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"Journalistes en guerre contre le péril jaune"

posté le 23/12/18 Mots-clés  luttes sociales  médias  antifa 

"L’un des intérêts de la révolte qui gronde, et il n’est pas mineur, est d’avoir escamoté un masque. Jusqu’au 17 novembre, premier Episode des Gilets jaunes, sur les écrans de télévision, ou derrière les micros, les commentateurs, reporters, correspondants nous étaient présentés comme des « journalistes ». Alors que le plus souvent, en bons chiens de garde, ils répétaient seulement les éléments de langage transmis par la Place Bauveau. Elle-même dressée, instruite et respectueuse des impératifs des maîtres, c’est-à-dire tout mettre en œuvre pour tenir le rythme de leurs extravagants profits…"

"Subitement, sans doute jugée pas assez pugnace, l’armada des bavards menteurs et autres porteurs de micros a soudain été remplacée sur les antennes par de vrais flics. Depuis le 17 novembre, pas un écran pas une oreille n’échappe aux commentaires du policier-expert, de l’expert-policier ou de l’expert-expert. D’hommes et de femmes, cartes de flics dans le sac à main pour lesquels le matraquage ne s’opère plus avec des bâtons, mais avec des mots. Le « story telling » de l’ordre, pas forcément républicain. Saluons donc cette réforme audiovisuelle subreptice, elle a l’avantage d’installer l’authentique contre la copie, le vrai policier contre l’imité.

En Mai 68, par des affiches collées sur les murs en révolte, les citoyens avaient été prévenus : « ORTF : tous les soirs la police vous parle ». Un conseil d’ami comparable à celui aujourd’hui imprimé sur les paquets de cigarettes : « Attention fumer tue ».

Cette fois rien, aucun principe de précaution contre la nocivité des chaînes d’infos Nescafé (instantanées). Et nous autres, pour retrouver un poil de sagesse, réclamons derechef le retour de l’ORTF. L’Office de l’époque, pourtant honni, aurait été incapable de générer le fleuve de mensonges et de propagande qui vient de nous engloutir. Ce qui démontre que la presse « libre » l’est surtout de nous vitrifier. Imaginez que, sans broncher, des « journalistes » ont mis en ligne des vidéos captées depuis des caméras installées sur des casques de policiers. En 60 ans nous sommes passés du CRS=SS au CRS-reporters. Un vrai progrès. Mais, en ces heures de privatisation de la Justice est-il opportun de rappeler que chaque fois qu’un policier, qu’un gendarme, prend la parole en public il enfreint et le secret judiciaire et le secret professionnel. Pas grave. Chez les magistrats ne parle-t-on pas du siège, et la loi est faite pour s’asseoir : bientôt nos policiers seront dotés de cartes de presse. Ce ne sont pas eux qui, soudains relativistes, manif pour manif, vont nous rappeler le coût de la reconstruction, à Rennes, du Parlement de Bretagne après qu’il ait été incendié par des pécheurs en colère : cinquante-deux millions. Les pécheurs c’est le vrai pays, la vraie colère. Pas l’anti France.

Pour mesurer l’effet du mensonge réfléchissons à ce que produit ce bombardement du faux sur l’opinion ? Les instituts de sondage nous répondent : « la montée du Front National (excusez- nous pour l’usage maintenu de ce label indémodable). Ah bon ! Voilà donc que, passés à l’essoreuse des rondpoints, les Gilets Jaunes, qui n’ont rien de « fachos », auraient subitement décidé de voter Marine Le Pen ? Pourtant c’est faux puisque les « sans dents », ceux qui sont « personne », les « gaulois réfractaires » en jaune, n’ont pas ou peu changé d’avis. Leur geste citoyen fondamental étant de refuser de voter, pour l’essentiel ils restent encore sur cette position nihiliste. Et Mélenchon n’a pas davantage réussi à convaincre ces hommes et ces femmes qui ne croient plus qu’en eux mêmes. Ce qui est beaucoup.

