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Misère politique du campisme
posté le 16/08/17 par Raph ---- Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016 - Les Enragé-e-s - http://www.lesenrages.antifa-net.fr Mots-clés  antifa 

http://www.lesenrages.antifa-net.fr/misere-politique-du-campisme/

Le mouvement ouvrier et révolutionnaire, le camp de l’émancipation sociale, a historiquement souffert et souffre encore du campisme. De quoi s’agit-il ? De la mise en œuvre, pas forcément explicite ni consciente, de l’un au moins des deux principes suivants.

    • Le premier principe veut que les ennemis de mes ennemis soient mes amis. C’est donc un principe qui délimite mon camp par opposition au camp adverse.
    • Selon le second principe, la solidarité vis-à-vis de mon camp implique de renoncer à toute critique à son endroit. C’est un principe qui limite ce que je peux et dois penser de mon camp. Ces deux principes pris ensemble se traduisent en une double injonction : choisis ton camp et défends-le contre toutes les attaques !

Le campisme offre un cadre simple et probablement confortable pour les paresseux. Sur le fond, il est une véritable nuisance, particulièrement aujourd’hui quand des courants politiques réactionnaires travaillent activement au brouillage des repères.

On voit le premier principe à l’œuvre dans toute une mouvance, pas tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, mais quand même aussi à l’extrême gauche, dans la posture dite « anti-impérialiste ». Sous couvert d’un rejet légitime de l’impérialisme états-unien et plus généralement occidental, incluant l’Union européenne et Israël, on en vient à considérer que des États tels que Cuba, la Bolivie de Morales, mais aussi l’Iran de Ahmadinejad, la Libye de Kadhafi, la Syrie de Assad ou la Russie de Poutine sont dans notre camp. C’est évidemment mettre tout ce beau monde dans un même sac et oublier, ou feindre d’oublier, que certains de ces États comme la Syrie ou la Russie, jouent leur carte dans le concert des impérialismes et méprisent le droit des peuples autant que les grands impérialismes.

Autre posture similaire à déclinaison nationale, le « souverainisme » qui, sous couvert d’un rejet légitime des institutions de l’Europe patronale, propose l’union du « peuple » et de la « nation », toutes classes et toutes tendances politiques confondues, pour restaurer sa souveraineté. On sait comment ce genre de stratégie se termine, la dernière personnalité ayant emprunté le toboggan étant Jacques Sapir, souverainiste « de gauche » qui va ouvrir la prochaine université d’été du FN.

  • Le premier principe du campisme a pour trait commun de se déployer sur des bases partielles et partant de conduire à des délimitations erronées. À rejeter l’impérialisme, ou les institutions internationales, ou le capital financier, ou les grands projets inutiles… on ne rejette jamais le capitalisme en tant que tel et on ne construit pas son camp sur des bases de classe. On se trouve dès lors potentiellement allié à certains de nos pires ennemis, comme en témoignent les nombreuses passerelles vers l’extrême droite, construites et entretenues par toutes sortes de militants confusionnistes qu’on ne citera pas ici. Le campisme est ici dramatique en ce qu’il conduit à s’allier à ses propres adversaires.
  • Le second principe est plus subtil, et certains y succombent même en ayant résisté au premier – même si l’inverse est généralement faux. Ce principe est de l’ordre du réflexe qui veut qu’on ne touche pas à la famille quand bien même cette famille aurait des cadavres dans les placards. Le mouvement ouvrier politique du XXe siècle ne s’est pas relevé de cette forme de campisme : la solidarité de classe envers la révolution russe s’est muée en adhésion majoritaire aux crimes staliniens. Mais le campisme communiste n’est pas le seul. D’autres positionnements du mouvement ouvrier ont conduit et conduisent encore à fermer les yeux sur des aspects de dominations considérés comme secondaires car ne relevant pas de l’exploitation de l’Homme par l’Homme : la domination masculine, le racisme issu du colonialisme, l’homophobie…

Cette stratégie ouvriériste peut aller loin, jusqu’à soutenir des positions antiféministes comme le PCF dans les années 1960. Symétriquement, des mouvements luttant contre diverses formes de domination ont succombé au campisme, en priorisant leur lutte au détriment des autres. On a vu et on voit ainsi des féministes (sincères) ignorer les questions de dominations sociale ou raciale, des soutiens (sincères) de la cause palestinienne ignorer l’antisémitisme, des supporters (sincères) de la laïcité ignorer le racisme. Les campistes sont alors les premiers idiots utiles de l’instrumentalisation de leur cause par certains de leurs pires adversaires.

Dernier avatar du campisme, celui que Jacques Fortin, militant LGBT et d’extrême gauche, a appelé l’islamocampisme (voir sur son blog - https://blogs.mediapart.fr/jacques-fortin/blog/020416/islamocampisme ). C’est ce positionnement des opposants légitimes et sincères au racisme antimusulman, qualifié d’« islamophobie », qui ignorent tout ce que l’islam comme religion et l’islamisme comme courant politique portent de régressif pour le droit des femmes, des homosexuel.le.s et, plus généralement, pour les libertés. Cela conduit certains des défenseurs, encore une fois légitimes, des musulman.e.s contre le racisme dont ils sont victimes, à ignorer totalement les autres dominations subies par nombre de musulman.e.s (second principe), et dans le pire des cas, à ne pas être gênés de la compagnie d’islamistes plus ou moins « modérés » dont les valeurs sont à l’opposé des leurs (premier principe). Il y a eu une expression symptomatique de ce campisme à l’occasion de l’affaire du burkini cet été, quand de nombreux communiqués d’extrême gauche et libertaire ont dénoncé à juste titre les décrets anti-burkini et les arrestations sur les plages, mettant en avant la liberté individuelle des musulmanes mais ignorant totalement le sens politique, collectif, de la progression des voiles et burkinis sous toutes les latitudes. (Pour lire quelques textes qui prennent le contrepied de ce positionnement, voir ici.)

En agglomérant systématiquement à son camp certains de ses adversaires ou au moins certaines de leurs positions, le campisme est l’ennemi de l’émancipation. Résister au campisme suppose de refuser certains alliés faciles et de ne rien lâcher dans le rejet des dominations. Lutter sans hiérarchie contre les dominations sociales, de genre, d’orientation sexuelle, religieuse ou nationale, lutter contre ces dominations non seulement quand elles sont incarnées par l’adversaire mais aussi dans notre propre camp, c’est à ce prix que nous pourrons contribuer à l’émancipation.


posté le 16 août 2017  par Raph ---- Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016 - Les Enragé-e-s - http://www.lesenrages.antifa-net.fr  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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Commentaires
  • Les légendes des visuels (ainsi que d’autres images ) sont sur http://www.lesenrages.antifa-net.fr/misere-politique-du-campisme/

  • Le campisme est une pensée réductionniste issue du stalinisme et employée par les maos tiers-mondistes avec des résultats passés catastrophiques

  • Les campistes aujourd’hui, ce sont ceux qui ont choisi le camp du plus fort et l’ordre moral de la Ve République. Autrement dit, la pensée Charlie !

    De qui Charlie est-il le nom ?

    Entre le 7 et le 9 janvier 2015, une mort bête et méchante a frappé la rédaction de Charlie Hebdo, trois flics black-blanc-beur et quatre juifs dans une supérette cacher. Flingués par trois fous de Dieu bien entraînés, mais assez branquignoles pour se tromper de porte, oublier une carte d’identité, braquer une station-service pour deux sandwiches, revendiquer l’attentat contre Charlie au nom d’Al-Qaeda et celui contre l’épicerie cacher au nom de Daesh… François Hollande et son gouvernement auraient, par contre, commis un sans-faute dans la traque des assassins et dans l’organisation de l’historique riposte républicaine du dimanche 11 janvier.

    Et tout le monde est devenu Charlie… Même Viktor Orbán, le très réac président hongrois. Même Ali Bongo, héritier frelaté de la Françafrique. Et des ministres de Poutine, qu’on ne présente plus. Jusqu’à Benyamin Netanyahou qui était là, les mains encore poissées du sang de milliers de Palestiniens, flanqué du Premier ministre turc, présent malgré ses accointances islamistes. Mais aussi Mariano Rajoy, le chef d’un gouvernement espagnol qui vient de faire voter des lois liberticides au nom de la sécurité « citoyenne » [1]. Et le frère de l’émir du Qatar, « pays ami » où un prêcheur télévisuel peut déclarer qu’il est juste de tuer les homosexuels, de battre sa femme si elle se montre trop fière, ainsi que de commettre des attentats suicides pour défendre sa foi… Les ministres des Affaires extérieures d’Algérie, d’Égypte et des émirats arabes Unis étaient également de la partie, tous énamourés de la liberté d’expression. Il fallait une sacrée dose d’angélisme et un estomac bien accroché pour défiler derrière eux. Dimanche 11 janvier 2015, celles et ceux qui sont descendus en masse dans la rue, avec au cœur, pour la plupart, de très louables sentiments, ont indéniablement bêlé avec les loups.

    La guerre a fait irruption au milieu des soldes. Les tueurs avaient choisi leurs cibles pour s’assurer un gros coup de com’  : en cela, ils tiraient sur les mêmes ficelles que l’appareil médiatique qui cimente l’opinion publique en démocratie. Leur désir de martyre et de propagande par le fait fut comblé au-delà de toute espérance. Ils ont tué les bouffons de la République, des icônes soixante-huitardes, des idéalistes armés de crayons, c’est effectivement révoltant. Ils ont tué des journalistes, et la presse s’est enflammée, toute heureuse d’être présentée dans les discours officiels, elle qui est au moins aussi discréditée que les hommes politiques, comme la garante, le héraut du monde libre. Samedi 10 janvier au soir, on assista à un numéro d’auto-célébration médiatique autour de Naguy et Patrick Cohen, stars dont l’aura dépassa, l’instant du show, celle des victimes. Un moment d’émotion vraie, en présence des survivants de Charlie, qui devait annoncer le succès de la grande marche républicaine du lendemain. Néanmoins, tous les morts n’avaient pas le même poids dans ce grand attendrissement collectif. Le pays réel était pourtant étonnamment bien représenté parmi les victimes  : un correcteur kabyle récemment régularisé, un quadra frankaoui agent d’entretien, un flic rebeu, une fliquette municipale antillaise, un employé et trois clients juifs d’une supérette… Mais ce United colors of la France d’en bas n’a pas eu droit à la même place que les dessinateurs de Charlie dans la grand-messe télévisée. Ces hommages-là seront plus discrets, plus éparpillés, ou plus froids et martiaux dans le cas des trois policiers.

    L’ampleur de la réaction populaire, de ce rejet viscéral de la violence, a son revers  : elle souligne une fois de plus que tous les morts ne sont pas égaux. L’indignation est sélective. Elle a même été taxée, par certains non Européens peu indulgents, d’indignation « de confort ». Les morts de cette même guerre, quand elle s’acharne sur des populations lointaines, émeuvent beaucoup moins. Et si, dès le lendemain, le supposé consensus se fissurait déjà, c’est sans doute aussi pour exprimer ce malaise. Le refus de se plier à la minute de silence obligatoire du jeudi 8 janvier, criminalisé de façon hystérique, ne fut pas forcément le fait de décérébrés pro-djihad. La question « Pourquoi n’a-t-on pas fait de minute de silence pour les enfants palestiniens morts sous les bombes israéliennes ? » n’était pas illégitime. On aurait également pu la poser, plus près de nous, pour Rémi Fraisse ou pour les dizaines de jeunes morts entre les mains de la police française sans que jamais aucun agent impliqué ne soit condamné. Il faudrait demander à la famille de Lamine Dieng, mort le 17 juin 2007 dans un fourgon de police à Paris, ce qu’elle ressent face à l’unanimité de l’indignation actuelle. Sans doute encore un peu plus de solitude.

    Le 11 janvier, la communion fut telle que les manifestants ont applaudi les forces de l’ordre. Le tableau était presque parfait. La France devenait un pays uni, peuplé de bisounours amoureux de la liberté d’expression, profondément attaché à ses valeurs d’égalité et de fraternité – sauf avec les Roms. Un pays qui soudain se réveillait frappé lâchement par des animaux nuisibles qu’il avait, horreur, nourris en son sein  ! Pour contrebalancer cet unanimisme quasi totalitaire, il fallait lire la presse étrangère. Un édito de La Jornada, quotidien mexicain, rappelait dès le 8 janvier que, dans un contexte de guerre ouverte entre l’Occident et une partie du monde musulman, « ce n’est pas un hasard si les deux camps choisissent les journalistes comme cible de leur barbarie respective, que ce soit de façon cynique comme le font les bourreaux de Daesh ou de manière hypocrite comme l’ont fait les USA en bombardant le siège d’Al-Jazira à Bagdad ».

