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Lettre ouverte au cinéma nova

posté le 19/07/20 par Shmutelbling Mots-clés  alternatives 

Cher cinéma nova,

tout d’abords un grand merci d’avoir relancé la machine pour nous proposer ces quelques soirées des plus conviviales dans cette période tristement anxiogène.

Je vais pourtant faire de mon nez quant à la soirée du samedi 18-07 à la senne où la projection d’un long métrage sans dialogue de 94 minutes a imposé un silence général dans pratiquement tout l’espace dédié au publique.

Ce film contemplatif nous présentait une suite de plans fixes montrant des lieux abandonnés, mi-délaissés, mi-dévastés souvent au son d’une pluie battante (dans les premières minutes). C’est à mon sens l’archétype même du film pendant lequel on peut justement parler sans nuire aucunement à la compréhension ! (Voir le film-brûlot anar belge "Bande de cons" qui sublime ce concept et dont la projection est supposée se finir dans le désintérêt général de petits groupes de discussions se formant un peu partout. "Bande de cons" est vraiment con, ce n’est pas le cas ici) Cette contemplation audiovisuelle ne gagne rien à être sacralisée et plante essentiellement une ambiance devant laquelle les spectateur/trices peuvent autant se projeter en groupe dans des causeries qu’ils auraient des plus naturellement en visitant ces lieux, ce qui ne nuirait en rien à la qualité du spectacle, bien au contraire.

Sauf respect à Phil (qui a fait l’annonce) et à Nikolaus Geyrhalter (réalisateur), son film de 2016 "Homo sapiens" dans sa toute honorabilité me semble plus indiqué en installation dans une expo ou à usage domestique qu’à coincer du monde sur des chaises.
Chaque événement spectaculaire publique a la double vocation de présenter le travail des uns et de réunir les autres. L’une ou l’autre domine selon l’attrait pour ce qui est présenté et le désir de communiquer avec ses semblables.

Le fait est qu’on sort de plusieurs mois d’interdit radical où les réunions de ce genre étaient annulées et où un grand nombre de personnes se sont vues limitées dans les rapports sociaux. Les gens se retrouvent en carence de ce côté et ces quelques soirées de POA, alors que tout laisse supposer qu’un resserrement prochain nous replongera dans un nouveau confinement, représentent autant d’occasions singulières d’échanger, de rencontrer, de dialoguer.
Dans ce contexte, le film "Homo sapiens" semblait tout indiqué jusqu’à l’annonce qu’un silence religieux était imposé.
La réalité des directives et de la soumission dont on fait l’objet dans l’espace publique pèse à tous/toutes et j’avoue avoir du mal à accepter qu’une restriction de la parole aussi arbitraire émane du nova ! Je m’en suis donc allé après quelques minutes pendant lesquelles les discussions et cris d’enfants du voisinage semblaient amplifiés.

Nous n’en sommes pourtant pas à l’heure où la création dans sa dimension culturelle demande à transcender son auditoire. Elle demande essentiellement d’exister et qu’on s’ingénie à trouver comment multiplier des moments de rapprochements sociaux autour de ce qu’elle propose. Quand elle ne demande pas mais qu’elle propose, essayons d’en dégager des outils à mieux comprendre ce qui nous arrive et qui gagneront certainement l’attention sans avoir besoin de préciser qu’une attention particulière est requise.

Homo sapiens" livre quelque-chose d’extrêmement minimal où perdre son oreille dans des bruissements pendant que la vue cherche s’il y a un point significatif dans le plan, à la manière de "Notre pain quotidien" (2007) qui a valu au réalisateur de sortir du lot en dénonciateur d’une culture de la malbouffe. Là non-plus, avec une bande-son plus fournie en mécanique, je ne pense pas qu’un publique ait dû rester muet pour capter le message et il serait intéressant de questionner le réalisateur :
Estime-t-il que le publique doit recevoir son œuvre dans un silence religieux ?
Y a-t-il substance à dégager de ces ambiances sonores autre que d’être ce qu’elles sont ?

Il y a depuis toujours un fossé entre les créations dites "savantes" et les "populaires". Et les fossés ça se franchi, surtout de nos jours où toutes les influences sont brassées dans tous les sens.
Pourtant, il reste cette habitude infiniment classique de demander l’attention par respect (de l’artiste ?) et non par intérêt (pour l’œuvre), qui se heurte à celle populaire de pouvoir se lâcher quand on le sent. Il y a toujours eu des moments et des lieux où ces différentes niches pouvaient vivre pleinement leur conception de "concert" ou de "spectacle" mais il est aujourd’hui fréquent que l’orga, l’artiste et le publique ne soient pas en phase. C’était à mon avis le cas ce samedi.


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