RSS articles
Français  | 
Il y a 100 ans, la Révolution russe : qu’est-ce que les conseils ouvriers ?
posté le 17/04/17 par Un sympathisant du CCI Mots-clés  réflexion / analyse 

Au début du xxe siècle, au cours de ses plus grandes luttes, le prolétariat s’est donné une nouvelle forme d’organisation adaptée à sa tâche révolutionnaire : les conseils ouvriers (ou soviets).

Les conseils ouvriers se caractérisent par :

– leur constitution sur la base des assemblées générales ouvrières ;

– l’élection et la révocabilité à tout moment des délégués, l’unité entre la prise de décision et l’application de cette décision (non séparation entre “législatif” et “exécutif” ) ;

– leur regroupement et centralisation non sur des bases professionnelles ou industrielles mais sur des bases territoriales (ce ne sont pas les typographes ou les travailleurs du textile qui se regroupent comme dans les syndicats, mais les travailleurs d’une entreprise, d’un quartier, d’une ville, d’une région, etc.).

Cette forme spécifique d’organisation de la classe ouvrière est directement adaptée aux tâches qui attendent le prolétariat dans la révolution.

En premier lieu, il s’agit d’une organisation générale de la classe, regroupant l’ensemble des travailleurs. Auparavant, toutes les formes d’organisations ayant existé, y compris les syndicats, ne regroupaient qu’une partie de la classe. Si cela était suffisant pour que le prolétariat puisse exercer une pression sur le capitalisme afin de défendre au mieux ses intérêts dans le système, c’est seulement en s’organisant en totalité que la classe est en mesure d’accomplir sa tâche historique de destruction du système capitaliste et d’instauration du communisme. Si l’action et le pouvoir d’une partie de la bourgeoisie (ses partis politiques) était possible et même nécessaire dans l’accomplissement de sa révolution, c’est que cette classe elle-même ne constituait qu’une partie infime de la population, qu’elle était une classe exploiteuse, et que par ailleurs, seule une minorité d’elle-même pouvait se hisser au-dessus des conflits d’intérêts qui l’ont toujours traversée du fait des rivalités économiques existant entre ses divers secteurs. Par contre, tant du fait qu’il n’existe pas d’antagonismes ni de rivalités au sein du prolétariat que du fait que la société qu’il est appelé à instaurer abolit toute exploitation et toute division en classes, que le mouvement qu’il conduit est “celui de l’immense majorité au bénéfice de l’immense majorité” (Le Manifeste communiste), seule son organisation générale est en mesure d’accomplir cette tâche historique.

En deuxième lieu, l’élection et la révocabilité à tout moment des différentes charges, expriment le caractère éminemment dynamique du processus révolutionnaire, le perpétuel bouleversement tant de la société que celui qui traverse la classe elle-même, notamment dans le développement de sa conscience : ceux qui avaient été nommés pour telle ou telle tâche, ou parce que leurs positions correspondaient à tel niveau de conscience de la classe ne sont plus nécessairement à leur place lorsque surgissent de nouvelles tâches ou que ce niveau de conscience a évolué. Elles expriment également le rejet par la classe en action de toute spécialisation définitive, de toute division en son sein entre “masses et chefs”, la fonction essentielle de ces derniers (les éléments les plus avancés de la classe ) étant justement de tout faire pour que disparaissent les conditions qui ont provoqué leur apparition : l’hétérogénéité du niveau de conscience dans la classe. Si dans les syndicats, même quand ils étaient encore des organes de la classe ouvrière, il pouvait exister des fonctionnaires permanents, c’était dû au fait que ces organes de défense des intérêts ouvriers dans la société capitaliste portaient en eux certaines des caractéristiques de cette société. De même qu’il utilisait des instruments spécifiquement bourgeois comme le suffrage universel et le Parlement, le prolétariat reproduisait en son propre sein certains traits de son ennemi bourgeois tant qu’il cohabitait avec lui et que l’heure de sa destruction n’avait pas encore sonné. La forme d’organisation statique des syndicats exprimait le mode de lutte de la classe ouvrière lorsque la révolution n’était pas encore possible. La forme d’organisation dynamique des conseils ouvriers est à l’image de la tâche qui est enfin à l’ordre du jour : la révolution communiste. De même, l’unité entre la prise de décision et son application exprime ce même rejet de la part de la classe révolutionnaire de toute spécialisation institutionnalisée, elle traduit le fait que c’est toute la classe qui non seulement prend les décisions essentielles qui la concernent mais aussi participe à l’action de transformation de la société.

En troisième lieu, l’organisation sur une base territoriale et non plus professionnelle ou industrielle exprime la nature différente des tâches prolétariennes. Lorsqu’il s’agissait de faire pression sur un patron ou sur un syndicat patronal en vue d’une augmentation des salaires ou de meilleures conditions de travail, l’organisation par métier ou par branche industrielle avait un sens. Même une organisation aussi archaïque que celle du métier permettait une réelle efficacité des travailleurs contre l’exploitation ; notamment, elle empêchait les patrons de faire appel à d’autres ouvriers d’une profession lorsque certains étaient en grève. La solidarité entre typographes, cigariers ou doreurs sur bronze était un embryon d’une réelle solidarité de classe, une étape dans l’unification de la classe ouvrière en même temps qu’elle pouvait faire reculer les patrons. Même si pesaient sur elle les distinctions et divisions propres à l’économie capitaliste, l’organisation syndicale était donc un moyen réel de lutte dans le système. Par contre, lorsqu’il s’agira non plus de faire reculer tel ou tel secteur du capitalisme, mais de s’affronter à lui en totalité, de le détruire et d’instaurer une autre société, l’organisation spécifique des typographes ou des ouvriers du caoutchouc ne saurait avoir le moindre sens. Pour prendre en main l’ensemble de la société, c’est sur une base territoriale que s’organise la classe ouvrière même si les assemblées de base se tiennent au niveau des entreprises.

Une telle tendance existe déjà à l’heure actuelle dans les luttes de résistance contre l’exploitation qui, loin de se donner une forme syndicale, rejettent cette forme pour s’organiser en assemblées générales souveraines, nommer des comités de grève élus et révocables, briser le carcan professionnel ou industriel pour s’étendre au niveau territorial.

D’une part, cette tendance exprime le fait que, dans sa période de décadence, le capitalisme prenant une forme de plus en plus étatique, l’ancienne distinction entre luttes politiques (qui étaient l’apanage des partis ouvriers du passé) et luttes économiques (dont les syndicats avaient la responsabilité) a aujourd’hui de moins en moins de sens : toute lutte économique sérieuse devient politique en s’affrontant à l’Etat : soit à ses policiers, soit à ses représentants dans l’usine, les syndicats. D’autre part, elle indique la signification profonde des luttes présentes comme préparatifs des affrontements décisifs de la période révolutionnaire : même si c’est un aiguillon économique (la crise, l’aggravation intolérable de l’exploitation) qui jette les ouvriers dans ces affrontements, les tâches qui se présentent à eux sont éminemment politiques : attaque frontale et armée contre l’Etat bourgeois, instauration de la dictature du prolétariat.

La Révolution russe et ses conseils ouvriers il y a un siècle sont toujours une source d’inspiration pour la société actuelle. Lire, débattre et tirer les leçons de cette gigantesque expérience du prolétariat est une absolue nécessité pour l’avenir.

Courant Communiste International - http://fr.internationalism.org


posté le 17 avril 2017  par Un sympathisant du CCI  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • la révolution russe
    est
    un coup d’état
    qui a
    débouché
    sur une société totalitaire
    remplie d’idiots
    et de flics
    comme avant et après
    comme en espagne 36/37
    aux chiottes

  • 17 avril 17:15, par Vieux Sympathisant de la Gauche Communiste internationaliste

    la révolution russe
    est
    un coup d’état
    qui a
    débouché
    sur une société totalitaire
    remplie d’idiots
    et de flics
    comme avant et après
    comme en espagne 36/37
    aux chiottes

    Non seulement c’est une vision fausse et a-historique, mais j’ajouterai que celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ! Vieille citation marxiste…

    Si on réfléchit de cette façon, la Commune aussi a été « un coup d’état qui a débouché sur une société totalitaire remplie d’idiots et de flics » !

    Mais heureusement, les révolutions, c’est un peu plus compliqué que ça…

  • " Parler de processus inconscients, c’est toujours faire des inférences. Par définition, personne ne peut les observer directement. Une des principales apories de la psychologie est l’extrême facilité de décoder toutes les conduites en fonction d’une grille interprétative, surtout si l’on se réfère à l’Inconscient. C’est précisément ce fait qui a incité Karl Popper, le plus célèbre épistémologue du XXe siècle, à réfléchir au critère de démarcation entre les sciences et les pseudosciences, c’est-à-dire les disciplines qui se présentent comme scientifiques sans l’être véritablement.

    Dans sa jeunesse, ce Viennois était émerveillé par la puissance explicative des systèmes de Freud, Adler et Marx. Il décrira plus tard son engouement en ces termes : « L’étude de l’une quelconque de ces théories semblait avoir l’effet d’une conversion, d’une révélation intellectuelle, permettant de découvrir une vérité nouvelle, cachée aux yeux de ceux qui n’étaient pas encore initiés. Une fois que les yeux s’étaient ouverts, on découvrait des confirmations n’importe où : le monde était plein de vérifications de la théorie »98.

    Popper est allé travailler sous la direction d’Adler, un psychanalyste « socialiste », dans un centre de consultation pour les classes laborieuses. Un jour de 1919, il s’est occupé d’un enfant dont les difficultés ne s’expliquaient guère par la théorie adlérienne, une théorie qui en revient toujours à « la volonté de puissance ». Quand il en a parlé à Adler, celui-ci, sans même voir l’enfant, a interprété illico ces difficultés de façon à les faire entrer dans son cadre théorique. Popper, qui avait assisté à une conférence d’Einstein où le physicien expliquait la difficulté de trouver une observation précise pour démontrer sa théorie, s’est étonné qu’Adler et Freud pouvaient, chacun de leur côté, « confirmer » leur théorie avec n’importe quel cas clinique."
    http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2347

  • ... «  La révolution : opium du peuple  »

    On dit : « Le paradis terrestre. » Le socialisme a pris l’expression au pied de la lettre : il s’agirait de construire le paradis sur terre. Malheureusement, le parti a remplacé le bon Dieu pour décider qui le mérite. On allait à la messe pour gagner son paradis, on rentre au parti. Bien sûr, il y a aussi les chapelles hérétiques, on s’y agite plus encore qu’au sein de l’Eglise mère. Le gauchisme exagère tous les ridicules du parti, de l’Eglise. Les cérémonies sont nombreuses, manifestations répétées à l’infini, éternels défilés compulsifs où le nom des morts est scandé dans des incantations sans fin. Les rites sont précis ; qui les transgresse est puni par les gardiens du culte.

    La grande supercherie du marxisme, qui domine toute réflexion sur la révolution, c’est de substituer la science à la foi. Le paradis arrive, c’est sûr, c’est le sens de l’histoire. C’est comme avant, ça aide à supporter l’étemelle défaite du mouvement ouvrier, ça évite les remises en questions ; si ça a raté, on n’y peut rien, c’était pas la bonne étape historique. Le sens de l’histoire, il est comme 107 qui dirait giratoire, en forme de cercle vicieux, et plus ça foire, plus il faut répéter aux masses militantes qu’un pas est franchi et qu’on approche du but ; qu’importent les cadavres, ils ne sont pas morts pour rien d’ailleurs. Ils sont morts pour nous les communards, ceux de Cronstadt, ceux de Catalogne, ceux du Chili. On verse une larme, on prend les mêmes et on recommence. Et voilà, tout est mélangé encore une fois. On doit vivre pour les autres, on aura peut-être la chance de mourir pour eux. Pierre Overney mort pour la cause du peuple. C’est décidément répugnant. Y’en a ras le bénitier. Fous-toi dans le crâne, Nicolas, que la Commune est bien morte, qu’Overney est crevé pour des nèfles, Puig Antich pour nada, sans parler du Christ, glorieux précurseur.

    Puisque la révolution est devenue affaire d’opinion, on en parle en termes de conviction, y a ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Mais « nous qui cherchons la connaissance, nous nous défions précisément de toute espèce de croyants » (Nietzsche). Pour la majorité de ceux qui « y croient », refuser la loi dans le socialisme c’est refuser le socialisme. On se voit taxé de pessimisme.
    ...

    Croire et embellir

  • ... Le projet révolutionnaire conçoit la transformation du monde sous la forme d’un coup de force ou de journées d’agitation populaire à la faveur desquels un changement s’opère à la tête de l’État — changement de régime, dans sa version socialiste, ou renversement de l’ordre étatique dans sa version anarchiste. La révolution se pose comme une fin, un objectif à atteindre, une utopie mythique pour laquelle nous devrions agir, militer et même sacrifier nos vies. La perspective révolutionnaire, c’est d’agir en vue de réaliser cette fin, d’atteindre cet objectif inaccessible. Attendre n’est qu’une autre manière de nous faire accepter notre soumission aux dispositifs et rôles dans lesquels nous sommes emprisonnés en ce moment même.

    en finir une fois pour toutes avec celui de révolution. Sorel avait raison, la grève générale comme la révolution n’est qu’un mythe, un mirage par lesquels les syndicats et groupuscules n’ont de cesse de nous enrôler dans leurs dispositifs de contre-pouvoir. Attendre la révolution, la préparer en militant, c’est une façon d’accepter notre soumission aux dispositifs et aux rôles dans lesquels nous sommes emprisonnés en ce moment même.

    La révolution comme une fin, comme utopie mythique, exige renonciation et sacrifice de soi. La perspective révolutionnaire se résume donc à agir en vue de réaliser cette fin, d’atteindre cet objectif inaccessible. Or, la vie est trop précieuse pour la gâcher à courir derrière des chimères. La vie est courte. Très courte.