    Car la France est en guerre et, tôt ou tard, un retour de flamme allait l’atteindre. L’armée française lâche tous les jours des bombes dans le ciel de Syrie et d’Irak. L’affrontement ne date pas d’hier. Il a commencé il y a vingt-cinq ans avec la première guerre du Golfe. En 1990, alors que Mitterrand montait au front bras dessus bras-dessous avec Bush père, le psychanalyste Daniel Sibony, dans une tribune publiée par Libération, justifiait à sa façon la campagne militaire. En substance, il appelait les musulmans à quitter l’œdipien giron de l’Oumma pour intégrer l’âge adulte de l’individu différencié. Dans leur barda, nos soldats allaient apporter à ces peuplades prisonnières d’un archaïque sentiment d’appartenance communautaire, la modernité et la liberté de choix du citoyen-consommateur… Le drame du 7 janvier 2015 – « le 11-Septembre français », selon Michel Onfray – ne peut être appréhendé pleinement sans prendre en compte ce background géopolitique, cette prophétie auto-réalisatrice d’un choc des civilisations inventé par un capitalisme survolté, suréquipé, surarmé et à la recherche d’un ennemi à sa taille depuis l’effondrement du bloc soviétique.

    En 2003, Chirac s’était prudemment tenu à l’écart de l’expédition illégale d’un Bush fils parti bille en tête à la recherche de fantasmatiques armes de destruction massive, mais depuis, Sarkozy et Hollande ont endossé à nouveau la liquette des va-t-en-guerre atlantistes. Libye, Mali, Centrafrique, Syrie, Irak… Comme si les ex-puissances coloniales avaient une quelconque crédibilité à l’heure d’exporter la paix et la démocratie à coups de canon  ! On voit d’ailleurs le résultat. Pire encore, on nous rejoue à domicile une tragi-comédie du choc des civilisations, avec la jeunesse des quartiers populaires dans le rôle de l’ennemi intérieur – voir l’état d’urgence décrété le 8 novembre 2005 pour couper court à la révolte sociale des banlieues. À l’ombre de ce remake franchouillard du best-seller de Huntington (Le Choc des Civilisations, éditions Odile Jacob, 1997), certains demi-sel de plateau-télé ont fait leur beurre  : Finkielkraut, Bruckner, puis plus récemment Zemmour et Houellebecq ont bien joué le coup du pompier-pyromane. La question sociale disparaît ainsi sous un flot d’invectives essentialistes, dans une surenchère de plus en plus ouvertement raciste. Le vieil Huntington l’avait dit  : « En Europe occidentale, l’antisémitisme vis-à-vis des Arabes a en grande partie remplacé l’antisémitisme à l’égard des juifs. » Car il ne faut pas placer la charrue de la radicalisation islamiste avant les bœufs de la stigmatisation et du mépris de classe dont on abreuve jusqu’à plus soif les habitants des quartiers oubliés.

    Où est Charlie ?

    Depuis le 11 septembre 2001, Charlie Hebdo, sous la houlette de Philippe Val et Caroline Fourest, s’était laissé embrigader dans une guerre qui le dépassait. Le journal satirique a joué, peut-être à ses dépends, le petit soldat d’une stratégie du choc des civilisations qu’on ferait bien de déconstruire. La ligne éditoriale du jésuitique Val a contribué à la diffusion d’un racisme de gauche, qui préserve sa bonne conscience sous couvert de combat pour la laïcité [2]. La droite xénophobe ne s’y est pas trompée, qui a vite rejoint la croisade, avec la prose rance de ripostelaique.com ou le virage « républicain » de Marine Le Pen ripolinant le vieux discours anti-bougnoules du paternel. « La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m’a semblé abominable, s’indigne l’historien israélien Shlomo Sand. Déjà, en 2006, j’avais perçu comme une pure provocation le dessin de Mahomet coiffé d’un turban flanqué d’une grenade. Ce n’était pas tant une caricature contre les islamistes qu’une assimilation stupide de l’islam à la terreur ; c’est comme si l’on identifiait le judaïsme avec l’argent  ! »

    Charlie était devenu une institution bien avant de tirer le numéro des survivants à sept millions d’exemplaires. Tout comme Libé, il représentait maintenant l’intégration spectaculaire des idées de mai 68 dans le grand show du capital triomphant, cet empire du moindre mal qu’il s’agirait de défendre contre les agressions extérieures. Placé sous escorte policière, ce journal autrefois irrévérencieux campait maintenant le rôle quasi officiel du héros de la liberté d’expression. Mais quelle liberté, si on s’acharne de préférence sur le bas-peuple, afin de faire rire les repus ? Aujourd’hui, pour un jeune de banlieue en colère, comment interpréter l’affirmation de Manuel Valls, menton en avant, selon laquelle le droit à la satire, à la caricature, au blasphème est non négociable, alors qu’il y a un an, le même matamore interdisait les spectacles de son ennemi préféré, le clown triste Dieudonné ? Comment entendre Houellebecq déclarer qu’« on a le droit d’écrire un roman islamophobe » sans perdre son sang-froid ? Ce Céline aux petits pieds aurait-il pareillement le droit d’écrire un roman antisémite ? Et l’on murmure déjà  : Dans ce pays, on peut moquer et insulter les musulmans, pas les juifs. Ou : La liberté d’expression est un privilège des « milieux autorisés », comme disait Coluche.

    Il est à craindre que, malgré le rejet, la main sur le cœur, de « tout amalgame », l’union sacrée célébrée en grande pompe le dimanche 11 janvier se fasse sur le dos du maillon faible. « Je dois mesurer mes propos pour éviter de basculer de l’unité nationale vers l’affrontement national, persiflait dès le lendemain matin un Sarkozy en plein syndrome de la Tourette. La question de l’immigration, de l’islam, elles sont (sic) clairement posées. » S’il ne s’était pas « mesuré », il aurait déjà ressorti sa vieille lune de l’identité nationale. S’y ajoutèrent les prestations télévisées des Fourest, BHL ou Cukierman qui, à longueur d’antenne, somment les musulmans de faire leur mea culpa, leur aggiornamento, de se civiliser enfin, sans que personne, surtout pas un journaliste, vienne leur rappeler qu’ils sont, eux, les thuriféraires sans vergogne des campagnes coloniales d’Israël ou de la désastreuse expédition libyenne. Puis vint l’éructation de Philippe Tesson  : « Quoi, c’est pas les musulmans qui amènent la merde en France ? » Pendant ce temps, les inculpations – jusqu’à quatre ans de prison ferme  ! – tombent comme la grêle sur ceux et celles qu’on chope à faire « l’apologie du terrorisme », comme cette gamine de 14 ans qui a lancé à des contrôleurs de tram, à Nantes  : « On est les sœurs Coulibaly, on va sortir les kalachs  ! [3] » On peut baver impunément sur les mumus dans les médias et en librairie, mais il est interdit de plaisanter sur la voie publique. Message reçu 10 sur 10 par les salauds et les bourrins  : en une dizaine de jours, plus de cent vingt actes islamophobes ont été recensés en France. Si on avait envie de pousser au clash, à la fracture ethnique, au djihad, on ne s’y prendrait pas autrement.

    « C’est ça, la France  : intégrer les gens et en faire des soldats de la République », s’extasiait Manuel Valls, le 12 janvier, à propos du policier maghrébin abattu. Et il faudrait aussi chanter La Marseillaise, pour que notre sang impur abreuve ses sillons  ! Il faudrait se prosterner devant sa devise – Liberté, égalité, Fraternité –, tellement creuse qu’elle en devient orwellienne [4]. Il faudrait que les élèves des écoles participent à « des commémorations patriotiques », comme le prône Najat Vallaud-Belkacem… Et se soumettre à une laïcité devenue dogme coercitif. Oui, surtout vous, les « musulmans modérés », les bons nègres de la République, il va falloir faire acte d’allégeance aux valeurs de la France, un pays qui n’a eu de cesse de vous mépriser, de vous ghettoïser. « Vous, les musulmans, vous nous faites chier  ! », a craché, à chaud, le jeudi 8 janvier – sans doute en proie à l’émotion… –, un juge marseillais à une greffière d’origine algérienne.

    Décidément, l’élan républicain du 11 janvier n’aura pas tardé à tomber le masque. « Il faut un Patriot Act à la française  ! », exulta Valérie Pécresse. « Nous avons une occasion unique, après le 11 janvier, de refonder notre modèle économique, social, les bases de notre nation, saisissons-la, se frotta les mains Bruno Le Maire [5]. Quand je dis renforcer les moyens de la police, de la gendarmerie, des armées, je dis qu’il va falloir réduire l’État social, réduire le nombre de fonctionnaires, parce qu’il va falloir financer tout cela. »

    « Mais que sont ces valeurs occidentales à géométrie variable ?, s’interroge le Brésilien Boaventura de Sousa Santos, docteur en sociologie du droit à l’université Yale [6]. Après des siècles d’atrocités commises en leur nom – de la violence coloniale aux deux guerres mondiales – il serait bon de les questionner. […] La laïcité brandie comme arme contre les populations les plus fragilisées, n’est-ce pas aussi une forme d’extrémisme ? Et les différents extrémismes, s’opposent-ils ou bien s’articulent-ils ? Quelles sont les relations entre djihadistes et services secrets occidentaux ? Pourquoi les djihadistes, aujourd’hui considérés comme des terroristes, étaient-ils des combattants de la liberté quand ils luttaient contre Kadhafi ou El-Assad ? Comment expliquer que l’État islamique ait été financé par l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït et la Turquie, tous alliés de l’Occident ? Une chose est sûre  : les victimes principales des fanatismes (y compris islamique) sont les populations musulmanes non fanatiques. Et la répugnance que ressentent les Européens face à ces dix-sept morts violentes doit nous interpeller  : pourquoi ne ressentent-ils pas la même révolte face à un nombre de victimes innocentes égal ou supérieur dans des conflits qui, au fond, ont beaucoup à voir avec la tragédie de Charlie Hebdo ? »

    Pour saisir la mécanique de ce conflit qui nous rattrape, nous ferions bien d’examiner de plus près la sale guerre qui frappa l’Algérie dans les années 1990, quand la population se trouva coincée entre barbus fanatiques et armée algérienne. La perpétuelle présence des troufions de Vigipirate dans les gares depuis plus de trente ans, qui n’a jamais servi à rien, surtout pas à prévenir le moindre attentat, préparait psychologiquement les gens à cet état d’urgence permanent promu comme horizon indépassable. Jeudi 8 janvier, l’expression hagarde des Picards quand le GIGN et le Raid se sont déployés dans leurs villages comme s’il s’était agi du Nord-Mali, révélait ce qu’est être gouverné par la peur. À nous de rappeler qu’il existe d’autres façons de vivre, de se battre et d’influer sur la marche du monde, entre zadisme transeuropéen, socialisation des outils de production, résistances de la paysannerie indigène en Amérique latine et – en plein théâtre des opérations actuelles – insurrection populaire du Kurdistan syrien.

    Notes

    [1] Ironie  : il a aussi fait poursuivre en justice un dessinateur pour avoir caricaturé son parti, sans oublier des anarchistes de Barcelone sous l’accusation fumeuse d’« entreprise terroriste ».

    [2] Lire à ce propos le texte bien balancé d’un dessinateur arabe qui n’est pas Charlie, celui d’un historien israélien pas Charlie non plus et celui d’un journaliste qui n’est plus Charlie.

    [3] Ou ce gamin de huit ans convoqué au commissariat de Nice pour avoir déclaré au moment de la minute de silence imposée à l’école qu’il était « avec les terroristes »…

    [4] « La guerre, c’est la paix. L’esclavage, c’est la liberté. L’ignorance, c’est le bonheur. »

    [5] Sur BFM-TV et RMC, 19 janvier.

    [6] La Jornada du 17 janvier 2015.

    http://cqfd-journal.org/De-qui-Charlie-est-il-le-nom

  • Il y a une cinquantaine d’années, la droite et l’extrême droite nous disaient à peu près la même chose :
    « Si vous n’êtes pas contents de votre sort ici, allez donc en URSS, dans les pays de l’Est, à Cuba, voir si c’est mieux. »
    On n’aurait jamais cru que cinquante ans plus tard ce serait des gauchistes reconvertis qui tiendraient le même discours : Allez voir ailleurs si c’est mieux que dans notre belle démocratie. Mais votre démocratie à la Charlie, on n’en veut pas !

