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Une guerre mondiale a commencé. Brisons le silence

gepost op 21/04/16 door John PILGER Trefwoorden  médias  antimilitarisme  nucléaire 

Une guerre mondiale a commencé. Brisons le silence
John PILGER

Je suis allé filmer aux îles Marshall, situées au nord de l’Australie, au milieu de l’océan Pacifique. Chaque fois que j’évoque où je suis allé, les gens me demandent : « Où est-ce ? » Si je leur donne l’indice « Bikini », ils répondent alors « Tu veux dire le maillot de bain. »

Peu de gens semblent conscients que le maillot de bain bikini a été nommé ainsi pour célébrer les explosions nucléaires qui ont détruit l’île Bikini. Soixante-six engins nucléaires ont explosé aux îles Marshall entre 1946 et 1958 – l’équivalent de 1,6 fois la bombe d’Hiroshima chaque jour pendant douze ans.

Bikini est, aujourd’hui, silencieuse, transformée et contaminée. Des palmiers poussent étrangement. Il n’y a pas d’oiseaux et plus rien ne bouge.

Debout sur la plage, je regardais le vert émeraude du Pacifique, tombant au loin, dans un vaste trou noir. Ce fut le cratère laissé par la bombe à hydrogène appelée "Bravo". L’explosion a empoisonné les populations et leur environnement pour des centaines de millier d’années, peut-être pour toujours.

Sur mon chemin du retour, je me suis arrêté à l’aéroport de Honolulu et j’ai remarqué un magazine étasunien appelé La Santé des Femmes. Sur la couverture était une femme souriante dans un maillot de bain type bikini, et le titre : « Vous aussi, vous pouvez avoir un corps adapté au bikini. » Quelques jours plus tôt, dans les îles Marshall, j’avais interviewé des femmes qui avaient des corps très différents du « corps bikini » ; chacune avait souffert d’un cancer de la thyroïde ainsi que d’autres cancers.

Contrairement à la femme souriante en couverture du magazine, toutes étaient pauvres : victimes et cobayes d’une superpuissance rapace qui est aujourd’hui plus dangereuse que jamais.

Je raconte cette expérience comme un avertissement et afin d’interrompre le divertissement qui nous consume tant. Le fondateur de la propagande moderne, Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme « la manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays »

Combien de personnes sont conscients qu’une guerre mondiale a commencé ? Actuellement, c’est une guerre de propagande, de mensonges et de distraction, mais cela peut changer instantanément en cas d’accident, dès que le premier missile sera tiré.

En 2009, le président Obama se tenait devant une foule en adoration dans le centre de Prague, au cœur de l’Europe. Il s’est engagé à rendre « le monde exempt d’armes nucléaires ». Les gens ont applaudi et certains ont pleuré. Un torrent de platitudes coulait des médias. Obama a ensuite reçu le prix Nobel de la paix.

Tout était faux. Il mentait.

L’administration Obama est celle qui a fabriqué le plus d’armes nucléaires, le plus d’ogives nucléaires, le plus de centrales nucléaires. Les dépenses en ogives nucléaires seules atteignent sous Obama plus que sous n’importe quel autre président américain. Un coût de plus de 1 billion de dollars sur 30 ans.

Une bombe nucléaire de taille réduite est prévue. Connue sous le nom de B61 Modèle 12. Il n’y a jamais rien eu de comparable à cela. Le général James Cartwright, un ancien responsable de l’état-major, a dit, « rendues plus petite, l’utilisation des armes nucléaires devient plus pensable. »

Au cours des dix-huit derniers mois, la plus grande accumulation de forces militaires depuis la Seconde Guerre mondiale - dirigée par les Etats-Unis - a lieu le long de la frontière occidentale de la Russie. C’est la première fois depuis qu’Hitler a envahi l’Union soviétique qu’une telle quantité de troupes étrangères menace à ce point la Russie.

L’Ukraine – qui était autrefois membre de l’Union soviétique – est devenue un parc à thèmes de la CIA. Après avoir orchestré un coup d’Etat à Kiev, Washington contrôle efficacement un régime qui est, à leur frontière, hostile à la Russie. Un régime de nazis, littéralement. Nombre d’éminents parlementaires en Ukraine sont les descendants politiques des fascistes de l’OUN et de l’UPA. Ils louent ouvertement Hitler et appellent à la persécution et l’expulsion de la minorité russophone.

Ces faits sont rarement présentés aux actualités en Occident, ou il sont renversés pour étouffer la vérité.

En Lettonie, Lituanie et Estonie – juste à côté de la Russie – l’armée étasunienne déploie des troupes de combat, des chars, des armes lourdes. Cette provocation extrême de la deuxième puissance nucléaire du monde est accueillie dans le silence en Occident.

