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En Israël, Charlie Facho transformé en tract électoral de l’extrême-droite

posté le 09/11/18 Mots-clés  médias  antifa 

VIDÉO - Un parti ultra-nationaliste israélien s’était vu interdire la distribution du « numéro des survivants » aux électeurs, dans le cadre de la campagne des législatives. La Cour suprême vient de lever l’interdiction, considérant que cette diffusion constitue « une propagande électorale légitime ».

L’édition post-attentats que les Français se sont arrachée en kiosque est devenue un symbole étonnant en Israël : celui de l’extrême-droite. Fin janvier, le chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman a invité ses partisans à acheter le « numéro des survivants » de Charlie Hebdo, publié le 14 janvier mais non diffusé en version papier en Israël, et à le distribuer aux électeurs. Le candidat aux législatives sous les couleurs du parti ultra-nationaliste Israël Beiteinou (« Israël notre maison ») réagissait à la décision d’une librairie d’annuler la vente du magazine satirique en magasin.

La librairie Steimatzky à Tel-Aviv avait choisi de proposer le numéro spécial de Charlie Hebdo uniquement en ligne pour éviter les débordements, à la suite d’une plainte du Haut Comité arabe. L’organe représentant la minorité arabe d’Israël avait mis en garde l’enseigne contre la « provocation » qu’aurait constitué la vente du journal. Un député arabe avait de son côté adressé une lettre au premier ministre Benyamin Nétanyahou pour lui demander d’intervenir contre la vente du magazine satirique. « Personne ne peut prédire les conséquences » de cette « grave, dangereuse et stupide provocation », écrivait le représentant de la Ligue arabe.

L’annulation de la vente avait suscité la colère d’Avigdor Lieberman. « Nous ne permettrons pas à l’islam extrémiste de terroriser Israël et d’en faire un État qui intimide et menace la liberté d’expression », avait-il affirmé. Les militants ont donc répondu à son appel, en distribuant gratuitement des exemplaires de Charlie Hebdo aux abords de la librairie. Mais le 4 février, la commission électorale a interdit cette distribution gratuite du journal, arguant que la distribution de cadeaux dans un lieu public était interdit aux partis pendant la campagne précédant les élections.

Tout en obtempérant, le candidat et ses partisans ont contourné l’interdiction. Au lendemain de la décision, postés au même endroit et arborant pour la plupart un scotch noir symbolique sur la bouche, ils proposaient aux passants de consulter les éditions du journal présentées sur un stand. En plus de la consultation du journal, les sympathisants d’Israël Beiteinou invitaient les passants à signer une pétition contre l’interdiction intitulée « Aujourd’hui un journal, demain l’hymne ». « C’est un sérieux coup porté à la liberté d’expression. Il s’agit d’une capitulation face au terrorisme de l’islam radical et à ses représentants à la Knesset (le parlement israélien, NLDR) », pouvait-on lire sur le document cité par YNetNews.

« Propagande électorale légitime »

En parallèle de cette opération, Avigdor Lieberman avait adressé un recours auprès de la Cour suprême israélienne pour contester cette interdiction. La plus haute instance judiciaire israélienne lui a donné raison, jeudi. « Dans le cadre de la propagande électorale, les plaignants ont le droit de distribuer le numéro spécial du magazine français Charlie Hebdo auprès des électeurs », a statué la Cour. « Il s’agit d’une propagande électorale légitime ». Dans le compte rendu de la décision, l’un des juges estime qu’interdire la distribution du magazine au parti « constituerait une violation excessive de la liberté d’expression », rapporte le quotidien israélien Haaretz .

L’affaire a suscité quelques critiques ironiques en Israël. « Des représentants d’Israël Beiteinou qui se battent pour la liberté d’expression et la démocratie en notre nom à tous ? On dirait que la fin du monde est arrivée », raillait ainsi une actrice arabe israélienne comme le relève Courrier International . En janvier, un dessinateur israélien soulignait qu’« en Israël, un hebdomadaire comme Charlie Hebdo ne pourrait pas exister » en raison d’une « loi interdisant d’offenser les sensibilités religieuses ». Reste que jusqu’à la date du scrutin, prévu le 17 mars, les militants d’Israël Beiteinou ont désormais le droit de distribuer Charlie Hebdo en guise de tract électoral.


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