    Halim Mahmoudi : je suis dessinateur de presse et je ne suis pas Charlie

    Halim Mahmoudi est dessinateur de presse franco-algérien. Depuis plus de quinze ans, il travaille pour la presse française et étrangère. C’est ainsi qu’il a rencontré l’équipe de Charlie Hebdo et noué des liens avec eux, notamment avec le dessinateur Tignous, décédé lors des attentats de Charlie Hebdo. Après ce mois de commémoration des attentats de janvier 2015, il a voulu s’exprimer et dévoiler son regard, critique, sur la notion de caricatures et mettre en lumière une autre voix du métier qui peine à se faire entendre.

    Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre travail de dessinateur de presse ?

    Je collabore ponctuellement avec des journaux différents. Je n’ai pas de journal de prédilection, même si je travaille très régulièrement avec le Psykopat ( mensuel BD d’humour) et les éditions du groupe La Rumeur. Car ces rencontres sont précieuses et rares, la liberté d’expression y est réelle, et aussi respectueuse que respectée. Malheureusement, ailleurs, dans la plupart des journaux, la liberté d’expression est enrayée par des considérations qui n’ont rien à voir avec le journalisme. La peur de perdre des lecteurs, un espace publicitaire ou celle des procès. C’est ici que la médiocrité, le nivellement par le bas et la censure se nichent.

    Quand on réalise un dessin, peu importe le journal, on fait d’abord des propositions. C’est ensuite les rédacteurs en chef qui décident quel dessin sera publié, en fonction des considérations citées plus haut. Au détriment de l’humour et de l’intelligence car, en général, le dessin choisi est mou, voire carrément nul. Le dessinateur de presse le sait, et il s’autocensure en fonction. Un dessinateur qui ne s’autocensure pas respectera, de toute façon, naturellement, toutes les sensibilités. Il sera guidé par sa part d’humanité et son bon sens. Il invitera à rire avec lui, il gardera en tête qu’il fait de l’humour. Mais l’existence des règles, la précarité du milieu, le carriérisme et la muselière juridique ont créé une impasse. On n’exprime plus que des clichés, des choses préalablement mâchées et admises comme vérités. Plus le temps de réfléchir, ni dans un article ni en dessin. Il faut produire, plaire, survivre, vendre. D’où le règne des évidences, des conclusions hâtives, et outrances décomplexées bâties sur du vide. Aucune "révélation", aucune injustice n’est suivie par des faits, le journalisme n’a plus de pouvoir car la police cadre le périmètre et la justice verrouille. L’actualité a remplacé l’information dans un perpétuel zapping. On passe sans arrêt à autre chose. Ça a déresponsabilisé les médias en les déculpabilisant. Cet angle mort est un "aléa moral" qui est apparu quand des actionnaires ont pu s’offrir des journaux... L’actualité n’est pas de l’information, c’est de la publicité, de la propagande. Et le dessin de presse n’a pas échappé au rouleau compresseur...

    Depuis 2005, le moindre dessin dans un journal est appelé une caricature. En dépit de toute analyse graphique de base. Alors que si on ne fait pas dans la caricature, il y a une bonne raison. La caricature est mauvaise ! Mais aucun dessinateur de presse n’a trouvé étrange, et tous se sont laissés mettre une laisse de "caricaturiste" sans broncher. Nous avons servi la soupe aux mêmes incultes en col blanc qui auparavant ne s’étaient jamais gênés pour entraver notre liberté d’expression. Autant à l’étranger on peut tout aborder à condition de n’insulter personne, autant en France, on peut insulter qui on veut, mais on ne doit pas tout aborder. Par exemple, il sera plus facile de blasphémer une religion que les symboles de la République, ou encore rire d’une tuerie en Égypte oui...mais pas des attentats de Charlie Hebdo... Sous prétexte que Charlie Hebdo n’a fait que 7 couvertures sur l’Islam (sans compter les BD) et 13 sur l’Église, cela prouverait que Charlie n’est pas islamophobe. Ce raisonnement comptable est de la mauvaise foi à l’état pur ! C’est comme faire le décompte des blagues racistes de Marine Le Pen. Si elle en faisait plus sur les juifs que les arabes, ça voudrait dire qu’elle est antisémite, mais surtout pas raciste ?

    C’est ça l’obscurantisme, le vrai. Celui qui détourne l’attention pour éviter la moindre analyse d’image sérieuse, avec des arguments et des faits. C’est à la portée de n’importe qui. Sauf qu’en un an, personne n’a réalisé d’étude visuelle des caricatures. Tout ce à quoi nous avons eu droit, c’est un étalage d’ignorance totale convoquant des vagues principes fondamentaux et complètement contradictoires. Après les erreurs, les mensonges, il fallait sauvegarder les apparences...

    Comment en tant que dessinateur de presse, vous êtes-vous positionné sur le fameux “je suis Charlie” ?

    Suite aux attentats de janvier, j’étais tétanisé par le choc, le refus d’y croire… Je connaissais les dessinateurs, et la douleur m’a submergé d’autant plus fort (particulièrement Tignous que j’avais revu 6 mois auparavant. On avait envie de faire quelque chose ensemble sur le TAFTA - Grand Marché Transatlantique). J’ai perdu des amis, des êtres humains, et non pas un journal. Et encore moins un état d’esprit que de toute façon je ne partageais pas.

    Hors de question pour moi d’être Charlie ! Être Charlie ne veut strictement rien dire, ce n’est pas un trait d’identité... Ne pas être Charlie voudrait dire qu’on est contre la liberté d’expression, ou que l’on cautionne la barbarie. Pas de juste milieu. Aucune réflexion n’est autorisée, le totalitarisme prévaut. Le but était d’étouffer la liberté de penser par la liberté d’expression. Et ça a réussi. On est allé jusqu’à condamner des gens comme Tariq Ramadan de dire "je suis Charlie mais..." ou "oui pour la liberté d’expression mais...". Pourtant, ce n’est pas l’esprit critique qui est interdit, car des gens comme Emmanuel Todd ont pu librement critiquer Charlie. Ce qui est vraiment interdit, c’est d’être porteur d’une autre culture, une autre origine. Nous (les autres) apparaissons comme un danger pour leurs démocraties (les discriminations, les lois d’exceptions en sont la traduction concrète). Ces questions raciales ont toujours agité toutes les sphères d’un État qui n’a eu de cesse de ramener nos revendications d’égalité et de dignité à de simples questions identitaires. L’attitude post-coloniale raciste par excellence !

    Moi, comme tout arabe ou noir en France, le moindre attentat m’a fait craindre que ce ne soit encore un des "nôtres" qui ait mal agi au nom de la religion. Il nous fait craindre d’être encore (et toujours) pris pour cible. Et ça finit toujours par arriver ! Mon dessin (ci-dessus) était ironique : Il disait que dans mon cas, ça allait être compliqué, voire impossible que je me joigne à la population française. Je disais "non" sans le dire ! Ce n’est même pas le luxe d’un positionnement de ma part, c’est de la salubrité morale. On est juste pas du même monde. Je n’ai pas découvert les gardes à vues entre 2007( grâce à Sarkozy qui avait généralisé la bévue aux classes supérieures), ni les violences policières en 2014 avec Rémy Fraisse. Leur conception de la liberté d’expression et de la satire, je m’en tape sérieusement !

    Ils se permettent le luxe de questionner notre aptitude à l’humour, au second degré et à la liberté. Mais s’ils combattent tant l’obscurantisme c’est parce qu’ils le sont. L’obscurantisme est le reflet de leur ignorance. Le dialogue est inexistant. Ils lancent des petites balles dans notre direction, et on se fatigue à leur répondre, à se justifier dans le vide (intégration, laïcité, port du voile, le Hallal, déchéance de la nationalité, assignation à résidence...). Ils font des lignes de démarcation entre nous (insérés ou clandestins ? intégrés ou racailles ? modérés ou fondamentalistes ? laïcs ou barbares ?!). Est-ce que nous les traitons de cette façon, nous ? Non, le problème est là. Et je pense que nous avons tort... L’expérience de Stanford menée aux États-Unis dans les années 70 a démontré les effets pervers de l’autorité et de l’obéissance en présence d’une idéologie légitimée (sociale ou culturelle). L’expérience a révélé que ceux qui subissaient l’autorité, les "sujets" se constituaient prisonniers. Le rôle qu’on leur attribue les dépasse et conditionne leur comportement. Ils deviennent "fragiles et perturbés". Quant à l’autorité, elle surjoue son rôle, se sentant renforcée, elle abuse de son pouvoir encore et encore.... jusqu’à écraser le sujet. L’autorité totalitaire que nous subissons en France aujourd’hui relève de cela. De la même violence. Elle ne comprendra que le rapport de force ! Comme après les émeutes de 2005 qui ont forcé le gouvernement à débloquer le gel des subventions allouées aux associations de quartiers. C’est l’État qui doit être notre sujet, pas l’inverse. Donc non, ce n’est pas compliqué, je ne suis pas Charlie, parce que je n’ai pas le "gueule de l’emploi" voilà tout..

    Juste après les attentats de janvier, vous avez été très sollicité et vous expliquez que des demandes de dessins vous ont été censurés notamment dans le cadre d’une exposition collective sur la "liberté d’expression", pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

    C’était juste après les attentats, il y a un an. Je recevais plein de demandes et d’invitations à dessiner en faveur de Charlie, de la défendre la liberté d’expression et tout ça. Là j’aurai pu être publié partout, avec un crayon qui pleure, ou qui se fâchent tout rouge. Mais j’ai décliné, d’abord parce que j’étais encore en deuil, il s’était à peine passé quelques jours... Je ne sais pas comment les autres faisaient mais moi, je n’avais pas la tête à cela. Avoir perdu quelques amis m’a dévasté le coeur ! Ensuite voir le racisme se propager, dans les actes islamophobes, les journaux, les mots, les abus et bavures sécuritaires m’ont blessé davantage encore. Nombreux de mes collègues dessinateurs de presse perdirent la tête dans une espèce d’hystérie guerrière contre l’obscurantisme. Ils réclamaient le droit de blasphémer comme si blasphémer c’était remettre en question quoique ce soit. En confondant un dessin satirique avec une caricature. Ils voulaient la liberté d’expression totale et non négociable, et seulement à partir du moment où des confères étaient morts pour des dessins.... Comme si avant ce drame, c’était la fête au village !

    […]

    http://contre-attaques.org/magazine/article/halim-mahmoudi

  • Les Enragés sont campistes puisqu’ils partagent un article sur le campisme à propos duquel l’auteur ne connait rien.

  • 18 août 03:28

    Une théorie ou un point que les néo stal’ qui sont islamophiles racialistes essaient de défendre ... :(

  • Activité consistant à vivre dans une tente, une caravane, une autocaravane ou tout autre équipement destiné à la vie de plein air.

    https://fr.wiktionary.org/wiki/campisme

  • […] C’est dans ce contexte là que j’intéressais les médias. Un dessinateur de presse satirique français de culture musulmane qui chante la marseillaise, ça serait idéal. Sauf que les journaux veulent entendre le dessinateur, mais pas l’arabe. Mes réponses à leurs interviews furent censurées, parce que je retournais cette sale histoire des caricatures comme une crêpe. Et donc pas de publication au motif que ça pourrait "poser problème".

    L’exposition collective sur la liberté d’expression s’intitulait "Faut rigoler". Elle était en hommage à Wolinsky dessinateur de Charlie Hebdo. C’était lors du "Maghreb des Livres" qui eu lieu à la Mairie de Paris début Février 2015. J’avais envie de faire des dessins alternatifs, offrir une voix différente, habituellement réduite au silence. Comme la mienne ou celles de nombreuses personnes arabes, noires et/ou musulmanes qui allaient venir au Maghreb des Livres. J’avais envie qu’ils voient d’autres dessins, une autre conception de la liberté d’expression, vécue de l’intérieur. Les erreurs et les mensonges de Charlie Hebdo. Je voulais leur "parler", dire quelque chose de positif sur nous qui étions isolés, pris en otages par le traitement post-charlie. Deux petites heures après que j’ai accroché mes dessins au milieu de ceux des autres, ils ont tous été retirés. Entre temps, Anne Hidalgo était venue dire bonjour avec ses sbires. On m’a dit que des gens s’étaient offusqués de mes dessins. Pourtant moi j’en avais vu qui riaient et prenaient même des photos. Alors je ne comprenais pas... Mais tant pis, je n’ai pas insisté.

