paris euphémise : "La lecture du groupe ’JR Hébert’ n’est ni la mienne ni celle du mouvement".

    Ce conflit politique interne à la France insoumise, couplé à la progression de l’islamisme dans les quartiers populaires, a poussé les militants du groupe laïque à agir… d’autant qu’en parallèle, plusieurs membres affirment avoir reçu plusieurs témoignages relatant l’entrisme d’islamistes dans divers syndicats. "Quand on a vu ça, on a décidé d’appuyer, et de dire les choses comme elles le sont sur la laïcité, livre Youcef Hadbi. C’est fini, débattre entre gens convaincus. Nous on veut avoir le courage de discuter en public de ces questions". D’où l’idée de cette soirée-débat polémique le 9 novembre, maintenue malgré le bannissement de "JR Hébert" de la France insoumise.

    Les accusations de racisme sont absurdes et sans fondement. Les groupuscules et personnes qui les ont formulées ignoraient manifestement tout du contenu de l’événement.

    élu municipal LFI présent au débat organisé par le groupe "JR Hébert".

    Le jour J, la trentaine de personnes venue au débat rue de l’Olive a eu droit à un comité spécial à l’entrée du café. Une dizaine de militants de gauche radicale, pour partie issus du collectif "Rosa Parks" (un groupe de la mouvance décoloniale se réclamant de l’antiracisme politique), a accueilli le groupe "JR Hébert" à coups de slogans hostiles : "A bas les fachos !", "A bas les racistes !", distribuant des tracts appelant à une manifestation initiée par le collectif Rosa Parks. Ce groupe, décrit par Youcef Hadbi comme une bande de "perturbateurs endoctrinés", était mené par le militant Fabien Marcot. Interrogé par Marianne, il livre sa version : considérant que le groupe "JR Hébert" se "focalise sur les questions de laïcité avec vraisemblablement une obsession pour l’islam", et que "l’entrisme islamiste dans les syndicats est réellement un non-sujet et une provocation de plus de la part de militants qui trouveraient sur ce thème plus de soutiens à droite ou à l’extrême qu’à gauche", l’activiste affirme avoir protesté contre la réunion afin de montrer aux "habitants qu’il y a plus de militants anti-racistes que de militants islamophobes dans ce quartier".

    Fabien Nony, un élu insoumis du 20e arrondissement, estime quant à lui qu’il s’agissait d’une "tentative d’intimidation" et que "les accusations de racisme ne manquent pas de sel quand on pense que beaucoup de membres du groupe ’JR Hébert’ sont originaires d’Afrique du Nord…". Il ajoute que les militants venus protester, constatant l’inefficacité de leur action, "ont rapidement plié bagage en ignorant les appels des organisateurs à venir dialoguer à l’intérieur". Fabien Marcot nie de son côté avoir été invité à participer à la réunion, mais précise : "Nous aurions évidemment refusé de donner du crédit, par notre participation, à ce débat nauséabond".

    La réunion n’avait pourtant rien d’un rassemblement cryptofasciste. Après une brève introduction du militant Claude Sauton fustigeant la tentation d’une partie de la gauche "de s’allier avec des officines de l’islam politique, du moins de les caresser dans le sens du poil pour renforcer leurs effectifs et leur poids politique", plusieurs interventions se sont succédé : un syndicaliste de la RATP, un ancien de Sud-Education 93, un ancien de la CGT et un professeur de lycée (passé par plusieurs syndicats) ont tous décrit la manière dont la mouvance communautariste cherchait à faire avancer ses revendications en utilisant les codes du syndicalisme traditionnel. Une offensive d’entrisme illustrée par l’organisation d’un stage en non-mixité raciale par Sud-Education 93. Les accusations de racisme ? L’élu Fabien Nony les juge "absurdes et sans fondement. Les groupuscules et personnes qui les ont formulées ignoraient manifestement tout du contenu de l’évènement".

