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On se lève et on se bat ?! Réflexions sur la manif du 8 mars

posté le 11/03/20 Mots-clés  luttes environnementales  féminisme  LGBTQI+  luttes sociales 

J’ai participé à la manif du 8 mars à Bruxelles et j’avais envie de partager des réflexions sur ce que j’y ai vécu.

Mais qui parle ? Je suis une meuf blanche, cis, éduquée, de classe moyenne, activiste depuis plusieurs années. J’ai d’abord participé à des actions directes dont le consensus était non-violent avant de réfléchir sur ce que je considérais être de la violence et les stratégies que j’avais envie d’utiliser ou de soutenir. Maintenant je suis convaincue que le changement ne pas passera pas sans destruction matériel ou sabotage.

Cette année au 8 mars, il y avait un bloc radicale dans le cortège. C’était trop cool d’en faire partie et de gueuler à pleins poumons qu’on était déter, en colère et fières. Ce bloc a aussi testé de partir en manif sauvage. Et c’est là que j’étais mitigée par ce qui s’est passé et ma réaction. En gros, on a pris la rue de Namur afin de remonter vers la Porte de Namur et la petite ceinture. Une petite dizaine de policiers est arrivée et a bloqué l’accès à la rue. On a donc pris la rue sur la gauche pour les éviter. Le reste du cortège n’a pas pu nous suivre, il y a eu des infos contraires et on s’est retrouvé à faire face à la police et à attendre.
Je me suis rendue compte que je ne m’étais toujours pas assez préparée à ce qu’il fallait faire pour partir en manif sauvage. Au tout début les flics n’étaient pas installés, il aurait « juste » fallu continuer tout droit, sans s’arrêter.
Bon, il y avait des personnes qui ne savaient pas ce qui se passaient et d’autres qui n’étaient peut-être pas chaudes donc clairement, ça ne s’y prêtait peut-être pas. Mais lors de l’attente, on aurait pu aussi s’organiser collectivement, demander qu’elles étaient les personnes motivées à continuer et puis y aller ! On était tellement, on aurait franchement pu péter ce petit barrage minable. J’étais dans une position super attentiste à ce moment-là, de voir ce que les copines allaient faire. Et plein d’autres personnes aussi attendaient. Donc là rien ne s’est passé, on a fait demi-tour.

Sur le chemin du retour, on a appris que des flics avaient attrapées deux meufs et les avaient violenté. Un grand groupe de meufs ont pu aller les aider en forçant les policiers à partir. L’annonce de cette nouvelle sur la scène a aussi provoqué énormément de colère et les policiers derrière la scène ont été forcé à partir suite à la présence des meufs. Quelle joie de leur faire des gros fuck et de gueule que tout le monde déteste la police puis de les voir partir fourgonnette après fourgonnette. (Aussi j’ai bien kiffé voir une meuf bloquer une des fourgonnettes et le flic à l’intérieur ne pas savoir quoi faire).

Après on était là avec des copines et on avaient envie de repartir en sauvage. On ne savait pas trop, on attendait un peu. On a fini par demander autour de nous et partir avec un petit groupe. Sauf que l’énergie n’était pas vraiment là. On manquait de conviction, de confiance, de savoir pourquoi on le faisait. On aura testé de lancer quelque chose et c’est déjà un peu une fierté.

Donc à la fin de cette journée, j’avais plein de sentiments différents en moi.

