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Expériences ordinaires du sexisme et du racisme en milieu dit révolutionnaire

"Faut pas exagérer non plus, y en a quand même moins qu’ailleurs, tu peux pas dire ça !" Telle fut la réaction d’un délégué/représentant syndical à la fin de sa conférence, après une prise de parole de ma part.

Je venais de réagir à sa déception : celle du constat du fort taux d’abstention aux dernières élections dans les banlieues pauvres de sa ville, et de l’absence de mobilisation de leurs habitant.es contre la casse du code du travail.

La réponse qu’il aurait souvent reçue lorsqu’il s’est renseigné "sur le terrain", pourrait se résumer en une phrase : "Ouaich, on s’en fout, nous, du code du travail ! On est au chômage !".

J’ai alors profité de la circulation d’un micro pour répondre qu’on n’avait pas attendu le FN en France pour souffrir du racisme et du sexisme au sein de la société.

Donc je ne voyais pas en quoi les partis d’extrême gauche et les syndicats en seraient exemptés. Ceci expliquait peut-être la désaffection de certaines personnes pour ces modes de lutte collective contre le capitalisme.

Et là, je reçois la désormais fameuse phrase en 3 temps :

"Faut pas exagérer non plus, y en a quand même moins qu’ailleurs, tu peux pas dire ça !".

Analyse :

1. Une tentative de discréditer un propos, celui d’une femme (qui est potentiellement hystérique, puisqu’elle a une fâcheuse tendance à "exagérer"), et en faisant soigneusement l’économie d’arguments.

2. Une volonté de rendre anecdotique, voire d’invisibiliser un phénomène existant au sein du milieu révolutionnaire dans lequel mon interlocuteur évolue.

3. Une tentative de m’interdire de ramener ma fraise, cocotte.

Mais évidemment, tout cela avec le sourire, la chaleur, l’accent, la poignée de main, l’accolade... camarade !

Cet homme a été rejoint par une femme qui soutenait son discours.

Elle aussi est syndicaliste.

Ces deux personnes sont plus âgées que moi.

J’ai eu l’impression d’être sermonnée gentiment par papa et maman.

J’ai beau participer régulièrement aux trucs des anticapitalistes (conférences, réunions, manif, etc...) je me sens souvent mal à l’aise...

Et ce matin, sur le parking d’un festival gaucho, j’ai un léger frémissement. Une déco sur le coffre d’un véhicule m’interpelle (cf photo d’illustration).

Ça s’appelle du sexisme ordinaire.

Ou quand certaines personnes y voient de l’humour, et d’autres ne remarquent rien...

Alors que si la déco du coffre avait consisté en un dessin de Noir.e souriant devant un pot de chocolat en poudre, toutes ces personnes conscientisées se seraient accordées a minima pour reconnaître que "c’est de très mauvais goût ".

Et il faudrait que j’admette qu’il y a "moins" de racisme et de sexisme en Extrême Gauchie ?... Mais sur quelle(s) base(s) exactement ?


posté le 13 septembre 2017  par J. H.   Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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Commentaires
  • de la banalité du sexisme et du racisme

    Les violences et agressions sexuelles faites aux femmes lors de la nuit du nouvel an à Cologne sont une tragique illustration de la manière dont l’espace public demeure le théâtre de domination qui vulnérabilise les femmes.Dans toutes les sociétés aujourd’hui, orientales ou occidentales, du nord au sud, des hommes se permettent de violenter des femmes dans les sphères privée et publique. A mon sens, le constat de la banalité du sexisme aurait du être la trame des débats au lendemain de ce drame. Malheureusement, nos sociétés préférent se distancier de l’insoutenable banalité de ces violences en se focalisant sur la culture des présumés agresseurs...

    Le corps des femmes dans l’espace public est perçu par certains hommes comme une ressource publique. C’est une réalité désespérante que nous, femmes, vivons quotidiennement. Camille Laurens la décrivait comme une hiérarchie archaïque d’une misogynie ordinaire.

    Les violences faites aux femmes ne peuvent souffrir d’analyses ethnocentrées qui font l’impasse des violences invisibles et invisibilisées qui se jouent quotidiennement dans le plus grand silence. Le danger sexuel comme l’analysait Mary Douglas n’exprime pas seulement les rapports de sexes mais également la symétrie ou la dissymétrie entre groupes hiérarchisés dans un ordre social.

    Certain-e-s voient, en cette tragédie du nouvel an, une occasion providentielle de justifier de l’incivilité de certaines cultures qui seraient intrinséquement sexistes. Si l’ordre hiérarchique patriarcal est historiquement lié aux religions, il est aussi ancré dans l’histoire des sociétés modernes. Les victoires du siècle dernier concernant les droits des femmes en Europe, n’ont pas le pouvoir d’effacer en moins d’un siècle, la construction millénaire d’un système inégalitaire et patriarcal. L’amnésie ou le déni d’une telle base sociale n’aide pas à combattre les violences faites aux femmes.

    Les ségrégations sexuelles sont l’une des expressions de cet ordre et de l’usage qui est fait du divin pour légitimer l’insoutenable proximité du féminin tentation. “Selon l’ideologie dominante, les agressions que nous subissont des hommes dans les rues ne sont que la réponse logique de ’notre’ agression exhibionniste.” Pour Fatima Mernissi, la segrégation sexuelle est l’expression d’une anomie sexuelle. Dans notre société séculière, la ségrégation n’est plus tant sexuelle que raciale. Et les inégalités persistantes montrent à quel point les hiérarchies sont profondément ancrées dans les structures sociales. L’agression exhibitionniste des migrants sous les ponts, à Calais, à la Chapelle, dans les squats sont autant de raisons qui justifient leur exclusion pour les politiques. Du sexisme au racisme, il n’y a qu’une nuance : celle des cibles auxquelles il s’adresse.

