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[antifa] + [antiracisme] - Qu’est ce que le racialisme ?

posté le 26/09/18 par http://inter.culturel.free.fr/www/spip.php?article7= Mots-clés  antifa 

Les approches de ce terme sont divergentes ...
Le racialisme ? ...
Le racialisme est un néologisme absent des dictionnaires... Les approches de ce terme sont divergentes.

Certains considèrent le racialisme comme un quasi-synonyme d’un autre mot utilisé au début du XXe siècle : la raciologie, qui désigne la science comparative (anthropologie) consacrée à l’étude des types humains en tant qu’ils présentent des caractères héréditaires différents ;

D’autres estiment qu’il s’agit d’une doctrine scientifique servant à justifier un refus de l’autre, en quelque sorte, un racisme « modéré », dépourvu de toute idée de hiérarchisation des races, ou d’adoption de mesures coercitives à l’égard d’autres races ;

Dans la littérature anglosaxonne, le mot « racialism » peut encore être rencontré dans le sens de racisme, où il est alors employé de façon interchangeable avec le mot « racism ».

QU’EST-CE QUE LE RACIALISME ?

« En dissociant complètement dans nos esprits la réalité du développement et celle du sous-développement, comme si ces deux réalités n’étaient pas le produit l’une de l’autre, nous parvenons à nous faire croire que Nous sommes les seuls auteurs de notre richesse, tout comme les Autres seraient les seuls responsables de leur pauvreté. Nous dissimulons la croyance inexprimée en une infériorité raciale attribuée comme seul dénominateur commun à toutes ces Autres cultures. Il est toujours facile de confondre notre supériorité sociale, c’est-à-dire notre position privilégiée dans la société planétaire, avec une supériorité naturelle qui aurait pu en être la source. » (Blondin, 2003)

Le racialisme, tel que le présente D. Blondin, repose sur le consensus social actuel qui permet « d’utiliser et de transmettre inconsciemment une vision du monde raciste dans une société officiellement antiraciste, en mettant en scène une série de contradictions systématiques qui conduisent à l’unique conclusion possible, soit celle, informulée, d’une différence de nature entre ces deux humanités et une supériorité naturelle de l’une sur l’autre » (Blondin, 1995). Selon Blondin, le racialisme est la composante théorique, à vocation explicative, de l’idéologie raciste.

Le racisme, en tant qu’idéologie, ne se réduit pas selon lui à l’énoncé explicité d’une doctrine : « Il est constitué de deux trames imbriquées, l’une à partir d’une série d’axiomes qui servent à structurer et à expliquer le domaine considéré, l’autre développant des axiomes qui servent à assigner des valeurs aux catégories ainsi produites. »

« Toute idéologie serait donc une sorte de mariage entre une théorie et une doctrine : si la doctrine se contente en principe de prescrire ce qu’on doit faire sans fournir beaucoup d’explications, et si la théorie prétend plutôt expliquer sans décréter de règles morales, l’idéologie fonctionne justement en fusionnant ces deux dimensions et en maintenant un maximum d’ambiguïté entre ces deux statuts (...) l’idéologie pourrait séparer l’élément doctrinal, sujet à censure, et laisser la composante théorique jouer son rôle explicatif en toute impunité. » (Blondin, 1990, pp 15)

Depuis la seconde moitié du siècle dernier la réalité scientifique de la race et les catégories raciales qui en découlent sont régulièrement dénoncées, notamment par Jacques Ruffié, André Langaney, Albert Jacquard ou Marcel Blanc, pour ne citer que les plus connus des biologistes et généticiens français. Les textes diffusés par l’UNESCO affirment également depuis 1950 l’unité du genre humain (UNESCO, 1998). Néanmoins les caractéristiques anthropologiques s’érigent aujourd’hui encore en construction socioculturelle et fondent la perception des différences. « (...) la racialisation de certains traits s’opère sélectivement. Des attributs spécifiques deviennent des indices ’’raciaux’’ et servent la catégorisation sociale (couleur de la peau, texture et couleur des cheveux, ossature...) jusqu’à fonder des ’’théories raciales’’ » (Vinsonneau, 2002, pp. 213).

Le nouveau « paradigme raciologique » tel que le définit Anselme « reprend des concepts apparentés comme ceux de la race, de la nation, de l’ethnie et, en les dotant d’une fermeture, leur donne une vigueur accrue qui leur confère la qualité de substance. Dès lors que ces substances ont été constituées, il est nécessaire de les relier entre elles, ce qui pose d’emblée deux types de problèmes, celui du comparatisme d’une part et celui des systèmes d’opposition, d’autre part » (Anselme, 2002, pp 91). Ainsi, le « néo-racisme » ou « racialisme » , en mettant en avant le « culturalisme » essentialise, « absolutise », clôture les différences entre groupes humains (Taguieff, 1988) et permet de maintenir une hiérarchisation entre ces derniers : « La culture a purement et simplement remplacé la race » (Sanchez-Mazas, 2005, pp 138) :

