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Madame De Block-Mevrouw De Block

posté le 20/11/13 par Anne Löwenthal Mots-clés  luttes sociales  logement / squats / urbanisme  sans-papiers 

Madame De Block,

Je m’adresse à vous avec les seules armes dont je dispose. Quelques photos et ma plume.

Je vous écris d’être humain à être humain, de femme à femme, de mère à mère.

Je vous écris parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. Je vous écris pour ce petit garçon, qui vit depuis 4 jours dans une église à 7 degrés sur un sol glacé. Je vous écris pour ses parents. Je vous écris pour sa petite soeur encore au sein.

Je vous écris parce que je crois que parmi vos qualités, il y a le coeur et le courage. Parce que je crois que vous avez été heureuse d’hériter des dossiers d’asile et de pauvreté. Parce que je sais que vous saviez que ça serait dur, qu’on vous attaquerait de toutes parts, y compris de manière abjecte.

Je vous écris parce que je pense que vous n’avez jamais rêvé de voir les sondages pencher en votre faveur grâce aux intentions de vote de gens qui me traitent de boudin, de connasse, qui disent que je rêve de me faire "enculer par un Afghan" (sic) tellement je suis désespérée, qui me conseillent, les imbéciles, des les accueillir chez moi, avouant par là leur indifférence au sort d’êtres humains.

Je vous écris parce que je pense que vous n’êtes pas (encore) obnubilée par le pouvoir au point de jouer avec la vie des gens pour des raisons vulgaires, comme ceux qui ont chassé ceux du Gesù l’autre jour.

Je vous écris parce que je n’arrive pas à pleurer tellement je suis sidérée.

Je vous écris parce qu’il y a des gens à la rue depuis des mois. Parce que ces gens ont été frappés, aspergés de gaz, mordus par des chiens policiers. Parce qu’ils errent de squat en squat avec leurs enfants. Parce que leurs enfants sont en train de tomber malades.

J’écris à l’être humain, à la femme, à la mère que vous êtes et je vous supplie de les écouter.

Et d’écouter ces Afghans qui ne demandent pas grand chose. Ils ne veulent pas mourir sous nos bombes ou des armes talibanes. Ou de froid, collés au sol gelé d’une église.

Je n’écris pas à la secrétaire d’Etat. Je n’écris pas au médecin. Ceux-là sont avant tout une personne. Et la personne que je suis, moi, ne comprend pas ce que vous êtes devenue.

Et la personne que je suis, moi, n’acceptera jamais qu’on regarde sans broncher des êtres humains mourir au nom d’arguments politiques.

http://annelowenthal.wordpress.com/


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