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D’une approche technique de la révolution

posté le 30/01/17 par Metsa Kettu Mots-clés  antifa  luttes sociales 

Le précédent texte que nous avons pu écrire en rapport avec la manifestation du 17 décembre dernier soulevait deux points à notre sens intéressants : d’une part la question de la responsabilité des agent.e.s du système et de notre droit de faire fi de leur statut en réponse à l’oppression qu’yiels appliquent ; d’autre part — thématique que nous n’avons pas traitée plus en profondeur — celle de la maîtrise des rouages du système par nos ennemis (fascistes, et étatistes).

Nous traiterons ici un peu moins de la pensée fasciste que de ce dernier point, étant encore dans une phase de documentation sur le sujet. Néanmoins, nous tenons à souligner l’importance de l’étudier, pour la même raison que le libéralisme ou celle de tout autre ennemis. Pour rappel, l’argument sanitariste consiste à dire que le fascisme est mal parce que fasciste n’a jamais apporté (et n’apportera jamais) une réponse suffisante à toutes les personnes confrontées d’une part à la violence du système et d’autre part aux propositions simplistes de ce mouvement. Les fascistes se jouent de cette image, jouant de la victime et des limites. Ainsi voit-on Marine Le Pen dire qu’elle n’est pas raciste, mais qu’elle se préoccupe du bien-être des français.e.s, peu importe leur couleur de peau. Ainsi voit-on Hervé Van Laethem dire que Nation n’a rien à voir avec les nazis.

Soit, revenons à notre sujet principal. Une fois de plus différents ouvrages ont traité de la question, un des plus connu étant celui de Malaparté, "Technique du coup d’État". À travers l’analyse de plusieurs coups d’État de l’époque contemporaine en Europe, il montre comment ce n’est pas par un rapport de force sur le terrain face aux forces de police (un des moyens rodés et défensifs de l’État) que ceux-ci ont pu réussir, mais parce que leurs organisations se sont basées sur une approche technique faisant fi du contexte social et de savoir si la masse du peuple était prête à partir en révolution. Pour reprendre l’exemple de la révolution bolchevique d’octobre 1917, c’est parce que Trostky avait mis en place différents groupes d’actions composés d’électriciens, mécaniciens, et autres qui ont pris le contrôle des infrastructures à l’intérieur des bâtiments protégés de l’insurrection par la police que le putsh a pu réussir.

Face à l’insurrection, l’État utilise sa police, dont les moyens — défensifs, offensifs, stratégiques, organisationnels, légaux, et (de manière plus générale) oppressifs — sont beaucoup plus développés et puissant que ce à quoi à accès la population en insurrection. Autremement dit, l’État reste maître dans le rapport de force qui s’établit dans la plupart des cas et a les moyens de s’adapter à de nouvelles situations et de nouvelles critiques. En prenant l’exemple récent des manifestations contre la loi El Khomri en France, combien de personnes blessées, arrêtées, poursuivies, et bien plus, quand policièr.e.s et politicien.ne.s restaient bien cozy, bien au chaud dans des demeures acquises sur la misère du peuple.

Nous ne nions pas l’importance d’un mouvement de masse, mais face à un appareil aussi bien organisé et institutionnalisé avec des moyens et une expertise inégalable, il nous semble primordial de repenser cette approche technique dans le cadre de la société actuelle. Parce que les outils de l’État se sont adaptés et que nos méthodes ne l’ont pas fait. Parce que l’évolution de la structure sociale implique de repenser certaines pratiques révolutionnaires.

Nous pouvons de cette manière résumer le principe de l’approche technique sur l’idée qu’il faut avant tout analyser où sont les infrastructures critiques de l’État, et mettre en place une tactique calculée sur leur prise de contrôle. Ainsi, celui détient les infrastructures de l’État détient l’État.