    Quelques journaux et revues communautaires ont eu vent de l’affaire, et me signifiaient qu’ils voulaient me soutenir. Qu’il ne fallait pas que l’on se laisse écraser de la sorte par la chape de plomb qui s’était abattue sur nos communautés. Mais un seul dessin à été publié dans un seul de ces journaux. Avec une petite annotation pour expliquer ou justifier je ne sais quoi.. Les autres ont fait comme on le fait d’habitude, raser les murs. Ils étaient peut-être tenus par des subventions, des publicitaires, ou l’envie de ne pas faire de vagues, je ne sais pas. Tout ce silence m’a fait encore plus mal. Nous sommes beaucoup plus que divisés, complètement isolés les uns des autres. Il n’y a pas pire censure au monde que la nôtre propre !

    Vous contestez l’idée de liberté d’expression qui est brandie lorsque l’on parle des caricatures en évoquant la citation d’Henri Gustave Jossot (fondateur de l’Assiette au beurre, magazine hebdomadaire humoristique et satirique illustré français fondé le 4 avril 1901), "la caricature est un exutoire de la haine". Et vous allez plus loin en faisant le parallèle entre les caricatures haineuses à l’encontre des juifs des années 30 et celles d’aujourd’hui à l’encontre des musulmans. Pourquoi ?

    Exactement ! C’est même plus qu’un simple parallèle. Il s’agit de la même chose, la même peur qui fabrique la même logique de haine. L’obscurantisme occidental se réclame de la raison, comme le disait Pierre Bourdieu. L’islamophobie vise moins la religion que les cibles "étrangères" habituelles avec les mêmes clichés racistes. Tout ce qui est culturellement visible, différent, étranger, et non blanc est dangereux, c’est de la propagande, rien d’autre. Les caricatures de l’ "Infâme Juif" du début du XXe siècle participaient du même délire collectif guerrier au nom des intérêts industriels. Cette époque était en crise comme aujourd’hui. Les médias mordaient la poussière ou mettaient la clé sous la porte. Henri Jossot, lui, est parti vivre en Tunisie en voyant le désastre de ses concitoyens qui allaient faire la guerre pour des industriels. Il s’est même converti à l’islam ! Mais cela personne ne le dit aujourd’hui, que l’un des plus grands dessinateurs satiriques français a eu cette vie, et cette indépendance là. Tout semble concourir pour que le monde arabe ne soit pas reconnu comme une grande civilisation, mais plutôt comme un ennemi trouble et ambigu.

    Les caricatures anti-juives d’avant-guerre sont les mêmes si on les regarde bien. Ce sont des portraits grossiers insultants, soulignant une menace, un danger par l’entremise de traits physiques exagérés qui aujourd’hui sont devenus des traits de contours psychologiques dangereux. La liasse de billet remplace le faciès avare des juifs. La bombe ou le couteau illustre la menace fantasmé que représente le monde arabe aux yeux de l’Occident. Les caricatures illustrent moins les gens qui sont représentés que la vision qu’en ont ceux qui dessinent, et observent. La caricature traduit surtout le racisme. C’est pourquoi elles sont les mêmes aujourd’hui, qu’en 1930. Particulièrement celles du Jylland Posten. L’Occident a défendu des caricatures qui graphiquement sont identiques à celles des nazis et antisémites, une charge portraiturée, sans titre, sans dialogue ni mise en scène, aucune volonté de faire rire ou réfléchir. Rien n’est plus explicite et directe qu’une caricature. C’est une attaque, rien d’autre ! Absolument rien d’autre que la violence d’une peur exprimée par des sentiments racistes. On déshumanise complètement non pas un seul individu, mais toute une communauté d’appartenance, d’origine, ou de croyance. C’est de l’appel à la haine raciale. Elle n’appelle que la violence de masse, la vindicte populaire, la condamnation en place publique. L’abominable déshumanisation de l’autre. Quand on déshumanise quelqu’un, comme les juifs avant ou les musulmans aujourd’hui, on prépare les pires passages à l’acte, les violences de masse les plus meurtrières.

    Est-il nécessaire de rappeler que les caricatures juives d’avant guerre sont interdites grâce à la Shoah ? Que la moindre caricature qui indigénise un africain est jugée raciste seulement grâce à l’esclavage ? Que la caricature est donc bel et bien le dessein du pire des racismes, et que malheureusement seul un drame absolu peut l’ "invalider" ? C’est tout cela la caricature en regard de l’histoire, si nous la regardons en face. Et si nous ne confondons pas dessin d’humour avec caricature.

    Au plus fort du procès de Charlie Hebdo, un autre dessinateur, ancien collaborateur de Charlie a été condamné pour avoir caricaturé un flic avec un groin de cochon. On peut donc caricaturer un prophète mais pas un flic... Et la raison est simple parce que la caricature est dangereuse. L’État l’a bien compris. La loi condamne le blasphème des symboles nationaux ! La haine du drapeau, la haine de la République est condamnable...mais pas la haine des religions. C’est dangereux, car on stigmatise une population pour une appartenance (culturelle, ethnique, religieuse..) et on la montre comme cible à éliminer, à abattre. On fabrique le même consentement qui a convaincu l’opinion publique de l’infériorité des indigènes africains, ou de l’extermination des juifs comme salubrité nécessaire.

    Aujourd’hui comment êtes-vous perçu dans la profession ?

    Je ne sais pas si je suis réellement ou pas du tout isolé. Ni comment je suis exactement perçu par mes pairs. Et le mieux est de ne point s’en préoccuper, j’y perdrais mon énergie, et ma santé. Comme le dit l’adage "Il vaut mieux être détesté pour ce que l’on est, qu’être aimé pour ce que l’on n’est pas".... N’importe qui serait d’accord avec cela.

    La perception, les relations ne sont jamais exprimées clairement. Sinon, elles passeraient pour ce qu’elles sont réellement, de l’intolérance et de l’étroitesse d’esprit. Quand cela arrive, vous êtes juste gentiment poussé vers la sortie, ou la marge (silence des journaux et festivals de dessin de presse). Peu importe que je puisse avoir connu Charlie Hebdo, et avoir été ami avec Tignous, ce n’est pas cela qui est pris en compte. Les attentats ont, bien entendu, cristallisé les passions mais même avant, c’était déjà comme ça. Il vous suffisait de faire des dessins un peu trop dérangeants et vous n’étiez simplement pas invité à publier dans tel journal. Ainsi, un dessin qui critique les militants trouvera plus facilement sa place dans Les Échos, ou Le Figaro, que dans un journal comme Libération ou Politis. Le pire, ce sont des dessins qui se moquent de la cabbale contre Dieudonné, de l’unité nationale, de l’esprit Charlie ou tout ce qui va à contre courant de la pensée dominante. Les dessins les plus satiriques en France font dans les lieux communs comme le racisme, le sexisme, le patronat ou les dérives politiques. La liberté d’expression est délimitée.

    Le dessin de presse est un milieu très particulier, comme tous les métiers d’arts. Les individus ont des "carrières" à gérer, ce qui explique l’absence, ou la faible solidarité dans ces milieux-là. Ceux qui réussissent à percer, referment la porte derrière eux, et pérennisent leur carrière ad-nauséum. Le dessin de presse n’échappe pas à la règle. Les journaux publient des noms, des signatures connues. Les dessinateurs font des OPA individuels, ainsi Cabu salarié à Charlie, l’était aussi au Canard Enchaîné et dans d’autres journaux. Plantu est le dessinateur du Monde, de L’Express et la fête continue... Ils verrouillent les entrées. Ils sortent des livres, exposent partout, vendent des originaux.

    Ce qui explique qu’aujourd’hui, ce sont ces gens-là qui ont la parole. On les écoute en boucle, sur le métier de dessinateur de presse et la liberté d’expression. A répéter ce qu’on leur a demandé de dire, que le métier est devenu un petit peu dangereux, qu’un dessin c’est pas bien méchant, et que la liberté d’expression, elle, est belle.

    J’étais allé voir Charlie Hebdo après l’incendie de leurs locaux. Tout le monde était absent ce jour-là, il n’y avait qu’une femme dont je ne me rappelle pas le nom. J’avais apporté des dessins satiriques qui remettaient clairement leurs conceptions de la caricature et de la liberté d’expression en cause. Je voulais leur apporter un point de vue différent, une ouverture, une issue. Cette femme a regardé les dessins et s’est mise en colère, elle ne comprenait pas ma démarche, m’a dit que je n’avais qu’à apporter ces dessins au Figaro. Même en lui expliquant, elle restait campée sur ses positions. Hors de question de remettre en cause la ligne de Charlie, surtout pas dans le journal. Elle haussa le ton avec ses grands gestes, son impatience. Mes dessins avaient fait mouche. Plus tard, j’en ai discuté avec Charb qui avait pris le temps d’écouter, et de comprendre mon point de vue. Il admit même que mon avis sur les caricatures était pertinent. Mais pour lui, la liberté d’expression était tout ce qui importait. À chaque argument, il opposait le risque de recul sur les libertés. Il n’y avait rien à faire... et surtout pas de terrain d’entente. Sinon, ça reviendrait à donner raison à ceux qui avaient tort. Mais dans ce cas là, qui avait tort ?

    Propos recueillis par l’équipe de Contre-attaque(s)

    http://contre-attaques.org/magazine/article/halim-mahmoudi

  • L’oligarchie et ses potiches

    On imagine Caroline Fourest et Élisabeth Badinter très fières de voir la nouvelle première dame du monde libre, Melania Trump, tenir son rôle de potiche bling-bling : elle ne porte ni voile ni burkini, elle ! Idem pour Penelope Fillon : cette mère de famille catholique a su rester dans l’ombre des ambitions de son petit mari tout en palpant de confortables émoluments parlementaires, ce qui prouve qu’elle est quand même plus « classe » que les pauvres bonnes femmes arabes ataviquement soumises à leur sournoise religion et à leurs fourbes époux [1].

    En revanche, Fourest et Badinter ont sûrement bondi à la vue de ces musulmanes en foulard montant à la tribune lors de la manifestation des femmes contre Trump. Elles ont dû s’étrangler en écoutant Angela Davis clamer l’urgence de résister et de s’unir contre l’exploitation capitaliste, la misogynie, l’antisémitisme, le racisme et l’islamophobie. Phobie confirmée quelques jours plus tard par le décret présidentiel interdisant l’entrée du territoire US aux citoyens de sept pays musulmans. Donnant du chien au concept universitaire d’intersectionnalité, Davis a par exemple invité ses camarades féministes à s’impliquer dans la lutte des Noirs contre les violences policières. Elle a également appelé à la désobéissance civile contre le projet d’oléoduc à nouveau imposé aux Sioux de Standing Rock.

    À l’heure où les immensément riches mettent en scène pleins feux la pornographie de leur toute-puissance – après Berlusconi, Trump tient à démontrer que l’oligarchie n’est jamais mieux servie que par elle-même –, puisse le vent de dignité semé par la militante afro-américaine récolter une belle tempête de colères convergentes. Puisse-t-il aussi traverser l’Atlantique et venir balayer les zizanies du progressisme qui, depuis deux décennies, ont morcelé le paysage en autant de chapelles et de fonds de commerce idéologiques.

    notes

    [1] L’indignation laïque et féministe de Mme Badinter est à géométrie variable : l’agence Publicis, dont elle est la première actionnaire, a signé un juteux contrat avec l’Arabie saoudite pour aider cette fort rétrograde dictature à redorer son image à l’international.

  • Charlie, nouvelle religion d’État

    Par quel miracle un journal satirique a-t-il pu devenir l’un des organes de la pensée officielle ? Cette métamorphose témoigne bien sûr de la capacité du système à faire feu de tout bois et à tout recycler mais elle montre surtout les affinités entre la pensée libérale-libertaire et les intérêts des élites mondialistes. Et celles-ci ne sont jamais avares pour récompenser leurs loyaux serviteurs comme on l’a vu à l’occasion du battage médiatico-politique qui a suivi les attentats de janvier : minutes de silence un peu partout en France, drapeaux en berne, journées de deuil national, manifestations de solidarité émaillées de « dérapages » anti-Islam, grande marche républicaine symbolisant l’union sacrée des politiques contre « la barbarie et le terrorisme » à laquelle se sont associés la totalité des partis du système et des organisations de l’antiracisme institutionnel ainsi que de nombreux chefs d’État, slogans de soutien omniprésents, déclarations martiales des responsables politiques en dépit des zones d’ombre qui brouillent cette nouvelle affaire, à l’image de celles des attentats du 11 septembre.

