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Bruxelles : Le quartier des Marolles gronde contre les violences de la police

posté le 11/09/20 par lameute.info Mots-clés  luttes sociales  répression / contrôle social 


Un tag à la gloire du quartier orne un mur. ©LaMeute-Moulinette

Le week-end dernier et jusqu’à ce lundi 7 septembre au soir, le quartier de la Querelle, dans les Marolles à Bruxelles, a été le théâtre de révoltes éparses. Après des bris de vitrines, des tirs de feux d’artifice sur la police intervenus les samedi et dimanche soirs, une camionnette a été incendiée lundi soir. Pour la police et les médias locaux, il s’agit d’une preuve de plus de l’incivilité des jeunes des quartiers populaires. Pourtant, ceux-là même racontent une toute autre histoire, celle d’un quotidien de violences et de harcèlement policier.

Il est environ 13h ce mardi au pieds des tours du quartier de la Querelle.

Quelques riverain.es et curieux.ses sont arrêté.es sur le trottoir de la crèche « Les Petits Pas » : iels observent les traces laissées par trois nuits consécutives de contestation. Devant le bâtiment, une bonne trentaine de policier·es quadrillent le périmètre laissé aux ouvriers déjà en pleins travaux de réparation. Ici et là, quelques journalistes interrogent tantôt le parte-parole de la police bruxelloise Olivier Slosse, tantôt Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, qui semble s’être spécialement déplacé pour eux.


Une des nombreuses voitures de police garées autour du terrain de foot du quartier, lieu où les forces de l’ordre auraient effectué une descente selon les habitant·es. ©LaMeute-Moulinette

Sous l’oeil des caméras, l’image est parfaite : d’un côté les jeunes du quartier jouent au foot, surveillés de près par les nombreux fourgons, policiers et brigadiers canin déployés dans tout le quartier ; de l’autre, les équipes de la ville font le ménage pendant que le politique rassure les citoyen·nes. Pourtant, l’ambiance est loin d’être apaisée en ce jour.

Regardant la scène à distance, trois jeunes garçons retracent le fil des événements : « Vendredi soir, il y a eu une descente”, raconte l’un deux. “Les jeunes ont été effrayés. Ils se sont mis à courir parce que la police nous terrorise ». Un des jeunes poursuivis est pris à parti par des policiers. « C’est un mec qui n’est même pas d’ici qui a ramassé, il vient de Hollande je crois. Il se prenait des coups, alors son oncle a voulu intervenir », poursuit un garçon. L’homme -d’une soixantaine d’années- est à son tour frappé par les policiers. Il est transféré à l’hôpital le soir-même. En multipliant les témoignages, les jeunes du quartier sont unanimes ; ce cas est loin d’être une exception dans leur quotidien : « Les flics viennent tout le temps en ce moment. Ils font des descentes et ils nous frappent. C’est tout le temps comme ça ».

Mehdi*, un jeune habitant près du quartier rencontré plus tard, ajoute : « Samedi soir, des petits étaient en train de jouer au foot. Ils sont arrivés avec des gazeuses et des matraques, ils ont commencé à taper et là, toutes les lumières se sont éteintes… et tout le monde est sorti ». Des affrontements éclatent avec la police ; un autopompe est déployé, des policiers anti-émeute arrivent en masse, un hélicoptère entame une véritable chasse à l’homme vue du ciel. Depuis ce soir-là, l’hélicoptère vole chaque soir au dessus du quartier. « Il y a eu des tirs de mortier sur eux, les jeunes avaient la haine », témoigne Mehdi en regardant les policiers postés devant lui. Le jeune homme évoque un climat de violence généralisé. “Un petit a essayé de rentrer chez lui mais les policiers lui ont mis des coups à la tête”.

Comme les autres garçons, cet habitant parle de la récurrence de ces pratiques : « Ils viennent et ils tapent direct sans contrôler ! Quand on joue au foot sur le terrain, ils nous disent : ’’ Cassez-vous ! Vous ne pouvez pas rester là ! ’’ ».

Quand on lui demande si des images des interventions de la police existent, il répond : « Quand ils arrivent, personne ne filme et tout le monde court, on a pas le temps de filmer. En plus, il paraît que toutes les caméras de surveillance sont cassées ici. ». Une aubaine pour les journalistes, qui ont déjà déserté la zone pour laisser place à encore plus de policiers.