    Les traitements médiatique et politique des événements de Cologne démontrent la manière dont les déviances des non-blancs sont directement interprétées en termes de culture. La culture des non-blancs : migrants, arabes, noirs, roms, hispaniques, est une manière politiquement correcte de traiter de la question raciale. La culture racialisée est ainsi décrite comme stable, homogène, archaique et dangereuse.

    Evidemment, celle-ci s’oppose à la culture hégémonique occidentale qui, elle, est neutralisée, véritable étalon du progressisme égalitaire. Il s’agit là d’une violence épistémique qui est souvent le premier pas de violences institutionnelles.

    Historiquement, les corps des femmes ont été utilisés pour symboliser le progrès social, mais aussi instrumentalisés pour justifier des guerres ou pour exclure tout en brandissant les droits des femmes comme passe-droit. En tant que femme, je refuse toute instrumentalisation de mon corps à des fins moralistes, nationalistes, belliqueuses ou racistes.

    D’une hiérachie sexuelle, dont les agressions sexuelles sont l’expression, nous passons à une hiérarchie raciale, dont la focalisation sur la culture des migrants est l’illustration. Est-il nécessaire de préciser que leur logique et mode d’action sont analogues ?

    http://lmsi.net/De-la-banalite-du-sexisme-et-du

  • un autocollant sur une voiture ... hum, hum ...

  • En réponse à Luc Le Vaillant, Marwan Muhammad, Sihame Assbague, Fateh Kimouche et Jehan Lazrak-Toub interpellent la rédaction du journal Libération sur leur responsabilité éditoriale dans la publication d’un billet clairement sexiste, raciste et islamophobe.

    Le 8 décembre 2015, suite au billet de Luc Le Vaillant, nous lancions le hashtag #LibéRacisme. Très largement repris et commenté, il a suscité de vives réactions, certains vomissant le racisme genré de celui que l’on surnomme désormais “le pervers du métro”, d’autres s’inquiétant de voir “jeter en pâture” toute une rédaction alors même que cette tribune serait “l’oeuvre” d’un seul individu. Oui...mais non. Reprenons, dans l’ordre.

    Tout part d’un billet sobrement intitulé “La femme voilée du métro”. Cette femme, croisée sur la ligne 4, Luc va en faire l’objet public de ses peurs, de ses fantasmes et de ses pulsions sexuelles. Évidemment, il ne lui adressera pas la parole. Il ne lui demandera pas son avis. Réduite au silence et à l’anonymat, elle devra rester le monstre de sa plume. Celle de qui tout peut être dit, mais jamais par elle-même. Celle qui doit subir, sans broncher, le sexisme et l’islamophobie de mâles blancs qui se sont généreusement proposés pour analyser, penser et interpréter à sa place ses choix de vie.

    Lorsqu’on assassine les gens à coup de plume, versent-ils de l’encre en mourant ?

    On ne le saura jamais, car pour son salut, on espère qu’elle n’aura pas à recroiser Luc, sa plume lubrique et son racisme “bienveillant”. Et puis, la vérité c’est que le problème est ailleurs :

    Pour qu’un texte de cette nature puisse être publié dans Libération, il faut qu’un-e rédacteur en chef le relise. Il faut qu’un-e secrétaire de rédaction le corrige. Il faut qu’un-e directrice de publication l’approuve. Ou pas. Il y a donc une responsabilité éditoriale, entre l’exercice d’auto-thérapie auquel se livre (la science dira un jour pourquoi…) Luc Le Vaillant et sa publication dans un quotidien de “gauche” à grand tirage.

    On pourra nous expliquer que « le texte engage l’auteur et non la rédaction », mais cela n’évacue en rien le choix éditorial consenti qui a été fait, en le publiant, sans la moindre désolidarisation spontanée, avant que se déchaîne une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, non plus seulement envers Le Vaillant, mais aussi envers ceux qui offrent audience à ses abjectes paroles.

    On pourra nous dire que Luc est un peu le « tonton réactionnaire » auquel il ne faut pas prêter attention, qu’on le sort parfois pour choquer les mœurs, mais avec lequel on se retrouve autour d’une bonne table. Pourtant l’auteur en question est cadre chez Libération, responsable d’une rubrique à part entière, définissant l’identité - et même les identités du journal puisqu’il est en charge des fameux “Portraits” de Libé.

    On pourra nous asséner, avec la condescendance usuelle, que nous n’avons rien compris, qu’il s’agit en fait « de la restitution littéraire et ironique de préjugés et d’angoisses qu’il se reproche lui-même », et comme il est vrai, sommes-nous bêtes, qu’à relire le texte à 1000 reprises, on serait presque tentés de voir un exercice autocritique des préjugés islamophobes et sexistes les plus odieux. Sauf qu’en fait pas du tout : tout lecteur pourra constater que l’auteur en a plus contre la « femme voilée du métro » qu’il supplicie que contre ses propres travers racistes, nullement questionnés et tout au plus contenus par la loi qui leur fait limite.