    Fracture laïque chez les Insoumis

    Aussi injustifiées soient-elles, ces critiques ont en tout cas justifié l’excommunication de "JR Hébert" de la France insoumise. Aux yeux des militants pro-laïcité du groupe, elles illustrent une querelle politique fondamentale qui traverse le mouvement : la fracture entre des partisans d’une ligne républicaine, universaliste et intransigeante envers les revendications religieuses, et une autre gauche qui cèderait elle aux sirènes du communautarisme, allant même jusqu’à être influencée par les thèses du Parti des indigènes de la République (PIR). Alarmés par les signaux contradictoires envoyés par les cadres de LFI à ce sujet, les membres de "JR Hébert" dénoncent une faute morale doublée d’une erreur stratégique : "Mélenchon considère qu’il y a plus à gagner en fermant les yeux sur l’avènement de l’islamisme dans la phase de conquête du pouvoir, regrette Mouh Dehmous. Cela n’a pas de sens : tous les musulmans à qui je parle ne voteront pas Mélenchon s’il fait de l’indigénisme". Pour Dejan Kuzmanovic, "les musulmans normaux sont bien plus nombreux que les islamistes", et se détourneront de LFI si le mouvement se laisse aller à des ambiguïtés avec l’islam radical. Ces considérations, le groupe les développe dans un courrier de protestation contre l’exclusion du groupe envoyé à Manuel Bompard et Jean-Luc Mélenchon. Dans cette lettre, que nous avons pu consulter, il est notamment écrit : "(...) Nous ne comprenons pas la complaisance de la direction de la FI avec [des] groupes islamistes qui ne représentent pas la volonté et l’expression majoritaire des populations issues de l’immigration de ce pays".

    Les militants de "JR Hébert" n’ont reçu aucune réponse de la part de la direction de LFI à ce stade. Sollicité par Marianne, Manuel Bompard n’a pas donné suite. La disparition subite de ce groupe d’appui confirme en tout cas que la laïcité est source de fortes tensions en interne chez les insoumis. Djordje Kuzmanovic, orateur national de LFI et représentant convaincu de la ligne "républicaine", a été le seul cadre à s’exprimer publiquement sur le sujet. Dans un post Facebook, il a clamé son "appui total au groupe d’appui Hébert du 18e arrondissement de Paris", décrivant une "radiation injuste (...) sans aucune discussion. C’est en soi gravement problématique et révélateur des dérives autoritaires de certains". Kuzmanovic développe, décrivant une profonde cassure interne dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : "Cela illustre la dérive idéologique de certains à la FI, incapables, de peur de froisser Mediapart et quelques gauchistes, de combattre cette forme spécifique de fascisme. Quel dommage !" Ce mardi 27 novembre, Djordje Kuzmanovic, déjà fragilisé, a justement été éjecté de la liste des européennes par le comité électoral de la France insoumise, avant d’annoncer dans une tribune à Marianne qu’il quittait LFI. Pas de quoi rassurer les laïques du groupe "JR Hébert".

  • 1er décembre 2018 19:13, par local

    pourquoi cet article est-il dans la catégorie "local" ?
    je suis certes contre les frontières, mais là ?? où est le "local" ??
    je prends comme exemple une phrase au hasard " Hébert" n’ont reçu aucune réponse de la part de la direction de LFI à ce stade. Sollicité par Marianne, Manuel Bompard n’a pas donné suite. La disparition subite de ce groupe d’appui confirme en tout cas que la laïcité est source de fortes tensions en interne chez les insoumis. Djordje Kuzmanovic, orateur national de LFI et représentant convaincu de la ligne "républicaine", a été le seul cadre à s’exprimer publiquement sur le sujet. Dans un post Facebook, il a clamé son "appui total au groupe d’appui Hébert du 18e arrondissement de Paris", décrivant une "radiation injuste (...) sans aucune discussion.
    qui comprend ????????????

  • 1er décembre 2018 20:18

    Gilets jaunes : à Paris, groupuscules nationalistes et d’extrême droite s’affichent

    https://www.liberation.fr/france/2018/12/01/gilets-jaunes-a-paris-groupuscules-nationalistes-et-d-extreme-droite-s-affichent_1695418

  • 1er décembre 2018 23:06

    l’article n’a rien à voir avec rouillan et les commentaires n’ont rien à voir avec l’article

    c’est juste une tentative de trollage à grande échelle d’indy bruxelles

    si les modos ne voient pas ça ielles n’ont plus qu’à fermer le site

  • Le procès de notre camarade Jean-Marc Rouillan avait eu lieu sans que se soit manifesté son principal témoin à charge, l’ex-libertaire repenti Claude Guillon, qui avait pourtant épluché le dossier et accumulé une quantité impressionnante de charges contre l’ancien militant d’Action directe. On attendait donc au moins sa présence au tribunal pour développer son réquisitoire aux côtés des parties civiles, de la proc et des juges. Un réquisitoire qui annonçait la couleur sans fioritures :

    https://lignesdeforce.wordpress.com/2016/03/21/jean-marc-rouillan-doit-se-taire-non-parce-que-letat-le-lui-impose-mais-parce-que-les-enormites-qui-sortent-de-sa-bouche-nuisent-a-la-cause-quil-pretend-defendre-et-a-lui-meme-acc/

    Aujourd’hui, la sentence est tombée et on voit que la justice a suivi point par point les instructions de Claude Guillon (toujours courageusement absent) pour faire condamner Jean-Marc Rouillan. Tout y est, avec en supplément un bonus spécialement adressé aux « révolutionnaires » au cas où l’appel du pied à la magistrature ne suffirait pas.