« (...) les travaux de science politique et de psychologie sociale (...) viennent-ils souligner de façon tranchée le passage du racisme classique, scientifique, à un racisme ’nouveau’’, ’’culturel’’, ’’différentialiste’’, ’’symbolique’’. Un ’’néo-racisme’’ dit-on aussi parfois, qui semble écarter le principe de hiérarchie biologique au profit de celui de diversité culturelle. » (Wierviorka, 1998, pp 33)

L’Autre est alors « surinvesti par une représentation de sa culture », présentée comme avant tout « différente » :

« La différence culturelle est évoquée dans ce concept nouveau de ’’racisme différentialiste’’ (...), nouvelle forme de racisme rompant avec la biologie et l’idée de ’’race’’. » (Sanchez-Mazas, 2005, pp 138)

Si, nous l’avons vu, le racisme scientifique est consubstantiel à toute entreprise coloniale, le racialisme, en tant que pôle explicatif d’un racisme « débiologisé » est inhérent à l’idéologie développementaliste. On assiste avec le racialisme à la naissance d’un « diffe_rentialisme qui a récupéré certains thèmes du relativisme culturel, et une vision évolutionniste de l’ine_galite_ et du progrès des « races » et des « civilisations » (expressions mutuellement substitutives). » (Taguieff, 1997, pp. 95).

    • Le racialisme repose en effet sur deux axiomes ou doxèmes majeurs :

- Le « différentialisme » : Ce nouveau discours raciste qu’est le racialisme se légitime moins par l’invocation de l’inégalité des races que par l’idée de « l’irréductibilité et de l’incompatibilité de certaines spécificités culturelles, nationales, religieuses, ethniques ou autres » (Wierviorka, 1998, pp 33). La culture de l’Autre est essentialisée, naturalisée, tout comme le sont les différences culturelles.

- L’« évolutionnisme civilisationnel ou culturel » : S’il n’y a pas de races ni donc de hiérarchie raciale comme l’affirme l’idéologie raciste, certains groupes humains sont néanmoins supérieurs à d’autres. La comparaison entre ces différents groupes s’établit en fonction de leur niveau de développement (industriel, culturel, civilisationnel, ...) et principalement, dans la logique développementaliste, de leur niveau de production.

développementalisme

Ainsi, on distingue aujourd’hui les différents groupes humains en fonction d’un axe Nord/Sud regroupant différentes nations, les « pays du Sud » (inférieurs sur l’échelle du développement) étant, pour la quasi totalité d’entre eux, des pays anciennement colonisés. Ces deniers sont regroupés sous diverses appellations : « pays du sud », « P.V.D, pays en voix de développement », « P.M.A, pays les moins avancés », « pays pauvres », etc... On retrouve dans le développementaliste et le racialisme qui le sous-tend les fondements de l’idéologie coloniale, à savoir « la légitimation du système par référence aux niveau différentiels de développement et par une attribution d’un stéréotype d’incompétence au colonisé » (Licata, Klein, 2005, pp 274) ou, dans le cas présent, aux populations des pays en « voix de développement ».

Malgré la mise en péril du modèle développementaliste, notamment par ses désastreux échecs au cours du siècle dernier, ce que certains qualifient de « mythe du développement » (Rist, 1996) continue aujourd’hui d’être « l’orthodoxie majoritaire » (Deconchy, 1984), diverses stratégies de « sauvegarde idéologique » ayant été mises en place :

« Pour tenter de conjurer les effets négatifs de l’entreprise développementaliste, on est entré dans l’ère des développements à particule. On a vu surgir des développements autocentrés, endogènes, participatifs, communautaires, intégrés, authentiques, autonomes et populaires, équitables, durables... sans parler du développement local, du microdéveloppement, de l’endodéveloppement et même de l’ethno-développement ! » (Latouche, 2003, pp 13-14)

Notons qu’on peut percevoir là une « contestation interne » de l’orthodoxie idéologique bâtie autour du développement, contestation interne qui comme le rappelle Deconchy joue un rôle essentiel dans la perpétuation du système dans la mesure où « elle joue dans l’ordre même du champ socio-cognitif que ce système a mis en place » (Deconchy, 1989, pp 36).

De nombreux stéréotypes et préjugés actuels concernant l’Afrique et ses habitants vont donc se construire au cours du siècle dernier et avoir pour justification l’idéologie et la propagande coloniale ainsi que l’idéologie développementaliste qui leur a succédé. Nous verrons que les stéréotypes et les préjugés véhiculés sur l’Afrique sont entretenus par certaines carences de l’enseignement scolaire concernant l’histoire de ce continent et de la colonisation.

La diffusion d’une image négative et réductrice de l’Afrique et des Africains est cependant également produite par le fonctionnement même de l’appareil médiatique (Mezzana, 2003) et par le poids des médias dans la construction sociale des représentations véhiculées en Occidents sur l’Afrique.


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