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La droite et l’extrême droite israéliennes en pleine radicalisation

Le premier débat des "Géopolitiques de Nantes", organisées par l’IRIS, était consacré, vendredi 29 septembre, au Proche-Orient, avec Didier Billion, Samy Cohen, Alain Dieckhoff, Marianne Meunier et votre serviteur - devant un public impressionnant de centaines de personnes attentives qui frappaient par leur jeunesse. Voici mon intervention sur la radicalisation d’Israël...

Jamais sans doute le conflit israélo-palestinien n’a connu impasse aussi profonde.

Elle n’a évidemment pas d’explication monocausale : comment oublier, notamment, l’élection de Donald Trump et ses effets sur la communauté internationale, les conséquences de la division palestinienne, la marginalisation de ce conflit pourtant central du fait des guerres en Irak et en Syrie, etc.?

Mais la responsabilité principale de l’impasse revient, selon moi, à la droite et à l’extrême droite israéliennes qui, depuis les élections de mars 2015, se sont engagées dans un véritable processus de radicalisation.

Il ne s’agit plus seulement de l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie (le quotidien Haaretz avance désormais le chiffre de 700 000 colons, Jérusalem-Est comprise), mais de l’hypothèse de son annexion.

La loi adoptée le 6 février 2017 permet celle de 4 000 logements situés dans une cinquantaine d’« avant-postes », mais elle ouvre, au-delà, la voie à celle de l’ensemble des « avant-postes », voire de la zone C [1] et, à terme, de toute la Cisjordanie.

Pour l’instant, cette loi est gelée par la Cour suprême, mais son statut et sa composition sont remis en cause par le pouvoir. D’autant que l’ambition de son initiateur, Naftali Bennett, leader du Foyer juif et ministre de l’Éducation (ainsi que de la Diaspora), n’a pas changé. Il y a un an, il déclarait : « Nous devons donner nos vies pour l’annexion de la Cisjordanie [2]. » Après le déplacement de l’« avant-poste » d’Amona, il précisait : « Nous mettrons en place un nouveau régime juridique en Judée et en Samarie qui régulera la totalité des implantations, et de la perte douloureuse de ce bastion dans la montagne émergera l’application de la souveraineté d’Israël sur toute la Cisjordanie [3]. »

Qu’on ne se méprenne pas : sur le fond, Benyamin Netanyahou partage sans doute la vision de son jeune allié et rival. N’avait-il pas promis, à la veille des dernières élections législatives, qu’il n’y aurait pas d’État palestinien tant qu’il serait aux affaires [4] ? Deux jours plus tard, une fois réélu, il avait fait machine arrière : « Je ne suis revenu sur aucune chose que j’ai dite il y a six ans, lorsque j’avais appelé à une solution avec un État palestinien démilitarisé, qui reconnaît l’État hébreu. J’ai simplement dit qu’aujourd’hui, les conditions pour cela ne sont pas réunies [5]. » Ce slalom le confirme : à la différence de Bennett et, plus généralement, de l’extrême droite, Netanyahou mesure, d’expérience, les risques d’isolement que comporte, pour Israël, toute radicalisation trop ostensible.

C’est dire que l’extrême droite tente un double putsch : contre le Premier ministre, sur la tête duquel descend chaque jour un peu plus l’épée de Damoclès des scandales, et contre la communauté internationale, coupable d’avoir rappelé le droit en décembre 2016 (au Conseil de sécurité) et en janvier 2017 (à la conférence de Paris).

Si cette loi devait être finalement entérinée, ce serait en effet un tournant historique : le passage officiel de la Cisjordanie sous la souveraineté israélienne enterrerait définitivement la perspective des deux États, au profit de celle de l’État unique.

Même le président palestinien Mahmoud Abbas vient de prendre cette hypothèse au sérieux, dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies : « Nous n’aurons d’autre choix que de continuer le combat et d’exiger de pleins droits égaux pour tous les habitants de la Palestine historique. » Et de préciser : « Ce n’est pas une menace, mais un avertissement face aux réalités créées par les politiques israéliennes qui minent gravement la solution des deux États [6]. »

Envisager un seul État, c’est en effet poser la question des droits des Palestiniens annexés avec leurs terres. Et, pour les dirigeants israéliens actuels, il n’y a aucun doute : il est hors de question de leur accorder les mêmes droits, notamment politiques, qu’aux citoyens juifs.

Et pour cause : la « bombe démographique » longtemps annoncée a explosé. Le Bureau central palestinien des statistiques (BCPS) estime qu’en 2017, les Palestiniens sont aussi nombreux que les Juifs en Israël-Palestine, avec 6,58 millions d’âmes de part et d’autre [7] – et ce sans tenir compte de la diaspora palestinienne à l’étranger, estimée à environ cinq millions de personnes [8].

Voilà pourquoi les hommes au pouvoir à Tel-Aviv sont unanimes à préférer un système d’apartheid à un État binational, à quelques rares voix près – notamment celle du président de l’État, Reouven Rivlin pour qui : « Appliquer la souveraineté à une zone donne la citoyenneté à ceux qui y vivent. Il n’y a pas de loi [différente] pour les Israéliens et pour les non Israéliens. [9] »

Sur ce point, Rivlin apparaît très isolé parmi ses concitoyens. Une enquête d’opinion indique que 69 % des Juifs israéliens sont hostiles au droit de vote des Palestiniens en cas d’annexion [10]. Mais seul un petit tiers se prononce en faveur de cette dernière [11]. Le pourcentage de Juifs israéliens encore attachés à la solution des deux États – 53 % – ne cesse toutefois de diminuer [12].

Les sondages ne sont que des sondages, en Israël comme en France. Ils n’en reflètent pas moins l’évolution de l’opinion vers la droite. Laquelle s’exprime plus fortement encore lorsqu’on interroge les Juifs israéliens sur leurs rapports avec leurs compatriotes palestiniens qui représentent, rappelons-le, un cinquième de la population du pays. Ainsi, pour la première fois, une majorité (relative) d’entre eux se prononce pour l’expulsion des Arabes : 48 % contre 46 %, 6 % ne sachant pas [13]. Les guerres à répétition, les manipulations médiatiques, mais surtout l’absence de force politique alternative expliquent cette évolution.

On n’est jamais trop prudent. Même si elles se sentent soutenues, la droite et l’extrême droite ont pris leurs précautions. En quelques années, elles ont fait adopter par la Knesset un véritable arsenal de lois liberticides :

la « loi Boycott » (2011) interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » ;
la « loi Nakba » (2011) sanctionne financièrement la commémoration de l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 ;
la « loi ségrégation » (2011) prévoit la création de « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont « convenables » ;
la loi sur les organisations non gouvernementales (2016) contraint les ONG à déclarer les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si elles représentent plus de la moitié de leur budget [14] ;
la « loi d’exclusion » (2016) permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement ;
la « loi BDS » (2016) autorise Israël à refouler, à ses frontières, les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott d’Israël ;
la loi « Breaking the silence » (2017), votée en première lecture, interdit à l’association, qui dénonce la violence de l’armée dans les Territoires occupés, d’intervenir dans les établissements d’enseignement.
enfin la loi sur l’État juif, en cours d’adoption, prévoit, en contradiction avec la Déclaration d’indépendance [15], qu’Israël est « l’État-nation du peuple juif » (et non plus un « État juif et démocratique »).
Israël n’est évidemment pas devenu pour autant un État fasciste. Mais les atteintes aux libertés s’y multiplient. Et il ne s’agit pas que de lois : il y a aussi les déclarations et les actions provocatrices de la jeune génération de l’extrême droite israélienne. Outre Naftali Bennett, une femme incarne cette violence : la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui brigue, de surcroît, le poste de Premier ministre. Durant la dernière guerre contre Gaza, elle avait posté sur sa page Facebook un article génocidaire d’un propagandiste d’extrême droite. Celui-ci qualifiait – je cite – « l’ensemble du peuple palestinien (d’)ennemi d’Israël » et justifiant ainsi – je cite à nouveau – « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages, ses propriétés et ses infrastructures [16] ».

