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Satisfaire aux exigences de l’Apocalypse
posté le 09/04/19 Mots-clés  luttes sociales 

Rien n’évoque mieux notre époque que l’image du désert, symbole par excellence de l’absence de vie autant que réalité physique qui s’étend à mesure qu’enfle le Progrès ; conséquence d’un monde qui ne connaît pour seul règne que celui de la marchandise et dont les richesses accumulées n’ont à offrir que les prémisses d’une vision apocalyptique globale : Dubaï et la Silicon Valley triomphant au milieu du néant.

Pour autant, la recrudescence même de l’Apocalypse ne semble éveiller aucune réaction qui soit à la hauteur des menaces invoquées. Dépouillée de son lyrisme, la fadeur avec laquelle nous est annoncée la fin du monde n’a d’égal que la médiocrité qu’elle suscite en réponse. Là où nous espérions voir jaillir une vindicte corrosive face à tant de sacrifices sur l’autel du Capital, n’ont prospéré tout au plus que de mièvres pancartes défilant à l’allure d’un cortège funèbre. La stérilité comme pulsion de mort, bien plus que le cancer, semble ainsi caractériser le mal du siècle. Il se pourrait aussi bien qu’en agissant sur nos hormones, les perturbateurs endocriniens aient fonction de police en désamorçant nos passions les plus vivaces, à défaut d’hypothèse plus sérieuse pour expliquer l’atonie générale qui sévit. Ou faut-il s’en remettre une nouvelle fois encore à cette chimère consistant à vouloir subvertir les « consciences » comme tant d’avant-garde éclairées s’y sont essayées par le passé ?

Force est de constater qu’en dépit de l’inanité éprouvée de ces foules en marche, celles-ci ne tirent aucun enseignement de leurs échecs répétés. Bien plutôt, elles se cramponnent invariablement dans les mêmes carcans de la servitude et entonnent leurs rengaines avec une constance à peine altérée. Certes, on voit mollement surgir ci et là quelques discours affichant une prétention rebelle dont l’effectivité est en effet proprement circonscrite à l’affiche. Du reste, quand de tels défilés autorisés et autoritaires ne confinent pas tout bonnement à l’opération policière, le conformisme l’emporte sans étonnement tant il cadre avec l’écrasement de la pensée que produit une masse agglutinée derrière cette idée sournoise qu’il faille « sauver le climat », camouflant mal qu’il s’agit avant tout de conserver le confort et la sécurité, de même qu’on marche pour l’avenir de sa progéniture plutôt que par altruisme pour les générations futures. Assurément, le réchauffement climatique sonne le glas de la fin de leur monde bien plutôt que de la fin du monde. Concept éthéré s’il en est, cette dégradation de l’intellect jouant sur l’abstraction métaphysique au détriment de l’expérience directement tirée du vécu renvoie à l’abîme qui le sépare du lien sensible nous unissant à la réalité des êtres et des territoires habités, qu’on défendra bec et ongles pour en avoir apprécié un sentiment de liberté palpable.

Il faut croire que la catastrophe administrée d’en haut à coup de courbes, de chiffres et de statistiques est calculée sur mesure pour préserver la populace de ses penchants à la panique et des désordres qui s’ensuivent. L’Apocalypse dénudée de ses passions virulentes engendre tout au plus une inquiétude flétrie et passagère. Celle-ci doit d’autant plus régulièrement être ravivée par les rapports de tant d’experts alarmés qu’elle est tempérée par les promesses technologiques de leurs collègues, entretenant de la sorte une double pensée salutaire au totalitarisme dont Orwell nous avait déjà mis en garde. On en viendrait à penser que cette sorte d’angoisse étouffée est savamment dosée et pernicieusement entretenue pour appuyer la fameuse transition énergétique qui colle à la bouche de tous les planificateurs du désastre, industriels du développement durable en tête. Quoi qu’il en soit, on voit bien qu’à force d’exiger des « mesures climatiques ambitieuses » qui sonnent creux, à s’en remettre sans cesse au gouvernement voire même à désobéir très civiquement pour les plus téméraires en vue d’aguicher la propagande, on se fait les idiots utiles du capitalisme vert.

