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Eux et nous VI.- Les regards, 2.
posté le 25/02/13  par sub Marcos Mots-clés  luttes sociales  antimilitarisme  Mexique  Peuples indigènes 

2.- Regarder et écouter depuis/vers en bas.

Pouvons-nous encore choisir vers où et depuis où regarder ?

Pouvons-nous, par exemple, choisir entre regarder ceux qui travaillent dans la chaîne de supermarchés, demander des comptes aux travailleurs et travailleuses pour leur complicité dans la fraude électorale, et railler l’uniforme orange dont on oblige les employé-e-s à se vêtir, ou regarder l’employée qui, après avoir remis le ticket… ?

/ La caissière s’en va et ôte sa blouse orange, en râlant parce que ça l’a mise en colère qu’on l’accuse, elle, d’être complice de la fraude qui a conduit au Pouvoir l’ignorance et la frivolité. Elle, femme, jeune ou mûre ou mère ou célibataire ou divorcée ou veuve ou mère célibataire ou en attente ou sans enfants ou tout ce qu’on voudra, qui prend le boulot à 7 heures du matin et s’en va à 4 heures de l’après-midi, bien sûr s’il n’y a pas d’heures supp’, sans compter le temps de la maison au boulot et retour, et après bosser à l’école ou à la maison, « les-tâches- propres-à-son-sexe-peuvent-s’accomplir-avec-une-pointe-de-coquetterie », a-t-elle lu dans l’un des magazines qui se trouvent à côté de la caisse un jour où il n’y avait pas trop de monde. Elle, qui est supposée finir sauvée par ceux-là, il y a juste un bulletin de vote à mettre et tagada, le bonheur. « Et les patrons, ils la mettent, eux, la blouse orange ? » murmure-t-elle irritée. Elle arrange un peu le négligé volontaire avec lequel elle arrive au boulot pour que le gérant ne l’embête pas. Elle sort. Dehors l’attend son petit copain. Ils s’étreignent, s’embrassent, se touchent du regard, marchent. Ils entrent dans un café internet ou cybercafé ou appelez ça comme vous voudrez. 10 pesos l’heure, 5 la demi-heure…/

— Une demi-heure, disent-ils, faisant mentalement des comptes de budget-heure-du-metro- bus-temps de marche.

— Fais-moi crédit, Roco, sois pas radin, dit-il.

— Ça roule, mais tu règles dans la quinzaine, sans ça le patron va me tomber dessus et ce sera à toi de me faire crédit.

— Ouais, ben ça sera quand t’auras un portable, mec, parce que là, je suis laveur de bagnoles.

— Ben lave les tiennes, de chiottes, mec, dit el Roco.

Ils rient tous les trois.

— La 7, dit el Roco.

— Allez, cherche, dit-elle.

Il va entrer un nombre.

— Non, dit-elle, cherche quand tout a commencé.

Ils naviguent. Ils arrivent au moment où ils sont un peu plus de 131. Ils mettent la vidéo.

— C’est des bourges, dit-il.

— Calme-toi, avant-garde révolutionnaire. Ça va pas dans ta tête si tu juges les personnes à leur apparence. Moi, parce que j’ai la peau claire, ils m’appellent blondinette et petite bourge, sans voir que j’ai un mal fou à finir la quinzaine. Il faut regarder l’histoire de chacun et ce qu’il fait, ballot, dit-elle, ponctuant son argumentation d’une tape.

Ils continuent à regarder.

— Alors comme ça, ils lui ont dit en face à ce Peña Nieto-là… ils sont courageux, ça, oui, on voit qu’ils ont un paquet de couilles, dit-il.

— Et d’ovaires, andouille — une autre tape d’elle à lui.

— Eh ben, ma reine, je vais t’accuser de violence conjugale.

— Ce sera de la violence de genre, andouille — et encore tape.

Ils finissent de regarder la vidéo.

Lui : — Alors c’est comme ça que ça commence, avec une poignée de gens qu’ont pas peur.

Elle : — Oh si, ils ont peur, mais ils la contrôlent.

— Une demi-heure ! leur crie el Roco

— Oui, on s’en va.

Elle est en train de sourire.

— Et de quoi tu ris, maintenant ?

— De rien, j’étais en train de me rappeler — elle se colle un peu plus à lui — ce truc que tu as dit, « conjugal ». Autrement dit, tu voudrais qu’on soit une famille ?

Lui n’hésite même pas :

— Ça roule, ma reine, pour aujourd’hui c’est trop tard, on n’a pas été loin, mais sans tant de tapes, les bisous, c’est mieux, et plus bas à gauche.

— Ben quoi ? M’embrouille pas, mec ! — une nouvelle tape — Et ça suffit avec « ma reine », on est bien contre cette putain de monarchie, non ?

Lui, avant la tape de rigueur :

— Ça va, ça va, ma… plébéienne.

Elle rit, lui aussi. Elle, après quelques pas :

­— Et tu crois que les zapatistes nous invitent ?

— Pas qu’un peu, le Vins, c’est mon pote et il m’a dit que lui, son frangin, c’est le gars à la face de chaussette, parce qu’il l’a laissé gagner au mortal kombat, sur les machines, alors y a qu’à dire qu’on est la bande à Vins, et bonos, carrément sorcier ! — argumente-t-il enthousiaste.

— Et je vais même pouvoir emmener ma mère ? Elle est bien vieille…

— C’est sûr, en parlant de sorcier-e-s, avec un peu de chance, elle va peut-être rester enlisée dans la boue, la future belle-mère. Il baisse la tête en attendant la tape qui ne vient pas.

