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ce n'est pas un appel international
Le Notara 26
posté le 17/11/19 par slowkka Mots-clés  Grèce 

Exarcheia, mardi 1er octobre 2019

Voila, ça fait une semaine que je suis arrivé a Exarcheia : a chaque coin de rue, un.e camarade en devenir ; a chaque expresso, une discussion qui se construit, a chaque bière une autre qui se déconstruit ; dans chaque rue du quartier ou presque, un lieu, un espace ami, un centre social, une cantine populaire, un bar autogéré, une friche ou projeter un film, un squat pour réfugiés.
Et hier, j ai fait mon tour de garde devant le Notara 26, le premier espace d’accueil pour migrants ouvert en 2015. Depuis l’élection du nouveau premier ministre K. Mitsotakis en juillet dernier, les squats sont particulièrement en joue : a ce jour, cinq squats de réfugiés ont été évacués manu militari ; cela concerne une centaine d’enfants et facile 350 adultes arrachés a une existence précaire certes, mais paisible, renvoyés dans des camps de concentration comme celui de Moria qui a brulé il y a quelques jours. Et ces expulsions ne concernent pas seulement des chiffres a rajouter aux statistiques. Ces expulsions clotûrent des projets professionnels en devenir, briment des âmes et des coeurs qui se sont resocialisés ici, après la guerre, la-bas... elles rompent des relations qui se tissent lorsqu’on partage des mois, de longs mois ensemble dans l’attente de recevoir des papiers, dans l’attente de passer la frontière, dans l’espoir d’une vie digne de ce nom cad. dans l’espoir d’une vie heureuse. Chaque expulsion, en brisant les liens qui ont muri avec le temps, replonge chacun.e dans la misère existentielle et matérielle, dans l’angoisse de l’incertitude, dans l’illégitimité du prisonnier, dans l’inhumanité la plus profonde.
Cette nuit, nous sommes en bonne compagnie. Rameen (tous les prénoms ici sont empruntés) est Afghan, il connait tout le monde, avec lui les claques dans les mains et les sourires fusent. Quand je lui parle de ma copine, il se cache sous son borsalino bon marché. Le bateau a coulé lors de la traversée, il a été secouru par des solidaires, son visage est fané. Khojassteh est Iranien, il est sombre, taiseux et il est beau. Il nous montre les photos de son club de kickboxing a Téhéran. Il est plus rassurant depuis que je sais qu’il sait se battre. Farbod est Afghan lui aussi mais né a Téhéran, curieux, fier. Pour la sixième fois, il va retenter le passage, pour rejoindre sa femme et ses deux enfants en Allemagne. Le stress enduré ici lui faire perdre ses cheveux, laissant une partie de son crâne a nu. Il a passé 8 mois dans le camp de Moria, sur Lesvos. Ayashi est marocain et il a des yeux de feu : grands, bruns et brulants ; Ayashi a des yeux d’enfant qui implore quand il parle et le regard qui fuit quand il écoute. Il parle très très vite, tout sauf le silence... et il parle français. En rigolant avec lui, je me dis que le français, ma langue maternelle, "c’est ici ma maison". Angolo est Congolais, c’est un homme abimé : le désert, le Maroc, la Lybie, la Turquie et enfin le bateau qui a coulé, il a été secouru en mer lui aussi. C’est un boxeur, son visage est chiffonné, il s’entraine tous les jours dans le parc. Je vois l’enfant en lui. Quand je cherche son contact, son visage est impassible mais ses petits yeux fugitifs m’indiquent que son âme a mis les voiles... partir, fuir encore.
Tous, nous sommes vifs, des hommes aux aguets pour protéger les dizaines de familles qui dorment aux étages. Quand les flics anti-émeutes font la relève des postes de surveillance, ils passent en bande devant le Notara 26. Il y a les flics tranquilles, qui descendent la rue et ceux souverains, qui la remontent : ils font leur travail, ils se sentent légitimes, ça se voit, ils sont payés pour ça... payés pour laver leurs consciences ? Nous, nous avons déjà filé a l’intérieur, la porte en verre refermée derrière nous. Mes potes la, ont mis leurs vies en jeu pour arriver jusqu’ici... moi, je suis la pour rendre vivant les principes anarchistes de solidarité et d’Amour. Nous sommes silencieux, les visages tendus et le souffle court dans la pénombre : nous observons passer les 24 flics. Certains d’entre-eux s’approchent pour voir a l’intérieur, nous entendons les malakas a notre adresse, avec un laser ils balaient cet espace ou nous nous cachons... ce moment est, si je puis dire, lourdement suspendu... dans cet espace ou nous nous terrons : je me sens comme un rat, protégé de la violence potentielle de l’Etat par une simple vitrine... et pourtant, qu’est-ce que je risque ? Je suis citoyen européen et j’ai des papiers. Il ne peut rien m’arriver de grave ! Mais mes potes la ? A quoi pensent-ils en ce moment précis ? A leurs familles qui les attendent ? A un aller simple pour l’enfer du camp de Moria ? A une expulsion manu militari du pays ? En cet instant précis, nous semblons si vulnérables, illégitimes et eux, les flics, si souverains, si puissants... et pourtant, au regard de notre humanité, des rêves d’une vie meilleure et des projets qui nous habitent, au regard de l’absurdité meurtrière des frontières et des crimes de Frontex, C’EST NOTRE ACTION ICI QUI EST EQUITABLE, JUSTIFIEE, C’EST NOUS QUI SOMMES LEGITIMES, PAS LES FLICS !
Quelques minutes après, nous nous retrouvons dehors sur ce bout de trottoir, un peu plus tendus qu’auparavant... chacun reprend son souffle comme il peut. Ayashi rallume sa clope. Rameen marche d’un trottoir a l’autre, Khojassteh reprend son poste en silence, moi je fais des pompages pour me calmer et ça les fait bien rigoler !
Avant de nous quitter, Angolo récompense ma nuit de cette leçon : "si tu esquives la police quand tu marches dans la rue, ils vont te soupçonner. Moi, je vais tout droit parce que je n’ai rien a me reprocher !". Et je pense a cette citation de Mohamed Ali : "esquives comme le papillon et pique comme la guêpe".
le 24 aout 2016, le Notara 26 a été incendié par des néo-nazis. 15 jours après, grâce aux anarchistes et solidaires, le squat a été ouvert puis habité a nouveau.


posté le 17 novembre 2019  par slowkka  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article

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