L’enflure de la proposition Le Pen vient d’ailleurs, de cette peur entretenue depuis un mois par les dociles médias. Ah les si utiles « casseurs » ! Ah le fleuve de larmes des commerçants « saccagés » ou « ruinés ». Avec chômage technique en vue et pourquoi pas la clé sous la porte. C’est ici, dans cette nébuleuse qui plane au-delà des Gilets Jaunes, et englobe le gratin des classes moyennes voire dirigeantes, qu’il faut chercher le regain lepéniste promis pour les prochaines élections européennes. Peu de « Jaunes » dans le lot. Ou plutôt les desperados suprêmes qui envisagent le vote FN comme une arme de destruction massive. Alors qu’il est l’avoine d’Emmanuel Macron. Et que le FN est contre l’augmentation du Smic, contre l’imposition des riches et vote en aveugle les lois scélérates du Parlement européen ! Peu importe, pendant les prochains mois les « journalistes » qui ont repris leurs sièges, encore chauds des fessiers de police, vont vous démontrer que cette montée du FN porte le maillot jaune. Un indice devrait les troubler, le fait que la moitié des Gilets Jaunes sont des femmes et pas toutes « illettrées ». Et que celles-ci votent très peu pour l’extrême droite… Cette acmé de Le Pen vient de cette France effrayée par des discours d’apocalypse, l’annonce de manifestations avec des morts promis des blindés. D’une « prise de l’Elysée » promise aux descriptions de « scènes de guerre » ou de « guérilla », par des « journalistes » qui n’ont jamais mis un orteil dans un pays soumis à la vraie violence… Voilà le carburant de la fusée Le Pen. C’est cette France qui se croit menacée de tomber à son tour Gilets Jaunes, et qui a peur d’eux, qui émigre de chez Macron ou Wauquiez vers Le Pen. Comme le cadre effrayé par la perte de son tableau d’avancement. Bien sûr, puisque le diable de l’immigration est l’épée magique de nos politiciens, Emmanuel Macron l’a dégainée dans son discours post Baden-Baden. Et d’autres pyromanes à sa suite. Il s’agit de brandir la haine de l’étranger, le « Pacte de Marrakech » comme une mouche au-dessus de la truite, convaincre que l’urgence n’est pas de se loger, de se nourrir, mais de bloquer l’invasion, le « grand remplacement ». Ainsi « les immigrés sont devenus une menace mortelle pour tous les villages de France », jusqu’au Puiset-Doré (1193 habitants), où, hors les voiles de veuves le noir et le café sur le zinc, le noir est inconnu. Alors que ces « immigrés » débarquant en tsunami ne sont que 0,2 % de la population. Une propagande venimeuse qui, nous montrent les enquêtes, prend très peu au sein de la communauté en révolte : le Jaune n’est pas la couleur du FN.

Tout cela au grand désespoir des médias, ceux qui s’estiment sérieux, pédagogiques, désintoxiqués. Qui lancent des injonctions à voter pour les candidats des banquiers qui sont leurs propriétaires : « pour éviter le Front National ». Alors qu’eux, ces « journalistes » qui parlent et écrivent comme des planches à billets, ils l’aiment le FN. Comme une chose utile, la boule blanche du billard. Marine ? C’est leur outil, leur miroir aux alouettes, leur épouvantail. Sans FN ? Plus de Macron au pouvoir, lui ou son hologramme, la finance. Viendrait peut être un vrai nouveau monde, sans Pinault, Niel ou Arnaud. Sans BFM comme Académie. Lors de la dernière élection présidentielle Libération, le quotidien du milliardaire Dhrahi a titré : « Faites n’importe quoi mais votez Macron ». Sans imaginer que voter Macron c’était faire « n’importe quoi ». Pas une seule seconde ces employés fidèles n’ont imaginé qu’assigner le peuple à voter Macron était lui proposer un avenir en gilet jaune, pour les uns. En « frontiste » pour les autres.

Faites un test de résistance à la torture. Soumettez un ami, réputé en bonne santé et résistant, aux rafales télévisées de Cohn-Bendit (un ami de l’OTAN qui n’a jamais eu d’ampoules aux mains), de Goupil qui balance ses sottises comme grenades dégoupillées. Soumettez-le encore à Aurore Bergé, à Amélie de Montchalin, à un sous ministre de je ne sais quoi, nommé Attal. Si votre ami n’est pas mort, après avis médical, achevez la séance avec Griveaux et Legendre. Prêt à avaler des torrents d’encre bleu marine votre cobaye aimé va crier grâce pour échapper à cette gégène des neurones. Au discours de ceux qui pensent bien, et pour nous. Bourdieu a jadis évoqué les dégâts provoqués par « les racistes de l’intelligence ». Les voilà, ce sont eux. Même si c’est insulter l’intelligence, ils s’imaginent tels. Et les Gilets en pauvres cons. Le résumé de tout cela nous l’avons en vidéo sur Youtube. A l’image, sur BFM, un robot mayennais nommé Bruno Jeudy qualifie un révolté de « faux Gilet Jaune » au prétexte qu’il exprime, en excellent français, un discours politique parfaitement documenté et construit. Le statut du gueux doit rester celui de « Deschiens », la norme naguère établie par cette odieuse série de Canal Plus (Ah, les dégâts de l’esprit « Canal », celui du dédain ! ).