Il faudrait beaucoup de naïveté pour attendre de tels irresponsables la moindre bonne volonté permettant la relance du « processus de paix ». Seules d’exceptionnelles pressions de la communauté internationale peuvent ramener les dirigeants israéliens à la raison.

Quand on parle de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), on pense bien sûr au boycott militant. Mais il y a aussi le BDS institutionnel : ces fonds de pension, ces grandes entreprises, ces banques qui se retirent des Territoires occupés, voire d’Israël. En France, le retrait de Veolia et la rupture du contrat qui liait Orange à son partenaire israélien représentent une grande victoire pour BDS. Selon l’ex-ministre centriste Yaïr Lapid, Israël pourrait y perdre 2,3 milliards de dollars par an [17]. Rien d’étonnant si les dirigeants israéliens ont beaucoup investi – politiquement, diplomatiquement et financièrement – dans la lutte contre la campagne, qualifiée par Benyamin Netanyahou de « menace stratégique [18] ».

Et notamment pour sa criminalisation. Cette démarche reste cependant fragile. En France, aucune loi n’interdit le boycott. Et la Cour européenne des droits de l’Homme est susceptible de retoquer l’arrêt de la Cour de Cassation, en vertu duquel des militants sont poursuivis et condamnés. Tout en affirmant son hostilité personnelle au boycott, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a répété à plusieurs reprises : « L’Union européenne protège fermement la liberté d’expression et la liberté d’association, conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui est applicable sur les territoires des États membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions du BDS menées sur ces territoires [19]. »

[1] Les accords d’Oslo ont placé la zone C sous le contrôle total d’Israël pour la sécurité et l’administration. Elle couvre 62 % de la Cisjordanie. Elle intègre également l’ensemble des colonies, l’intégralité des routes y menant, les zones tampon près du Mur et quasiment toute la Vallée du Jourdain, de Jérusalem-Est et du désert. Toutes les frontières y sont situées.

[2] i24news.tv.fr, 7 octobre 2016.

[3] Site de The Times of Israel, 1er février 2017.

[4] Le Monde, 17 mars 2015.

[5] Le Monde, 19 mars 2015.

[6] Haaretz, 21 septembre 2017.

[7] Site de The Times of Israel, 30 décembre 2016.

[8] On l’estime entre 6 et 7 millions, dont 5,6 millions de réfugiés enregistrés par les Nations unies.

[9] Site The Times of Israel, 14 février 2017.

[10] Site de L’Express, 23 octobre 2012.

[11] Site de Europe-Israël.org, 1er janvier 2017. Sauf pour Maale Adoumim, que 78 % des Juifs israéliens souhaitent annexer.

[12] Site du Times of Israel, 2 août 2017. Le pourcentage de Palestiniens est presque identique : 52 %.

[13] Site du Times of Israel, 8 mars 2016.

[14] Échappent du coup à cette obligation les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent pourtant des fondations juives américaines extrémistes.

[15] La Déclaration d’indépendance du 14 mai 1948 stipule notamment que le nouvel État « développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ; il assurera la sauvegarde et l’inviolabilité des Lieux saints et des sanctuaires de toutes les religions et respectera les principes de la Charte des Nations unies ».

[16] Le Parisien, 12 mai 2015. La page Facebook archivée est disponible sur : https://archive.is/zWrrG

[17] Libération, 12 août 2015.

[18] Site de L’Express, 3 juin 2015.

[19] Site The Times of Israel, 31 octobre 2016.


posté le 5 octobre 2017 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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Commentaires
  • La droite et l’extrême droite palestiniennes, syriennes, libanaises, egyptiennes, jordaniennes en pleine radicalisation ...

  • Liste des produits israéliens à boycotter

    Face au drame des Palestiniens, nous ne pouvons pas faire grande chose, à part relayer les informations qui nous parviennent. Hors cela, il y a tout de même une arme en notre pouvoir, le boycott. En effet de nombreuses entreprises, israéliennes ou non, soutiennent la politique sioniste d’occupation. En voici une liste, à vous de faire le reste :

    Parmi les produits israéliens :

    - Carmel (fruits et légumes) - Jaffa (fruits et légumes) - Kedem (avocats) - Coral (Cerises) - Top (fruits et légumes) - Beigel (biscuits apéritifs) - Hasat (agrumes) - Sabra (repas complets) - Osem (soupes, snacks, biscuits, repas complets préparés) - Dagir (conserves de poissons) - Holyland (miel, herbes) - Amba (conserves) - Green Valley (vin) - Tivall (produits végétariens) - Agrofresh (concombres) - Jordan Valley (dattes) - Dana (tomates cerises) - Epilady (appareils d’épilation) - Ahava (cosmétiques de la Mer morte)

    Le code barre sur la plupart des produits israéliens commence par : 729

    Les produits des entreprises qui soutiennent l’État d’Israël (américaines ou européennes) :

    COCA-COLA - Marques du groupe : Aquarius, Cherry Coke, Fanta, Nestea, Sprite, Minute Maid, Tropical. Cette entreprise soutient l’État d’Israël depuis 1966. Elle vient d’enregistrer moins 5% en bourse ces dernières semaines, suite au boycott accru avec les bombardements contre Gaza en juillet.

    DANONE - Marques du groupe : Arvie, Badoit, Belin, Blédina, Phosphatine, Chipster, Evian, Galbani, Gervais, Heudebert, Lu, Taillefine, Volvic. Danone vient d’investir dans le Golan, territoire syrien occupé depuis 1967 par Israël.

    NESTLÉ - Marques du groupe : Aquarel, Cheerios, Crunch, Frigor, Friskies, Galak, Golden Grahams, Kit Kat, Maggi, Mousline, Nescafé, Ricoré, Quality Street, Vittel, Perrier, Buitoni. La société suisse possède 50,1 % des capitaux de la chaîne alimentaire israélienne Osem. La firme est accusée depuis les années 50 de détruire l’économie et la santé des peuples du Tiers-Monde, notamment par l’imposition de ses laits en poudre pour bébés en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

    INTEL - Cette grosse entreprise produit la plus grande partie des puces électroniques PENTIUM 4 utilisées par les ordinateurs PC dans son usine de Kyriat Gat, installée sur le site de Iraq Al-Manshiya, un village palestinien rasé après son évacuation en 1949 par les soldats égyptiens. 2 000 habitants furent chassés de leur terre, malgré un engagement écrit, supervisé par les Nations unies, des sionistes à ne pas toucher à la population. Une campagne de leurs descendants aux USA en 2003 a amené INTEL à suspendre un projet d’investissements de 2 milliards de dollars pour une extension de l’usine Fab 18 de Kyriat Gat.

    L’ORÉAL - Marques du groupe : Biotherm, Cacharel, Giorgio Armani Parfums, Lancôme, Vichy, La Roche-Posay, Garnier, Héléna Rubinstein, Gemey-Maybelline, Jean-Louis David Shampooings, Le Club des créateurs de beauté (vente de produits cosmétiques par correspondance), Redken 5th Avenue, Ralph Lauren parfums, Ushuaïa.

    L’Oréal a ainsi investi des millions en créant une unité de production à Migdal Haemeck, à tel point que le Congrès juif américain a exprimé sa satisfaction de voir l’Oréal « devenir un ami chaleureux de l’État d’Israël ».

    ESTÉE LAUDER - Marques du groupe : Aramis, Clinique, la Mer, DKNY, Tommy Hilfiger
    Outre ses investissements, le directeur est le président d’une des plus puissantes organisations sionistes US, le Fonds National juif.

    DELTA GALIL - Cette entreprise israélienne est spécialisée dans la sous-traitance de produits textiles notamment dans celui des sous-vêtements. De nombreux sous-vêtements de marques étrangères proviennent ainsi directement des usines de Delta Galil. C’est le cas pour Marks & Spencers, Carrefour (Tex), Auchan, Gap, Hugo Boss, Playtex, Calvin Klein, Victoria’s Secret, DKNY, Ralph Lauren.

    LEVI STRAUSS JEANS et CELIO ( magasins spécialisés dans les vêtements pour hommes)
    Ces entreprises fort bien implantées en France financent les nouvelles colonies en Palestine mais également les écoles des religieux extrémistes dans le monde.

