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La Fabrique du Musulman est bâti sur une pen­sée abso­lu­ment binaire
posté le 31/10/17 Mots-clés  réflexion / analyse 

http://blogtc.communisation.net/?p=179

Sidi Moussa : La Fabrique du Musulman

Avec deux Annexes :

Sur l’idéologie anti-islamophobe (Flora Grim et Alexan­dra Pinot-Noir – G/P – sur le site ddt21, suivi d’un entre­tien sur le même site)

Racisme anti-musulmans et logique identitaire

(non signé, publié sur le site Zones sub­ver­sives le 18 février 2017)

La toile de fond de la pro­blé­ma­tique de Sidi Moussa℠

D’abord, quelques citations :

« Si la fin des immi­grés a pré­cédé la fabrique des Musul­mans, la dis­pa­ri­tion de ce der­nier groupe au pro­fit d’individus libé­rés de toute assi­gna­tion iden­ti­taire et de leur condi­tion mino­ri­taire ne se pro­duira qu’en liai­son avec le mou­ve­ment de la classe ouvrière alliée à la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle. » (p.37)

« N’est-on pas en train de tout mettre en œuvre pour sépa­rer le pro­lé­ta­riat fran­çais d’origine algé­rienne – à com­men­cer par sa jeu­nesse — du reste du pro­lé­ta­riat de France. Et donc se ser­vir de ce groupe pour faire explo­ser la classe ouvrière, ses orga­ni­sa­tions et ses conquêtes ? (…) Cer­tains seg­ments de “la gauche de la gauche” ont contri­bué à leur échelle, par leurs prises de posi­tion ou leurs alliances, à mettre l’accent sur les pré­oc­cu­pa­tions iden­ti­taires au détri­ment de la ques­tion sociale. (…) dans la France de 2017, et sans doute pour les années à venir, chaque indi­vidu épris de liberté est ou sera sommé de choi­sir son camp celui des “inté­gristes répu­bli­cains” contre celui des “islamo-gauchistes”. » (pp.8 – 9)

« Cela ne doit tou­te­fois pas conduire à sous-estimer, dans cette conjonc­ture, le rôle cru­cial du mou­ve­ment ouvrier, de ses ins­ti­tu­tions, mai­sons d’édition et médias. En dépit de sa fai­blesse et de son écla­te­ment, cette famille poli­tique demeure un pôle d’attraction pour des mil­liers de per­sonnes. Elle peut en influen­cer des mil­lions d’autres qui veulent lut­ter contre l’exploitation et la domi­na­tion d’un ordre injuste car il s’agit d’une néces­sité pour des pans entiers de la popu­la­tion labo­rieuse. Mais elle peut aussi les conduire à une impasse tra­gique. » (p.9)

http://blogtc.communisation.net/?p=179&page=2

« L’énigme de notre époque réside sans aucun doute dans la pos­si­bi­lité d’une alliance entre la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle et les classes popu­laires ; tout en fai­sant tom­ber les obs­tacles de l’unité entre leurs divers seg­ments éri­gés au pré­texte de l’origine sup­po­sée ou de la reli­gion pré­su­mée. » (p.19)

Une der­nière cita­tion fixe la pro­blé­ma­tique de SM dans ses limites qui pro­viennent de toutes les ques­tions qu’il ne voit pas du fait même de cette pro­blé­ma­tique qui lui inter­dit de les voir.

« Une inter­ro­ga­tion demeure tou­te­fois devant l’attitude d’individus et de groupes a priori hos­tiles à l’idéologie domi­nante. Lorsqu’ils ne sont pas sai­sis de mutisme devant les ten­ta­tives de confes­sion­na­li­sa­tion et de racia­li­sa­tion de la ques­tion sociale, cer­tains sou­tiennent ces pro­ces­sus sans réelle cri­tique ou vont jusqu’à leur don­ner une cau­tion théo­rique. En quête d’un pro­lé­ta­riat de sub­sti­tu­tion ou d’une nou­velle cause étran­gère de proxi­mité, ces acti­vistes ont ainsi trouvé les « Musul­mans » quand ils ne les ont pas réin­ven­tés à leur image. Qu’elle récuse ou non le label “islamo-gauchiste”, cette gauche clé­ri­cale à ten­dance racia­liste a sub­sti­tué la lutte des races à la lutte des classes (sou­li­gné par nous), en vouant aux gémo­nies le vieux com­bat contre l’oppression reli­gieuse, sans oublier celui de la sépa­ra­tion des Eglises et de l’Etat. Ce fai­sant, cette gauche bien spé­ci­fique par­ti­cipe avec les racistes anti­mu­sul­mans, les ins­ti­tu­tions éta­tiques et les entre­pre­neurs iden­ti­taires à la for­ma­tion d’une com­mu­nauté musul­mane dis­tincte des autres com­po­santes de la société dans son orga­ni­sa­tion, ses objec­tifs et ses moyens d’expression poli­tique. Ce cou­rant conso­lide par ailleurs les fron­tières cultu­relles qui sont autant d’obstacles au grand “tous ensemble” dans la mesure où elles enferment cha­cun chez soi. En outre, cette gauche assigne à rési­dence iden­ti­taire des indi­vi­dus qui vou­draient s’émanciper de toute appar­te­nance confes­sion­nelle ou raciale, pour vivre libé­rés des tutelles aux­quelles leurs alliés de cir­cons­tance échappent de nos jours. » (pp.20 – 21)

Fon­da­men­ta­le­ment, tous les déve­lop­pe­ments de SM trouvent leur ori­gine dans la vision clas­sique que le « mou­ve­ment ouvrier » au tra­vers de « ses ins­ti­tu­tions » don­nait de lui-même comme repré­sen­tant d’une classe ouvrière une et indi­vi­sible dans un « grand tous ensemble » ℠, devant s’affirmer et prendre le contrôle de la société « aux côtés de la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle » ℠. Mal­heu­reu­se­ment, « les ins­ti­tu­tions ayant enca­dré des géné­ra­tions entières de tra­vailleurs – toutes ori­gines et confes­sions confon­dues (affir­ma­tion bien auda­cieuse, nda) » (16) se sont effon­drées, toutes les dérives actuelles « confu­sion­nistes et réac­tion­naires » résul­te­raient de la « décom­po­si­tion du vieux mou­ve­ment ouvrier » dont SM fixe la recons­truc­tion comme la tâche la plus urgente : « Où se trouve aujourd’hui le “parti des tra­vailleurs” ? » (123). Dans un entre­tien sur le site de Bal­last, ulté­rieur à la publi­ca­tion du livre, SM semble même, sans plus de pré­ci­sions, avoir retrouvé « le mou­ve­ment ouvrier et révo­lu­tion­naire » même s’il est « plus que jamais, pris en étau entre ses ten­dances oppor­tu­nistes et sec­taires ». De cette thèse de base qui n’est jamais cri­ti­quée ni même inter­ro­gée (si ce n’est sous la forme de la pro­po­si­tion trots­kyste rela­tive à « la crise his­to­rique de la direc­tion du pro­lé­ta­riat » — entre­tien Bal­last) découlent les deux limites majeures du livre de SM.

Pre­miè­re­ment, l’absence de toute recon­nais­sance et de toute ques­tion rela­tives aux pro­ces­sus objec­tifs de la seg­men­ta­tion raciale qui est rame­née à une acti­vité pure­ment idéo­lo­gique dans le sens le plus plat du terme (manœuvres et tac­tiques inten­tion­nelles de trouble des esprits et de divi­sions) de la part de groupes divers (entre­pre­neurs en racia­li­sa­tion et leurs alliés) et d’institutions d’Etat. L’organisation même du livre est révé­la­trice de cette vision. Page 46, l’auteur pré­vient qu’il ne faut pas se foca­li­ser sur les Indi­gènes, ce qui n’empêche qu’ayant com­mencé à en par­ler à la p.36, il en par­lera jusqu’à la p.68, sans comp­ter les remarques, cita­tions et cri­tiques qui par­sèment tout le livre, sur 147 pages cela fait tout de même beau­coup pour quelqu’un qui ne « foca­lise » pas.

Mis à part la « décom­po­si­tion du mou­ve­ment ouvrier et de ses ins­ti­tu­tions » (dont, bien qu’elle soit la toile de fond expli­ca­tive de l’ouvrage, on ne saura même briè­ve­ment jamais les causes), de pro­ces­sus objec­tifs, tout au long du livre il n’en sera ques­tion qu’une seule fois (et encore de façon très rapide et ambigüe) :

« Cette caté­go­rie (l’appellation de musul­mans, nda) pro­cède de fac­teurs objec­tifs – qui relèvent pour par­tie des dyna­miques propres de l’immigration magh­ré­bine, des évo­lu­tions de la société fran­çaise ou de l’agonie de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive – et du tra­vail sub­jec­tif d’acteurs plus ou moins conscients de leurs buts : entre­pre­neurs com­mu­nau­taires (inter­ve­nant dans les sec­teurs éco­no­miques, asso­cia­tif ou reli­gieux), hauts fonc­tion­naires, élus poli­tiques, jour­na­listes, édi­teurs, uni­ver­si­taires, etc. » (31). Pour les « fac­teurs objec­tifs », nous en res­te­rons donc aux « dyna­miques propres de l’immigration magh­ré­bine » et aux « évo­lu­tions de la société fran­çaise », on sent l’auteur beau­coup plus à l’aise dès qu’il s’agit du « tra­vail sub­jec­tif ». Il ne s’agit pas de nier l’extrême impor­tance de ce « tra­vail sub­jec­tif » dans la mesure où aucun pro­ces­sus objec­tif n’existe sans être mis idéo­lo­gi­que­ment en forme et sans que les pra­tiques que ce pro­ces­sus déter­mine n’opèrent sous ces idéo­lo­gies. Mais sans expo­ser les condi­tions par­ti­cu­lières qui font qu’au tour­nant des années 2000 (la chose s’accélère à par­tir de 2010), la seg­men­ta­tion raciale opère sous le mar­queur de l’islam, la « fabrique du musul­man » demeure un phé­no­mène que l’on va décrire seule­ment de façon « sub­jec­tive » et mani­pu­la­trice, mais jamais expliquer.

