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A-t-on le droit d’être un salaud ?
posté le 13/11/17 par Fabrice Nicolino Mots-clés  médias 

Fabrice Nicolino répond à Edwy Plenel :

Edwy Plenel, le patron de Mediapart, n’est pas content. Notre dernière « une » le montre entortillé dans ses moustaches, qui le rendent aveugle, sourd et muet face aux accusations lancées depuis deux semaines contre Tariq Ramadan.
Patience, je répondrai au monsieur sur le fond dès le prochain Charlie. Mais dès maintenant, j’ai bel et bien envie de dégueuler. Que Fabrice Arfi, journaliste de Mediapart, trouve dans un tweet le dessin de Coco abject fait seulement rire. Si ce dessin est abject, quel mot employer pour parler des choses abjectes ? Arfi prétend nous affronter face à face ? Quand vous voudrez, l’ami.

Mais Plenel a fait mieux, car c’est un vrai chef. Il a lui aussi tweeté, ceci : « L’affiche rouge de Charlie contre @mediapart ». Plenel aime à citer Romain Rolland, cette vieille canaille stalinienne, mais on ne pensait pas le voir s’emparer de l’Affiche rouge des FTP-MOI de 1944, jeunes résistants étrangers, juifs pour la plupart, exécutés par les nazis.

Autrement dit, Plenel renverse les rôles, se prend pour Manouchian et désigne Charlie comme - on reste mesuré, hein ? - malfaisant. Au passage, n’oublierait-il pas que c’est l’équipe de Charlie qui a été pulvérisée au matin du 7 janvier 2015 [par des fascistes islamistes donc d’extrême droite donc des simili-nazis], et pas lui ?

Plenel n’est pas dans la seule sottise, il est dans l’obstination. N’a-t-il pas écrit un mauvais pamphlet intitulé Pour les musulmans, en le rapprochant explicitement du bel article d’Émile Zola, Pour les juifs, écrit deux ans avant son J’accuse ? Le drame atroce du pauvre Plenel est qu’il tient manifestement l’époque trop petite pour ses ailes de géant. Le monsieur pose une question importante : a-t-on bien le droit d’être un salaud ?


posté le 13 novembre 2017  par Fabrice Nicolino  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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Commentaires
  • John Lasserre

     :

    Edwy pleinel est capable de déterminer avec précision la trajectoire balistique des éjaculations de DSK, peut tracer au GPS tous les poils de cul perdus par Sarkozy, connaît l’ historique des pourboires laissés par Cahuzac depuis 30 ans. Mais ne sait rien sur les viols de Ramadan. Pas de pot, non ?

  • "L’islamisme n’est pas un phénomène ’grave’."

    Jade @Lindgaard , journaliste @Mediapart en 2017.

  • Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi faisaient irruption dans les locaux de nos confrères de Charlie Hebdo. Ce jour-là, ils massacraient 12 personnes, dont huit collaborateurs du journal. Les 8 et 9 janvier, leur complice Amedy Coulibaly tuait une policière municipale à Montrouge, puis quatre citoyens de confession juive dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Le 11 janvier, plus de 4 millions de personnes descendaient dans les rues du pays, dont 1,5 million à Paris. Le pays se dressait pour défendre la liberté d’expression contre la barbarie islamiste. La France était Charlie !

    Trois ans plus tard, nos confrères et amis de Charlie Hebdo subissent de nouveau une avalanche de menaces de mort pour avoir publié en une du journal un dessin, par ailleurs hilarant, représentant l’islamologue Tariq Ramadan, accusé de viols, en individu priapique sous le titre « Je suis le sixième pilier de l’islam ! » Le journal a porté plainte. Pis encore, son patron, Riss, a confié que, depuis trois ans, les menaces de mort n’avaient jamais vraiment cessé. C’est pourquoi il faut soutenir Charlie Hebdo. Pleinement, totalement, sans restriction. C’est ce que fait Marianne, qui n’aura de cesse de manifester, demain comme hier, la même solidarité de chaque instant avec nos amis de Charlie.

      • Il faut aussi avoir la lucidité de reconnaître qu’en 2017 il n’y a qu’un sujet qui suscite des menaces de mort crédibles et répétées à l’endroit de Charlie : l’islam.

    C’est lorsque le journal caricature cette religion qu’il s’attire les foudres de quelques intégristes. Charlie brocarde toutes les religions, tous les courants spirituels, toutes les sensibilités politiques, de la pédophilie des prêtres catholiques à la bêtise crasse des nervis du Front national, sans voir planer le même péril au-dessus de sa tête. Ce n’est pas en niant ce constat d’évidence que l’on aidera nos compatriotes de confession, ou simplement de culture musulmane, à jouir d’une pleine citoyenneté dans la République.
    Laïques, athées, ou croyants, ils ne sauraient être assignés à résidence et condamnés, par notre mutisme ou notre cécité, à subir une solidarité implicite avec les fondamentalistes qui mettent de blasphème au-dessus de l’Etat de droit.

    https://www.marianne.net/debattons/editos/toujours-charlie

  • On résume.