Un policier de la brigade canine effectue des rondes dans le quartier. ©LaMeute-Moulinette

Aujourd’hui, le bourgmestre socialiste Philippe Close a mis son plus beau costume pour le dire : il ne faiblira pas face à ses violences. Il affirmait déjà dimanche que les jeunes des Marolles « ont besoin d’une bonne leçon » promettant toujours plus de répression et de droits accordés aux policiers pour traquer les jeunes. « La réponse sera extrêmement ferme et la police de Bruxelles ira tout le temps, partout. ». Touché par ses propos, Mehdi fustige : « Qu’est-ce-que ça veut dire ? Le bourgmestre veut entre en guerre avec le quartier. C’est la guerre pour lui. ».

Aux lendemains de la soirée du samedi, les pompiers menaçaient « d’engager des poursuites pour terrorisme ». Quant à Michel Goovaerts, le chef de la police bruxelloise, il accuse les parents des jeunes présents ces soirs-là. “Ces garçons doivent apprendre les bonnes manières (...). Actuellement, ce sont de vrais petits princes qui font la loi eux-mêmes ”, ajoute-t-il interrogé par Het Laatste Nieuws. C’est donc par la force et la surveillance omniprésente que les autorités entendent faire régner l’ordre dans le quartier de la Querelle, en restant profondément hermétiques aux témoignages de ses habitant·es. La Ville de Bruxelles a, de plus, annoncé vouloir porter plainte et se porter partie civile pour les bris de vitres de la crèche, qui a depuis repris son activité habituelle sans encombre. L’annonce du recrutement de 250 policiers supplémentaires affectés aux Marolles vient ternir d’avantage un tableau déjà peu reluisant.

Déjà excédés par les contrôles incessants, les insultes racistes et la violence légitimée à leur égard, les jeunes du quartier se voient pris en exemple d’une politique répressive de plus en plus assumée et violente. A l’occasion d’un reportage sur la manifestation Black Lives Matter du 7 juin, LaMeute rappelait déjà le durcissement des pratiques policières opérée pendant le confinement dans les quartiers populaires à forte communauté d’immigrées de Belgique. La mise en place de mesures plus strictes liées à la situation sanitaire n’a fait que creuser les disparités en matière de répression. Les jeunes racisé.es sont constamment en proie à des contrôles. Les amendes pour non-port du masque semblent aussi être plus souvent distribuées dans les quartiers populaires : « Ils sont beaucoup plus tolérants avec les autres. Nous, ils sont toujours sur notre dos. En plus, des fois ils ne portent même pas de masque eux-mêmes ! », réagit un jeune homme récemment arrivé sur les lieux.


Des policiers et des agents de la commune encadrent la crèche endommagée ce mardi 8 septembre. ©LaMeute-Moulinette

Rappelons également, de manière non-exhaustive, les affaires en cours sur les meurtres de Mehdi, d’Adil ou encore de Mawda, dans lesquelles les policiers n’ont toujours pas été inquiétés et qui dont l’écho est quasi inexistant dans les discours médiatiques.

De la petite équipe de journalistes plus tôt agglutiné·es auprès de Philippe Close il ne reste, au fil du temps, plus personne. Seuls deux d’entre eux auront pris la peine d’interviewer les jeunes du quartier, et surtout pas pour la TV. Une fois de plus, les médias marginalisent les questions de fond ; pas un mot, pas même une hypothèse formulée sur le racisme de la police, sujet pourtant plus que d’actualité.

Les récents événements du quartier de la Querelle bénéficient du même traitement journalistique : énumération des dégâts -en ne réservant à la version des concernés que quelques lignes en fin d’article si ce n’est absence totale de ces témoignages, porte-voix de la version policière, titres racoleurs, criminalisation... Du pain béni pour l’extrême-droite qui ne cesse de voir le nombre de ses relais politiques officiels augmenter dans le pays.


La Capitale n’y va pas de main morte dans la criminalisation des jeunes qu’elle qualifie de "délinquants des Marolles". / Crédits : Capture d’écran


La DH choisit le sentiment d’insécurité en titrant : « Incidents dans les Marolles : "C’est scandaleux, ce n’était pas comme ça avant" » / Crédits : Capture d’écran


A la RTBF, on opte pour un reportage plus en nuance mais on rassure tout de même ses lecteur.rices quant à l’impartialité sans faille de ses journalistes en précisant : « On ne tentera pas de déterminer qui a raison dans cet article. ». Pour le travail d’enquête journalistique on repassera. / Crédits : Capture d’écran


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