    On nous proposera l’argument ontologique, consistant à exonérer « l’ami Vaillant » et Libération de toute forme, même furtive, de racisme, puisque par essence et intrinsèquement, Luc – que sa couardise soit sanctifiée – et ceux qui lui donnent audience, ne peuvent être racistes.

    C’est là que le bât blesse. Aucune rédaction, fût-elle de gauche, fût-elle pleine à craquer de journalistes débordant de bonnes intentions, n’échappe à la reproduction des stéréotypes sexistes, racistes et islamophobes. Aucune. Croire qu’une affiliation politique ou un “engagement antiraciste” peuvent vous en prémunir est une grossière erreur.

    C’est aussi cela que nous voulions rappeler. La lutte contre le racisme est un combat de chaque instant et il appartient à toutes les sphères de pouvoir, en particulier les médias, de s’en saisir. Exit la facilité qui consiste à agiter l’épouvantail du Front national ou des extrêmes pour éviter de s’interroger sur sa propre participation à un système sexiste, raciste et classiste.

    Nous tenions à provoquer cette remise en question, d’autant que ce n’est pas la première fois. Luc Le Vaillant n’en est pas à son premier coup d’éclat islamophobe ou sexiste.

    À l’aube du second tour des élections régionales et de périodes politiques qui s’annoncent plus troubles encore, une requête aux “alliés” tels que Libération : faire barrage au Front national c’est bien, faire barrage aux idées dites du Front national, c’est mieux. Y compris si ça implique de faire un brin de ménage dans sa rédaction. Et pour ce type de tâche, les "beurettes sonores et tapageuses" et leurs “soeurs” voilées “désolées et désolantes” ne seront d’aucun secours.

    Sihame Assbague, activiste engagée dans la lutte contre les discriminations racistes
    Jehan Lazrak-Toub, journaliste
    Fateh Kimouche, philosophe et fondateur du site Al-Kanz.org
    Marwan Muhammad, auteur et statisticien

    http://contre-attaques.org/magazine/article/sexisme

  • 14 septembre 22:00

    un autocollant et le troll rajoute une polémique de 2015 sur un site stalinien tendance islamo-coco, qui dit mieux ?

  • 14 septembre 22:00

    un autocollant et le troll rajoute une polémique de 2015 sur un site stalinien tendance islamo-coco, qui dit mieux ?

  • "C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les débats de conscience de certaines tendances des mouvements de libération des femmes et la « politique » adoptée par certains groupes. Ces débats de conscience ne portent pas sur une situation réelle, et les prises de position ne découlent ni d’une analyse de la situation concrète de catégories concrètes de femmes, ni a fortiori d’une analyse des implications politiques de telle ou telle position, ce qui exigerait que ces positions soient connues, pour l’engagement dans la lutte de libération. Ils sont simplement une expression de la mauvaise conscience des femmes, mauvaise conscience qui, inutile de le dire, est à la fois produit et signe de l’oppression. Les femmes, comme les hommes, estiment illégitime que la classe l’emporte sur le genre : que leur « appartenance de classe » - qui est d’ailleurs toujours faussement évaluée et/ou identifiée à l’origine de classe (ces femmes se classent d’après la position de leur père ou de leur mari ; si elles se classaient d’après leur position propre, elles s’apercevraient qu’aucune d’elles n’est bourgeoise) - les mette dans des situations de supériorité ou de non-infériorité totale vis-à-vis de certaines catégories d’hommes. Elles projettent cette mauvaise conscience, sous forme d’hostilité, sur une catégorie mythique de femmes censées exemplifier cette anomalie.

    Les origines des droites féministes, ou l’image de soi dans le miroir de la mauvaise conscience des femmes

    Cette mauvaise conscience est particulièrement articulée et exprimée systématiquement dans l’idéologie « gauchiste » : les prises de position des groupes dits « gauchistes » (à cause de leurs liens avec l’extrême-gauche masculine) des mouvements. Mais elle n’y a pas sa source ; elle y trouve seulement une formulation pseudo-théorique toute faite : élaborée par les gauchistes mâles comme rationalisation « révolutionnaire » de leurs intérêts d’hommes.

    Cette formulation n’est du point de vue des femmes qu’une forme particulière d’une mauvaise conscience générale, et sans rapport structurel avec l’idéologie ou le mouvement « révolutionnaire ». L’engagement des femmes dans la lutte dite « prolétarienne », la lutte gauchiste (dont le caractère prolétarien reste à vérifier) semble impliquer une exclusion des « bourgeoises », non en tant qu’individues concrètes - puisque personne n’a jamais vu la queue d’une - mais de la définition du peuple à la libérer. D’une certaine façon ces femmes (les gauchistes) reproduisent dans leurs groupes non mixtes la mauvaise conscience des membres petits-bourgeois de la gauche masculine vis-à-vis des « masses » c’est-à-dire des prolétaires. C’est bien une reproduction - une imitation - dans le sens qu’elle est fondée sur une identification des femmes à « leurs » hommes. Ce n’est qu’en s’identifiant à ceux-ci que ces femmes peuvent se sentir « privilégiées » et « coupables ». Cette identification a elle-même plusieurs sources : d’une part l’identification à l’oppresseur « personnel » pris comme modèle, c’est-à-dire l’aliénation féminine classique, d’autre part la fausse conscience. L’identification est produite par le désir de croire à, et produit la croyance à, la similitude au-delà de la barrière des sexes. Elle est typiquement une réaction magique, une façon d’annuler en rêve l’oppression qu’on ne peut supprimer dans la réalité. Comme tout recours à la magie, elle porte sa propre contradiction, sa propre annulation, puisque l’identification est la preuve péremptoire de la non-identité.

