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Lettre ouverte à Maggie De Block, Elio Di Rupo, Joelle Milquet

posté le 31/12/13 par Lili Mérica Mots-clés  No Border  réflexion / analyse  sans-papiers 

Lettre ouverte à Madame De Block, Monsieur Di Rupo, Madame Milquet….
Cette lettre ne s’adresse pas aux ministres, secrétaire d’Etat… mais à la personne que vous êtes quand vous n’êtes pas en fonction.
Cette personne est indubitablement sensible à ce qui se passe autour d’elle.
Je reconnais que vous faites un métier difficile qui vous oblige à vous blinder des sentiments qu’éprouve normalement tout être humain, afin d’accomplir au mieux les taches qui vous incombent. Malheureusement votre travail vous pousse à obéir à toutes sortes de directives, et pour le mener à bien, vous vous éloignez résolument de la part d’humanité enfouie quelque part en vous. Ce travail est certes important, difficile et inimaginable par la simple mortelle que je suis.
Mais lorsque les conséquences de vos décisions mettent en péril la vie d’êtres humains, il est sage de s’arrêter, réfléchir, et se remettre en question afin de ne pas perdre toute estime de soi. Ce n’est pas vous qui avez lâché des chiens sur des hommes, des femmes et des enfants lors d’une manifestation pacifique d’Afghans. Quant aux policiers, ils se doivent d’obéir aux ordres et l’ont fait parfaitement. Leur part d’humanité, ils la retrouvent peut-être le soir en famille.
Je m’adresse à la part humaine en vous, pour vous rappeler que nous vivons dans un monde en conflits, et qu’il est naturel de les fuir pour survivre. Pour être didactique, je dirais que lorsqu’il y a le feu dans une maison, on ne reste pas à l’intérieur, même si on y est né. On sort. On est accueilli quelque part.
La vie a une valeur sacrée.
Vous aussi, vous n’aimez pas souffrir, rester dans le froid (avez-vous essayé de passer plus de dix minutes dehors, dans l’hiver glacial ?), ignorer de quoi demain sera fait (ce point est plus abstrait ; ça veut dire :Est-ce que je mangerai demain ? Où vais-je dormir ? Que dirai-je à mes enfants ?). Les personnes malheureuses qui se trouvent dans cette situation ne sont pas des surhommes. Ils n’ont pas plus de facultés que vous ou moi à supporter toutes ces souffrances dont ils sont victimes et dont vous n’êtes pas directement responsables. En tant qu’humains, ouvrez les yeux sur cette réalité. En tant que politiques, après en avoir pris conscience (excusez-moi si vous croyez en avoir, mais cela ne se voit pas d’ici), vous devriez faire tout ce qui est en votre pouvoir pour alléger la souffrance de tous les vivants qui se trouvent sur le sol belge.
Je suis en colère contre votre politique : malgré le respect que je vous dois, je trouve qu’il est temps pour vous de descendre de votre piédestal, car vous êtes en dehors de la réalité.
C’est bien beau de rendre hommage à Mandela, cela ne rend pas votre politique plus humaine. Le jour de son décès, un autre homme est mort dans une prison pour « illégaux ». Bien sûr, cet homme n’a pas le prestige de Mandela, il n’a pas lutté pour un monde plus juste (ou peut-être l’a-t-il fait à son échelle), mais tout comme Mandela, il n’avait qu’une seule vie.
Partout en Europe on enferme des innocents sous prétexte qu’ils ne sont pas en ordre de papiers. Trouvez-vous cela normal ? Imaginez que vous alliez dans un pays étranger, et que vous vous retrouviez en prison à cause de vos origines. Imaginez que l’on vous criminalise : on vous a enfermé, donc vous êtes mauvais. Alors qu’en réalité vous êtes innocent. Non, ce n’est pas normal Avec un passeport ou un visa, les portes vous seraient ouvertes. Mais ces étrangetés n’existent que depuis la dernière guerre*et ne sont pas accessibles aux personnes qui fuient. Dépenser des fortunes pour construire des centres fermés, faire vivre grassement tous ceux qui font du sécuritaire leur métier, ce n’est pas normal. Cet argent pourrait être utilisé bien autrement.
Je suis en colère lorsque vous prétendez que le nombre de demandeurs d’asile a diminué. Comment cela peut-il être, quand vos frères et sœurs meurent en masse en Méditerranée ?

