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Maintien de l’ordre : arrestations arbitraires, racisme et FN303

posté le 03/02/21 par Bruxelles Dévie Mots-clés  luttes sociales  répression / contrôle social 

Ces dernières semaines, plusieurs manifestations se sont déroulées à Bruxelles. Elles ont toutes été marquées par un dispositif policier conséquent, qui a notamment empêché ou écourté certains rassemblements en arrêtant massivement les manifestant.e.s. Ce post est donc dédié à un bref retour sur les manifestations des 13, 24, et 31 janvier à Bruxelles, ainsi qu’aux enseignements que l’on peut en tirer.

Dimanche 24 janvier, à 14h, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le bas du Mont des Arts pour manifester contre le racisme et le classisme dans la justice. La manifestation n’était pas autorisée ; les forces de l’ordre ont fini par tolérer un rassemblement statique d’une heure. A 15h, alors même que le rassemblement était calme, la police a lancé ses dernières sommations avant d’interpeller tout ce qui ressemblait à un.e manifestant.e (certaines personnes ne participant pas au rassemblement ont d’ailleurs fini en cellule). Au total, la police dénombre 245 arrestations alors qu’elle dénombre 150 manifestant.e.s.

On a ensuite pu assister à de nombreuses violences policières : insultes racistes et sexistes, coups de matraques, tabassages en cellule, … Les tabassages ont été d’une extrême violence ; un policier a proféré “ici t’as pas de droits, salope” ; des jeunes se sont fait arrêter alors même qu’ils quittaient le rassemblement à l’heure demandée ; des journalistes se sont fait nasser. La stratégie policière de ce 24 janvier, qui rejoint celle utilisée le 31, s’analyse facilement. D’une part, la police a déployé un grand nombre d’agent.e.s, dans le but de gérer le rassemblement à sa convenance et d’empêcher, par exemple, un début de manifestation sauvage. Grâce à cela, ils et elles ont pu tolérer le rassemblement une heure avant de s’asseoir sur le droit de manifester. D’autre part, les forces de l’ordre se sont déchaînées au niveau répressif, ce qui force à penser qu’ils et elles désiraient terroriser les manifestant.e.s pour les dissuader de revenir. La convergence qui commence à se dessiner sur le sujet des violences policières ferait-elle peur à la police ?

Une semaine plus tard, le 31 janvier, deux rendez-vous étaient donnés dans le centre de Bruxelles pour protester contre les mesures sanitaires et “destituer le gouvernement”. Les mots d’ordres étaient flous, et les deux appels ont rassemblés un public diversifié : supporters de foot, fascistes, libertaires, complotistes, et gilets jaunes. Nous ne nous pencherons pas sur le fond de cette manifestation (nous n’appelerons jamais à manifester main dans la main avec des organisations d’extrême-droite) ; il s’agit simplement de s’attarder sur la réaction policière.

Les forces de l’ordre étaient présentes dans plusieurs gares de Bruxelles ; elles ont procédé à de nombreuses arrestations préventives (c‘est-à-dire avant même que les manifestant.e.s ne rejoignent le rassemblement). Celles et ceux qui ont réussi à se rassembler se sont fait nasser aux alentours de la Gare du Nord. Des insultes racistes ont à nouveau été proférées par des policiers. Un journaliste de cité 24, qui couvrait l’évènement, s’est fait coupé son live par un policier, avant d’être violemment mis au sol. Il a ensuite été arrêté. Au total, la police a procédé à 488 interpellations… pour quelques centaines de manifestant.e.s. A nouveau la police annonce donc avoir arrêté plus de personnes que de manifestant.e.s dénombré.e.s au rassemblement. Ici, la stratégie policière ressemble à celle employée durant certaines manifestations Gilets jaunes à Bruxelles : arrêter préventivement le plus de monde possible pour tenter d’empêcher le déroulement de la manifestation.

Revenons quelques semaines plus tôt, le 13 janvier 2021, où environ 1000 personnes se sont rassemblées rue de Brabant à la suite du décès d’Ibrahima dans des circonstances floues. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont adopté une attitude plus passive, s’efforçant d’empêcher les manifestant.e.s de se diriger vers le centre ville en les redirigeant vers Schaerbeek. Néanmoins, on peut noter que le FN303 a été utilisé pour la première fois dans le cadre d’une manifestation. Il s’agit pourtant d’une arme qui peut s’avérer létale (elle a notamment occasionné la mort d’une étudiante à Boston en 2004) ; elle n’est pas censée être destinée au maintien de l’ordre mais bien à l’immobilisation de personnes dangereuses : c’est l’arme que l’on utilise pour ne pas utiliser d’arme à feu. Pourtant, en France, l’usage du LBD, équivalent français du FN303, a été normalisé durant les récents mouvements sociaux, avec de graves conséquences (26 personnes ont été éborgné.e.s par un tir de LBD depuis 2018 (1)).

Il semble donc que les responsables du maintien de l’ordre à Bruxelles ont décidé d’une nouvelle stratégie de gestion des manifestations : interdire le rassemblement sous prétexte de crise sanitaire, utiliser la technique de la nasse (encercler tout le monde) et arrêter massivement les manifestant.e.s présent.e.s dans la nasse ou aux alentours. Ceci permet par ailleurs un fichage des militant.e.s arrêté.e.s par la police. La gestion de ces différents événements annonce-t-elle une réelle volonté de changement dans les techniques de maintien de l’ordre en Belgique ? Va t-on vers une banalisation du FN303 en Belgique comme pour le LBD en France ? Les prochaines manifestations nous le diront mais notre nouvelle ministre de l’intérieur, A. Verlinden semble bien déterminée à faire advenir des changements (2).

sources :

https://www.lesoir.be/352266/article/2021-01-31/manifestations-contre-les-mesures-anti-covid-300-arrestations-bruxelles-photos

https://cite24.com/manifestation-violences-policieres-la-police-a-fait-les-gros-bras-photos/?fbclid=IwAR1M-sIhtf2Aniy2QqaksZ0NBi4y_pA4jV7v8U-sSihZIwO0n0StyTokmGs

https://secoursrouge.org/bruxelles-488-arrestations-aux-manifestations-anti-gouvernementales/


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