En défi­ni­tive, SM ne peut expli­quer objec­ti­ve­ment aucune seg­men­ta­tion raciale de la classe ouvrière car ces seg­men­ta­tions, fon­da­men­ta­le­ment, sont, pour lui, irréelles, n’ont aucune rai­son objec­tive d’être puisque par nature la classe est une, les divi­sions ne sont pas essen­tielles mais des aléas, des manœuvres, des acci­dents que l’unité sub­stan­tielle de la classe sur­mon­tera néces­sai­re­ment. Elles ne peuvent être que des opé­ra­tions sub­jec­tives, des stra­té­gies d’organisations, la résul­tante de confu­sions idéo­lo­giques, etc. : « L’action d’individus déci­dés à construire une com­mu­nauté dis­tincte du reste de la popu­la­tion (avec ses ins­ti­tu­tions repré­sen­ta­tives, son agenda, ses médias, ses relais poli­tiques) n’est qu’un élé­ment parmi d’autres – mais pas des moindres – dans la fabrique des Musul­mans qui regrou­pe­raient indis­tinc­te­ment sala­fistes, athées, com­mer­çants, pro­lé­taires, Ch’tis ou Maro­cains, l’essentiel étant de les mettre à dis­tance ou en joue, de les inté­grer et de les sépa­rer dans un même mou­ve­ment eth­no­dif­fé­ren­cia­liste. Sans les inter­ven­tions alar­mistes des xéno­phobes ou le sou­tien tapa­geur des xéno­philes, l’écho donné à la ques­tion des Musul­mans res­te­rait sans doute confi­den­tiel et ne sor­ti­rait qu’occasionnellement des pré­oc­cu­pa­tions stric­te­ment com­mu­nau­taires. Mais dans la com­pé­ti­tion idéo­lo­gique actuelle, à défaut d’être plei­ne­ment des sujets poli­tiques – ce que per­sonne ne sou­haite en réa­lité -, les Musul­mans sont deve­nus sou­vent les boucs émis­saires d’une société fran­çaise qui peine à célé­brer ce qu’elle a perdu sans réels com­bats : code du tra­vail, conven­tions col­lec­tives, diplômes natio­naux, retraite par répar­ti­tion, Sécu­rité sociale, ser­vices publics, sta­tuts des fonc­tion­naires, etc. » (31−32)

Tout le monde sait que le racisme n’a jamais ségré­gué les per­sonnes en « com­mu­nau­tés dis­tinctes », il faut « l’action d’individus » plus ou moins mal­in­ten­tion­nés vis-à-vis de la lutte de classe, de la classe ouvrière et ses ins­ti­tu­tions pour que tels mal­heurs arrivent. Non seule­ment « l’action d’individus déci­dés à construire une com­mu­nauté dis­tincte du reste de la popu­la­tion, etc. » n’est « pas des moindres » parmi les élé­ments de la « fabrique du Musul­man », mais encore, à la lec­ture du livre qui est tout entier consa­cré à cette action, il appa­raît que c’est le seul effi­cace et déter­mi­nant. A tel point que l’on trouve cette affir­ma­tion ahu­ris­sante : « Sans les inter­ven­tions alar­mistes des xéno­phobes ou le sou­tien tapa­geur des xéno­philes, l’écho donné à la ques­tion des Musul­mans res­te­rait sans doute confi­den­tiel ». Comme s’il n’y avait pas eu d’ « affaires du fou­lard », de décla­ra­tions gou­ver­ne­men­tales lors des grèves de l’automobile au début des années 1980, de débats sur la construc­tion de mos­quées et des menus de sub­sti­tu­tion dans les can­tines sco­laires, de tapages média­tiques autour des per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives et des assi­gna­tions à rési­dence, comme si la « double peine » n’avait pas existé et l’inflation du soup­çon admi­nis­tra­tif à chaque étape de la vie quo­ti­dienne, comme si per­sonne n’aurait entendu par­ler de l’effondrement des « Twin Towers » sans les xéno­phobes et les xéno­philes, sans qui éga­le­ment le mas­sacre du Bata­clan serait sans doute resté « confi­den­tiel ». Enfin, pour­quoi le « bouc émis­saire » est-il devenu « musul­man » et n’est pas resté « arabe », « tra­vailleur immi­gré » ou « immi­gré » tout court ? Quant à la « décom­po­si­tion du mou­ve­ment ouvrier », voilà un fac­teur objec­tif bien géné­ral et bien anté­rieur à la fabri­ca­tion du musul­man comme mar­queur racial. Résu­mant toutes les limites et les fausses pistes de son livre, en bon ancien trots­kiste, SM conclut : « Le marasme actuel trouve son ori­gine dans les impasses théo­riques et stra­té­giques de la gauche social-démocrate qui ne peut plus pro­po­ser de véri­tables réformes et de la gauche révo­lu­tion­naire qui ne veut plus assu­mer la pers­pec­tive de la révo­lu­tion » (145). La « crise his­to­rique de la direc­tion révo­lu­tion­naire » en quelque sorte.

Dans l’entretien de Bal­last, la ques­tion du pas­sage à l’islam comme mar­queur de la caté­go­ri­sa­tion raciale est abordée :

« Les musul­mans — réels ou pré­su­més — sont l’objet de nom­breuses sol­li­ci­ta­tions contra­dic­toires dans la France de 2017. En tant que consom­ma­teurs, ils sont les cibles pri­vi­lé­giées du mar­ke­ting dit eth­nique à tra­vers la niche du halal, pour le grand plai­sir des grandes marques et des chaînes de super­mar­chés. En tant qu’électeurs, ils ont les faveurs des états-majors – toutes ten­dances confon­dues – en rai­son de la croyance dans l’existence d’un “vote musul­man” ou de la sen­si­bi­lité sup­po­sée de ce groupe à cer­taines ques­tions. Qu’ils soient per­çus comme consom­ma­teurs ou élec­teurs, l’essentiel est donc qu’ils demeurent “musul­mans”, ce qui révèle la force de l’assignation iden­ti­taire – à colo­ra­tion confes­sion­nelle de sur­croît – et consti­tue une véri­table vio­lence sym­bo­lique pour les athées, agnos­tiques, libres pen­seurs, hété­ro­doxes et non pra­ti­quants. Pour­tant, on a dési­gné par le passé ces mêmes per­sonnes avec d’autres mots ou expres­sions comme “beurs” dans les années 1980, “tra­vailleurs arabes” dans les années 1970, “ouvriers nord-africains” dans les années 1950. Cela ne signi­fie pas que ces termes étaient plus cor­rects mais cette évo­lu­tion sou­ligne autant la démo­né­ti­sa­tion du réfé­rent ouvrier dans les dis­cours publics que le rem­pla­ce­ment des idéaux natio­na­listes, socia­listes ou pan­arabes par l’hégémonie isla­miste sur la rive Sud de la Médi­ter­ra­née. Bien sûr, les “musul­mans” ne sont pas com­plè­te­ment pas­sifs dans la mise en œuvre des pro­ces­sus décrits plus hauts. »

Quand SM pointe un élé­ment essen­tiel dans cette évo­lu­tion (nous lais­sons de côté les super­mar­chés et plus dou­teuses les « faveurs des états-majors ») qui va de « l’ouvrier nord-africain » au « musul­man », il n’évoque pas les pro­ces­sus réels de la crise et de la restruc­tu­ra­tion des années 1970 aux années 1980, le regrou­pe­ment fami­lial, les « deuxième et troi­sième géné­ra­tions » qui ne prennent pas la relève, c’est-à-dire d’abord les causes de la « cultu­ra­li­sa­tion » de l’immigré et de sa des­cen­dance puis la confes­sion­na­li­sa­tion de cette « cultu­ra­li­sa­tion ». Ce point essen­tiel devient chez SM : « la démo­né­ti­sa­tion du réfé­rent ouvrier dans les dis­cours publics (sou­li­gné par nous) ». Comme si voir dans cette « démo­né­ti­sa­tion » autre chose qu’une affaire de « dis­cours publics » allait contraindre à s’interroger sérieu­se­ment sur la « décom­po­si­tion du mou­ve­ment ouvrier ». Inter­ro­ga­tion qui est pour SM l’interdit majeur sous peine de voir son livre s’effondrer ou sim­ple­ment appa­raître pour ce qu’il est : un pam­phlet, une entre­prise de dénon­cia­tion des entre­pre­neurs sans aucune réfé­rence objec­tive à ce qui est l’objet de leur entre­prise. Comme pour les « Amis de Juliette », comme pour les auteurs de « Jusqu’ici tout va bien.. », pour SM la dénon­cia­tion est suf­fi­sante dans la mesure où l’unité de la classe sous le visage ou non du « mou­ve­ment ouvrier », sont des réfé­rents tou­jours pré­sents quelles que soient les vicis­si­tudes du moment, ou tou­jours prêts à se révé­ler à nou­veau. Les seg­men­ta­tions raciales, les assi­gna­tions, ne sont en consé­quence que des acci­dents de sur­face, des choses abso­lu­ment contin­gentes vis-à-vis de ce qu’est sub­stan­tiel­le­ment la classe. Rien d’objectif là-dedans, seule­ment un « tra­vail sub­jec­tif », des manœuvres : la dénon­cia­tion suf­fira donc. Il est d’une cer­taine façon comique de voir resur­gir sous la plume de SM les pires pla­ti­tudes rela­tives au mou­ve­ment ouvrier entre­cou­pées de cita­tions et de réfé­rences à Socia­lisme ou Bar­ba­rie, Noir et Rouge ou l’Internationale Situa­tion­niste. Marx disait à pro­pos de la masse de livres consa­crés au coup d’Etat de Louis Napo­léon Bona­parte qu’il n’y en avait que deux d’importants : le sien bien sûr et celui de Vic­tor Hugo, Napo­léon le petit. Mais il ajou­tait qu’entraîné par sa haine du per­son­nage, Hugo ne consi­dé­rait aucune condi­tion de ce coup d’Etat et, ainsi, fai­sait de Louis Napo­léon, non pas un « petit » et piètre per­son­nage mais un sur­homme. A lire SM ou les « Amis de Juliette », « Bou­teldja la petite » semble en passe de deve­nir « superwoman ».