Bref, par la magie du gilet le crétin est devenu visible. Mauvaise nouvelle « l’illettré » ne reste plus à sa place devant Hanouna. Un abruti homologué qui, justement, a signé une pétition pour que les Gilets regardent ses insanités plutôt que de se rendre aux rond-points. Le « blanc » ordinaire, fauché, malade sans soins ne doit pas sortir de son image celle d’un homme sans qualité. Forcément raciste, homophobe, paresseux, amateurs de foot et buveur de « Kro ». Et c’est pire quand il manifeste un drapeau tricolore à la main, l’emblème d’un pays où il n’a aucune part de marché.

Pour exprimer leur mépris, celui de ce peuple misérable, les plus humains de des éradicateurs b-h-liens enfoncent le clou, celui qui accroche leur image au mur de la honte, en utilisant des décombres d’un marxisme tourné en dérision. Les autres, pour bétonner leur bonne conscience, vont au plus simple. Ils piochent leur haine dans Cabu et son « Beauf », dans le « Dupont Lajoie » de Boisset. Haines de classe.

Personne n’a commenté la justification symbolique de la chasse aux Gilets Jaunes organisée dans Paris par le pouvoir. Apprend-on encore en licence de socio de quelles façons les pauvres, petit à petit, furent chassés des villes, Paris en premier ? Si ce n’est pas le cas nous allons réviser grâce au formidable livre du philosophe marxiste (eh oui) Henri Lefebvre qui, à Nanterre, a croisé Paul Ricoeur le gourou de Macron. Je cite la présentation, en 2010, faite par Laurence Costes dans la revue « Espaces et Sociétés » où elle évoque « Le Droit à la ville » livre de Lefebvre publié en 1968 :

« Le phénomène urbain, tel qu’il se manifeste aujourd’hui, est une transformation majeure considérable ; sa généralisation, provoquée par l’expansion du mode de production capitaliste à l’ensemble des pays, témoigne de la portée de ce phénomène. Ainsi, Henri Lefebvre est un des premiers et rares à oser proclamer, dans cet ouvrage, la fin de la ville industrielle et l’émergence d’une réalité nouvelle, celle de l’urbain, affirmant l’éclatement de la ville en périphéries, en banlieues, ce que les années qui ont suivi ont confirmé, au-delà des espérances et des méfiances de l’auteur. Avec cette révélation, Lefebvre anticipe les mutations sociales et spatiales observées depuis par les sociologues de l’urbain. ».

Tout est écrit, dit, prévu-là. Les riches ont eu assez de mal à virer les pauvres de Paris – et de tous les cœurs de nos grandes villes- pour les laisser faire, les laisser revenir même pour quelques heures passées en jaune. La mortelle « décentralisation » les a rendus à leur « territoires », à leur bouse. Ils doivent y rester collés. Et, par exemple, les Nantais ne doivent épuiser leur énergie que dans un seul but : réclamer leur rattachement à la Bretagne. Tant pis si c’est grotesque sur le plan de l’histoire et si, en 1851 la mairie de la ville chassait le Breton comme on le fait aujourd’hui du « migrant ». Bref, tout est permis au gueux sauf sa présence sur le pavé de la Bastille. Des Bastilles.

Pour leur faire barrage la police et la gendarmerie, au prétexte de « casseurs » qui tombent à pic, ont mis en œuvre des moyens militaires : balayons du macadam ces cow boys de passage. Tout cela après le savant blocage, en amont, aux péages de la place forte des nantis, et celui des métros et du RER. Un couvre-feu de peste aviaire pour que le peuple ne puisse reprendre possession de ce qui fût sien."


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