    On remarquera que la hargne de l’inquisiteur ne s’adresse pas seulement à Jean-Marc, mais à l’ensemble des camarades qui ont eu l’outrecuidance de lui manifester une solidarité sans demander auparavant la permission de Claude Guillon…

    Nous avons connu Claude Guillon quand il jouait les trublions de la mouvance libertaire et qu’il donnait l’impression de bousculer la bien-pensance de ses institutions officielles.

    Nous l’avons soutenu quand on l’accusait de négationnisme ou de sexisme, en réaction contre les Didier Daeninckx et autres défenseurs de la pensée dominante, en ayant la naïveté de croire que les ennemis de nos ennemis devaient être nos amis et que c’est forcément lui qui avait raison.

    Nous l’avons perdu de vue quand il est peu à peu rentré dans le rang et préféré vendre ses livres et ses « idées » en retournant dans le milieu libertaire soft qu’il avait tant critiqué auparavant.

    Et nous l’avons retrouvé avec stupéfaction aux côtés de nos ennemis, précisément les héritiers de Daeninckx, auprès desquels il a fait repentance au point de les dépasser dans la chasse aux sorcières dont il avait lui-même fait l’objet dans sa « période libertaire ». Il fait maintenant la chasse aux révolutionnaires qui n’ont pas suivi la même voie que lui, notamment les anti-islamophobes et les antisionistes, dans des pamphlets qui resteront des modèles de novlangue.

    Mais ce n’était pas suffisant : devançant la justice et rejoignant les médias du pouvoir, il s’est érigé en procureur de la République pour juger le « cas Rouillan » !

    « Jean-Marc ROUILLAN doit se taire, non parce que l’État le lui impose, mais parce que les énormités qui sortent de sa bouche nuisent à la cause qu’il prétend défendre » ! ! !

    On se demande bien en quoi la « cause » que défend Jean-Marc Rouillan pourrait regarder Claude Guillon, qui est du côté de nos ennemis et qui n’a donc aucune légitimité à parler à la place des révolutionnaires ni prétendre savoir ce qui nuit ou non à leur cause. Quel rapport entre la « cause » que défend Jean-Marc et la « cause » que défend Guillon ? Il faudrait que ce triste personnage arrête de parler de la « cause » des autres À LEUR PLACE !

    Guillon va plus loin que la justice française, qui se contente de juger les ennemis de l’Etat. Lui, il s’arroge le droit de juger de l’intérieur et de l’extérieur, en tant que procureur de la République d’un côté et de l’autre en se faisant passer pour un révolutionnaire à qui Jean-Marc aurait fait du tort en le discréditant aux yeux de son public !

    Il est remarquable de constater que la merde qu’a publiée Guillon TROIS MOIS AVANT LE PROCÈS, avant même la plainte des parties civiles et simultanément aux éructations des médias poubelle, a été reprise POINT PAR POINT au moment du procès par les sbires de l’Etat, à se demander s’ils ne s’en sont pas simplement inspirés. Le repenti Claude Guillon a devancé de trois mois les réquisitoires de la procureure et des avocats des parties civiles contre ceux qui ne renient pas leur passé révolutionnaire ! Tous ses « arguments » ont été exploités :

    Jean-Marc ne condamne pas les attentats, il se contente de rester « neutre » :

    « Neutre ! Évoque la Croix rouge (mais sans trousse de secours) et le chocolat suisse. Le tout au milieu des cadavres de Charlie et des trottoirs parisiens… Au minimum, je dis bien au minimum, c’est une colossale maladresse. Le genre d’énorme connerie qui te fait chasser de ton organisation politique et interdire de tribune jusqu’au siècle suivant. Mais Rouillan, quoique stalinien, n’est plus membre d’aucune organisation, depuis qu’il a fait la grâce au NPA de le quitter. » [sic] »

    - Sur la notion de « courage » :

    « les islamistes assassins de caricaturistes, de juifs, de juives, de buveurs et de buveuses de bière en terrasse, il les trouve « très courageux ». »

    - Soupçons d’antisémitisme, indispensable à toute chasse aux sorcières :

    « On a quand même beaucoup entendu dire, dans « notre courant politique » (je reprends de confiance l’expression de la pétition) que, quand même ! fréquenter un établissement où avaient été donnés des galas en faveur de l’armée israélienne, c’est sinon un crime, au moins une imprudence. Si ! si ! Ça c’est beaucoup dit, chez les inorganisés, mais pas seulement. C’est une « opinion » qui a du être combattue dans des organisations d’extrême gauche, et non sans mal… »

    « Même si « toute théocratie est un régime ennemi » et qu’il considère Daech comme État. Dommage que dans cette phrase, le premier exemple qui lui vienne à l’esprit soit, non pas Daech, dont on parle, mais Israël… »

