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La justice anarchiste ne diffère guère de celle des hommes

posté le 11/05/17 par Rirette Maîtrejean Mots-clés  histoire / archive  répression / contrôle social 

Estropié, boiteux Libertad, manifestait sans cesse. Vêtu de sa longue blouse noire de typographe, cheveux au vent, on le voyait partout où ça chauffait. Et quelle voix, mes amis ! C’était un chef.

Que de fois l’ai-je vu, adossé à un mur, maniant ses béquilles comme des massues, faire des moulinets terribles. Il faisait le vide autour de lui. A ces moments, il était vraiment beau.

Une de ses plus belles campagnes fut celle qu’il fit dans le onzième arrondissement comme candidat abstentionniste. Quand on manifeste, le moins qui puisse vous arriver c’est d’être arrêté. Libertad le fut souvent. Mais là encore il avait la manière.

Lorsqu’il jugeait toute résistance impossible, il se souvenait aussitôt qu’il était infirme. Les agents n’avaient plus entre les mains qu’un corps de souffrance, d’où s’exhalait sans arrêt une plainte infinie.

— Vous me faites mal, ne touchez pas à ma jambe !... ne touchez pas à mon bras !...

Tant et si bien qu’au bout de quelques arrestations qui leur donnèrent le plus grand tintouin, les gardiens de la paix prirent le parti de ne plus jamais arrêter Libertad.

Par contre, ils coffrèrent sans pitié tous ceux qui l’entouraient. Il n’en fallait pas plus pour que certains des nôtres que je ne veux même pas qualifier accusassent Libertad d’être un mouchard.

La justice anarchiste ne diffère guère de celle des hommes.

Rirette Maîtrejean
Souvenirs d’anarchie


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