Il n’est d’ailleurs pas inutile de préciser que l’Apocalypse n’est pas confinée à un prétendu avenir, comme on aime à nous le rappeler, accompagnée de cette idée battue en brèche qu’il serait encore tout juste temps de la conjurer, aussi proche soit-elle. A l’évidence, le processus enclenché est en cours depuis la révolution industrielle et marque un coup d’accélération sans précédent. Il serait idiot de croire qu’au faîte de sa course la Mégamachine fasse sa transition douce et heureuse en marche arrière tout en rafistolant les ruines du désastre. La seule chose que nous réserve l’avenir dans sa fuite en avant était déjà visible depuis longtemps à l’autre bout du globe et n’est pas sans rappeler les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse : la mort, la famine, la guerre et la conquête. Le nucléaire et les catastrophes s’y ajoutant. Notre avenir est promis d’avance à l’holocauste.

Quant aux bataillons d’universitaires qui s’essayent tant bien que mal à jouer les Cassandre à coup de concepts plus douteux les uns que les autres, ils ne font rien d’autre qu’appuyer la logique dominante, à vouloir fournir à tout prix aux capitaines les moyens nécessaires d’une hypothétique maîtrise du naufrage de la société thermo-industrielle. On peut gloser autant qu’on veut sur l’effondrement, la collapsologie, l’anthropocène etc., tenir des colloques et des conférences, créer des instituts et des observatoires, rédiger des rapports et des cahiers des charges, l’ensemble de ce savoir froid n’allumera jamais les braises d’une révolte salvatrice, seule à même de renverser un tant soit peu l’ordre des choses. Sa nature s’accorde bien mieux avec le plus froid des monstres froid, dont il cherche à sauver les fondements.

Partant, la fatalité de la résignation nous révulse autant que les voies qui préfèrent composer avec le spectre de l’Apocalypse représenté par le pouvoir. Qu’à cela ne tienne, nous n’attendons plus rien de ceux qui s’obstinent encore à marcher avec l’ennemi. Plutôt chevaucher avec Némésis, la déesse vengeresse, nourrir l’offensive, libérer des territoires et pulvériser avec la passion qu’il sied à ces temps apocalyptiques le marche ou crève de ce monde qui nous précipite toujours davantage vers l’abîme en propageant son désert. A défaut de vouloir convaincre, aux quelques complices qui partagerons avec nous cette analyse, nous nous en remettrons, pour conclure, à la formule lapidaire imaginée par René Char pour répondre à son temps : « Agir en primitif et prévoir en stratège ».


posté le 9 avril 2019 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • 10 avril 15:21, par Sparse

    Ci-gît la pensée révolutionnaire. La blessure mortel du stalinisme n’avait provoqué qu’une crise cardiaque. C’est le défibrillateur produit par les fils de Debord qui, au lieu de réanimée la belle, s’emballa en une répétition toujours en cours, et l’acheva à coup de resucées débiles, d’ignorance de l’histoire et de rejet du matérialisme.

    Partout l’On cria : « Marx est mort, Vive Marx ! ». L’analyse des « subtilités métaphysiques » dont est pleine la marchandise se substitua à l’analyse de classe. L’évidence de l’universelle absence de sujet se rabougrit en l’évidence de l’ absence de sujet révolutionnaire, et par suite, On tourna le dos aux masses, ou plutôt, On tourna le dos aux masses prolétaire pour faire face a la multitude petite bourgeoise (celle là même qui enfanta On) et On fut triste de sa laideur conservatrice. Alors On se mit au camping, activité qui, cela est bien connu, produit de chouette sensations physiques qu’ On appel « liberté » et « authenticité ».
    On lisait, de la philosophie chaude, de la poésie brûlante, des contes incandescents mais surtout pas de sciences, ni de statistiques et encore moins d’économique politique (cette magie noire !) ; alors qu’On se prétendait stratège et tacticien On oubliait le meilleur conseil du Général : « Premièrement mesurer, deuxièmement estimer, troisièmement calculer, quatrièmement comparer, cinquièmement évaluer les probabilités de victoire ». On incarnait bien plus la pensée primitive de Ludd qui vit dans la machine la cause de tout Mal et dans sa destruction la voie vers la liberté.

    Sous nos yeux, On jetais une dernière pelletée de terre dans la tombe vide en sifflant un de ces airs favoris. Devant ce Spectacle affligeant, la tête froide et pleine de calculs, nous chuchotions à oreille de On : « Camarade, laisse derrière toi le vieux comité. Sa pensée mène à l’impasse. La lutte des classes se dresse et t’impose de prendre parti. Délaisse donc ta mère et plonge avec nous vers les masses laborieuses. A leur dépend, elles forment le cœur de la machine dont tu espère la mort, et de ce fait on reçu le pouvoir d’arrêter l’Holocauste. Adresse toi à elles, tu verras leur puissance. ». Nous ajoutions : « Camarade, ne te laisse pas aveugler, même le désert est plein de vie ».

