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Je suis un mécréant et je l’assume

posté le 15/10/18 par https://www.marianne.net/debattons/tribunes/je-suis-un-mecreant-et-je-l-assume Mots-clés  antifa 

Puisqu’on m’accuse de trahison envers la religion de Mahomet, autant l’assumer tout de suite : je suis un mécréant. J’ai cessé d’être musulman. L’ai-je vraiment été ? Non. Un peu. De force. On m’a obligé à l’être. Enfant, j’ai joué le jeu. Je n’avais pas le choix. J’ai appris à réciter, mécaniquement, comme mes camarades, des sourates et des hadiths. C’était seulement pour des notes, pour ne pas échouer. L’école algérienne voulait faire de moi un croyant, domptable à souhait, un soumis. Raté. J’ai résisté avec mes moyens et, surtout, grâce à la chanson kabyle engagée, au barde Matoub Lounès et aux valeurs de mes ancêtres.

Je l’ai dit quelque part : je suis un rescapé de l’école algérienne. J’aurais pu devenir djihadiste. Le système éducatif de mon pays natal m’a inculqué toutes sortes d’énormités. On m’a appris à détester les « mécréants », à me moquer des autres religions, à rabaisser la femme, à mépriser les homosexuels, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes, les athées... On m’a appris à combattre la démocratie, à défendre la primauté des lois de Dieu sur celles des hommes. On m’a enseigné comment faire du prosélytisme, comment utiliser la taqîya, la ruse. On m’a exhorté à contribuer, d’une manière ou d’une autre, au Royaume d’Allah, sur Terre, pour mériter plus tard, une fois au Ciel, les 72 houris et les rivières de vin… Adolescent, nourri au lait de la révolte, j’ai rompu les chaînes, j’ai refusé l’intolérable ; puis, plus tard, je suis devenu, tant mal que bien, un citoyen libre, épris de philosophie, armé de doutes. J’ai pratiqué l’art et côtoyé des artistes. J’ai dessiné. J’ai écrit. J’ai gueulé contre l’imposture islamiste, ses inepties, ses temples et ses sponsors.

C’est sur les routes de l’exil, en Occident, que je rencontre la première fois l’« islamophobie », ce vocable polysémique, vague, vulgaire et dangereux. Les islamistes, sournois, l’instrumentalisent à des fins de conquête, tandis que des intellectuels mous, égarés dans des causes surannées, ou alliés objectifs des premiers, le rabâchent à tort et à travers. Cela me donne le tournis. Leurs airs de perroquets ivres me foutent souvent en rogne. C’est tellement facile de s’inscrire dans le camp hypocrite d’un Bien imaginaire, celui de « Nous-sommes-tous-des-frères », que d’affronter le Mal réel de l’idéologie macabre des "Frères" et de leurs avatars. La première attitude ne demande aucun effort intellectuel, aucune nuance, aucun risque. La seconde exige, au contraire, de la lucidité, de la responsabilité et du courage.

Ce ne sont pas les soutiens des islamistes qui se font menacer ou assassiner, mais les laïcs, les femmes et les hommes libres qui affrontent, sur le terrain idéologique, et parfois militaire, les soldats d’Allah. La laïcité, le débat d’idées, la raison et la critique de l’islam n’ont jamais tué personne ; l’islamisme, quant à lui, a engendré des centaines de milliers de morts.

Je le dis une fois pour toutes : haïr les musulmans, c’est un délit, car c’est du racisme. Critiquer l’islam, c’est un droit. Combattre l’islamisme et le djihadisme, un devoir.

Je ne travaille à la solde d’aucune chapelle. Je n’obéis qu’à mon intuition de poète. Je ne renie ni mes origines ni mes convictions. Ceux qui m’accusent de servir la main invisible de l’ancien colonisateur se trompent de cible. La justice, comme la vérité, a un seul visage. Je la proclame sur toutes les crêtes. J’emprunte des sentiers escarpés, le dos chargé de quêtes périlleuses. Comment pourrais-je tourner le dos aux musulmans, moi qui en viens ? Ce sont des citoyens comme les autres, qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Je les défendrai toujours, avec vigueur, s’ils sont victimes de xénophobie et les critiquerai, avec non moins de force, si certains d’entre eux se comportent comme des inquisiteurs.

Ayons le courage de dire que quelque chose ne tourne pas rond dans la religion musulmane. Nous avons beau la qualifier de « religion de paix, d’amour et de tolérance », nous avons beau disculper certains de ses textes, les violents, la vérité nous explose à la face à chaque réveil tourmenté. Sans islam, il n’y aurait jamais eu d’islamisme. L’islamisme et le djihadisme ne sortent pas de nulle part. Les raisons peuvent certes être sociales, mais elles sont surtout et avant tout idéologiques. Que cela plaise ou non, les racines de la violence se trouvent bel et bien dans les lettres, dans le Coran et les hadiths.

Je ne fais qu’exprimer ce qui me pèse. Je ne peux retenir plus longtemps cette vérité sue de tous, mais tue par presque tous. Je pousse un cri dans le chaos du monde. Je parle pour dénouer la corde qui bride la plupart des élites. J’écris pour planter le courage et disperser l’épaisse brume des tabous. J’enfile les mots, au gré du hasard et de la musique, comme des pierres, comme des flèches. Je tire. Je ne tue pas. Je gratte là où ça fait mal. C’est mon métier de poète révolté qui l’exige. Je cible la tyrannie du silence. La banalité du fanatisme. La falsification de la morale. Je n’aime pas les « ânes savants » et les savants faussaires.

Je fais miens ces mots de Ionesco, dénichés dans son livre Présent passé Passé présent : « Si je faisais semblant d’aimer ce que je déteste, je détesterais moins, j’aimerais peut-être, je me laisserais faire, je me laisserais violer, je finirais par adorer. Il me suffit de dire que je ne suis pas vaincu par l’ogre et que l’ogre n’est pas un ogre mais il est amour, qu’il est la révolution bénéfique. C’est ainsi qu’on adopte les tyrans. »

Une fois n’est pas coutume, je donne raison aussi à Sartre. Comme lui, « je hais les victimes qui respectent leurs bourreaux ». Tant que l’islam ne sera pas réformé, autrement dit, tant qu’il n’aura pas été apaisé, expurgé de ses messages de haine et de guerre, je continuerai, que cela plaise ou non, à en dénoncer les dérives.


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