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Le premier mai est une journée de luttes et de colères

gepost op 27/04/15 door Muguet Trefwoorden  actie  luttes sociales  Peuples natifs 

Le premier mai est une journée de luttes et de colères

« Le jour viendra où notre silence sera plus puissant
que les voix que vous étranglez aujourd’hui. »

(August Spies)

Le premier mai est un jour de commémoration des
combats du mouvement ouvrier pour abolir les rapports
d’exploitations et de subordinations dans lesquelles il s’est
trouvée assujetti suite à la destruction des près communaux, à
l’expropriation fondamentale et l’extermination des
communautés paysannes. La première arme que le
mouvement ouvrier a inventée pour parvenir à ouvrir la
tenaille dans laquelle il s’est trouvé étranglé c’est la
revendication de la journée des huit heures : huit heures de
travail, huit heures de repos et huit heures pour aimer, pour
lire, pour se promener, pour cultiver, pour ne rien faire...

Aux Etats-Unis, au cours de leur congrès de 1884,
les syndicats américains se sont donnés deux ans pour
imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à
huit heures. Cette action débuta le premier mai car beaucoup
d’entreprises américaines entamaient ce jour-là leur année
comptable, et que leurs contrats avaient leur terme ce jour-là.
La grève générale du 1er mai 1886 sera largement suivie.
Près de 340.000 ouvriers seront en grève dans tous les pays.
À Chicago, la grève se prolongera et, le 3 mai 1886, une
manifestation fera trois morts parmi les grévistes de la société
McCormick Harvester. Le lendemain aura lieu une marche de
protestation et dans la soirée, tandis que la manifestation se
dispersera à Haymarket Square, il ne restera plus que 200
manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une
bombe explosera devant les forces de l’ordre. Elle fera un
mort dans les rangs de la police. Sept autres policiers seront
tués dans la bagarre qui s’ensuivra. A la suite de cet attentat,
cinq syndicalistes anarchistes seront condamnés à mort
(Albert Parsons, Adolph Fischer, George Engel, August Spies
et Louis Lingg) ; quatre seront pendus le vendredi 11
novembre 1887 (connu depuis comme Black Friday) malgré
l’inexistence de preuves, le dernier (Louis Lingg) se suicidera
dans sa cellule. Trois autres seront condamnés à perpétuité.

Trois ans plus tard, la IIe Internationale socialiste
réunit à Paris, à l’occasion du centenaire de la Révolution
française, décidera le 20 juillet 1889 de faire de chaque 1er
mai une journée de manifestation, avec pour objectif la
réduction de la journée de travail à huit heures. Le 1er mai
1891, à Fourmies, dans le Nord de la France, la police tirera
sur les ouvriers et fera neuf morts. Avec ce nouveau drame, le
1er mai s’enracine dans la tradition de luttes du mouvement
ouvrier révolutionnaire. Quelques mois plus tard, à Bruxelles,
l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif
et international du 1er mai.

Le premier mai, nous commémorons la mémoire des
martyrs de Chicago et, à travers eux, par métonymie, la
mémoire de tous les anonymes qui ont donné corps aux luttes,
aux révoltes, aux soulèvements, aux insurrections et aux
révolutions dont nous essayons de nous faire les héritiers
incertains. Le 1er mai revendiquait l’instauration de la
journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le
1er mai ne fût pas abandonné. Et, quand d’autres jours se
lèveront, nous continuerons de fêter le 1er mai, en l’honneur
des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.
En régularisant le 1er mai comme journée nationale de congé,
en distribuant du muguet comme soi-disant survivance de
vielles traditions païennes et en l’instituant comme « fête du
travail » par delà la désactivation du conflit de classes, les
victoires du mouvement ouvrier révolutionnaire sont
transformées en un stade objectif du progrès historique,
témoignant de l’avancement ou de l’arriération de telle ou telle
civilisation dans la modernité. Enseignants, intermittents,
chômeurs, travailleurs, artistes..., nous sommes tous, comme
n’importe qui vivant dans un espace délimité par un Etat-
providence, des rentiers du mouvement ouvrier, en ce que
celui-ci aura eu de plus ambivalent. La conséquence la plus
massive de ses conquêtes, ou des effets de ses conquêtes, aura
été une mise à distance de la politique, qui pose le problème de
la continuité révolutionnaire ou post-révolutionnaire, par-delà
les rives glacées des années 80.

Résister à la bêtise ambiante des « fêtes du travail » ce
n’est pas, ce ne peut surtout pas être liquider cet héritage en
enfants perdus. Seule la domination se nourrit de la destruction
de ce qui, rétroactivement, apparaît comme rêves, utopies,
illusions. Elle triomphe là où cela fait ricaner ou soupirer. La
critique ne nous sera plus non plus d’aucun secours. Elle
semble avoir désormais quelque chose de redondant, comme si
elle ne faisait que ratifier quelque chose qui est passé avant
elle, et qui a déjà opéré, comme si elle redoublait une opération
de destruction préalable. Résister c’est apprendre à ne plus se
considérer comme les rentiers des victoires du mouvement
ouvrier révolutionnaire, comme les représentants d’ « acquis »
sur lesquels il ne serait être question de revenir. Ce qui fut
remède est d’autant plus susceptible de devenir poison qu’il en
est fait usage sans prudence et sans expériences. La question, si
nous voulons continuer à honorer ses victoires comme grosses
de puissances encore à-venir, c’est d’apprendre comment en
hériter. Pour ce faire, nous avons désespérément besoin
d’autres histoires, des histoires racontant comment des
situations peuvent être transformées lorsque ceux qui les
subissent réussissent à les penser ensemble. Non des histoires
morales, mais des histoires techniques à propos de ce type de
réussite, bref des histoires qui portent sur le penser ensemble
comme œuvre à faire.

Les révolutions manquées sont toujours grosses de
promesses inexorablement tenues. Dans un monde où nous
sommes systématiquement dépossédés du souvenir des
conditions historiques et des rapports de forces par et dans
lesquels nous sommes devenus ce que nous sommes, le simple
rappel que ces conditions ont été l’objet de luttes parfois
sanglantes menées au nom de valeurs constamment mises sous
le boisseau, est un acte subversif, et non des moindres.


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