    TIMBERLAND (Vêtements, chaussures, chaussettes) - Tout comme son homologue Ronald Lauder, le PDG de Timberland Jeffrey Swartz est un membre actif du lobby sioniste US. Il a conseillé ainsi d’encourager la communauté juive US à se rendre en Israël mais également d’envoyer des soldats israéliens pour mener la propagande pro-israélienne aux USA.

    DISNEYLAND - L’entreprise Disney n’a rien d’idyllique et contribue par son soutien à Israël à semer la mort en Palestine. Elle approuve ainsi tacitement l’occupation illégale de Jérusalem-Est en faisant de Jérusalem lors d’une exposition au Centre Epcot en Floride la capitale d’Israël, cela en violation des résolutions internationales de l’ONU.

    NOKIA - Le géant finlandais de la téléphonie commerce activement avec l’Etat d’Israël. Dans une interview au Jérusalem Post, le manager du groupe déclarait : qu’ Israël faisait partie des priorités de l’entreprise. Un centre de recherche Nokia a ainsi vu le jour en Israël.

    MC DONALD’S - Entreprise emblématique de l’impérialisme culturel US, la célèbre chaîne de restaurants fast-food apporte un soutien non négligeable à l’Etat israélien. McDonald’s dispose de 80 restaurants en Israël et y emploie près de 3000 personnes. Elle y interdit à son personnel de parler arabe. Aux USA, l’entreprise figure parmi les heureux partenaires de l’organisation sioniste « Jewish Community » basée à Chicago. Cette organisation travaille en effet pour le maintien de l’aide militaire, économique et diplomatique apportée par les USA à Israël.

    CATERPILLAR (Equipement pour bâtiment mais également, vêtements, chaussures) - Une large campagne doit être menée en France pour dénoncer la participation criminelle de Caterpillar aux destructions des maisons en Palestine par ses bulldozers géants. C’est avec un Caterpillar que la pacifiste américaine juive Rachel Corrie a été tuée par un soldat israélien en 2003.

    La chaîne hôtelière ACCORHOTEL (Etap, Ibis, Mercure, Novotel, Sofitel) - Cette chaîne a plusieurs hôtels en Israël, et récemment, elle a ouvert une succursale dans les territoires syriens occupés, dans le Golan.

    Les chaînes alimentaires présentes dans les colonies israéliennes : Domino Pizza, Pizza Hut, Häagen Daaz, Burger King

    Autres produits :

    Cigarettes Morris (dont Marlboro), Produits Kimberly - Clarck (Kleenex, Kotex, Huggies), SanDisk (informatique), Toys RUs (jouets)

    https://blogs.mediapart.fr/jjmu/blog/210714/liste-des-produits-disrael-boycotter

  • boycott de toutes les nations, de tous les nationalismes, de toutes les religions, de toutes les opressions

  • boycott total

    • de toutes les nations,
      • entreprises etc...
  • Plateforme des ONG pour la Palestine : 12 idées reçues sur le BDS

    Le « BDS » (Boycott-Désinvestissement-Sanctions) est souvent sujet aux fantasmes. Parmi le grand public, les institutions françaises ou même au sein de la société civile, l’acronyme suscite l’incompréhension, le rejet… « c’est illégal en France », « c’est de l’antisémitisme »… Mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière ces trois lettres ?

    BDS, C’EST QUOI ?

    « BDS » fait référence aux termes Boycott, Désinvestissement, Sanctions. Il a pour origine une campagne lancée en 2005 par une très large coalition d’organisations de la société civile palestinienne, un an après l’avis de la Cour internationale de justice qui rappelait les obligations internationales d’Israël et notamment l’illégalité du Mur de séparation (en réalité d’annexion) et des colonies. Devant le refus israélien de se conformer au droit, la société civile palestinienne a lancé un appel au boycott, désinvestissement et aux sanctions contre l’Etat d’Israël jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international et donc reconnaisse les droits des Palestiniens (1). Ce mouvement s’inspire du boycott qui avait contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.

    Il se fixe 3 objectifs :
    La fin de l’occupation et de la colonisation de toutes les terres arabes et le démantèlement du Mur ;
    La reconnaissance des droits fondamentaux des Palestiniens citoyens d’Israël et de leur égalité avec les autres citoyens israéliens ;
    Le respect, la protection et la promotion du droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur foyer d’origine et propriétés tel que prévu par la résolution 194 de l’ONU.

    A partir de cet appel, des campagnes de sensibilisation et d’action « BDS » ont été menées partout dans le monde.
    Pour la campagne palestinienne, le boycott est un engagement citoyen en faveur du droit. Il s’agit de rompre les relations avec les entreprises israéliennes et internationales qui sont impliquées dans les violations des droits de l’Homme des Palestinien.nes, ainsi qu’avec les institutions sportives, culturelles et académiques complices.

    Les campagnes de désinvestissement exigent, elles, des entreprises, banques, conseils municipaux, églises, fonds de pension et universités, de retirer leurs investissements de toute entreprise israélienne ou entreprise internationale impliquée dans la violation des droits des Palestinien.nes.

    Les campagnes de sanctions visent à ce que les gouvernements et organismes institutionnels exigent d’Israël le respect du droit en suspendant ou mettant un terme à la coopération militaire, à des accords de libre-échange, ou d’autres formes de coopérations, et qu’ils excluent l’Etat israélien des forums internationaux tels que des organes des Nations unies ou la FIFA, l’Eurovision, des organismes de recherche etc.

    Il existe une diversité de comportements par rapport au BDS ; certaines organisations n’ont pas rejoint l’appel BDS de 2005 mais pratiquent quand-même une forme de boycott. Certaines prônent un boycott total tel que demandé par les Palestiniens, d’autres rejettent le boycott culturel. Certaines n’acceptent que le boycott des produits des colonies, d’autres ne pratiquent que le désinvestissement etc.

    Voici les 12 idées reçues les plus courantes sur le BDS, et des éléments d’explication permettant de lutter contre ces fausses affirmations.

    1) « Le BDS est illégal »
    2) « BDS est antisémite »
    3) « BDS est violent, BDS incite à la haine »
    4) « BDS nuit aux Palestiniens »
    5) « Le boycott nuit aux négociations de paix »
    6) « BDS est un obstacle au progrès scientifique »
    7) « BDS est trop radical »
    8) « BDS s’acharne sur Israël alors qu’il existe des régimes bien pires. »
    9) « L’UE a interdit le boycott »
    10) « La défense du BDS est minoritaire dans la société civile internationale »
    11) « Si je boycotte les produits israéliens, cela ne signifie-t-il pas que je dois jeter mes ordinateurs, cesser d’utiliser des médicaments israéliens etc. ? »
    12) « Plusieurs mairies ont interdit le BDS dans leur ville »

    https://www.bdsfrance.org/article-de-la-plateforme-des-ong-pour-la-palestine-12-idees-recues-sur-le-bds/

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    de toutes les nations, de tous les nationalismes, de toutes les religions, de toutes les oppressions, de toutes les dominations, de toutes inégalités

  • Idée reçue n°1 : « BDS est illégal »

    FAUX. Toute illégalité du BDS supposerait l’existence d’une loi anti-BDS, or une telle loi n’existe pas.

    Le terme « illégal » est utilisé par les détracteurs de la campagne BDS dans le but de la délégitimer. Il fait suite à une instrumentalisation de la justice française à des fins politiques.

    La campagne BDS, créée en 2005, a progressé partout dans le monde, mais à partir de 2010, elle a fait face en France à des tentatives de criminalisation par une instrumentalisation du droit et de la justice.

    Mais pour des raisons politiques, une circulaire (un acte administratif) – la circulaire CRIM-AP n°09-900-A4 dite « Alliot-Marie » du 12 février 2010 - incite à poursuivre les individus appelant au boycott de produits israéliens. Sous pression du lobby pro-israélien en France, elle a conduit à des procès de militants BDS, dont un a mené à deux arrêts de la Cour de cassation en octobre 2015, confirmant la condamnation sur la base des articles 225-2 du Code pénal (entrave à l’exercice normal d’une activité économique) et 24 alinéa 8 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse (qui prévoit le délit de provocation à la discrimination). Les décisions, basées sur une interprétation de la loi contestable et rendues par une composition restreinte de la Cour et non en assemblée plénière, ont été critiquées par plusieurs juristes.