    - Déformation de ce que Jean-Marc a dit, utilisé par les médias et repris ensuite par la justice et par Guillon :

    « autrement dit, pense le crétin, un jeune arabe de nos banlieues est moins coupable de tuer des filles en minijupe à la terrasse d’un café que le tireur du bombardier d’écraser des filles en tchador. Le crétin ne sait pas (c’est à ça aussi qu’on le reconnaît) que l’armée emploie même des assassins « issus de la diversité », comme on dit sottement. Les flics noirs et arabes, il ne les voit pas. Il pense que les jeunes arabes ont un destin de révoltés — pour venger les guerres coloniales — et que bon, c’est un peu ballot d’avoir flingué n’importe qui, mais bon… »

    « Je reviens à la déclaration qui établit, hélas ! qu’il n’y a dans mon analyse aucune « exagération ». Quand on demande à Rouillan pourquoi il semble si réticent à « condamner » les tueries et leurs auteurs, ils se réfère à son expérience de pratiquant de la lutte armée.

    « Notez bien que Rouillan ne s’abstient pas de toute critique à l’égard des tueurs de Daech, qu’il refuse néanmoins de condamner moralement et politiquement : il les traite d’ « impies », parce qu’ils auraient outrepassé je ne sais plus quelle prescription coranique »

    - Interprétation délirante que même les médias du pouvoir n’avaient pas osé formuler :

    « Rouillan espère, semble-t-il, que le dialogue est encore possible avec Daech ou bien des gens qui veulent le rejoindre, on ne sait pas… Du coup, il se met en avant comme intermédiaire possible : quelques minutes après son « aveu » qu’au hasard de la vie, il aurait aussi bien pu flinguer des buveurs d’apéritif, il affirme : Il y a des mouvements, comme le Hezbollah, qui pensent que je suis quelqu’un de bien intentionné.
    Rouillan se propose là — je ne sais pas si l’on a bien pris bien la mesure de son dévouement — rien moins que de nous sauver. En effet, comme il le souligne justement, il ne manque pas de fanatiques (le mot est de moi), armés de mitraillettes, qui pensent que nous ne sommes pas beaucoup à mériter de l’être, sauvé(e)s, en occident. Rouillan se propose, si je comprends bien, de leur dire quelques mots en notre faveur. »

    - Et la cerise sur le gâteau :

    « Je reviens à la déclaration qui établit, hélas ! qu’il n’y a dans mon analyse aucune « exagération ». Quand on demande à Rouillan pourquoi il semble si réticent à « condamner » les tueries et leurs auteurs, ils se réfère à son expérience de pratiquant de la lutte armée. Soulignons qu’il se réfère ici à Action directe sans avoir évidemment consulté ses camarades, ce qui donne une idée, pour les naïfs et les naïves qui ne se s’en seraient pas fait une, de la manière « démocratique » dont se prenaient les décisions à AD. C’est-à-dire sans se préoccuper du tort que cela pouvait causer aux autres (en liberté ou en taule). » [sic]

    Ce crétin, qui prétend tout savoir sur AD et son fonctionnement interne, et même si Jean-Marc a ou n’a pas « consulté ses camarades », n’a pas encore compris qu’AD n’existe plus depuis longtemps, ce qui prouve encore une fois que sa haine des non-repentis est le seul motif de ses saloperies.

    Pour revenir au concept de « courage », dont Guillon donne la même interprétation que la justice française, on peut dire qu’il en manque singulièrement, sinon il serait venu au procès étant donné que ses griefs contre Jean-Marc sont encore plus grands que ceux des familles des victimes. Il aurait même pu se porter partie civile pour glaner au passage un peu de sous et améliorer ses revenus de rentier. Les avocats de l’accusation ont réclamé plusieurs milliers d’euros pour les familles et pour eux-mêmes. Et Guillon, combien aurait-il demandé ?

    Mais il lui aurait fallu pour ça affronter le mépris et les crachats de celles et ceux qui étaient là et dont il a l’impertinence d’essayer de récupérer les idées « révolutionnaires », et il a préféré s’abstenir.

  • 2 décembre 2018 00:12

    rouillan l’ami de la fachosphère diktacracie et periode (pir)

    "macron est plus fasciste que lepen " (rouillan, chez les piristes de periode)

  • Claude Guillon, le principal témoin à charge, ne s’est pas présenté au procès en appel de Jean-Marc Rouillan

    La « justice » ne lambine pas en France, surtout en période électorale et en pleine hystérie sécuritaire. Il convenait donc de faire un exemple avec Jean-Marc Rouillan, condamné en première instance à huit mois ferme pour apologie du terrorisme et à quelque 9000 euros de dédommagement des « victimes » de son « apologie du terrorisme ».

