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Des détenus de Forest, Lantin et Namur racontent...

posté le 14/05/16 Mots-clés  alternatives 

Après la décision du gouvernement d’envoyer des militaires en renfort pour assurer la sécurité dans les prisons, après l’annonce hier d’un nouveau Master Plan pour les prisons qui consiste de construire 4 nouvelles prisons, d’accélérer la construction de la maxi-prison à Haren et d’élargir plusieurs prisons existantes, après de nombreuses déclarations dans la presse concernant la multiplication d’incidents, de destructions et d’incendies dans toutes les prisons où les gardiens sont en grève,
les syndicats des gardiens ont décidé de poursuivre leur grève.

Voici quelques témoignages depuis l’intérieur. N’hésitez pas à nous envoyer d’autre témoignages sur cavale@riseup.net

Courage à tout le monde, et force et détermination pour ceux qui expriment leur rage et leur solidarité. Détruisons les prisons.

DEPUIS LA PRISON DE FOREST

3 mai
Nous avons 1 paire de chaussettes, 1 pantalon, 1 chemise, 1 serviette, 1 slip. Pour moi c’est comme ça depuis le 18 avril. Un camarade de cellule n’a que cela depuis deux mois. On ne reçoit pas des vêtements de rechange, on est donc obligé de laver tout à la main, en cellule, dans un lavabo sans eau chaude.
Depuis six jours, il n’y a eu de préau. Pourtant, on est à trois dans la cellule. Une personne dort sur un matelas par terre. Chaque nuit, les souris nous rendent visite car ça fait 1 semaine que nos déchets n’ont pas été ramassés. Depuis 10 jours, on n’a pas pu nettoyer la cellule, car on refuse de nous donner un seau, une serpillière et du détergent. Même le papier toilettes nous manque. On promet de tout : plus tard, plus tard.
On reçoit une fois par jour un repas de midi, c’est souvent très peu : juste quelques tartines, un petit peu de garniture et du café froid qu’on tente alors de réchauffer nous-mêmes.
Il y a six jours, j’ai cassé mes dents, mais comme ils ne viennent plus chercher les rapports, je ne peux pas voir le dentiste.
Les policiers présents ne font rien d’autre que de jouer des jeux sur leur téléphone, ou du base-ball avec leurs matraques et des boulettes de papier.

5 mai
Des gars ont mis le feu à l’extérieur de notre fenêtre. On a dû fermer la fenêtre pour éviter que l’odeur et la fumée rentrent dans la cellule. C’est déjà le deuxième incendie. La tension monte, je crains de plus en plus qu’une fois, ça va finir mal.
15h10. On voit des ambulanciers qui courent, quelqu’un s’est pendu dans sa cellule. On entend les cris de gens en panique. Les gens deviennent désespérés dans ces conditions. Je ne sais pas si la personne vit encore. Il y a beaucoup de policiers.

6 mai
Ce matin, on a reçu nos médicaments. Ils ont donné uniquement les calmants pour anesthésier les détenus, ils n’ont pas donné d’antidépresseurs. Mon camarade de cellule aura dû voir le médecin hier, mais c’était impossible.
Il est déjà 14h et il n’y a toujours pas de repas car il y a des incidents. On n’a toujours pas eu de préau. Mais j’ai une nouvelle positive. J’ai pu appeler pendant cinq minutes. Quel soulagement.
Le directeur est passé pour saluer et rassurer tout le monde personnellement, j’apprécie son geste.

7 mai
Comme je reste toujours correct, on m’a finalement quand-même donné une serpillière pour nettoyer la cellule. Ils savant que je ne suis pas un violent. La cellule était dégueulasse, j’ai dû recommencer plusieurs fois. Aujourd’hui, la distribution des médicaments était complète, mais il n’y a pas eu de petit-déjeuner, pas de café. Pas de préau, pas de visite, toujours pas de vêtements propres, que de l’eau froid d’un lavabo qui fuit depuis des semaines. Le matelas de la personne qui dort par terre va se mouiller.
Je regarde à travers la fenêtre et ce que je vois, c’est le bordel total : il y a de tout, des vestes, des couvertures, des pots de yaourt. Je vois des rats qui se nourrissent. Je me suis porté volontaire plusieurs fois pour travailler, mais rien.
On met à nouveau le feu dans notre section. On sent le plastic cramé, la fumée se répand, on doit fermer la fenêtre.

8 mai
La température grimpe dans la cellule, il fait au moins 30 degrés. Les pollen soufflent dans la cellule, les moustiques sont de retour en masse. On s’étouffe. Je suis extrêmement nerveux et je n’en peux plus. La vermine rentre par tous les côtés ici. Toujours les mêmes draps et vêtements.