    Que l’on soit partisan ou non de la campagne BDS, elle est une expression non violente de l’indignation de la société civile palestinienne et internationale face à la poursuite de l’occupation et de la colonisation israélienne qui elle est bien illégale au regard du droit et dénoncée par la communauté internationale, dont la France, comme obstacle majeur à toute solution pacifique de la question de Palestine. Une indignation également face au non-respect de l’égalité des droits entre Palestiniens d’Israël et Israéliens juifs (citoyens du même Etat d’Israël), face au non-respect du droit au retour, et face au manque persistant et flagrant d’efficacité de la diplomatie internationale sur le terrain depuis 1967.

    Soutenir cet outil de résistance non violente ne peut être tenu pour illégal. Ce serait une limitation grave de la liberté d’opinion et d’expression. C’est bien ce que dit l’UE par la voix de sa Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité Federica Mogherini (également vice-présidente de la Commission européenne) ainsi que de plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies. De nombreuses organisations telles que la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et Amnesty International ou la Ligue des Droits de l’Homme ont également défendu les militants de la campagne BDS au nom de la liberté d’expression.
    https://plateforme-palestine.org/Idee-recue-no1-BDS-est-illegal?var_mode=calcul

  • boycott

    total

    de toutes les nations, de tous les nationalismes, de toutes les religions, de toutes les oppressions, de toutes les dominations, de toutes inégalités

  • C’est le discours du gouvernement israélien et un raccourci que d’autres font : BDS est antisémite car il boycotte Israël. De la même manière, on accuse le mouvement BDS de viser un peuple ou des personnes selon leur origine.

    FAUX. L’un des fondements de la campagne BDS est l’antiracisme. Elle « s’oppose catégoriquement, par principe, à toute forme de racisme, y compris l’islamophobie et l’antisémitisme ». La campagne BDS cible l’Etat israélien à cause de sa responsabilité dans de graves violations du droit international, ainsi que les entreprises et institutions qui collaborent avec l’Etat israélien et sont complices de ces violations. Mais BDS ne cible jamais un individu parce qu’il est israélien ou juif.

    Il y a enfin une véritable diversité dans le mouvement BDS et de nombreux citoyens juifs et organisations juives y participent : l’Union Juive Française pour la Paix et le Collectif judéo-arabe et ci-toyen pour la Palestine en France, Jewish Voice for Peace aux Etats-Unis, Independent Jewish Voices au Canada, le réseau international juif anti-sioniste etc. Le Boycott from Within rassemble lui des Israéliens juifs et Palestiniens vivant en Israël.

    https://plateforme-palestine.org/Idee-recue-no2-BDS-est-antisemite?var_mode=calcul

  • 12 octobre 04:38

    Question

      • Hamas et Hezbollah sont de droite ou de l’extrême « droite » islamiste ?

    et le CCIF et le PIR ?

  • que viennent faire le hamas et le hezbollah ici ? un remède aux hallucinations : le boycott de l’état fasciste

    Idée reçue n°3 : « BDS est violent »

    FAUX. BDS est basé sur le droit international et est un outil non-violent pour aboutir à un objectif de respect des droits.

    L’appel au boycott est effectivement une forme de résistance non-violente pratiquée depuis des siècles en plusieurs régions du monde. De nombreux boycotts ont permis l’acquisition de droits civiques ou la libération nationale : boycott mené par Gandhi en Inde, boycott des bus de Montgomery aux États-Unis, boycott de l’apartheid sud-africain…

    Le peuple palestinien a d’ailleurs une longue tradition de résistance populaire non-violente par le boycott. Il a été employé dès les années 1920 contre l’occupation britannique et la colonisation sioniste. En 1936, les Palestinien.nes ont mené une grève pendant 6 mois et une campagne de refus de coopérer avec les autorités mandataires britanniques qui soutenaient le mouvement sioniste, poussant le mandat à sa fin. Elle est l’une des plus longues grèves de l’histoire. Pendant la Première Intifada (1987-1992), des groupes de résistance palestiniens ont mis en place un boycott populaire des produits israéliens, faisant chuter les exportations israéliennes en Palestine.

    Les actions du mouvement BDS, en particulier, s’inscrivent dans ce mode d’action pacifique puisqu’elles consistent en des campagnes d’information, de sensibilisation, d’actions et de manifestations non-violentes.

    Il est également important de rappeler la dimension antiraciste du BDS dont la campagne « s’oppose catégoriquement, par principe, à toute forme de racisme, y compris l’islamophobie et l’antisémitisme ». La campagne BDS France s’inscrit elle dans un « combat permanent contre toute forme de racisme ».
    En revanche, de nombreux détracteurs de BDS sont eux dans le refus du dialogue et peuvent user de la violence, physique ou verbale, pour intimider les militants non-violents du BDS.

    Un ministre israélien, par exemple, à l’occasion de la conférence « Stop the boycott » organisée en 2016 à Jérusalem, a préconisé une « élimination civile » d’Omar Barghouti, co-fondateur de la campagne BDS.

    https://plateforme-palestine.org/Idee-recue-no3-BDS-est-violent?var_mode=calcul

  • Israël contre les Juifs

    C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.

    On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable

    Retour sur un passé récent

    L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, considérait que l’acquittement et la réhabilitation de Dreyfus étaient l’objectif de tous ceux qui étaient épris de liberté et refusaient le racisme. L’histoire des Juifs français a été marquée par leur participation importante à la résistance contre le nazisme et le régime de Vichy, puis par l’engagement de nombre d’entre eux dans des luttes progressistes et/ou anticoloniales. Les intellectuels juifs de cette époque s’appelaient Raymond Aubrac, Marc Bloch, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Stéphane Hessel. C’était une époque où beaucoup de Juifs pensaient que leur propre émancipation passait par celle de tou-te-s. C’était une époque où le racisme, le fascisme et la haine de l’autre étaient considérés comme des abjections à combattre. Les enfants juifs allaient à l’école publique, jamais il ne leur serait venu à l’idée de se séparer des autres dans des écoles confessionnelles.

    On s’efforce aujourd’hui en Israël d’effacer l’histoire des Juifs dans les différents pays où ils ont vécu. Si les Juifs ont longtemps été considérés par les antisémites en Europe comme des parias inassimilables et s’ils ont été persécutés parce qu’ils constituaient un obstacle aux nationalismes fous qui rêvaient de sociétés ethniquement pures, ils n’ont jamais recherché la séparation mais au contraire l’insertion à l’intérieur des sociétés dans lesquels ils vivaient.

    Une assignation à la désertion

    On fait un saut de quelques années. En tête d’une gigantesque manifestation parisienne censée dénoncer le terrorisme, on trouve trois criminels de guerre, Nétanyahou, Lieberman et Bennet qui viennent de s’illustrer dans le massacre de plus de 2000 Palestinien-ne-s (essentiellement des civil-e-s) à Gaza pendant l’été 2014. Profitant de l’émotion causée par l’attentat antisémite de la Porte de Vincennes, Nétanyahou est autorisé (par le gouvernement français) à déclarer aux Juifs français qu’ils sont en insécurité en France et qu’ils doivent partir dans leur « vrai » pays, Israël.

    En fait, le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme. Il s’en est toujours nourri avec en permanence un seul et unique but : faire immigrer le maximum de Juifs en Israël. Du coup, Nétanyahou n’hésite pas à mettre en danger les Juifs français. Il en fait des étrangers dans leur propre pays, des « touristes » qui n’ont pas compris que leur « patrie » est là-bas. Les Juifs sont sommés d’être des « traîtres » (à la seule et unique cause, celle du Grand Israël de la mer au Jourdain) ou des complices. La France a toujours été un échec pour Israël : à peine 80000 Juifs sont partis depuis 1948 et une moitié est revenue. Alors la propagande se fait assourdissante. Pourtant, s’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.