    La croyance tenue par des femmes nées de bourgeois ou mariées, légalement ou non, à des bourgeois qu’elles sont elles-mêmes des « bourgeois » est un produit de la fausse conscience : car elles ne participent pas comme elles le croient aux privilèges de cette classe, et elles ne le croient que grâce à un processus d’identification. Donc ces femmes se sentent coupables vis-à-vis des prolétaires : d’une part par fausse conscience, parce qu’elles se croient faussement dans la même situation et dans le même rapport objectif aux prolétaires que leurs « mecs ». Mais cette culpabilité est aussi le produit de ce qui est en un sens le contraire de la fausse conscience, la mauvaise conscience : le sentiment que ces privilèges de classe dont la fausse conscience les persuade qu’elles les exercent à l’instar de leurs hommes, sont, par elles, usurpés. Ce processus est distinct du premier analytiquement, bien que les deux aillent le plus souvent ensemble.

    En effet, on peut distinguer trois situations théoriques :

    - 1. celle d’une femme qui est vraiment bourgeoise, c’est-à-dire capitaliste : il y a en France onze mille femmes « Patrons de l’industrie et du commerce » ; cette catégorie comprend Rothschild et l’épicier du coin. Étant donné le nombre d’épiceries tenues par des femmes, on peut penser que la majorité de ces onze mille « Patronnes » sont plus vraisemblablement des épicières ou assimilées que des Rothschild ;

    - 2. celle d’une femme mariée à un bourgeois et bénéficiant de certaines délégations de pouvoir ;

    - 3. celle d’une femme mariée à un petit-bourgeois et ne bénéficiant de rien du tout (le cas de nos gauchistes).

    Dans les cas 1 et 2, les privilèges dérivés soit de l’appartenance de classe (1) soit de la possession par la classe (2) sont entachés de culpabilité ; redoublée dans le cas 2 par la façon dont ils ont été acquis (la prostitution que les hommes prolétaires leur reprochent avec tant de vertu). Dans les cas 2 et 3, ces privilèges peuvent être imaginaires : ils le sont toujours en 3, et ils peuvent s’ajouter en 2 aux privilèges dérivés mais réels. En d’autres termes, la mauvaise conscience joue dans tous les cas : le sentiment d’usurpation. Elle est redoublée dans le second cas, celui des « bourgeoises » classiques c’est-à-dire des femmes de bourgeois, par la conscience de la tricherie qui provoque l’indignation masculine. Dans le troisième cas, elle est fondée sur la fausse conscience uniquement, qui peut très bien fonctionner dans le deuxième cas aussi : ce n’est pas parce qu’on a quelques miettes de pouvoir qu’on ne peut pas s’imaginer l’avoir tout entier, au contraire.

    Les femmes « gauchistes » partagent avec leurs hommes la culpabilité d’avoir des privilèges de classe ; mais à cette culpabilité de gauche s’ajoute pour elles la culpabilité de posséder ces privilèges indûment en tant que femmes, c’est-à-dire d’ajouter à l’oppression de classe (qu’elles croient exercer) un renversement de la hiérarchie normale des sexes." […]

    http://lmsi.net/Nos-amis-et-nous-Quatrieme-partie

  • un autocollant et le troll rajoute une polémique de 2015 sur un site stalinien tendance islamo-coco, et un article féministe repris d’un site r@cialiste et islamo-gauchiste qui dit mieux ?

  • Habituellement, je ne lis pas les articles de BibliObs. Ayant croisé cet article "Je choisis librement de me voiler : les limites du féminisme religieux" de multiples fois, ici et là, j’ai finalement décidé de lui accorder une chance. A tort : quelle déception...

    Au début, je n’ai pas compris l’intérêt que ce texte a suscité. Il a pour seul effet de nourrir "l’islamopsychose" et de dicter avec arrogance aux femmes musulmanes la bonne manière d’être féministes. Il est truffé de contre-vérités et de relents néo-coloniaux. Et puis j’ai découvert que l’auteure, Delphine Horvilleur, était en fait une féministe de renom. Dommage pour moi : il faut croire que je ne suis pas tombée sur son écrit le plus brillant. Dommage pour nous toutes : cette femme aurait pu être solidaire des femmes musulmanes, elle a préféré les trahir.

    Je vais m’arrêter ici sur sept moments de cet article, et m’amuser à les décortiquer, mais avant tout laissez moi me présenter en quelques mots, pour préciser d’où je parle : je suis franco-tunisienne, de confession musulmane, fille d’immigrés, et je porte le foulard.

    1. "Le scénario est connu et trouve fréquemment le chemin des plateaux télés. Une femme à la tête couverte, généralement élégante, cultivée et se disant « féministe », est invitée à témoigner devant un homme politique, un journaliste ou un intellectuel."