    Tout sacrifie de soi est un gaspillage scandaleux. Car sacrifier sa vie, c’est la consacrer à l’obéissance et au ressentiment. Je pense à tous ces gens qui sont morts pour des patries qui n’existent plus, pour des souverains dont la lignée est depuis longtemps oubliée, pour des fumisteries aussi dérisoires que tragiques comme des religions, des préjugés ou des idéologies dont la simple évocation ne provoque aujourd’hui qu’un rire amer.

    On ne peut obliger quiconque d’être libre, ce qui explique l’échec de toutes les tentatives révolutionnaires basées sur la contrainte. Se situer dans l’obligation, c’est faire éclore la domination, pas la liberté. Je ne veux pas vous convaincre de l’opportunité ou non de devenir ce que vous êtes, c’est-à-dire libres. Plusieurs d’entre vous, peut-être même la majorité, n’en avez pas la volonté. Alors pourquoi sacrifierai-je ma vie pour vous ? ...

    ANNE

    ARCHET}

  • nullPopper a une vision proprement bourgeoise de la science, qui n’aboutit qu’à une vision scientiste qui permet de justifier le libéralisme ! Voir à ce sujet l’article du CCI sur la question : https://fr.internationalism.org/french/rint91/communisme.htm

    De toutes les façons, le marxisme n’est pas une science : il essaie d’avoir une démarche scientifique, ce qui n’est pas la même chose.

    Quant aux conseils ouvriers, je conseillerais à 18:31 et à Mme Archet de lire Voline sur le sujet : ça leur ouvrirait les idées. La vision du projet révolutionnaire proposée par ce commentaire est d’ailleurs totalement fausse, d’une part parce que je ne vois aucunement en quoi la révolution serait un « objectif inaccessible », d’autre part parce que le concept même de « liberté » chez Mme Archet apparaît on ne peut plus fumeux : c’est la société qui rend libres les individus, pas le contraire !

    Ce qui est surtout remarquable dans les précédents commentaires, c’est leur absence totale de principes politiques ! La révolution n’est pas un CHOIX, elle est une NÉCESSITÉ, parce que ce qui est utopique, c’est de croire que le capitalisme peut continuer à fonctionner encore longtemps…

  • "vision proprement bourgeoise"

    lyssenko n’est pas mort avec son fan club hélas

  • les conseils ouvriers (ou soviets) = carotte des (marxistes) autoritaristes

  • 17 avril 20:40, par VSGCI

    En quoi Lyssenko n’était pas lui aussi un bourgeois, et anti-scientifique en plus, je ne vois pas. Pour mettre les choses au point, pas la peine de faire tout un pataquès autour du stalinisme : Staline n’était pas marxiste et le stalinisme est du capitalisme, et rien d’autre.

    Quant à la notion d’« autoritarisme », non seulement je vais demander à 20:12 de quoi il parle, et de nous expliquer en quoi le marxisme serait « autoritariste », mais je vais lui répondre par la bouche d’Engels :

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc075.htm

  • Qu’on puisse encore faire référence à Lénine de manière positive alors qu’il a fait fusiller des milliers d’individus après les avoir fait fliquer, torturer avec son larbin Trotsky et sa Tcheka, après avoir prolongé l’esclavage en Russie est scandaleux. Pas de quartier pour les les esclavagistes sur Indymedia, pas de quartiers pour les fachos rouges.

  • Engels possedait il une usine ?

    Engels était il un capitaliste vivant (et finançant Marx) avec l’exploitation de ses ouvrières ?

  • « Qu’on puisse encore faire référence à Lénine de manière positive alors qu’il a fait fusiller des milliers d’individus après les avoir fait fliquer, torturer avec son larbin Trotsky et sa Tcheka, après avoir prolongé l’esclavage en Russie est scandaleux. Pas de quartier pour les les esclavagistes sur Indymedia, pas de quartiers pour les fachos rouges. »

    Tiens donc ! Et il y a encore des gens pour croire qu’une révolution, c’est très angélique, et qu’il ne faut pas, surtout pas ! de Tchéka - pour paraphraser Victor Serge - face à la bourgeoisie internationale qui a juré d’avoir la peau des révolutionnaires, jusqu’au dernier ! Il faut vraiment vivre en-dehors de toute référence historique pour raconter des calembredaines pareilles ! Après, oui, il faut critiquer la Révolution russe et les Bolcheviks, mais en commençant pas dire qu’ils ont été des révolutionnaires, qu’ils ont fait des erreurs, commis des crimes - Kronstadt, la Makhnovitchna en font partie - dans un contexte particulier. Mais tant qu’on en reste à mettre tout sur le dos des Bolcheviks et de Lénine en particulier, on ne peut qu’aboutir à un constat : ils auraient mieux fait de ne pas renverser le Tsar ! C’est ça, la conclusion ? Bienvenue chez les Social-patriotes, messieurs !

    Au moins, les Bolcheviks, et pas qu’eux : les Spartakistes, les Etroits bulgares, les Communistes serbes, finlandais, italiens, hongrois, les Tribunistes hollandais, le KAPD après le KPD, ont-ils essayé. Ils ont été vaincus, avec tout ce que cela signifie - et assassinés par dessus le marché pour une bonne partie d’entre eux.

    Quant à faire d’Engels un pur capitaine d’industrie, et donc à lui interdire de parler de la classe ouvrière, c’est une vision sociologique de ce qu’est la conscience de classe, on va laisser ça aux Staliniens qui en sont les spécialistes ! Merci en tout cas de montrer ouvertement que l’idéologie stalinienne est toujours vivante, 25 ans après la chute du Mur et de l’URSS ! Un très beau cas d’attaque ad hominem en tout cas, qui permet de décrédibiliser ce qui est dit en attaquant celui qui le dit ! Je vois d’ici les débats dans ce cadre politique-là…

    Ce qui ne change rien au fait qu’Engels a parfaitement raison sur la question, ou alors il va falloir démontrer un peu mieux qu’il a tort…

  • 18 avril 10:42, par 1 prolo, anti léniniste, anti gauchisme

    Laissons le léninisme aux crapules autoritaristes

    Mais relevons dans le commentaire ci dessus de VSGCI un beau paradoxe

    • défendre la boucherie léniniste de l’urss marxiste autoritaire capitalisme d’état
    • puis se dissocier dde l’urss marxiste autoritaire capitalisme d’état de Staline

    Vous faites penser aux trotskistes qui découpent l’histoire (de façon soit disant matérialiste historique, objective et contextualisée ) pour sauver leur héros : Trotski . Vous faites de même avec Lénine ?

    https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Kronstadt

  • 18 avril 11:09, par pour clore sur le CCI

    Le texte précédent se termine avec la conclusion que l’une des explications majeures de l’involution du CCI réside dans son incapacité à remettre en question les perspectives sur lesquelles il s’était créé. C’est aussi le constat minimal, mais fondamental en même temps, sur lequel tous les camarades du cercle tombent d’accord. Ensuite vient inévitablement la question : incapacité, oui, mais pourquoi ? Et cette interrogation en amène presque automatiquement une autre : ladite inaptitude est-elle la cause ou la conséquence de la déchéance du Courant ? Les éléments de réponse que l’on apporte doivent-ils être purement de type objectif, c’est-à-dire des données que le groupe subit en quelque sorte comme la résultante d’un déterminisme qui échappe à sa volonté, ou bien faut-il les voir à l’inverse comme un produit des structures et de la vie interne de cette organisation ? et, si oui, le groupe révolutionnaire est aussi l’acteur de sa faillite. Il en est le responsable. En fait, la réponse correcte tient des deux angles de vue à la fois. D’une manière générale, ce n’est jamais une cause unique qui détermine la dégénérescence d’un groupe révolutionnaire, comme on l’a déjà dit ailleurs, mais une combinaison de raisons interactives. De même, les formes de la dégénérescence ne sont pas standards et si, à propos du CCI actuel, on peut à juste titre parler de " machine paranoïaque et de " forteresse assiégée ", cela ne découle qu’en partie d’une loi générale, beaucoup venant de l’histoire propre de ce groupe. Voici le rapport de notre discussion sur le sujet.

    http://cercledeparis.free.fr/5.htm

  • 18 avril 11:27, par ça concerne aussi le cci

    Pour le mar­xisme l’histoire doit être ana­ly­sée et cri­ti­quée : c’est la « concep­tion maté­ria­liste et cri­tique »[1]de l’histoire. Connaître l’histoire ne doit pas ser­vir à répé­ter des for­mules ou des recettes, mais à com­prendre les événe­ments et à ne pas com­mettre les mêmes erreurs. Notre but est donc de com­prendre l’action du léni­nisme dans la révo­lu­tion russe, et ainsi d’approcher la nature pra­tique, réelle, de cette doctrine.

    Contrai­re­ment aux léni­nistes, il ne s’agit pas pour nous de défendre tel cou­rant ou telle per­sonne, et décla­rer que tout ce qu’il a fait et dit était juste et par­fait. Un tel cou­rant « par­fait » n’existe pas dans la révo­lu­tion russe, et cer­tai­ne­ment dans aucune révolution.

    La prise du pou­voir d’octobre 1917

    Le mythe répété reli­gieu­se­ment est clair : en octobre 1917, les bol­che­viks auraient fait une « révo­lu­tion ». Encore plus fort, cette « révo­lu­tion » d’octobre aurait été une « révo­lu­tion socia­liste », voire une « révo­lu­tion marxiste » !

    Il est donc néces­saire de rap­pe­ler ici une des bases du mar­xisme : le volon­ta­risme poli­tique ne peut pas se sub­sti­tuer à l’action consciente des masses elles-mêmes. L’action poli­tique ne peut en aucun cas rem­pla­cer l’action sociale.

    Ce qui a eu lieu en octobre 1917 en Rus­sie, c’est une prise du pou­voir par un parti, le parti bol­che­vik. Lénine écrit en sep­tembre 1917 au comité cen­tral bol­che­vik : « les bol­ché­viks peuvent et doivent prendre en mains le pou­voir. »[2] C’est franc : pour Lénine, c’est bien aux bol­che­viks seuls de prendre le pouvoir.

    Juste après le coup bol­che­vik, Trotsky le dit sans ambi­guïté : « L’habitant dor­mait tran­quille­ment et ne savait pas que, pen­dant ce temps, un pou­voir était rem­placé par un autre. »[3] Aucun rap­port, donc, avec une révo­lu­tion populaire.

    D’où vient alors la confu­sion ? D’abord la Rus­sie était en révo­lu­tion depuis février 1917, cette révo­lu­tion ayant ren­versé le tsa­risme, mais n’arrivant pas à se trou­ver un nou­veau régime, bien que l’aspiration popu­laire soit clai­re­ment pour une véri­table démo­cra­tie. Le « coup d’Etat d’octobre »[4] n’a été qu’un des événe­ments de la révo­lu­tion russe, mais des décen­nies de pro­pa­gande et de contre-vérités ont fait confondre ce putsch mené de nuit avec la révo­lu­tion russe, qui est un événe­ment bien plus vaste où les masses ont joué un rôle primordial.

    Après octobre, le pou­voir est exercé par un « Conseil des com­mis­saires » dirigé par Lénine (qui n’a jamais été membre d’un soviet), et en pra­tique encore plus par la petite direc­tion bolchevique.

    La pra­tique du pou­voir léniniste

    L’échec des gou­ver­ne­ments pro­vi­soires de février à octobre 1917 a consti­tué le ter­reau du déve­lop­pe­ment des bol­che­viks. Mais il ne fau­dra que quelques semaines pour que les bol­che­viks fassent sur plu­sieurs points les mêmes renie­ments que les gou­ver­ne­ments pro­vi­soires (les simi­li­tudes sont évidentes concer­nant le réta­blis­se­ment de la peine de mort, ainsi que le renon­ce­ment à la Constituante).

    La volte-face de Lénine est ainsi résu­mée par Boris Sou­va­rine en 1935 : « Après avoir demandé aux socia­listes au pou­voir la liberté au nom de leurs prin­cipes, il la leur refu­sait au nom de sa tac­tique. »[5] Sou­va­rine pour­suit : « Dans la mesure où ils théo­risent la ter­reur, Lénine et Trotsky entrent en contra­dic­tion avec la pen­sée mar­xiste dont ils se croient les fidèles inter­prètes. Ils n’ont su que répondre quand on leur oppo­sait Engels pour qui la ter­reur est “la domi­na­tion de gens eux-mêmes ter­ro­ri­sés”, faite de “cruau­tés inutiles com­mises pour se ras­su­rer par des gens qui ont peur eux-mêmes”. Opi­nion nul­le­ment for­tuite confir­mée par Marx »[6].

    Rosa Luxem­burg constate en sep­tembre 1918 que le pou­voir bol­che­vik a fait « preuve du mépris le plus gla­cial à l’égard de l’Assemblée consti­tuante, du suf­frage uni­ver­sel, de la liberté de la presse et de réunion, bref de tout l’appareil des liber­tés démo­cra­tiques fon­da­men­tales des masses popu­laires »[7]. Cette poli­tique des bol­che­viks consti­tue l’inverse de ce qui est indis­pen­sable selon le mar­xisme, ce que rap­pelle Luxem­burg quand elle en appelle à « la vie poli­tique active, libre, éner­gique, de larges masses popu­laires »[8], à « la démo­cra­tie la plus large et la plus illi­mi­tée »[9], à « une vie inten­sé­ment active des masses dans une liberté poli­tique illi­mi­tée »[10].

    Moins d’un an après le coup d’Etat bol­che­vik, Rosa Luxem­burg constate que « sans l’action inter­na­tio­nale de la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne », le régime russe doit « inévi­ta­ble­ment tom­ber dans un tour­billon de contra­dic­tions et d’erreurs »[11], ce que l’histoire a ample­ment confirmé.