    Mais ce n’était pas encore suffisant : dans le procès en appel organisé dans la précipitation par l’Etat pour que ça coïncide avec l’élection présidentielle et sa surenchère anti-terroriste, la justice aux ordres va encore plus loin en réclamant pas moins de deux ans de prison dont un an assorti d’un sursis avec mise à l’épreuve et portant la somme de sa « punition » à près de 40000 euros ! La liberté d’expression est un droit fondamental, Jean-Marc Rouillan Rouillan en a fait usage dans une interview. Ces propos ont été transformés en apologie d’un acte de terrorisme. La liberté d’expression ne peut être un droit à géométrie variable, réservé aux seuls gouvernants. Le contexte émotionnel fort qui conduit à engager des poursuites pour apologie d’un acte de terrorisme est précisément celui auquel la justice doit savoir se soustraire.

    De quoi s’agissait-il ?

    « Qui est renseigné sur les engagements passés et présents de Jean-Marc Rouillan ne peut penser un seul instant que ce dernier puisse défendre, de quelque façon que ce soit, ce que représentent Daesh et l’EI. À moins d’un soudain excès de folie. Et de folie il n’est pas question ici, l’écoute de l’entretien donné sur Radio-Grenouille ce 23 février confirme, si besoin est, de la lucidité du gars. Sur ce point-là déjà soyons rassurés, sa fidélité à son combat de militant communiste révolutionnaire contre toute forme d’impérialisme, contre toute forme de pouvoir étatique se construisant sur la contrainte des corps et des esprits, reste vive, déterminée, et joyeuse.

    Ce qui donc mérite d’être étudié, sont les raisons de cette furie médiatique : comment se construit-elle (organisation des mensonges et des approximations), dans quel contexte, pourquoi...

    Car si la phraséologie produite par les rouages communicationnels de la domination est vulgaire, et surprend par son obscénité, derrière chaque nouvelle poussée de l’obscène une intelligence est à l’œuvre contre notre liberté d’expression.

    Lorsqu’on écoute cet entretien, on comprend très vite que le hiatus n’est pas, à proprement parler, sur ce qui se dit sur Daesh (grosso modo, interviewé et intervieweurs sont d’accord sur l’inacceptabilité de ce que propose cet « état » islamique et des moyens employés). Par contre, ce qui pose très vite problème, est le refus de Jean-Marc Rouillan d’accepter le cadre même de la discussion proposée (qu’être contre Daesh ne peut signifier qu’être du côté de ce contre quoi Daesh se mobilise, c’est-à-dire la France démocratique) et l’assignation qui, conséquemment, lui est faite : être un porte-parole de cette démocratie blessée.

  • rouillan NPA - l’ami de la fachosphère diktacracie et periode (pir)

    "macron est plus fasciste que lepen " (rouillan, chez les piristes de periode)

    la néostalinie / le néocommunisme autoritariste rejoint les fafs russes

  • 3 décembre 2018 00:15, par LAURENT CAUWET

    La fachosphère a les Guillon qu’elle mérite. Elle préfère les bouffons de l’Etat, même pédophiles et négationnistes, à Rouillan

    QUI A PEUR DE ROUILLAN ?

    Qui est renseigné sur les engagements passés et présents de Jean-Marc Rouillan ne peut penser un seul instant que ce dernier puisse défendre, de quelque façon que ce soit, ce que représentent Daesh et l’EI. À moins d’un soudain excès de folie. Et de folie il n’est pas question ici, l’écoute de l’entretien donné sur Radio-Grenouille ce 23 février confirme, si besoin est, de la lucidité du gars. Sur ce point-là déjà soyons rassurés, sa fidélité à son combat de militant communiste révolutionnaire contre toute forme d’impérialisme, contre toute forme de pouvoir étatique se construisant sur la contrainte des corps et des esprits, reste vive, déterminée, et joyeuse.

    Ce qui donc mérite d’être étudié, sont les raisons de cette furie médiatique : comment se construit-elle (organisation des mensonges et des approximations), dans quel contexte, pourquoi...

    Car si la phraséologie produite par les rouages communicationnels de la domination est vulgaire, et surprend par son obscénité, derrière chaque nouvelle poussée de l’obscène une intelligence est à l’œuvre contre notre liberté d’expression.

    Lorsqu’on écoute cet entretien, on comprend très vite que le hiatus n’est pas, à proprement parlé, sur ce qui se dit sur Daesh (grosso modo, interviewé et intervieweurs sont d’accord sur l’inacceptabilité de ce que propose cet « état » islamique et des moyens employés). Par contre, ce qui pose très vite problème, est le refus de Jean-Marc Rouillan d’accepter le cadre même de la discussion proposée (qu’être contre Daesh ne peut signifier qu’être du côté de ce contre quoi Daesh se mobilise, c’est-à-dire la France démocratique) et l’assignation qui, conséquemment, lui est faite : être un porte-parole de cette démocratie blessée.