    Le scénario auquel l’auteure fait ici référence, c’est "l’Emission Politique" sur France 2 qui a donné la parole à Attika Trabelsi face à Manuel Valls en janvier dernier. Il faut croire que l’on ne regarde pas la même télé, car ce scénario est plutôt unique en son genre, ce n’est en tout cas pas le chemin le plus courant que prennent les médias. J’ai tout de même ardemment cherché dans ma mémoire... Mais non, à l’exception de la sociologue Hanane Karimi qui, telle une justicière, prend de son temps pour porter dans le débat public une voix dissonante parce que féministe et décoloniale, je ne retrouve aucune autre femme qui soit conforme à cette plaisante description et que la télévision se plairait à inviter. Personnellement, dans mon fil d’actualités, le seul média dominant qui, suite à l’affaire burkini, a eu le bon sens de donner la parole aux premières concernées, femmes françaises de confession musulmane, c’est le New York Times – qui, "obviously", n’est pas français. Et si certains médias écrits comme Mediapart ou Slate ont publié sur le sujet des articles de fond objectifs, et de qualité, et si enfin Libération a ouvert ses colonnes à une (remarquable) tribune de Karima Mondon, on ne peut guère en dire autant des grands médias audiovisuels, et même de la grande presse.

    2. "Cette femme dit « JE », et pourtant il y a comme un malentendu : y résonne étrangement le « NOUS » de revendications communautaires, la voix de groupes identitaires qui s’abritent derrière l’histoire individuelle."

    Alors attention, c’est ici, avec ce délire je / nous, que commence "l’islamopsychose". Le "je" cacherait en fait sournoisement un "nous". Cette femme serait tout autant une agente du "nous", qui veut s’imposer dans "notre" société, qu’une victime du "nous", qui lui soustrait son autonomie individuelle. L’auteure nous précise plus loin qu’il y a "pression d’un NOUS collectif, qui imposerait les codes ou les dogmes d’un « groupe » d’appartenance". Je vais vous révéler un petit secret : l’auteure a raison ! Il semble bien qu’il y ait un "nous" qui s’abrite derrière Attika Trabelsi. Mais désolée de vous décevoir : ce "nous" n’est pas une horde d’hommes musulmans monstrueux qui veulent imposer le voile à toutes les femmes du monde. Ouvrez grands vos yeux : le "nous" caché derrière Attika Trabelsi, c’est en fait l’association Lallab, une association lumineuse, de femmes brillantes, déterminées et enthousiastes, voilées et non voilées. Cette association défend le droit de chaque femme à s’auto-déterminer et met en lumière le récit de la diversité des femmes musulmanes en France.

    3. Selon l’auteure, nous considérerions que la laïcité "empêche des femmes (ou des hommes) de dire JE, et d’être des sujets pleinement aux commandes de leur existence, des individus capables de décisions autonomes".

    Nous serions donc contre la laïcité. Petites rectifications, madame l’auteure. D’abord, personne dans ce débat n’a jamais déploré que la laïcité empêche de dire "je" ! Je ne sais pas où vous avez trouvé cette idée saugrenue. Je dénonce assurément tout un tas d’individus qui considèrent que je suis influencée par le "groupe" dans mon choix de porter le foulard, je revendique donc la capacité de dire que "je" suis maîtresse de mes choix, indépendamment du groupe. Mais ceci n’a rien à voir avec la laïcité. Là, j’avoue, je ne comprends pas votre logique.

    Ensuite, je considère tout comme vous que la laïcité garantit bel et bien pour un individu "la possibilité, quelles que soit ses croyances, ses ancrages ou sa culture, d’exister et de parler dans l’espace public", et je déplore bel et bien qu’une entrave soit faite à cette possibilité, mais je considère que cette entrave n’est en aucun cas la laïcité : c’est plutôt l’instrumentalisation qui en est faite, et la promotion d’une "nouvelle" laïcité falsifiée, dévoyée de son sens premier. Cette "nouvelle" laïcité s’est traduite par exemple par la loi de 2004 qui a exclu des jeunes filles portant le foulard de l’éducation, ou par les arrêtés municipaux anti-burkini qui ont chassé de la plage des femmes couvertes. Les sages du Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française, se sont d’ailleurs prononcés contre ces deux mesures anti-laïques.

    4. "Ces femmes qui disent légitimement « Je suis un sujet de plein droit, autonome et souverain dans sa décision » ont raison de l’affirmer mais elles oublient de dire qu’elles le sont grâce à la République…"

    Voici une phrase qui place l’auteure, au moment où elle ose l’écrire, dans une posture néo-coloniale stupéfiante. Quelle arrogance ! Cette phrase nous ramène à l’époque de la République française coloniale, qui se donnait pour "mission civilisatrice" de sauver les femmes musulmanes du patriarcat arabe dans ses colonies (la réalité impérialiste n’étant bien sûr rien d’autre qu’une instrumentalisation du féminisme pour justifier l’exploitation de ressources étrangères). Demanderait-on aujourd’hui à une femme blanche, non musulmane de se montrer reconnaissante envers la République qui lui offre si généreusement d’être libre et autonome ? Cette phrase de l’auteure sous-entend que la République viendrait hisser les pauvres femmes musulmanes soumises à un statut de sujet de plein droit, autonome et souverain dans ses décisions. Il me paraît opportun de rappeler que cette République n’est pas de manière innée garante des droits des femmes, que celles-ci ont au contraire dû se battre – et qu’elles se battent encore – pour les conquérir. Dans cette si belle République qu’il nous (femmes musulmanes) faudrait vénérer, il existe encore des inégalités de salaire homme / femme, des violences conjugales meurtrières, des viols / harcèlements, des représentations extrêmement dégradantes de la femme dans la publicité, les jeux vidéos, le cinéma, les clips musicaux…

    Et non, dans notre cas ici, ce n’est précisément pas "grâce à la République" que nous existons comme sujets autonomes, puisque bien au contraire, les représentants de la République nous dénient le droit de porter le foulard, donc le droit de disposer de nous-mêmes – et c’est justement pourquoi nous devons, contre eux, le réaffirmer !