    Luxem­burg déplore « les 200 vic­times expia­toires de Mos­cou », et « la ter­reur et l’écrasement de la démo­cra­tie »[12]. Les 200 vic­times dont il est ques­tion étaient 200 mili­tants socialistes-révolutionnaires de gauche, qui avaient été exé­cu­tés à Mos­cou par le pou­voir bol­che­vik en juillet 1918. Rosa Luxem­burg avait été très affec­tée par cette répres­sion, comme en témoigne cet extrait de sa cor­res­pon­dance : « règne au vrai tout autour de moi un cli­mat de fin du monde. Peut-être sont-ce spé­cia­le­ment les 200 “exé­cu­tions d’otages” de Mos­cou que j’ai lues hier dans le jour­nal, qui m’ont affec­tée de la sorte… »[13]

    Selon Luxem­burg le pou­voir léni­niste est « un gou­ver­ne­ment de cote­rie — une dic­ta­ture, il est vrai, non celle du pro­lé­ta­riat, mais celle d’une poi­gnée de poli­ti­ciens, c’est-à-dire une dic­ta­ture au sens bour­geois, au sens de la domi­na­tion jaco­bine »[14]. Lénine se reven­dique lui-même de « l’exemple » du gou­ver­ne­ment jaco­bin, et en 1920 il recon­naît que le régime n’est dirigé que par quelques chefs bol­che­viks : « la plus authen­tique “oli­gar­chie” »[15] selon ses propres mots.

    Sur le plan écono­mique, les bol­che­viks mettent en place les méthodes d’exploitation capi­ta­liste : « salaire aux pièces » et « sys­tème Tay­lor »[16], notam­ment.

    Le 29 avril 1918 Lénine déclare au comité exé­cu­tif cen­tral de Rus­sie : « Eta­blir à pré­sent le capi­ta­lisme d’Etat, c’est appli­quer le recen­se­ment et le contrôle qu’appliquaient les classes capi­ta­listes. »[17] En mai 1918, Lénine confirme que son but est d’« orga­ni­ser la grande pro­duc­tion à l’échelle de l’Etat, sur les bases du capi­ta­lisme d’Etat » ! Il s’agit là d’un point cen­tral pour com­prendre le léni­nisme : la mise en place dès 1918 du capi­ta­lisme d’Etat (pers­pec­tive qui était aupa­ra­vant una­ni­me­ment condam­née par les mar­xistes, et qui était désor­mais reven­di­quée et appli­quée par Lénine). Ce sys­tème écono­mique sera par la suite appli­qué par l’ensemble des régimes d’inspiration léniniste.

    Dans le même article, Lénine ajoute : « notre devoir est de nous mettre à l’école du capi­ta­lisme d’Etat des Alle­mands, de nous appli­quer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ména­ger les pro­cé­dés dic­ta­to­riaux pour l’implanter en Rus­sie »[18]. Rosa Luxem­burg n’eut pas connais­sance de cet éloge par Lénine du sys­tème qu’elle avait tant com­battu, qu’avaient dure­ment subi des mil­lions de pro­lé­taires en Alle­magne, et que main­te­nant un « mar­xiste » vou­lait… copier. Lénine a donc, effec­ti­ve­ment, appli­qué le sys­tème écono­mique de la monar­chie alle­mande, et l’a fait avec les méthodes de la monar­chie allemande.

    Au bout de trois ans, en avril 1921, Lénine per­sis­tait dans sa défense du capi­ta­lisme d’Etat : « Puisque nous ne sommes pas encore en état de réa­li­ser le pas­sage immé­diat de la petite pro­duc­tion au socia­lisme, le capi­ta­lisme est, dans une cer­taine mesure, inévi­table […] aussi devons-nous l’utiliser (sur­tout en l’orientant dans la voie du capi­ta­lisme d’Etat) »[19]. Décou­vrant au prin­temps 1921, trois ans et demi après la prise du pou­voir, que le capi­ta­lisme est inévi­table étant donné l’état de déve­lop­pe­ment de la Rus­sie, Lénine décide néan­moins de se main­te­nir comme chef d’un Etat capi­ta­liste. Seule modi­fi­ca­tion du sys­tème écono­mique : la NEP, qui consiste en l’injection d’une dose de capi­ta­lisme privé au sein du capi­ta­lisme d’Etat, lequel reste mal­gré tout la base du mode de pro­duc­tion de la Rus­sie léniniste.

    Le 28 mars 1922 à la tri­bune du congrès du parti bol­che­vik, il recon­naît encore que l’économie russe est un capi­ta­lisme d’Etat, et il déclare que « le capi­ta­lisme d’Etat […] c’est un capi­ta­lisme toléré par nous », ajou­tant : « le capi­ta­lisme d’Etat est toléré par notre Etat pro­lé­ta­rien : or, l’Etat, c’est nous. Si nous nous y sommes mal pris, nous sommes les cou­pables, inutile d’en cher­cher d’autres ! ». Au delà de la for­mule absurde « Etat pro­lé­ta­rien », Lénine emprunte ici à Louis XIV sa concep­tion de l’Etat (« l’Etat, c’est moi »), le sou­ve­rain russe s’associant cepen­dant la direc­tion du parti bol­che­vik en un « l’Etat, c’est nous » qui pousse le renie­ment jusqu’au ridicule.

    Enfin, Lénine affirme qu’il ne veut pas d’un « débat sur la façon dont les pro­fes­seurs alle­mands com­pre­naient le capi­ta­lisme d’Etat et dont nous le com­pre­nons. Depuis lors, nous avons subi bien des épreuves et il n’y a abso­lu­ment aucune rai­son de regar­der en arrière »[20]. Et pour cause : un « regard en arrière » per­met­trait de s’apercevoir que les mar­xistes et les autres socia­listes ont tou­jours rejeté le capi­ta­lisme d’Etat ; et les épreuves russes ne jus­ti­fient en rien qu’au nom du « socia­lisme » soit menée une poli­tique capitaliste.

    Faire de néces­sité vertu est une chose, déjà peu accep­table pour un mar­xiste, mais men­tir de façon aussi nette pour cou­vrir ce retour­ne­ment en est une autre, encore plus grave. C’est ce men­songe sur lequel est bâti la légende de l’« URSS socia­liste » — alors que c’était en réa­lité l’inverse : l’URSS capi­ta­liste d’Etat. En effet, les rap­ports de pro­duc­tion y ont du début à la fin été basés sur le tra­vail sala­rié, la forme mar­chan­dise, et le capi­tal. Ces trois éléments sont décrits par Karl Marx dans Le Capi­tal comme les trois bases du capitalisme.

    Fin 1922 encore, Lénine affirme : « l’instauration du capi­ta­lisme d’Etat dans notre pays n’est pas aussi rapide que nous le vou­drions. […] si le capi­tal étran­ger ne par­ti­cipe pas au déve­lop­pe­ment de notre écono­mie on ne peut espé­rer la réta­blir rapi­de­ment. »[21]

    Comme l’écrivit le mar­xo­logue Maxi­mi­lien Rubel : « En Rus­sie, Lénine, son parti et la bureau­cra­tie assu­mèrent le rôle dévolu par­tout ailleurs à la bour­geoi­sie […] Cette écono­mie pré­ten­du­ment socia­liste n’est autre qu’une forme par­ti­cu­lière du type de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion déjà décrit dans le troi­sième livre du Capi­tal : le capi­ta­lisme direc­to­rial, variété du capi­ta­lisme privé sur­gie grâce à l’expropriation des petites entre­prises et à leur absorp­tion dans des oli­go­poles et mono­poles. »[22].

    L’exploitation du tra­vail contraint étant res­tée la règle sous le régime léni­niste, les tra­vailleurs russes sont donc res­tés exploi­tés de la même façon. La pro­duc­tion était diri­gée par la nou­velle classe domi­nante : la bureau­cra­tie d’Etat (laquelle n’était pas plus élue que les pos­ses­seurs du capi­tal en régime de capi­ta­lisme privé). Les pri­vi­lé­giés de cette classe diri­geante obte­naient leurs pri­vi­lèges écono­miques par l’exploitation de la majo­rité, tout comme les autres classes capi­ta­listes dans les autres formes d’économies capitalistes.

    Déjà, en renon­çant à la démo­cra­tie, les léni­nistes renon­çaient de fait à toute ten­dance vers le socia­lisme. Lénine tenta en 1920 de jus­ti­fier son « pou­voir per­son­nel », par ces pro­pos clai­re­ment oppo­sés au mar­xisme : « la volonté d’une classe est par­fois réa­li­sée par un dic­ta­teur, qui par­fois fait à lui seul davan­tage et est sou­vent plus néces­saire. »[23] Dif­fi­cile d’être plus clair, et de renier encore plus la pen­sée de Marx.

    Au niveau de l’appareil répres­sif d’Etat, la tchéka s’est déve­lop­pée dès les pre­miers mois du pou­voir léni­niste, se com­por­tant en conti­nua­trice de l’okhrana (la ten­ta­cu­laire police poli­tique tsa­riste). Le schéma de la conti­nuité du tsa­risme par le régime léni­niste est pour l’essentiel le même concer­nant les camps de prisonniers.

    Avec la sup­pres­sion de la liberté de la presse et de la démo­cra­tie poli­tique (qui étaient des conquêtes de la révo­lu­tion des masses de 1917), ainsi qu’avec le main­tien de la répres­sion, Lénine renie ses pro­messes anté­rieures. C’est cet ensemble de renie­ments que des géné­ra­tions de léni­nistes ont approuvé.

    Le 30 décembre 1922, Lénine estime que l’appareil de l’Etat russe est « emprunté au tsa­risme »[24], luci­dité dont l’immense majo­rité de ses « dis­ciples » seront incapables.

    Concer­nant le sou­lè­ve­ment de Krons­tadt de février-mars 1921, on se limi­tera ici à citer quelques éléments rele­vés par Boris Sou­va­rine en 1935, soit avant que la contro­verse concer­nant Trotsky ne se déclenche[25] : « Le mou­ve­ment de reven­di­ca­tion des ouvriers et des marins, d’aspect abso­lu­ment paci­fique à l’origine, cor­res­pon­dait à l’agitation du pro­lé­ta­riat de Pétro­grad excédé de pri­va­tions, de décep­tions et des bru­ta­li­tés de la “com­mis­sa­ro­cra­tie”. […] Si les mate­lots et les ouvriers de Crons­tadt avaient ourdi un com­plot ou dressé un plan, ils eussent attendu le dégel qui ren­drait leur for­te­resse impre­nable et met­trait Pétro­grad sous le tir de la flotte. Mais ils espé­raient gain de cause par la seule puis­sance de leur droit et grâce à la soli­da­rité de la Rus­sie labo­rieuse. […] ils se savaient les inter­prètes des doléances popu­laires. Leur can­deur poli­tique reste hors de doute comme leur fidé­lité à la révo­lu­tion. Mais le lourd “appa­reil” du parti bol­ché­viste n’était déjà plus sen­sible à la pureté des meilleures inten­tions. […] Par une sinistre iro­nie de l’histoire, la Com­mune de Crons­tadt périt le 18 mars 1921, cin­quan­tième anni­ver­saire de la Com­mune de Paris. »[26]

    Une pra­tique ossi­fiée en… « théorie »

    D’un point de vue théo­rique, Lénine était ins­piré par Ple­kha­nov et Kautsky, bien plus que par Marx ou Engels. Il ne fut par ailleurs jamais lui-même un théo­ri­cien et, avant de deve­nir chef d’Etat, ne fut pas consi­déré comme tel. Il a fallu tout le pou­voir de per­sua­sion de l’Etat qu’il diri­geait pour réus­sir à faire croire à un « Lénine théo­ri­cien » voire, plus absurde encore, à un « Lénine théoricien marxiste » !

    Sui­vant Lénine, les prin­ci­paux diri­geants bol­che­viks (Trotsky, Zino­viev, Sta­line, Bou­kha­rine…) avaient des for­mules jus­ti­fiant la situa­tion poli­tique et écono­mique qu’ils menaient en Rus­sie, cela au nom du « mar­xisme » — men­tant ou se four­voyant ainsi de façon gro­tesque. Le léni­nisme s’est sou­vent pré­senté comme étant « le mar­xisme », contri­buant ainsi à recou­vrir le mar­xisme de dog­ma­tisme, de nom­breux mythes, et d’innombrables défor­ma­tions. En « rem­pla­çant » le mar­xisme, le léni­nisme a ainsi par­ti­cipé à l’ignorance très répan­due vis-à-vis du mar­xisme réel, abou­tis­sant à la situa­tion — qui per­dure aujourd’hui encore — où le mar­xisme n’est le plus sou­vent « connu » qu’au tra­vers de quelques for­mules vidées de leur sens, voire absentes des écrits de Marx.

    Le léni­nisme appli­quant la « real­po­li­tik », les divers cou­rants léni­nistes se sont nour­ris de cet oppor­tu­nisme, allant jusqu’à croire que ce serait une qua­lité… « mar­xiste » ! Loin de la rigueur et de l’esprit cri­tique mar­xiste, le léni­nisme fonc­tionne à base de sen­tences aussi défi­ni­tives que fausses, de juge­ments aussi arrê­tés qu’inexacts, d’argumentaires aussi pauvres qu’insultants.

    La base du léni­nisme, ce « volon­ta­risme poli­tique » se sub­sti­tuant à la libre œuvre éman­ci­pa­trice des masses, consiste dans une foi irra­tion­nelle en un gou­ver­ne­ment « socia­liste », natu­rel­le­ment dirigé par des léni­nistes, qui mène­rait la trans­for­ma­tion sociale. En vérité, un gou­ver­ne­ment « socia­liste » ne per­met en aucun cas un pas­sage au socia­lisme. C’est seule­ment un mou­ve­ment popu­laire mas­sif qui peut bou­le­ver­ser les struc­tures de la société, pas­sant d’une société hiérarchique-capitaliste à une société démocratique-socialiste, par la vic­toire du champ social sur les champs écono­mique et politique.