    On remarquera au passage :

    1. Que toute l’argumentation montée contre Daesh et l’E.I. se construit sur le traumatisme né du choc d’actes guerriers, sur l’émotion et l’empathie, et sur du religieux : face au monothéisme criminel de Daesh, se construit un monothéisme républicain (comme symbole : la Place de la République devenue sanctuaire, lieu de prière laïque – François Hollande ne s’y trompe pas, qui lui-même poussera des cris d’orfraie et glapira à l’hérésie lorsque, lors d’une manifestation contre l’état d’urgence, ce sanctuaire fut piétiné – cris très vite ravalés, lorsqu’il fut prouvé que ce saccage, cette inacceptable profanation fut l’œuvre, non des manifestants, mais des CRS eux-mêmes). Ainsi, jamais l’analyse et la critique ne se posent sur le terrain du politique (on se souviendra d’ailleurs du tonitruant « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » de Manuel valls, menace claire cherchant à surseoir à toute velléité d’analyse), mais sur le système binaire immémorial bien guerrier : le mal contre le bien.

    2. l’assignation faite à Jean-Marc Rouillan – assignation fortement suggérée aujourd’hui à toute personne publique –, s’apparente à un nouveau genre du repentir ; si on connait sa forme habituelle (qui commence par le célèbre « je regrette… », que tou-te-s les prisonnier-e-s politiques du monde entier connaissent bien – Jean-Marc Rouillan a payé le prix fort de ne s’y être jamais plié), celle-là, plus subtile, plus perverse, n’oblige plus au regret, mais au contraire à crier moi aussi. « Moi aussi je suis Charlie »… Ainsi certaines personnalités de l’ombre ont pu accéder à la lumière ; et d’autres, que des prises de positions courageuses ou sulfureuses avaient renvoyé dans les marges, se sont réinventées une virginité… et cela à moindre frais, crier avec les loups semble sans doute moins compromettant que la terrible solitude du je regrette. Et pourtant…

    Dans cet entretien, Jean-Marc Rouillan, d’emblée, déplacera les curseurs du débat. Dans un premier temps, en ne se plaçant que sur un terrain politique. Et, dans un second temps, en refusant l’assignation qui lui était faite. Ainsi, si il ne cesse d’être critique quant à la politique de Daesh, il ne l’est pas moins à l’égard de la France, et dans cette guerre, il s’affirme neutre : il y a d’un côté un état islamique conduit par une bourgeoisie sunnite criminelle ultra-réactionnaire nommée Daesh, et, de l’autre côté, un état français qui s’est construit lors de la 3e république sur deux événements : le massacre de la commune (30 à 40000 communard-e-s assassiné-e-s) et le fait colonial (Ce qui s’est passé en Algérie m’empêchera toute ma vie de chanter la Marseillaise et de porter le bleu-blanc-rouge, dit-il). Il réfute tout argument religieux ou relevant du choc des civilisations, répugne à piocher dans le champ lexical de l’horreur, de l’émotivité et de l’empathie victimaire afin d’éviter que son argumentation ne soit vrillée de trop d’affect, et reste dans une logique dialectique.

    Le format de l’émission, sorte de discussion à bâtons rompus, n’offre pas réellement le temps ni l’espace de déplier une pensée politique – juste de poser les bases de son argumentation, en expliquant les raisons de sa neutralité dans une guerre qu’il considère ne pas être la sienne. Il rappelle que, hier comme aujourd’hui, son combat est ailleurs, évidemment international, pour l’émancipation des peuples. Et ce combat, il en trouve l’écho en France du côté des quartiers populaires, des bidonvilles, des camps de réfugiés… et de toutes les minorités menacées par un système policier de plus en plus présent et pressant. Jean-Marc Rouillan ne s’y trompe pas, qui voit dans l’état d’urgence la mise en place de nouveaux moyens de contrôle et de soumission de la population, la lutte anti-terroriste n’étant qu’un prétexte – personne n’est dupe, jamais ces dispositifs policiers et militaires n’empêcheront une organisation terroriste telle que Daesh d’agir.

    Ainsi, Rouillan perturbe la grande messe consensuelle qui oppose dans un affrontement duel Daesh représentant les forces du mal et la France démocratique incarnant les forces du bien, renvoie dos à dos ces états à leur logique mortifère de domination, et refuse l’invitation qui lui est faite de rejoindre le cénacle bien pensant des experts autorisés pour retrouver sa place, celle de compagnon indéfectible de la plèbe contre laquelle, au bout du compte, se construit l’état d’urgence.