Tout d’abord plein de fatigue parce qu’il faisait dégueu et que c’était une longue journée.
Puis pas mal de frustrations aussi. Qu’est-ce qu’on attend pour être vraiment déter et vraiment en colère ? S’il y avait eu plus de meufs à faire des actions sur le côté peut-être que les flics n’auraient pas pu capter les copines et les violenter. Perso, je suis persuadée que le seul intérêt de ces manifs s’est de rencontrer de nouvelles alliées potentielles, d’apprendre à se connaître pour faire d’autres actions ensemble mais je ne crois pas une seule seconde que ce genre de manif puisse faire changer les choses. Ca permet de donner de la visibilité à la contestation, de montrer à des personnes hors réseau militant qu’il y a des personnes en colère, d’accord mais pour le changement, on repassera. Et avec ces tentatives de manif sauvage, je me suis rendue compte qu’il fallait continuer d’essayer. Que je ne ferais pas des actions super déter et véner avant d’avoir fait des choses plus à ma portée. Qu’il faut se construire en tant qu’activiste-militante et que ça passe par une gradation dans les actions (ou peut-être par avoir un réseau qui te pousse blindé à te dépasser) Mais y avait quand même de la frustration aussi que collectivement on ne soit pas plus énervées. Quand je vois ce qu’il se passe au Mexique ou les manifs en France (rien que ce qu’il s’est passé avant la cérémonie des Césars), je me demande pourquoi on arrive pas à exprimer plus notre colère de manière concrète.

Puis y avait de la frustration par rapport aux flics. Sur le parcours, on passait à côté de flics sans rien dire. Est-ce que c’est par flemme ? Ou parce qu’il n’y pas encore de conscience collective que ce ne sont pas nos alliés ? On l’a vu dans les vidéos sur ce qu’il s’est passé les flics utiliseront la violence contre nous quoique l’on fasse en fait. Il serait peut-être temps qu’on en prenne vraiment conscience et qu’on accepte aussi que le changement se fera dans la douleur. C’est parce que perdre des privilèges est douloureux et que les puissant nous opposeront autant de résistance et vont tenter de nous dissuader. Après je dis ça là par écrit de manière hyper détachée, genre même-pas-peur-de-me-faire-matraquer-la-gueule, et ce n’est pas ce dont j’ai envie. Mais ça va m’arriver. C’est évident. Parce que je veux provoquer les changements que j’ai envie de voir dans notre société. Je vais d’office me prendre des coups. Je vais me chier dessus de peur. J’vais pleurer de rage, de douleur. Je vais bouffer de la matraque, des propos sexistes, de la violence d’État. Ca va d’office arriver un jour. Mon corps va ressentir des trucs qu’il n’aurait jamais imaginé. Je m’y prépare parce que ne pas prendre ça en compte, ne pas l’accepter c’est pour moi la meilleure manière de saboter les actions que l’on mène.
Et puis il y avait un peu de contentement et d’espoir la fin de cette journée. D’avoir vu les flics se faire éjecter de la place, d’avoir entendu que l’autre personne avait été secourue, d’avoir ressenti toute cette énergie, c’était trop bien ! Et puis j’ai aussi entendu qu’il y avait aussi pas mal de personnes prêtes à suivre s’il y a une personne qui lance le mouvement. C’est là l’espoir.

Il y a plein de manifs prévues en mars donc plein d’occasions d’y aller. Parlons-en avec nos potes de lancer des manifs sauvages ou d’autres actions et puis allons-y !!! En tout cas, si tu lances un truc, je serai là et si je lance un truc, j’espère que tu suivras.

N’attendons pas plus le bon moment, créons-le. Maintenant, on se lève et on se bat !


ENGLISH VERSION

I took part in the March 8 demonstration in Brussels and I wanted to share some reflections on what I experienced there.

But who’s talking ? I’m a white, cis, educated, middle-class girl, an activist for several years. I first took part in direct actions whose consensus was non-violent before reflecting on what I considered violence and the strategies I wanted to use or support. Now I am convinced that change will not happen without material destruction or sabotage.