    Igno­rant cette réa­lité, on retrouve la même illu­sion d’un « gou­ver­ne­ment socia­liste » chez Lénine comme chez Ebert en Alle­magne à la même époque, et fina­le­ment la même tra­hi­son dans les deux cas (que cette tra­hi­son se fasse en conscience ou « mal­gré eux » étant une autre question). […]

    http://www.critique-sociale.info/55/le-leninisme-et-la-revolution-russe/

  • "Et il y a encore des gens pour croire qu’une révolution, c’est très angélique, et qu’il ne faut pas, surtout pas ! de Tchéka "

    On ne peut plus clair !

    CCI = COMMISSARIAT !

    Le site de la secte : http://www.interpol.int/

  • Il y a encore des gens pour croire que les communistes ne sont pas qu’un ramassis de flics ?!

    Quand ils ne font pas l’apologie de l’Etat d’Israel, ils font l’apologie du choc des civilisations (parfois sans le savoir) et exprime leur haine islamophobe qui n’a rien à envier au FN (selon certains c’est la sharia qui fait la loi dans les "banlieues" françaises).

    Les cocos sont un ramassis de connards fachos et paranos.

  • 18 avril 12:28

    merci de ta réponse,j’ai un parcours politique classique : adhésion au PC à 20 ans, militante à la CGT aussi, pendant plus de 15 ans, jusqu’à ce que je prenne conscience que le PC n’était pas un parti révolutionnaire, et qu’à la CGT, on nous a manipulés dès l’arrivée des socialistes au pouvoir ! Ensuite, je suis restée quelques années sans structure politique, et puis je me suis intéressée à ce que disaient les TK sur ma boite (la Sécu), j’ai adhéré au PT en 94, et très vite au CCI. Au début, je me suis sentie à l’aise, et puis la lecture d’IO m’a très vite paru une corvée, du rabâchage incompréhensif pour les gens "normaux", d’ailleurs, les gens normaux ne venaient pas à nos AG, on se retrouvait entre TK, et on discutait des mêmes
    choses, que ce soit dans les structures PT et les réunions du courant ! Que dire de la méthode des TK : "objectifs-résultats"... cela aussi c’était pesant, si tu ne remplis pas tes objectifs, tu dois t’expliquer ! Sans parler de l’intolérance, du sectarisme, de la façon de "juger" les autres en partant du principe que c’étaient, eux, les vrais fidèles à la IV°
    Internationale. Et puis ces discussions "théoriques" à partir des textes de 1917, rapportés à notre époque, m’a pesé aussi ! Et l’obligation de m’expliquer si je ne participais pas à une instance ou à une manif parce que j’avais autre chose, ma vie par exemple à mener, de plus
    important ce jour la ! Le monde évolue, le monde du travail aussi, les capitalistes ont su
    anticiper et organiser l’évolution, le prolétariat non, mais ça, impossible de leur expliquer un point de vue qui n’est pas le leur. Dans mes activités syndicales j’étais muselée, mes projets de tracts, qui ne ressemblaient pas à des leçons apprises par cœur étaient systématiquement jetés à la poubelle au profit de romans fleuves, à lire avec une loupe (mais
    là on me disait que c’étaient mes lunettes qui n’étaient pas adaptées si je soulevais des objections) que les collègues ne lisaient pas ! pour des soi-disant champions de la démocratie, dans ma petite fraction, c’étaient des spécialistes de la langue de bois, ils parlaient mais n’écoutaient jamais ce que les autres disaient, ou retenaient le contraire
    de leurs propos, les instances n’étaient pas réunies avant les réunions régionales, et le camarade qui y allait n’était porteur d’aucune décision prise en commun... de 12, les effectifs ont diminué petit à petit, et maintenant ils ne sont plus que 2, et FO n’est plus majoritaire lors des élections professionnelles ! Au niveau syndical, je ne t’explique pas le nombre de décisions prises en AG, qui étaient remises en cause par le bureau ou le secrétariat !
    J’ai donc quitté, ou essayé de quitter le PT dès la fin de l’année dernière,
    mais pas le syndicat au sein du quel je pensais avoir encore ma place, eh bien non, j’ai été très vite considérée comme une dissidente, et j’ai été convoquée, pratiquement harcelée par divers responsables qui me sommaient de m’expliquer sur ma démission ! Quand je leur parlais de mes choix, ils me répondaient que c’était comme si on demandait à un enfant de choisir entre son père et sa mère ! Et puis, aussi, j’oubliais, je suis poète comme tu as dû t’en apercevoir, eh bien c’était une tare, du temps perdu, pour eux j’avais autre chose à faire
    que regarder le ciel, les nuages, d’écouter les oiseaux, et de vouloir
    écrire !!!!!
    Et ma vie privée, je ne t’en parle pas, était vivement critiquée ! La leçon que j’en tire, c’est que ce sont tous des fanatiques, bien qu’ils s’en défendent, qui envisagent très sereinement le passage à la lutte armée, utopie ! Et que j’ai eu autant de mal à en sortir, comme s’il s’agissait d’une secte ! ce n’est que depuis que j’ai démissionné de mes responsabilités
    syndicales que j’ai la paix ! Il y a certainement des militants de base sincères, mais avec leurs méthodes d’endoctrinement, cela ne dure pas longtemps. Il y a d’anciens communistes
    aussi, comme moi, je me demande jusqu’à quand ?
    Quant à Pierre Lambert, j’ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre ce qu’il disait !
    Maintenant, je suis isolée, politiquement et syndicalement, mais cela ne m’empêche pas de continuer à réfléchir, et je me demande si je ne vais pas me tourner vers un mouvement anarchiste...
    Car la vie militante fait partie intégrante de ma vie, il m’est très difficile de m’imaginer sans engagement politique ! Je suis désabusée de toutes les structures existantes, et je n’envisage la révolution qu’à l’échelle mondiale aujourd’hui ! a quoi servirait un nouveau
    68 à part déboucher sur une nouvelle intégration des forces révolutionnaires
    aux idées réformistes ?

    Tiens moi au courant de tes projets de brochure, et je n’ai pas tout compris
    lorsque tu dis que tu essaies de construire autre chose dans ta région ?
    Amicalement

    Eve

    https://nantes.indymedia.org/articles/32882

  • le cci c’est même pas 500 individus
    qui prêchent dans le désert
    quelle bande de nazes millénaristes

    les militants
    ah ah

  • le troll islamophile est finalement passé à 12:17 et ensuite

  • marx la pauv merde

    « Il [Marx] détestait toute fréquentation des hommes ; il ne buvait qu’avec des gens qui le louaient et l’admiraient ; toute expression d’un sentiment un peu profond le rendait cynique. »

    Le « besoin constant de perfection et d’idéal » le poussait aussi à être le meilleur, le premier, à dénigrer et calomnier (Bakounine en particulier : 271-2)

  • 18 avril 16:10, par Le communisme de conseils ou conseillisme est un courant marxiste (...)

    https://www.youtube.com/watch?v=QvIErLKFeyo


    Ouvrière
     : As-tu résolu la question de l’organisation ?
    Dialecticien : Après, les conseils ouvriers seront réalisés dans l’autogestion généralisée.
    Ouvrière : Mais alors, qu’est-ce qu’on peut faire avant ça ?
    Dialecticien : Hé bien, trouver quelque chose qui y ressemble. On ne combat pas l’aliénation par
    des moyens aliénés. T’en fais pas, ça ira.

    Gamine : Les bureaucrates arrivent !
    Ouvrier : Vite, au travail !
    Chef burea

  • * Pour son combat, la classe ouvrière doit unifier ses lut­tes, en prenant elle-même en charge leur extension et leur organisation, par les assemblées générales sou­ve­raines et les comités de délégués, élus et révo­cables à tout instant par ces assemblées.

    * La classe ouvrière est la seule classe capable de me­ner à bien la révolution communiste. La lutte révolu­tion­naire conduit nécessairement la classe ouvrière à une confrontation avec l’Etat capitaliste. Pour détruire le ca­pitalisme, la classe ouvrière devra renverser tous les Etats et établir la dictature du prolétariat à l’échelle mondiale : le pouvoir international des conseils ou­vriers, regroupant l’ensemble du prolétariat.

    * La transformation communiste de la société par les conseils ouvriers ne signifie ni « autogestion », ni « nationalisation » de l’économie. Le communisme né­cessite l’abolition consciente par la classe ouvrière des rapports sociaux capitalistes : le travail salarié, la pro­duction de marchandises, les frontières nationales. Il exige la création d’une communauté mondiale dont toute l’activité est orientée vers la pleine satisfaction des be­soins humains.

    * L’organisation politique révolu­tionnaire constitue l’avant-garde du prolétariat, facteur actif du processus de généralisation de la conscience de classe au sein du pro­létariat. Son rôle n’est ni d’« organiser la classe ouvrière », ni de « prendre le pouvoir » en son nom, mais de participer activement à l’unification des luttes, à leur prise en charge par les ouvriers eux-mêmes, et de tra­cer l’orientation politique révolutionnaire du combat du prolétariat.

  • 18 avril 17:00, par Prolo

    1 - LA THEORIE DE LA REVOLUTION COMMUNISTE

    Le marxisme est l’acquis théorique fondamental de la lutte prolétarienne, c’est sur sa base que l’ensemble des acquis du prolétariat s’intègre dans un tout cohérent.

    En expliquant la marche de l’histoire par le développement de la lutte de classe, c’est-à-dire de la lutte basée sur la défense des intérêts économiques dans un cadre donné du développement des forces productives, et en reconnaissant dans le prolétariat la classe sujet de la révolution qui abolira le capitalisme, il est la seule conception du monde qui se place réellement du point de vue de cette classe. Loin de constituer une spéculation abstraite sur le monde il est donc, et avant tout, une arme de combat de la classe. Et c’est parce que le prolétariat est la première et seule classe de l’histoire dont l’émancipation s’accompagne nécessairement de l’émancipation de toute l’humanité, dont la domination sur la société n’implique pas une nouvelle forme d’exploitation mais l’abolition de toute exploitation, que le marxisme est seul capable d’appréhender la réalité sociale de façon objective et scientifique, sans préjugés ni mystifications d’aucune sorte.
    Par conséquent, bien qu’il ne soit pas un système ni un corps de doctrine fermé, mais au contraire une théorie en élaboration constante, en liaison directe et vivante avec la lutte de classe, et bien qu’il ait bénéficié des manifestations théoriques de la vie de la classe qui l’ont précédé, il constitue, depuis le moment où ses bases ont été jetées, le seul cadre à partir et au sein duquel la théorie révolutionnaire peut se développer.

    2 - LES CONDITIONS DE LA REVOLUTION COMMUNISTE

    Toute révolution sociale est l’acte par lequel la classe porteuse des nouveaux rapports de production établit sa domination politique sur la société. La révolution prolétarienne n’échappe pas à cette définition mais ses conditions et son contenu diffèrent fondamentalement des révolutions du passé.
    Celles-ci, parce qu’elles se trouvaient à la charnière de deux modes de production dominés par la pénurie avaient pour fonction de substituer la domination d’une classe exploiteuse à celle d’une autre classe exploiteuse : ce fait s’exprimait par le remplacement d’une forme de propriété par une autre forme de propriété, d’un type de privilèges par un autre type de privilèges.
    La révolution prolétarienne, par contre, a pour but de remplacer des rapports de production basés sur la pénurie par des rapports de production basés sur l’abondance, c’est pour cela qu’elle signifie la fin de toute forme de propriété, de privilèges et d’exploitation.

    Ces différences confèrent à la révolution prolétarienne les caractéristiques suivantes, que la classe ouvrière se doit, comme condition de son succès, de comprendre et de maîtriser :

    a - Elle est la première forme de révolution à caractère mondial, qui ne puisse atteindre ses buts qu’en se généralisant à tous les pays, puisqu’avec la propriété privée elle doit abolir l’ensemble des cadres sectoriels, régionaux et nationaux liés à celle-ci. C’est la généralisation de la domination du capitalisme à l’échelle mondiale qui permet que cette nécessité soit aussi une possibilité.

    b - La classe révolutionnaire, pour la première fois dans l’histoire, est en même temps aussi la classe exploitée de l’ancien système et, de ce fait, elle ne peut s’appuyer sur un quelconque pouvoir économique dans la conquête du pouvoir politique. Bien au contraire, à l’encontre de ce qui a prévalu dans le passé, la prise du pouvoir politique par le prolétariat précède nécessairement la période de transition pendant laquelle la domination des anciens rapports de production est détruite au bénéfice de celle des nouveaux.

    c - Le fait que, pour la première fois, une classe de la société soit en même temps classe exploitée et classe révolutionnaire implique également que sa lutte comme classe exploitée ne peut à aucun moment être dissociée ou opposée à sa lutte comme classe révolutionnaire. Au contraire, comme le marxisme l’a depuis le début affirmé contre les théories proudhoniennes et petites-bourgeoises, le développement de la lutte révolutionnaire est conditionné par l’approfondissement et la généralisation de la lutte du prolétariat comme classe exploitée.

    3 - LA DECADENCE DU CAPITALISME

    Pour que la révolution prolétarienne puisse passer du stade de simple souhait ou de simple potentialité et perspective historique au stade d’une possibilité concrète, il faut qu’elle soit devenue une nécessité objective pour le développement de l’humanité. C’est cette situation historique qui prévaut depuis la première guerre mondiale : depuis cette date a pris fin la phase ascendante du mode de production capitaliste qui commence au 16ème siècle pour atteindre son apogée à la fin du 19ème. La nouvelle phase ouverte dès lors est celle de la décadence du capitalisme.

    Comme pour toutes les sociétés du passé, la première phase du capitalisme traduisait le caractère historiquement nécessaire des rapports de production qu’il incarne, c’est-à-dire de leur nature indispensable pour l’épanouissement des forces productives de la société. La seconde, au contraire, traduit la transformation de ces rapports en une entrave de plus en plus lourde à ce même développement.