Ce qui rend la perspective d’une guerre nucléaire encore plus dangereux est la campagne parallèle qui a cours contre la Chine.

Rarement un jour ne se passe sans que la Chine ne soit promue au statut de « menace ». Selon l’amiral Harry Harris, commandant des forces étasuniennes du Pacifique, la Chine « construit un grand mur de sable dans la mer de Chine méridionale. »

Ce à quoi il fait référence est la construction par la Chine de pistes d’atterrissage dans les îles Spratly, qui font l’objet d’un différend avec les Philippines – un différend qui n’avait aucune priorité jusqu’à ce que Washington fit pression et soudoya le gouvernement de Manille et le Pentagone pour lancer une campagne de propagande appelée « liberté de navigation ».

Qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Cela signifie liberté pour les navires de guerre étasuniens qui patrouillent et règnent sur les eaux côtières de la Chine. Essayez d’imaginer la réaction étasunienne si les navires de guerre chinois faisaient de même au large des côtes de la Californie.

J’ai réalisé un film intitulé La guerre que vous ne voyez pas, où j’interviewai des journalistes distingués en Amérique et en Grande-Bretagne tels que Dan Rather de CBS, Rageh Omar de la BBC, David Rose de L’Observer.

Tous ont affirmé que si les journalistes et diffuseurs avaient fait leur travail et remis en cause la propagande selon laquelle Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive ; que si les mensonges de George W. Bush et Tony Blair n’avaient pas été amplifiés, ni repris par les journalistes, et que si l’invasion de l’Irak de 2003 n’avait pas eu lieu, des centaines de milliers d’hommes, femmes et enfants serait en vie aujourd’hui.

La propagande en préparation, aujourd’hui, pour une guerre contre la Russie et / ou la Chine n’est pas différente dans son principe. A ma connaissance, aucun journaliste des grands médias occidentaux – les équivalents de Dan Rather – ne demande pourquoi la Chine est-elle en train de construire des pistes d’atterrissage en mer de Chine ?

La réponse est évidente. Les États-Unis encerclent la Chine avec un réseau de bases, constitué de missiles balistiques, de groupes de combat, de bombardiers et d’armes nucléaires.

Cet arc mortel s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, les îles Mariannes, Marshalls et Guam, aux Philippines, à la Thaïlande, à Okinawa, à la Corée et à travers l’Eurasie, à l’Afghanistan et l’Inde. Les Etats-Unis ont mis en place un nœud coulant autour du cou de la Chine. Mais cela n’apparait pas dans l’actualité. Silence des médias, guerre des médias.

En 2015, de manière secrète, les États-Unis et l’Australie ont organisé le plus grand exercice militaire aéro-naval de l’histoire récente, connue sous le nom de Talisman Sabre. Son objectif était de répéter un plan de combat air-mer, de bloquer les voies maritimes, telle que le détroit de Malacca et le détroit de Lombok, qui coupent l’accès de la Chine aux ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz et d’autres matières premières vitales du Moyen-Orient et d’Afrique.

Dans le cirque que représente la campagne présidentielle étasunienne, Donald Trump est présenté comme un fou, un fasciste. Il est certainement odieux ; mais il est aussi une figure haïe par les médias. Cela seul devrait susciter notre scepticisme.

Les vues de Trump sur l’immigration sont grotesques, mais pas plus grotesque que celles de David Cameron. Ce n’est pas Trump qui commet actuellement des déportations, mais le lauréat du prix Nobel de la paix, Barack Obama.

Selon un prestigieux commentateur libéral, Trump « déchaîne les forces obscures de la violence » aux États-Unis. Les déchaîne-t-il réellement ?

Dans un pays où les bambins tirent sur leur mère et la police mènent une guerre meurtrière contre les Noirs américains. Un pays qui a attaqué et cherché à renverser plus de 50 gouvernements, dont beaucoup de démocraties, et a bombardé de l’Asie au Moyen-Orient, causant la mort de millions de personnes.

Aucun pays ne peut égaler ce record systémique de violence. La plupart des guerres des EU (presque toutes contre des pays sans défense) ont été lancés non pas par des présidents républicains, mais par des démocrates libéraux : Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton, Obama.

En 1947, une série de directives du Conseil de Sécurité Nationale décrit l’objectif primordial de la politique étrangère américaine comme « un monde sensiblement plus à l’image [de l’Amérique] ». L’idéologie fut un messianisme américain. Nous devions tous être Américains. Ou sinon, les hérétiques devront être convertis, subvertis, soudoyés ou écrasés.

Donald Trump est un symptôme de cela, mais il est aussi un franc-tireur. Il a dit que l’invasion de l’Irak était un crime ; il ne veut pas partir en guerre avec la Russie et la Chine. Le danger pour le reste d’entre nous n’est pas Trump, mais Hillary Clinton. Elle n’est pas une franc-tireuse. Elle incarne la violence d’un système dont « l’exceptionnalisme » tant vanté est totalitaire avec un visage libéral occasionnellement.