    Selon #Mediapart, le journalisme n’est pas là pour dire ce qui est grave ou pas... Mais l’islamisme, ce n’est pas grave.

  • Edwy Plenel et Mediapart ont pris soin de réitérer, eux aussi, leur soutien à Charlie Hebdo face aux menaces de mort dont le journal est l’objet. Fort bien. Nul ne peut douter de leur sincérité. Pourtant, à peine cette solidarité affichée, le même Edwy Plenel, et quelques-uns de ses zélés lieutenants, se sont répandus sur les ondes et les réseaux sociaux, pour juger « abjecte » et « diffamatoire » la une de Charlie de cette semaine.

    Celle-ci caricature le fondateur de Mediapart entortillé dans sa longue moustache sous le titre : « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : “on ne savait pas” ».

    Personne n’est obligé de trouver ce dessin drôle. On peut le juger excessif et c’est même, convenons-en, souvent le cas d’une caricature, non ? Mais comment peut-on assimiler cette une à l’affiche rouge placardée par l’occupant allemand en 1944 à plus de 15.000 exemplaires pour dénoncer les 23 résistants du groupe Manouchian condamnés à mort ?

    C’est ce qu’a osé faire Edwy Plenel, qui s’est grimé en victime de « l’affiche rouge de Charlie ».

    On sait le fondateur de Mediapart peu porté sur la nuance.

    Rien d’étonnant à ce qu’il franchisse ainsi le point Godwin en assimilant la une d’un journal satirique à la propagande nazie.

    La même hystérisation a conduit l’un de ses factotums, guère plus subtil, à accuser sur le site de Mediapart notre journal de faire « de la vulgarité antimusulmane son fonds de commerce » et à enrôler Marianne dans les fourgons d’une « croisade islamophobe » menée par « les enragés de la réaction », des « journalistes à la Fox News », et quelques autres Belzébuths du même acabit…

  • Charlie, "bêtes et méchants", ou juste "cons, racistes et pas drôles" ?

    Si Reiser et Gébé voyaient tout ça...

    Dans un article publié le 29 janvier 2016 dans Télérama et portant sur la nouvelle équipe de Charlie, l’excellent dessinateur Vuillemin déclarait : « Maintenant que Charlie a une audience internationale, le moindre pet qu’il fait prend des proportions énormes. Autant vérifier que la qualité soit correcte (…) Il y a de très bons dessins dans Charlie, mais il y en a aussi des moins bons, qui manquent de l’esprit marrant et sympa qu’il y avait dans les années 1980. Je chiais sur Charlie avant de les rejoindre, parce que je déteste Val, je pourrais toujours chier sur le journal aujourd’hui pour dire que certains dessins sont mauvais ! » Et de conclure : « Quitte à mourir pour un dessin, autant qu’il soit bon. Sinon, ça m’emmerderait. »

    Et, hier, passant devant un kiosque à journaux, comme une grande partie de la France, consternée par autant de bêtise satisfaite étalée ainsi sur tous les murs, qu’ai-je pu voir (je ne reproduis pas le dessin, on l’a assez vu) ? Deux petits enfants écrasés sur la route, avec cette mention, vouée à resplendir quelques temps dans une vitrine du musée de la connerie avant d’être rapidement bazardée, j’espère du moins pour son auteur, dans le vide-ordure d’un oubli bien mérité : « l’islam, religion de paix… éternelle ».

    Donc, bon, voilà, nous y sommes. Je ne sais pas ce qui a bien pu se passer dans la tête de monsieur Juin, l’auteur de ce chef-d’œuvre que Robert Ménard lui-même, connu pour son bon goût et sa connaissance subtile et profonde de la religion musulmane, a beaucoup apprécié. Tout ce que je peux voir, c’est ce que tout le monde a vu, sauf la presse mainstream, qui a généralement, comme d’habitude, fait comme si de rien n’était et regardé dans le vide cosmique pour voir un peu ce que devenait Jupiter : ce dessin est con, raciste, et pas drôle. Ça, et rien de plus. Il n’est la preuve d’aucun courage, simplement la marque d’une dramatique carence d’empathie, de sens critique et d’intelligence.