« La fabrique du musul­man » est un bien joli titre, mais il n’y a rien der­rière. Dans cette « fabrique », la méca­nique est très par­tiel­le­ment décrite ainsi que cer­tains des méca­ni­ciens, mais rien sur l’énergie qui anime cette méca­nique, comme si les méca­ni­ciens qui ont conçu et entre­tiennent les rouages suf­fi­saient à mettre en branle de purs objets de leur inven­tion. A concen­trer sa cri­tique de la « fabrique du musul­man » sur eux, SM en fait des démiurges.

« Bien sûr, les “musul­mans” ne sont pas com­plè­te­ment pas­sifs dans la mise en œuvre des pro­ces­sus décrits plus hauts. » déclare SM dans cet entre­tien de Bal­last (même si les « pro­ces­sus » en ques­tion res­tent dans l’ombre du « tra­vail sub­jec­tif »). C’est la ques­tion la plus dif­fi­cile : pour­quoi cette assi­gna­tion est-elle mas­si­ve­ment reprise par ceux qu’elle désigne et enferme ? Plu­sieurs fois dans ces notes de lec­ture, nous avons exposé les rai­sons qui à un cer­tain moment, dans cer­taines condi­tions font que l’islam devient le mar­queur de la seg­men­ta­tion et de l’assignation raciale ; mais cela n’explique pas pour­quoi le groupe ainsi dési­gné et consti­tué reprend à son compte l’appellation pour se dési­gner lui-même. Pas tous bien sûr, mais c’est mas­sif et la ques­tion est incontournable.

Il y a la pres­sion sociale et ins­ti­tu­tion­nelle, publique, qui répète « vous êtes musul­mans », il y a tou­jours l’explication un peu passe-partout du « retour­ne­ment du stig­mate ». Cela existe mais demeure un peu super­fi­ciel et pas très convain­cant. Dans ce même entre­tien, SM avance une expli­ca­tion que nous avons éga­le­ment déve­lop­pée dans les notes sur le livre d’Hajjat : « De fait, cer­tains cour­tiers ou entre­pre­neurs com­mu­nau­taires y voient de nou­velles oppor­tu­ni­tés afin de satis­faire leurs inté­rêts per­son­nels ou leur pro­jet de société. Mais cela ne réglera en rien le sort de la grande majo­rité des musul­mans, qui a plu­tôt à voir avec les couches de la popu­la­tion fran­çaise les moins favo­ri­sées éco­no­mi­que­ment. Seule une mino­rité – plu­tôt bien dotée en capi­taux éco­no­miques ou sco­laires – pourra accé­der à des postes de repré­sen­ta­tion ou inté­grer l’élite diri­geante grâce à la “diver­sité”, qui joue contre l’égalité. » Il est exact que dans les années 1990, on voit appa­raître les pre­mières orga­ni­sa­tions « musul­manes » dans les caté­go­ries les plus édu­quées des jeunes issus de l’immigration (voir notes sur Haj­jat). Cela a joué son rôle, mais cela n’explique pas pour­quoi cette appel­la­tion va se dif­fu­ser dans l’ensemble de la popu­la­tion à moins d’attribuer aux Indi­gènes et autre « Pré­sence musul­mane », un impact que ces orga­ni­sa­tions n’ont pas. On trouve cepen­dant avec ce der­nier point un début d’explication, une piste. La ques­tion est inso­luble tant que l’on consi­dère le pro­blème comme se frac­tion­nant en deux temps : l’assignation venant du racia­li­sa­teur puis la reprise de l’assignation (ainsi construite) par le racialisé.

Le pro­cès de consti­tu­tion des assi­gna­tions raciales est un pro­ces­sus objec­tif dans lequel le racia­lisé n’a pas le choix de son appel­la­tion et même de sa lutte contre elle. Reve­nons à une des thèses de Colette Guillaumin :

« L’existence d’un groupe objec­tif reconnu pour tel, majo­ri­taire ou mino­ri­taire, ne se pro­duit qu’au sein d’un uni­vers com­mun dont la codi­fi­ca­tion est la même pour l’ensemble de la société. Ce n’est pas l’hétérogénéité des valeurs qui marque l’existence d’une majo­rité et d’une mino­rité, mais bien l’homogénéité du sys­tème de valeurs. (…) L’existence des groupes majo­ri­taire et mino­ri­taire se fonde, au-delà du pou­voir, sur un uni­vers sym­bo­lique com­mun. Le mino­ri­taire se trouve en fait inté­gré dans le sys­tème sym­bo­lique défini par le majo­ri­taire quels que soient par ailleurs ses essais ou ses échecs à se consti­tuer un sys­tème propre. Plus encore, ses efforts pour se défi­nir contre un tel sys­tème sont orien­tés et cana­li­sés par le majo­ri­taire ; il ne peut se défi­nir sur des réfé­rences internes et indé­pen­dantes, il doit le faire à par­tir des réfé­rences que lui offre le sys­tème majo­ri­taire. L’histoire récente des mino­ri­tés en offre de bons exemples : le Black Power, le “fémi­nisme”, la “négri­tude” sont des sys­tèmes d’opposition, des “réponses”. La vio­lence de cette contrainte qui pour­suit le mino­ri­taire jusqu’à lui impo­ser les termes mêmes de sa révolte et le main­te­nir dans l’ornière d’une défi­ni­tion pré­éta­blie par la société qu’il conteste échappe trop sou­vent. On ne peut donc dire à aucun moment qu’il existe des groupes (ou des sys­tèmes) hété­ro­gènes, mais bien un sys­tème de réfé­rence par rap­port auquel les groupes réels – tant mino­ri­taires que majo­ri­taire – se défi­nissent dif­fé­rem­ment » (Guillau­min, L’Idéologie raciste, p.125)

Ce « sys­tème de valeurs homo­gène », cet « uni­vers sym­bo­lique com­mun », est, pour ce qui nous pré­oc­cupe ici, celui consti­tué par les couples laïque / reli­gieux ; moderne / archaïque ; indi­vi­dua­lité libre / com­mu­nauté ; uni­ver­sel / par­ti­cu­lier, etc., dont nous avons pré­senté les rai­sons de sa pré­gnance idéo­lo­gique à par­tir des années 2000. L’islam devient une réponse orien­tée et cana­li­sée par le majo­ri­taire, réponse qui en sub­stance déclare : « je suis une voie propre vers l’indépendance indi­vi­duelle, la moder­nité, etc. ». Le fameux « uni­ver­sa­lisme de l’Occident », la fameuse « moder­nité », ne sont jamais remis en cause parce qu’ils ne peuvent pas l’être car ils sont objec­ti­ve­ment ancré dans le MPC, et per­sonne ne leur échappe. L’opposition à l’universalisme, à la moder­nité, devient une de leurs déter­mi­na­tions car l’universalisme et la moder­nité demeurent tou­jours la norme. La seule contes­ta­tion pos­sible consiste à cher­cher à construire une voie auto­nome vers les mêmes buts : « vous n’avez pas le mono­pole de l’universel et de la moder­nité ». (reve­nir ici sur de nom­breux exemples don­nés sans le vou­loir par She­rene Razack, La Chasse aux musul­mans). Le piège est parfait.

Pour­sui­vons avec Guillau­min : « Consi­dé­rer le racisme comme un schéma de simple mise en pré­sence de groupes hété­ro­gènes (enne­mis ou non) néglige donc le fait qu’ils s’insèrent dans une tota­lité. Le sys­tème caté­go­riel n’est pas le résul­tat d’un contact entre pures hété­ro­gé­néi­tés, que seul le hasard géo­gra­phique met­trait en pré­sence, mais l’expression d’un ordre sym­bo­lique qui recouvre l’ensemble. Une société raciste n’est pas la col­lec­tion com­po­site de groupes hété­ro­gènes mais fonc­tionne sui­vant un sys­tème de rela­tion entre groupes de pou­voir inégal ; elle est sys­tème d’antagonismes et non jux­ta­po­si­tion de groupes. Dans les phé­no­mènes racistes, la réa­lité orga­nique de la liai­son est un fac­teur capi­tal, les groupes étant pro­fon­dé­ment dépen­dants les uns des autres dans l’univers sym­bo­lique tout comme dans la réa­lité concrète. Aucun n’est lisible si on l’isole de la rela­tion qui, pré­ci­sé­ment, le consti­tue » (125−126).