    Quant aux interprétations de notre tradition religieuse, il existe effectivement des oppressions faites aux femmes de manière abusives au nom du religieux. Mais de là à dire comme l’auteure que ces interprétations feraient "toujours" du féminin "le genre de la dépendance, de l’éclipse ou de la soumission", c’est absolument essentialiste, et complètement faux.

    5. "La liberté de sujet que ces femmes revendiquent les oblige, comme elle oblige chacun d’entre nous, à exiger que d’autres y accèdent. Ne pas le reconnaître est un refus de responsabilité."

    Sous-entendu : on ne défendrait peut-être pas assez le droit des femmes à ne pas porter le foulard. Bon, j’ai compris avec le temps qu’il n’est pas nécessaire de s’acharner à s’innocenter de points de vue ou d’attitudes qu’on nous attribue arbitrairement, parce que nos paroles tombent dans des oreilles qui ne les entendront jamais, parce qu’elles ne le veulent pas. On a affaire en fait, à nouveau, à une injonction néo-coloniale de l’auteure : on a le droit de revendiquer notre liberté de sujet, mais ce droit est soumis à conditions ! L’auteure nous oblige à nous positionner en retour de ce droit. Ah non, pardon : ce n’est pas seulement "nous" les femmes musulmanes portant un foulard qui sommes obligées, mais "chacun d’entre nous" c’est-à-dire tout le monde... même si l’auteure nous fait l’honneur d’un article rien que pour nous ! Dans ce cas, elle pourrait écrire aussi un texte spécialement adressé aux politiques, pour exiger d’eux qu’ils reconnaissent la liberté de sujet des femmes musulmanes, et leur droit de se vêtir comme elles le veulent. Elle l’a peut-être déjà fait, je lui accorde le bénéfice du doute – un petit doute…

    6. "Voilà ce qui continue de m’étonner quand j’entends ce discours « féministe religieux » : il exige de la République ce qu’on n’entend pas ces femmes exiger de la pensée religieuse, à savoir la possibilité d’y être entendues et autonomes, en possession de leur corps, sujets dans la discussion et pas sujets de discussion, capables d’interpréter le texte et de condamner la violence exercée en son nom contre les femmes."

    A nouveau une contre-vérité incroyable ! Il est étrange que les voix nombreuses et diverses du féminisme musulman, qui s’élèvent partout dans le monde contre les autorités politiques et religieuses bafouant le droit des femmes, ne soient pas parvenues aux oreilles de l’auteure, alors même qu’elle se vit elle même comme féministe et religieuse, féministe juive. Hmmm ! Quant à "nous", je nous renvoie à l’ouvrage Féminismes islamiques de la sociologue Zahra Ali.

    7. "Elles oublient de rappeler qu’aujourd’hui encore, bien des femmes sont menacées par les traditions religieuses, précisément quand elles essaient d’exercer cette autonomie de sujet, et que dès lors, le « féminisme » qu’elles revendiquent les engage, notamment à reconnaître que certains vêtements ou certains rites sont « chargés » de la douleur de celles à qui on dénie ce statut d’individu souverain."

    L’oppression que l’on fait subir à une femme en la forçant à porter le foulard est aussi "douloureuse" que l’oppression que l’on fait subir à une femme en la forçant à retirer le foulard. En faisant longuement référence aux femmes qui souffrent d’une oppression faite au nom du religieux, c’est comme si l’auteure tentait ici de rendre illégitime la revendication du droit de celles qui souhaitent s’émanciper par le religieux. Sincèrement, je n’irais pas jusqu’à dire que l’auteure instrumentalise la souffrance de certaines femmes pour justifier la discrimination d’autres femmes, mais j’affirme tout de même qu’il y a deux types de discours : ceux qui condamnent clairement toutes les oppressions et ceux qui zigzaguent pour justifier la stigmatisation et discrimination des femmes musulmanes qui choisissent de se couvrir.

    Et voilà comment BibliObs publie oklm ce type de propos. Liberté d’expression me dira-t-on. Soit, double soit, mais alors liberté d’expression pour tout-t-es ! Que la parole publique soit offerte aux différentes voix de manière égalitaire ! J’espère que BibliObs publie des avis contradictoires, pour donner à ses lecteurs et lectrices une vision un peu plus globale, et alimenter leur esprit critique plutôt que leur "islamopsychose". Ceci dit, cet article repose peut-être sur un concept philosophique du "je/nous" qui n’est pas à la portée de mon intelligence ! A l’heure où j’écris cette réponse, cet article a quand même reçu l’approbation de milliers de likes sur Facebook, donc comprenez que je sois perplexe – je suis peut-être passée à côté de quelque chose de transcendant !

    Bien à vous, qui m’avez lue jusqu’au au bout.

    PS : Je dis "je" dans mon texte, alors je vous rassure : c’est bien "je" qui s’exprime. Mais bon, méfiez-vous quand même ! Dieu Seul sait : je cache peut-être un "nous" qui pense comme moi que l’article de Delphine Horvilleur est ridicule et qui en a marre d’entendre parler tout le temps du voile, ce faux problème créé pour nous détourner des vraies questions [1].

    notes

    [1] Cf. les articles de Saïd Bouamama : https://bouamamas.wordpress.com/2016/08/31/lecons-et-consequences-dun-ete-revelateur-la-construction-progressive-des-conditions-dun-pogrome/ et https://bouamamas.wordpress.com/2016/07/03/de-bds-a-la-cgt-chronique-dune-criminalisation-par-une-politique-de-la-peur/

    http://lmsi.net/droit-de-reponse-a-l

  • un autocollant et le troll rajoute une polémique de 2015 sur un site stalinien tendance islamo-coco, et non pas un mais deux articles repris d’un site r@cialiste et islamo-gauchiste ; qui dit mieux ?