    À « l’alyah » (la montée) des vivants vers Israël, s’ajoute à présent celle des morts. Les autorités israéliennes incitent vivement les Juifs français à faire enterrer leurs proches en Israël. Ainsi les victimes de la tuerie de la porte de Vincennes ont été inhumées au cimetière de Givat Shaul. Ce « quartier » de Jérusalem, c’est l’ancien Deir Yassine, le village martyr de la guerre de 1948 où les milices de l’Irgoun dirigées par Menachem Begin ont massacré toute la population avant que le village ne soit, comme tant d’autres, rayé de la carte. Quel symbole !

    Israël à l’avant-garde de l’islamophobie

    Les Juifs ont vécu pendant des centaines d’années dans le monde musulman. Ils ont même été accueillis par l’empire ottoman après leur expulsion d’Espagne en 1492. Aujourd’hui, Israël participe à la diabolisation des Arabes et des musulmans en se comportant en élève modèle du « choc des civilisations ». Le racisme anti-arabe et l’islamophobie s’expriment ouvertement, des politiciens en ont fait leur fond de commerce et les passages à l’acte sont fréquents. Les crimes de masse comme à Gaza ou la multiplication des propos racistes (Pour le rabbin Rosen, les Palestiniens sont des Amalécites et la Torah autorise qu’on les tue ainsi que leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux) laisseront des traces. Comment imaginer que ce qui est infligé aux Palestiniens sera sans conséquences ?

    En Israël, des propagandistes rivalisent pour expliquer que les Juifs ont vécu l’enfer dans le monde musulman, masquant le fait que l’antisémitisme a été avant tout une invention européenne et chrétienne. Les Juifs orientaux subissent en Israël des discriminations sociales et un mépris raciste. Ils ont souvent été humiliés et discriminés à leur arrivée. Ils sont coupés de leurs racines et poussés à renier leur identité. L’expulsion des Palestiniens de 1948 est présentée comme un « échange de population » alors que le sionisme est le principal responsable, et de la Nakba, et du départ des Juifs orientaux de leurs pays.

    Qu’y a-t-il de juif en Israël ?

    Les sionistes ont théorisé l’idée que les Juifs et les non-Juifs ne peuvent pas vivre ensemble. C’est totalement contraire à tout ce qui s’est passé pendant des centaines d’années. Cela va à l’encontre de l’aspiration des Juifs à sortir des ghettos, des mellahs et des juderias pour devenir des citoyens normaux.

    Les Juifs religieux qui émigrent en Israël y rencontreront rarement la religion telle qu’elle a été pratiquée pendant des siècles. Le courant national-religieux s’est imposé. Ce courant intégriste a totalement révisé la religion. Le « peuple élu », ça n’a jamais voulu dire qu’il a plus de droit que les autres mais au contraire qu’il a plus de devoirs. Parmi les préceptes, il y a « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « L’an prochain à Jérusalem », ça n’a jamais voulu dire qu’il faut réaliser le nettoyage ethnique en cours, mais « vivement que le Messie vienne ». L’hébreu a toujours été une langue religieuse interdite à l’usage profane. La religion juive est une religion de « l’exil ». L’installation sur cette terre (d’Israël/Palestine) avant l’arrivée du Messie et a fortiori l’établissement d’un Etat juif étaient interdits. D’ailleurs les Juifs expulsés d’Espagne en 1492 ne sont pas allés à Jérusalem. Herzl a rencontré une hostilité quasi unanime des rabbins contre le projet sioniste dès qu’il a été question d’établir un État juif en Palestine.

    Pour les Juifs laïques, les valeurs dominantes d’Israël sont à l’antithèse de ce que sont pour eux les valeurs du judaïsme. Où trouve-t-on dans la tradition juive le racisme, le chauvinisme, le militarisme, le négationnisme de l’existence et de la dignité de l’autre ? Qu’y a-t-il de commun entre ce qu’ont représenté les grands intellectuels juifs (Einstein, Freud, Arendt, Kafka, Benjamin …) et les criminels de guerre qui dirigent Israël ? Qu’est devenue en Israël la mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre le fascisme et le colonialisme (Marek Edelman, Abraham Serfaty, Henri Curiel …) ? De quel héritage juif peuvent se prévaloir les colons et les militaires qui justifient à l’avance les violences et les crimes commis contre les Palestiniens ?

    Comme l’écrit l’historien israélien Shlomo Sand à propos du livre de Yakov Rabkin Comprendre l’État d’Israël, « celui qui voit dans le sionisme une continuation du judaïsme ferait bien de lire ce livre. Mais celui qui croit que l’État d’Israël est un État juif est obligé de le lire ».

    Certains Juifs pensent qu’après le génocide nazi, Israël est l’ultime refuge. Au nom de quoi les dirigeants israéliens peuvent-ils brandir partout l’antisémitisme et le souvenir du génocide ? Les sionistes n’ont joué qu’un rôle marginal dans la lutte contre l’antisémitisme et la résistance au nazisme. Certains dirigeants sionistes ont même eu un comportement honteux pendant la montée du fascisme (Ben Gourion avec les accords de Haavara, 1933) et à l’époque de l’extermination (le groupe Stern assassinant des soldats et des dignitaires britanniques). Comment ne pas comprendre que la mémoire du génocide signifie « que cela n’arrive plus jamais » et pas « que cela ne NOUS arrive plus jamais », ce qui correspond à une vision tribale de l’humanité totalement contraire à toutes les formes d’héritage juif.

    Refuser l’assignation et la peur, refuser toutes les formes de racisme et de discrimination.
    Il y a des confrontations qui ont du sens : les luttes contre l’oppression, la domination, le colonialisme, pour l’égalité des droits. On nous vend aujourd’hui une guerre qui n’est pas la nôtre : celle d’un monde dit « civilisé » contre le « terrorisme islamique ». Dans cette « guerre », les musulmans sont considérés comme des terroristes en puissance et sont sommés de « prouver » qu’ils ne sont pas des complices de Daesh.
    Et les Juifs sont assignés à soutenir sans réserve une politique israélienne criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs.

    Cette fuite en avant criminelle tient par la peur. Ce syndrome assure le consensus à un point tel qu’un négociateur palestinien (le professeur Albert Aghazarian) a pu dire que les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Cette peur irrationnelle a gagné beaucoup de Juifs français.

    Dans le contexte du « choc des civilisations », prétexte des dominants pour ensanglanter le monde, il y a en France une montée générale de toutes les formes de racisme. Contrairement à l’image fabriquée par les principaux médias, le racisme frappe essentiellement tous les « dominés », toutes les victimes de l’apartheid social : Arabes, Noirs, Roms. Il prend une nouvelle tournure en se masquant derrière l’islamophobie. Comme il n’est plus politiquement correct de dire « sale arabe », on diabolise l’islam.

    Il y a aussi une incontestable et détestable montée de l’antisémitisme. Mais les différentes formes de racisme ne sont pas traitées de la même façon.

    Les dirigeants israéliens et en France le CRIF, participent activement à la stigmatisation des musulmans. Ils affirment contre toute évidence qu’il n’y a qu’un seul racisme à dénoncer (l’antisémitisme) et qu’on est à la veille d’une nouvelle « nuit de cristal ». Ils font apparaître les Juifs comme ceux que le pouvoir protège alors que l’idéologie sécuritaire, les déclarations des principaux dirigeants et le travail nauséabond de pseudo intellectuels, visent une seule population déclarée dangereuse.

    Les stéréotypes antisémites se nourrissent aussi de la complicité du CRIF avec la politique israélienne et de la partialité évidente du pouvoir. À l’heure des confusions, l’indignation légitime contre les crimes israéliens fait monter l’antisémitisme et les quelques paumés attirés par la violence effroyable de Daesh commettent des attentats criminels contre les Juifs parce que Juifs.

    La lutte contre le racisme ne peut pas être découpée. Choisir certaines « bonnes » victimes contre d’autres est à l’antithèse du combat antiraciste. La politique israélienne et la négation totale des droits du peuple palestinien ne protègent absolument pas les Juifs. Au contraire. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer le Juif », celui qui pensait que son émancipation passait par celle de l’humanité. Comme le dit le militant israélien anticolonialiste Eitan Bronstein : « nous ne serons jamais libres tant que les Palestiniens ne le seront pas ». En refusant le tribalisme, les Juifs français réaffirmeront une histoire dont ils peuvent être fiers.