Structure sociale

Au cours des différentes luttes sociales qui ont pu se dérouler sur les 200 dernières années, afin d’éviter leur perte, institutions étatiques (internationales incluses) et capitalistes ont répondu à certaines demandes dans un jeu de compromis. En face, suite aux acquis, les mouvements sociaux sont peu à peu rentrés dans le cadre légaliste, se sont institutionnalisés, comme c’est le cas des syndicats en Belgique qui en terme de lutte sociale en sont réduits au bac à sable. Le niveau de vie moyen s’est élevé, la classe moyenne s’est développée, bref, la majorité de la population vit dans une misère moins violente que celle qu’elle avait pu vivre auparavant. Ce faisant, l’idéologie dominante et son Histoire se sont imposées dans les esprits, cachant peu à peu les questions radicales (penser le problème à la racine) pour faire place à une espèce de muppet-show dans lequel le peuple se contente d’un droit de regard sur les actrices et acteurs.

Ainsi, le niveau de violence à laquelle sont confrontés des êtres humains qui, chaque jour de leur vie, subissent la domination et l’exploitation est devenu suffisamenent acceptable pour que la propagande capitaliste en arrive à être défendue par ceux-là. L’implication d’un tel phénomène est simple : l’insurrection et la révolution ne passeront probablement qu’après un retour à une violence extrême pour nous, mais qui était normalisée dans le contexte de la révolution industrielle. C’est ce qui s’est passé en Grèce, où de nouvelles solidarités se sont créées après une longue période à subir les désitératas des vautours et despotes de la Troïka. C’est ce qui se passera peut-être aux États-Unis si une guerre civile n’éclate pas avec l’arrivée de Trump et que ce dernier persiste dans ses attaques.

Ces propos, bien sûr, restent très vagues et certainement peu valides en terme d’analyse scientifique. Ce que nous voulons mettre en avant peut se résumer plus simplement : il faut que la masse se prenne une sacré dose de mandales dans la face avant de réagir. Cela fait écho à ce qu’écrivait Castoriadis lorsqu’il disait qu’il suffisait de compresser la pauvreté sur 20% de la population pour maintenir le système capitaliste en place.

Un autre point important à notre avis sur cette question de l’évolution de la structure sociale est celle de l’interdépendance dans une société qui s’est structurée autour de la mobilité. Avec le développement de l’automobile principalement, impliquant celui de toutes les infrastructures nécessaires à son utilisation — réseau routier, espaces répartis autour de l’utilisation de la voiture (comme la séparation entre quartiers résidentiels, zonings industriels, commerciaux, etc.), et avec la réduction de la classe ouvrière au profit de la classe moyenne, la population est devenue de plus en plus dépendante de sources externes pour répondre à ses besoins.

Ainsi voit-on tous les jours des milliers de travailleuses et travailleurs traverser le pays pour aller travailler ; ainsi se sont développés des réseaux de distribution centralisés autour des entreprises et de certaines institutions despotes pour tous les besoins de base telles que la nourriture, l’eau, l’électricité, etc. ; ainsi la majeure partie de nos activités sont dépendantes d’éléments externes à l’environnement géographique local dans lequel on se situe ; dépendance de plus en plus difficile à éviter grâce à un État qui ne cesse d’augmenter son emprise sous prétexte de notre bien-être (pensons simplement à ces fascistes du contrôle sanitaire qu’est l’AFSCA et qui d’ici quelques années voudra certainement qu’on déclare si on fait pousser des légumes dans notre jardin ; ou encore au vol qu’est le fait de devoir payer un cadastre ; à la manière où, de la naissance jusqu’à après la mort, le système et les capitalistes ont le contrôle de nos corps).

Cela amène à ce que la transition vers des modes de vie plus autonomes soient rendus plus difficiles encore. Une population qui est de moins en moins capable de se nourrir elle-même ne peut se libérer de sa dépendance aux magasins. Une commune, si sa "population" doit passer la majeure partie de sa vie active en dehors de celle-ci, ne peut se libérer du carcant de l’État et du capitalisme. L’idéal d’une libération commune par commune passe ainsi à la trappe.

