AUX PREMIER ET VICE-PREMIER : JE VOUDRAIS VOUS FAIRE PART DE MON DEGOUT

LETTRE OUVERTE AUX PREMIER MINISTRE ET VICE-PREMIER MINISTRE

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, chargé de la Régie des bâtiments,*
(*Trois nouveaux centres fermés prévus, plus une aile pour les "familles" au 127bis en construction)

Je voudrais vous faire part de mon dégoût. Oui, ce n’est pas très agréable le dégoût il donne des nausées, envie de vomir, et j’en conviens, l’utilisation d’un tel terme peut sembler violent mais il est le seul correspondant à ce que j’éprouve en observant la politique menée par votre gouvernement à l’égard de personnes en exil.

En effet, bien que dans de nombreux domaines la politique suivie actuellement pour "gérer" la réalité migratoire en Belgique ne date pas de 2014, force est de constater qu’elle a été développée en dépit de toute humanité et pour plaire, ou ne pas déplaire ? surtout à l’un de vos deux partis, je pense en particulier à celui dont des membres se rendent à la fête d’un ancien collaborateur. Ce à quoi nous assistons depuis des semaines, des mois, est en réalité un estompement de la norme. La norme ? mais quelle norme ? Rappelons-nous ici que la Belgique est signataire de bon nombre de conventions internationales destinées à protéger les droits fondamentaux de toutes et tous, et en particulier des plus vulnérables.**
(** Convention relative aux droits de l’enfant - La Déclaration universelle des droits de l’homme - Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne- Conventions de Genève,.{{}}..)

Mais vulnérable qu’est ce que cela peut bien signifier face à la course aux voix, à l’égoïsme, le repli sur soi ?

Les éléments que la presse a révélés ces derniers temps ne sont que la pointe d’un iceberg exécrable. Celui du refus d’accueil de personnes en exil et partiellement compensé par la générosité simple et humaine de citoyennes et citoyens qui refusent de voir les frères et sœurs humains dormir dans les parcs, et surtout être poursuivis comme des chiens galeux par vos forces de l’ordre. La course aux chiffres, voire quotas, la chasse aux êtres humains à enfermer envers et contre tout, sont écœurantes. Peut-être que lorsqu’on se trouve bien au chaud, privilégié se croyant tout permis, on ferme les yeux sur ce que l’on ordonne. Pourvu que l’on soit en mesure de prouver aux chères électrices, aux chers électeurs, qu’on a la situation en main, pour les protéger d’un imaginaire danger. La politique de la peur pour faire avaler les couleuvres fonctionne toujours, l’utiliser est preuve d’une énorme faiblesse.
Car il faut être faible humainement pour faire exécuter des politiques telles que les vôtres. Vous semblez vous complaire à suivre la vision de votre pion ; vous lui léchez les bottes. Monsieur le Premier ministre, vous réformez quoi ce faisant ? Monsieur le Vice-Premier je comprends bien, cela entre dans votre philosophie et dans vos valeurs.

Cependant la raison qui a déclenché cette lettre, est bien le dégoût - j’insiste - que m’inspirent vos mensonges. Froidement, d’un air hautain, dédaigneux, vous vous permettez de mentir.

Sans m’étendre sur toute la politique de gestion des personnes migrantes que vous menez depuis des mois car ce serait trop long, je me limite à relever le traitement inhumain, dégradant, en route vers la torture que vous cautionnez à l’encontre par exemple de personnes originaires de pays tels que le Soudan. Si moi, sans cabinet à disposition, sans accès aux renseignements confidentiels comme ceux dont vous disposez, sans moyens financiers et autres, sans possibilité de solliciter des enquêtes, sans être rémunérée pour faire ce "travail", si moi donc, simple habitante de nos régions, je sais qu’il y a des personnes d’origine du Darfour prisonnières dans les centres fermés après avoir été raflées dans la rue par des policiers sur ordre, vous devez le savoir d’autant mieux ! Ces personnes sont apeurées, certaines sont des enfants2 que l’on se plaît à décréter majeurs pour mieux les expulser. De plus, il n’est pas exact que toutes ces personnes enfermées en vue d’expulsion ont accès aux informations nécessaires pour l’introduction d’une demande d’asile, et il est tout autant inexact de proclamer qu’elles ont des avocats ou interprètes, elles ne savent généralement absolument rien sur ce qui leur arrive. Elles sont pourtant détenues et des Soudanais ont été obligés, sous prétextes fallacieux, de se confronter à une délégation d’un pays dictatorial, seuls, sans témoin extérieur et ainsi faire face à leurs futurs bourreaux invités par votre secrétaire d’État afin de les identifier en vue de mieux s’en occuper une fois expulsés... Non, nombre d’entre eux n’ont pas la possibilité d’introduire une demande d’asile et il arrive de manière quasi systématique que des documents en néerlandais, qu’ils ne comprennent pas, leur soient soumis à signature. Alors, officiellement, ils quittent sur base "volontaire", mais en réalité, et vous le savez, tout cela n’est que baratin. Paravent pour vous cacher des atrocités que vous ordonnez, qui vous conviennent, que vous pratiquez sans rougir. Vous avez il est vrai un auxiliaire de première ordre en la personne de votre secrétaire d’État. Tant apprécié par d’aucuns mais si méprisé par beaucoup d’autres.

Je le disais, c’est le dégoût qui m’envahit, un tel manque d’humanité élémentaire ne peut que donner la nausée.


publié le 31 décembre 2017

copyleft Copyleft Indymédia (Independent Média Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.
Top