Votre politique d’expulsion, que vous qualifiez d’humaine, et de « remède » suite à votre « diagnostique » (comme si la Belgique était malade de ses étrangers) vous rend populaire aux yeux de belges mal informés ou incapables d’empathie. Mais les départs « volontaires » (sous pression morale et parfois physique) ne résolvent rien.
Si vous étiez Afghan(e), retourneriez-vous de cœur joie dans votre pays en guerre ?(une vie en danger, plus d’école pour les enfants, la pauvreté, la mort)
Si vous étiez opposant(e) politique d’un pays africain, y retourneriez-vous, après l’avoir fui ?
Certains demandeurs d’asile reçoivent l’ordre de quitter le territoire. Augmentant ainsi le nombre de sans-abris, alors que les centres d’accueil sont insuffisants. Ce n’est pas en rendant 90 millions € que vous réduirez la pauvreté.
Enfin, ce n’est pas en condamnant de jeunes militants qui ont soif de justice que vous ferez disparaître cette soif.
Si vous refusez de faire un sincère examen de conscience, je vous plains,. Cela vous rendra responsable d’un monde sordide et malsain.
Je souhaite à l’humain en vous une bonne année 2014.
Mais je souhaite surtout que l’argent public soit utilisé en priorité pour alléger les souffrances des personnes qui ont froid, et de toutes celles qui ont cru au droit d’asile dans les pays qui ont signé la Convention de Genève
* Zweig « Le monde d’hier » Ed Belfond p473 « la terre appartenait à tous les hommes… chacun allait où il voulait...je voyageais sans passeport...le national socialisme bouleversa le monde et le premier phénomène par lequel se manifesta cette épidémie morale fut la xénophobie »
Lili.Mérica


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Commentaires
  • C’est un peu réconfortant de voir que des personnes osent s’expmer et voient plus loin que les communiqués et statistiques distilées par nos dirigeants.

    En tant que travailleur dans l’accueil depuis avant même la création de fedasil, j’ai vu mon métier devenir une peau de chagrin.
    Et mon investissement social être bridé envers et contre ma volonté.

    Mon quotidien n’est pas une pile de dossiers mais des hommes femmes et enfants, avec les qualités et défauts normaux, qui sont "simplement" pour la majorité, en recherche d’une vie stable ou un avenir "normal" est possible.

    Les chiffres sur la diminution des demandes d’asile ne sont que le reflet d’une politique restrictive, mais ceux qui ne sont plus dans les conditions pour introduire une demande sont toujours la , en souffrance, et frappés du sceau de l’illégalité en plus.
    Alors, contraints et forcés certains n’auront plus que la solution de délits, pour nourir leur famille et ainsi s’exposer à l’oprobre et aux organisations mafieuses pour être exploités.

    L’économie fièrement clamée par Madame De Block,ne vous leurrez pas , ne servira certainement pas à un "autre" but social.

    Vous me demanderez pourquoi je reste donc dans le réseau d’accueil ?
    Et bien, tant qu’on ne me licencie pas, comme tout un chacun j’ai besoin de mon travail, mais également, parce que les personnes (pas les clients comme on veut nous faire dire) que j’y cotoie, j’ai appris a les apprécier, et si je peux avoir ne fut ce qu’un peu fait sourire un enfant ou rendu espoir à un seul , et in cela aura valu la peine.

  • Lili, je pense qu’avec cette lettre, tu vas pouvoir demander ton augmentation dés la semaine prochaine, et je pense même que si tu souris un peu, tu vas pouvoir faire une petite gâterie de Noël à Maggie ! Mais apporte tout de même une belle boîte de chocolat pour excuser ta présence !

    Amicalement,

    Bobo Merico

    PS ; J’ai pris la peine d’envoyer ta belle missive au quotidien l’écho qui a promis de la publier dans l’édition spéciale Droits de l’Homme de son supplément pour le Salon de l’Auto ! J’espère que tu ne m’en tiendra pas gré ! Bisous !

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