    Car que penser de cette insulte, quand, au même moment, à Barcelone (ville extraordinaire, où j’ai eu la chance de vivre un an), ainsi que l’a rapporté Florence Aubenas, les manifestants rassemblés sur les Ramblas lors des hommages aux victimes ont jeté dehors les skins venus vomir leur xénophobie sur les charniers de l’attentat, et ont ensuite défilé en criant : « Les fachos dehors » et « Ni terrorisme, ni islamophobie » ? Je dois donc comprendre que monsieur Juin n’aurait pas été le bienvenu… J’espère qu’en voyant ces images d’un peuple refusant fièrement de sombrer dans la haine que leur opposent les fanatiques, ce dessinateur, duquel j’espère qu’il n’est pas aussi abruti que ce dessin peut le laisser le supposer, s’est pissé dessus de honte, et qu’il reviendra vers nous dans de meilleures dispositions. Je lui suggère de lire un peu, ça ne fait jamais de mal. Et de préférence, autre chose que les œuvres complètes d’Eric Zemmour ou l’intégrale du Crapouillot ; pourquoi pas Le Bazar Renaissance, de l’historien Jerry Brotton, qui montre que l’Europe est sortie de l’ère médiévale et de son relatif obscurantisme grâce aux apports de l’Orient et de l’islam ? Ou un recueil de quatrains d’Omar Khayam ? Ou quoi que ce soit qui lui permettra de hisser sa réflexion au-dessus de celle d’un Hanouna qui tenterait laborieusement d’élaborer une pensée théologique...

    Et jeter un oeil à la presse ne serait pas un luxe non plus. Car faut-il rappeler à monsieur Juin que la plupart des victimes du terrorisme, sur cette planète, sont de confession musulmane ? Que les fanatiques assassinent avant tout au Moyen-Orient ? Que les Musulmans sont les premiers à pâtir de l’instrumentalisation de leur croyance par une poignée ultra-minoritaire de cinglés sans foi ni loi, et ignorants du fait que le Coran interdit formellement de répandre le sang de qui que ce soit ?

    Mais je réalise un oubli de ma part. J’ai écrit, plus haut, que la presse maintream était restée de marbre face à ce pitoyable gribouilli xénophobe. Toute la presse ? Que non ! Il aurait été étonnant que Marianne, organe officiel de la dénonciation hystérique de la cinquième colonne islamo-gauchiste, passe à côté d’une si belle occasion de monter sur ses grands chevaux (pur-sang Percherons ou ce que vous voulez, mais surtout pas Arabes), afin de rajouter une pelletée d’ordure à celles déjà versées par Charlie sur les dépouilles des victimes de Barcelone, et de s’exclamer, sous la plume acerbe d’un certain Dion, directeur adjoint de publication, dont la pertinence et la puissance de l’analyse n’a visiblement rien à envier à celle de la chanteuse québécoise homonyme : « Caricatural ? Evidemment. Malvenu ? Ça se discute. Mais de là à lapider Charlie à coups de pierres verbales sous prétexte d’amalgame déplacé, d’injure aux musulmans ou de crime de lèse-religion, il y a un pas qu’il serait dangereux de franchir. C’est pourtant l’exercice auquel se sont livrés quelques hommes politiques ou commentateurs à l’esprit embrumé par le soleil du mois d’août. Pour un journal inspiré de la tradition bête et méchante, il n’y a forcément aucune limite, si ce n’est le respect de la loi. Pour le reste, l’excès est de rigueur, ou alors il faut changer de métier. Un caricaturiste qui ne peut pas caricaturer est un dessinateur au chômage, ou (auto)censuré. On laissera ce genre de pratique aux pays où les Dieux et les puissants sont intouchables, qui sont plus nombreux qu’on ne le croit (les pays, pas les Dieux) » Il n’y a pas grand-chose à ajouter à des propos qui témoignent d’une sorte de cristallisation de la connerie à un état chimiquement pur, de peur d’en briser le fragile équilibre si brillamment obtenu par notre alchimiste ; je dirai simplement, à propos de cette phrase-là : « Pour un journal inspiré de la tradition bête et méchante, il n’y a forcément aucune limite, si ce n’est le respect de la loi », que, pour autant que je m’en souvienne, l’appel à la haine raciale est condamnable, dans le droit français… à bon entendeur. Quand Minute titrera à nouveau : "Taubira retrouve la banane", quelle liberté de ton, quelle dérision, j’espère que notre vibrant apologiste de l’humour sans limites nous régalera de sa verve pour donner renfort à ces hérauts méconnus de l’esprit "bête et méchant". Après tout, pourquoi les dessinateurs de Charlie seraient les seuls à pouvoir goûter aux joies de la vanne raciste décomplexée ?