  • On regrette de décevoir la nostalgie de Sparse pour l’Internationale du matérialisme scientifique. On préfère en effet la poésie brûlante aux tristes lambeaux d’une idéologie en décrépitude. Les temps ont changé. On doit dire que les prolétaires ne font plus masse, encore moins sujet révolutionnaire, du moins dans nos régions. On considère l’ouvriérisme comme dépassé, ou du moins, déplacé ailleurs dans le monde. A l’instar d’un Gorz (car On préfère citer nos sources), dont On a lu la magie noire comme celle de Marx, On a fait nos adieux aux prolétariat. Cela n’entrave en rien notre sympathie envers quelques poches ouvrières qui font encore grève, car nous savons qu’elle est une arme qui fait mal au portefeuille des patrons, encore qu’On n’est pas pour défendre l’emploi, ni pour une meilleure répartition des fruits de la production. On est en effet contre le travail, de même qu’On n’a pas envie d’attendre le Grand Soir. De toute manière, On a pu voir la façon dont les syndicats ont tué le mouvement par la culture du compromis, ce qui ne plaît pas à nos désirs d’absolu. En dehors des structures bureaucratiques, pas grand chose, à de rares exceptions près. On a apprécié le 6 novembre. On enfile parfois un Gilet Jaune mais On connait aussi les limites des révoltes populaires contre la fiscalité et les injustices, qui pêchent trop souvent par manque de projet révolutionnaire et finissent écrasés par la répression, comme l’histoire l’a maintes fois montré (des jacqueries en passant par les croquants, la fronde, les nu-pieds, les maillotins etc.). Par ailleurs, On n’a pas manqué de lire Sun Tzu mais On n’expose pas sa tactique sur Indymedia. On récuse également l’amalgame avec Ludd parce qu’on critique la rationalité froide et le manque de passion que mérite l’apocalyptique de la situation, ce qui était le sujet initial de l’article mais enfin. Quant au désert, On pense justement qu’il dit assez bien l’état de l’idéologie survivante du marxisme qui compte en effet encore quelques charognards bien vivants surgissant soudain pour se jeter sur les cadavres et disparaître prestement ensuite. A moins que Sparse ne soit un adepte des vieux mao-staliniens du PTB qui patinent désormais dans l’électoralisme pour tenter d’instaurer en vain la fameuse dictature d’un prolétariat à coups de tracts et de racolage grossier... On est curieux de savoir.

  • 10 avril 20:25, par jules-de-chez-smith-en-face

    Marrant ces gens qui s’obstinent à commenter un article par un autre article fleuve... doivent pas saisir ce que signifie commenter, ou alors c’est un stuuut d’égo démesuré, "mon avis est le seul VRAI", "tous des cons" !!!"

    Je pense que qq qui n’est pas capable d’argumenter en termes simples et personnels de la vie de tous les jours et qui a besoin de copier/coller un autre article fleuve - incompréhensible pour le commun des mortels - , est tout simplement... UN(E) CON(NE) !!!

  • Si le développement d’un argumentaire fait l’effet d’un fleuve à vos yeux, votre propos est à l’image d’un ruisselet voué au tarissement, fort en adéquation avec le désert de l’époque.

  • 10 avril 21:30, par Sparse

    Si « La Métaphysique Critique est la rage à un tel degré d’accumulation qu’elle devient regard » alors la cécité qu’il est nécessaire de s’imposer pour proposer « les prolétaires ne font plus masse » en dit plus long sur l’interlocuteur que sa logorrhée faisant office curriculum vitae. Il est également notable qu’il s’identifie en On, alors qu’il n’en constitue qu’une expression singulière, dérivée ; une excuse. La description fait donc mouche. Bien.

    Ce n’est ni le moment, ni le lieu de monter des tribunaux ou des bancs d’école. Il n’est donc pas opportun de lui dire ses torts et ses truismes. Encore moins de parler de soi, sauf à dire que la nostalgie, et l’adeptisme sont à fuir.

    Bon vent camarade, puisse tu jouir de tes passions en attendant le désastre. Et peut-être à demain sur les barricades, quand celle que tu nie se met en mouvement.

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