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Guyane française : Réplique d'un collectif de migrants à la Cimade

posté le 24/05/14 Mots-clés  sans-papiers  solidarité  Peuples natifs  Indigné / Occupy 

Il y a quelques jours, l’association d’aide aux étrangers, la Cimade Guyane, s’est exprimée sur pour répondre au "Manifeste des immigrés en Guyane française" repris dans plusieurs médias. Une lettre ouverte écrite en collectif et qui rassemble les témoignages de plusieurs migrants dans ce département français d’outre mer.

À la lecture de l’interview de la Cimade Guyane, nous souhaitons revenir sur plusieurs points et ainsi apporter de plus amples éclaircissements. Notamment à destination de celles et ceux qui prennent de façon bien trop personnelle nos remarques et interrogations pourtant légitimes.

Pourquoi avons nous décidé de rédiger ce manifeste et parler de ce qu’il se passe au sein des associations défendant les étrangers en Guyane française ?

Depuis 2012, date de création de notre collectif, nous avons commencé à suivre des personnes migrantes qui se démenaient avec la Préfecture de Guyane pour avoir une réponse à leurs demandes de titre de séjour. Pour ces cinquante personnes, et en deux ans, nous n’avons pas réussi à obtenir le moindre rendez-vous avec la Cimade Guyane, par téléphone. Vous lisez bien, pas le moindre rendez-vous.

Parmi ces personnes, nous avons l’exemple de deux cas concrets. Deux personnes qui - par inquiétude et désespoir - appelaient cette structure tous les lundis pendant plus de deux heures cela pendant plusieurs mois. Quand finalement elles ont enfin réussi à joindre quelqu’un de la Cimade Guyane, la prise de rendez-vous pour s’occuper des démarches de régularisation était impossible pour une raison inconnue et non justifiée.

Donc, pour palier à ce problème, notre collectif a dû faire jouer de ses réseaux personnels. Et nous avons ainsi réussi, uniquement grâce à eux, à faire recevoir pour rendez-vous une quinzaine de personnes à la Cimade Guyane, en passant directement par ses membres bénévoles au lieu de dépendre de ce filtre tellement puissant qui est leur téléphone.

Autre soutien de taille, nous avons également écrit et contacté le siège de la Cimade en métropole, ce qui nous a été d’une aide précieuse puisque grâce à elle, quelques individus dans des situations vraiment très pénibles semblent aussi avoir été reçus à la Cimade Guyane.

Si dans notre manifeste nous faisons part de notre étonnement envers les associations de défense des étrangers dont la Cimade Guyane en première ligne, c’est d’autant plus interpellant et essentiellement du fait qu’elle soit la principale association de défense des étrangers sur place. Et, qu’elle soit l’une des seules qui semble être véritablement reconnue par l’état lui permettant ainsi de faire un formidable travail reconnu à l’échelle nationale.

Malgré tout le bien que l’on peut en dire, et en dépit du formidable travail et du bénévolat dont font preuve ses membres, pendant deux ans et en écoutant les migrant(e)s que nous avons suivis, ainsi qu’en écoutant les personnes que nous avons croisées, nous avons eu de nombreux retours et échos concernant la Cimade Guyane.

En voici quelques uns :

Il y aurait (notez notre choix volontaire de recourir à l’hypothèse) des personnes aux permanences de la Cimade Guyane en centre ville, nous parlons ici de l’accueil en ville, pas des personnes dans le CRA qui passeraient leur temps de permanence à gérer leurs affaires personnelles devant et sous le nez des migrant(e)s. Pas discrètement dans une autre pièce, mais bien devant eux !

À ce titre, nous avons reçu une plainte de mécontentement d’un ressortissant français qui se serait déplacé avec un membre de sa famille afin d’obtenir des informations, et qui nous affirme avoir entendu à plusieurs reprises des personnes passer leur temps "à organiser des sorties en carbet sympas" ne se doutant pas qu’il comprenait parfaitement tout ce qu’il entendait. D’ailleurs, l’impression qu’il nous a donné sous entend qu’il "ne s’agirait pas d’un phénomène isolé" et qu’en plus, tout cela serait fait devant et sous les nez des étrangers "comme que par moquerie", nous a t-il dit.

D’autres personnes, et pas n’importe lesquelles puisque anciennes bénévoles (!) nous ont directement contactées pour dénoncer "des stratégies bien claires de carrière" où des personnes à la Cimade Guyane empêcheraient des bénévoles de prendre plus qu’un seul rendez-vous par mois. Ces mêmes personnes semblent soupçonner qu’il y aurait une espèce de "contrôle excessif" sur la quantité de dossiers à traiter (statistiques), en dépit de la réelle disponibilité des intervenant(e)s bénévoles.

