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Ni PTB, Ni PS : pour l'autonomie politique de notre syndicat !

posté le 31/01/14 par Julien Alinsky - Alex Hypate - Gary Docquié (militants syndicalistes FGTB) Mots-clés  luttes sociales  réflexion / analyse 

En cette veille d’élection, on s’intéresse beaucoup au petit monde de la gauche, et particulièrement à notre syndicat, la FGTB. Ce qui captive c’est de savoir pour qui notre cœur balancera au jour des élections. Enfin... on ne s’intéresse pas tellement aux travailleurs en tant que tel : ce qui est attendu, c’est le nom du parti pour lequel les bonzes syndicaux vont appeler à voter. Ou à ne pas voter. Pendant ce temps, les partis jouent la surenchère : PS par-ci, PTB par-là... Et nous, les syndicalistes, sommes les moutons à convaincre. Exaspérer par ce débat où deux partis vont potentiellement se partager des voix à gauche, notre collectif de syndicalistes a décidé de faire entendre sa voix : il est temps d’en finir avec le syndicalisme de parti !

En finir avec le syndicalisme de parti

Réalité à la belge dont la FGTB n’a malheureusement jamais su sortir, c’est cette idée selon laquelle le syndicat a besoin d’un allié politique. Pourtant, on en a tenté des émancipations. Ainsi, à la création de la FGTB en 1945, il y existait une volonté entre les nouveaux syndicats apparus pendant la guerre et les syndicats inféodé à l’ancêtre du PS (le POB) de créer une fédération large des travailleurs et autonome de tout parti politique. La déclaration de principes fondatrice de notre syndicat est toujours en vigueur, mais cela fait longtemps que l’autonomie s’éloigne. L’épuration par la social-démocratie des courants politiques alternatifs comme l’anarchisme et le communisme a bien aidé.

Ce sujet est cependant souvent revenu sur la table. Dernièrement, l’initiative de la FGTB carolo avait pour objectif de mettre fin aux liens privilégiés avec le PS, mais sans aboutir à une véritable déclaration d’autonomie. La notion d’un syndicat sans parti politique allié a décidément la vie dure...

Il est temps qu’on comprenne, au sein même de la FGTB, qu’avoir un allié politique privilégié est un danger. Construire des fronts de luttes avec des diverses organisations, syndicales, associatives, partisanes : pourquoi pas. Mais quand il s’agit d’élections, ça devient un énorme problème. Nous avons parmi nos fonctions la lutte pour l’amélioration immédiate des conditions de vie des travailleurs. Ce qui veut dire que nous devons défendre les intérêts des travailleurs, ceux qui nous composent, contre le patronat... mais aussi contre l’État, qui plus que jamais, reste à l’heure actuelle un outil aux mains des classes économiques dirigeantes.

Dans une société capitaliste, les intérêts de l’État et du patronat convergent souvent, quel que soit la couleur du parti en place. Les "trahisons" de la social-démocratie envers les travailleurs ne sont pas causées par des personnes mal intentionnées : c’est un effet du parlementarisme. Celui-ci tend à rendre les partis dépendants d’autres facteurs que leurs simples "valeurs morales", c’est une constatation, certes triste, mais matériellement logique.
Non pas que les parlementaires sincèrement de gauche n’existe pas ! Mais nous ne pouvons, sur base de cette croyance, remettre en cause notre autonomie vis-à-vis des partis. Un parti au parlement n’est pas indépendant de l’État. Si nous sommes alliés à ce parti, nous perdons notre autonomie face à l’État. L’existence et le bon fonctionnement d’un contre-pouvoir est une barrière nécessaire à toute dérive dictatoriale.

La vie sous l’austérité nous à montrer ce qu’était être un syndicat avec un gouvernement socialiste. Il rappelle les heures de Mitterrand en France : On a beau avoir un gouvernement de gauche, il n’empêche qu’il peut devenir l’ennemi des travailleurs.

Ce syndicalisme de parti vient d’une vieille idée, partagée autant par les sociaux-démocrates que par les héritiers du marxisme-léninisme. Une vieille idée selon laquelle il faut diviser le travail entre le syndicat et le parti. Le premier s’occupe des affaires économiques, le second de politique. En gros, il y a primauté du parti sur le syndicat, puisque le parti est détenteur du « projet socialiste » (q’il soit révolutionnaire ou non). Dans cette théorie, le syndicat devient donc la masse qui votera - ou qui fera la révolution - en faveur d’un parti frère : le syndicat est trop bête pour penser tout seul. Penser, c’est l’apanage des politiciens.