  • ridicule

    -

    tempête dans un verre d’eau

  • Depuis plus d’un an une campagne politique acharnée et réactionnaire est menée par les « anti-racialisateurs ». Diffusion de textes, brochures, émission de radio, collage, perturbations.

    Ielles ont la prétention (et le culot) de se présenter en fins connaisseurs des mouvements politiques qui luttent contre le racisme et comme si ces questions politiques leurs tenaient vraiment à cœur.

    S’autoproclamant comme les vrais révolutionnaires et les vrais anti-racistes, ielles sont parties en croisade pour défendre la pureté de l’idée révolutionnaire contre l’ « idéologie racialiste » (qu’ielles ont inventé de toute pièce), qui serait en train de s’infiltrer dans « les organisations et milieux politiques qui vont de l’extrême gauche jusqu’aux libertaires ».

    Cette prétendue « idéologie » n’apporterait que du confusionnisme et serait le symptôme de la perte de perspectives révolutionnaires. Elle ferait infiltrer dans ces milieux des idées racistes (camouflées en progressistes), à travers l’utilisation de mots et catégories qui viennent du pouvoir (« race ») ou de leurs dérivés (comme « racisé-e », etc), et qu’on devrait donc rejeter en bloc si on est des vrais.

    Ielles essaient de nous faire croire que toutes les personnes qui utilisent ces mots sont pareilles et défendent le même discours. Elles sont toutes racistes. Des ennemies à combattre et à éliminer des milieux qui se veulent révolutionnaires.
    Mais tout n’est pas perdu, vu qu’ielles sont arrivées pour sauver et pour défendre ces milieux !
    Alors vite, il faut faire comprendre à tout le monde qu’à cet endroit-là se situerait le point de rupture, autour duquel il y a urgence à se positionner, pour se donner la possibilité de rouvrir des vraies perspectives révolutionnaires.

    Sans blague ?! Merci de nous protéger de ce grand danger, tout en essayant de nous apprendre la vie et la révolution. Bien essayé, mais raté.

    S’ielles connaissaient vraiment les mouvements anti-racistes et décoloniaux et s’ielles s’intéressaient vraiment aux différents systèmes d’oppression, ielles sauraient sans doute que des débats et des questionnements existent déjà autour de l’utilisation de mots créés par le pouvoir pour parler du racisme structurel et pour analyser l’oppression qui va avec. Ielles sauraient aussi que des débats existent depuis des années dans certains milieux féministes sur l’équilibre à trouver entre la volonté de mettre fin aux oppressions et la volonté de nommer et d’analyser ces mêmes oppressions ; sur comment dépasser les catégories créés par le pouvoir (qui participent à entretenir les oppressions), tout en prenant en compte le fait que ces mêmes catégories permettent aussi de nommer et d’analyser ces oppressions. Parce que ça ne suffit pas de ne plus en vouloir et de ne plus les utiliser pour que ça fasse disparaître les effets et les conséquences concrètes qu’elles produisent dans la réalité.

    Alors pas la peine de faire les messies qui apporteraient la bonne parole pour éclairer les pensées.
    Personne vous a attendu-es pour réfléchir à ces questions. Et surtout, personne n’a besoin de votre avis ni de votre validation.

    Ceci dit, je crois qu’il y a une différence fondamentale entre complexifier ou critiquer certaines applications des grilles d’analyse des oppressions et dominations, tout en voyant et en comprenant l’importance et la valeur de leurs apports, et le faire, à l’inverse, avec l’objectif de s’attaquer à ces grilles d’analyse dans leur totalité, pour les rejeter en bloc. Et c’est justement là qui se trouve le cœur du problème.

    En effet, le problème politique le plus important par rapport aux « anti-racialisateurs » n’est pas leur ignorance autour de toutes ces questions, mais leurs intentions politiques.
    C’est certes très désagréable et malvenu quand, en connaissant très mal ce dont elles parlent, ces personnes se sentent légitime non seulement de pondre des pages et de pages, faire des émissions de radio, des affiches, ect. Et, en plus, de le faire d’une manière super arrogante et méprisante.
    Mais, qui plus est, ielles vont jusqu’à traiter de « racistes » toutes les personnes qui, pour lutter contre le racisme structurel, essaient d’analyser et de critiquer la « race » comme une construction sociale utilisée pour hiérarchiser les individues sur la base de marqueurs physiques/biologiques et/ou ethno-culturels.
    À grands coups d’amalgames absurdes, de déformations des discours des autres, de raccourcis réducteurs, les « anti-racialisateurs » mettent dans le même sac toutes les personnes qui utilisent le mot « race ». De l’extrême droite au PIR, de la gauche anti-raciste aux mouvements dé-coloniaux, c’est toutes les mêmes. Aucune différence dans les idées, les analyses, les discours portés, les perspectives. Face à autant de confusionnisme, de manipulations et de mauvaise fois, on ne peut pas ne pas comprendre que leurs intérêts et intentions politiques sont toutes autres que celles qu’ielles affichent.
    Il ne faut pas être dupes. Leurs crachats confusionnistes ne visent pas à s’attaquer au racisme, qu’ielles n’utilisent, en bon politicien, que pour redorer leur pilule. Ielles sont, en réalité, en train de s’attaquer à certaines visions politiques auxquelles ielles font parfois allusion mais qu’ielles ne nomment jamais explicitement.