Si la révolte et la lutte du mino­ri­taire est iné­luc­table et néces­saire, elle est un nœud de contra­dic­tions et une impasse tant qu’elle se déli­mite et s’effectue sur l’identité défi­nie et recon­nue socia­le­ment construite par le groupe majo­ri­taire et confor­tée par les entre­pre­neurs qui veulent en être les repré­sen­tants. C’est cepen­dant dans ces contra­dic­tions que peut sur­gir la remise en cause même des iden­ti­tés par l’insatisfaction vis-à-vis de soi. Du fait que cette iden­tité est celle que vous vou­lez que je sois (cf. Cas­sius Clay et James Bald­win, voir notes sur Guillaumin).

Tou­jours ce qui revient ce sont les phrases de Cas­sius Clay : « Je n’ai pas à être ce que vous vou­lez que je sois. (…) Vous vou­lez m’imposer la dif­fé­rence que vous me dési­gnez comme étant ma dif­fé­rence d’avec vous et qui me défi­ni­rait entiè­re­ment. » ; ou de James Bald­win « I’m not your negro ».

Deuxiè­me­ment, le livre de SM est bâti sur une pen­sée abso­lu­ment binaire n’admettant qu’une exclu­sion réci­proque radi­cale entre race et classe. Entre les deux, il ne pour­rait exis­ter qu’une rela­tion de sub­sti­tu­tion. Que réa­li­ser cette « sub­sti­tu­tion » soit l’objectif poli­tique des « entre­pre­neurs » est exact, mais cela ne jus­ti­fie pas pour autant la pen­sée binaire des féti­chistes de la « classe » qui pro­meuvent et encensent le livre en se gar­dant bien de rap­pe­ler com­ment le « mou­ve­ment ouvrier » en est la toile de fond néces­saire (sans par­ler de « l’alliance avec la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle »). Le pro­blème de SM c’est qu’ayant réduit la seg­men­ta­tion raciale de la classe ouvrière à ces « entre­prises » et ayant sous­crit à la légende du mou­ve­ment ouvrier, il ne peut plus voir que la classe ouvrière ne fut jamais une, que la seg­men­ta­tion raciale la tra­verse consti­tu­ti­ve­ment dans son exis­tence de classe de ce mode de pro­duc­tion. Classe et race ne sont pas dans un rap­port d’exclusion réci­proque : soit l’un soit l’autre. Le livre passe tota­le­ment à côté des ques­tions réelles de la lutte de classe les sup­po­sant réso­lues à la condi­tion de tra­vailler à la recons­truc­tion du « mou­ve­ment ouvrier en alliance avec la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle » (ceux-là on ne sait jamais qui c’est).

Repre­nons en lisant la suite une cita­tion de l’entretien déjà uti­li­sée : « De fait, cer­tains cour­tiers ou entre­pre­neurs com­mu­nau­taires y voient de nou­velles oppor­tu­ni­tés afin de satis­faire leurs inté­rêts per­son­nels ou leur pro­jet de société. Mais cela ne réglera en rien le sort de la grande majo­rité des musul­mans, qui a plu­tôt à voir avec les couches de la popu­la­tion fran­çaise les moins favo­ri­sées éco­no­mi­que­ment. Seule une mino­rité – plu­tôt bien dotée en capi­taux éco­no­miques ou sco­laires – pourra accé­der à des postes de repré­sen­ta­tion ou inté­grer l’élite diri­geante grâce à la “diver­sité”, qui joue contre l’égalité. Le reste sera condamné à la stag­na­tion ou à la relé­ga­tion –au même titre que les autres com­po­santes des classes popu­laires de France – les dis­cri­mi­na­tions en plus (sou­li­gné par nous). »

La der­nière phrase dit une chose et sont contraire : c’est « la même stag­na­tion et relé­ga­tion » … « les dis­cri­mi­na­tions en plus ». Mais c’est pré­ci­sé­ment là le pro­blème que SM esca­mote. Nous pou­vons voir au tra­vers de tout l’appareil sta­tis­tique offi­ciel que ces dis­cri­mi­na­tions ne sont pas « en plus », mais consti­tu­tives de la divi­sion du tra­vail, de la repro­duc­tion de la classe ouvrière, consti­tu­tives de l’existence de la force de tra­vail glo­bale face au capi­tal. Cela ne signi­fie pas qu’il ne peut pas y avoir de luttes com­munes, mais il est rare qu’elles ne soient pas tra­ver­sées par ces « dis­cri­mi­na­tions ». L’ouvrier blanc (« de souche ») ne jouit pas pour autant de « pri­vi­lèges » (le « pri­vi­lège blanc » des Indi­gènes). Un pri­vi­lège est un avan­tage dont on jouit contre le droit com­mun, contre la loi com­mune, il ne peut donc être que le fait d’une mino­rité. Ce sont les tra­vailleurs raci­sés qui sont exclus léga­le­ment ou non de la loi et des pra­tiques com­munes concer­nant l’embauche, le poste de tra­vail, le salaire, les pro­mo­tions, le loge­ment, l’éducation, etc. Et, pour l’ouvrier blanc, la loi et les pra­tiques com­munes sont loin d’être des « pri­vi­lèges ». Cepen­dant, sans par­ler de « pri­vi­lèges », en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, il est vrai qu’il vaut mieux être un ouvrier blanc qu’Arabe ou Noir, sim­ple­ment pour être dans la loi et les pra­tiques com­munes ou en obte­nir l’application. Les pro­ces­sus de dis­cri­mi­na­tions à l’intérieur de la classe ouvrière sont des dis­po­si­tifs consti­tu­tifs de l’existence ouvrière mais sur les­quels les ouvriers n’ont aucun pou­voir même si, catas­tro­phi­que­ment, ils peuvent être ame­nés par­fois à défendre ces dis­cri­mi­na­tions (Aigues Mortes à la fin du XIXe siècle ; les dockers de Londres au début des années 1970, les licen­cie­ments dans l’automobile en France au début des années 1980, etc.). La classe ouvrière n’est qu’une classe de ce mode de pro­duc­tion, si c’est pour cela qu’elle a la capa­cité de l’abolir et de se sup­pri­mer, cela n’est pas le fait d’une nature révo­lu­tion­naire qui, en se mani­fes­tant, ren­drait toutes les choses simples (les « déra­pages » rele­vant de manœuvres et de dévoiement).

Toutes les contra­dic­tions et seg­men­ta­tions sont défi­ni­toires de la « posi­tion com­mune » des pro­lé­taires dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, elles existent de façon interne à l’existence et à la pra­tique de la classe ; le pro­lé­ta­riat n’existe pas d’abord tel qu’en lui-même et est seule­ment ensuite tra­versé par ces seg­men­ta­tions et contra­dic­tions. Comme si le pro­lé­ta­riat était (ce qui est tou­jours impli­ci­te­ment pré­sup­posé) blanc et mas­cu­lin (parce que si les femmes se disent « cama­rades mais femmes » c’est aussi une entorse mal­veillante à l’unité de la classe). Etre une classe n’existe plus que comme un rap­port au capi­tal, c’est alors avoir de façon inté­rieure toutes les seg­men­ta­tions et contra­dic­tions pro­duites par les caté­go­ries du mode de pro­duc­tion et leur repro­duc­tion. La seg­men­ta­tion et la posi­tion com­mune, race et classe, ne sont pas des contraires exclu­sifs et seule­ment sub­stu­tuables.

On peut cla­mer qu’il faut l’unité de la classe, le « grand tous ensemble » et que les divi­sions ne sont que le fait de « mal­veillants entre­pre­neurs », mais voilà cette « unité » ce n’est jamais ce qu’il se passe et il fau­drait com­prendre pour­quoi : dans la situa­tion com­mune des pro­lé­taires qui est leur rap­port au capi­tal il n’y a que leurs divi­sions, c’est pour­quoi la révo­lu­tion est l’abolition par les pro­lé­taires de leur propre condi­tion, vou­loir la révo­lu­tion comme abo­li­tion de toutes les classes et pro­mou­voir l’unité préa­lable de la classe est un non-sens auquel la légende du mou­ve­ment ouvrier donne des allures de tra­di­tion res­pec­table. Ce n’est, à l’intérieur de la lutte en tant que classe, que par des pra­tiques d’attaques par les pro­lé­taires de ce qui les défi­nit dans leur situa­tion de pro­lé­taires y com­pris toutes les formes de repré­sen­ta­tions, que la seg­men­ta­tion est posée comme pro­blème, c’est-à-dire quand elle se confond avec l’appartenance de classe elle-même et non quand c’est cette appar­te­nance de classe qui est sup­po­sée conte­nir l’unité et résoudre la ques­tion des divi­sions. C’est un point théo­rique et pra­tique essen­tiel qui dis­tingue les théo­ries de la com­mu­ni­sa­tion d’un bri­co­lage pro­gram­ma­tique new look fai­sant de la com­mu­ni­sa­tion un nou­veau pro­gramme sans que celui-ci soit relié aux trans­for­ma­tions de la contra­dic­tion entre pro­lé­ta­riat et capi­tal et aux formes de valo­ri­sa­tion du capi­tal. Bref, on gar­de­rait tout comme avant et on ajoute : « voilà le but véri­table que nous pou­vons atteindre main­te­nant, voilà ce qu’il faut faire ».

L’abolition du capi­tal, de l’Etat, etc., ce sera un nœud de contra­dic­tions entre les pro­lé­taires et la classe domi­nante à toute sorte de niveau et d’instances et entre les pro­lé­taires eux-mêmes, dans les­quelles se liqui­de­ront ou non les iden­ti­tés construites inhé­rentes à leur exis­tence de pro­lé­taires, entre les hommes et les femmes dans l’abolition de la pro­priété, de la divi­sion du tra­vail et du travail.