    C’est tou-te-s ensemble qu’il faut combattre tous les racismes, toutes les stigmatisations, toutes les discriminations. C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

    Pierre Stambul

  • C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

    vous avez bien lu :

    défendre le droit

    Laissons les légalistes de l’UJFP (et le troll) avec leurs illusions légalistes bourgeoises

  • Sionisme et fascisme

    Rudolf Bkouche, membre de l’UJFP, exprime ici ses positions sur la question "sionisme et fascisme" en réaction à un article de Shlomo Sand paru dans Haaretz dont la traduction française a été publiée sur notre site

    "La démocratie est notre roc et le seul fondement de notre croissance. Mais nous devons tenir compte d’un principe supérieur à ceux de la démocratie : la construction d’Eretz-Israël par le peuple juif" [1]

    Dans un article récent publié dans Haaretz, Shlomo Sand pose la question de ce que certains appellent la fascisation d’Israël. Sand réfute cette fascisation tout en terminant son article par cette remarque que l’on peut considérer comme un appel au secours :

    "S’il n’y a pas de danger de fascisme, la situation est-elle bonne pour autant ? Non. Nous sommes dans une situation dangereuse qui peut dégénérer par l’expulsion de certains des habitants des territoires, et même, face à la sérieuse résistance armée, en actes de massacre de masse. Ce labyrinthe dans lequel Israël est tombé à partir de l’étape de la colonisation qui a commencé en 1967, semble conduire à une impasse. Il ne semble pas qu’une force politique existe qui puisse sauver la situation. Tout ce qui reste à espérer est que le monde va nous sauver de nous-mêmes."

    L’article montre avec raison que la politique envers les Palestiniens est restée la même depuis que la droite a remplacé le parti travailliste aux rênes de l’Etat, que le gouvernement de droite pratique la même politique que les sionistes de gauche qui ont fondé l’Etat et que les colons religieux se comportent comme les colons sionistes socialistes.

    Mais peut-on pour autant parler de fascisme ? Sand répond "non" à cette question. D’une certaine façon il a raison si on restreint le terme "fascisme" à la seule idéologie développée en Italie par Mussolini. C’est cela qui lui permet de distinguer le nazisme et le fascisme et de critiquer ceux qui, pour des raisons diverses, tendent à identifier les deux idéologies.

    Sand admet pourtant un point commun à ces deux idéologies, le nationalisme, lequel était "le combustible le plus important pour alimenter le nazisme et le fascisme", même s’il explique ensuite que ces mouvements ont été différents, précisant

    "Le nationalisme fasciste peut avoir été agressif et violent, mais il était net, politique et semblable à bien des égards au jacobinisme français."

    Mais ne peut-on pas dire du nazisme qu’il était net et politique ? Quant au lien avec le jacobinisme français, on peut le retrouver autant dans le nazisme que dans le fascisme dans la me-sure où ces deux mouvements, à l’instar du jacobinisme, ont mis en avant le rôle de l’Etat contre les régionalismes, avec cependant une différence fondamentale, le jacobinisme français se présente comme un universalisme dans la tradition des Lumières alors que nazisme et fascisme sont essentiellement des formes de nationalisme extrême au sens qu’ils placent la nation au-dessus de tout.

    Le point commun entre le fascisme et le nazisme est leur nationalisme extrême, une façon de pousser à la limite la notion d’Etat-nation théorisée par Herder, y compris en s’appuyant sur les mythes fondateurs, le lien avec la nation romaine antique pour le fascisme italien, le lien avec les mythes germaniques pour le nazisme allemand.

    Que vient alors faire le sionisme dans cette histoire ? Si, comme le dit Sand, "l’ethnocentrisme juif se révèle chaque jour plus brut et plus dégoûtant", la question reste de définir ce qu’est cet ethnocentrisme juif, question que Sand ne pose pas. Qu’est-ce qui fonde cet ethnocentrisme juif ? Quelle relation entre cet ethnocentrisme juif et le sionisme ?

    Il faut bien ici revenir à la source du sionisme, à savoir la théorie de l’Etat-nation selon Herder. Le sionisme est un mouvement juif au sens où il a été inventé puis porté par des Juifs, mais ce n’est pas un mouvement juif au sens où il ne relève pas de la tradition juive au sens religieux du terme. Le sionisme a été inventé par un groupe d’intellectuels juifs qui ont cherché une réponse à l’antisémitisme européen ; nourris de culture européenne bien plus que de tradition juive, ils ont cherché une réponse dans les idéologies qui traversent l’Europe du XIXe siècle, parmi lesquelles les Lumières et les conceptions nationales de Herder. En fait le sionisme a tenté une synthèse entre deux idéologies antinomiques, d’une part l’universalisme des Lumières et d’autre part le nationalisme façon Herder, nationalisme qui repose sur deux principes fondamentaux, la terre et la langue. Comme l’écrit l’un des responsables du mouvement sioniste, Jacob Klatzkin, rédacteur en chef du journal du mouvement Die Welt

    "Dans le passé il y avait deux critères au judaïsme : celui de la religion, selon quoi le judaïsme est un système de commandements positifs et négatifs, et celui de l’esprit, qui considérait le judaïsme comme un complexe d’idées, tel que le monothéisme, le messianisme, la Justice absolue, etc.

    En opposition avec ces deux critères qui font du judaïsme une affaire de croyance, un troisième est maintenant apparu, celui d’un nationalisme conséquent. Selon lui, le judaïsme repose sur une base objective : être juif ne signifie pas l’acceptation d’une croyance religieuse ou éthique. Nous ne sommes pas plus une dénomination qu’une école de pensée, mais les membres d’une famille porteurs d’une histoire commune...

    La définition nationale aussi exige un acte de volonté. Elle définit notre nationalisme sur deux critères : une association dans le passé et la volonté consciente de poursuivre une telle association dans le futur...

    Elle refuse de définir le Juif comme quelque chose de subjectif, comme une foi, mais préfère le définir sur quelque chose d’objectif, sur la terre et la langue..." [2]

    Mais langue et territoire n’existent pas pour la nation juive, et Klatzkin ajoute :

    "Mais notre terre n’est pas la nôtre et notre langue n’est pas aujourd’hui la langue de notre peuple. Oui, ce sont là des accomplissements qui doivent être réalisés par notre mouvement national."

    Ainsi la renaissance de la nation juive implique une double conquête : conquête de la langue, ce sera l’hébreu moderne, conquête de la terre, ce sera la conquête de la Palestine.

    Le mouvement sioniste s’est divisé en deux tendances, d’une part le territorialisme animé par Israël Zangwill, qui propose de chercher "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", tâche il est vrai impossible mais, dans la vision coloniale de l’époque, une terre non habitée par des Européens était considérée comme une terre sans peuple, d’autre part la volonté de construire l’Etat juif sur la terre ancestrale. C’est cette seconde tendance qui l’a emporté, ce qui a transformé le mouvement sioniste en mouvement de conquête de la Palestine avec la volonté de remplacer la population palestinienne par une population juive, exemple classique de ce qu’on appelle la "purification ethnique". Ainsi l’universalisme des Lumières disparaissait derrière le fondamentalisme historique, le nouvel Eretz Israël devant continuer l’antique nation hébreu. C’est ainsi que, loin de considérer la création de l’Etat d’Israël comme un moment particulier de l’Histoire des Juifs, c’est cette dernière qui a été intégrée dans l’Histoire d’un Israël qui serait éternel .

    Si, comme le dit Sand dans l’article cité, il faut savoir se méfier des analogies, reste qu’on peut considérer le sionisme comme l’une des formes extrêmes du nationalisme à la Herder. Si la comparaison avec le fascisme et le nazisme pose problème, on peut cependant noter les points de ressemblance entre ces trois formes extrêmes qui magnifient la nation et nous pouvons renvoyer à la phrase de Ben Gourion citée en exergue. La question est donc moins de dire si Israël est un Etat fasciste ou en voie de fascisation que de noter ce qui dans le sionisme ressemble au fascisme et au nazisme.