9 mai
Je suis un peu malade : maux de tâte, mal à l’estomac. J’ai dormi presque tout la journée. J’ai demandé des médicaments, mais rien n’était possible. Ils n’écoutent pas, ils ne répondent pas. Plus tard, un repas misérable, pas de café, rien.
On a pu avoir une douche, mais il n’y avait pas de l’eau chaude. A geler ! Je ne me sens toujours pas bien, donc je me couche de nouveau, entre les émeutes. Quel bruit il y a ici, c’est assourdissant, je mets des bouts de papiers dans mes oreilles en espérant de pouvoir dormir un peu. J’en ai marre, j’en ai vraiment marre, ma tête est sur le point d’exploser.
22h. On nous a donné un pantalon et une chemise, mais pas de médicaments contre les maux de tête. L’infirmière est là, mais on me dit qu’elle n’est pas là. Je viens de la voir passer. Ils mentent sans honte.

10 mai
Je me sens toujours malade, faible. Je dors beaucoup. Je tousse et j’essaye de le dire à un chef, mais ils passent sans rien vouloir écouter. Je ne peux même pas demander de voir un médecin.
Cette nuit ça a pété : toute la section a commencé à taper sur les portent et à crier. C’était assourdissant. On a essayé d’inonder la section, l’eau est passé en cellule en dessus de notre porte. On a aussi à nouveau mis le feu.

11 mai
A midi, j’ai pu voir le dentiste. Il m’a cousu à cinq endroits dans ma bouche et m’a filé deux paracétamol contre la douleur. J’ai demandé des médicaments toute la journée, mais sans résultat.

12 mai
Il y a eu une distribution de courrier, mais je n’ai toujours pas vu de médecin ou de psychiatre. Depuis 13h, j’ai le droit d’appeler, il est maintenant 18h30. Entre temps, mon camarade de cellule m’apprend le polonais.
Tout d’un coup, ils sont venus donner des nouveaux vêtements. C’est étrange, car il y a deux jours, on en avait déjà reçu.

DEPUIS LA PRISON DE NAMUR

Cela se passe très mal. La porte s’ouvre une fois par jour, pour les repas de la journée. Et puis, plus rien. La poubelle est remplie, elle pue, personne ne vient la vider. La toilette est bouchée depuis 3 jours, tout le monde s’en fout. On nous laisse dans notre merde. Normalement, on a droit à un préau par jour. Depuis, lundi on n’est pas sorti de notre cellule. De 18h à 20h, on peut avoir des activités, bavarder, jouer avec les autres détenus, mais ici rien de tout ça ! C’est insupportable. Les fautifs, c’est pas nous ! Ce n’est pas de notre faute si ils sont mal payés !

Et les policiers ?
On les appelle, mais personne ne vient. On a un bouton pour les appeler et une lumière s’allume au-dessus de notre cellule. Mais ça ne sert à rien. On frappe sur la porte, on casse des meubles, mais rien n’y fait. On a encore plus l’impression d’être coupé du monde. Si un détenu a un problème de santé, personne ne viendra l’aider. C’est inhumain comme situation.

Contacts avec d’autres détenus ?
On les entend à travers les murs et les fenêtres. Tout le monde en a marre. Certains sont seuls en cellule, sans télévision, sans radio, sans aucun contact. Déjà, en prison, c’est pénible. Mais là, c’est encore pire. Certains détenus n’en peuvent plus.

DEPUIS LA PRISON DE LANTIN

Je vous jure que cette grève est en train de créer des monstres ! Nous sommes enfermés comme des lions, des rats. Nous, détenus, allons sortir un jour, et nous serons en colère. Pour l’instant, Lantin, c’est pire qu’Alcatraz.

L’hygiène est déplorable, ça pue dans les cellules. Des gens ont attrapé des infections. Mais on ne peut pas prendre de douche. Chaque lundi, on commande notre cantine. Par exemple, du lait, des yaourts, que la prison obtient à bon prix car ils sont à la limite de la date de péremption. On les recevra en retard, certainement quand ils seront périmés. D’autres détenus n’ont pas leurs médicaments.

Au 4e ou au 5e, un prisonnier a brûlé la porte de sa cellule. Certains ont reçu des coups. Jeudi, trois ambulances sont entrées. Ça commence à chauffer même si on essaie de rassurer les plus jeunes qui sont terrifiés. C’est un cirque, pas une prison. On est à bout. On est enfermé 24 heures sur 24. Je réfléchis beaucoup... Ma femme et mes enfants me manquent. Je ne vois pas le bout du tunnel. L’isolement, c’est le pire. On demande juste un peu de dignité et de respect...


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Commentaires
  • 2 juin 2016 23:24, par chris. Dison

    à tous les détenus ,privés de liberté, vous savez rester dignes malgré les nombreuses peines ajoutées à votre peine. sachez qu’à l’extérieur, vos proches sont très actifs ; malgré les trops nombreuses lourdeurs administratives, des personnes bienveillantes avocats,médecins,prètres,assistants sociaux... se démènent au quotidien pour que vous puissiez conserver votre dignité. Pouvons nous espérer que notre pays dit civilisé se mette à réfléchir et inventer une méthode humaine de traiter ses semblables ?

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