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Zone de police Bruxelles-Ixelles : A quoi serviront leurs bodycams ?

posté le 01/09/20 par Bruxelles Dévie Mots-clés  répression / contrôle social 

La zone de police Bruxelles-Ixelles sera bientôt équipée de caméras destinées aux agents en fonction. Celles et ceux-ci les porteront lors de leurs patrouilles et auront la possibilité de les activer à tout moment. Le but est que les forces de l’ordre puissent filmer leurs interventions pour que l’on ait une vision globale de celles-ci, ce qui n’est pas le cas lorsque les témoins filment, selon la police. Mais que se cache-t-il derrière ce dispositif et le discours qui l’accompagne ?

Le Bourgmestre Philippe Close a indiqué qu’il “est contraire à la loi sur le respect de la vie privée qu’on filme tout le temps. C’est donc le policier qui déclenche la caméra lors de certaines interventions.” (1) S’il est vrai qu’une caméra allumée 24h/24 ne respecterait pas forcément la vie privée des habitant·e·s, l’argument reste douteux.

D’une part, Bruxelles regorge de caméras de surveillance (à ce sujet, voir un post précédent (2)), ce qui ne dérange pas M. Close. Si l’on suit sa logique, il n’y a donc pas de véritable raison pour que les agents de police n’aient pas leurs bodycams allumées en permanence lorsqu’ils circulent dans l’espace public. Quant à nous, nous soutenons que toutes les caméras de surveillance sont une atteintes à la vie privée en soit, qu’il s’agisse de bodycams ou non. Il faudrait donc remettre en question l’usage de toutes les caméras dans l’espace public.

D’autre part, le fait que ce soit le/la policier·ère qui choisisse quand lancer la vidéo est problématique : cela lui laisse le pouvoir de décider de ce qui a lieu d’être filmé. Rien n’exclut donc que les forces de l’ordre provoquent des gens jusqu’à ce qu’iels sortent de lurs gonds, avant d’allumer leurs bodycams de manière à capturer uniquement les moments d’énervements, pour ensuite dresser un PV pour outrage et/ou rebellion. Cette pratique est déjà fort répandue dans certains quartiers populaires (même sans l’usage des bodycams), comme le documente très bien l’enquête de D. Fassin dans le livre “La force de l’ordre” (3).

Ensuite, on peut lire dans l’article de BX1 que “Sur les réseaux sociaux, les interpellations policières, filmées ou photographiées par les citoyens, sont de plus en plus contestées. “Les plaintes viennent a posteriori et ne donnent pas la possibilité de manière objective d’analyser rapidement les tenants et aboutissants afin d’apaiser les citoyens”, a indiqué le conseiller communal à la Ville de Bruxelles, Geoffroy Coomans (MR)” (1). Il est regrettable que M. Coomans ne reconnaisse pas l’importance de ces vidéos prises par des témoins, qui ont permis de documenter visuellement un grand nombre de violences policières.

Pour conclure, on constate donc que malgré les récentes exactions commises par les forces de l’ordre et malgré le mouvement contre les violences policières, les politiques choisissent de continuer à faire totalement confiance à la police. Au lieu de chercher un dispositif qui permettrait de surveiller les agissements des agents, on les équipe de bodycams dont iels pourront choisir les moments d’activations. Au final, il s’agit plutôt d’un appareil supplémentaire pour permettre la répression. Contre leur logique, nous rappelons que filmer la police est un droit, voir même une nécessité quand elle devient aussi violente. N’hésitez pas à nous envoyer des images d’agression policière que vous auriez capturé.

Sources :
(1)https://bx1.be/news/les-policiers-de-la-zone-bruxelles-ixelles-bientot-dotes-de-bodycams/
(2)https://www.facebook.com/bruxellesdevie/posts/161324392075662?__tn__=K-R
(3)Fassin, D. “La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers”, 2011.


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