Dans la lutte contre la racia­li­sa­tion, le déni nor­ma­tif des seg­men­ta­tions et la pro­cla­ma­tion de l’unité mys­tique de la classe sont le rêve de mili­tants qui se sont trom­pés d’époque. Si SM a rai­son de dénon­cer dans l’idéologie des Indi­gènes, le « refus de la lutte contre l’exploitation capi­ta­liste » et « l’occultation des luttes d’une immi­gra­tion inté­grée (sou­li­gné par nous) à la classe ouvrière » (137), nous ne pou­vons avoir cepen­dant qu’une opi­nion extrê­me­ment réser­vée quant à l’irénisme de cette « inté­gra­tion » à l’intérieur du mou­ve­ment ouvrier et de ses ins­ti­tu­tions. SM peut déve­lop­per des cri­tiques fac­tuelles pré­cises et per­ti­nentes des idéo­lo­gies et des pra­tiques en cours parmi les « entre­pre­neurs » et les « islamo-gauchistes », mais elles res­te­ront tou­jours limi­tées du fait de sa vision non-critique et non-historique du mou­ve­ment ouvrier et de l’unité de la classe dont l’attente du retour est la toile de fond de tout son ouvrage.

Au-delà de la « décom­po­si­tion du mou­ve­ment ouvrier » et de l’unité mys­tique de la classe, dans le cours actuel des luttes, ce qui importe c’est une vision prag­ma­tique des conflits internes, des divi­sions, de leur dyna­mique, de ce qu’elles repré­sentent, des alliances ou non. La flui­dité, la labi­lité, l’historicité des construc­tions raciales c’est là-dessus qu’il faut se battre et non se réfu­gier dans le déni, la condam­na­tion manœu­vrière et la norme. La flui­dité, etc. c’est aussi ce qui per­met de pen­ser la pos­si­bi­lité de la lutte anti­ra­ciste, elle en est la pos­si­bi­lité et le contenu même. L’objet de la cri­tique, sa cible, son point d’appui, c’est cette labi­lité, cette plas­ti­cité et cette fra­gi­lité : l’historicisation, la « décons­truc­tion », la contex­tua­li­sa­tion et, pour­quoi pas, dans cer­taines situa­tions, le fait que ces iden­ti­tés peuvent être des pro­ces­sus dyna­miques de consti­tu­tion d’une lutte spé­ci­fique et par­ti­cu­lière et par là la refor­mu­la­tion d’un rap­port de forces géné­ral entre les classes.

En ce qui concerne ce der­nier point, dans un entre­tien publié sur le site Bal­last, SM reprend un frag­ment de l’Adresse aux révo­lu­tion­naires d’Algérie et de tous les pays de « l’Internationale situa­tion­niste » : « Les pro­chaines révo­lu­tions ne peuvent trou­ver d’aide dans le monde qu’en s’attaquant au monde, dans sa tota­lité. Le mou­ve­ment d’émancipation des Noirs amé­ri­cains, s’il peut s’affirmer avec consé­quence, met en cause toutes les contra­dic­tions du capi­ta­lisme moderne (c’est nous qui sou­li­gnons) ; il ne faut pas qu’il soit esca­moté par la diver­sion du natio­na­lisme et capi­ta­lisme de cou­leur des Black Mus­lims. » SM n’a vu que la fin de la phrase sur la « diver­sion », là il était chez lui, mais le début est une réfu­ta­tion radi­cale de toute sa pro­blé­ma­tique : la mise en cause de « toutes les contra­dic­tions du capi­ta­lisme moderne » est le fait d’un mou­ve­ment qui recon­naît et assume la seg­men­ta­tion raciale à l’intérieur du pro­lé­ta­riat : « le mou­ve­ment d’émancipation des Noirs amé­ri­cains ». De même, on pour­rait citer C.LR.James dont SM se réclame au cours de l’entretien : « Aujourd’hui, leur com­po­si­tion pro­lé­ta­rienne et leur rela­tion avec le pro­lé­ta­riat amé­ri­cain sont telles que leurs luttes (celles des « Nègres », nda) indé­pen­dantes (sou­li­gné par nous) consti­tuent pro­ba­ble­ment le sti­mu­lant le plus puis­sant dans la société amé­ri­caine pour que le pro­lé­ta­riat orga­nisé amé­ri­cain prenne conscience de ses véri­tables res­pon­sa­bi­li­tés dans la marche d’ensemble du pro­ces­sus natio­nal et de la force qu’il repré­sente contre l’impérialisme amé­ri­cain. » (Une his­toire du Nègre aux Etats-Unis – 1943 – in C.L.R.James, Sur la ques­tion noire, p.143, éd. Syllepse).

« Je refuse avec la même force la confes­sion­na­li­sa­tion et la racia­li­sa­tion de la ques­tion sociale car leur triomphe défi­ni­tif signi­fie­rait la dis­pa­ri­tion de toute issue réel­le­ment éman­ci­pa­trice » déclare SM (entre­tien de Bal­last). Pro­cla­ma­tion très noble mais qui n’avance à rien. C’est en com­pre­nant com­ment racia­li­sa­tion et confes­sion­na­li­sa­tion (je pré­fère cet ordre des termes) sont objec­ti­ve­ment construites qu’on peut lut­ter contre, c’est-à-dire à par­tir de leur recon­nais­sance dans la consti­tu­tion même du pro­lé­ta­riat en classe et non de leur « refus ». Le pro­blème de la lutte de classe, c’est la classe.

Dans le même entre­tien : « De nos jours, des notions comme la “race” et l’ “iden­tité” ont été rapi­de­ment réap­pro­priées, sans la moindre cri­tique par cer­tains milieux mili­tants por­teurs d’un dis­cours radi­cal (…) Il fau­drait tout de même réus­sir à démon­trer l’utilité poli­tique de ces outils théo­riques dans une pers­pec­tive révo­lu­tion­naire, en par­ti­cu­lier dans le contexte fran­çais. » L’ « uti­lité poli­tique » n’a pas à être « démon­trée » puisque ces déter­mi­na­tions de races et d’identités sont par­ties pre­nantes de la consti­tu­tion des classes et de la lutte des classes. Races et iden­ti­tés ne sont des outils théo­riques que dans la mesure où on com­prend leur construc­tion réelle dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, com­ment elles s’insèrent de façon tou­jours his­to­ri­que­ment spé­ci­fique dans la lutte des classes. On ne par­lera pas de la même façon des grèves des maçons ita­liens en région mar­seillaise au début du XXe siècle, des ouvriers de Billan­court au début des années 1970 ou des émeutes de ban­lieues en 2005. Cer­taines seg­men­ta­tions raciales peuvent dis­pa­raître, de nou­velles appa­raître. En défi­ni­tive, la prin­ci­pale ques­tion ne porte pas sur les iden­ti­tés ou les races, mais sur le pro­lé­ta­riat lui-même qui n’est pas une sub­stance pos­sé­dant en elle sa mis­sion his­to­rique. On pour­rait sim­ple­ment répondre à SM que races et iden­ti­tés nous servent à com­prendre ce qu’il se passe et que ce n’est que dans ce qu’il se passe que se forge la « pers­pec­tive révo­lu­tion­naire ». Nous serions curieux de voir com­ment SM par­vient à ana­ly­ser les grèves de l’automobile de 1981 – 1984 ou les émeutes de 2005 sans « l’outil théo­rique » de la race. En par­ler, l’analyser, lui faire toute sa place, ce n’est ni l’exalter, ni en faire l’alpha et l’oméga de tous les faits sociaux. Crier « La classe ! La classe ! » en sau­tant sur sa chaise comme un cabri n’est pas plus effi­cace dans une « pers­pec­tive révo­lu­tion­naire » que de crier « La race ! La race ! ». Il ne s’agit pas de com­bi­ner les deux, comme dans une mau­vaise com­pré­hen­sion de « l’intersectionnalité », les choses sont en fait assez simples : le pro­lé­ta­riat n’existe pas préa­la­ble­ment dans une sorte de pureté théo­rique avant de comp­ter en son sein des Arabes, des Noirs, etc. Tout est donné simul­ta­né­ment mais concep­tuel­le­ment tout n’est pas au même niveau. C’est à par­tir du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, de l’exploitation, des classes que nous dédui­sons les construc­tions raciales comme néces­saires et le cours des luttes de classe comme inté­grant cette néces­sité. La lutte des classes est bien le « moteur de l’Histoire » pour par­ler comme SM, mais la ques­tion raciale n’est pas « subor­don­née à la lutte de classe » comme le dit SM à la suite de C.L.R.James, elle lui est interne.

Même si « le slo­gan “Noirs et Blancs unissez-vous et lut­tez” est inat­ta­quable en prin­cipe, mais sou­vent trom­peur et par­fois même dan­ge­reux au regard de la réa­lité » (CLR James), en revanche le déni fut tou­jours néces­saire et vital pour le mou­ve­ment ouvrier et il l’a tou­jours pra­ti­qué. Quand, dans la suite de l’entretien, SM cite C.L.R. James, il n’en lit et n’en com­prend que la moi­tié. Quand James parle de subor­di­na­tion, il ajoute immé­dia­te­ment : « Mais négli­ger le fac­teur racial comme sim­ple­ment acces­soire est une erreur à peine moins grave que de le rendre fon­da­men­tal. » (The Black jaco­bins, cité par SM dans l’entretien). Pour SM cela vaut auto­ri­sa­tion pour ne pas s’en pré­oc­cu­per face au « moteur de l’Histoire » (ce n’est pas moi qui ajoute la majus­cule). Paro­diant SM, « A quoi sert cet “outil théo­rique” ? » serait-on tenté de deman­der à James.

