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Attaque de Strasbourg : la foire aux délires sécuritaires a rouvert

posté le 13/12/18 Mots-clés  antifa  luttes sociales  médias  répression / contrôle social 

Rétention administrative, rétention de sûreté, reconnaissance faciale, perpétuité pour les récidivistes, construction de prisons, de bagnes et de potences… Au lendemain de l’attaque sur le marché de Noël de Strasbourg, Pascal Praud et les experts de CNews organisaient le concours Lépine des mesures répressives.

« Actualité dramatique, actualité mortifère, bien évidemment », déplore bien évidemment Pascal Praud. « Comment mieux lutter contre le terrorisme ? Faut-il manifester samedi ?, interroge le présentateur de CNews, vingt-quatre heures après ce drame qu’a connu la capitale de Strasbourg (sic). Mais avant cela, je voudrais qu’on rende hommage aux taxis de Strasbourg. » En duplex, un de leurs représentants raconte comment ils ont évacué gratuitement les personnes coincées dans le centre-ville. Pascal Praud conclut en poète : « Le cœur d’une ville bat souvent dans la voiture des chauffeurs de taxi. » De même que le cœur de l’info bat sur le plateau de CNews.

« On ne peut pas sécuriser tous les endroits de France », se lamente Pascal Praud. Surtout quand des lycéens font régner l’insécurité, révèle Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police : « Mes collègues qui étaient dédiés à la sécurisation du marché de Noël mardi ont été déroutés de cette mission pour assurer le maintien de l’ordre face aux débordements potentiels des étudiants et des lycées. On a déshabillé le marché de Noël pour habiller le service d’ordre des manifestations estudiantines et lycéennes. » En résumé, les lycéens sont responsables de la tuerie survenue sur le marché de Noël.

« Il y avait effectivement des CRS dévolus à la gestion d’un début de violence chez les lycéens, confirme Véronique Jacquier, journaliste à Sud-Radio. Donc on peut se poser la question : qu’est-ce que ça peut donner samedi si les Gilets jaunes réitèrent leur action avec des forces de l’ordre qui sont au bout du rouleau ? » Il y aura de nouveaux attentats et les Gilets jaunes, comme les lycéens, pourront être qualifiés d’alliés objectif des terroristes.

La journaliste déplore un manque d’« anticipation. Ce fameux Chérif était connu comme le loup blanc, il était fiché S. Quand il y a un marché comme le marché de Noël, est-ce qu’on ne peut pas l’assigner à résidence ? » Après tout, Noël, ce n’est qu’une fois par an. « On a un loup, il y a plein de moutons sur le marché de Noël et on laisse un loup entrer dans la bergerie ! » Mais que font les bergers ? « La question, rebondit Pascal Praud, c’est : comment lutter contre le terrorisme ? » En éradiquant les loups ? « On écoute Eric Ciotti et ensuite Gérard Collomb. » Je brûlais justement d’entendre leur opinion.

En retour plateau, Pascal Praud sollicite un consultant maison, « spécialiste des questions de terrorisme ». « Georges Fenech, j’ai l’impression qu’on fait toujours les mêmes débats après les actions terroristes. » « Effectivement, on refait le même débat. » Mais on ne s’en lasse pas. « Combien de fichés S aujourd’hui en France ? » Et pourquoi ne les enferme-t-on pas ? Georges Fenech dit sa préférence pour le fichier FSPRT et ses « 20 000 individus radicalisés ». « On ne peut pas surveiller ces 20 000 personnes ! », se lamente encore Pascal Praud. Sauf à les enfermer.

« Eric Ciotti soulève un vrai problème, estime Georges Fenech. Je suis d’accord avec lui sur la rétention de sûreté pour les individus déjà condamnés, qu’on doit libérer mais qu’on va garder dans des établissements spécialisés tant qu’on les estime dangereux. » A perpétuité s’il le faut. « On l’a fait pour les criminels sexuels, pourquoi on ne l’appliquerait pas pour les criminels terroristes ? » Rien de plus prudent que garder les gens enfermés sans jugement.

Georges Fenech se montre plus réservé sur « la rétention administrative préventive. Comment rendre conforme à la Constitution une privation de liberté totale d’un individu qui n’est pas passé à l’acte ? Il faut trouver une solution intermédiaire ». Jérôme Poirot, un ancien du renseignement, plaide pour la mise en œuvre d’assignations à résidence. « La résidence, c’est la commune !, s’insurge Georges Fenech. On ne peut assigner que dans le ressort d’une commune ! Imaginez, si vous assignez un Cherif Chekatt dans la commune de Paris… » Ah non, pas d’accord, pas chez moi. « Donc il faudrait améliorer le texte, prévoir une véritable assignation à résidence. » Par exemple, en enfermant l’assigné dans sa résidence fermée de l’extérieur et munie de barreaux aux fenêtres.