Là aussi, la FGTB a tenté de s’émanciper de cette conception après la Deuxième guerre mondiale. La déclaration de principes affirme un projet socialiste à part entière. Elle n’a pas besoin du parti pour le penser. Pour elle, le socialisme, c’est la fin du salariat, la mise en commun des moyens de productions, etc.
Ainsi, la FGTB peut penser une société socialiste toute seule ! Qu’on imagine aucune opinion corporatiste de notre part : le syndicat doit s’occuper de politique. Mais il n’a pas besoin d’un parti pour cela.

Pour une démocratie syndicale !

Ne soyons pas dupe : comment le PTB a-t-il pu devenir une alternative au parti socialiste pour la FGTB ? "Il est plus à gauche" disent certains... mais de quel point de vue ? En terme de programme électoral, probablement. Une fois élu, faudra voir. Mais l’est-il dans les actions dans les entreprises ? Propose-t-il des opinions plus combatives que celle de la bureaucratie syndicale là où on licencie ? Est-il plus tenace dans les luttes que les permanents syndicaux déclarent perdues ?

La réponse semble bel et bien non. Non pas que des délégués affiliés au PTB ne soient pas combatifs. Mais le parti a-t-il une critique des défauts de notre maison ? De la mollesse de "nos" apparatchiks ? Non : le PTB a décidé d’abandonner sa critique de la bureaucratie syndicale depuis longtemps. Pourquoi ? Parce que le petit parti caresse l’espoir de remplacer le PS à l’heure où les bonzes syndicaux appelleront à voter, dans la typique tradition du syndicalisme belge. Une orientation électoraliste douteuse pour le bien-être des travailleurs !

Les travailleurs doivent reprendre en main leur outil qu’est le syndicat. Notre organisation s’est sclérosée, la démocratie est devenue opaque. Les délégués élus lors des élections sociales reçoivent un mandat syndical qui appartient aux centrales… et non plus aux travailleurs qui ont élus leurs représentants !
On a d’ailleurs encore pu voir ce déficit démocratique lors des dernières affaires au SETCA-Bruxelles : les hautes sphères syndicales sont prêtes à rentrer dans l’illégalité afin de faire taire des permanents qui s’offrent le luxe de dire ce qu’ils pensent juste. Combien d’assemblée générale de nos régionales et nos centrales sont-elles vraiment souveraines ? Combien de fois il n’y a aucun vote dans la sélections des plus hauts postes, où on se contente d’applaudir le candidat bonze, lui même présenter par d’autres bonzes ?

En ces temps de réorientation de la gauche, ne remplaçons pas la bureaucratie social-démocrate par une bureaucratie post-stalinienne : débarrassons-nous en ! Faisons de notre FGTB un syndicat de masse, de lutte des classes et autogéré à la base !


posté le  par Julien Alinsky - Alex Hypate - Gary Docquié (militants syndicalistes FGTB)  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • 1er février 2014 14:55, par Prolo

    Le PTB n’est rien d’autre qu’un parti situé à l’extrême gauche du Capital, ne faisant que défendre les intérêts de l’Etat. Dans la plus pure tradition maoïsante, il n’est que l’expression du capitalisme d’Etat au sein de la démocratie bourgeoise. Les prolétaires n’ont donc rien à attendre de cette formation qui ne diffère guère sur le fond, comme sur la forme, du PS et des autres partis liés à l’étatisme des institutions, dont les partis et syndicats !

    LES PROLETAIRES N’ONT PAS DE PATRIE !

  • que creve la fgtb

  • 2 février 2014 00:13, par Gary Docquié

    Que les prolétaires n’aient pas de patrie, nous sommes bien d’accord.

    Cependant, j’ai un problème avec le défaitisme politique : La FGTB est une organisation de masse, que ça vous plaise ou non. Elle ne couvre pas l’ensemble du prolétariat (et elle a encore moins de facilité à le faire avec la destruction du modèle économique keynesien, puisqu’elle ne sait pas organisé les travailleurs précaires, sans-papiers, sans-emplois...), elle est incroyablement bureaucratisée et dépendante de l’Etat.

    Doit-on l’abandonner pour autant ? Y a t-il une autre stratégie, que changer l’organisation de masse de travailleurs en luttant à l’intérieur ?