Sur la lan­cée de cette lec­ture hémi­plé­gique de James, SM fait un pas de plus et enchaine sur une cita­tion de Lou­zon où, là, la race est reje­tée hors de tout espace théo­rique : « La colo­ni­sa­tion n’est donc pas, en fait, ce qu’elle appa­raît être à pre­mière vue ; elle n’est pas affaire de races et elle est bien moins affaire de reli­gion, elle n’a pour rai­son ni d’exterminer une race enne­mie ni de conver­tir des infi­dèles ; elle est sim­ple­ment l’extension à d’autres par­ties de la pla­nète du sys­tème à fabri­quer des pro­lé­taires que la bour­geoi­sie a com­mencé à appli­quer chez elle dès sa nais­sance ». Exit le « Code noir », le « Code de l’indigénat », le refus de la citoyen­neté, les col­lèges élec­to­raux sépa­rés, etc.,etc. Pas de racisme dans la colo­ni­sa­tion : « faut pas pous­ser SM ! ». A force de se foca­li­ser sur les « for­ce­nés de l’identité » ℠ et de réduire la seg­men­ta­tion raciale à leurs acti­vi­tés, SM en arrive à dire n’importe quoi au nom de la pré­ser­va­tion de la pureté pro­lé­ta­rienne s’exprimant dans le mou­ve­ment ouvrier « allié à la petite bour­geoi­sie intel­lec­tuelle » qui, au prix d’une petite entorse intel­lec­tuelle à la « non mixité de classe », trouve tout de même sa place.

A la suite de son « refus de la confes­sion­na­li­sa­tion et de la raci­sa­tion de la ques­tion sociale » (ce qui est tout à fait contraire à tous les textes de James), SM intro­duit un paral­lèle entre la situa­tion actuelle et la « main ten­due aux catho­liques » de Mau­rice Tho­rez dans l’Humanité du 17 avril 1936 et la réponse de Mar­ceau Pivert à Tho­rez (« Frères en tant qu’exploités mais non pas frères en tant que catho­liques »). Ce paral­lèle passe tota­le­ment à côté des ques­tions aux­quelles nous sommes mal­heu­reu­se­ment confron­tés main­te­nant, il a la curieuse carac­té­ris­tique d’occulter ce dont il est censé par­ler, c’est-à-dire le racisme et actuel­le­ment son mar­queur reli­gieux. Le paral­lèle entre catho­liques de 1936 et musul­mans de 2017 n’a aucun sens. Les ouvriers catho­liques fran­çais de 1936 n’étaient pas un groupe racisé (sauf peut-être les mineurs polo­nais à Montceau-les-Mines — je plai­sante). Toutes les dif­fi­cul­tés dans les­quelles nous sommes embar­qués rela­tives à la com­pré­hen­sion et aux prises de posi­tion face à la consti­tu­tion actuelle du racisme sur mar­queur reli­gieux sont éva­cuées par ce parallèle.

On ne peut sor­tir de ces dif­fi­cul­tés que par une com­pré­hen­sion de l’« isla­mo­pho­bie » qui para­doxa­le­ment ne fait pas de l’islam le début et la fin de l’affaire (voir notes sur Haj­jat). Les mesures « isla­mo­phobes » sont des mesures racistes dont l’islam est la forme conjonc­tu­relle. Il importe alors de mon­trer et de mettre l’accent sur les rai­sons de cette conjonc­ture qui implique l’ensemble des rap­ports de classes (voir divers pas­sages dans les notes sur Guillau­min et sur Haj­jat). En sor­tant l’islamophobie de sa vision comme rele­vant d’un « choc cultu­rel » on l’historicise comme une construc­tion raciale par­ti­cu­lière mais rele­vant des méca­nismes géné­raux des construc­tions raciales dans le MPC, on demeure de plain pied dans les méca­nismes de repro­duc­tion du capi­tal. On montre qu’être musul­man n’est pas une qua­lité inhé­rente à une somme d’individus mais une assi­gna­tion construi­sant le groupe comme tel, tra­versé lui-même de conflits entre hommes et femmes et selon les classes sociales, conflits par­fois propres mais le plus sou­vent iden­tiques au reste de la popu­la­tion dans la même situa­tion sociale. On défait l’homogénéisation induite par « l’islamophobie ». On s’opposera aux défen­seurs de l’islam qui ont besoin d’en faire le début et la fin de « l’islamophobie » non pas au nom de la cri­tique anti­clé­ri­cale mais parce qu’on aura démonté la construc­tion de l’islamophobie, ce n’est que ce fai­sant que l’on peut alors poser, en situa­tion, si néces­saire, la cri­tique de la reli­gion parce que les adver­saires auront été autre­ment défi­nis. On cri­tique des mesures racistes en expli­quant pour­quoi elles ont acquis cette « forme », et si on ne défend pas l’islam, on ne défend pas non plus la laï­cité. La laï­cité parle de Liberté, mais der­rière la Liberté, c’est l’Etat qui se pro­file, et avec l’Etat, le pou­voir et l’Ordre qui assigne à cha­cun, au nom de la laï­cité, sa place dans la hié­rar­chie de la civi­li­sa­tion jus­ti­fiant sa pro­mo­tion ou sa relé­ga­tion, le trai­te­ment qui lui est réservé, sa place dans la société.

ANNEXE 1

Sur l’idéologie anti-islamophobe (Flora Grim et Alexan­dra Pinot-Noir – G/P – sur le site ddt21)

Dès le pre­mier para­graphe, le texte se donne un adver­saire taillé sur mesure : « Ce texte entend répondre à ceux qui, parmi les com­mu­nistes liber­taires, sont enga­gés dans un com­bat contre “l’islamophobie” et, à ce titre, pré­tendent inter­dire toute cri­tique de l’islam et pro­mou­voir une théo­rie de la “race sociale”… ». Il ne s’agit pas de com­prendre com­ment l’islam devient le mar­queur des construc­tion raciales anti-arabes et/ou anti-immigrés et leurs des­cen­dants, mais de « répondre » à ceux qui prennent l’islamophobie au pied de la lettre pour ce qu’elle dit d’elle-même aussi bien du côté des isla­mo­phobes que de leurs adver­saires plus ou moins jus­te­ment dési­gnés comme « isla­mo­philes » et qui en outre « pré­tendent inter­dire toute cri­tique de l’islam ». Le ter­rain est balisé pour ne pas sor­tir d’une stricte cri­tique idéo­lo­gique n’ayant pas à expli­quer et jus­ti­fier son objet et sur­tout pour ne pas en parler.

L’islam comme mar­queur du racisme devient alors l’effet d’un simple « tour de passe-passe qui assi­mile la “race” à la reli­gion ». Les rai­sons de cette assi­mi­la­tion ne sont jamais abor­dées si ce n’est sous l’angle de la mani­pu­la­tion et de la sou­mis­sion à de vieilles idéo­lo­gies comme le tiers-mondisme recy­clées pour l’occasion. Le but du « tour de passe-passe » est de « faire taire toute cri­tique de l’islam ». A n’en pas dou­ter « faire taire toute cri­tique de l’islam » était cer­tai­ne­ment le but de toutes les lois sur le voile et des inter­ven­tions des polices muni­ci­pales chas­sant le « bur­kini ». Tout le texte ne sort pas d’un cer­tain « entre-soi » à l’intérieur duquel il s’agit de prendre posi­tion, l’enjeu essen­tiel est la prise de posi­tion et non l’objet lui-même des prises de posi­tion. Entre mani­pu­la­teurs et dénon­cia­teurs, on est dans l’idéologie au sens le plus vul­gaire et on y reste.

« Assi­gner une iden­tité musul­mane à tous les immi­grés « arabes » et leurs des­cen­dants » n’aurait aucune cause sociale et his­to­rique dans l’évolution de la société fran­çaise, ce ne serait que le fait de quelques entre­pre­neurs en racia­li­sa­tion ayant trouvé un nou­veau cré­neau pour divi­ser la classe ouvrière que tout le monde sait être, en tout temps et tout lieu, en soi, abso­lu­ment une et indi­vi­sible. Consi­dé­rer l’islamophobie comme une idéo­lo­gie pro­fon­dé­ment sujette à la cri­tique est une chose, ne pas consi­dé­rer les faits que cette idéo­lo­gie met en forme à sa manière en est une autre. Dans ce texte, les faits dis­pa­raissent, ne sub­siste que l’idéologie dont la cri­tique suf­fi­rait. Il est vrai que par ailleurs on peut lire : « Quant au terme “isla­mo­pho­bie”, le pro­blème ne réside en réa­lité pas dans la notion elle-même mais dans l’usage qu’en font ceux qui la mani­pulent. ». Nous n’en serons jamais plus sur la notion elle-même dis­tin­guée de son uti­li­sa­tion, sa réa­lité, sa for­ma­tion, son « objec­ti­vité » ou non, sa fonc­tion de mar­queur de la racia­li­sa­tion. Tout au long du texte la notion se confond avec son uti­li­sa­tion, parce que c’est le seul objet des auteures.

Quand G/P écrivent : « C’est sur ces bases que l’idéologie iden­ti­taire anti-islamophobe vient s’associer, notam­ment chez cer­tains mar­xistes, à celle de la “race sociale”… », il faut se rap­pe­ler que les « bases » ici évo­quées ren­voient à ce qui dans le para­graphe pré­cé­dent était qua­li­fié de « dis­cours iden­ti­taire », nous tour­nons un peu en rond à l’intérieur d’une cri­tique de la seg­men­ta­tion raciale réduite à un dis­cours. Pour les auteures, il suf­fit alors de poin­ter du doigt les mani­pu­la­tions de quelques entre­pre­neurs en raci­sa­tion et la naï­veté de quelques libertaires.

