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Appel à se mobiliser contre la gentrification à Molenbeek et Cureghem

posté le 17/03/17 Mots-clés  logement / squats / urbanisme  luttes sociales 

J’écris ce texte car je suis persuadée que mes peurs et mes envies sont partagées, car je pense pouvoir motiver d’autres gens à agir en parallèle à mes propres actions. Je m’explique.

Je suis née voilà une cinquantaine d’années dans la région de Verviers. J’y ai grandi et vers l’âge de 20 ans, je suis partie pour Bruxelles pour travailler. C’était en 1985. J’ai trouvé une chambre, modeste mais confortable, dans la rue Dansaert. Je m’y sentais plutôt bien. Je me suis très vite fait des copines. Le travail était chiant, ça va sans dire, mais mon quartier était agréable. Et puis, progressivement, les choses ont changé.

Ca a commencé, l’air de rien, par quelques boutiques de mode. Je regardais les gérants d’un air méprisant quand je passais devant leurs magasins, mais ils ne m’avaient pas l’air bien méchants. Des cafés ont ouverts aussi, ou plutôt ils ont remplacé les vieux cafés qui existaient déjà. Des restaurants également. Ces endroits ont commencé à attirer un public différent. Je croisais de plus en plus de touristes, de plus en plus de gens ornés de parures qui puaient le fric. Tout s’est au final passé très vite, en quelques années, avant que j’ai pu me rendre compte de ce qui était en train de se produire et des impactes de ces changements sur ma propre vie. Un jour, mon propriétaire m’a dit que je devais partir. Il allait faire des travaux. Quelques mois plus tard, je suis tombée par hasard sur une annonce pour des appartements à louer dans ce même endroit. Le standing était bien différent, les prix étaient bien plus élevés. J’avais envie de retourner dans le quartier, après avoir habité pendant des mois chez mon amoureuse, mais je n’aurais jamais pu payer le loyer qui était réclamé. J’ai donc déménagé, j’ai habité à plusieurs endroits : Forest, Saint-Gilles, Forest à nouveau, avant de réunir assez d’argent pour acheter une petite maison avec trois de mes amis, dans une perpendiculaire à la rue Heyvaert (Molenbeek).

La vie a suivi son cours, avec ses hauts et ses bas. Jusqu’il y a quelques mois, quand l’idée m’est venue d’aller à une soirée organisée aux Abattoirs. “Boeremet” ça s’appelle. C’est à Anderlecht, pas loin de chez moi, on m’en avait dit du bien, je suis allée voir par moi même. Je suis entrée, sous l’œil d’un vigile, et j’ai fait la découverte d’une grande fête de bourges. Que des blancs, ou presque, bien sapés, bien propres sur eux, qui allongeaient des billets. Et il en fallait des billets. J’ai voulu acheter une Vedett, elle était à 3,5€, ça m’a fait changer d’avis. Le contraste avec l’extérieur m’a saisi, c’était désagréable. J’ai préféré ressortir pour attendre mes amis. En sortant j’ai croisé un jeune homme qui discutait avec un des vigiles. J’ai vite compris que cette personne ne pouvait pas rentrer. La raison était qu’il portait un pantalon de travail. Les ouvriers, ils peuvent rentrer, mais seulement s’ils se cachent ! Quand mes amis sont arrivés, je leur ai plutôt proposé d’aller boire une verre dans un petit bar des environs. Bien moins cher et beaucoup plus agréable.

Cette soirée m’a donné un déclic et j’ai fait le lien avec ce qu’il se passe le long du canal près de la Porte de Ninove. Je me suis dit : “sacrebleu, les bourgeois sont de retour !”. Pas qu’ils avaient disparu de la surface de la terre, vous le savez bien, mais je ne me rendais plus compte de leur existence qu’en de rares occasions, quand par mégarde je m’égarais vers Saint-Gilles ou Ixelles. Eh oui, je dois voir les choses en face, je suis à nouveau menacée. J’ai commencé à me renseigner sur ce qu’il se passait, pour aller au-delà de l’écœurement devant les hôtels, musée et autres saloperies bien visibles. Et ce que j’ai trouvé a confirmé mes craintes : il y a bel et bien des plans des autorités pour gentrifier (j’ai appris ce mot récemment) Anderlecht et Molenbeek. Sur le site des Abattoirs, par exemple, ils l’écrivent noir sur blanc : ils veulent “élargir le cœur de Bruxelles” à Anderlecht et Molenbeek, il y a une “pression de l’habitat et des activités qui s’accroit dans le quartier”, la zone du canal connait une véritable renaissance depuis peu (ils parlent aussi de “(r)évolution” !). Mais moi ils ne vont pas m’avoir avec leurs beaux discours, hein ! Je sais ce que c’est leur renaissance, je l’ai déjà connue, c’est un nouveau quartier à conquérir pour les bourges et la galère pour moi.

Je me suis dit : pas question ! Je me suis déjà faire avoir, je ne me ferai pas avoir une deuxième fois ! J’ai alors essayé de rencontrer des gens qui connaissent ces thématiques, j’ai rendu visite à des associations, des groupes de personnes qui se réunissent pour parler des quartiers qui m’environnent, mais tous m’ont semblé bien mous. Ils veulent parler au bourgmestre, aux échevins, ou que sais-je. Mais c’est qui les responsables de tout ça ? C’est eux ! Ils me font bien rire, à espérer mettre fin à toute cette merde en parlant à ceux qui l’ont lancée. Et le pire, c’est qu’ils ont tous mille exemples qui montrent qu’on n’est jamais écoutés par les autorités, mais ils continuent quand même à leur parler ! Et puis, il y a quelques semaines, après un rassemblement en solidarité avec les migrants, j’ai croisé un petit groupe de gens avec qui j’ai pu discuter de tout ça. Et eux, croyez-moi, ils étaient motivés ! On a discuté longuement et ils m’ont bien décidée à m’organiser, ils m’ont convaincue qu’il était possible de faire quelque chose et que ces cochons d’investisseurs n’étaient pas invincibles.

Je me suis donc mise à m’organiser, avec quelques amies motivées. On parle aux gens, on leur distribue des flyers, mais on aimerait que plus de personnes se sentent concernées et agissent dans le même sens. Je suis persuadée qu’on n’est pas les seules à être dégoutées par la gentrification. J’ai donc décidé d’écrire ce texte et de le publier, pour partager mon vécu et mes craintes, pour partager ma motivation à faire cesser cet affront de plus qu’on fait aux gens qui sont déjà les victimes de la société. Mes demandes et mes propositions sont bien vagues, je sais. Je me dis pourtant que des personnes aux habitudes différentes des miennes trouveront bien une manière d’agir. Ensemble, je suis sûre qu’on peut renvoyer ces enfoirés à Uccle !


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Commentaires
  • on pourrait en discutter dans le centre social ouvert recemment a ixelles. cest une thematique bien locale, actuelle et en meme temps cela se passe dans toutes les grandes villes d’europe. une attaque de la bourgeoisie, qui se sucre au passage et remodèle l’espace pour bien montrer sa superiorité.

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