    De replacer le débat sur des bases politiques, permet à Jean-Marc Rouillan de resituer les attentats de Paris dans leur contexte (une guerre menée par la France en Afrique, au Moyen-orient et au Proche-orient, avec notamment les bombardements en Syrie et en Irak – quand on bombarde une école on lève 2000 combattants pour Daesh, rappelle-t-il – et l’hypocrisie d’un état français qui dit combattre Daesh tout en commerçant avec le Qatar et l’Arabie-Saoudite, notamment en leur vendant des armes – alors qu’on les sait défenseurs d’un Islam radical et sont soupçonnés de financer Daesh. Hasard du calendrier, Alors que Rouillan tient ces propos, nous apprenons que Hollande décerne la légion d’honneur à Mohammed ben Nayef, prince héritier d’Arabie Saoudite. Toujours dans cette même cohérence hypocrite et criminelle, et dans un même temps, Manuel Valls, lors d’un dîner au CRIF, affirme que l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël », disqualifiant et rendant d’un coup hors-la-loi toute forme de dénonciation de la politique d’apartheid du gouvernement israélien. Ainsi, selon leur propre logique, le premier se rend coupable de collaboration avec l’ennemi, tandis que le second se rend coupable d’incitation à la haine raciale, tant son affirmation révisionniste insulte et isole tout une partie de la population, et notamment une grande partie des habitants des quartiers populaires qui soutient effectivement la résistance palestinienne, non pas pour des raisons religieuses ou racistes comme aimerait nous le faire croire les représentants de l’état français (n’oublions pas que l’antisémitisme est une affaire occidentale, et que ce sont des pays européens – dont la France collaborationniste – qui ont rempli les camps de concentration ; il y a donc là une évidente tentative de permutation des culpabilités), mais pour des raisons bel et bien politiques. Ne sont-ce pas là des actes relevant du terrorisme d’état ?

    C’est une vieille habitude, dans notre démocratie, de baliser un débat « publique » puis d’inviter des experts à exercer leur talent de rhétoricien, afin que la population puisse choisir « librement » son opinion. La fabrication du prêt-à-porter de la pensée a toujours très bien fonctionné, l’information ainsi distillée par la presse du pouvoir décide jusqu’à la critique permise. Ainsi, lorsqu’il est question des jeunes des quartiers populaires, nous avons le choix entre deux propositions : ou ils sont racailles (avec l’idée que certaines sûrement sont sauvables), ou ils sont victimes (avec l’idée que certaines assurément vont se muer en racaille) – autant dire qu’ici victime et coupable sont les deux versants du même sujet colonisé, l’un hérité de la droite, qui prône l’asservissement par la force ; l’autre, héritée de la gauche, qui prône un humanisme dont l’idéal serait de soulager sans émanciper (cela peut s’appeler, par exemple, l’intégration).

    Prenons deux exemples sur le fonctionnement de ces débats :

    1. Lors du procès des enfants Zyed et Bouna : tous les commentaires, analyses et observations tournaient autour du thème de la culpabilité : qui est coupable, non coupable, victime ou non, etc. Personne, parmi les médias autorisées, n’a pensé ou voulu revenir à la simple descrition des faits : en France, des enfants, dans certains quartiers, ont peur de la police. Peur au point de fuir. Peur au point de risquer leur vie – alors qu’ils n’ont commis aucun délit. La notion de responsabilité et de culpabilité alors ne se serait peut-être pas délayée dans ce qui a été finalement traité comme un fait divers, voire un regrettable accident – mais aurait pu prendre toute son ampleur politique, avec une remise en question directe de la responsabilité d’état. On comprend que personne, à gauche comme à droite, n’a intérêt à un tel débat.

    2. Lors des émeutes de 2005, la gauche a inventé ce concept fumeux de révolte non politique, en se basant sur la simple observation que, de cette effervescence, n’émergeaient aucune figure charismatique (aucun chef), aucun mot d’ordre, aucun discours, aucune parole – ou plutôt, aucune parole audible de là où ils étaient. Parce qu’il leur était impossible de penser une séquence spontanée qui se vivait en dehors de leur grille habituelle de réflexion ; parce qu’ils étaient dans l’impossibilité de comprendre ce qu’est une parole doublement confisquée (confisquée par une classe politique de gauche qui a trahi, et confisquée par l’aberration même de ce que vivent ces jeunes) ; et enfin parce qu’ils étaient dans l’impossibilité de comprendre que le geste est une parole, que les corps inventent de nouveaux langages, et qu’une pensée peut s’exprimer par l’action… ils ont enterré dans un débat fermé le sens même de cette émeute, ont abandonné ces jeunes face à une violence policière extrême (certains, 11 ans après, croupissent toujours en prison dans l’indifférence générale) et ont ratifié d’un trait définitif la séparation des quartiers populaires du reste de la population.