De même, la « cultu­ra­li­sa­tion du racisme » n’est abor­dée que sous l’angle de l’histoire des idées, elle n’est reliée à aucun fait objec­tif dans l’histoire de l’immigration en France. Pour les auteures, il s’agit de dénon­cer les accoin­tances entre la Nou­velle Droite et les anti-islamophobes, cela suf­fit à leur pro­pos qui est un simple posi­tion­ne­ment dans un milieu. S’il est bon de cri­ti­quer le « dis­cours iden­ti­taire qui consi­dère que tous ceux qui ont un lien d’origine ou fami­lial avec l’un ou l’autre pays du Magh­reb (ou d’autres pays « arabes ») doivent se consi­dé­rer comme musul­mans… », il serait bon éga­le­ment de consi­dé­rer qu’il ne s’agit pas que d’un dis­cours et que l’assignation ne vient ni seule­ment, ni en pre­mier lieu des « anti-islamophobe » trop faci­le­ment assi­mi­lés pour les besoins de la dis­tinc­tion idéo­lo­gique à des cen­seurs de toute cri­tique des reli­gions et de l’islam spécialement.

S’il semble vrai, au pre­mier abord, que « ce n’est pas en rai­son de la reli­gion qu’ils pra­tiquent ou qu’on leur prête qu’ils sont dis­cri­mi­nés mais parce que ce sont des tra­vailleurs immi­grés ou issus de familles ayant immi­gré. Ce n’est pas l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe. » ; il aurait été cepen­dant inté­res­sant de cher­cher à com­prendre pour­quoi et com­ment la dis­cri­mi­na­tion en tant que tra­vailleurs immi­gré opère sous une dis­cri­mi­na­tion reli­gieuse et cultu­rel­le­ment iden­ti­taire. Mais on ne voit pas com­ment G/P pour­raient se poser cette ques­tion quand elles ne voient même pas la ques­tion que recèle leur affir­ma­tion pré­cé­dente. Si, comme elles l’écrivent, on est « dis­cri­miné en tant que tra­vailleurs immi­grés » (c’est moi qui sou­ligne), conclure que ce n’est pas « l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe » relève d’un « tour de passe-passe ». D’un coup de bon­ne­teau, dans « tra­vailleur immi­gré », « immi­gré » a disparu.

Ce n’est pas par oubli ou pour déli­mi­ter leur sujet que les auteures esca­motent toutes ces ques­tions, c’est parce que leur pro­blé­ma­tique leur inter­dit de voir ces ques­tions. C’est à la page deux que nous entrons dans le vif du sujet, au cœur de leur problématique.

« Cette vision « racia­liste » qui pré­tend créer une nou­velle classe de “race” ne sert en réa­lité qu’à mas­quer, voire à nier, la réa­lité du rap­port social capi­ta­liste : l’exploitation des pro­lé­taires, de tous les pro­lé­taires, quels que soient leur ori­gine, leur cou­leur de peau, leur reli­gion et leurs us et cou­tumes per­son­nels. » Qu’une « vision racia­liste » serve à « mas­quer la réa­lité du rap­port social capi­ta­liste » est une chose, que la seg­men­ta­tion raciale relève de pro­ces­sus objec­tifs du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste en est une autre. Les deux ne sont évi­dem­ment pas sans lien, mais ce lien est pré­ci­sé­ment l’interdit de la pro­blé­ma­tique des auteures. Pour elles, tous les pro­lé­taires « quels que soient leur ori­gine, etc. » sont exploi­tés, point final. Que dans l’exploitation même et sa repro­duc­tion gisent les méca­nismes de la seg­men­ta­tion raciale du pro­lé­ta­riat, cela est l’interdit absolu de leur propre idéo­lo­gie. C’est en cela qu’elles ne peuvent faire de la racia­li­sa­tion (quel qu’en soit le mar­queur) qu’une « vision » et une mani­pu­la­tion, au mieux un dis­cours. Et c’est seule­ment à cela qu’elle s’attaque, la réa­lité de la chose n’est pas leur objet. Elles peuvent alors reprendre à leur compte les vio­lentes inep­ties des auteurs de « Tiens ça glisse » qui « nomment racia­li­sa­tion (et donc raciste, voir d’autres textes des mêmes, nda) toute ana­lyse contri­buant à déve­lop­per ou à dif­fu­ser une théo­rie de la race ». En tant qu’objet théo­rique, la seg­men­ta­tion raciale n’est jamais consi­dé­rée comme une réa­lité, ce n’est qu’une vision des racia­li­sa­teurs dont on va décor­ti­quer les accoin­tances, les alliances, les ren­contres, la bio­gra­phie, rem­pla­çant l’analyse concrète d’un objet concret par un rap­port des Ren­sei­gne­ments Géné­raux (voir les Amis de Juliette) qui comme tout rap­port de police se conclut par un « Cir­cu­lez, il n’y a rien à voir ». Que ces « racia­li­sa­teurs » soient à com­battre est une affaire mais pas en sup­pri­mant l’objet du débat que l’on a réduit aux per­sonnes, à leur pro­jet poli­tique et à leur « vision », à un « tour de passe-passe ».

Quand G/M disent que le racisme n’est pas « indis­pen­sable » au déve­lop­pe­ment capi­ta­liste, c’est parce qu’elles consi­dèrent qu’il ne serait que « jus­ti­fi­ca­tion « ou « excuse ». Si le racisme est constam­ment lié au déve­lop­pe­ment du MPC (sans en être l’origine comme dans l’idéalisme de l’idéologie déco­lo­niale), ce n’est pas parce qu’il « jus­ti­fie » ou excuse » quoi que ce soit, mais parce qu’il est inhé­rent à l’universalité du capi­tal et à l’historicisation hié­rar­chique des socié­tés qui en découle, à la divi­sion du tra­vail, à la valeur morale de la force de tra­vail, à la citoyen­neté de l’individu libre isolé et à la nation. Pour Grim et Pinot-Noir, l’idéologie n’est que jus­ti­fi­ca­tion et excuse et elles nous assènent que « dans leur ensemble, pillage et colo­ni­sa­tion, tout comme l’exploitation pro­pre­ment dite, n’ont pas besoin de quel­conque excuse. », telle que le racisme. Il ne s’agit pas d’ « excuse », et pour­tant que de volumes, de trai­tés, de codes de lois, de théo­ries les plus folles, de biblio­thèques entières d’Economie poli­tique, de dis­po­si­tifs divers, que la classe domi­nante, ses éco­no­mistes, his­to­riens, anthro­po­logues, géo­graphes, méde­cins et phi­lo­sophes, mais sur­tout mili­taires, admi­nis­tra­teurs et fonc­tion­naires ont pro­duit pour construire, déli­mi­ter et hié­rar­chi­ser des groupes raciaux, nom­mer et fixer les eth­nies, expli­quer la néces­sité du colo­nia­lisme et de l’exploitation en géné­ral. G/M vont alors cher­cher deux exemples de colo­ni­sa­tion qui, selon elles, sont exemptes de racisme : les Irlan­dais et les Ukrai­niens. Rap­pe­lons que les Irlan­dais ont été décrits par les Anglais comme des bêtes et ont très dif­fi­ci­le­ment accédé au sta­tut de « blancs » aux Etats-Unis. Quant aux Ukrai­niens face aux Russes, autre exemple de colo­nia­lisme sans racisme selon G/P, par­ler de colo­nia­lisme entre l’Ukraine et la Rus­sie serait déjà un vrai sujet de dis­cus­sion. En outre, c’est sous le règne de Cathe­rine II (1762−1796) que le ser­vage est étendu et ren­forcé en Ukraine orien­tale (l’Ukraine occi­den­tale n’est acquise à la Rus­sie que lors du second par­tage de la Pologne en 1793) avec l’interdiction faite aux pay­sans de quit­ter le domaine et glo­ba­le­ment de quit­ter leur condi­tion, au plus grand bon­heur des pro­prié­taires ukrai­niens. Les exemples de G/P contre­disent leur pro­blé­ma­tique, non seule­ment dans les faits mais dans les notions employées. Dès que je parle d’ « Anglais » et d’ « Irlan­dais » ; de « Russes » et d’ « Ukrai­niens », j’ai construit des ensembles his­to­riques, cultu­rels ou raciaux, peu importe, mais j’ai com­mis le crime suprême : j’ai amal­gamé comme le plus vul­gaire anti-impérialiste les classes sociales de part et d’autre de la ligne de la colo­ni­sa­tion (cf.l’Ukraine). Il faut voir com­ment les élites aztèques se sont vite accom­mo­dées de la conquête espa­gnole aux dépends des pay­sans tenanciers.

