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Sauvez la culture ! Stop aux réductions budgétaires

posté le 17/02/14 par pas en mon nom Mots-clés  action  art  économie  solidarité 

Dans la perspective des élections européennes, nous, les créateurs culturels, lançons un appel.

Sauvez la culture ! Stop aux réductions budgétaires

En Europe, l’asphyxie frappe l’art et la culture, considérés comme un ballast gênant qu’on jette par-dessus bord. Ils sont commercialisés et dépecés à coups de hache. La politique pratique des coupes dans les investissements culturels publics, sous prétexte que la culture n’est après tout, qu’un luxe superflu. Comme si l’art et la culture n’appartenaient pas à tout le monde et comme s’ils n’étaient pas aussi indispensables que l’eau et l’énergie, aussi nécessaires que le pain .

Au début, on y allait au peigne fin. Puis, on imposa des économies via plus d’efficacité, suivies, peu après, par la pratique de la râpe à fromage. Et aujourd’hui, les taillades à la hache et même table rase dans certains états membres de l’Union européenne. En Espagne, les dépenses pour la culture ont été réduites de près de quarante pour cent, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne d’un quart. Les grandes villes allemandes et belges développent des scénarios de décroissance de dix à trente pour cent. Le Portugal et la Slovénie ont supprimé leur Ministère de la Culture. En Pologne, à peine 0,6 pour cent du budget national est destiné à la culture, en Italie à peine 0,2 pour cent. Dans le budget de l’Union européenne, ce poste représente …0,05 pour cent, montant qui va être encore amputé d’un tiers par la Commission européenne et le Conseil de Ministres. Où cela va-t-il s’arrêter ? Des autorités européennes aux autorités locales, partout on constate un mouvement apparemment irréversible.

Une prise de contrôle par le monde de l’entreprise

Alors que la politique culturelle est vidée de sa substance telle un os à moelle, les CEO y substituent le marché aux cris de « Be creative ! ». C’est le principe des vases communicants : moins de secteur public contre plus de marché, moins d’art contre plus d’industrie, au lieu d’une flottille réunissant de nombreux petits vaisseaux, un moloch uniforme, moins de ressources face à plus de concurrence.

La Commission européenne commence son Livre vert sur les Industries culturelles et créatrices (sic) comme suit : « Si l’Europe veut rester compétitive, elle doit mettre en place des conditions permettant à la créativité et à l’innovation de s’épanouir dans une nouvelle culture entrepreneuriale. » La commissaire européenne à la culture, Androulla Vassiliou, plaida au centre Flagey de Bruxelles pour ce « nouvel état d’esprit » chez les participants culturels et les décideurs politiques », leur demandant de ne plus considérer comme tabou l’association entre la culture et l’économie. »

Ainsi se concrétise la prise de contrôle du secteur culturel. Sous la bannière de la Creative Europe, nous voyons naître une entreprise culturelle de type capitaliste qui « créera de nouvelles opportunités de plus-values »(Livre vert). Ainsi les artistes se métamorphoseront en producteurs de marchandises. La culture et les arts seront réduits à des articles de commerce.

Pour la Creative Europe, le rendement de l’investissement primera sur la création artistique et le copyright l’emportera sur l’écrit ou la chanson.

Artistes des beaux-arts, musiciens et poètes, tous devront se conformer à la demande, alors que les troupes de théâtre feront une cure d’amaigrissement forcée et que l’offre en librairie sera réduite. Ce sera le triomphe de la médiocrité, du stéréotype et des torchons. Tout cela permettra aux grands appareils de l’entreprise culturelle de rentabiliser le travail des créateurs. Ce n’est pas sous la discipline standardisante du marché que cent fleurs s’épanouiront.

La culture et l’œuvre d’art ne sont pas de simples matières premières destinées à la fabrication de produits à la chaîne. L’art doit faire réfléchir, toucher les cœurs, mystifier… La culture hisse la sensibilité humaine vers un niveau supérieur. C’est à la culture qu’on reconnaît le degré de civilisation.