« L’assignation à résidence avec obligation de pointer, c’est pas une mesure suffisante, renchérit le syndicaliste policier. On est dans un monde de Bisounours. » Heureusement qu’il y a les Télétubbies de CNews. « Mais qu’est-ce qu’il faudrait faire ? », désespère Pascal Praud. « Il faut qu’on trouve un système de centres de rétention. Il faut qu’on aille plus loin. » Ce n’est quand même pas compliqué d’enfermer 20 000 suspects. Sauf pour le très légaliste Georges Fenech : « Sur quel fait vous allez priver quelqu’un de sa liberté ? » « Si on repart sur les fondamentaux, il faut qu’on trouve une solution. Il faut qu’on évolue. » Sur les fondamentaux ? Je propose qu’on supprime la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du préambule de la Constitution. « Nous sommes en guerre, aujourd’hui. On a eu tendance à l’oublier. » On devrait aussi instaurer la loi martiale. Pascal Praud traduit : « Une sorte de principe de précaution fondé sur le soupçon. » « C’est vrai que ce n’est jamais arrivé en France mais la situation a évolué. » Il n’est jamais trop tard pour établir une dictature.

Georges Fenech exprime de nouveaux doutes sur la rétention préventive. « Ça n’existe que dans un pays, c’est dans les territoires occupés par Israël. » Drôle de pays. L’expert raconte avoir visité ces prisonniers, « certains étaient là depuis des années en détention administrative, l’un depuis sept ans ». Véronique Jacquier réplique : « Nan mais là on parle d’un mois pendant le marché de Noël. » L’Alsace n’est pas la Palestine, on peut y adapter la répression.

« Il faut se mettre à la place des Français. Samedi dernier, il était possible d’arrêter des personnes qui avaient dans leur coffre des boules de pétanque et autres avant qu’elles commettent des méfaits. Ça a été possible ! Et là on nous dit quelqu’un qui a été condamné vingt-sept fois, qui est fiché S… » Il faudrait en priorité interpeller tous les fichés S détenteurs de boules de pétanque. Georges Fenech conteste : « Vous ne pouvez pas mettre sur un pied d’égalité la saisie de boules de pétanque et l’enfermement de quelqu’un. » C’est pourtant ce qui a été fait samedi dernier à Paris : les possesseurs de boules de pétanque (ou de sérum physiologique, ou de masques de protection… ou simplement de gilets jaunes !) ont été interpellés et placés en garde à vue, donc enfermés, avant d’être pour la plupart relâchés une fois la manifestation terminée.

« Comment Cherif Chekatt a-t-il pu échapper aux forces de l’ordre ? », demande Pascal Praud à Philippe B., gendarme tout juste retraité du GIGN. « J’arrive, j’étais pas là aujourd’hui donc je prends les éléments au fur et à mesure. » Ça n’empêche pas de conjecturer. « Qui est Cherif Chekatt ? » « C’est des gens qui sont instables. Vous ne pouvez pas être dans la tête des gens qui sont complètement paumés. » Sauf à les menotter dans des IRM. « On ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque paumé, il y en a trop. » Jusque sur les plateaux télé. « Que fait le GIGN en ce moment ? » « Je vous avoue que je ne sais même pas où ils en sont. » « On est sur Strasbourg ou dans les alentours ? On a une piste ? » Rien du tout.

« Je suis la femme de ce plateau, revendique Véronique Jacquier, je suis pragmatique. Je me pose toujours des questions sur la façon dont il est rentré sur le marché de Noël. L’idée de doter les policiers de caméras à reconnaissance faciale, est-ce que c’est possible ? » « Mais la Cnil ne le permet pas !, peste Georges Fenech. Est-ce qu’il ne faut pas faire bouger les choses ? C’est possible en Chine, en Russie… Chez nous, il faut que la législation évolue. » Pourquoi ne pas adopter la législation chinoise ? Il paraît qu’elle autorise aussi la rétention administrative de dizaines de milliers de Ouïghours. « Mais il y a des caméras partout dans les centre-villes », remarque Pasacal Praud. « Sans reconnaissance faciale ! La Cnil nous l’interdit en France. » Le problème, c’est la Cnil et son idéologie droits-de-l’hommiste.


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