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FN 303 : la petite histoire du LBD belge - Partie 3

posté le 09/03/20 Mots-clés  répression / contrôle social 

Partie III : l’euphémisme de la létalité réduite

Les récentes révoltes partout dans le monde ont été particulièrement violentes. Si les violences et les massacres lors de révoltes populaires ne sont pas neuf.ve.s, il faut reconnaître que en France, on a jamais autant parlé de ces violences policière et de répression d’état que ces dernières années. Comme si une période d’accalmie trop longue nous avait presque fait oublier l’omniprésence de la police et de leurs armes de mort. L’usage des armes comme les Flash-ball, LBD 40 ou FN 303 nous était presque inconnu alors qu’elles n’ont pourtant jamais cessé de blesser, de tuer et de mutiler les populations les plus oppressées ; qu’il s’agisse des migrant.e.s, de personnes racisé.e.s, ou des habitant.e.s des quartiers populaires, Aujourd’hui, ces armes dites "à létalité réduite" sont omniprésentes dans les mains des policier.ère.s et l’état a déployé ses plus beaux discours de bons sentiments pour justifier leurs proliférations en maintien de l’ordre ou dans les missions ordinaires de la police.

Si la doctrine officielle présente le recours aux armes dites "à létalité réduite" comme une alternative à la force létale, la réalité nous montre par contre qu’elles peuvent souvent aboutir à un usage abusif, disproportionné et beaucoup plus brutal que ce qui aurait été possible avec les équipements traditionnels.

[Moins de létalité, plus de mutilations]

Des chercheurs de « Physicians for Human Rights », une ONG qui existe depuis 1986 et qui documente et plaide contre les violations des Droits de l’Homme partout dans le monde, ont consacré une recherche sur les armes "à létalité réduite" à projectiles à impact cinétique (comme le FN 303 ou le LBD 40) en maintien de l’ordre sur une période de 17 ans (de 1990 à 2017). Iels ont analysé 3228 cas d’utilisations desquels ont été recueillies des données sur 1984 blessé.e.s. De cet échantillon : 53 personnes sont décédé.e.s (3%) et 300 blessé.e.s ont été mutilé.e.s à vie (15 %). Au total, 71% des personnes blessé.e.s par des armes dites "à létalité réduite" à projectiles à impact cinétique ont souffert de blessures sévères nécessitant une prise en charge médicale professionnelle. La pertes de la vue (entièrement ou partiellement) due à un tire au visage représente 87% des mutilations à vie. Il s’agit ici d’une étude se concentrant sur l’usage de ces armes en maintien de l’ordre exclusivement, là ou elles sont le plus utilisé actuellement ; ce qui ne fut pas toujours le cas. En 2019, « Désarmons-les ! », le collectif contre les violences d’état, relevait que de 1999 à 2019 en France, 69 personnes avaient été rendue borgnes à cause de violence policières dont 61 à cause de lanceurs de balle en caoutchouc. Nous n’avons pas trouvé traces de chiffres comparatifs pour la Belgique.

[Un usage disproportionné et banalisé]
Mais le premier des risques est certainement d’ordre politique. Une banalisation de la force létale, perçue comme exempte de risque, peut conduire la chaîne de décision politique à opter pour une intervention sans qu’il y ait d’intérêts tangibles pour la justifier. Si l’on compte sans doute moins de décès en manifestation qu’à une époque révolue, le recours de plus en plus important à des armes intermédiaires, à compter des années 90, a entraîné un nombre important de blessés graves. Comme le souligne le Défenseur des droits en France : « Par ailleurs, le caractère “non létal” des armes de force intermédiaire conduit en pratique les agents à les utiliser avec moins de précautions que les armes traditionnelles ». Le Défenseur des droits relevait qu’en 2012, il a été fait usage de Flash-ball et de LBD 40 à 2663 reprises, soit en moyenne sept fois par jour et qu’une partie significative de ces tirs ne relevait pas d’opérations de maintien de l’ordre durant des manifestations publiques. A titre de comparaison, dans un rapport de janvier 2019, Dunja Mijatović, commissaire des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe révèle que sur les 4 premiers mois des manifestations des Gilets jaunes en France, les forces de l’ordre avait effectué 12.122 tirs de lanceur de balle de défense (LBD 40 en majorité ainsi que Flash-ball.)

[Aucune bonnes utilisations possibles]
Nous savons que certain.e.s policier.ère.s ne sont pas formé.e.s à l’utilisation de ces armes dites “à létalité réduite” et que les formations au maniement de celle-ci ne remettent jamais en cause le caractère supposé moins létal de ces armes ce qui a permis de rendre leur utilisation banale voir perçue comme sans conséquences au sein de forces de police. L’étude de « Physicians for Human Rights » conclu que les lanceurs de balle en caoutchouc comme le FN 303, le Flash-ball ou le LBD 40 ne sont pas des armes appropriées dans la gestion des foules et, spécifiquement, dans l’objectif de les disperser. Force est de constater, d’après les recherches menées, que dans la pratique, il est presque impossible pour la police de se servir correctement de ses armes tant les distances préconisées de tir pour faire baisser la potentielle létalité et la précision nécessaire du tir pour ne pas toucher une zone dangereuse voire mortelle sur le corps de la victime sont profondément incompatibles. Cette incompatibilité s’accroît dès lors que ces armes se retrouvent utilisée dans un contexte de manifestations publiques et de foule dense.

[Un usage abusif puisque non nécessaire]
Une autre question importante vient remettre en cause l’argumentaire officiel voulant que ces armes seraient des alternatives moins létales. Mais moins létale par rapport à quoi ? Si longtemps, l’état a fait tirer sur des foules émeutières, a fait charger à la baïonnette et tirer à la mitraille du canon sur le peuple en colère ; la dernière fusillade de masse dans un contexte de contestation sociale en Belgique est sans doute celle de Grâce-Berleur en 1950 qui vit réprimer dans le sang des manifestant.e.s opposé.e.s au retour du roi-collabo Léopold III et fera 4 victimes dont trois militants syndicaux et résistants. Contrairement à ce que le nom même “d’arme à létalité réduite“ voudrait induire comme raisonnement fallacieux, ces armes n’ont pas remplacé l’usage d’arme à létalité non-réduite qui n’étaient plus déployées depuis longtemps et qui, même à une époque reculée, n’étaient que rarement utilisées. Il s’agit véritablement d’une militarisation du maintien de l’ordre et pas d’un glissement vers une forme de répression moins létale voir moins violente ... bien au contraire. A titre d’exemple, ni la police allemande, ni la police britannique n’utilise de lanceurs de balle en caoutchouc. Le maintien de l’ordre est-il impossible dans ces pays ?

Sachant cela, l’usage abusif de la force et des armes dites “à létalité réduite” nous conduit à la question encore plus préoccupante du recours à ces nouvelles armes à des fins de torture et de la terreur qui est liée à cette possibilité par la police et l’état. Quoi qu’il puisse en être, ces armes dites "à létalité réduite" ont conduit, dans nos régions, à une remise en cause même du droit de manifester (en tout cas sans crainte pour sa vie et celle de ces camarades) et ces politiques violentes et liberticides ne font que se renforcer, enrobés dans des discours euphémisant, odieux et factuellement faux ; l’état essaye encore une fois de nous faire gober que si la police tire : c’est pour notre bien.


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