Tableau vivant d’une hécatombe

- En Angleterre, les bibliothèques agonisent. 500 bibliothèques municipales y ont déjà fermé leurs portes ou sont directement menacées dans leur existence. Le Danemark, lui, a fermé 250 bibliothèques.

- La Grèce ne compte plus que 2.000 gardiens de musée pour un total de 19.000 sites archéologiques.

- L’Allemagne supprime un orchestre sur cinq, bien que depuis la chute du mur de Berlin, 37 des 168 ensembles existants avaient déjà disparu.

- A Athènes, la radio publique a été fermée lors d’une opération à la « nuit et brouillard ». Le personnel a continué d’émettre, mais cinq mois plus tard, la police mit fin à ses activités.

- En Espagne, les cinémas Renoir ont fermé leurs portes, les seules salles à projeter les films étrangers en version originale sous-titrée en espagnol. A l’époque, l’initiative avait été saluée comme propice à améliorer les faibles connaissances linguistiques des Espagnols. Balayée, l’initiative.

- Le festival annuel du film hongrois (Magyar Filmzemle) a été annulé : le cinéma hongrois n’a produit aucun film. Et le cinéma portugais n’a sorti, lui non plus, aucune nouvelle pellicule.

- Le Prado, le musée Reina Sofia et le Teatro Real de Madrid ont perdu les deux-tiers de leurs moyens de fonctionnement.

- Des projets culturels tels que Lascaux en France ont été stoppés.

- A Dublin, les musées James Joyce et Georges Bernard Shaw restent souvent fermés faute de personnel rémunéré.

- En Pologne, des organisations quasi non-gouvernementales, appelées « quangos », luttent avec la force du désespoir et avec leurs propres fonds pour empêcher que la culture rurale polonaise disparaisse en même temps que les bibliothèques, les cinémas, les académies de musique et des beaux-arts.

- L’Unesco rappelle à l’ordre l’Italie qui n’administre plus le site de Pompéi et y tolère des bâtiments illégaux. La France également néglige son patrimoine. En Grande-Bretagne, on a dénombré trois mille statues et bâtiments en mauvais état.

- L’Institut italien du théâtre est fermé. Les archives nationales italiennes se voient dans l’impossibilité de conserver plus longtemps des milliers de précieux documents historiques.

- A Anvers et dans d’autres villes flamandes, les ateliers socio-artistiques perdent l’intégralité de leurs subventions.

- Alors qu’en Hongrie la colonne dorsale de l’activité culturelle a été détruite, de fortes sommes ont été dépensées dans le cadre d’une exposition consacrée aux héros, aux rois et aux saints hongrois. La culture devient ainsi un instrument au service d’une politique d’identité nationaliste.

- En Belgique francophone, les pouvoirs publics suppriment 40 pour cent des ressources prévues pour les arts chorégraphiques.

- Aux Pays-Bas, l’ensemble de danse "Amsterdam" et dix autres institutions scéniques cessent leurs activités en 2013 à cause des restrictions budgétaires. Cinq autres groupes s’interrogent sur leurs chances de survie.

- Le seul opéra survivant en Grèce se borne à programmer des opérettes légères. « Rien n’est plus européen que l’opéra », avait dit pourtant le président de la Commission, Manuel Barroso. Belles paroles, en vérité.

- Les académies et écoles des beaux-arts sont mises à la diète, tandis que les droits d’inscription augmentent. L‘inépuisable potentiel créatif de la jeunesse a du mal à s’épanouir. Dès lors, bien des richesses culturelles sont laissées en friche.

Tout ce qui est supprimé, disparaît pour longtemps ou pour toujours. Bientôt il ne restera même plus de podiums pour y jouer toutes ces tragédies.

