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Si Gaza était une femme

posté le 14/03/14 Mots-clés  solidarité  antifa  Peuples natifs 

Marwa Abulaban, Assia Kilani, Jamila al-Abash, Imane Sourani et Madleen Kolab ont un point commun : elles sont Palestiniennes et vivent à Gaza, une région sous blocus israélien depuis sept ans. Située sur le littoral de la mer Méditerranée, aux frontières communes avec Israël au nord et à l’Égypte au sud, la bande de Gaza abrite actuellement quelque 1,7 million d’habitants. Et de ceux-là, une grande partie sont des femmes. Des femmes méconnues dont on vous dévoile quelques visages…

« Quand on parle de la femme de Gaza, beaucoup imaginent qu’elle est cantonnée à la cuisine ou à la broderie. C’est triste et c’est très éloigné de notre réalité », souligne Imane Sourani, une Gazaouie de 24 ans qui a pu étudier la littérature anglaise sans aucune contrainte familiale. Son entourage, assure-t-elle, l’a au contraire vivement encouragée à poursuivre ses études.

« J’ai six sœurs et un frère. Mes sœurs et moi avons toutes eu la possibilité de faire des études. Certaines exercent aujourd’hui des métiers dans l’éducation, le droit ou le journalisme. Nous avons toutes eu le droit de choisir nos études et notre métier. »

Contrairement aux idées reçues qui veulent que les femmes orientales aient moins de possibilités que les hommes, en termes d’études, la réalité d’Imane est courante à Gaza, où la priorité est donnée à l’éducation pour tous, hommes et femmes confondus.

« Les études, c’est l’accomplissement d’un rêve que j’ai depuis que je suis toute petite. L’apprentissage de la langue française a été ma fenêtre sur le monde », nous explique Marwa Abulaban, une jeune Palestinienne de 22 ans. Lorsqu’elle aura terminé son baccalauréat en langue française, elle souhaite quitter Gaza… pour mieux y revenir ensuite. Son objectif : devenir journaliste radio et continuer d’apprendre le français afin de le transmettre aux nouvelles générations.

Ces nouvelles générations, Assia Kilani y pense tous les jours, en tant que directrice du Centre éducatif et de perfectionnement de Beit Lahia, situé au nord de Gaza et créé après l’opération Plomb durci, survenue en 2008-2009.

« Le Centre a vu le jour lorsque nous nous sommes rendu compte que le niveau scolaire avait chuté après la guerre. Nous voulions donner une chance à des femmes pauvres d’accéder à l’éducation, d’être diplômées et de trouver un travail. »

Si l’éducation reste le meilleur moyen d’aller de l’avant, encore faut-il que des occasions professionnelles s’offrent ensuite à ces jeunes diplômées. Selon le gouvernement palestinien, le taux de chômage s’élevait, fin 2013, à 43% dans la bande de Gaza.

La situation économique difficile, aggravée par le blocus, restreint de plus en plus les perspectives des femmes gazaouies. Les coupures d’électricité, le manque d’eau, les pénuries de carburant et les restrictions de passage pour voyager sont autant d’obstacles auxquels les femmes font face au quotidien.

Outre l’éducation, il y a un autre domaine où les femmes gazaouies sont de plus en plus nombreuses : les médias.

Pour Jamila al-Abash, devenue tétraplégique à la suite du bombardement de sa maison, la transmission de l’information est indispensable à Gaza. Son but : « transmettre avec précision la réalité du terrain » et corriger les erreurs de faits des autres médias.

Le blocus imposé par Israël et par l’Égypte depuis sept ans conduit inéluctablement au chaos économique dans la ville. Malgré tout, les femmes, victimes de premier plan de la guerre, continuent de vivre et de s’occuper de leur famille. Pour Marwa Abulaban, les femmes sont les véritables piliers de la société gazaouie. « À Gaza, la femme représente l’amour et la joie, elle participe à nous faire oublier le chagrin et la douleur. Lorsque l’électricité est coupée et que les nuits sont sombres, elle est la lumière de nos maisons. » Des lumières qui éclairent les cœurs et portent l’espoir d’un avenir meilleur.

La jeune femme et la mer
Madleen Kolab est la première femme de Gaza à exercer un métier traditionnellement réservé aux hommes : la pêche. Ce corps à corps quotidien avec la mer, Madleen le fait au péril de sa vie. Portrait de cette pionnière qui va à contre-courant.

Pourquoi ce métier ?
C’était le métier de mon père et celui de ses parents. Moi, je ne l’ai pas vraiment choisi : à 13 ans, étant l’aînée de quatre enfants, j’ai dû aider mon père. Je n’ai pas décidé de faire ce métier, mais j’ai appris à l’aimer. C’est en quelque sorte un héritage familial.

N’est-ce pas dangereux d’être pêcheuse à Gaza ?
C’est très difficile de pêcher, car le blocus israélien nous empêche d’accéder à nos eaux territoriales et à la haute mer. C’est là qu’il y a du poisson. Nous ne pouvons pas aller au-delà de quatre milles du littoral. Si on franchit cette limite, l’armée israélienne peut nous tirer dessus à balles réelles ou riposter par des bombardements. À cause de ces conditions, les pêcheurs de Gaza font partie des populations les plus pauvres de la ville.

Es-tu fière d’être la première pêcheuse de Gaza ?
Je suis très contente d’être pêcheuse, je suis surtout heureuse de pouvoir venir en aide à ma famille par la pêche. J’étudie aussi au secondaire et je souhaite poursuivre à l’université. Mon objectif est d’enseigner le sport et la pêche aux générations futures.

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Gaza en chiffres
Portrait de la population de la bande de Gaza, selon les données publiées par l’ONU en 2011.

Densité de population : 4 279 personnes/km2
Taux d’alphabétisation des 15-24 ans : 99%
1,7 million de personnes vivent dans la bande de Gaza. La moitié d’entre elles ont moins de 18 ans.
Chômage : 43% de la population en âge de travailler était au chômage en 2013, selon ONU.
Cette proportion atteint 47% chez les jeunes
54% des Gazaouis vivent dans une situation d’insécurité alimentaire.
Plus de 75% dépendent de l’aide internationale pour se nourrir.
Plus de 90% de l’eau provenant de l’aquifère de la bande de Gaza est non potable.


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