    L’action directe dont je me réclame, ne nécessite, bien sûr, pas "d’organisations". Mais peut-on envisager une stratégie révolutionnaire, durant cette période, sans organisations politiques et sans organisations de masses ? Il n’y a pas, pour le moment en Belgique, d’espace pour un syndicalisme alternatif (à la CNT ou SUD Solidaires). Il n’y a en Belgique aucune situation révolutionnaire de masse qui inviterait à l’autonomie prolétarienne de masse comme elle fut tentée dans l’Italie des années 1970. L’anarchosyndicalisme CNTiste et l’autonomie ouvrière n’ont ainsi aucune profondeur idéologique chez nous.

    Par ce constat, j’ai fais mon choix stratégique. J’attends avec plaisir une contre-proposition cohérente pour en débattre. Mais sans contre-proposition, je n’entends qu’une chose : le défaitisme et une position non-révolutionnaire.

    Bonne discussion !

  • 2 février 2014 02:21

    Jamais constaté une résurgence de statuts "révolutionnaires" dans mes contacts d’administré avec la cgsp en tout cas. Clientélisme, assemblées bidons, élections factices, permanents bureaucrates, pratiques de luttes inexistantes (sinon lorsque la centrale doit montrer du rouge) : peu de syndiqués, beaucoup d’affiliés !

  • 2 février 2014 09:15, par Dé pipé, dé pité

    On manque de syndicat(s) anticapitaliste(s) et autonome(s)en effet...

    J’ai lu que le 16/09/1944 était conclu le pacte social, selon lequel les syndicats se voyaient reconnus comme interlocuteurs, pour autant qu’en échange, ils ne remettent en question les structures du pouvoir capitaliste. Mais que malgré une quasi unanimité, il n’avait jamais été ratifié officiellement. En 1954 puis 1959 ont été conclus les accords de productivité, par lesquels, si je ne me trompe, les syndicats reconnaissent leur rôle dans la productivité ET la concurrence économique, donc une fois de plus, le capitalisme. Nos syndicats seraient donc intrinsèquement capitalistes.

    Je ne suis pas historien, et je n’ai pas lu grand chose... mais si qqun de mieux informé peut résumer, ça m’intéresse ! Notamment pour mentionner les éventuelles remises en cause de ces accords - si ce que j’écrivais est correct- et les contestations internes. J’imagine qu’en 68 par exemple, il a du y avoir des oppositions...

  • 2 février 2014 22:15, par Gary Docquié

    Je ne crois aucunement en l’idée d’une dimension "instrinsèque", révolutionnaire ou non révolutionnaire, aux syndicats.
    Je pense qu’il y a au contraire un fonctionement dialectique. Certains syndicats par exemple, comme l’UGTT en Tunisie, furent un des noyaux révolutionnaires, alors qu’il était un syndicat très proche du pouvoir de Ben Ali auparavant.

    La FGTB était le noyau des grèves de l’Hiver 60-61. Une grève qui fut perdue par les décisions de son dirigeant, André Renard, qui décida de s’en remettre au parti socialiste pour arrêter le plan d’austérité de l’époque. Mais aussi une grève où les travailleurs ont pris leur avenir en main. Où à La Louvière, le comité de grève contrôlait les entrées et sorties de la ville. Une situation insurrectionelle qui aurait pu aboutir à une situation révolutionnaire.
    Les syndicats ne sont surement pas "par nature" révolutionnaire : ils visent à l’amélioration immédiate des conditions de travail. Mais ils n’ont pas pour autant une "nature contre-révolutionnaire".

    Les syndicats ont eu tendance, à l’instar d’autres structures, à créer des classes plus privilégiées : c’est la bureaucratie. Celle-ci, par contre, peut clairement avoir un problème avec la remise en cause de l’ordre établi, puisqu’elle en est elle même bénéficiaire.

    Les divers pactes de l’après second guerre mondiale sont a placé dans le contexte de la "menace" communiste dans le monde. Partout en Europe occidentale sont crées des accords patronnat-travailleurs, donnant de "larges" concessions aux seconds (une sécurité sociale importante, qu’on voulait de plus en plus universel) tout en leur exigeant la paix sociale. On connait la suite : l’accord est de plus en plus grapillé depuis les années 70, avec la fin de l’âge d’or, le néolibéralisme, etc. Aujourd’hui, la sécurité sociale est en cours de destruction.
    On doit donc prendre en compte cette nouvelle donnée : ce fameux accord n’est plus respecté. Je doute fortement qu’on revienne dessus... Ce qui fait que les travailleurs, et même la bureaucratie, remettent de plus en plus en cause cette paix sociale.