    À l’occasion du premier anniversaire des attentats, les élites politiques ressortent les plats – avec parfois quelques ratages – au risque de provoquer la nausée. Exploiter jusqu’au bout ce drame pour renforcer le système de domination et pour lancer la France dans des aventures militaires de tous les dangers – le tout sous couvert de « guerre contre le terrorisme » – est clairement la ligne politique du gouvernement. Les bénéfices attendus sont bien là : restauration d’un crédit politique perdu sur le front économique et social et promulgation d’une batterie de lois liberticides pour museler la contestation sociale. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. La mascarade du 11 janvier et celle des commémorations forcées du premier anniversaire (en attendant les suivants !) ont aussi pour objectif de formater les esprits en posant les bases de ce que l’on pourrait appeler une « religion d’État ». Une religion laïque – et même laïciste – mais dont la fonction première est de dresser un rideau de fumée idéologique entre la conscience et la réalité.

    Le 7 janvier 2015, c’est l’un des centres névralgiques du système de domination médiatique qui a été visé. Et pas n’importe lequel : Charlie Hebdo, passé du scato-gauchisme au néoconservatisme bon teint, spécialisé dans la discrimination antimusulmane sous couvert de « liberté d’expression » (pourtant à géométrie bien variable par les temps qui courent…) avec la bénédiction des élites politiques qui n’ont jamais ménagé leurs efforts pour le soutenir, en particulier au moment du procès des caricatures. Et pour cause… Les colonnes du journal accueillent régulièrement la fine fleur de l’atlantisme dans sa version la plus dure, notamment des journalistes de la mouvance néoconservatrice du Cercle de l’Oratoire : Caroline Fourest, qu’on ne présente plus, Robert Misrahi, Mohamed Sifaoui (lire ici l’article du site ANTINEOCONS). Le journal s’était notamment ilustré en publiant un « manifeste des 12 », dénoncé à juste titre par la Ligue des Droits de l’Homme, sous-titré « ensemble contre le nouveau totalitarisme » qui n’est rien de moins qu’une déclaration de guerre contre la menace islamique assimilée à la barbarie et au totalitarisme : « Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme ». On a déjà vu analyse plus nuancée…

    Également dans le viseur du journal, la religion catholique. La dernière une (en date) du journal, associant crime et religion, a provoqué colère et consternation. Mais le profond mépris pour la religion (et les croyants) affiché par le journal masque en réalité une orthodoxie bien prégnante. Elle s’est notamment manifestée à l’occasion des cérémonies d’hommage aux victimes quand il s’est agi de « repérer et de traiter ceux qui ne sont pas Charlie ». Comme toutes les religions, celle du politiquement correct a ses croyants, ses intégristes, ses apostats, ses hérétiques, ses agnostiques, ses curés et ses icônes. Et les brebis égarées pourront toujours compter sur la miséricorde divine si elles font acte de repentance puisque, comme le dit si bien Nathalie Saint Bricq, « il faut réintégrer dans la communauté nationale ceux qui ne sont pas Charlie ».

    Comme toutes les religions, celle de Charlie a une fonction idéologique, celle de montrer une image tronquée, faussée et parfois inversée du réel. Tout esprit ayant échappé au formatage des consciences ne peut qu’être frappé par la contradiction manifeste entre les discours dominants et les pratiques. Ainsi, l’humoriste Dieudonné a été condamné pour apologie du terrorisme (!) en raison d’un message posté sur son compte Facebook dans lequel il affirmait « se sentir Charlie Coulibaly », le jour même de la marche républicaine du 11 janvier ! Rappelons tout de même que le mot d’ordre de cette manifestation géante était la défense de la liberté d’expression…

    Surfant sur la peur provoquée par les événements de janvier et leur ultramédiatisation, les élites politiques ont promulgué une nouvelle loi pour réduire un peu plus les libertés publiques. Ou comment prétendre défendre la liberté d’expression contre une prétendue « menace islamique »… en encadrant celle-ci. Sans même parler de celles votées précédemment. Ainsi le délit pour apologie de terrorisme aux contours éminemment flous que l’exécutif a fabriqué dans le cadre de la loi antiterroriste de l’automne 2014 pourra valoir à son auteur pas moins de 7 ans de prison et de 100.000 euros d’amende ! La saturation médiatique des attentats et la propagande pro-Charlie déversée par les médias sous contrôle n’aura pas été de trop pour faire croire que la vraie menace qui pèse sur les libertés vient de l’Islam et non du pouvoir en place…

    Mais l’une des caractéristiques de la mobilisation pro-Charlie (comme de celle qui a suivi les attentats de novembre) est l’appel à l’unité nationale sur fond de guerre contre le terrorisme. Grâce l’alchimie de l’union sacrée contre un ennemi à la fois extérieur et intérieur, les clivages sociaux et politiques disparaissent comme par magie : plus de riches, ni de pauvres, plus d’exploiteurs ni d’exploités mais des pro-Charlie et des crypto-terroristes. L’enjeu principal est sans doute ici : faire croire aux populations qu’elles ont les mêmes intérêts que les élites mondialistes et que la population syrienne mourant sous les bombes de l’aviation française est massacrée dans l’intérêt de la France.

    L’ »esprit Charlie », nouvel avatar de la pensée dominante ? Sans doute, et le laïcisme agressif qui est sa marque de fabrique dessine les contours d’une nouvelle religion, concurrente de toutes les autres. Une religion qui n’ouvre pas les portes du Paradis mais celles d’un monde où la seule liberté qui existe est de pousser son chariot de supermarché, de laver son cerveau avec la télévision et de se faire tondre à l’occasion.

    https://bourgoinblog.wordpress.com/2016/01/07/charlie-nouvelle-religion-detat/

  • CHARLIE HEBDO », PAS RACISTE ? SI VOUS LE DITES…

    Cher Charb, cher Fabrice Nicolino,

    « Et que ceux qui prétendent et prétendront demain que “Charlie” est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. Nous saurons quoi leur répondre. » En lisant cette rodomontade à la fin de votre tribune dans Le Monde1, façon « viens nous le dire en face si t’es un homme », j’ai senti monter comme une envie de rejoindre mon poste de combat dans la cour de récré. La sommation ne m’était pourtant pas destinée. Quelles bonnes âmes vous espérez convaincre, d’ailleurs, mystère. Cela fait belle lurette que quantité de gens disent à « voix haute » et « sous leur nom » ce qu’ils pensent de votre journal et du fonds de sauce qui s’en écoule, sans que personne chez vous ne se soit soucié de leur répondre ou d’agiter ses petits poings.

    Ainsi donc Le Monde vous a charitablement ouvert son rayon blanchisserie, pour un repassage express de votre honneur tout chiffonné. À vous entendre, il y avait urgence : même plus moyen de sortir dans Paris sans qu’un chauffeur de taxi vous traite de racistes et vous abandonne les bras ballants sur le bord du trottoir. On comprend la vexation, mais pourquoi ce besoin d’aller vous refaire une beauté dans un autre journal que le vôtre ? Charlie Hebdo, son site internet et sa maison d’édition ne vous offrent donc pas un espace d’expression à la hauteur ? Vous invoquez le glorieux héritage du « Charlie » des années 1960 et 70, quand c’était la censure du pouvoir politique et non la hantise du discrédit qui donnait du fil à retordre au journal. Mais je doute qu’à l’époque un Cavanna ou un Choron eussent quémandé l’aide de la presse en redingote pour se façonner une respectabilité.

    S’il m’est arrivé à moi aussi, par le passé, de griffonner quelques lignes fumasses en réaction à tel ou tel de vos exploits, je ne me suis jamais appesanti sur le sujet. Sans doute n’avais-je ni la patience ni le cœur assez bien accroché pour suivre semaine après semaine la navrante mutation qui s’est opérée dans votre équipe après le tournant du 11 septembre 2001. Je ne faisais déjà plus partie de Charlie Hebdo quand les avions suicide ont percuté votre ligne éditoriale, mais la névrose islamophobe qui s’est peu à peu emparée de vos pages à compter de ce jour-là m’affectait personnellement, car elle salopait le souvenir des bons moments que j’avais passés dans ce journal au cours des années 1990. Le rire dévastateur du « Charlie » que j’avais aimé sonnait désormais à mes oreilles comme le rire de l’imbécile heureux qui se déboutonne au comptoir du commerce, ou du cochon qui se roule dans sa merde. Pour autant je n’ai jamais qualifié votre journal de raciste. Mais puisque aujourd’hui vous proclamez haut et fort votre antiracisme inoxydable et sans reproches, le moment est peut-être venu de considérer sérieusement la question.

    Raciste, Charlie Hebdo ne l’était assurément pas du temps où j’y ai travaillé. En tout cas, l’idée qu’un jour le canard s’exposerait à pareil soupçon ne m’a jamais effleuré. Il y a avait bien quelques franchouillardises et les éditos de Philippe Val, sujets à une fixette inquiétante et s’aggravant au fil des ans sur le « monde arabo-musulman », considéré comme un océan de barbarie menaçant de submerger à tout instant cet îlot de haute culture et de raffinement démocratique qu’était pour lui Israël. Mais les délires du taulier restaient confinés à sa page 3 et ne débordaient que rarement sur le cœur du journal qui, dans ces années-là, me semblait-il, battait d’un sang plutôt bien oxygéné.

    À peine avais-je pris mes cliques et mes claques, lassé par la conduite despotique et l’affairisme ascensionnel du patron, que les tours jumelles s’effondrèrent et que Caroline Fourest débarqua dans votre rédaction. Cette double catastrophe mit en branle un processus de reformatage idéologique qui allait faire fuir vos anciens lecteurs et vous en attirer d’autres, plus propres sur eux, et plus sensibles à la « war on terror » version Rires & Chansons qu’à l’anarchie douce d’un Gébé. Petit à petit, la dénonciation en vrac des « barbus », des femmes voilées et de leurs complices imaginaires s’imposa comme un axe central de votre production journalistique et satirique. Des « enquêtes » se mirent à fleurir qui accréditaient les rumeurs les plus extravagantes, comme la prétendue infiltration de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou du Forum social européen (FSE) par une horde de salafistes assoiffés de sang2. Le nouveau tropisme en vigueur imposa d’abjurer le tempérament indocile qui structurait le journal jusqu’alors et de nouer des alliances avec les figures les plus corrompues de la jet-set intellectuelle, telles que Bernard-Henri Lévy ou Antoine Sfeir, cosignataires dans Charlie Hebdo d’un guignolesque « Manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme islamique3 ». Quiconque ne se reconnaissait pas dans une lecture du monde opposant les civilisés (européens) aux obscurantistes (musulmans) se voyait illico presto renvoyé dans les cordes des « idiots utiles » ou des « islamo-gauchistes ».

    À Charlie Hebdo, il a toujours été de bon ton de railler les « gros cons » qui aiment le foot et regardent TF1. Pente glissante. La conviction d’être d’une essence supérieure, habilitée à regarder de très haut le commun des mortels, constitue le plus sûr moyen de saboter ses propres défenses intellectuelles et de les laisser bailler au moindre courant d’air. Les vôtres, pourtant arrimées à une bonne éducation, à des revenus confortables et à l’entre-soi gratifiant de la « bande à Charlie », ont dégringolé à une vitesse ahurissante. Je me souviens de cette pleine page de Caroline Fourest parue le 11 juin 2008. Elle y racontait son amicale rencontre avec le dessinateur néerlandais Gregorius Nekschot, qui s’était attiré quelques ennuis pour avoir représenté ses concitoyens musulmans sous un jour particulièrement drolatique. Qu’on en juge : un imam habillé en Père Noël en train d’enculer une chèvre, avec pour légende : « Il faut savoir partager les traditions ». Ou un Arabe affalé sur un pouf et perdu dans ses pensées : « Le Coran ne dit pas s’il faut faire quelque chose pour avoir trente ans de chômage et d’allocs ». Ou encore ce « monument à l’esclavage du contribuable autochtone blanc » : un Néerlandais, chaînes au pied, portant sur son dos un Noir, bras croisés et tétine à la bouche. Racisme fétide ? Allons donc, liberté d’expression ! Certes, concède Fourest, l’humour un peu corsé de son ami « ne voyage pas toujours bien », mais il doit être compris « dans un contexte néerlandais ultratolérant, voire angélique, envers l’intégrisme ». La faute à qui si les musulmans prêtent le flanc à des gags difficilement exportables ? Aux musulmans eux-mêmes et à leurs alliés trop angéliques, ça va de soi. Comme l’enseigne Nekschot aux lecteurs de Charlie Hebdo, « les musulmans doivent comprendre que l’humour fait partie de nos traditions depuis des siècles ».