Le temps de la peur

« Les grandes restrictions budgétaires qui frappent la culture, créent un climat de désespoir chez les artistes et dans les milieux culturels », souligne la commissaire Androulla Vassiliou. C’est oublier que « sa » Commission et les membres du Conseil européen se sont chargés du massacre. De plus, la formulation de la commissaire n’est guère correcte : ce n’est pas d’un climat de désespoir qu’il s’agit, mais bien de peur ! Ceux qui travaillent ont peur de perdre leur emploi. Ceux qui ne travaillent pas craignent de ne jamais trouver du travail. Derrière l’illusion de l’art « libre » se cache la précarité, les emplois patchwork, la foire d’empoigne.

L’obligation et la contrainte de se réaliser au milieu des chicanes de la course à la compétitivité, vont de pair avec les revenus minables des travailleurs culturels. En Allemagne, une musicienne de jazz gagne, bon an, mal an, 6.921 euros et une pédagogue indépendante en dramaturgie en moyenne 8.814 euros. En France, la moitié des salaires du secteur culturel (au sens large) se situent en deçà de 15.800 euros par an. En Europe, la majorité des artistes vivent sous le seuil de pauvreté.

Dans cette Creative Europe, les humains ne deviennent pas frères, mais plutôt des rivaux impitoyables. La douce aile de la joie se transforme en fléau de désespoir et d’angoisse.

On nous répète sans cesse : « Tout le monde doit faire des économies, et il y a des priorités. » La solidarité évoquée par les pouvoirs politiques est une solidarité contre la solidarité.

Examen de conscience

Le prix Nobel portugais, le feu José Saramago, lança un appel à l’examen de conscience : « La crise morale réside (également) dans le fait que l’Union européenne n’est pas en mesure de développer ni de mettre en œuvre une politique cohérente restant fidèle à des principes éthiques fondamentaux. La crise morale, c’est que les gens qui se sont accaparés les avantages corrompus d’un capitalisme délinquant, se plaignent aujourd’hui du désastre pourtant prévisible. »

Nous souscrivons ce constat. C’est pourquoi nous continuons de poser des questions : qui sont les responsables ? Qui demande des comptes aux responsables ? Quelle réponse face à la crise ?

L’économiste en chef de BNP Paribas Fortis l’a dit : « La seule manière dont les pays de l’euro peuvent regagner leur crédibilité sur les marchés financiers, c’est d’appliquer une politique d’austérité dure et de montrer aux investisseurs que la population souffre sous les mesures qui ont été prises. » Christine Lagarde, directeur du FMI, affirmait : « Si les enfants grecs souffrent sous les restrictions, c’est la faute de leurs parents. »

C’est le monde à l’envers : les aventuriers financiers et économiques s’en tirent impunément, alors que les 99% de trompés et volés doivent mordre la poussière. C’est le règne de l’impunité, soutenue par les autorités européennes pour lesquelles la crise est une occasion formidable pour imposer des agendas asociaux. Les discours royaux traditionnels évoquent la fin de l’état-providence. La politique d’austérité baigne dans une sinistre atmosphère d’insinuations, d’accusations et d’arrogance : ceux qui se trouvent en difficultés l’ont cherché. Ce sont des parasites qui ne doivent pas compter sur la compréhension de leurs concitoyens. Faut-il tolérer de tels propos ? Comment mettre fin à la crise morale qui ronge le continent en “ces temps cyniques et décourageants », selon Saramago.

Appel pour un printemps de la culture européenne

Notre continent a besoin d’une scène culturelle qui met en évidence la possibilité d’une Europe entièrement différente, unie dans une culture de solidarité et de justice sociale. Loin de l’Europe où les fortunes des milliardaires et les bénéfices boursiers, de même que les taux de pauvreté et de chômage atteignent des hauteurs vertigineuses. Loin aussi d’une Europe où les courants nationalistes autoritaires croissent sur un fond de peur et de colère, avec une Aurore dorée surplombant le tout.