  • 4 février 2014 23:46, par Schwarzlucks [SR]

    Sur la question du "pourquoi la FGTB n’arrive pas à syndiquer les précaires", la réponse est simple et ne diffère probablement pas réellement de la situation en France : les structures adaptées n’existent pas. Par structures adaptées, j’entends syndicats de branche/d’industrie, reliés par des Unions Locales/Bourses du Travail vivantes.

    Le débat sur les structures ne peut être distinct du débat sur le but que l’on donne à l’organisation syndicale : principe de base si l’on se veut matérialiste.

  • 5 février 2014 09:53, par Prolo

    * Toutes les fractions de la bourgeoisie sont également réactionnaires. Tous les soi-disant partis « ouvriers », « socialistes », « communistes » (les ex-« communistes » aujourd’hui), les organisations gau­chistes (trotskistes, maoïstes et ex-maoïstes, anarchistes officiels), consti­tuent la gauche de l’appareil politique du capital. Toutes les tactiques de « front populaire », « front antifasciste » ou « front unique », mêlant les intérêts du prolétariat à ceux d’une fraction de la bour­geoisie, ne servent qu’à contenir et détourner la lutte du proléta­riat.

    * Avec la décadence du capitalisme, les syndicats se sont partout transformés en organes de l’ordre capi­taliste au sein du prolétariat. Les formes d’organisation syndicales, « officielles » ou « de base », ne servent qu’à encadrer la classe ouvrière et à saboter ses luttes.

  • 9 février 2014 05:46, par Vieux Sympathisant de la Gauche communiste internationaliste

    « Le débat sur les structures ne peut être distinct du débat sur le but que l’on donne à l’organisation syndicale ».

    C’est très juste, mais il faudrait aller un peu plus loin que ça : c’est le syndicalisme en tant qu’idéologie qu’il faudrait examiner.

    Le problème posé est simple : quel que soit l’endroit de la planète et leurs conditions de surgissement, les organisations syndicales deviennent très rapidement soit des organes de l’État, soit des pantins dont tous ceux qui luttent se demandent à quoi ils servent exactement. Une partie des dirigeants des États capitalistes ne viennent-ils pas de syndicats « radicaux » ? Les syndicats ne connaissent-ils pas partout dans le monde une crise de recrutement ?

    Le problème n’est donc pas celui d’organisations plus ou moins pourries ou sclérosées, ou sous la coupe d’un parti bourgeois ou l’autre, mais celui du syndicalisme dans son ensemble. Et là, ça fait très longtemps que le mouvement communiste révolutionnaire a expliqué que le syndicalisme ne peut plus défendre la classe ouvrière, d’une part parce qu’il n’est plus possible qu’existent d’organisations ouvrières de masse et indépendantes dans le monde du capitalisme totalitaire, et d’autre part parce que la crise pratiquement permanente du capitalisme depuis un siècle ne permet plus d’arracher à la bourgeoisie quoi que ce soit qu’elle ne cherchera pas à reprendre par la suite.

    Donc, sous la coupe du PS ou du PTB, la FGTB ne défend plus depuis longtemps les intérêts prolétariens, et les authentiques militants ouvriers que l’on peut y trouver parfois - comme le rédacteur de ce texte, par exemple - n’ont d’autre choix que de se taire ou d’en être expulsés ! Ce qui est arrivé à bien d’autres avant. Les syndicats officiels sont maintenus à bout de bras par l’État capitaliste qui les finance et leur offre leur crédibilité médiatique auprès des prolétaires, mais dans les luttes, il apparaît très vite qu’ils sont là pour encadrer le mouvement et l’empêcher de se développer.

    On peut donc continuer à se battre pour « redresser » les syndicats ou parce que « c’est une structure de lutte », ça ne changera rien au résultat final : toute lutte victorieuse l’est CONTRE les syndicats, jamais avec eux !

  • 9 février 2014 08:16, par Belle discussion constructive...

    Dans l’ensemble, je suis d’accord avec toutes c’est présentation et analyse.
    Mais synthétisons ; Le capitalisme continuera dans l’histoire si il assure la consommation de masse et sont corollaire la production de masse. Accompagne par une propagande massive (exemple ; pub, télé, répression, etc). Les syndicats comme disait papa, ne sont intéressant seulement quand la base dépasse l’organisation, et sa bureaucratie. Quand c’est condition sont réuni alors là les possibles dépasse la théorie, et l’action direct est pratiqué par les ouvriers et souvent l’organisation est horizontal. A+ désoler pour mon français approximatif, bonne continuation.

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