    La décadence du capitalisme est le produit du développement des contradictions internes inhérentes à ce mode de production, et qu’on peut définir comme suit :

    Bien que la marchandise ait existé dans la plupart des sociétés, l’économie capitaliste est la première qui soit basée fondamentalement sur la production de marchandises. Aussi l’existence de marchés sans cesse croissants est-elle l’une des conditions essentielles du développement du capitalisme. En particulier, la réalisation de la plus-value produite par l’exploitation de la classe ouvrière est indispensable à l’accumulation du capital, moteur essentiel de la dynamique de celui-ci. Or, contrairement à ce que prétendent les adorateurs du capital, la production capitaliste ne crée pas automatiquement et à volonté les marchés nécessaires à sa croissance. Le capitalisme se développe dans un monde non capitaliste, et c’est dans ce monde qu’il trouve les débouchés qui permettent ce développement. Mais en généralisant ses rapports à l’ensemble de la planète et en unifiant le marché mondial, il a atteint un degré critique de saturation des mêmes débouchés qui lui avaient permis sa formidable expansion du 19ème siècle. De plus la difficulté croissante pour le capital de trouver des marchés où réaliser sa plus-value, accentue la pression à la baisse qu’exerce sur son taux de profit l’accroissement constant de la proportion entre la valeur des moyens de production et celle de la force de travail qui les met en œuvre. De tendancielle, cette baisse du taux de profit devient de plus en plus effective, ce qui entrave d’autant le procès d’accumulation du capital, et donc le fonctionnement de l’ensemble des rouages du système.

    Après avoir unifié et universalisé l’échange marchand en faisant connaître un grand bond au développement de l’humanité, le capitalisme a donc mis à l’ordre du jour la disparition des rapports de production fondés sur l’échange. Mais tant que le prolétariat ne s’est pas donné les moyens d’imposer cette disparition, ces rapports de production se maintiennent et entraînent l’humanité dans des contradictions de plus en plus monstrueuses.

    La crise de surproduction, manifestation caractéristique des contradictions du mode de production capitaliste mais qui, dans le passé, constituait un palier entre chaque phase d’expansion du marché, battement de cœur d’un système en pleine santé, est devenue aujourd’hui permanente. C’est effectivement de façon permanente que sont sous-utilisées les capacités de l’appareil productif et que le capital est devenu incapable d’étendre sa domination ne serait-ce qu’au rythme de la croissance de la population humaine. La seule chose que le capitalisme puisse aujourd’hui étendre dans le monde, c’est la misère humaine absolue, comme celle que connaissent les pays du tiers-monde.

    La concurrence entre les nations capitalistes, ne peut, dans ces conditions, que devenir de plus en plus implacable. L’impérialisme, politique à laquelle est contrainte, pour survivre, toute nation quelle que soit sa taille, impose à l’humanité d’être plongée depuis 1914, dans le cycle infernal de crise-guerre-reconstruction-nouvelle crise..., où une production d’armement chaque jour plus monstrueuse devient de plus en plus le seul terrain d’application de la science et d’utilisation des forces productives. Dans la décadence du capitalisme, l’humanité ne se survit que sur la base de destructions et d’une automutilation permanentes.

    A la misère physiologique qui frappe les pays sous-développés, fait écho dans les pays développés une déshumanisation extrême, jamais atteinte auparavant, des relations entre les membres de la société, et qui a pour base l’absence totale de perspectives que le capitalisme offre à l’humanité, autres que celle de guerres de plus en plus meurtrières et d’une exploitation de plus en plus systématique, rationnelle et scientifique, il en découle, comme pour toute société en décadence, un effondrement et une décomposition croissante des institutions sociales, de l’idéologie dominante, de l’ensemble des valeurs morales, des formes d’art et de toutes les autres manifestations culturelles du capitalisme. Le développement d’idéologies comme le fascisme ou le stalinisme marquent le triomphe croissant de la barbarie en l’absence du triomphe de l’alternative révolutionnaire.

    4 - LE CAPITALISME D’ETAT

    Dans toute période de décadence, face à l’exacerbation des contradictions du système, l’Etat garant de la cohésion du corps social et de la préservation des rapports de classe dominants, tend à se renforcer jusqu’à incorporer dans ses structures l’ensemble de la vie de la société. L’hypertrophie de l’administration impériale et la monarchie absolue ont été les manifestations de ce phénomène dans la décadence de la société esclavagiste romaine et dans celle de la société féodale.

    Dans la décadence capitaliste la tendance générale vers le capitalisme d’Etat est une des caractéristiques dominantes de la vie sociale. Dans cette période, chaque capital national, privé de toute base pour un développement puissant, condamné à une concurrence impérialiste aiguë est contraint de s’organiser de la façon la plus efficace pour, à l’extérieur, affronter économiquement et militairement ses rivaux et, à l’intérieur, faire face à une exacerbation croissante des contradictions sociales. La seule force de la société qui soit capable de prendre en charge l’accomplissement des tâches que cela impose est l’Etat.

    Effectivement, seul l’Etat :
    - peut prendre en main l’économie nationale de façon globale et centralisée et atténuer la concurrence interne qui l’affaiblit afin de renforcer sa capacité à affronter comme un tout la concurrence sur le marché mondial.
    - mettre sur pied la puissance militaire nécessaire à la défense de ses intérêts face à l’exacerbation des antagonismes internationaux.
    - enfin, grâce entre autres, aux forces de répression et à une bureaucratie de plus en plus pesantes, raffermir la cohésion interne de la société menacée de dislocation par la décomposition croissante de ses fondements économiques, imposer par une violence omniprésente le maintien d’une structure sociale de plus en plus inapte à régir spontanément les relations humaines et acceptée avec d’autant moins de facilité qu’elle devient, de plus en plus, une absurdité du point de vue de la survie même de la société.

    Sur le plan économique, cette tendance jamais totalement achevée vers le capitalisme d’Etat, se traduit par le passage aux mains de l’Etat de tous les leviers de l’appareil productif. Cela ne signifie pas que disparaissent la loi de la valeur, la concurrence ou l’anarchie de la production, qui sont les caractéristiques fondamentales de l’économie capitaliste. Elles continuent de s’appliquer à l’échelle mondiale où les lois du marché continuent de régner et déterminent donc les conditions de la production à l’intérieur de chaque économie nationale aussi étatisée soit-elle. Dans ce cadre, si les lois de la valeur et de la concurrence semblent être "violées" c’est afin qu’elles puissent mieux s’appliquer. Si l’anarchie de la production semble refluer face à la planification étatique, elle en resurgit d’autant plus violemment à l’échelle mondiale particulièrement à l’occasion des crises aiguës du système que le capitalisme d’Etat est incapable de prévenir. Loin de constituer une "rationalisation" du capitalisme, son étatisation n’est donc qu’une manifestation de son pourrissement.

    Cette étatisation se fait, soit de façon graduelle, par fusion des capitaux "privés" et du capital d’Etat comme c’est plutôt le cas dans les pays les plus développés, soit par des sauts brusques sous forme de nationalisations massives et totales, en général là où le capital privé est le plus faible.

    Effectivement, si la tendance vers le capitalisme d’Etat se manifeste dans tous les pays du monde, elle s’accélère et éclate avec plus d’évidence quand, et où, les effets de la décadence se font sentir avec le plus de violence : historiquement durant les périodes de crise ouverte ou de guerre, géographiquement dans les économies les plus faibles. Mais le capitalisme d’Etat n’est pas un phénomène spécifique des pays arriérés. Au contraire, bien que le degré d’étatisation formelle soit souvent plus élevé dans le capitalisme sous-développé, la prise en main véritable par l’Etat de la vie économique est généralement encore plus effective dans les pays les plus développés, du fait du haut degré de concentration du capital qui y règne.

    Sur le plan politique et social, la tendance vers le capitalisme d’Etat se traduit par le fait que, sous les formes totalitaires les plus extrêmes comme le fascisme ou le stalinisme ou sous les formes qui se recouvrent du masque démocratique, 1’appareil d’Etat, et essentiellement l’exécutif, exerce un contrôle de plus en plus puissant, omniprésent et systématique sur tous les aspects de la vie sociale. A une échelle bien supérieure à celle de la décadence romaine ou féodale, l’Etat de la décadence capitaliste est devenu cette machine monstrueuse, froide et impersonnelle qui a fini par dévorer la substance même de la société civile.

    CCI

  • 18 avril 20:36, par j’ai-connu-des-lumpens-de-droite-qui-avaient-plus-de-classe

    Dans un texte produit par un groupe de militants sortis du Courant Communiste International, les auteurs décrivent la crise qu’a connu cette organisation entre 1993 et 1996 et les « techniques policières de harassement » auxquelles ils ont été soumis : « Très vite, un militant (…) fut accusé… Au fur et à mesure du “débat”, il fut taxé d’aventurier, de franc-maçon, et pour finir de probable agent de l’État. Bref, depuis plus de vingt ans se cachait parmi nous un barbouze infiltré 30 ! »

    30. Extrait de Pourquoi sommes-nous sortis du Courant Communiste International ? Les auteurs présentent leur texte comme un « témoignage sur la machine à écoeurer les militants et à détruire les personnalités ». http:// cercledeparis.free.fr/3.htm. Les citations présentes dans ce texte ont été utilisées pour leur seule pertinence à illustrer les arguments ou les situations que nous exposons. Elles sont toutes accessibles publiquement et ne témoignent en aucun cas d’une adhésion au programme des groupes ou individus dont elles émanent.

    ///

    en 2006, lors de l’enterrement d’une militante « internationaliste », la partie de l’assistance composée de membres du CCI (Courant Communiste International) recula ostensiblement de quatre pas, suivant une pratique stalinienne bien établie, lorsqu’un rival politique auteur de travaux sur la gauche communiste italienne, et jugé traître « à la cause », voulut lui rendre hommage.

    ///

    http://funambule.chezlagrenouille.fr/IMG/pdf/pas-un-seul-cheveu-blanc-n_a-pousse-sur_nos-reves.pdf

      • la classe ouvrière qui s’appuie sur des théories bourgeoises (marx et engels, lénine, etc ...) est dans la merde et à dans la bouche un cadavre
  • 18 avril 21:01, par VSGCI

    C’est bien, on ressort des textes d’ex-militants pour éviter de répondre sur le fond aux questions posées par le texte. Je n’ai pas à me prononcer sur la question, je ne suis pas le CCI ; le seul texte qui avance des éléments dans les commentaires ci-dessus, c’est celui de Critique sociale, ils n’ont aucune valeur politique mais ce sont les seuls : c’est significatif de la déréliction politique du mouvement anarchiste, qui ne comprend rien à l’histoire du mouvement ouvrier à quelques exceptions près. Et pourtant, à l’époque, nombre d’anarchistes ont salué et soutenu les Bolcheviks !

    Pas l’ombre d’une argumentation derrière tout ça. Et surtout, surtout, pas l’ombre d’un principe politique ! Lénine et Staline, ça n’est pas la même chose, mais évidemment c’est au niveau des principes politiques du mouvement ouvrier que l’on parle : Lénine a combattu Staline à la fin de sa vie et cherchait à donner aux ouvriers des armes contre l’Etat à travers le mouvement syndical. Pour un contre-révolutionnaire, c’est un poil contradictoire.

    Bon, sinon, qu’est-ce qui est reproché au texte du CCI exactement ? Quand on regarde les commentaires, on s’aperçoit que personne ne le contredit sur aucun point… à part le texte de Critique sociale, qui est un tissu d’âneries et de contre-vérités ! Comment, mais comment un parti qui compte à peine quelques centaines de militants dans toute la Russie, a-t-il bien pu faire tomber l’Etat russe sans l’appui de masses d’ouvriers ? C’est un mystère… S’il n’était appuyé par personne, pourquoi des armées entières se sont-elles battues pour défendre la révolution contre les Blancs ? Autre mystère…

    Quant aux buts de la Révolution russe, Critique sociale oublie - ou plutôt son ou ses rédacteurs n’ont jamais compris - qu’il était d’abord et avant tout la propagation de la révolution aux autres pays d’Europe. Lénine l’écrit constamment : tout pour la Révolution allemande ! Rosa Luxemburg l’écrit aussi : en Russie, la question de la révolution ne pouvait qu’être posée, elle ne pouvait pas être résolue en Russie. Le retard du déclenchement de la révolution en Allemagne est donc un drame pour la Révolution russe, et aboutit à faire en sorte que le pouvoir des Bolcheviks dure assez longtemps jusqu’à… la Révolution allemande. Avec toutes les conséquences qui s’en sont suivies. Victor Serge explique cela très bien, encore faut-il le lire…

    Il est intéressant par ailleurs de noter que le texte de Critique sociale nous parle beaucoup du Léninisme - qui est une invention de Staline, je le précise - sans le citer nulle part ! Par contre, il cite beaucoup Rosa Luxemburg, qui à côté de ses indéniables qualités défendait quand même la démocratie parlementaire et la participation aux syndicats - deux éléments sur lesquels elle a été mise en minorité à la fondation du KPD, et contredite par les Bolcheviks ! La brochure de Rosa dont sont extraites ces citations n’était pas destinée à publication, et Rosa au début prend bien soin de dire qu’elle ne sait pas exactement ce qui se passe en Russie… Quant à Critique sociale, on reconnaît là son ambiguïté vis-à-vis du parlementarisme…

    De toutes les façons, le problème reste simple : critiquer les Bolcheviks et la Révolution russe, oui, il faut le faire ; mais sans la Révolution russe, qu’aurions-nous à critiquer ? Et sans les Bolcheviks et Lénine, il n’y aurait jamais eu de Révolution russe…

  • "nombre d’anarchistes ont salué et soutenu les Bolcheviks !"

    comme quoi on peut se revendiquer anar et etre le roi de cons.
    sinon on ignorait qu’il y avait une nuance entre les anars et les bolchos. ce qu’on lit pas comme connerie sur indy...

    Nosotros 29 a dressé un bilan de l’expérience militante accumulée en Espagne entre 1996 et 2007 « parmi les anarchistes, les communistes et les autonomes qui gravitent autour de l’idée “d’insurrection” ». Ils décrivent quelques-unes des manœuvres de la direction de la CNT espagnole à l’encontre des membres de leur organisation – les Jeunesses Libertaires – perçus comme une menace : « ... manœuvres bureaucratiques, expulsions dans la plus pure tradition sta- linienne, emploi systématique de la calomnie contre les dissidents, avec une prédilection pour l’accusation d’“infiltré”... ».