Les signes, nous les apercevons partout. Autour du Colysée romain s’est formée une chaîne humaine comme une véritable étreinte, protestant contre son délabrement et contre l’offre d’acquisition faite par le roi italien de la chaussure, Tod’s. A Rome encore, le célèbre Teatro Valle a été occupé. En Allemagne, cent orchestres ont fait la grève avec l’appui des Berliner Philharmoniker et le Gewandhausorchester de Leipzig. Dans le quartier athénien de Gazi et à Lisbonne, les créateurs de graffiti font parler les murs. Les opéras de Barcelone, Madrid et de Budapest se sont mis en grève. A Thessalonique, les spectateurs paient leurs billets de théâtre en riz, en pâtes ou en farine. Les écoles de musique menacées de l’Attique se sont réunies pour un concert de masse qui eut lieu à Athènes.

Des jeunes de Seelze, Charlottenburg, Essen et Spandau ont organisé des concerts de protestations dans leurs mairies respectives en faveur de l’enseignement de musique public. Le secteur culturel des Pays-Bas pousse un formidable cri d’alarme.

Nous voulons grouper la résistance au niveau européen.

Nous voulons arrêter la valse de l’austérité ; nous voulons de la transparence et du contrôle dans le domaine culturel ; nous voulons de la sécurité socio-économique au lieu de précarité ; nous voulons un dense réseau d’infrastructures culturelles publiques. La solidarité fait la grandeur de la culture.

Nous lançons un appel pour une journée de solidarité avec la culture européenne dès que le printemps de 2014 se sera niché dans nos pays. Un Printemps européen !

La résistance des gens permet à la culture de s’épanouir. Il est grand temps d’unir les forces.

Bruxelles, décembre 2013

Pas En Notre Nom

http://www.petitions24.net/sauvez_la_culture


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Commentaires
  • 20 février 2014 08:56, par Ol.

    bien,
    un constat conforme à la réalité,

    artiste depuis plus de 10 ans, ayant reçus prix et subsides, rien ne m’a empêché de toujours plus m’enfoncer dans la précarité. Et mes collègues français, pourtant subventionnées et sous contrats, se font maintenant expulser de Belgique parce que "faisant porter un poids déraisonnable sur la sécurité sociale" (encore une directive européenne tiens)...

    Ceux qui en vivent, c’est les intermédiaires, toujours plus nombreux, toujours plus gourmands, toujours à se plaindre de ne pas avoir assez alors que les artistes crèvent, quand ils ne sont pas directement impliqués dans l’extorsion (factures impayées, promesses non tenues, contrats biaisés, etc... ).

    Entre les corrompus et la mode à UbuLand, que reste il aux gens honnêtes ?

    Pour un "printemps de la culture", il faudrait d’abord que les artistes réalisent qu’ils sont ensemble dans un même bateau, et que même s’ils sont dispersés dans des champs et des réseaux économiques fort divers, ils peuvent faire pression...
    Mais au vu des réunions qu’il y a eut l’année passée suite aux suppressions de subventions des projets en arts de la scene... on ne peut espérer grand chose : Les teubes ont très gentiment offert une représentation gratuite aux passants, plutôt que de fiche le souk ! ... sont gentils les artistes ! Et quand la "très intégrée fille d’immigrés"(fière de cette condition, pas de son travail) leur a promis une petite rallonge temporaire, pshiit ! plus personne pour se battre...

    Il y a des médailles en tout cas qui ne se méritent pas...

    Et quand à espérer un soutien populaire, il n’y a qu’à lire les commentaires sur les sites des journaux à grand tirage : fiel et fientes, le "peuple" associe artistes, étrangers, pauvres et chômeurs, LGBT, jeunes, etc, à des parasites à éradiquer. En période de "crise" c’est le pire de l’humanité qui ressort.

    Mais qui prendra en otage Didier Bellens ou Etienne Davignon pour leur soutirer leurs numeros de compte en suisse pour renflouer la culture ?? personne !

    Comme disait Bouygues à la Télé : "il faut arreter de rêver !" ... :/
    vive le cauchemard.

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