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QUAND JE S’RAI GRAND, J’ME SUICIDERAI !
posté le 02/01/19 Mots-clés  solidarité 

QUAND JE S’RAI GRAND, J’ME SUICIDERAI !

Les braves gens n’aiment pas qu’on se suicide autour d’eux. C’est une irruption de la mort dans leur quotidien qui les dérange, les gêne. Le suicidé trahit quelque chose, une sorte de pacte tacite des vivants tous là pour se colleter avec l’existence. Se suicider est indigne. Il est lâche de fuir, de DÉSERTER l’existence, qui comme chacun sait est un combat. Le réflexe est au fond le même s’agissant d’une institution (armée) ou de la vie. Refuser c’est choisir la facilité.

Préférer la mort c’est aller plus loin ; c’est dans le système manichéen où nous évoluons, préférer le mal au bien, les ténèbres à la lumière. Et le troupeau n’est pas tendre avec ceux qui le quittent de leur plein gré qu’ils aient choisi d’ailleurs la mort ou une vie différente. Pour les morts cependant, surtout s’ils sont jeunes, on mettra plus d’apitoiement doucereux dans le rejet. Se suicider au bel âge, pensez-donc, on ne sait plus ce qu’ils veulent ! Et c’est le grand frisson charognard qui chatouille l’échine. 17 ans vous vous rendez compte, avec un bidon de solexine, si c’est pas malheureux ! La mort des autres attire aussi. On voyeurise à peu de frais dans le sang des autres le tragique d’une époque qu’on a renoncé à vivre. On s’interroge en frissonnant sur sa responsabilité. On a le remords voluptueux. On finira par se rassurer. Ce sont tout de même, n’est-ce pas, les plus faibles qui succombent.

On s’intéresse moins au suicidé adulte, à moins qu’il n’ait vraiment fait les choses en grand, étripant d’abord sa femme et ses neuf enfants avant de « se faire justice ». A peine prête-t-on attention aux quelques vieillards trop pressés de quitter ce bas monde. Ils avaient pourtant si peu à attendre !

La société a réussi à intégrer le suicide au spectacle quotidien par ses campagnes de presse à scandale, ses théories sociologiques d’arrière-presbytère. Je voudrais ébaucher ici une réappropriation du suicide, donc de la mort, susceptible à mon sens de maîtriser notre « destin ».

Envisager le suicide comme moyen de marquer soi-même la limite de son existence, c’est casser la gangue d’airain de la fatalité - « il faut bien vivre » puisque l’on est - fatalité mythique qui puise dans la naissance, irrémédiablement exclue du choix individuel, sa réalité apparente. Puisque ta naissance a été l’affaire des autres, ta vie ne t’appartient pas non plus, elle appartient à dieu. C’est ce que la religion a toujours affirmé, voulant dissimuler que la mort, elle, nous appartient si nous le voulons. Fantastique pouvoir recouvré sur nos vies dont l’ivresse peut bien nous mener à repenser la non-vie qu’on nous impose. Manière aussi de vivre maintenant et pour soi, maintenant un peu comme on s’imagine atteint d’une maladie incurable, brûler le temps de vie qui nous reste, pour soi et non pour je ne sais quels lendemains chantants que seuls peut-être les enfants des enfants qu’on s’empresse de faire pourront connaître.

L’église a su utiliser à merveille la peur hideuse de la mort. En promettant le paradis à ceux qui plient le genoux, elle leur réserve à eux seuls l’antidote miraculeux, succédané d’éternité qui annule la mort. Aux mécréants la fournaise infernale, la mort atroce parce qu’inconnue et sans rémission. Elle nous fait si peur qu’on passe sa vie à l’oublier. En 65 ans c’est difficile. On s’en sort en passant le temps d’aujourd’hui pour après demain. Jeune on fait des études pour être adulte, ensuite on travaille pour cotiser à la sécu, pour quand on sera vieux. Ensuite on est mort ouf ! On a réussi à ne pas y penser. On peut même dire qu’on a pensé à rien, c’était plus sûr. De plus, nous sommes tout prêt de temps à autre à participer à de gigantesques cérémonies d’exorcisme où l’on tue sa peur en tuant « l’autre », le « méchant », le « mauvais », à Verdun ou ailleurs.

On pourra trouver paradoxal de parler de mort pour changer la vie. C’est que notre mort comme notre corps nous est confisqué dès notre premier souffle et que changer la vie signifie nous recréer totalement y compris et surtout dans ce qui nous effraie en nous-même parce qu’on nous a appris la peur.

Claude Guillon.

TANKONALASANTÉ N°11, OCTOBRE 1974.


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