    29. Les extraits cités sont tirés du texte « L’épidémie de rage en Espagne (1996-2007) ». Les rédacteurs de Nosotros s’adressent « à celles et ceux qui luttent contre les diverses formes de domination, et le font sans s’inféoder à des organisations qui les dépossèdent de leur capacité d’agir et de penser ». Ces leçons ont été publiées en français dans la revue Nous autres , numéro 3, Printemps 2012.

  • 18 avril 21:46

    L’anarchiste Emma Goldman, elle aussi en Russie soviétique à la même époque, et qui livrera un témoignage accablant pour les bolcheviques sur la révolution en cours, rencontrera Russell et le décrira comme conservant son indépendance de pensée et d’action et restant insensible aux attentions intéressées du pouvoir. (Russell aurait d’ailleurs souhaité rencontrer Kropotkine, qui mourra l’année suivante, mais on ne l’y autorisa pas. Dans le livre où elle relate son expérience en Russie soviétique, Goldman évoque brièvement Bertrand Russell ainsi  : «  La personnalité la plus remarquable du groupe était Bertrand Russell, qui montra rapidement sa détermination à mener ses recherches en toute liberté et à obtenir ses informations de première main. »
    Dans son autobiographie, elle parle de nouveau de lui et de son voyage en Russie soviétique et elle écrit cette fois  : « La plupart des membres de la mission tombèrent dans le piège du spectacle qui leur était préparé et plus leur séjour se prolongeait, plus ils devenaient dociles. […] [d’autres] toutefois, n’étaient pas disposés à se contenter de regarder, ébahis et tout sens critique endormi, les merveilles qu’on leur montrait. Un de ceux-là était Bertrand Russell. Dès le début, il avait fait comprendre, très poliment, mais fermement, qu’il refusait l’accompagnement officiel qu’on voulait lui imposer et qu’il préférait se déplacer seul. Russell ne ressentait aucune exaltation d’être logé dans un palace ou nourri de mets délicats. «  Quel être méfiant, ce Russell, murmuraient les bolcheviques. Mais peut-on s’attendre à autre chose de la part d’un bourgeois  ? ». »

    http://croquant.atheles.org/horscollection/pratiqueettheoriedubolchevisme/#extrait

  • ouvrierisme, économisme, etc ...

  • Pour une autre raison encore, il est dangereux de baser une théorie politique sur une doctrine philosophique. La doctrine philosophique du matérialisme, si elle est vraie, est vraie partout et toujours ; l’on ne peut s’attendre à des exceptions, disons dans le bouddhisme ou dans le mouvement hussite. Il en résulte que les gens dont la politique est supposé être la conséquence de leur métaphysique, deviennent absolus et incapables d’admettre qu’une théorie générale de l’histoire ne peut être vraie tout au plus que dans ses grandes lignes. Le caractère dogmatique du communisme marxiste provient de la base philosophique supposée de la doctrine ; elle a la certitude figée de la théologie catholique, et non la fluidité mouvante et l’aspect sceptique de la science moderne.

    Bertrand Russell

  • La forme des conseils ouvriers (ou des soviets) peut se développer hors vulgate léniniste voire même hors de l’idéologie marxiste ...

    Dans ce cas, est ce que le cci approuve ?

  • Je ne suis pas le CCI mais un sympathisant de cette organisation et j’invite les anarchistes à lire Anton Pannekoek (Gauche communiste germano-hollandaise) concernant les conseils ouvriers : "Les conseils ouvriers" : https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1936/00/pannekoek_19360000.htm
    et : "La destruction comme moyen de lutte" : https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1933/00/pannekoek_19330002.htm

    Par ailleurs, le léninisme n’est pas le marxisme, mais une vision narcissique de Lénine, ce qui amène souvent à l’autoritarisme hors du champ d’action que mena réellement Lénine, révolutionnaire authentique.
    Les anarchistes en Russie

    Sur la Révolution russe inter-courants, lire Victor Serge : "Les anarchistes en Russie - Aux Camarades du « Libertaire », de la Fédération Anarchiste, aux Militants Anarchistes des diverses tendances" : https://www.marxists.org/francais/serge/works/1920/08/anarchistes.htm

  • Prolo en flagrant délit de négationnisme.

  • Est ce que pour Prolo existe autre chose qu’un "révolutionnaire authentique (et donc) autoritaire" ?

  • Préliminaires sur les conseils et l’organisation conseilliste https://infokiosques.net/lire.php?id_article=308

    « Le gouvernement ouvrier et paysan a décrété que Cronstadt et les navires en rébellion doivent se soumettre immédiatement à l’autorité de la République Soviétique.
    J’ordonne par conséquent à tous ceux qui levèrent la main contre la patrie socialiste de poser les armes sans délai. Les récalcitrants devront être désarmés et remis aux autorités soviétiques. Les commissaires et les autres représentants du gouvernement qui sont arrêtés doivent être remis en liberté sur-le-champ. Seuls ceux qui se seront rendus sans condition pourront compter sur un acte de grâce de la République Soviétique. Je donne simultanément l’ordre de préparer la répression de la révolte et la soumission des marins par la force armée. Toute la responsabilité des dommages que la population pacifique pourrait souffrir de ce fait retombera entièrement sur la tête des mutins blanc-gardistes. Cet avertissement est définitif. »
    Trotsky, Kamenev, Ultimatum à Cronstadt.

    « Nous n’avons qu’une chose à répondre à tout cela : Tout le pouvoir aux Soviets ! Otez vos mains de là : vos mains rouges du sang des martyrs de la liberté qui luttèrent contre les gardes-blancs, les propriétaires, et la bourgeoisie ! »
    Izvestia de Cronstadt, n° 6.

    Depuis cinquante ans que les léninistes ont ramené le communisme a l’élec-trification, que la contre-révolution bolchevik a dressé l’Etat soviétique sur le cadavre du pouvoir des Soviets, et que Soviet a cessé de signifier Conseil, les révo-lutions n’ont fait que jeter au visage des maîtres du Kremlin la revendication de Cronstadt : « Tout le pouvoir aux Soviets et non aux partis ». La persistance remar-quable de la tendance réelle vers le pouvoir des Conseils Ouvriers au long de ce demi-siècle de tentatives, et d’écrasements successifs, du mouvement prolétarien moderne, impose désormais au nouveau courant révolutionnaire les Conseils comme la seule forme de la dictature anti-étatique du prolétariat, comme le seul tribunal qui pourra prononcer le jugement du vieux monde et exécuter lui-même la sentence.

    Il faut préciser la notion de Conseil, non seulement en écartant les grossières falsifications accumulées par la social-démocratie, la bureaucratie russe, le titisme et jusqu’au ben-bellisme ; mais surtout en reconnaissant les insuffisan-ces dans les brèves expériences pratiques du pouvoir des Conseils jusqu’ici ébauchées ; et, naturellement, dans les conceptions mêmes des révolutionnaires conseillistes. Ce que le Conseil tend à être en totalité apparaît négativement dans les limites et les illusions qui ont marqué ses premières manifestations et, tout autant que la lutte immédiate et sans compromis qui est normalement engagée contre lui par la classe dominante, ont causé sa défaite. Le Conseil veut être la forme de l’unification pratique des prolétaires se donnant les moyens matériels et intellectuels du changement de toutes les conditions existantes, faisant souverainement leur histoire. Il peut et doit être l’organisation en actes de la conscience historique. Or, précisément, il n’est nulle part encore parvenu à dominer la séparation dont sont porteuses les organisations politiques spécialisées et les formes de fausse conscience idéologique qu’elles produisent et défendent. En outre, si les Conseils comme agents principaux d’un moment révo-lutionnaire sont normalement des Conseils de délégués, en tant qu’ils coordonnent et fédèrent les décisions de Conseils locaux, il apparaît que les assemblées générales de la base ont été presque toujours considérées comme de simples assemblées d’électeurs, le premier degré du « Conseil » se trouvant ainsi au-dessus d’elles. Ici déjà réside un principe de séparation, qui ne peut être surmonté qu’en faisant des assemblées générales locales de tous les prolétaires en révolution le Conseil lui-même, d’où toute délégation doit tirer à tout instant son pouvoir.

    En laissant de côté les traits pré-conseillistes qui enthousiasmèrent Marx dans la Commune de Paris (« la forme politique enfin découverte sous laquelle l’émancipation économique du travail pouvait être réalisée »), et qui du reste, plus que dans la Commune élue, peuvent être relevés dans l’organisation du Comité Central de la Garde nationale, composé de délégués du prolétariat parisien en armes, le fameux « Conseil des députés ouvriers » de Saint-Pétersbourg fut la première ébauche d’une organisation du prolétariat dans un moment révolution-naire. D’après les chiffres donnés par Trotsky dans 1905, 200 000 ouvriers avaient envoyé leurs délégués au Soviet de Saint-Pétersbourg, mais son influence s’éten-dait très au-delà de sa zone, bien d’autres Conseils en Russie s’inspirant de ses délibérations et décisions. Il regroupait directement les travailleurs de plus de cent cinquante entreprises, et accueillait en outre les représentants de seize syndi-cats qui s’étaient ralliés à lui. Son premier noyau s’étant formé le 13 octobre, dès le 17 le Soviet instituait au-dessus de lui un Comité Exécutif qui, dit Trotsky, « lui servait de ministère ». Sur un total de 562 délégués, le Comité Exécutif comportait seulement 31 membres, dont 22 étaient réellement des ouvriers délégués par l’en-semble des travailleurs de leurs entreprises, et 9 représentaient trois partis révo-lutionnaires (mencheviks, bolcheviks, et socialistes-révolutionnaires) ; cependant « les représentants des partis n’avaient pas voix délibérative ». On peut admettre que les assemblées de base étaient fidèlement représentées par leurs délégués révocables, mais ceux-ci avaient évidemment abdiqué une grande part de leur pouvoir, d’une manière toute parlementaire, aux mains d’un Comité Exécutif où les « techniciens » des partis politiques avaient une immense influence.

    Quelle est l’origine de ce Soviet ? Il semble que cette forme d’organisation ait été trouvée par certains éléments politiquement instruits de la base ouvrière, appartenant généralement eux-mêmes à une fraction socialiste. Il paraît vraiment excessif d’écrire, comme Trotsky : « Une des deux organisations social-démocrates de Pétersbourg prit l’initiative de la création d’une administration autonome révo-lutionnaire ouvrière » (de plus, celle « des deux organisations » qui reconnut tout de suite l’importance de cette initiative des ouvriers fut précisément la menche-vik). Mais la grève générale d’octobre 1905 avait en fait en sa première origine à Moscou, le 19 septembre, quand les typographes de l’imprimerie Sytine se mirent en grève, notamment parce qu’ils voulaient que les signes de ponctuation soient comptés parmi les 1 000 caractères qui constituaient l’unité de paiement de leur salaire aux pièces. Cinquante imprimeries suivirent et, le 25 septembre, les impri-meurs de Moscou constituèrent un Conseil. Le 3 octobre, « l’assemblée des députés ouvriers des corporations de l’imprimerie, de la mécanique, de la menuiserie, du tabac et d’autres, adopta la résolution de constituer un conseil (Soviet) général des ouvriers de Moscou » (Trotsky, op. cit.). On voit donc que cette forme apparaissait spontanément au début du mouvement de grève. Et ce mouvement, qui com-mençait à retomber dans les jours suivants, se relança jusqu’à la grande crise historique que l’on sait, le 7 octobre, lorsque les travailleurs des chemins de fer, à partir de Moscou, commencèrent spontanément à interrompre le trafic.

    Le mouvement des Conseils à Turin, en mars-avril 1920, avait son origine dans le prolétariat, très concentré, des usines Fiat. Entre août et septembre 1919, le renouvellement des élus à une « commission interne » - sorte de comité d’en-treprise collaborationniste, fondée par une convention collective de 1906 dans le but de mieux intégrer les ouvriers - donna soudain l’occasion, dans la crise sociale que traversait alors l’Italie, d’une transformation complète du rôle de ces « com-missaires ». Ils commencèrent à se fédérer entre eux, en tant que représentants directs des travailleurs. En octobre 1919 trente mille travailleurs étaient représen-tés à une assemblée des « comités exécutifs des Conseils d’usines », qui ressemblait davantage à une assemblée de shop-stewards qu’a une organisation de Conseils proprement dite (sur la base d’un commissaire élu par chaque atelier). Mais l’exemple fit tache d’huile, et le mouvement se radicalisa, soutenu par une fraction du Parti socialiste qui était majoritaire à Turin (avec Gramsci) et par les anar-chistes piémontais (cf. la brochure de Pier Carlo Masini, Anarchici e comunisti nel movimento dei Consigli a Torino). Le mouvement fut combattu par la majorité du Parti socialiste, et par les syndicats. Le 15 mars 1920, les Conseils commencèrent la grève avec occupation des usines, et remirent en marche la production sous leur seul contrôle. Le 14 avril la grève fut générale au Piémont ; dans les jours suivants elle toucha une grande partie de l’Italie du nord, notamment les cheminots et les dockers. Le gouvernement dut employer des navires de guerre pour débarquer à Gênes les troupes qu’il faisait marcher sur Turin. Si le programme des Conseils devait être ultérieurement approuvé par le Congrès de l’Union Anarchiste Ita-lienne réuni à Bologne le 1er juillet, on sait que le Parti socialiste et les syndicats réussirent à saboter la grève en la maintenant dans l’isolement : le journal du parti, Avanti, refusa d’imprimer l’appel de la section socialiste de Turin, alors que la ville était investie par 20 000 soldats et policiers (cf. P.C. Masini). La grève qui aurait manifestement permis une victorieuse insurrection prolétarienne dans tout le pays, fut vaincue le 24 avril. On connaît la suite.

