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Facebook bannit des pages anarchistes et antifascistes

posté le 23/08/20 par de crimethInc. Mots-clés  solidarité  répression / contrôle social  médias  luttes sociales  luttes numériques / internet 

Le texte "On Facebook Banning Pages Associated with Anarchism And the Digital Censorship to Come", traduit par "Sur le bannissement par Facebook de pages anarchistes et antifascistes et la censure digitale qui vient", a été publié le 19 août 2020 sur le site de crimethinc.com suite au banissement par facebook de la page de CrimethInc., de Itsgoingdown.org et de nombreuses autres pages anarchistes et antifascistes.

Le texte analyse la stratégie répressive - de l’Etat et des compagnies propriétaires de réseaux sociaux qui lui sont soumises - qui consiste supprimer les pages de mouvements sociaux contestant le pouvoir établi, de groupes et militants anarchistes et antifascistes luttant pour un monde meilleur, voix dissidentes... sous prétexte de "violence" (un terme dont la définition n’est jamais neutre et souvent au service du pouvoir), en les fourrant dans le même sac que des groupuscules d’extrème droite, groupes néo-nazis... (dont leurs pages sont quant à elles rarement supprimées sans mouvement de pression populaire).

Voici le lien pour le texte en français :
https://crimethinc.com/2020/08/19/sur-le-bannissement-par-facebook-de-pages-anarchistes-et-antifascistes-et-la-censure-digitale-qui-vient

et l’original en anglais :
https://crimethinc.com/2020/08/19/on-facebook-banning-pages-that-support-crimethinccom-and-the-digital-censorship-to-come
qui comprend aussi des liens vers des réactions de solidarité en ligne écrites par différents médias, groupes activistes et personnalités.

Une lettre ouverte de solidarité a également été publiée (en anglais) le 22 août et a été signée par de nombreux-ses groupes et personnes :
https://crimethinc.com/2020/08/22/open-letter-stand-with-anarchist-publishers-banned-by-facebook-announcing-a-solidarity-statement-from-anarchist-agency
Ce texte analyse également l’attaque sur les moyens de communication utilisés par les mouvements sociaux et activistes comme un moyen de casser la communication et la transmission d’information entre elleux avant une attaque répressive de plus grande ampleur.

N’oubliez pas qu’il existe des outils grand public pour remplacer facebook et détruire son dangereux monopole dans l’organisation de nos luttes. Quelques pistes ici :
https://framasoft.com/fr/
https://degooglisons-internet.org/fr/
https://framasphere.org/
https://diasporafoundation.org/

Et enfin, le texte en français ci-dessous.

— ->>>

"Sur le bannissement par Facebook de pages anarchistes et antifascistes et la censure digitale qui vient :

Facebook (FB) a supprimé plusieurs pages qu’ils croient être connectées à crimethinc.com et itsgoingdown.org, parmi d’autres pages anarchistes et antifascistes (1), officiellement parce qu’elles « soutiennent la violence ». Cela n’a rien à voir avec stopper la violence mais tout avec la répression des mouvements sociaux et des moyens de tout un chacun de s’organiser localement.

FB s’est toujours vendu comme un moyen d’aider les gens à créer des réseaux pour répondre à leurs besoins. Des représentants de FB ont fièrement parlé de leur rôle dans le soulèvement égyptien. Leur décision de bannir les mouvements sociaux montre qu’ils sont tout-à-fait prêts à s’engager pour que les seules formes d’activisme qui émergent soient celles qui bénéficient au pouvoir en place. Donald Trump a demandé pendant des mois ce coup de bâton dans une série de posts sur les réseaux sociaux qui accusaient explicitement les anarchistes et les antifas lors du mouvement national de protestation cristallisé par la violence policière endémique aux US.

La définition de la violence n’est pas neutre. Dans la définition de FB, il est légitime pour la police de tuer un millier de personnes par an tout en en expulsant, kidnappant et emprisonnant des millions — il est légitime de bombarder des civils, tant que l’agresseur est un gouvernement établi — mais c’est « violent » d’empêcher un suprémaciste blanc d’attaquer une foule ou de renvoyer une cartouche de lacrymo aux flics qui l’ont lancée. Baillonner les voix de celleux qui cherchent à protéger leurs communautés de la violence blanche et institutionnelle est une décision nette de normaliser la violence tant que ceux qui l’utilisent sont un pouvoir établi.

Mettre les anarchistes et les antifas dans le même sac que les milices d’extrême-droite qui soutiennent explicitement l’État est un mouvement stratégique pour brouiller les pistes. C’est la même opération qu’avait menée William Barr [1] en créant un groupe de travail au département de la Justice sur les « extrémistes anti-gouvernement » de toutes sortes. Dans le cas de la Justice, ça leur permet de montrer du doigt les attaques de milices d’extrême-droite pour demander des ressources pour attaquer celleux qui sont en première ligne pour défendre les communautés de ce genre d’attaques. Ils essayent de faire la même chose aux gens de Black Lives Matter, en les associant aux néos-nazis et aux nationalistes blancs dans la case « extrémistes raciaux ».

Après qu’un fasciste ait tué Heather Heyer pendant le mouvement « Union de la droite » à Charlottesville, une énorme pression populaire est montée pour virer les fascistes et les suprémacistes des réseaux sociaux. Cette fois-ci, l’impulsion vient d’en haut, à un moment où les mouvements sociaux ont été essentiels pour l’ouverture à l’échelle nationale des discussions à propos de l’oppression et de la violence d’État. C’est une contre-attaque des gens au pouvoir contre les sites qui ont publié les idées de celleux qui se sont mobilisé·e·s contre le fascisme à Charlottesville. Ce n’est pas une coïncidence que ça arrive peu après que Trump ait déployé les troupes fédérales à Portland, Oregon, provoquant des semaines d’émeutes. Pendant que l’extrême-droite continue à s’organiser sur FB et que millions de gens répandent des mensonges dangereux à propos du Covid, FB coopère activement avec l’administration Trump pour réprimer les voix dissidentes.

Ne nous y trompons pas, si ceci passe sans réaction, ça ne s’arrêtera pas là. Plus il devient banal que les gouvernements puissent décider de quelles voix peuvent s’exprimer sur les réseaux sociaux, plus la censure va s’infiltrer profondément dans la société et plus elle va façonner ce qu’il est possible de penser, d’imaginer.

Si vous vous sentez concerné·e·s, s’il vous plaît utilisez tous les moyens à votre disposition pour diffuser ce message. FB ne devrait pas pouvoir décider pour vous de ce qui est un discours sensé. Ensemble, solidairement, nous pouvons créer un monde meilleur, dans lequel personne de sensé n’a à craindre que les fascistes, les gouvernements ou des compagnies multi-milliardaires ne puissent supprimer sa liberté d’expression.

Note
Ndt : It’s going down et CrimethInc sont deux importants médias anarchistes aux États-Unis. D’autres pages reliées à des groupes anarchistes ou antifascistes ont également été supprimées ; c’est le cas de celles de The Base, Revolutionnary Abolitionist Movement ou PNW Youth Liberation Front.

(1) Certains des autres comptes Facebook bannis aujourd’hui sur base du même prétexte appartenaient au musicien MC Sole, à l’auteur de "Truthout" Chris Steel et au site d’infos européen Enough is Enough."


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