Le jour de l’élection présidentielle approchant, Clinton sera saluée comme la première femme présidente, indépendamment de ses crimes et mensonges – tout comme Barack Obama a été salué comme le premier président noir tandis que les libéraux avalaient ses bêtises à propos de « l’espoir ». Et l’admiration extatique continue.

Décrit par le chroniqueur du Guardian, Owen Jones, comme « drôle, charmant, avec un sang-froid qui échappe pratiquement tous les autres politiciens », Obama le lendemain envoyait des drones pour massacrer 150 personnes en Somalie. Il assassine les gens en général le mardi, selon le New York Times, lorsque lui est remis la liste des candidats à supprimer par drone. Trop cool.

Lors de la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton a menacé d’ « anéantir totalement » l’Iran avec des armes nucléaires. En tant que secrétaire d’Etat sous Obama, elle a participé au renversement du gouvernement démocratique du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 l’a rendu radieuse. Lorsque le dirigeant libyen, le colonel Kadhafi, a été publiquement sodomisé avec un couteau – un assassinat rendu possible par la logistique américaine – Clinton jubila sur sa mort : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort. »

L’un des plus proches alliés de Clinton est Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’Etat, qui attaque les jeunes femmes ne soutenant pas « Hillary ». C’est la même Madeleine Albright qui, de manière infâme, a déclaré à la télévision que la mort d’un demi-million d’enfants irakiens en « valait la peine »

L’un des plus grands bailleurs de fonds de la campagne de Clinton est le lobby israélien ainsi que les compagnies d’armes qui alimentent les guerres au Moyen-Orient. Elle et son mari ont reçu une fortune de la part de Wall Street. Et pourtant, elle est sur le point d’être désignée comme étant la candidate des femmes, afin de mettre hors-jeu le maléfique Trump, le démon officiel. Ses partisans sont des féministes distingués : Gloria Steinem aux États-Unis et Anne Summers en Australie.

Il y a une génération, un culte post-moderne appelé "politique identitaire" a empêché de nombreux progressistes intelligents d’examiner les causes et les individus qu’ils soutenaient - tels que les faussaires Obama et Clinton, ou de faux mouvements progressistes tels que Syriza en Grèce qui a trahi le peuple du pays et s’est allié avec ses ennemis.

Le nombrilisme, une sorte de "moi, moi, moi", devint le nouvel esprit du temps dans les sociétés occidentales et signala le début de la fin des grands mouvements collectifs contre la guerre,, l’injustice sociale, les inégalités, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, le long sommeil des foules est peut-être terminé. Les jeunes sont de nouveau mobilisés. Les milliers qui, en Grande-Bretagne, ont soutenu Jeremy Corbyn en tant que leader travailliste, font partie de cette prise de conscience – comme ceux qui se sont mobilisés pour soutenir le sénateur Bernie Sanders.

La semaine dernière, en Grande-Bretagne, le plus proche allié de Jeremy Corbyn, son ministre des Finances dans l’opposition, John McDonnell, a engagé un gouvernement travailliste à payer les dettes aux banques pirates, et, de fait, à perpétuer la politique d’austérité.

Aux Etats-Unis, Bernie Sanders a promis de soutenir Clinton une fois qu’elle sera la candidate du parti démocrate. Lui aussi, a voté en faveur de l’emploi de la force contre les pays contre lesquels il pensait que c’était justifié. Il a dit d’Obama qu’il a fait « un excellent travail. »

In Australia, there is a kind of mortuary politics, in which tedious parliamentary games are played out in the media while refugees and Indigenous people are persecuted and inequality grows, along with the danger of war. The government of Malcolm Turnbull has just announced a so-called defence budget of $195 billion that is a drive to war. There was no debate. Silence.

En Australie, il y a une sorte de jeu politique mortifère, dans lequel d’interminables combines politiciennes sont jouées devant les médias tandis que les réfugiés et les peuples indigènes sont persécutés et les inégalités augmentent, en même temps qu’un risque de guerre. Le gouvernement de Malcolm Turnbull vient d’annoncer un soi-disant budget de défense de $195 milliards qui est un encouragement à la guerre. Il n’y eut aucun débat. Silence.

Qu’est-il arrivé à la grande tradition de l’action directe populaire, libérée des partis ? Où est le courage, l’imagination et l’engagement requis pour commencer le long voyage vers un monde meilleur, juste et pacifique ? Où sont les dissidents dans l’art, le cinéma, le théâtre, la littérature ?

Où sont ceux qui vont briser le silence ? Va-t-il nous falloir attendre que le premier missile nucléaire soit tiré ?

John Pilger


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