    Personne chez vous n’a claqué sa démission après cette page insuffisamment remarquée, qui après tout ne faisait que consacrer le processus entamé six ou sept ans plus tôt. Vos sortes de tolérances vous regardent. Mais quand je lis dans votre tribune du Monde : « Nous avons presque honte de rappeler que l’antiracisme et la passion de l’égalité entre tous les humains sont et resteront le pacte fondateur de Charlie Hebdo », la seule information que je retiens, c’est que votre équipe ne serait donc pas totalement inaccessible à la honte. Vraiment ?

    Après le départ en 2009 de Val et de Fourest, appelés à de plus hautes destinées, l’un à la tête d’une radio publique, l’autre sur les podiums de l’antiracisme gouvernemental, on se demandait si vous continueriez à faire du Val sans lui et de la Fourest sans elle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous êtes restés fidèles à la ligne. Imprégnés jusqu’au trognon, faut croire.

    Aujourd’hui, les mouches qu’un Tignous n’omet jamais de faire tourner autour de la tête de ses « barbus » se collent plus que jamais à votre imaginaire dès que vous « riez » des musulmans. Dans une vidéo postée fin 2011 sur le site de Charlie Hebdo, on te voyait, Charb, imiter l’appel du muezzin sous les hoquets hilares de tes petits camarades. Tordant, le numéro de la psalmodie coranique à l’heure du bouclage, Michel Leeb n’aurait pas fait mieux. Dans quelle marinade collective faut-il macérer pour en arriver là ? Dans quelles crevasses psychologiques puisez-vous matière à « rire » d’un dessin représentant des femmes voilées qui exhibent leurs fesses pendant qu’elles font leur prière à la « mère Mecquerelle » ? Minable vanne même pas honteuse, embarrassante d’imbécilité avant même que d’être révélatrice d’un état d’esprit, d’une vision du monde.

    C’est ce dessin de Catherine qui me vient à l’esprit, mais je pourrais en citer tant d’autres parmi les épanchements de gaudriole islamophobe que vous autres, fabricants d’humour gonflé aux vents du temps, dégazez à longueur de semaines. Ce dessin-là accompagnait une pseudo-enquête sur les « djihadistes du sexe » en Syrie4. Un « scoop » dont on apprenait peu de temps après – il est vrai qu’on s’en doutait un peu à la lecture – que c’était un tissu d’âneries bidonné à des fins de propagande5. À noter que vous n’avez même pas retiré cette daube de votre site web : apparemment, certains sujets se prêtent mieux que d’autres au relâchement. Quand on rigole avec la femme voilée, on peut bien se laisser aller, s’autoriser un peu de confusion entre info croustillante en papier mâché et poilade de salle de garde.

    Mais je ne vous écris pas pour vous parler de bon goût, plutôt de ce pays que vous avez contribué à rendre plus insalubre. Un pays qui désormais interdit à une femme de travailler dans une crèche au motif que le bout de tissu qu’elle porte sur la tête traumatiserait les bambins. Où une élève de troisième coiffée d’un bandana jugé trop large se fait exclure de son collège avec la bénédiction d’un maire UMP, du ministre socialiste de l’Éducation nationale et de la presse écumante6. Où l’on peine à trouver un comptoir de bistrot ou une table de fins lettrés sans qu’à un moment ne se déverse le genre de blagues qui, à « Charlie », vous font péter les boyaux le jour du bouclage. Où l’on considère comme une avant-garde de la cinquième colonne toute femme qui se couvre les cheveux, au point qu’on lui interdit de participer à une sortie scolaire ou de faire du bénévolat aux Restos du cœur7.

    Je sais qu’à vos yeux ces vigoureuses dispositions sont cruciales pour la survie de la république et de la laïcité. Récemment, vous avez jugé utile de publier une interview de votre avocat, Richard Malka, le valeureux défenseur de Clearstream, de DSK et de l’esprit des Lumières. « Le voile, c’est l’anéantissement, l’ensevelissement du triptyque républicain “Liberté, Égalité, Fraternité”8 », pérorait votre bavard comme à un concours d’éloquence pour vendeurs d’aspirateurs9. Faudrait déjà qu’il nous explique en quoi ce fameux triptyque a une existence concrète et au bénéfice de qui, mais passons. Ce qu’il enfonce dans la tête de vos lecteurs, pourtant déjà abondamment instruits en la matière, c’est que quelques centimètres carrés de coton éventuellement mêlé de polyester menacent de répandre la peste sur notre beau pays. Que ce voile est si dangereusement infecté qu’il ne serait pas sage de prêter attention à l’individu qui le porte.

    Je dois préciser à ce stade que, personnellement, je n’ai aucun « problème » avec le bonnet de ma tante ou les dreadlocks de mon cousin, et que je n’en ai pas davantage avec le voile de ma voisine. Si cette dernière me confiait qu’elle le porte contre son gré, j’aurais certainement le réflexe de l’encourager à trouver les moyens de vivre comme elle l’entend. Je réagirais de même si on l’obligeait à porter des bas résille ou le kilt écossais. En dehors d’un tel scénario, qu’une femme décide ou non de porter telle ou telle liquette ne me regarde pas. Que ce soit pour des motifs personnels, religieux, esthétiques ou autres, c’est son affaire. Étonnante, cette manie qu’ont les gens dans ce pays de projeter leurs fantasmes sur un carré d’étoffe, qui l’aliénation de la femme, qui la peur de l’invasion islamique, qui la défense du droit masculin à la drague capillaire, etc. Peu m’importent le voile, les talons hauts ou même le t-shirt Camaïeu made in Bangladesh, du moment que la personne dessous, dessus ou dedans mérite le respect. Où en sommes-nous rendus pour qu’il faille réhabiliter un principe aussi évident ? Essayez-le, vous verrez : c’est le meilleur préventif contre l’ulcère à l’estomac et la sauce blanche dans la tête. […]

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  • Le pilonnage obsessionnel des musulmans auquel votre hebdomadaire se livre depuis une grosse dizaine d’années a des effets tout à fait concrets. Il a puissamment contribué à répandre dans l’opinion « de gauche » l’idée que l’islam est un « problème » majeur de la société française. Que rabaisser les musulmans n’est plus un privilège de l’extrême droite, mais un droit à l’impertinence sanctifié par la laïcité, la république, le « vivre ensemble ». Et même, ne soyons pas pingres sur les alibis, par le droit des femmes – étant largement admis aujourd’hui que l’exclusion d’une gamine voilée relève non d’une discrimination stupide, mais d’un féminisme de bon aloi consistant à s’acharner sur celle que l’on prétend libérer. Drapés dans ces nobles intentions qui flattent leur ignorance et les exonèrent de tout scrupule, voilà que des gens qui nous étaient proches et que l’on croyait sains d’esprit se mettent brusquement à débonder des crétineries racistes. À chacun sa référence : La journée de la jupe, Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Caroline Fourest, Pascal Bruckner, Manuel Valls, Marine Le Pen ou combien d’autres, il y en a pour tous les goûts et toutes les « sensibilités ». Mais il est rare que Charlie Hebdo ne soit pas cité à l’appui de la règle d’or qui autorise à dégueuler sur les musulmans. Et comme vos disciples ont bien retenu la leçon, ils ne manquent jamais de se récrier quand on les chope en flag’ : mais enfin, on a bien le droit de se moquer des religions ! Pas d’amalgame entre la critique légitime de l’islam et le racisme anti-arabe !

    C’est évidemment ce même sillon que vous labourez dans votre tribune du Monde. « Passe encore, vous lamentez-vous, que Charlie consacre tant de ses dessins de couverture aux papistes. Mais la religion musulmane, drapeau imposé à d’innombrables peuples de la planète, jusqu’en Indonésie, devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu’idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d’être arabe par exemple et l’appartenance à l’islam ? »

    Je veux bien tâcher d’éclairer vos lanternes sur ce point, mais permettez-moi d’abord d’apprécier la vicieuse petite incise dans laquelle vous resservez en loucedé le vieux plat sur l’islam-religion-conquérante qui fait rien qu’à croquer la planète. L’islamisation de l’archipel indonésien a commencé au XIIIe siècle, quand des princes de Sumatra se sont convertis à la religion des marchands perses et indiens qui faisaient bombance dans leurs ports – non sous la contrainte, mais par désir d’intégrer un réseau commercial prospère. Plus tard, au XVIIIe siècle, ce sont les colons hollandais, chrétiens irréprochables, qui se sont arrangés pour imposer l’islam à Java, en vue de soustraire sa population à l’influence séditieuse des Balinais hindouistes. On est loin de l’imagerie du farouche bédouin réduisant à sa merci des peuples exotiques, à laquelle se résume apparemment votre connaissance du monde musulman.

    Mais revenons à la question du « rapport » entre Arabes et musulmans, racisme et islamophobie. La démarcation que vous tracez avec une belle assurance entre les deux catégories est-elle vraiment si claire dans vos esprits ? À lire le début de votre tribune, il est permis d’en douter. L’édifiante anecdote du « chauffeur de taxi arabe », qui refuse de conduire à bon port un collaborateur du journal « au motif de dessins moquant la religion musulmane », révèle à cet égard une certaine confusion. En quoi la qualité d’« arabe » prêtée au chauffeur – qui d’après vous ne saurait donc être simplement français – nous renseigne-t-elle sur l’affront subi par votre infortuné collègue ? Croyez-vous qu’il faille être « arabe » pour froncer le nez devant vos beaufitudes de fin de banquet ? Moi qui ne suis ni arabe ni chauffeur de taxi, pas sûr que je dépannerais votre collaborateur d’un ticket de métro. J’espère néanmoins qu’il aura surmonté son choc des civilisations en se dégotant un chauffeur blanc qui l’accepte sur sa banquette arrière.

    Vous avez raison, arabe et musulman, ce n’est pas la même chose. Mais vous savez quoi ? Musulman et musulman, ce n’est pas pareil non plus. Sachez qu’il y en a de toutes sortes, riches ou pauvres, petits ou grands, sympathiques ou revêches, généreux ou rapiats, désireux d’un monde meilleur, réactionnaires ou même, oui, intégristes. Or, dans Charlie Hebdo, rien ne ressemble davantage à un musulman qu’un autre musulman. Toujours représenté sous les traits d’un faible d’esprit, d’un fanatique, d’un terroriste, d’un assisté. La musulmane ? Toujours une pauvre cloche réductible à son foulard, et qui n’a d’autre fonction sociale que d’émoustiller la libido de vos humoristes.

    Parlant de cela, il y aurait beaucoup à dire sur la composante graveleuse de votre inspiration. L’euphorie avec laquelle Charlie Hebdo a acclamé les militantes topless des Femen suggère que le graillon islamophobe s’agrège parfaitement aux éclaboussures de testostérone. L’ode de Bernard Maris à Amina Sboui, une Femen tunisienne qui avait posé torse nu sur Internet, offre un bon échantillon de la mayonnaise hormonale qui colle à vos pages : « Montre tes seins, Amina, montre ton sexe à tous les crétins barbus habitués des sites pornos, à tous les cochons du désert qui prêchent la morale à domicile et se payent des escorts dans les palaces étrangers, et rêvent de te voir lapidée après t’avoir outragée... Ton corps nu est d’une pureté absolue en face des djellabas et des niqabs répugnants10. » Allo, docteur ?

