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Communiqué de participant⋅e⋅s au 1er mai solidaire à Saint-Gilles

posté le 04/05/20 par 2 bancs Mots-clés  luttes sociales  répression / contrôle social  sans-papiers  solidarité  action 

À Saint-Gilles, ce premier mai 2020, à proximité de lieux qui organisent collectes et distributions de vivres, ou confection de masques, à l’attention de personnes en situation d’extrême précarité, quelques personnes impliquées dans ces initiatives et des voisin⋅e⋅s solidaires ont décidé de se réunir sur la place dite « des 2 bancs ».

Nous l’avons fait dans un contexte de gestion gouvernementale opaque et désastreuse de l’épidémie de Covid-19, sur cette petite place bordée de banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Du fric pour l’hôpital public », « Justice pour Adil », ou « Des papiers pour tous et toutes », pour tenter d’organiser cette solidarité de manière plus conséquente (ce qui nous est impossible à distance), de faire face à l’urgence sociale.

Nous nous y sommes retrouvé⋅e⋅s en respectant toutes les précautions sanitaires requises (lesquelles ont été enfreintes dès les premiers instants par l’intervention policière et jusqu’à la libération des personnes arrêtées – nous y revenons plus bas).

Nous avons choisi cette date pour deux raisons :

– Le premier mai est un jour de commémoration des combats, parfois sanglants, du mouvement ouvrier. La journée des travailleuses et travailleurs, et non la « Fête du travail ». Or certaines d’entre nous, comme une partie des personnes qui nous entourent ou que nous soutenons – pour beaucoup sans papiers ni droits et dont la plupart n’a pu être présente ce jour-là – n’ont pas d’autre choix que de recourir au travail non déclaré, et n’ont donc désormais plus aucune ressource.

– Nous sommes à la veille d’un déconfinement progressif qui donne la priorité aux relations commerciales plutôt qu’aux relations entre proches ; aux loisirs de luxe plutôt qu’aux possibilités de se défendre contre les ravages sociaux, écologiques et existentiels.
Rien n’a été annoncé ni autorisé pour le nécessaire débat politique public sur la façon dont a été géré cette épidémie, sur quelle vie et quel monde nous construirons après le confinement.

La petite assemblée des lieux et des voisin⋅e⋅s de tous âges venait de commencer, en respectant les distances de sécurité malgré une participation plus importante que prévue – signe encore de l’urgence de permettre à la solidarité de descendre des balcons. Une patrouille de police s’est arrêtée croyant assister à une manifestation illégale. Lorsqu’il fut expliqué de quoi il s’agissait, nous avons conclu l’échange en acceptant de nous disperser. Mais, en quelques instants, une trentaine d’agents ont nassé la place sans sommation. Une trentaine de personnes ont été immobilisées pendant plus d’une heure. Les agents de l’UNEUS ont enfreint toutes les mesures de précautions concernant la contamination, en ne respectant ni les distanciations sociales, ni le port du masque.
Contrôles d’identité, abus d’autorité, impossibilité d’établir un dialogue, stigmatisation des personnes racisées (arrestation en premier lieu d’une personne Soudanaise). Au final, une dizaine d’arrestations, dont une personne sans papiers et deux autres qui passaient par là sans participer à l’assemblée. Trois personnes ont été arrêtées judiciairement après avoir quitté la place. Elles ont été fouillées et colsonnées dans l’espace public, alors qu’elles arrivaient devant le commissariat de St-Gilles, s’inquiétant du sort de personnes sans papiers emmenées par la police.
De nombreuses humiliations ont été commises au commissariat où deux personnes ont été entièrement déshabillées sans raison. Les personnes arrêtées ont été entassées avec d’autres manifestant⋅es dans des cellules collectives, au point de réunir jusqu’à seize personnes dans un espace confiné de 20-25m². L’arrestation motivée semble-t-il par un non-respect des règles de confinement, aura de façon absurde et injustifiée abouti à une détention collective dans des conditions de promiscuité aux antipodes des règles dont la violation était reprochée.

La répression disproportionnée et différenciée n’a fait que s’accentuer avec les mesures de confinement, selon les quartiers et les « profils » des personnes ou des activités incriminés. De nombreux témoignages ont circulé à ce propos. Nous soutenons le collectif de Madre dans sa demande d’une évaluation externe de la brigade UNEUS concernant ses pratiques de violences policières sur les jeunes du quartier, ainsi que toutes les personnes arrêtées ce 1 mai.

Pour peu que les deuxième et troisième vagues de contamination, déjà annoncées, se concrétisent dans les mois qui viennent, aucune mobilisation publique ne serait autorisée d’ici la fin de l’année. "L’après" n’existera peut-être pas avant 2021, et d’ici là, les mesures d’exception risquent de se normaliser si nous n’y faisons rien.
Or, pourtant, il nous faudra bientôt reprendre la rue, en apprenant à protéger les plus vulnérables du virus sans les isoler de nos vies pour autant.
Faire en sorte, dès aujourd’hui, de dresser les comptes de ceux qui doivent en rendre ; prolonger les innombrables initiatives de solidarité qui ont lieu partout ; construire des perspectives émancipatrices autres que la remise au pas de l’économie capitaliste et meurtrière ; soutenir les travailleuses et travailleurs en première ligne ; faire écho aux gestes de soulèvement populaire qui ont eu lieu ces dernières années et aujourd’hui encore dans le monde entier ; prendre soin de nos proches et de nos morts ; soutenir les plus précaires et les victimes collatérales du confinement (violences patriarcales et familiales, détresse économique et médicale, isolement et abandon social, etc.) ; voilà quelques-uns des enjeux en ces temps de pandémie.
Enfin, nous continuerons à nous renforcer, dans cette période qui fragilise nos intimités ; nous continuerons à partager l’information, les analyses de la situation, et les moyens de la surmonter ; et nous continuerons à refuser de laisser confiner nos colères.

— Des bénévoles, voisin⋅e⋅s, et passant⋅e⋅s impliqué⋅e⋅s dans des initiatives solidaires et participant⋅e⋅s de l’assemblée du 1er mai 2020, Place des 2 Bancs, à Saint-Gilles


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