Rien ne se donne jamais en clair, l’idéologie est par­tout, pas comme « excuse » ou « jus­ti­fi­ca­tion » mais comme rap­port aux rap­ports de pro­duc­tion et comme ensemble de solu­tions cré­dibles aux conflits nés de ces rap­ports. L’unité imma­nente et indis­tincte du pro­lé­ta­riat que nous pré­sentent Grim et Pinot-Noir est un bon exemple d’idéologie sous laquelle peuvent opé­rer de nom­breuses pra­tiques telles que celles du mou­ve­ment ouvrier qu’idéalise Sidi Moussa dans son « très bon ouvrage, La Fabrique du musul­man » (dixit Grim et Pinot-Noir dans un entre­tien pos­té­rieur à leur texte, sur le site ddt21). Face à la ter­rible unité imma­nente de la classe, les domi­nants ne pour­raient que faire feu de tout bois : « Le racisme, comme la xéno­pho­bie, est un outil qu’utilisent les domi­nants contre les domi­nés ». Quelle pau­vreté de pen­sée que l’instrumentalisme ! Il fonc­tionne com­ment cet « outil », quelle éner­gie utilise-t-il, par quelle trans­mis­sion passe cette éner­gie pour l’actionner ? « Il s’agit de créer des caté­go­ries per­met­tant de divi­ser pour pré­ve­nir ou écra­ser les rébel­lions et les luttes sociales » (G/P). Il faut avoir une bien piètre idée des pro­lé­taires, des luttes sociales et des rébel­lions pour pen­ser qu’un simple outil de diver­sion suf­fise à les pré­ve­nir ou les écra­ser. Mais alors, c’est la conscience de leur situa­tion et de leur imma­nente unité qu’il fau­drait appor­ter à ces pro­lé­taires mys­ti­fiés puisqu’ils se laissent ber­ner par des mani­pu­la­tions et des visions.

Dans la séquence par­ti­cu­lière que nous tra­ver­sons et vivons (cf. TC 25), la théo­rie de la com­mu­ni­sa­tion s’est sclé­ro­sée en un ensemble de pro­po­si­tions et de mesures codi­fiées, en un nou­veau pro­gramme dont la pro­duc­tion his­to­rique a dis­paru. La théo­rie de la com­mu­ni­sa­tion ne se sou­cie plus de sa propre pro­duc­tion dans un cycle de luttes, de son embar­que­ment dans l’immédiat. Encore une fois, la chouette de Minerve a pris son envol au cré­pus­cule. La com­mu­ni­sa­tion est deve­nue un but fixe et défini à atteindre par un pro­lé­ta­riat ima­giné et ima­gi­naire sem­blable à celui du mou­ve­ment ouvrier qui fait tant rêvé Sidi Moussa dans le livre que G/P trouve si « impor­tant ». Elles se gardent bien de citer tous les pas­sages où l’auteur déclare son amour au mou­ve­ment ouvrier, ses ins­ti­tu­tions et ses conquêtes ainsi que l’espérance du renou­veau de son « alliance avec la petite bour­geoi­sie intellectuelle ».

Le passé ne fait pas rêver que Sidi Moussa : « Et, même à l’époque du plein-emploi, le pou­voir et ses media ont tou­jours plus ou moins entre­tenu la xéno­pho­bie, encou­ra­geant la stig­ma­ti­sa­tion suc­ces­sive de cha­cune des dif­fé­rentes vagues de tra­vailleurs immi­grés (les « Polaks », les « Maca­ro­nis », « les Por­tos », etc.). La grande dif­fé­rence était que, dans les uni­tés de tra­vail, la soli­da­rité ouvrière pré­va­lait sur les pré­ju­gés et que tout le monde tra­vaillait et com­bat­tait au coude à coude. Mais c’était avant…. » (G/P). Pas­sons sur le fait que les vagues d’immigration des « Polaks », des « Maca­ro­nis » et « des Por­tos » n’ont pas tou­jours cor­res­pondu à des « époques de plein emploi », l’essentiel est dans la der­nière phrase. Que la « soli­da­rité ouvrière » était belle au temps d’Aigues Mortes et quand les ouvriers « fran­çais » applau­dis­saient à l’expulsion des mineurs polo­nais en 1937 ! Lisez les articles de Daniel Mothé dans Socia­lisme ou Bar­ba­rie sur Billan­court à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Il y avait bien soli­da­rité ouvrière mais au tra­vers de toutes sortes de conflits, de luttes menées ensemble ou les uns contre les autres créant un espace com­mun mais qui jamais en ce qui concer­nait alors les tra­vailleurs nord-africains ne dépas­sait la cou­pure entre « eux » et « nous ».

Le racisme ne sera dépassé que par et dans la lutte de classe disent G/M, c’est vrai mais pas dans un mythique « grand tous ensemble » à la Sidi Moussa car la posi­tion com­mune de l’appartenance de classe contient toutes les seg­men­ta­tions. Ce n’est que dans leur contra­dic­tion avec l’appartenance de classe deve­nue contrainte exté­rieure que les pro­lé­taires peuvent, abo­lis­sant le capi­tal, dépas­ser les seg­men­ta­tions raciales. Ce n’est pas dans leur situa­tion com­mune de classe mais en se retour­nant contre elle que les pro­lé­taires dépassent les seg­men­ta­tions raciales. En atten­dant, la lutte de classe peut tra­vailler la fra­gi­lité, la labi­lité, des seg­men­ta­tions raciales (elle n’est pas étran­gère alors à l’anti-racisme, n’en déplaise aux « radi­caux ») qui sont des pro­ces­sus objec­tifs mais des confi­gu­ra­tions mouvantes.

Il est vrai que « avant », quand « la soli­da­rité ouvrière pré­va­lait sur les pré­ju­gés et tout le monde tra­vaillait et com­bat­tait au coude à coude », le monde était beau comme dans un poème d’Aragon.

ANNEXE 2

Racisme anti-musulmans et logique identitaire

(non signé, publié sur le site Zones sub­ver­sives le 18 février 2017)

Il s’agit d’un com­men­taire (sou­vent une para­phrase) du livre de Sidi Moussa, accom­pa­gné de nom­breuses citations.

Comme d’habitude, aucune expli­ca­tion (la ques­tion n’est même pas posée) des rai­sons pour les­quelles les construc­tions de groupes raciaux en est venue à opé­rer sous le mar­queur reli­gieux de l’islam assi­gnant plus ou moins de force tout immi­gré nord-africain ou ori­gi­naire d’un pays « arabe » à être un « musul­man ». Le pre­mier para­graphe nous livre la des­crip­tion habi­tuelle de la « mon­tée des logiques iden­ti­taires », du « racisme qui s’amplifie », du « répu­bli­ca­nisme fran­chouillard » et de « la laï­cité auto­ri­taire », bien sûr tout cela pas­sant par les « médias ». Nous demeu­rons dans l’ordre des dis­cours et on sup­pose que, selon le refrain bien connu, « La Crise » doit expli­quer tout cela. Une « cause » est cepen­dant sor­tie du lot : « L’agressivité et le racisme des répu­bli­cains contri­buent à éra­di­quer la nuance et le recul cri­tique ». Il s’ensuit, selon cette « expli­ca­tion », la rai­son pour laquelle « l’extrême gauche insiste éga­le­ment sur les thé­ma­tiques iden­ti­taires au détri­ment de la ques­tion sociale. ».

Quand les « thé­ma­tiques iden­ti­taires » viennent se sub­sti­tuer à la « ques­tion sociale », nous sommes face à des adver­saires qui ont leur propre agenda poli­tique. Mais le pro­blème de Sidi Moussa ℠ et des com­men­ta­teurs (trices) de son livre est qu’il ne rai­sonne que de façon binaire : en termes de « sub­sti­tu­tion ». Parce qu’il est juste de dire que les « thé­ma­tiques iden­ti­taires » se sub­sti­tuent à la « ques­tion sociale » ou se déve­loppent « à son détri­ment », toute ana­lyse recon­nais­sant la réa­lité de la seg­men­ta­tion raciale du pro­lé­ta­riat et ne se conten­tant pas, au nom de l’unité éter­nelle et imma­nente de la classe, de la réduire à du dis­cours ou une mani­pu­la­tion, est ren­voyée dans l’enfer du racia­lisme et de la thé­ma­tique iden­ti­taire. Ce n’est que leur propre inca­pa­cité à sor­tir des fon­da­men­taux du pro­gram­ma­tisme, c’est-à-dire de la révo­lu­tion comme unité et mon­tée en puis­sance d’une classe appe­lée à s’affirmer, que Sidi Moussa et ses com­men­ta­teurs (trices) exposent (même si cer­taines d’entre elles, un peu gênées se gardent d’évoquer la toile de fond de son livre).

Existe-t-il une seg­men­ta­tion raciale du pro­lé­ta­riat, et quel est le sta­tut de cette seg­men­ta­tion : pure­ment mani­pu­la­toire ou objec­tive ? Existe-t-il des pro­ces­sus objec­tifs de seg­men­ta­tions et assi­gna­tions ? Pour­quoi l’essentialisation raciale dans le MPC est-elle deve­nue reli­gieuse ? Si l’on ne répond pas à ces ques­tions, on recons­truit un pro­lé­ta­riat et une lutte de classe fan­tas­ma­tiques et mythiques qui n’ont jamais existé si ce n’est dans l’efficacité du dis­cours sur lui-même du mou­ve­ment ouvrier que SM et G/M croient sur paroles (effi­ca­cité tenant aux carac­té­ris­tiques du rap­port d’exploitation jusqu’à la fin des années 1960 : le mou­ve­ment ouvrier n’était pas la réa­lité du pro­lé­ta­riat, mais la réa­lité du pro­lé­ta­riat fai­sait croire qu’il l’était).

Tout le reste du texte est une cri­tique des Indi­gènes à laquelle on pour­rait sous­crire, mais ce n’est que cela. Une cri­tique des Indi­gènes est indis­pen­sable mais le pro­blème avec ce type de texte, c’est qu’une fois celle-ci faite, on s’imagine être quitte envers la ques­tion au nom de la « sub­sti­tu­tion » et du « remplacement ».


posté le 31 octobre 2017 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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