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Libertés, « anti-masques » et extrêmes droites

posté le 24/08/20 par FAL Mots-clés  réflexion / analyse  répression / contrôle social  antifa 

19 août 2020

https://liege.antifascisme.be/libertes-anti-masques-et-extremes-droites/

Aux États-Unis, en Espagne, en Italie, en Allemagne, mais aussi en Belgique et ailleurs, les extrêmes droites tentent de récupérer la confusion et la colère légitime d’une partie de la population. Cette colère s’oppose aux gouvernements qui ont instrumentalisé la pandémie pour approfondir leurs dérives autoritaires.

Qui a appelé au rassemblement « anti-masques » de dimanche dernier à Bruxelles ? L’organisation « Viruswaanzin » (« folie virale » en français), fondée par Jeff Hoeyberghs comme son site internet l’indique. Hoeyberghs (1) est un chirurgien plasticien misogyne d’extrême droite proche du KVHV (2).

Le Parti National Européen lui a emboîté le pas. Il essaie lui aussi de surfer sur la vague « anti-masques » à travers son groupe « En Colère » (3).

Ces organisations d’extrême droite n’ont que faire de la perte des libertés fondamentales, puisque leur propre projet de société est le fascisme. Ce n’est pas eux qu’on a vu soutenir les infirmières ou les ambulanciers. On ne les a pas vu non plus dans les brigades de solidarité populaire pour soutenir les gens en difficultés (personnes isolées, handicapées, femmes battues, sdf, sans papiers, prisonniers, …). On ne les voit jamais s’opposer aux agressions policières racistes qui profitent de la situation pour se banaliser et qui constituent la véritable dérive autoritaire en cours – au contraire, elles les soutiennent depuis toujours. On ne les verra pas non plus se battre pour réquisitionner les stocks aux entreprises qui spéculent sur les masques professionnels, tests, respirateurs, blouses, etc.

Comme toujours, ces organisations d’extrême droite avancent masquées. Leur but n’est pas la solidarité mais d’alimenter et d’utiliser la confusion qui règne pour élargir leur audience et attirer de nouvelles personnes. Les personnes qui ont participé au rassemblement de dimanche n’étaient pas nécessairement d’extrême droite, bien évidemment que non, mais elles doivent être au courant et se demander avec qui et pourquoi elles luttent.

Pourquoi parlons-nous de confusion ? Nous avons raison de penser par nous-mêmes et de rester critiques. Critiques envers les gouvernements qui nous ont suffisamment montré que leur gestion était amateuriste, paternaliste et pas au service de l’intérêt général. Jusque-là, rien de nouveau. Critiques aussi envers les médias grands publics qui nous informent mal depuis si longtemps. Mais ce n’est pas dans la propagande d’extrême droite – qui se base encore plus sur la désinformation massive (comme la théorie Qanon qui était visible sur de nombreuses pancartes dimanche) – que nous trouverons une meilleure réponse. Si l’on veut des réponses, c’est auprès des personnes de terrain que nous les trouverons (pompiers, éboueurs, gardes d’enfants, soignant·es, camionneurs/euses, assistant·es sociaux, paysan·nes…).

Nous ne nous limitons pas à un choix binaire : soit appliquer aveuglément les mesures incohérentes des gouvernements hypocrites, soit ne rien faire et ne rien proposer d’alternatif. Être « anti-masques » ne veut pas dire grand chose : nous sommes contre le port du masque obligatoire généralisé à l’extérieur puisque ce n’est pas justifié sanitairement, mais nous sommes pour soutenir les personnels de santé qui ont besoin de plus de masques de qualité pour faire leur travail dans de bonnes conditions.

  • Nous sommes contre l’interdiction gouvernementale de voir nos proches ou de rencontrer de nouvelles personnes, mais nous sommes pour redoubler d’attention envers les personnes vulnérables afin de ne pas les exclure de nos moments collectifs.
  • Nous sommes contre l’interdiction d’accompagner nos morts dignement, nous sommes pour limiter nos attroupements dans les supermarchés.
  • Nous sommes contre les amendes aux personnes qui se rassemblent dehors, nous voulons sanctionner les entreprises qui ont surexposé leurs travailleuses/eurs.
  • Nous sommes contre les marchés offerts à l’industrie pharmaceutique, et nous sommes pour un refinancement de la recherche publique.
  • Nous sommes contre le traçage numérique, nous sommes pour l’utilisation de la capacité de tests sur une base volontaire.
  • Nous sommes contre la présentation des chiffres sous une forme angoissante à la télé et contre la culpabilisation individuelle, nous sommes pour rappeler que plus de la moitié des personnes décédées l’ont été sans passer par les hôpitaux mais abandonnées en maison de repos, qui avaient été laissées sans moyens ; et qu’une grande partie des autres cas concerne des personnes surexposées qui travaillaient en première ligne dans de mauvaises conditions (soins, transports, alimentation, nettoyage…).

La covid19 est une maladie de « pauvres » : ce sont les populations précarisées qui sont les premières victimes (pas seulement aux États-Unis et au Brésil, ici aussi) à cause des priorités prises par le gouvernement. À nous d’inverser la tendance, de résister, de soutenir les revendications de ces personnes en premières lignes plutôt que de soutenir les extrêmes droites. À nous de faire payer au gouvernement son hypocrisie et de régler nos comptes avec ceux qui ont fait du profit sur cette pandémie.

Notre liberté ne s’arrête pas là où commence celle de l’autre, notre liberté commence avec celle de l’autre. Elle dépend donc de notre capacité à mettre en place une autodéfense sanitaire populaire. Cela signifie de nous organiser collectivement pour décider nous-mêmes de nos réponses face à ce virus – et face aux prochains, qui pourrons être plus mortels – cela signifie aussi de prendre en compte les personnes les plus vulnérables et les plus exposées. Cela ne nécessite pas de détruire le lien social, comme l’État voudrait nous le faire croire, c’est exactement le contraire dont nous avons besoin.

Ce 13 septembre, rendez-vous pour la grande manifestation de la Santé en lutte (4) prévue depuis plusieurs mois, notamment rejointe par un bloc Logement, un bloc Travail social et un bloc Écologie. Qu’elle soit interdite ou non, nous y serons. La Santé en lutte est aussi la première organisation à avoir déposé un recours au Conseil d’État contre les interdictions de manifester.

Seul le peuple sauvera le peuple.
Rendez vous dans la rue le 13 septembre !

NOTES

(1) « Les femmes veulent les privilèges des hommes et leur protection, mais elles refusent d’écarter les jambes » (conférence de Jeff Hoeyberghs à l’invitation du KVHV, 4 mars 2019, Université de Gand). Vidéo https://www.facebook.com/campagneROSA/videos/2676549475714428/

(2) Le KVHV est un cercle étudiant flamand d’extrême droite historiquement proche du parti Vlaams Belang, et plus récemment du groupuscule néo-nazi Schild & Vrienden.

(3) Le PNE est la scission du parti Nation. Il utilise de faux groupes citoyens (« Mouscron en Colère », « Spy en Colère » etc.) pour recruter des personnes. https://liege.antifascisme.be/le-parti-national-europeen-pne-et-le-cartel-citoyen-kesako/

(4) La Santé en lutte est un collectif autonome qui s’est créé en juin 2019 pour lutter contre la destruction du secteur de la santé. Il dénonce très clairement les hypocrisies et contradictions des mesures gouvernementales depuis le début de la pandémie. https://lasanteenlutte.org/


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