Elle, en colère, cette fois :

— Et qu’est-ce que tu veux qu’ils nous donnent, ces zapatistes qui sont si loin ? Tu crois que c’est eux qui vont me donner un meilleur salaire, qui vont faire qu’on me respecte, que ces foutus hommes me regardent autre chose que le cul dans la rue, et que ce putain de patron arrête de me toucher sous n’importe quel prétexte ? C’est eux qui vont me donner de quoi payer ma retraite, acheter les vêtements de ma fille, de mon fils ? C’est eux qui vont baisser le prix du sucre, des haricots, du riz, de l’huile ? Ils vont me donner à manger ? Ils vont affronter la bande qui tous les jours revient embêter et extorquer ceux du quartier qui vendent des disques pirates en disant que c’est pour ne pas les accuser devant monsieur ou madame Sony… ?

— On ne dit pas « pirate », on dit « de production alternative », ma rei… plébéienne. Et pas la peine de t’épancher avec moi, on est dans le même bateau.

Mais elle a déjà pris son envol, si bien qu’il n’y a plus personne capable de l’arrêter :

— Et à toi, on va te rendre ton boulot à l’usine, où tu étais qualifié comme tout ? Ça va te servir à quelque chose, tes études, tes stages de formation et tout, tout ça pour que ce feignant de patron emporte l’entreprise je sais pas où, et là-dessus, le syndicat, la grève, et tout ce que tu as fait, pour finir par laver des bagnoles ? Ou comme ton frangin, le pote à qui ils piquent son boulot et font disparaître le patron pour qu’il puisse pas se défendre, et le gouvernement avec son éternel refrain que c’est pour améliorer le service, et obtenir la classe mondiale, et patati et patata, et c’était pour baisser les tarifs, soi-disant, alors que maintenant c’est plus cher, et ce foutu courant saute tout le temps, et ce foutu calderón qui va donner des cours de sans-vergogne aux ricains, alors que c’est eux les vrais maîtres dans cette matière. Et mon papa, que dieu l’ait en sa sainte gloire, qui était parti pour trimer de l’autre côté, pas pour faire le touriste, hein, pour gagner le pognon, la braise, le blé, la paie pour nous entretenir quand on était plus gamins, et juste au moment de franchir la ligne la Migra l’a étendu comme si c’était un terroriste et pas un honnête travailleur, et ils nous ont même pas rendu le corps, ce foutu Obama, on dirait bien qu’il a le cœur couleur de dollar.

— Bon, ça va, arrête ton char et range-toi sur le bas-côté, ma plébéienne.

— C’est qu’à chaque fois que j’y repense ça me fout en rogne, trimer et trimer pour qu’à la fin, ceux d’en haut raflent tout, il manque plus que les rires à privatiser, mais là, je crois pas, parce qu’il y en a pas trop, mais les larmes, ça , oui, y en a plein et ils deviennent riches… encore plus riches. Et après ça, tu te pointes avec tes trucs de zapatistes par ci et zapatistes par là, et en bas et à gauche, et la huitième…

— La sixième : la Sexta, pas la huitième.

— Celle que tu veux, ces gus sont si loin, et puis ils parlent l’espagnol encore pire que toi.

— Ça va, ça va, sois pas rabat-joie.

Elle essuie ses larmes et murmure :

— Saleté de pluie, elle a bousillé mon Esteelauder, et moi qui m’était pomponnée pour te plaire un max.

— Baaaah, tu sais, tu me plais encore plus sans rien… rien du tout.

Ils rient. Elle, très sérieuse :

— Bon, voyons un peu, raconte-moi tout : ces zapatistes, ils vont nous sauver ?

— Non ma plébéienne, ils vont pas nous sauver. Ça, et d’autres trucs, c’est à nous de le faire nous-mêmes.

— Et on fait comment ?

— Ah, ben ils vont nous montrer.

— Et qu’est-ce qu’ils vont nous montrer ?

— Qu’on n’est pas tout seuls.

Elle reste silencieuse un moment. Soudain :

— Ni toutes seules, andouille — une nouvelle tape.

Le bus qui arrive est plein à craquer. Peut-être le suivant…

Il fait froid, il pleut. Ils s’étreignent plus serré, pas pour ne pas se mouiller, mais pour se mouiller ensemble.

Loin, quelqu’un attend, il y a toujours quelqu’un qui attend. Et pendant qu’il attend, avec un vieux crayon et sur un vieux cahier jauni, il tient le compte du regard d’en bas qu’on voit à une fenêtre.

(à suivre)

Depuis n’importe où, dans n’importe lequel des mondes.

Sup Marcos

Planète Terre

Février 2013.

…………………….

- « Los Nadies », fondé sur le texte homonyme d’Eduardo Galeano. Interprété par La Gran Orquesta Republicana, bande de ska-fusion, Mallorca, État espagnol, constituée de Javier Vegas, Nacho Vegas : saxos, Nestor Casas : trompette, Didac Buscató : trombone, Juan Antonio Molina : guitare électrique, Xema Bestard : basse, José Luis García : batterie.

- Liliana Daunes narre un conte très autre appelé « Toujours et Jamais contre Quelquefois ». Saluts au Réseau de Solidarité avec le Chiapas, qui lutte et résiste « aquí nomacito » à Buenos Aires, Argentine, Amérique Latine, Planète Terre.

- « Salario mínimo », Óscar Chávez et Los Morales

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2013/02/07/ellos-y-nosotros-vi-miradas-parte-2-mirar-y-escuchar-desdehacia-abajo/

Traduit par El Viejo


posté le 25 février 2013  par sub Marcos 
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