    Malgré certains traits remarquablement avancés de cette expérience peu citée (une foule de gauchistes croient que les occupations d’usines ont été inaugurées en France en 1936), il convient de noter qu’elle comporta de graves ambiguïtés, même parmi ses partisans et théoriciens. Gramsci écrivait dans le n° 4 de L’Ordine Nuovo (deuxième année) : « Nous concevons le Conseil d’usine comme le début historique d’un processus qui doit nécessairement conduire à la fondation de l’Etat ouvrier ». De leur côté, les anarchistes conseillistes ménageaient le syndicalisme, et prétendaient que les Conseils lui donneraient une nouvelle impulsion.

    Cependant, le manifeste lancé par les conseillistes de Turin, le 27 mars 1920, « aux ouvriers et paysans de toute l’Italie » pour un Congrès général des Conseils (qui n’eut pas lieu), formule quelques points essentiels du programme des Conseils : « La lutte de conquête doit être conduite avec des armes de conquête, et non plus seulement de défense (ceci vise les syndicats, « organismes de résistance... cris-tallisés dans une forme bureaucratique » - Note de l’I.S.). Une organisation nouvelle doit se développer comme antagoniste direct des organes de gouverne-ment des patrons ; elle doit pour cela surgir spontanément sur le lieu de travail, et réunir tous les travailleurs, du fait que tous, comme producteurs, sont assujettis à une autorité qui leur est étrangère ( « estranea » ) et doivent s’en libérer. (...) Voici l’origine pour vous de la liberté : l’origine d’une formation sociale qui, en s’étendant rapidement et universellement, vous mettra en situation d’éliminer du champ économique l’exploiteur et l’intermédiaire, et de devenir vous-mêmes les maîtres, les maîtres de vos machines, de votre travail, de votre vie... »

    On sait que, plus simplement, les Conseils d’ouvriers et de soldats dans l’Allemagne de 1918-1919 étaient restés en majorité dominés par la bureaucratie social-démocrate, ou victimes de ses manœuvres. Ils toléraient le gouvernement « socialiste » d’Ebert, dont l’appui principal était l’Etat-major et les corps francs. Les « sept points de Hambourg » (sur la liquidation immédiate de la vieille armée) présentes par Dorrenbach et votés à une forte majorité par le Congrès des Conseils de soldats ouvert le 16 décembre à Berlin, ne furent pas appliqués par les « com-missaires du Peuple ». Les Conseils tolérèrent ce défi, et les élections législatives fixées vite au 19 janvier ; l’attaque lancée contre les matelots de Dorrenbach, puis l’écrasement de l’insurrection spartakiste, à la veille même de ces élections. En 1956, le Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest, constitué le 14 novembre, et se déclarant décidé à défendre lui-même le socialisme, en même temps qu’il exigeait « le retrait de tous les partis politiques des usines », se prononçait pour le retour de Nagy au pouvoir et des élections libres dans un délai limité. Sans doute, à ce moment, il maintenait la grève générale alors que les troupes russes avaient déjà écrasé la résistance armée. Mais avant même la seconde intervention russe, les Conseils hongrois avaient demandé des élections parlementaires ; c’est-à-dire qu’ils recherchaient eux-mêmes à revenir à une situation de double pouvoir, alors qu’ils étaient en fait, face aux Russes, le seul pouvoir effectif en Hongrie.

  • Non car pour Prolo et son arrière arrière grand papounet spirituel aka Saint Karlo, "le prolétariat est révolutionnaire ou n’est rien".

    Rien. Rien que ça...

  • 20 avril 13:10, par 1 prolo - pas du cci du tout

    Tout le pouvoir aux Soviets ! Ôtez vos mains de là vos mains rouges du sang des martyrs de la liberté qui luttèrent contre les gardes-blancs, les propriétaires, et la bourgeoisie !

  • Tout le pouvoir aux Soviets !

    on a compris. qui est pas d’accord sera fusillé. bravo la racaille bolchoconseilliste. les fachos et les stals n’ont rien à vous envier.

  • On voit que ça vole haut... Le communisme de conseil n’a rien à voir avec l’autoritarisme. Il suffit de lire Maximilien Rubel : "Marx, théoricien de l’anarchisme" : https://www.marxists.org/francais/rubel/works/1973/rubel_19731100.htm
    ainsi que "Fascisme Brun, Fascisme Rouge" d’Otto Rühle, Sans oublier les écrits de Rosa Luxemburg : https://www.marxists.org/francais/luxembur/livres.htm
    IL est facile de critiquer, encore faut-il proposer autre chose que le fait de la critique. Le marxisme n’est pas l’ennemi de l’anarchisme quand il est question de ne pas tomber dans l’autoritarisme ou la critique pour la critique envers le prolétariat. Certains anars officiels font dans la dénigration systématique alors qu’ils soutiennent le bourgeoisie d’Etat !!!

  • 20 avril 22:31, par P.M

    Nous nous trouvons aujourd’hui devant une situation paradoxale : d’un côté le capitalisme (ou l’’économie’, qui n’a jamais été que capitaliste) semble parvenu à son terme ; de l’autre, il semble qu’il n’y ait pas réellement d’alternative à lui opposer (qui soit autre chose que son prolongement sous un autre nom, comme le furent les différentes formes de ’socialismes’ au cours de ce siècle). Ceux qui s’attachent à faire l’inventaire des contradictions et des ravages du capitalisme sont obstinément muets sur ce que pourrait être son ’lendemain’, comme si la guérison les effrayait plus que le mal lui-même. Le bilan du système est catastrophique : 35.000 enfants meurent chaque jour des suites des maladies causées par la pauvreté, la part du revenu du cinquième de la population la plus pauvre de la planète est passée de 4 à 1 % entre 1960 et 1990, 389 milliardaires gagnent autant que la moitié du reste des habitants de cette planète, la misère liée au chômage, l’exclusion, la vie dans les favelas, les banlieues, les slums, etc. Mais, aussi bizarre que cela puisse paraître, le système n’est pas plus à l’avantage de la minorité qui est ’dedans’, qui ’travaille’ et qui ’profite’ de la civilisation occidentale, que de la grande majorité qui s’en trouve exclue, marginalisée, en attente d’un accès légal ou illégal au ’paradis’.

    Tandis que les uns sont tués peu à peu par des rythmes de travail de plus en plus insupportables, les autres sombrent dans un vide social, dans une situation exaspérante de recherche d’emplois précaires, d’espoirs déçus, de doutes. À la misère sociale s’ajoute la destruction écologique, du fait que nous utilisons six fois plus de ressources que ne peut le supporter la Terre. Nous avons déjà largement entamé le capital de notre planète et la soudaine généralisation du mode de vie occidental provoquerait une catastrophe écologique quasi immédiate. Or, il ne fait pas de doute que nous sommes en route vers cette ’croissance’.

    L’économie robotisée est capable de produire de plus en plus de biens avec de moins en moins de travailleurs, mais le salaire, lié à des emplois de plus en plus rares et techniquement superflus, reste le moyen de distribution des biens nécessaires à la vie. André Gorz et d’autres auteurs ont évoqué le caractère irrationnel et archaïque de ce principe (1). On a pu croire qu’il s’agissait exclusivement d’un problème de distribution et non plus de production, c’est pourquoi on a fait des propositions telles qu’un revenu garantissant une existence décente pour tous, payé par l’État. Or cette proposition présuppose une économie fondée sur la circulation monétaire, florissante et capable de ’produire’ les impôts nécessaires pour financer ce salaire minimum. De plus, elle suppose également que les frontières nationales ou européennes soient protégées et surveillées... De la même manière, une politique se limitant à défendre les ’acquis sociaux(2)’ contre l’aberration qui porte le nom de néo-libéralisme, n’est pas plus cohérente. Ces ’acquis sociaux’ dépendent précisément d’une économie capitaliste de profit et de concurrence – et donc : néo-libérale.

  • 20 avril 22:32, par P.M

    En réalité, le ’travail’ n’est pas en voie de disparition. Au contraire. L’économie globalisée est désespérément à la recherche de travail bon marché. En Asie, en Amérique du Sud, des millions d’emplois sous-payés sont créés chaque jour dans les maquillas, les sweat-shops, les ateliers illégaux des multinationales ou de leurs fournisseurs et sous-traitants. Aux États-Unis, par exemple, ou en Grande Bretagne, l’économie dite ’de service’ a connu une véritable explosion. Le ’miracle américain’ montre bien que l’économie est tout à fait capable de créer des emplois, si on renonce aux niveaux de salaire pratiqués jusqu’alors, si on réduit les charges sociales et si on ne prend pas de vacances. Le problème, c’est l’idée ’européenne’ d’un emploi décent, sécurisé, congés payés et suffisant pour que la famille puisse se reproduire en toute tranquillité. Pour le capitalisme mondial, ce problème ’régional’ sera résolu soit par des mesures telles que la flexibilité, la fragmentation du marché du travail, l’augmentation accélérée de la productivité, des subventions d’État, soit par la délocalisation de la production. Malheureusement cette offensive néo-libérale n’est pas uniquement une « idéologie ou une théologie » comme veut le croire Pierre Bourdieu, mais une dure nécessité du fonctionnement de ce capitalisme mondial. Les mécanismes du système financier mondial ont créé une masse énorme de capital qui est à la recherche de travail humain pour garantir sa valeur. C’est pour cette raison qu’à travers les interventions du FMI, de la Banque Mondiale, etc. les derniers paysans du Sud de la planète sont chassés de leurs terres et poussés vers les petits boulots des nouvelles mégalopoles(3). Un peu de marxisme suffit à nous faire comprendre que la nouvelle misère monétarisée, la prolifération des petits emplois précaires payés jusqu’à cent fois moins que chez nous, et l’expansion du capital financier ou boursier doivent se correspondre. Contrairement à ce que voudraient nous faire croire nos bons amis postmodernes, non seulement le travail n’est pas mort, mais l’économie en est de plus en plus avide – et le problème est loin de n’être qu’« un simple problème de distribution ». Inculquer un peu de logique au Capital sera sans effets. Le Capital mondial est un vampire assoiffé de travail humain vivant. La situation est à la fois plus sérieuse et plus prometteuse, d’autant plus paradoxale qu’elle est ridicule.

    En effet, cette planète peut aisément nourrir sa population, mais chaque jour des dizaines de milliers de gens meurent de faim. Il y a déjà assez d’industries pour fournir tous les biens nécessaires à la construction, aux ménages, aux transports. Pour ce qui concerne les valeurs d’usage, nous ne manquons ni de médicaments, ni de téléphones, ni de vêtements. Nous disposons en excédent d’un très grand nombre de biens, qui font par contre cruellement défaut à d’autres populations du globe : moyens de transport, machines, textiles, appareils électroniques, etc. Un cinquième des denrées alimentaires est jeté sans être consommé. Ainsi, si le problème de la distribution reste central, il se double bien évidemment d’un problème de pouvoir.

    Mais la logique du pouvoir ignore la valeur d’usage pour ne tenir compte que de la valeur d’échange. Pour son financement l’État est à ce point lié à l’économie, qu’il hésite à distribuer des biens – et préfère payer des salaires ou des allocations. Le pouvoir des grandes machines monétarisées est fondé essentiellement sur l’atomisation des individus. Cette division sociale, qui a commencé par celle entre les hommes et les femmes grâce au « putsch patriarcal », permet de faire passer ces régulations capillaires, qui n’ont jamais fonctionné véritablement et qui sont en contradiction avec la réalité sociale. Sans cette « fiction individualiste », travail, salaire, argent, État, Capital – bref, le système tout entier devrait imploser.

  • 20 avril 22:33, par P.M

    Nous craignons tous cette implosion, dans la mesure où l’atomisation est associée au progrès. Nous craignons – à juste titre – un ’retour’ aux communautés idiotiques de tribus (patriarcales), de clans oppressifs, de villages isolés. Nous ne supportons qu’à grand-peine les contraintes des familles modernes réduites au minimum. Avec l’esclavage du travail salarié, le progrès capitaliste nous a aussi donné la ’liberté’. Or, la politique de la Gauche n’est pas autre chose que l’effort (illusoire) d’abolir l’un sans renoncer à l’autre. Bien qu’il n’y ait pas d’issues au dilemme : garanties collectives = contraintes sociales et libertés individuelles = risque, de nouvelles combinaisons et de nouvelles formes d’organisation sont possibles. Nous ne voulons plus aller de l’avant avec le capitalisme, il nous faut donc faire marche arrière, mais pas forcément vers le même passé. À en croire les postmodernes, nous serions arrivés à la fin de l’histoire – cela devrait donc nous permettre de combiner des formes sociales issues des périodes historiques les plus diverses en une sorte d’éclectisme post-économique. Nous pourrions conserver la république bourgeoise avec ses institutions de défense des droits individuels (justice), et même ses ’acquis sociaux’ et ses ’services publics’. Nous pourrions en même temps créer des néo-tribus, sous la forme d’associations libres de droit public ou de sociétés anonymes de droit privé. À partir de ces nouveaux « foyers d’appropriation des valeurs d’usage » (= bolo), nous pourrions laisser fonctionner un peu de capitalisme régional pour produire des biens industriels. Nous pourrions transformer et amalgamer des institutions internationales (Nations Unis, FMI, EU) et des organisations non-gouvernementales pour créer un organisme mondial de distribution des produits et des ressources nécessaires. L’alternative ne sera donc pas un nouveau système unique, mais un mélange équilibré entre possibilités et risques humains. Toutefois il ne faut pas se faire une idée idyllique ou utopiste de ce pastiche post-capitaliste. Le risque de voir une « société anonyme bourgeoise de masse » se convertir en Auschwitz ou une « communauté intime autonome » basculer vers Jonestown est toujours à craindre.