    Vous avez le toupet d’accuser vos détracteurs d’« essentialisme », et sans doute les bulbes congestionnés qui vous vénèrent applaudiront-ils l’acrobatie. Mais on n’est pas au cirque. L’essentialisme, vous vous y vautrez chaque semaine ou presque en racialisant le musulman sous les traits d’une créature constamment grotesque ou hideuse. Ce qui définit la vision dominante du « racialisé », « c’est qu’il est tout entier contenu dans ce qui le racialise ; sa culture, sa religion, sa couleur de peau. Il serait comme incapable de s’en sortir, incapable de voir plus loin que son taux de mélanine ou le tissu qu’il porte sur la tête, observe sur son blog Valérie CG, une féministe pas très intéressante puisqu’elle ne vous a pas montré ses seins. Musulman devient une sorte de nouvelle couleur de peau dont il est impossible de se détacher11. »

    Cette remarque judicieuse se rapportait aux élucubrations de la « pédopsychiatre » Caroline Eliacheff, qui, dans le magazine Elle, venait de justifier ainsi le licenciement d’une puéricultrice voilée par la crèche Baby-Loup : « On peut s’interroger sur les conséquences pour un nourrisson de ne voir que le visage de face, une tête amputée des oreilles, des cheveux et du cou12. » Le voile est une arme de destruction massive, il ensevelit la république aussi sûrement qu’il ampute des organes vitaux. Inutile de préciser que Caroline Eliacheff, tout comme vous, « lutte contre le racisme », c’est en tout cas ce qu’elle déclare dans son interview. Pour professer des inepties, et justifier le renvoi brutal d’une employée reconnue comme compétente et que personne n’a vu appeler les petits chéris au djihad, on n’est jamais aussi confortablement juché qu’au plus haut sommet des vertus civilisées. […]

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  • […] Mais votre trône surplombe un marécage. Toi, Charb, pour lequel j’ai jadis éprouvé de l’estime, et toi, Fabrice, dont j’appréciais la rigueur intellectuelle13, je vous tiens, vous et vos collègues, pour coresponsables du pourrissement ambiant. Après le 11-Septembre, Charlie Hebdo a été parmi les premiers, dans la presse dite de gauche, à enfourcher le cheval du péril islamique. Ne vous privez donc pas de ramasser votre part du crottin au moment où le nombre d’actes islamophobes bat des records : + 11,3 % sur les neuf premiers mois de 2013 par rapport à la même période de 2012, selon l’Observatoire national de l’islamophobie. Lequel s’inquiète d’un « nouveau phénomène » de violence, marqué par au moins quatorze agressions de femmes voilées depuis le début de l’année.

    Rassurez-vous, je ne dis pas que la lecture de Charlie Hebdo déclenche mécaniquement l’envie de badigeonner une mosquée avec du sang de porc ou d’arracher son voile à une cliente de supermarché, comme cela se produit ici et là. Vous avez désigné les cibles, mais vous ne voulez pas qu’un pauvre type s’attaque à elles pour de vrai, car vous êtes contre la violence et contre le racisme. Vos lecteurs aussi, très certainement. Ils n’ont aucun préjugé contre les musulmans, c’est juste qu’ils s’esclaffent de bon cœur sur ce dessin de Charb où l’on voit un Arabe à grosse moustache en arrêt devant une prostituée, tandis qu’un prédicateur à barbe le sermonne : « Mon frère ! Tu vas pas payer 40 euros une passe alors que pour le même prix tu peux acheter une épouse ! » Dans les années trente, le même gag avec des juifs à la place des musulmans aurait fait un tabac, sauf qu’à l’époque son auteur n’aurait sans doute pas eu l’idée de venir brandir un brevet d’antiracisme. Le dessin en question illustrait un article démasquant les sombres desseins d’un petit groupe de salafistes à Bruxelles. Le sous-titre résumait bien l’idée : « Les frites seront-elles bientôt toutes halal en Belgique ? Quelques barbus s’y activent, et combattent la démocratie qui leur permet d’exister14. » Quoi ? Islamisation des frites, démocratie en danger ? Dans sa tête, le lecteur commence déjà à graisser son fusil de chasse. Dans sa tête seulement, car c’est un antiraciste. À moins qu’il n’aille se déverser au bas de quelque site internet évoquant vos faits d’armes, à la manière de « lulupipistrelle », auteur de ce commentaire sur Agoravox : « Les caricatures de leur prophète ulcèrent les musulmans ? Et alors, moi j’ai envie de baffer toutes les bonnes femmes voilées que je croise, et je ne parlent [sic] pas des barbus... mais je me domine...15 »

    Bien sûr que Charlie Hebdo ne se limite pas à cela, qu’on y écrit et dessine sur bien d’autres sujets. On veut bien croire que nombre de lecteurs vous achètent par attachement à la cause des animaux, ou pour Cavanna, ou pour Nicolino, ou pour les dessins drôles, ou pour congratuler Bernard Maris après sa nomination au conseil général de la Banque de France, autre repaire de joyeux drilles. Mais je doute qu’il y en ait beaucoup qui ne trouvent leur petit plaisir sale dans le ressassement de vos obsessions islamophobes – sans quoi le journal leur tomberait des mains. Il en est même, vous ne pouvez l’ignorer, qui l’achètent principalement pour ça : pour voir ce que « Charlie » va encore leur mettre dans les dents cette semaine. Faut avouer, c’est une bonne affaire. Depuis l’épisode des caricatures danoises et votre héroïque montée des marches en costumes de pingouins au festival de Cannes, bras dessus bras dessous avec Philippe Val, Daniel Leconte et BHL (mais hélas sans Carla Bruni, pourtant annoncée), le « muslim bashing » ripoliné en « défense intransigeante de la liberté d’expression » est devenu votre tête de gondole, que vous prenez soin de réapprovisionner régulièrement. Vous pouvez toujours certifier que les sans-papiers sont vos amis ou critiquer Manuel Valls pour ses rafles de Roms, c’est l’islamophobie votre marronnier, votre ligne de front.

    Vous me direz que vous n’êtes pas les seuls. Votre positionnement sur ce terrain est en effet assez largement partagé par vos confrères de la presse écrite, de L’Express à Valeurs Actuelles en passant par Le Point, Marianne, Le Nouvel Observateur ou Le Figaro, pour s’en tenir aux plus enthousiastes. Et je ne parle même pas des télés et des radios. Le marché médiatique de l’islam « sans-gêne », « qui fait peur » et « qui dérange » rapporte gros, même s’il est quelque peu saturé. Toutefois, au sein de cette saine et fraternelle concurrence, votre canard parvient à se distinguer par des produits qui n’ont leur équivalent nulle part ailleurs, et qui vous permettent d’occuper un segment non négligeable de l’opinion islamophobe décomplexée de gauche.

    Vous connaissant, je m’interroge cependant : c’est quoi, au juste, votre problème avec les musulmans de ce pays ? Dans votre texte du Monde, vous invoquez la salutaire remise en cause des « si grands pouvoirs des principaux clergés », mais sans préciser en quoi l’islam – qui n’a pas de clergé, mais on ne peut pas tout savoir, hein – exerce en France un « si grand pouvoir ». Hors de la version hardcore qu’en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me paraît pas revêtir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, zéro représentant à l’Assemblée nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d’affaires et de voter des lois d’invisibilité pour les femmes voilées que de s’inquiéter de l’explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propriétaires de médias, les directeurs d’information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros éditeurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent réciter par cœur les œuvres complètes de Caroline Fourest ont une petite chance d’accéder à un strapontin. […]

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  • "Tout à la sécurité et à la course avec le Front national, on en oublie de voir ce qui intéresse vraiment les Français." Rama Yade

    « Ce n’est pas la tolérance qui fait cheminer le monde. Elle soumet et attache les classes opprimées et soumises au conformisme des privilégiés. L’histoire s’ébranle quand le troupeau humain s’écarte des illusions de la tolérance. Peu d’hommes sont des loups pour l’homme, trop sont des moutons. Les dominations de classe vacillent lorsque, dans le processus des formes organisées de la production, de violentes incompatibilités avec les engrenages traditionnels poussent l’avant-garde d’une classe jusqu’alors à genoux à se débarrasser de l’hypocrisie de la tolérance, pour emprunter la grande et intolérante voie de la Révolution“.

    Bordiga (Anticléricalisme et socialisme, 1949, texte intégrable lisible sur mon 2e blog Archives maximalistes)

    Sans conteste, Coleman n’a ni patrie ni frontières… de classe. Marqué depuis sa jeunesse par le breuvage stalino-démocratique de la secte de Laguiller, il poursuit un chemin chaotique qui repose sur le fondamentalisme multiculturel US. Ses productions anarcho-trotskiennes, par voie de tract ou de revue, sont si orientées grossièrement en faveur de la démocratie multiculturaliste et antiraciste de l’oncle Samuel qu’il faillit se faire démonter le portrait il y a quelques années au milieu d’une manif fréquentée par de braves « jeunes de banlieue » au front bas musulmaniaque ; ce que j’avais réprouvé à l’époque (les menaces physiques contre lui comme sa morale politique pro-occidentale). Je connais l’individu depuis 40 ans. Il fût mon chef de rayon de LO pour la prospection dans les HLM de Cachan de signatures par les « prolos » pour de meilleurs transports en commun. Le petit chef trotskien était déjà hautain, ergoteur et falsificateur. Le voici, quarante ans plus tard, de son propre chef sans le comité central de LO, chevalier de la croisade contre le danger de l’extrême droite. Il dispose des colonnes de « la bataille socialiste », site œcuménique ouvert à tous les petits chefs sans troupes du caravansérail des marginaux du gauchisme officiel, du tiers-mondiste N. Dessaux à Coleman pour que ces intellectuels marginaux nous fassent la leçon de choses et les cours de morale dont nous avons besoin pour nous agenouiller devant l’idée dominante antifâchiste démocratique et antiraciste conviviale. Chercheur expérimenté en complot « fâchiste », Coleman nous instruit donc grâce à son ami Lucien de la Bataille pivertiste, et comme le Pic vert, il martèle du bec (Sa célèbre illustration Woody Woodpecker a été créée aux States en 1940 pour distraire les enfants de la guerre, pour leur inculquer… l’obstination de la victoire…).Ce drôle d’oiseau possède en effet toutes les couleurs de la gauche caviar à l’extrême gauche verdâtre. Le Pic vert, qu’il soit mâle ou femelle, a une face supérieure verte (DCB ou Duflot) et la tête de piaf noire (CNT & cie), le croupion jaune (Besancenot), la face inférieure gris-vert (Manuel Walls) et le dessus de la tête rouge (PCF). La femelle (féministe en diable) se distingue par sa moustache noire, tandis que celle du mâle est rouge (LO), entourée de noir (CNT). Les jeunes (lycéens anars) sont plus clairs et tachetés. Enquête et révélations dans l’enfer de l’extrême droite :

    « Depuis 2007, la collaboration entre Riposte laïque, la droite et l’extrême droite n’a fait que s’approfondir et ce ne sont pas les dernières déclarations de Marine Le Pen, le vendredi 10 décembre 2010, qui nous contrediront. En effet, la dernière comparaison de l’avocate frontiste entre la période de l’Occupation nazie et le fait que quelques rues en France soient "occupées" une fois par semaine quelques minutes (sic) par des musulmans qui ne trouvent pas de salle assez grande pour prier, cette comparaison avait d’abord été rodée sur le site de Riposte laïque pendant des mois. Riposte laïque agit donc bien en poisson pilote, en passerelle entre l’extrême droite et la gauche comme nous l’expliquions dans le premier de nos deux articles sur les bases politiques des prochaines Assises contre l’islamisation du 18 décembre reproduits sur ce même site http://www.mondialisme.org/spip.php?article1586 , le second portant sur la gauche réactionnaire du XIXe siècle, dont Riposte laïque perpétue la tradition xénophobe. Ce groupe teste en direction d’un public de gauche des formules xénophobes pour qu’ensuite le FN les balance dans les médias avec un effet démultiplié par son poids électoral, évidemment sans commune mesure avec le petit lectorat de Riposte laïque. Le samedi 11 décembre 2010, à Lyon, a eu lieu un débat sur le thème des convergences politiques entre l’extrême droite et la gauche laïco-xénophobe. Nous reproduirons dans un second article les questions très intéressantes qui ont été posées par les participants à ce débat. Pour le moment, nous présentons ci-dessous le canevas de la présentation ». Selon deux journalistes du Monde (http://droites-extre-mes.blog.lemond...[NL_Titresdujour]-20101214-[zoneb]), cette comparaison est beaucoup plus vieille que je ne le pensais (Le Monde est une source indubitablement prolétarienne pour Marceau Coleman, ndt) : « Le 15 mai 1993. Le FN, sous l’égide de son conseil scientifique, organisait un “colloque” intitulé “d’une résistance à l’autre, l’Histoire en question de 1940 à 1993″. Le délégué général, Bruno Mégret, y avait alors fait une intervention “remarquée”, racontée par Renaud Dely dans son Histoire secrète du Front national (Grasset, 1999), traçant un parallèle abject entre l’occupant nazi de 1940 et les immigrés. “Le combat de la résistance visait à s’opposer à la fois à l’invasion allemande et à l’oppression nazie.