    Notons d’abord le recours à l’Histoire. Pour le sionisme, comme nous l’avons remarqué ci-dessus, ce n’est pas l’Etat d’Israël qui s’inscrit dans l’histoire des Juifs, c’est l’histoire des Juifs qui s’inscrit dans l’histoire de l’Etat d’Israël et comme l’a écrit Henri Baruch

    "L’Etat d’Israël est obligatoirement inscrit dans l’histoire juive, c’est-à-dire l’histoire du monothéisme hébreu"

    On retrouve ici la vision hégélienne de l’Histoire mais il ne faut pas oublier que la conception hégélienne s’inscrit dans une vision biblique, l’Histoire comme dessein de Dieu ; de façon précise Hegel écrit :

    "L’Histoire n’est rien d’autre que le plan de la Providence divine"

    On peut considérer le sionisme comme l’une des dernières idéologies hégéliennes avec son côté eschatologique. C’est le sens du choix de la Palestine pour construire l’Etat juif en continuité avec le roman national biblique, car la Bible est à la fois l’acte de naissance du monothéisme et l’acte de naissance d’un peuple, les Hébreux, le personnage de Moïse incarnant ce mélange de religieux et de politique. C’est cet aspect "roman national" qui a marqué le sionisme, mouvement laïque, voire antireligieux , et qui a conduit à ce qu’on peut appeler une lecture laïque de la Bible hébraïque.

    Il est vrai que cet appel à l’Histoire pour conforter le sentiment national n’est pas l’apanage du nationalisme extrême et Marc Ferro a montré dans ses ouvrages comment les Etats instrumentalisaient l’Histoire. Reste que cette instrumentalisation a conduit souvent au culte de la nation et que ce culte de la nation est l’un des éléments du nationalisme extrême tel qu’il s’est développé sous ces trois formes que sont le fascisme, le nazisme, et le sionisme.

    C’est cette inscription dans l’histoire des Juifs qui a pu légitimer la "purification ethnique" que constitue la Nakba au moment de ce que les sionistes appellent la guerre d’indépendance et qui se poursuit aujourd’hui avec ce qu’on appelle la "colonisation", laquelle n’est que la continuation de l’annexion de la terre palestinienne par Israël.

    Enfin, si on doit parler d’Apartheid, il faut souligner la différence avec l’Apartheid d’Afrique du Sud. Ce dernier était un Apartheid de domination, les Blancs voulant dominer les Noirs pour mieux les exploiter. L’Apartheid israélien a pour objectif d’amener les Palestiniens, qu’ils aient ou non la citoyenneté israélienne, à quitter à terme la Palestine pour laisser la place libre à une population exclusivement juive

    En ce sens, autant par le recours à l’histoire que par la politique de purification ethnique et d’Apartheid, le sionisme a des ressemblances avec les deux autres formes extrêmes du nationalisme. Dire ou refuser de dire que l’Etat d’Israël est fasciste ou en voie de fascisation n’est qu’une question de choix des mots, ce qui importe, c’est la politique qui est menée à l’encontre des Palestiniens et Sand n’ose pas aller jusqu’au bout.

    Il est vrai que, au delà du discours de Sand, le discours sur les gouvernements israéliens qui seraient de plus en plus à droite laisse entendre une politique de plus en plus dure envers les Palestiniens et permet d’oublier ce qu’était la politique de la gauche israélienne depuis la création de l’Etat . S’il y a des ressemblances avec le fascisme, elles étaient déjà présentes dès les débuts de l’Etat, et la déclaration de Ben Gourion placée en exergue, montrent qu’elles se sont manifestées tout au long de l’histoire du sionisme.

    Il faudrait ajouter ici une spécificité du sionisme. Alors que les deux autres formes de nationalisme extrême, le fascisme et le nazisme, se sont développées dans les pays concernés, l’Italie et l’Allemagne, pays dans lesquels chacune d’elles affirmait représenter les autochtones, les droits historiques soutenus pas ces idéologies étant présentés comme ceux des populations de ces pays, le sionisme s’est donné pour premier objectif, au nom de la brumeuse notion de droits historiques, de reconstruire l’Etat dans une antique patrie et ce au prix de la (re)conquête de cette patrie et de l’expulsion de la population, ce qu’on pourrait résumer sous la forme : il fallait changer d’autochtones. Ainsi a fonctionné le sionisme.

    Pour terminer nous aborderons deux points sur le sionisme et le fascisme.

    Le premier point porte sur l’aspect colonial du sionisme. Si le sionisme présente des liens avec le colonialisme, on peut considérer que ces liens sont liés aux circonstances. Herzl avait déjà pressenti que la conquête de la Palestine pour y construire l’Etat juif exigeait des alliances, alliance avec l’Empire Ottoman comme il l’a essayé lors de son entrevue avec le sultan, alliance avec les puissances, essentiellement l’Allemagne et la Grande Bretagne. Ce sont ces tentatives qu’il raconte dans son Journal. On peut considérer que son argument d’un Etat juif en Palestine bastion de la civilisation contre la barbarie est un argument de circonstance pour convaincre les puissances européennes de soutenir son projet. Mais le projet est essentiellement un projet national, il s’agit de reconstruire en Palestine l’ancien Etat juif décrit par la Bible nonobstant le fait que la Palestine est habitée. Contrairement au projet colonial, le sionisme ne s’appuie sur aucune métropole et, comme l’expliquent certains sionistes, le projet n’a pas pour objectif d’exploiter les populations indigènes ; ce que ces sionistes oublient de dire, c’est que le projet implique l’expulsion des populations indigènes pour les remplacer par des populations juives. Projet exclusivement national et c’est en cela qu’il est plus proche des idéologies fascistes que du projet colonial.

    Ce qui a placé le projet sioniste dans la mouvance colonialiste, c’est l’alliance avec la Grande Bretagne scellée par la Déclaration Balfour. La Grande Bretagne qui espérait, après la première guerre mondiale, contrôler le Moyen-Orient arabe, voyait l’installation d’une population européenne en Palestine comme un avantage et les sionistes trouvaient dans cette alliance avec une grande puissance le moyen de réaliser leur objectif, alliance qui allait montrer ses limites lorsque la Grande Bretagne découvrait que le sionisme pouvait lui poser des difficultés et cherchait à le contrôler. Mais cette alliance était bien plus une alliance de circonstance qu’une alliance idéologique, même si elle l’est devenue par la suite. A la suite du conflit entre les sionistes et la Grande Bretagne, deux autres puissances allaient offrir leur soutien au mouvement sioniste et au jeune Etat d’Israël, les Etats-Unis et l’Union Soviétique, chacune d’elles espérant prendre la relève de la Grande Bretagne dans le contrôle du Moyen Orient arabe. Pour des raisons à la fois idéologiques et stratégiques, l’Etat d’Israël allait choisir le camp occidental mais l’objectif sioniste restait le même, la conquête de la terre palestinienne ; en ce sens le sionisme reste l’une des formes extrêmes du nationalisme à la Herder jusqu’à encore aujourd’hui comme le montre la poursuite de la conquête de la terre palestinienne via ce que l’on appelle "la colonisation".

    L’autre point porte sur la façon de parler du fascisme. Il y a deux façons de parler du fascisme et du nazisme, une façon morale et une façon politique.

    La façon morale insiste sur l’aspect malfaisant du fascisme, la lutte contre le fascisme devenant moins une lutte politique qu’une action du Bien contre le Mal. Mais aussi sympathique puisse être la façon morale, elle est insuffisante pour comprendre les phénomènes historiques que sont le fascisme et le nazisme. Le sentiment d’horreur provoqué par le nazisme a contribué à restreindre trop souvent les analyses du nazisme à une condamnation. Et le fait que les Juifs aient été victimes du nazisme a conduit certains à considérer comme indécent qu’on puisse comparer des crimes commis par des Juifs à des crimes nazis. Comme souvent, les bons sentiments peuvent annihiler le jugement. On oublie ainsi l’Histoire, réduisant celle-ci à une question de Bien et de Mal . Parler des ressemblances entre les trois formes de nationalisme extrême que sont le fascisme, le nazisme et le sionisme devient ainsi indécent. C’est en partie ce qui anime Sand dans son refus de parler des ressemblances entre le sionisme et le fascisme ou le nazisme. Bon historien, Sand se montre un piètre idéologue comme s’il devait se protéger . Il est vrai qu’il est plus facile de dénoncer la supposée invention du peuple juif par les sionistes que de chercher à comprendre comment un mouvement comme le sionisme a pu devenir important ; il est vrai aussi que la dénonciation du sionisme comme mouvement colonial semble plus acceptable que de mettre en avant la face sombre d’un mouvement nationaliste juif montrant les ressemblances entre ce mouvement et les formes extrêmes du nationalisme de l’Etat-nation. Difficile d’échapper au manichéisme, lorsqu’on parle d’Histoire. Sans oublier que cette façon morale d’aborder le fascisme allait rapidement conduire à transformer le terme "fasciste" en une insulte ce qui ne pouvait qu’obscurcir la notion et s’opposer à sa compréhension comme phénomène historique.