    Dans ce contexte, où la classe politique française dans son ensemble acte sa rupture avec ces populations en révélant son racisme structurel, Jean-Marc Rouillan, à contre-courant, refuse de participer de cette politique de la séparation, déplace les curseurs du débat imposé avec ses logiques binaires et réinjecte de la politique dans le débat public, c’est-à-dire à l’endroit même où se joue habituellement le travail de dépolitisation. Se faisant, il se désolidarise de « l’esprit Charlie » et rejoint la cohorte des soupçonnables tel que définis par Valls.

    Car de quoi donc accuse-t-on JMR ? D’apologie du terrorisme ? Sa critique à l’égard de Daesh est sans ombre, et il n’est (ne peut être) à aucun moment solidaire de ceux qui ont commis ces attentats. Le terme de courage qu’il a utilisé – et qui lui est fortement reproché – est un terme difficile, qui ne veut pas dire grand chose. On qualifie de courageux aussi bien un geste de résistance admirable, que l’exploit guerrier né d’une obéissance aveugle et stupide à un pouvoir supérieur, que les exploits totalement idiots que l’on trouve dans certains journaux – souvent ceux-là même qui accusent aujourd’hui Jean-Marc Rouillan –, ou encore dans des livres comme le Guiness des Records – tel ce chinois qui c’est planté 2009 aiguilles dans le corps, ou cet autre saoudien qui s’est introduit 22 scorpions vivants dans la bouche. Courage peut à la fois saluer un geste noble, une détermination sans intelligence, et l’acte le plus imbécile qui soit. Dans le cadre de cet interview, nul doute que Jean-Marc Rouillan, combattant, s’est imaginé dans la peau de celui qui se trouve traqué par des milliers de policiers armés. Nulle doute qu’il ait déjà vécu ce genre de situation. Et qu’il sait dans sa chair quel sang-froid avoir pour affronter une telle adversité. Lors des reportages télévisuels qui couvraient ces événements, on se souvient de policiers qui étaient eux-mêmes médusés de la détermination de ces jeunes qui non seulement ne reculaient pas mais avançaient droit devant, malgré le tir nourri des armes dirigés contre eux. Appréciation technique donc, où le mot courage trouve mal sa place – ce qui peut sans doute être source de débat voire de désaccord (Jean-Marc Rouillan a d’ailleurs eut maintes fois l’occasion de s’expliquer sur l’emploi de ce mot), mais certainement pas d’une condamnation pour apologie de terrorisme. Par contre, ce que dit Rouillan dans sa critique du terrorisme via Daesh, c’est son esprit totalement capitaliste car basé sur le mortifère, le sacrifice, la mort – qu’il oppose avec l’action directe telle qu’envisagée et pratiquée par certains militants révolutionnaires, où il n’était jamais question de sacrifice, mais, au contraire, de joie, de solidarité et d’espoir.

    On comprend bien que cette histoire arrive à point nommé pour le gouvernement. Alors que la jeunesse se mobilise contre la loi El Khomri et semble se préparer à une lutte acharnée ; alors que dans divers secteurs, des ouvriers et salariés se mobilisent ; alors que des collectifs s’organisent dans les quartiers populaires ; alors que des ZAD se créent un peu partout et résistent à l’acharnement policier… réveiller « l’esprit Charlie » (ou ce qu’il en reste) reste une carte maîtresse du gouvernement, qui fédère et permet de jeter un mouchoir sur la mise en place de plus en plus évidente d’un gouvernement totalitaire. Jean-Marc Rouillan est parfait dans le rôle du fusible : état d’urgence oblige, il importe d’envoyer un nouveau signal fort pour le renforcer – par exemple ici, en jetant derrière les barreaux le porteur d’une parole libre.

    Car, au bout du compte, c’est cela qui est reproché à Jean-Marc Rouillan. Malgré ses années de prison ; malgré la maladie que 25 années d’enfermement lui a laissé en héritage ; malgré l’interdiction qui lui est imposée de s’exprimer sur certains sujets ; malgré les contraintes de déplacement (interdit de séjour dans 38 départements et interdiction de passer des frontières) ; malgré les astreintes judiciaires et la surveillance policière… malgré tout cela, il agit en homme libre, refuse cette auto-censure si bien et si largement pratiquée aujourd’hui, et s’exprime comme il veut et où il veut.

    C’est cette liberté qui est condamnée par l’état. C’est cette liberté qui vaut à Jean-Marc Rouillan la menace d’être renvoyé en prison, et peut-être définitivement. C’est cette liberté qu’avec lui nous perdons un peu plus, si nous ne réagissons pas. C’est cette liberté que nous devons, coûte que coûte, défendre.

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