Un retour sur l’occupation de Trône
posté le 27/03/19 par mk Mots-clés  environnement  luttes sociales  réflexion / analyse 

(Concernant les événements dans ce texte, il ne reste qu’un ressenti particulier, il n’y a pas de recherche à établir une vérité historique non plus)

"Occupation à Trône !" — l’info était lancée, et déjà des centaines de personnes investissaient la place. L’organisation de l’événement était bien ficelée par les ONG et les associations, et votre interlocuteur se rendant en milieu d’après-midi ne peut que vous décrire ceci : tentes avec les stands Oxfam-CNCD-et copanie et de bouffe (gratis, faut dire c’est pas mal quand t’as la dalle) ; scène protégée de la pluie ; toilettes sèches, statue redécorée, et bien sûr un certain nombre de tentes.
La suite des événements bien entendu reste du déjà vu : discours sur scène avec intervention au gueulo sur la scène pour nous signifier à quel point il s’agissait d’un moment historique, espace de scène ouverte à différentes représentation pour la foule en présence (quoique peut nombreuses). Mon cœur aura bien saigné face à la totale indécence du massacre de la Bella Ciao chantée par la foule en liesse mais bien piètre chorale. Heureusement que les camarades de la Samba firent leur œuvre.

C’est frappant de voir comment la façon dont un lieu prend forme est le reflet de nos aliénations. Ici, avec une scène centralisant l’espace d’expression publique se limitant aux discours (et non au discussions). Ici, avec autorisation du bourmestre pour rester jusqu’au mardi 17h, après quoi tout est remballé bien gentillement. On est donc face à une action qui se limite à un objectif précis (les histoires de la loi climat), avec un rassemblement qui s’apparente à une occupation. Une fois les délais dépassé, tout le monde rentre chez soi bien gentillement, sous l’oeil malveillant des sabres-peuple, de leurs colsons et de leur crapule de chefaillon. Le tout tandis que les pompiers récurent la statue du royal spoliateur et meurtrier de masse.

Un cadre somme-toute (similaire aux manifs autorisées), donné d’avance où la "participation" ne signifie pas être pleinement actrice politique, mais plutôt de renforcer la représentativité du mouvement par sa présence (comme pour le vote). Preuve nous en fut donnée au soir, lors d’une brève action de la part des gilets jaunes (d’ailleurs totalement oubliés dans les discours sur cette période historique de bouleversement sociaux — l’amnésie semble être un luxe de classe) assez peu suivie malgré un certain nombre de personnes déters — sous le regard médusé des hippies et des écolos jeté aux prolos. Action vite interrompue par les moralisateurs habituels, et suite à laquelle un organisateur vint faire des remontrances sur le fait qu’illes avaient tout organisé et qu’on venait foutre le zbeul dans leurs plans com’ et leurs efforts.

Ainsi, devait-il en venir à nous faire entendre qu’il fallait respecter leur travail, et donc de ne pas vouloir de réappropriation du mouvement par ses composantes. Ils sont marrant ces citoyennistes, à chaque fois ils nous font le même coup de promouvoir une participation démocratique qui ne peut faire confiance aux individus en tant que réels acteurs politiques. À l’image de la démocratie représentative en soi.

Ce genre d’occupation a un potentiel politique bien plus important que cette espèce de course à la communication : celui de la convergence des différents mondes qui ont une volonté que les choses aillent pour le mieux. Mais pour que cette convergence puisse s’effectuer, le premier pas est de reconnaître en l’autre toute son autonomie dans ses actions et de rester un allié malgré les divergences. Ce n’est pas cela que l’on observe chez les pacifistes et autres moralistes, qui considèrent avoir trouvé la voie juste (souvent de Gandi et de Luther King, bonjour l’ignorance). Ce n’est pas cela que l’on peut voir dans l’organisation de l’événement qui n’ouvre en vrai que peu de place à ce que puissent se créer des dynamiques collectives.

Lorsque le lendemain le vote fut donné gagnant, l’extase semblait être au zénit chez certain.e.s citoyennistes. Faut dire que c’est une loi qui se propose de réduire les gaz à effets de serre sur base de quota révocables, à créer un comité d’experts et une journée du climat, etc. Un vote qui exalte la victoire proposant d’atteindre les objectifs des accords de Kyoto et co. Où à aucun moment il n’est question des émissions de l’industrie (près de la moitié des émissions de gaz) et de l’agriculture (près d’une quart).

Cette victoire dont se vantent ces citoyennistes était donc celle d’une affirmation de méthodes et de décisions prises par le passé ; où l’on crée de nouveaux comités, où l’on respecte des accords pris par le passé. Moment historique donc, qui allait changer la donne, par une affirmation du respect de l’ordre existant plutôt que d’une volonté de s’en émanciper. Du citoyennisme de base quoi, bien réformiste comme il faut, qui se teinte de radicalité par les actions directes en vogue.