    Ce que les « anti-racialisateurs » sont en train de faire, c’est s’attaquer aux visions et analyses politiques qui, depuis des décennies, essaient de politiser toutes les sphères de la vie et du quotidien pour montrer que les rapports d’oppression et de domination ne se réduisent pas au seul champ économique, ni sont seulement véhiculés par l’État. Ielles sont en train de s’attaquer aux analyses qui considèrent ces rapports d’oppression et de domination comme quelque chose qui traverse tout le monde, que certaines personnes subissent en même temps que d’autre en bénéficient.

    Par la même occasion, ils s’attaquent donc aussi aux implications politiques de ces analyses : comme le fait que les « ennemis » ne sont pas seulement les bourgeois, ni seulement « les autres », les caricatures du raciste ou du macho ; comme le fait que les milieux soi-disant révolutionnaires ne sont pas en dehors de la société mais qu’ils sont aussi traversés par tout ça ; comme l’idée que c’est aux opprimé-es, en tant que groupe social, de définir l’oppression qu’ielles subissent (et donc aussi décider de comment en parler) ; comme le fait que la non-mixité soit pensée comme un outil politique d’émancipation (sans oublier que ça relève tout simplement d’une logique autoritaire de se permettre de dire à d’autres comment ielles devraient s’organiser pour lutter).

    Ces analyses sont des apports des luttes de libération et d’émancipation menées par des opprimé-es, qui ont dû se battre depuis des décennies (et ça continue encore) au sein des milieux révolutionnaires pour que leurs réalités et leurs vécus d’oppressions soient pris en compte comme quelque chose qui existe, qui est politique et qui a autant d’importance que les effets du capitalisme et de l’État. Comme une condition pour pouvoir exister entièrement dans ces mouvements révolutionnaires.

    Ces luttes ont permis de prendre conscience et de mettre en lumière l’existence de ces oppressions, c’est à dire de voir l’oppression là où on ne la voyait pas avant, parce qu’on considérait l’état des choses comme normale, comme relevant de l’ordre naturel.

    L’offensive des « anti-racialisateurs » n’est dans le fond rien de nouveau ni de très original, vu qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement de « réaction », dans le sens de conservateur et réactionnaire, à l’émergence, à l’existence et au renforcement de ces visions politiques et de leurs implications. Pour ne pas devoir voir ni prendre ses responsabilités dans ces autres systèmes de dominations. Ou, pour certain-es, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses privilèges sans avoir à se remettre en question et sans qu’on les fasse chier.

    Alors non, ce qui est en train de se jouer n’est pas un débat, tout comme ce n’est pas une guerre de chapelle ou une bataille pour l’hégémonie. C’est insultant de voir les choses de cette manière.
    Parce que vouloir nier ces oppressions, leurs effets et leurs implications, ou remettre à nouveau en question leur portée politique, n’est pas juste une opinion, mais participe pleinement de l’oppression elle-même.

    C’est pour tout cela que je considère qu’il faut réagir à leur offensive et ne pas laisser de place aux idées réactionnaires qu’ielles essaient de diffuser.

    Depuis quand, pour les révolutionnaires, tout serait discutable et entendable ?
    Non, la soirée du 28 octobre à Mille Bâbords n’était pas un débat, mais la dernière étape de leur campagne politique nauséabonde.

    Face à ces crachats insultants et méprisants qui véhiculent des idées à vomir et qui puent le moisi, ça me paraît donc tout à fait compréhensible et souhaitable que des gentes décident de ne pas laisser passer cet énième affront.

    C’est pour tout cela que je comprends très bien la colère des personnes racisé-es qui sont venues à Mille Bâbords pour empêcher que la soirée ait lieu. Comme celle des autres personnes (dont je fais partie) venues pour s’opposer à ce pseudo-débat ou qui essaient de différentes manières de leur barrer le chemin.

    C’est pour tout cela que je ne soutiendrai jamais les lieux et les espaces, physiques ou virtuels, qui permettent une existence et une visibilité à ces discours gerbants.
    Parce qu’en faisant cela, ielles cautionnent ces discours. Parce qu’en faisant cela, ielles deviennent une partie du problème et non de la solution.

    Plutôt que de jouer les victimes de violences incompréhensibles et de vous étonner naïvement que des conséquences vous tombent dessus, plutôt que jouer les défenseurs de la liberté d’expression et du débat démocratique et vous poser au dessus de tout le monde, plutôt que de vous cacher derrière vos chartes remplies de mots que vous videz de leur sens et de leur profondeur politique, prenez vos responsabilités et assumez les conséquences de vos choix.
    Plutôt que de pointer la violence visible des personnes qui ripostent à une oppression, regardez déjà la violence « invisible » que vous véhiculez et dont vous ne vous rendez même pas compte tellement elle fait partie de la normalité.
    Ce n’est pas possible de limiter les analyses de la conflictualité politique et de la violence au seul champ économique. Ni de les arrêter devant votre porte.

    On ne vous laissera pas nous renvoyer dans le placard ou parmi les oublié-es de la révolution !

    une personne blanche – novembre 2016

    https://nantes.indymedia.org/articles/36245

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