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[Témoignage] la rafle d’hier soir au parc Maximilien

posté le 16/10/17 Mots-clés  répression / contrôle social  sans-papiers  solidarité 

Message d’Adriana, bénévole pour la plateforme citoyenne d’aide aux réfugiés, suite à la rafle d’hier soir au parc Maximilien...

"Bonsoir le monde,
Ce soir nous n’avons pas de chiffres à vous communiquer mais une histoire à vous raconter.
Ce soir il était 20h30, l’heure du rendez-vous de dizaines de citoyens bénévoles au parc, prêts à accueillir des personnes qui n’ont ni toit, ni droits, ni dignité, ni rien du tout, quand la police a encerclé le parc.
Ce soir un papa est venu au parc avec ses deux petits garçons pour chercher H&Y mais ce soir H&Y ont du partir en courant pour échapper aux flics masqués, gantés.
Ce papa est parti avec ses deux fils et deux autres garçons, sans réfléchir, pour les mettre à l’abri du froid, ou de la violence d’État, j’en sais rien.
Plusieurs familles se sont précipitées vers leurs voitures et y ont entassés 2, 3 ou 4 garçons.
Ce soir une maman s’est dressée en barrière contre un policier qui tentait d’attraper H. H, qui ne peut pas courir, parce que H a 70 ans. H est une femme de l’âge de ma grand-mère.
Ce soir, la police dans tout son cynisme nous a juste dit qu’ils faisaient ça pour notre sécurité.
Colère.
Ce soir, j’ai vu mes amis impuissants, j’ai vu la panique, le choc.
Ce soir j’ai vu des larmes sur beaucoup de visages, j’ai vu une impuissance absolue.
Ce soir j’ai entendu crier mon nom, et en me retournant j’ai vu mon ami A, violemment jeté à terre, nos regards se croisent et mon impuissance s’est faite larmes.
Ce soir, j’ai vu des visages familiers se faire arrêter, j’ai entendu quelqu’un crier : "mais pourquoi vous faites ça, pourquoi comme ça, qu’est ce qu’ils ont fait ?" en réaction aux colsons, aux coups secs derrière les genoux.
Dégoût, honte.
Nous avons tous couru pour pouvoir témoigner, filmer, photographier...
Ce soir, on a essayé de nous intimider, de nous freiner. On nous a parlé de loi et de droit,... le cynisme des mots ... pertinents devant une telle scène.
Nous étions là jusqu’au bout et vous nous avez permis de tenir le coup.
La réaction humaine a été incroyable les heures suivantes.. et la violence ne pourra jamais nous enlever ça.
Vous êtes arrivés, de Nivelles, Liège, Louvain.
Vous êtes venus sans demander ou prévenir, spontanément, humainement.
Ce soir, entre 20h30 et minuit j’ai reçu plus de 50 appels de la Belgique toute entière.
Tous les autres bénévoles aussi.
Des familles inquiètes :
"X vient de m’appeler, il se cache à tel endroit, je vais venir le chercher directement" ;
"Dis moi que Y ne s’est pas fait arrêter, il ne répond pas au téléphone, dis moi que tu le vois !" ;
"W est arrivé chez moi en courant, il est blessé et choqué, qu’est ce qui s’est passé ?" ;
"On t’avait dit que ce soir on ne pouvait pas mais on arrive" ;
... et pardon à tous ceux à qui nous n’avons pas pu répondre.
Ce soir, entre 20h30 et minuit des dizaines de citoyens se sont présentés en vitesse au parc pour venir chercher des personnes et les protéger sous leurs toits.
Ceux qui ne se sont pas fait arrêter me regardaient en souriant comme pour me dire "pas grave"... rigolaient en me disant que "tout va bien", que c’est normal, qu’il ne faut pas s’inquiéter.
Et on a recommencé,... nous avons décroché nos téléphones et appelé l’un d’entre vous pour abriter l’un d’entre eux.
On laisse le parc vide derrière nous, plus de 70 personnes ont été logées en vitesse jusqu’à ce que nous arrêtions de compter ...
On se demande combien se sont cachés et combien auront trop peur de revenir au parc demain.
En rentrant, je reconnais trois visages souriants qui sortent de je ne sais où.
Ils rentrent dans la voiture, deux coups de fil et ils ont une place pour dormir.
Les deux plus jeunes ne disent rien je m’arrête pour prendre des gauffres, on les dépose dans une coloc, il est une 1h du matin.
Et M., le 3e, inséparable de B, me dit sans lacher son petit sourire, que ce dernier s’est fait arrêter.
Son jeans est déchiré, je lui dit que demain on l’en trouvera un autre.
"No problem", me dit-il "tomorrow new day".
On dépose M chez Lula, où il y a déjà trois autres gars, arrivés devant sa porte en courant, ils sont blessés.
L’un d’entre eux dit : "one police fight, I run run run"
Police, run, run, run."


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