Une approche technique

Pour répondre à la nécessité de détruire l’État pour que se développe une société pleinement libre, il nous faut poser quelques considérations morales, afin d’éviter de tomber dans ce qui fait du léninisme une dictature. L’approche technique du coup d’État telle que posée par Malaparté implique que l’on veuille prendre possession de celui-ci. Or on ne peut jamais avoir confiance en qui détient le pouvoir, qu’il s’agisse d’un.e libéral.e, d’un.e communiste, ou même d’un.e anarchiste. Le pouvoir est source d’enjeux, de corruption, et de façon générale d’une grosse partie des problèmes que l’on vit au quotidien.

C’est pour cette raison qu’il nous faut pas *avoir* le pouvoir, mais le *détruire*. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas le prendre et que nous voulons détruire toute institution source de domination, étatiques comprises, et ne jamais passer par la case "prendre possession de l’État" pour le supprimer. Il s’agit ici d’une différence fondamentale avec la question du coup d’État telle que Malaparte la traite, ainsi qu’avec les exemples qu’il soulève.

Cependant, tout cela n’amène pas à ce qu’il faille réduire en cendre systématiquement toutes les infrastructures, celles-ci pouvant bénéficier à tous et toutes (sauf pour certaines, comme la police, le parlement ou l’administration) — pensons à la facilité de réutiliser ce qui existe déjà, comme les oligarques de l’église catholique qui se sont réapproprié les infrastructures de l’empire romain. Cela implique en fait d’en prendre contrôle dans cette optique de la révolution sociale.

Un autre point auquel il nous faut prêter attention, en référence à la momie du Kremlin, est que cette approche ne nécessitant pas l’appui de la masse ou d’une insurrection populaire, nous pouvons vite tomber dans la facilité de se donner le rôle de sauveuses et sauveurs du peuple. Cela contreviendra à nos principes de bases, et nous ramènerait à ce problème de prise de pouvoir dans la direction de la masse et de la révolution. Nous ne pouvons prôner l’autonomie et l’anti-autoritarisme si nous le faisions. Dans un tel cas, nous ne serions pas mieux qu’un.e Lénine ou qu’un.e maître.sse d’un autre bord.

C’est pour cela notamment qu’il faut envisager cette approche comme une tactique s’inscrivant d’une stratégie révolutionnaire plus large. Seule, elle n’est garante de rien, sinon de la fin d’une institution parmi d’autres (qui n’est jamais qu’un pantin au service d’institutions internationales comme l’UE pour bon nombre de pays d’Europe). C’est par cette stratégie, impliquant un travail de terrain de prise de conscience, de luttes, de construction de solidarités, que ce mode d’action peut s’intégrer parfaitement pour porter des coups durs à nos adversaires, fascistes compris.es.

Afin de rendre ce mode d’action efficace, il nous faut connaître les différentes infrastructures techniques qui font tourner l’État et le système capitaliste. Les connaître non seulement de nom, mais également dans leur fonctionnement. Pour l’informatique, pour les réseaux de transport, et pour tout autre noeud central pour les institutions, il nous faut des personnes de métier ou aux compétences de métier ; mais pas seulement, il faut également comprendre le fonctionnement de ces infrastructures dans le détail, et souvent la meilleure façon de le faire, c’est de l’intérieur. Rappelons qu’ici nous ne discutons pas de répéter l’erreur réformiste, il s’agit d’apprendre dans le détail ce qui permet au système de fonctionner.

Pour terminer, si les fascistes misent sur les rouages institutionnels pour prendre le pouvoir, comme tout autre rapace, de la NVA au PTB, nous ne pouvons pour notre part le faire pour les raisons suscitées. Que nous reste-t-il ? Des sabots.


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