    La façon politique, quant à elle, permet de revenir sur les raisons qui ont mené au fascisme et parmi ces raisons le nationalisme joue un rôle essentiel. Il faut alors distinguer entre les deux faces du nationalisme, d’un côté le nationalisme des opprimés qui, s’appuyant sur le symbole de la nation, cherchent à se libérer, de l’autre le nationalisme des oppresseurs qui voient dans la défense de la nation le moyen de conserver leur domination ; mais cette distinction ne saurait faire oublier que la frontière entre ces deux faces est floue et qu’une nation qui se libère peut à son tour devenir un oppresseur. On peut considérer que c’est le cas du sionisme ; réaction contre l’antisémitisme européen, le sionisme s’est voulu mouvement de libération nationale, ce qu’il aurait pu être, mais le choix de construire l’Etat juif en Palestine et d’en expulser les habitants a fait du sionisme un mouvement oppresseur.

    Il est vrai que devant les agissements du sionisme, on peut prendre une attitude morale comme le fait Sand lorsqu’il déclare qu’il ne veut plus être juif, ce qui montre non seulement une incompréhension d’une question qu’il trouve insupportable, mais une façon de se protéger. Il est vrai qu’il est insupportable de voir un mouvement de révolte contre une oppression se transformer en un mouvement oppresseur. C’est peut-être cela qui a fait le succès de Sand ; lorsqu’il a déclaré que le peuple juif n’était qu’une invention sioniste, il a soulagé ceux qui avaient peur, en soutenant la lutte des Palestiniens, d’apparaître antisémites. On avait donc une raison "scientifique" de soutenir les Palestiniens. Comme si l’injustice perpétrée contre les Palestiniens n’était pas une raison suffisante pour condamner le sionisme. Pourtant l’historien Sand devrait savoir que la transformation de mouvements de lutte contre l’oppression en mouvements oppresseurs et chose courante dans l’histoire.

    Rudolf Bkouche

    http://www.ujfp.org/spip.php?article5112

  • niq les sionistes et les islamistes ; niq les nationalistes

    • C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

    vous avez bien lu :

    • défendre le droit

    Laissons les légalistes de l’UJFP (et le troll) avec leurs illusions légalistes bourgeoises

  • sionisme = nazisme

    Relatant une manifestation de soutien aux Palestiniens qui a eu lieu à Roubaix le 19 juillet, un journaliste de Nord Eclair, Bruno Renoul, s’est offusqué de voir une banderole présentant un drapeau israélien sur lequel l’étoile de David avait été remplacée par une croix gammée.

    Ce journaliste explique que l’Etat d’Israël n’est pas un Etat totalitaire et qu’on ne saurait le comparer à l’Etat nazi. Et pour conforter son raisonnement, il ajoute que comparer l’Etat d’Israël au Troisième Reich est "injurieux pour les victimes du nazisme dont les Juifs ont été les cibles principales".

    Disons d’abord un premier contresens, l’Etat d’Israël serait donc l’Etat des Juifs, ce qui conduit à considérer toute critique de la politique de cet Etat comme une forme d’antisémitisme, argument malheureusement trop courant.

    Mais ce qui importe, plus important qu’une équation lapidaire "sionisme = nazisme", c’est de chercher ce qui est commun à ces deux idéologies qui toutes deux s’appuient sur la notion d’Etat-Nation telle qu’elle a été théorisée par Herder au tournant des XVIIIe-XIXe siècle et qu’elle s’est développée en Europe. La notion d’Etat-Nation peut conduire à un nationalisme extrême exclusif que l’on retrouve dans le fascisme italien, le nazisme allemand et aujourd’hui le sionisme israélien. La question est moins d’identifier ces idéologies que de comprendre ce qu’elles ont de commun, ce commun se définissant, en ce qui concerne le nazisme et le sionisme, par la pureté ethnique, le terme "ethnique" restant suffisamment ambigu pour prêter à toutes les interprétations.

    Le nazisme voulait un Etat purement aryen et pour cela voulait vider l’Allemagne de tous ses éléments non aryens dont les Juifs. Le sionisme, quant à lui, veut construire un Etat juif, moins au sens religieux que dans un sens ethnique mal défini, et pour cela veut vider l’Etat d’Israël de tous ses éléments non juifs. Cette volonté de pureté ethnique est l’un des points communs aux deux idéologies nazie et sioniste et je ne vois pas au nom de quoi il serait interdit de le dire. Affirmer que l’on ne peut comparer le nazisme et le sionisme sous prétexte que les Juifs ont été victimes du nazisme s’appuie d’abord sur un premier contresens qui fait du sionisme, non une idéologie juive, ce qu’elle est effectivement puisque inventée par des Juifs, mais l’idéologie des Juifs, de tous les Juifs, ensuite sur une incompréhension du sionisme, idéologie européenne construite par des Juifs européens, qui ont cru trouver dans la construction d’un Etat juif la solution à l’antisémitisme européen. Malheureusement, en voulant construire cet Etat dans un pays peuplé, la Palestine, ils ont transformé une idéologie qu’il voulait libératrice en mouvement de conquête et c’est cela qui fait du sionisme un nationalisme extrême au même titre que le nazisme.

    C’est ce nationalisme extrême qui conduit aujourd’hui la politique israélienne à chercher à éradiquer la terre d’Israël de toute présence non juive, que ce soit sous la forme militaire brutale telle l’agression contre Gaza ou, il y a quelques années, la répression des Intifadas, que ce soit sous la forme de l’occupation ou que ce soit sous la forme de ce qu’on appelle les colonies, lesquelles ne sont qu’une façon d’abord de débarrasser la terre de ses habitants palestiniens ensuite de l’annexer pour en faire une terre israélienne.

    J’ajouterai un point qui est loin d’être anecdotique sur les ressemblances entre le sionisme et le nazisme. Hitler a cru trouver dans un symbole venu d’Asie, la staviska, un symbole de la pureté aryenne ; une façon de confisquer un symbole qui n’a rien à voir avec le nazisme ; ainsi on trouve des croix gammée dans des pagodes bouddhistes. La façon dont le sionisme utilise l’étoile de David, y compris pour le drapeau israélien, est plus pernicieuse. L’étoile de David est un vieux symbole juif qui n’a rien à voir avec le sionisme. En confisquant ce symbole à son profit, le sionisme se présente comme le représentant exclusif des Juifs et amène ainsi à considérer à tort l’étoile de David comme un symbole israélien. On comprend alors que l’étoile de David puisse devenir un objet de répulsion comme la staviska a pu devenir un objet de répulsion. Ce qui est choquant, c’est alors moins la répulsion devant un objet détourné de sa signification première que l’usage qui en est fait par des idéologies meurtrières.

    On pourrait dire la même chose du nom même de l’Etat qui s’appelle Israël. Le nom "Israël" représente une longue histoire et c’est cette histoire que le sionisme a voulu confisquer. Lorsque j’entends le slogan "Israël assassin", je suis choqué moins par le fait que l’on puisse crier un tel slogan mais par la façon dont une idéologie nationaliste extrême a conduit à ne voir Israël qu’à travers l’Etat d’Israël et son idéologie fondatrice, le sionisme.

    Rudolf Bkouche

    membre de l’Union Juive Française pour la Paix

    https://nantes.indymedia.org/other_medias/29898

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