Certain(e)s autres personnes se sont même directement plaints auprès de nous car ils/elles ont eu l’impression que l’aide aux étrangers était un sujet mineur "à côté de la promotion de la carrière des uns et des autres" qui semblent s’éventrer pour l’éventualité d’un poste payé au sein de cette association. Un agacement au point que ces bénévoles qui nous ont approché, se sont senti(e)s touché(e)s et se sont occupé des étrangers "en cachette", en dehors du cadre de la Cimade Guyane, et sans que les autres membres de cette structure ne le sachent.

Autre fait, mais pas le moins important, on nous a dit qu’il y aurait des personnes qui se moqueraient ouvertement des étrangers du fait qu’ils ne maîtrisent pas parfaitement le français. Il faudrait pourtant, et avant tout, voir et relire les textes en langues étrangères (issus d’un traducteur web ?) affichés et indiqués pour renseigner les migrant(e)s . On peine à tout y comprendre en constatant ce qu’il y est écrit en anglais, espagnol et portugais. Quel dommage de ne pouvoir bénéficier pleinement de vos précieuses informations pourtant si difficilement compréhensibles.

C’est évidemment pour toutes ces raisons que nous sommes étonnés par les réponses et justifications de la Cimade Guyane dans l’interview de Guyaweb. Lorsque la personne qui interviewée affirme "nous recevons tous les migrants", permettez-nous de sérieusement en douter. Très sérieusement.

Depuis 2012, des membre de notre collectif contactent, appellent, écrivent aux intervenants de la Cimade Guyane sans succès. Il aura fallu que nous publions un manifeste et qu’il apparaisse dans les médias pour qu’enfin, à la Cimade Guyane, on se rende compte de notre existence et qu’on daigne prendre notre attache.

Mais pas de façon formelle ! Quelqu’un qui s’est identifié comme membre de la Cimade Guyane nous a contacté sur notre page Facebook (son commentaire est visible plus bas). Après quelques échanges, nous n’avons pas pu lui donner la réponse qu’elle attendait dans l’immédiat. La seule personne de notre collectif qui s’occupe des questions de séjour et qui pourrait les rencontrer de suite se trouve actuellement en métropole. Pas assez rapide et explicite, voici que cette personne affirme que nous avons refusé tout contact. Formidable nouvelle !

Pour indication, les membres de notre collectif sont très dispersés, nous en avons Brésil, nous en avons en Guyane dans les communes du centre et ouest guyanais, du littoral, nous en avons en France métropolitaine et, très heureusement, nous comptons aussi sur l’aide d’autres ressortissants en Europe. Pour ce qui est de "mettre en place des solutions", nous avons fait appel à des individus qui s’y connaissaient en matière de droit français et notamment sur le droit des étrangers.

Bien évidemment, nous avons du mal mettre en première ligne certains de nos membres migrants en Guyane. La peur de subir du harcèlement (nous avons eu plus d’une personne qui nous a quitté à cause de cela), la peur de se faire pénaliser professionnellement ou bien la peur de ne pas réussir à avoir leurs papiers en Préfecture, sont des réalités. C’est aussi une des raisons qui a motivé notre choix de nous constituer en collectif.

C’est aussi pour cela que nous relayons, dans mesure du possible, des informations sur notre page pour que les ressortissants étrangers puissent essayer de gérer leurs problèmes par eux-mêmes mais avec un minimum d’informations. Tout en sachant, pour dire ça de façon très ironique, que notre présence à leurs côtés en Préfecture ne les aiderait pas plus que cela.

Nous ne demandons pas l’impossible. Nous ne demandons pas aux associations qui s’occupent des étrangers de faire l’inimaginable. Nous savons évidement qu’elles accomplissent un travail important avec les moyens et le temps dont elles disposent.

Pour que les choses continuent à évoluer et pour que les choses aillent plus loin, nous ne cesseront de faire le relais et de faire entendre des voix de migrants en Guyane qui nous sollicitent. Cela, en communicant sur des cas concrets rencontrés, ceux de personnes en grande détresse et qui ont très peu ou aucun moyen financier ou intellectuel pour se défendre.

N’en déplaise à certain(e)s.

Brasileiros na Guiana Francesa
http://goo.gl/f6vxoV


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