This year on March 8, there was a radical block in the procession. It was so cool to be a part of it and scream at the top of your lungs that you were hated, angry and proud. That block also tried to go on a wild march. And that’s when I was mixed up about what happened and how I reacted. Basically, we took the Rue de Namur to go up to the Porte de Namur and the little belt. A dozen or so policemen arrived and blocked access to the street. So we took the street on the left to avoid them. The rest of the procession could not follow us, there was contrary information and we found ourselves facing the police and waiting.
I realized that I still hadn’t prepared myself enough for what we had to do to go on a wild march. At the very beginning the cops weren’t set up, it would have been "just" a matter of going straight on, without stopping.
Well, there were people who didn’t know what was going on and others who were maybe not so hot so clearly, maybe it wasn’t the right thing to do. But while we were waiting, we could also have organized ourselves collectively, asked them to be the motivated people to go on and then go ! We were so much, we could have really broken that little pathetic dam. I was in a super wait-and-see position at the time, to see what the girlfriends were going to do. And a lot of other people were waiting too. So nothing happened, we turned back.

On the way back, we heard that some cops grabbed two chicks and assaulted them. A large group of chicks were able to go and help them by forcing the cops to leave. The announcement of this news on the scene also provoked a lot of anger and the cops behind the scene were forced to leave due to the presence of the chicks. What a joy to give them big fucks and to say that everybody hates the police and then to see them leave van after van (I also enjoyed seeing a chick blocking one of the vans and the cop inside not knowing what to do).

Afterwards, we were there with some friends and we wanted to go wild again. We didn’t know what to do, we waited a bit. We ended up asking around and leaving with a small group. Except that the energy wasn’t really there. We lacked conviction, lacked confidence, lacked a sense of why we were doing it. We’ll have tried to launch something and it’s already a bit of a pride.

So at the end of that day, I had a lot of different feelings inside of me.

First of all, I was tired because it was a long day and it was gross.
And then a lot of frustration too. What do you wait for to be really pissed off and really angry ? If there’d been more chicks doing side action maybe the cops wouldn’t have been able to pick up the girlfriends and rape them. Personally, I’m convinced that the only interest of these demonstrations is to meet new potential allies, to get to know each other to do other actions together but I don’t believe for a second that this kind of demonstration can make a difference. It gives visibility to the protest, to show people outside the activist network that there are angry people, ok but for change, we’ll come back. And with these attempts at wild demonstrations, I realized that we had to keep trying. That I wouldn’t do any super-deterring and worshipping actions until I did things that were more within my reach. That you have to build yourself as an activist-activist and that this requires a gradation of actions (or maybe having a network that pushes you to surpass yourself) But there was also frustration that collectively we are not more angry. When I see what’s going on in Mexico or the demonstrations in France (just what happened before the Césars ceremony), I wonder why we can’t express our anger more concretely.

Then there was frustration with the cops. On the course, we’d pass by cops and not say anything. Is that because you’re lazy ? Or is it because there’s still no collective awareness that they’re not our allies ? We saw it in the videos about what happened. The cops will use violence against us no matter what we do. Maybe it’s time that we really realize this and accept that change will come with pain. It’s because losing privileges is painful and the powerful will put up so much resistance and try to dissuade us. Then I say this in writing in a very detached way, like not even afraid to beat the shit out of me, and that’s not what I want. But it’s gonna happen to me. That’s obvious. Because I want to bring about the changes that I want to see in our society. I’m going to get beaten up all over the place. I’m gonna shit myself out with fear. I’m gonna cry with rage, with pain. I’m going to eat batons, I’m going to eat sexist talk, I’m going to eat state violence. It’s all gonna happen one day. My body’s gonna feel things it never thought it would. I’m preparing for that because not taking that into account, not accepting it is for me the best way to sabotage what we do.
And then there was a little bit of contentment and hope at the end of the day. To have seen the cops get kicked out of the square, to have heard that the other person had been rescued, to have felt all that energy, it was just too good ! And then I also heard that there were also a lot of people ready to follow if there is one person who starts the movement. That’s the hope.

There are a lot of demonstrations planned for March, so there’s plenty of opportunities to go. Let’s talk with our pots about launching wild demonstrations or other actions and then let’s go !!! Anyway, if you throw something, I’ll be there and if I throw something, I hope you’ll follow.

Let’s not wait for the right moment, let’s just create it. Now let’s get up and fight !


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