RSS articles
Français  |  Nederlands

1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Cet article n'a pas encore été modéré par le collectif Indymédia Bruxsel.
Raison de la mise en attente :

L’anarchisme est une théorie de la liberté qui repose sur un principe totalitaire

posté le 23/01/22 Mots-clés  répression / contrôle social 

L’anarchisme est une théorie de la liberté qui repose sur un principe totalitaire.

C’est en bonne mesure parce qu’il exalte la liberté plus que ne le fait aucun autre courant de pensée que l’anarchisme séduit aussi fortement l’imaginaire contemporain. Le problème est que le modèle de société que projette l’anarchisme pour assurer le plein exercice de la liberté étouffe l’idée même de liberté, car il exclut toute possibilité d’un en dehors de l’anarchisme.

Lorsque Paul Feyerabend défendait le droit à la coexistence de toutes les traditions en partant du principe que nul critère ne nous autorise à trancher sur leur validité, il se voyait obligé à recourir à un corps de police aussi efficace que possible comme unique manière de protéger ce droit à la coexistence contre les assauts des traditions conquérantes, c’est-à-dire contre les traditions qui, ne respectant pas le principe de coexistence, veulent s’imposer sur les autres et les annuler. Cette solution est bien évidemment inacceptable pour l’anarchisme. Pour que la liberté règne, l’exercice de la contrainte doit être banni, tant s’il adopte la forme de sanctions que s’il prend la forme de ces dispositifs normalisateurs qui font l’économie des sanctions, et que Michel Foucault nous a si bien aidés à mieux comprendre. Mais, si nous rejetons la solution Feyerabend, il ne nous reste qu’une seule alternative se révélant tout aussi liberticide puisqu’elle consiste à poser, par principe, que l’usage de la contrainte s’en trouvera exclu car nul ne questionnera jamais le principe qui permet de s’en passer. En d’autres termes, la liberté n’est possible que si personne ne se situe en dehors du credo libertaire en matière de respect de la liberté. Si quelqu’un le faisait, il faudrait bien contraindre sa liberté pour l’empêcher de la supprimer.

Il existe bien sûr des sociétés qui ne conçoivent aucun en dehors par rapport à ce qui cimente leur cohésion, mais elles ne constituent pas précisément des modèles de liberté individuelle. Dans la pensée anarchiste, la liberté n’est possible que si tout un chacun abdique, comme préalable, sa propre liberté de refuser les présupposés anarchistes sur la liberté et accepte, par conséquent, de faire sienne la culture la plus totalitaire qui soit, c’est-à-dire celle qui nie toute possibilité d’un en dehors par rapport à elle-même.

Peut-être faut-il proclamer bien fort qu’il ne doit pas y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté, peut-être faut-il revendiquer bien haut le droit qu’ont les anarchistes de vivre selon leurs conceptions sans autres contraintes que celles qu’ils veulent bien s’imposer à eux-mêmes. Pour ma part je n’ai aucun inconvénient à faire miennes ces exigences, mais cela m’oblige, nécessairement, à mettre en doute la cohérence de l’anarchisme en tant que théorie de la liberté.

La culture, implicitement totalitaire, qui sous-tend l’exigence anarchiste de liberté devient évidente lorsque l’on s’aperçoit que l’individu socialisé dans une culture libertaire ne dispose, par définition, d’aucune voie pour s’affirmer positivement contre cette culture. En effet, l’anarchisme exclut, par principe, que toute autre culture puisse être préférable à la culture anarchiste, car, dès l’instant où l’exigence de liberté est posée comme valeur fondamentale, toute option qui implique une moindre exigence de liberté constitue automatiquement et nécessairement une option moins légitime. Comme la société anarchiste revendique le privilège d’être la société à liberté maximale, il en résulte qu’aucune autre forme de société ne peut lui être préférable... !

En voulant être une théorie centrée sur la liberté, l’anarchisme ouvre sur une culture qui exige l’adhésion de tous pour pouvoir exister et qui conteste la légitimité de tout ce qui n’est pas elle-même.

TOMÁS IBÁÑEZ

EXTRAITS de « L’ANARCHISME SE CONJUGUE À L’IMPARFAIT » (1996)
https://bxl.indymedia.org/TOMAS-IBANEZ-L-ANARCHISME-SE-CONJUGUE-A-L-IMPARFAIT


posté le Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article