Faut dire que nous on se serait fait tej’ vite fait avec tout le régime habituel (bon ce qui est arrivé en fin de compte). Le citoyennisme a l’avantage de faire partie des rouages du système, s’implique à rester dans ses limites. Dans sa révolte, l’obtention de la grâce des maîtres sera le fondement d’une bienveillance qui légitimera tout rappel à l’ordre face aux éléments déviants. Dans de telles conditions, on ne peut espérer de convergence des luttes qui soit porteuse. Mais cela, ça a toujours pas été compris par certain.e.s.

***

Mais revenons un peu à la soirée. La musique avait depuis longtemps pris ses aises sous la lumière orange des lampadaires, sauvage à cette heure où les percussionistes trouvent prétexte à se saisir du moindre objet pour le frapper. Peut-être en rythme bien entendu. Quand les gens se saisissent du moment pour le passer ensemble, de différentes manières, en petits groupes mouvants entre les musiques, les discussions, et autres. Mais bon, faut pas romancer non plus hein, restons réalistes. Si la nuit était tombée, il était grand temps de faire un feu. Des GJ et des copaines allèrent pécho de quoi le démarrer. Après quelconques histoires, une fois le feu en route, de plus en plus de personnes vinrent profiter de ce l’endroit.

Des gens en profitèrent pour chanter, d’autres pour jouer de la musique, d’autres encore pour discuter, d’autres pour peu importe. Une personne pris le mégaphone afin de faire un appel à trouver de quoi maintenir les flammes. Une autre en profita pour faire un appel qui se révéla être une farce (qui me fit bien rire). Une autre en profita pour en faire un vrai sur la vélorution et les vélos, mais vue la brièveté de ses propos, mon attention fort vite reportée à ce que je faisais — et d’où je percevais plic-plocs d’histoire d’usine Ford aux USA, d’usines à biscuits (oui, j’ai pas compris non plus), et de peu importe. Entre ses discours, heureusement il y eut d’autres interventions bien plus prenantes. Dont une personne des GJ venant du vrai sud du pays, expliquant le problème de devoir chaque fois se rameuter à Bruxelles si c’est juste pour rien en fin de compte, et aussi de l’importance que se bouger le cul ça va dans les deux sens (je résume).

J’ai voulu intervenir après pour l’appuyer (et faire un putch), mais le temps de rouler, de passer le cap du cœur qui bat fort de parler devant des gens, la personne des vélos avait repris le mégaphone pour continuer avec ses histoires de jenesékoi. Puis le type du gueulo est reparti avec. Bref, ça m’a fournit une excuse de plus pour éviter l’anxiété de parler devant les gens (mais en vrai pas besoin d’excuse).

Avec un peu de recul, c’est le premier moment où j’ai assisté à la prise de parole publique d’un GJ (j’étais pas tout le temps présent non-plus). Ça m’a frappé aussi la différence de monde. La distance que j’ai pu voir entre deux mondes sociaux déconnectés qui se rencontraient. Des essais timides, mais qui semblaient pour la plupart des gens voués à se terminer en rentrant chez soi.

***

Il est temps de s’arrêter d’écrire (la flemme, toussa), je termine juste. En vrai, cette occupation a juste été une démonstration des modes de lutte habituels des citoyennistes. Qui sont prédéterminés et finis et n’offrent que trop peu d’espace pour amener à ce que les gens puissent se rencontrer, discuter et autres. Genre (si on veut être constructif, je sais pas) des discussions ou des ateliers et pouvoir en proposer, ça peut prendre plein de formes. Ya aussi les AG, mais bon c’est relou malgré son potentiel de moment politique. Ou d’autres formes qui puissent offrir l’espace aux gens de pouvoir vraiment se rencontrer et s’organiser ou autre. Offrir aux gens la possibilité de se réapproprier l’action au lieu de juste la taire en suivant les décisions des politbureaux. C’est un peu la base si on prétend faire de la politique et pas juste une stratégie com’ afin qu’une décision soit prise.

Dit avec ces mots, les choses sont flagrantes quand même... Mais je vais pas partir sur un débat concernant l’idéologie dominante et le réformisme (vu le texte, vous voyez le non-parti pris).

Mais il y a un moment au sein des luttes il va falloir respecter l’autonomie des gens. Parce qu’on en a marre des coups de couteau dans le dos et des forceurs à tourner en rond. Parce que ce vieux sabotage systématique de la convergence des luttes couvert de moralisme ne peut durer. Parce que la situation de cette planète n’est même plus une question de sursis.

***

Loi climat : https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/juri/seres/actualites/proposition-de-loi-climat.html


posté le 27 mars 2019  par mk  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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