    J’ai dit que l’alternative au Capital est un problème de pouvoir. Or, le pouvoir implique une organisation, la création d’un collectif. Les organisations traditionnelles des travailleurs ont toujours été orientées vers la conquête et la défense des valeurs d’échange, vers l’État et les patrons. Il y a eu quelques tentatives de création de coopératives, mais ces entreprises ont soit disparu, soit sont devenues des firmes comme les autres. En ce qui concerne les communautés, dites utopistes, elles n’ont pas été capables de surmonter leurs limites idéologiques, religieuses, ou même géographiques. Leur orientation vers la vie isolée et rurale, leur insistance sur la rupture avec la culture ’normale’, les ont fait glisser dans le sectarisme ou l’autoritarisme, quand elles n’ont pas carrément disparu. Cependant, il ne faut pas sous-estimer ces expériences, qui ont presque toutes connu un succès ’économique’ surprenant, garantissant un niveau de vie excellent pour l’époque, et introduisant des innovations agriculturelles et artisanales qui n’ont pas encore été dépassées (cf. Shakers, Mennonites, Hutterers, Kibbutzim). De même que ces communautés utopistes étaient le contre-modèle du libéralisme naissant, nous pourrions concevoir, par symétrie et avec toutes les réserves que cela suppose, une alternative néo-utopiste au néo-libéralisme. (Espérons, que nous n’arriverons jamais à une époque néo-néo-quelque chose !)

  • 20 avril 22:35, par P.M

    La condition sine qua non d’une véritable alternative au capitalisme est donc une réforme de la vie quotidienne, une organisation sociale plus fondamentalement collective. En face des grandes machines de masse modernes cette approche semble curieusement innocente. Mais si nous considérons la quantité du travail accompli sur cette planète, 50 à 80% consistent en travail ménager ou proche des ménages. Ce travail, réalisé surtout par les femmes, est resté invisible pour la simple raison qu’il n’a jamais été rémunéré(4). La valorisation de l’ensemble de la production capitaliste passe ultérieurement par les ménages – c’est pourquoi quand nous parviendrons à boucher ces ’tuyaux d’échappement’ du système, toute la machine sera asphyxiée. La sous-productivité étrangement archaïque des mini-ménages d’environ 2,5 personnes dans les sociétés capitalistes, par ailleurs tellement ’avancées’, s’explique par le fait qu’ils n’ont pour seule fonction que la consommation destructrice de masse. De moindres changements à la base auront donc des répercussions immenses dans la sphère de l’économie mondiale ’sérieuse’. Si, par exemple, la voiture individuelle était remplacée par des locations collectives (environ 30 voitures pour 500 personnes), assez étendues pour qu’il y ait toujours une voiture disponible à domicile pour chaque participant, la production automobile pourrait être réduite de dix fois, de même que les emplois dans ce secteur qui représente un sixième de l’économie. Des ’économies’ semblables seraient possibles pour les appareils ménagers, les meubles, le chauffage, l’équipement électronique, etc., sans perte de confort. L’usage collectif rendrait même possible des luxes inaccessibles aux petits ménages, comme des piscines, des médiathèques, certains sports – comme c’est le cas dans ces clubs de vacances, qui peuvent justement les offrir à bas prix du fait d’une productivité ménagère avancée. Alors, si nous passions « nos vacances de rêve » à la maison, nous pourrions en même temps vivre mieux, travailler moins, réduire la production industrielle à un cinquième du chiffre actuel, résoudre tous les problèmes écologiques, créer un style de vie généralisable à la planète tout entière et donc donner les bases d’une solution au conflit nord/sud, ce qui nous débarrasserait tout à la fois des horreurs de l’économie, du néo-libéralisme, du capitalisme, du chômage, etc. De plus, la réintégration d’une grande partie de la production industrielle et des fonctions d’un système ultra-diversifié dans l’espace du voisinage, du quartier ou de la ville permettrait de réduire les transferts et livraisons nécessaires, le nombre des voitures (déjà en location), des autoroutes, des transports en commun, des systèmes de communications, etc.

  • En gros, si on peut dire, ce qui est reproché par les commentaires à la Révolution russe, c’est d’avoir échoué ! Donc en toute bonne logique, on en revient à ce que prônaient les quelques anarchistes qui se trouvaient en Russie en 1917 : surtout pas de révolution ! C’est du reste tout-à-fait la conclusion de la bourgeoisie, de Droite comme de Gauche…

    Emma Goldman montre avec raison que la révolution en Russie devient factice en 1921, mais qu’a-t-elle proposé comme explication ? La même que celle qui s’étale en long et large dans les commentaires ci-dessus : les Bolcheviks étant « autoritaires » et Lénine un petit dictateur, ça n’est pas étonnant que la Révolution russe ait échoué. Si c’était le cas, pourquoi l’avoir soutenue au début ? - puisqu’Emma Goldman soutenait la Révolution russe et les Bolcheviks au départ…

    Malheureusement, rien de cette « explication » ne tient debout ! Engels en son temps avait déjà montré que « l’autoritarisme » n’est qu’une phrase creuse sans aucun fondement politique, et quant à Lénine il est quand même stupéfiant de constater que, pour un dictateur, il consultait beaucoup, qu’il a organisé le seul grand débat qui ait eu lieu à l’échelle de tout le Parti bolchevik - pour ou contre la paix avec l’Allemagne, et les Anarchistes voulaient continuer la guerre ! - et qu’accessoirement il s’est battu de toutes les forces qu’il lui restait à la fin de sa vie contre l’emprise de Staline sur l’Etat et contre l’emprise de l’Etat russe sur la classe ouvrière ! Etonnant, vraiment, pour un « dictateur », qui acceptait parfaitement d’être critiqué et défendait son point de vue sans mettre ses adversaires en prison - Rosmer raconte un épisode de ce type dans « Moscou sous Lénine ». Mais Rosmer était encore un « anarchiste autoritaire », probablement…

    La question des conseils ouvriers n’ayant rien à voir avec l’approbation ou pas d’un groupe politique, ce qu’a toujours dit la Gauche communiste est que les Conseils ouvriers ne doivent pas s’inféoder à l’Etat ou à un groupe politique particulier : ils doivent constituer un endroit où la classe ouvrière débat, discute, prend des décisions et exerce le pouvoir. Rien d’autre. Les Conseils ouvriers n’ont rien à voir avec une idéologie particulière, ni avec le marxisme - et le marxisme N’EST PAS une idéologie mais une méthode de réflexion - ils sont « la forme enfin trouvée du pouvoir prolétarien » (Lénine).

    Quant à la « doctrine philosophique » du matérialisme dialectique, la comparer à une théologie est hautement risible, puisqu’il s’agit de comparer une démarche scientifique à une théologie, autrement dit une théorie de la réalité à un mensonge ! M. Russel ne savait tout bonnement pas de quoi il parlait !

    Mais si les contempteurs de la Révolution russe peuvent nous expliquer CE QU’IL AURAIT FALLU FAIRE À LA PLACE DES BOLCHEVIKS et nous dire pourquoi ça ne s’est pas fait, je serais ravi à mon tour de discuter leurs idées…

  • si l’autoritarisme n’est qu’une phrase creuse alors les nazis et les stals qui ont zigouillés les bolchos n’étaient pas autoritaires. d’ailleurs on pourrait se demander s’ils ont été zigouillés... et s’ils ont été zigouillés ce n’est pas par autoritarisme mais par amour, les nazis et les stals étaient libertaires en fait, comme les bolchos du cci. qu’ils aillent se faire foutre avec les cntistes qui les invitent.

  • Les communistes ont, par autoritarisme, fait échouer toutes les révolutions

    ( à moins de considérer la Russie de 1917 comme une "réussite" - cela ne veut pas dire ne rien faire ou cautionner le tsarisme, ordinaires calomnies des fanatiques marxistes autoritaires )

  • La gangrène bolchévique du CCI n’a pas encore compris que les révolutions engendrent systématiquement des contre-révolutions, des régimes totalitaires qu’ils adorent par dessus tout puisque ils en ont créés les méthodes. Mussolini est l’enfant du bolchévisme.

    Après s’être brûlé x fois dans les flammes, le CCI resaute dedans pour savoir si les flammes brûlent encore et fait croire à la populace non éclairée que le feu ne brûle pas, du moins tente-t-il de le faire. Les quelques dizaines de petits soldats de la Révolution qui composent leur armée d’illuminés veulent décider pour tout le monde, veulent imposer le bien aux individus contre eux mêmes comme tout maton du paternalisme. Le Parti le plus anti-indvidualiste du monde c’est pas le FN c’est le CCI. Le CCI c’est de la racaille politicienne comme tous les communistes. Beau comme l’autopompe qui brise les os des djihadistes de LO.

  • marxiste autoritaire = pléonasme
    marxiste libertaire = oxymore
    communiste libertaire = oxymore
    révolution = cause perdue
    révolutionnaire = curé à hospitaliser

  • « La gangrène bolchévique du CCI n’a pas encore compris que les révolutions engendrent systématiquement des contre-révolutions, des régimes totalitaires qu’ils adorent par dessus tout puisque ils en ont créés les méthodes. Mussolini est l’enfant du bolchévisme. »

    En quoi Mussolini serait l’enfant du Bolchevisme, voilà quelque chose qui n’est pas démontré ! Il y a même incompatibilité entre les deux : le premier est nationaliste, le second ne l’est pas !

    Quant aux « révolutions qui engendrent systématiquement des contre-révolutions », je répondrais qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ! Mais quand on préfère la situation actuelle et future à toute révolution, on est un réactionnaire et c’est tout !

    « Les communistes ont, par autoritarisme, fait échouer toutes les révolutions », ce serait simple si c’était vrai, mais alors, pourquoi ont-ils mis en route la Révolution d’Octobre ?… C’est quand même curieux, cette volonté de saboter systématiquement tout ce que l’on crée… A moins de considérer que le problème, c’était peut-être les VRAIS contre-révolutionnaires : les gouvernements de tous les pays du monde, les bourgeois industriels, financiers, rentiers, les petits-bourgeois de toute la planète, les tsaristes, les monarchistes, les social-patriotes… Mais bien sûr, ce n’était pas eux le problème : c’était « l’autoritarisme » des Bolcheviks ! D’autres explications à la noix comme celle-là ?…

    Mais les précédents commentateurs ont probablement autre chose à nous proposer qu’une indispensable révolution : un capitalisme en état de marche, peut-être ?… Dès qu’ils auront compris que ça ne peut plus exister, ils regarderont peut-être la révolution autrement, comme quelque chose d’indispensable, éventuellement… et ils critiqueront la Révolution russe autrement qu’en la prenant systématiquement pour ce qu’elle n’a jamais été…

  • Mussolini est aussi nationaliste (et capitaliste) que le Bolchevisme !

    On ne préférè pas retomber dans la barbarie et l’autoritarisme du capitalisme d’état bolchévique... C’est concevable ?

    « Les communistes ont, par autoritarisme, fait échouer toutes les révolutions », c’est simple car c’est vrai ! La démonstration est dans l’histoire non marxiste-dogmatique.

    Répondons tous et toutes au chantage argumentatif et manichéen de VSGCI (nous sinon rien - communisme autoritaire - ou capitalisme). Une révolution autoritaire ou des révolutions non-autoritaires ?

Avertissement commentaires

Les commentaires ont pour objectif de compléter l’information donnée dans l’article, argumenter, apporter une interrogation ou un questionnement par rapport au sujet de la contribution. Les avis personnels qui n’apportent rien de plus à l’article pourront être considérés comme discussion de forum ne répondant pas aux objectifs pré-cités.Tout commentaire ne répondant pas à ces objectifs, ou étant contraire aux règles éditoriales sera supprimé définitivement du site.

Lien vers la politique éditoriale du collectif


Saisissez votre commentaire

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

www.indymedia.org
africa
Ambazonia Canarias estrecho / madiaq Kenya Nigeria South Africa
canada
London, Ontario Maritimes Montreal Ontario Ottawa Quebec Thunder Bay Vancouver Victoria Windsor
east asia
burma Jakarta Japan Korea Manila QC Saint-Petersburg
europe
Abruzzo Alacant Andorra Antwerpen Armenia Athens Austria Barcelona Belarus Belgium belgrade Bristol Brussels Bulgaria Calabria Croatia Cyprus emilia-romagna estrecho / madiaq Euskal Herria Galiza Germany grenoble Hungary Ireland Istanbul Italy La Plana Liege liguria Lille linksunten lombardia London Madrid Malta Marseille Nantes Napoli Netherlands Nice Northern England Norway Nottingham Oost-Vlaanderen Paris/Île-de-France Patras Piemonte Poland Portugal Roma Romania Russia Sardegna Scotland Sverige Switzerland Torun Toscana Toulouse Ukraine United Kingdom Valencia
latin america
Argentina Bolivia Chiapas Chile Chile Sur CMI Brasil CMI Sucre Colombia Ecuador Mexico Peru Puerto Rico Qollasuyu Rosario santiago Tijuana Uruguay Valparaiso Venezuela
oceania
Aotearoa Brisbane burma darwin Jakarta Manila Melbourne Perth QC Sydney
south asia
India Mumbai
united states
Arizona Arkansas Asheville Atlanta Austin Austin Indymedia Baltimore Big Muddy Binghamton Boston Buffalo Charlottesville Chicago Cleveland Colorado Columbus DC Hawaii Houston Hudson Mohawk Kansas City LA Madison Maine Miami Michigan Milwaukee Minneapolis/St. Paul New Hampshire New Jersey New Mexico New Orleans North Carolina North Texas NYC Oklahoma Philadelphia Pittsburgh Portland Richmond Rochester Rogue Valley Saint Louis San Diego San Francisco San Francisco Bay Area Santa Barbara Santa Cruz, CA Sarasota Seattle Tampa Bay Tennessee Urbana-Champaign Vermont Western Mass Worcester
west asia
Armenia Beirut Israel Palestine
process
FBI/Legal Updates Mailing Lists Process & IMC Docs Tech Volunteer
projects
Print Radio Satellite TV Video
regions
United States
topics
Biotech

copyleft Copyleft Indymédia (Independent Média Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.

RSS articlesRSS articles |  Site réalisé avec spip 3.1.3 [23214]
Top