    Or, aujourd’hui il y a invasion et il y a oppression. Certes, il s’agit de formes molles, non militaires de ces deux fléaux, mais les deux mots peuvent être valablement utilisés.” “L’invasion, c’est naturellement l’invasion liée à l’immigration” poursuivait Bruno Mégret, la France étant, à ses yeux, “victime, depuis de nombreuses années, d’une authentique invasion silencieuse et pour le moment pacifique. Il ajoutait que si “l’établissement adopte une attitude de collaboration avec l’envahisseur”, “le Front national adopte, lui, une attitude de résistance” ». Comme quoi, plus on creuse la question, plus les positions de la gauche laïco-xénophobe ne sont qu’un copier-collier de la "pensée" d’extrême droite ». Y.C. (pcc Yves Coleman autre nom de Marceau Coleman).

    Pour comprendre la démarche idéaliste et néo-élitaire moraliste de Coleman il ne faut jamais oublier qu’il reste quelque part fidèle sur le fond baptismal à la secte trotskienne qui l’a engendré. LO itself a été formé pour l’essentiel non par Barta ou Pierre Bois mais par un cartel d’anciens staliniens qui ont ensuite déformés de façon sectaire à ce dérivé de stalinisme des générations d’étudiants petits bourgeois. La secte, qui s’était incrustée dans le paysage électoral français avec une « travailleuse du rang », a fini par se moyenniser, et ce n’est pas un hasard si c’est une prof, une arsouille de l’aristocratie enseignante (qui adore donner des leçons aux illettrés), qui la symbolise avec une posture « morale » accentuée et avec pour tout programme « une gauche propre » alors qu’au fond l’idéologie reste stalinienne totalitaire. LO ne part jamais des besoins de la classe ouvrière mais des besoins idéologiques de la secte pour affermir ses propres soldats et les « gens de peu » qui vont possiblement sponsoriser des élus qui ramèneront à la maison mère de précieuses prébendes concédées par « l’Etat bourgeois » pour préparer le coup de main de demain.

    Hors de la secte, Coleman reste toujours dans ses miasmes mais manifeste une volonté peu commune, dans sa démarche solitaire… de les approfondir dans des domaines accessoires à la vie politique : la naphtaline homosexuelle, le détergent féministe, la complaisance avec les religions « évoluées », etc.

    Plus sobrement que son éducatrice en politique quand Coleman commence à poser des questions, il évite de les poser du point de vue du prolétariat. Il les pose du point de vue de la bourgeoisie « éclairée » (cf. référence au titre « éclairé » et « voltairien » de sa réunion de café à Lyon le 14 décembre). La manière dont il pose les questions pour fournir non un cadre mais un « canevas à la discussion » mène à tout à condition d’en sortir, mais surtout pas à une clarification de la nature des campagnes idéologiques de l’Etat bourgeois ; le « canevas » ne sera plus comme on le verra au bout qu’une grosse toile humanoïde pour masquer les vraies questions de fond. Le « canevas », ce sont 6 points qu’on ne va pas suivre un par un car brouillons et surtout critères virtuels pour une « bonne pensée de gauche démocratique et multiculturelle ». Il en ressort que Coleman, chevalier solitaire d’un trotskysme humanisé, voudrait qu’on tienne compte des « évolutions » des religions ( !?), que « l’argumentaire antifasciste soit renouvelé » (sic !) face aux mutations de « l’idéologie de l’extrême-droite » ; tout cela fleure bon l’influence de l’historien juif Sernhell, vieil affidé de l’idéologie amerloque, qui, bien que menacé de mort en Israël, a inspiré nombre de bons communautaristes d’Etat de BHL (contrôle des médias) à Bourseiller (sciences Po) et à fifils Klarsfeld promu conseiller de l’Elysée (tous en bonne place dans le dispositif étatique dominant), dont la thèse nationaliste juive peut être résumée ainsi : la France a été la mère du fascisme et surtout la gauche politicienne du XIXème siècle « socialiste » ; avec ce complément colemanien : l’immigré en général et le juif en particulier sont des figures intouchables, pures de toute souillure.

    Le racisme et l’antisémitisme sont des idéologies encore très actuelles malgré leur arriération, et les intellectuels bien pensants peuvent bien les combattre sur le plan littéraire cela ne diminue en rien leur prégnance, dans la mesure même où ces idéologies sont incluses dans le double langage des intellectuels de gouvernement … on encourage d’un côté l’expression publique de toutes les arriérations religieuses et de l’autre on donne des leçons de morale au bon prolétariat « raciste » en se moquant du fait qu’il se sente étranger à des coutumes importées qu’on lui impose sous le nez au quotidien. La révolution est aussi architecturale comme aurait dit Henri Lefebvre : dans un univers peuplé d’Eglises, de mosquées, de bazars tiermondistes, de déguisements du Sahara, etc. comment penser la liberté des individus dans ce monde où règnent les objets fabriqués par des enfants chinois et des colifichets, marchandises religieuses produites à bas prix par ces mêmes enfants, et un monde débarrassé des superstitions comme des gadgets en plastique ?

    Coleman dans tous les cas évacue l’équation prolétariat/bourgeoisie, comme tous ces guides moraux des classes inférieures que sont les intellectuels syndicalistes anarchistes et les grands écrivains sarkoziens. Il aborde les questions « en l’air » comme on souhaite attraper une mouche au vol. Les discussions sur la laïcité et l’Islam : « … des divergences sur la nature de la nation »( !?). Et le sexe des anges c’est une discussion « sur la pertinence de la défense de l’Etat-nation » ?

    L’actuelle campagne électoralo-gouvernementale à la suite de la protestation de Marine Le Pen sur l’occupation de la rue Myrha à Paris par des musulmans en prières va nous permettre de déshabiller le collabobo Coleman. Il est criant de vérité qu’à l’occasion de cette campagne idéologique la bourgeoisie essaie de recrédibiliser ses deux fractions élitaires – droite caviar et gauche caviar – en ciblant sur le « danger Marine », « plus light donc plus dangereuse que le père ». Le principal journal bourgeois en faillite et le plus méprisant du prolétariat – Le Monde – croit avoir trouvé la faille : « Le musulman a remplacé l’immigré dans le discours de Marine Le Pen ».

    De Joffrin de Libé aux plumes les plus serviles du Figaro, de la Licra au NPA, tout ce beau monde veut nous relooker l’antifâchisme selon les bons vœux de Coleman. On tente de nous faire respirer ce bon air national républicain et tolérant. Chacun se rejette la balle du prétendu dérapage de Marine. Selon le PS, Sarkozy a œuvré depuis la veille de son accession au pouvoir à exhumer les eaux glauques du FN quand l’UMP accuse le PS de laxisme angélique pour avoir autorisé depuis des années la prière de rue à Paris.

    L’hypocrisie en une formule du « Le Monde » résume bien le double langage bourgeois. L’immigré avait fini par être accepté, n’est-ce pas, puisque Marine « est obligée » de le remplacer par le « musulman ». Mais, en laissant de côté que la déclaration de la fille Le Pen est outrageusement instrumentalisée – pour un fait divers largement dénoncé depuis belle lurette par les simples riverains parisiens, et même des ultra-cathos (qui ont aussi le droit de se plaindre, non ? Tolérant Coleman ? (*) – c’est pourtant le discours de toute la bourgeoisie occidentale depuis la guerre mondiale ratée de septembre 2001 : le terrorisme « musulman » a remplacé le terrorisme russe !

    Le danger est devenu autant extérieur qu’intérieur selon la même dialectique d’Hitler : le danger intérieur juif qui avait remplacé le danger intérieur prolétarien, au service de l’élimination historique du prolétariat universel durant la Seconde boucherie mondiale. L’immigré, de préférence maghrébin a remplacé le juif, il est à la fois « travailleur » à l’intérieur mais possible graine de terrorisme de l’entité Al Qaida. Il n’a plus d’identité de classe comme le juif de 39-45, soit c’est un bon prieur démocratique dans les enceintes (garages, moquées, etc.) prévues à cet effet par le bon Etat démocratique et multiculturel, soit, devenu largué des banlieues, il est parti s’entraîner en Afghanistan ou en Tchétchénie pour revenir au pays poser des bombes contre les « civils innocents » mais électeurs et chairs à canon lorsqu’ils sont encore vivants.

    Pour éviter toute jonction de classe entre prolétaires, mais en même temps (favoriser division et incompréhension) la bourgeoisie intellectuelle et ses sous-fifres à la Coleman, somment les prolétaires de souche de se défier du… racisme et de l’extrême droite et des multiples « passerelles » qui y conduisent. L’axe du mal ainsi clairement identifié il ne reste plus qu’à voter dans le trou entre le candidat qui sera le plus anti-xénophobe ou celui qui est clairement représentatif de l’antiracisme. Coleman, comme tout gauchiste moyen, n’imagine pas un seul instant que cette entité « immigrée » soit composée de gens (arrivistes intégrés et Rachida Dati à tous les étages des administrations publiques) qui vote FN, PCF ou Sarkozy. Drôle de passerelles électorales autrement plus troublantes que les quelques gogos de « Riposte laïque ». Au passage, comme tous les traditionnels caméléons (à la LO), Coleman oublie de nous dire où il emprunte sa radicalité de façade ; c’est Bordiga qui lui a appris à dénoncer la comédie de la laïcité, mais par contre le communiste napolitain n’a jamais fait de concession aux superstitions religieuses ni décrété qu’elles avaient évolué). Coleman ne fait que picorer à droite et à gauche dans une vision confusionniste de l’histoire qui mêle XIXe et XXe siècle, à la suite des idéologues nationalistes juifs et de leurs clients américanophiles un peu partout qui alimentent la bonne conscience de l’anarchiste moyen. […]

    https://proletariatuniversel.blogspot.fr/2010/12/marceau-coleman-le-pic-vert-de-la.html

  • 25 septembre 14:53
      • On voit le premier principe à l’œuvre dans toute une mouvance, pas tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, mais quand même aussi à l’extrême gauche, dans la posture dite « anti-impérialiste ».
      • Sous couvert d’un rejet légitime de l’impérialisme états-unien et plus généralement occidental, incluant l’Union européenne et Israël, on en vient à considérer que des États tels que Cuba, la Bolivie de Morales, mais aussi l’Iran de Ahmadinejad, la Libye de Kadhafi, la Syrie de Assad ou la Russie de Poutine sont dans notre camp.
      • C’est évidemment mettre tout ce beau monde dans un même sac et oublier, ou feindre d’oublier, que certains de ces États comme la Syrie ou la Russie, jouent leur carte dans le concert des impérialismes et méprisent le droit des peuples autant que les grands impérialismes.
  • "Paroles juives contre le racisme" - L’Union juive française pour la paix (UJFP) sort une série de vidéos antiracistes

    Être antiraciste quand on est juif, cela ne signifie pas seulement combattre l’antisémitisme. C’est sans doute le message principal délivré par l’Union juive française pour la paix (UJFP) dans une série de vidéos disponibles sur la chaîne YouTube de l’association. Ces « Paroles juives contre le racisme » marquent le début d’une campagne dont l’objectif est « de lutter contre les stéréotypes concernant les juifs et entamer une réflexion autour de la construction d’un nouvel antiracisme », selon les responsables de l’association.

    Sous le regard du réalisateur franco-israélien Eyal Sivan, 35 militants de l’UJFP livrent des témoignages puissants et fédérateurs autour des questions de racismes en France. Déclinées en neuf pastilles interdépendantes, ces vidéos constituent un outil pédagogique. « Racisme d’État », « Hiérarchie des racismes ? », « Racisme et féminisme » : dans chaque thème, les intervenants livrent une vision humaniste et universelle du combat contre le racisme.

    Au-delà de l’universalité revendiquée de la lutte contre le racisme, les vidéos abordent d’autres sujets parfois tabous. « Critiquer Israël, sans être juif, amène automatiquement une accusation d’antisémitisme, il y a une forme d’omerta », regrette par exemple un intervenant pour qui « être antisioniste, c’est avant tout être anticolonial ». Car le thème hautement polémique « Antisémitisme et Sionisme » n’est évidemment pas esquivé. « Nous avons vu le ratage complet de la campagne de SOS Racisme et ça nous a donné envie de réaliser ces vidéos, en donnant la parole à nos militants pour mettre en lumière la diversité de leur trajectoire individuelle », explique le codirecteur de l’UJFP, Dominique Natanson.

    L’association entend présenter ce matériel dans les établissements scolaires, dans les quartiers populaires et « partout où se mène la lutte contre le racisme, contre les discriminations, contre les violences policières et le racisme d’État ».

    https://www.politis.fr/articles/2017/09/paroles-juives-contre-le-racisme-37665/

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