    Bref. Pour conclure, je vais me permettre de reprendre une partie du papier que j’avais pondu, il y a quelques temps, sur la laïcité et « l’esprit Charlie » : « Le 8 janvier, sur un plateau de France 5, le peu sympathique Richard Malka s’exclame : « ça fait des années qu’on souffre, à Charlie Hebdo, vous savez, de la petite lâcheté du ‘mais’. La liberté d’expression et de caricature, c’est bien mais, mais il ‘faut pas me provoquer, il ne faut pas parler de ça, mettre de l’huile sur le feu, mais vous allez trop loin. La laïcité c’est bien, mais attention, ce sont, c’est vous les intégristes de la laïcité ». Et de conclure : « C’est pas nous les intégristes ». Vraiment ? Le 30 mars 2016 le tout aussi peu sympathique Riss, dans un édito improbable de connerie satisfaite et haineuse mettant en scène un boulanger bien-de-chez-nous remplacé par un autre, Arabe, chez qui on ne vend plus de sandwichs au jambon (une scène de la vie quotidienne sur Pluton, je suppose), écrit quant à lui : « Depuis la boulangerie qui vous interdit de manger ce que vous aimiez jusqu’à cette femme qui vous interdit de lui dire que vous la préfériez sans voile, on se sent coupable d’avoir ces pensées. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape. La voie est alors tracée pour ce qui arrivera ensuite. » Donc : le silence coupable entretenu devant le grand remplacement islamo-gauchiste est ce qui fait le lit du fondamentalisme musulman actuellement occupé à saper les bases de notre société -et du jambon-beurre, victime expiatoire.

    Que cette saillie (je précise que tout le papier est du même tonneau, voire pire, associant allégremment Tarik Ramadan, un boulanger Arabe, une femme voilée, bref tous les musulmans, au terrorisme) soit essentialiste et raciste, c’est indéniable. Qu’elle vienne d’un homme ayant souffert dans sa chair de l’extrémisme religieux ne change rien à l’affaire, j’en suis désolé –une connerie raciste est une connerie raciste, point à la ligne, on peut, et on doit, bien entendu, la comprendre, voire l’excuser, mais il est important de la reconnaitre pour ce qu’elle est. Mais le moins que l’on puisse dire est que cette honteuse logorrhée de fin de soirée au bar PMU d’Hénin-Beaumont n’a guère suscité (quelques encarts ici ou là, et un article outré d’Acrimed mis à part) la vague d’indignation à laquelle on aurait pu s’attendre. Et ce, pour des raisons très simples. Cela fait bien longtemps, depuis Philippe Val en fait, que l’islamophobie notoire de Charlie (pour ceux qui en douteraient encore, je renvoie aux excellents papiers de deux anciens de l’hebdomadaire, Olivier Cyran : Pas raciste, Charlie Hebdo ? Si vous le dites, publié par Article 11 ; et Mona Chollet : L’Obscurantisme beauf, publié sur Périphérie) est passée sous silence et/ou accueillie par beaucoup avec une bienveillance bonhomme. Les attentats (ignobles et injustifiables, est-il utile de le préciser) n’ont rien arrangé à l’affaire. Pire : même après que fut passé un temps de crispation, somme toute logique, caractérisé par un assentiment quasi-obligatoire à la Sainte-Parole laïque de Charlie, plus de deux ans après, on ne peut pas dire que la pression soit retombée. « L’esprit Charlie », cette vaste arnaque nationale qui a vu les élites gouvernementales et intellectuelles instrumentaliser sans scrupule une émotion collective sincère afin d’en faire une fabrique du consentement à rythme industriel, fait toujours référence. Encore et toujours, les dessinateurs actuels de Charlie, sachant que les plus modérés ont claqué la porte suite au conflit qui a eu lieu au sein de la rédaction à propos de la répartition des sommes folles engrangées par les évènements, sont tenus pour les héros de notre modèle républicain de laïcité et de liberté d’expression. Alors que ce sont ceux-là même qui, en roue libre, se permettent tous les excès dans un contexte de vive hostilité –savamment entretenue par les incendiaires du « on peut plus rien dire »- de la société civile vis-à-vis d’un islam devenu aujourd’hui, plus que jamais, un bouc émissaire idéal.

    Quand une nation laisse à une poignée de xénophobes (terme plus approprié ici que le terme « raciste ») le soin d’incarner, à eux seuls, le concept de laïcité, dont la définition duquel ils deviennent en quelque sorte les garants, distribuant satisfécits et bons points au grès de leur humeur, ça, c’est laïque, ça, c’est la France Républicaine, ça, ça ne l’est pas, bref, en gros, ça (Caroline Fourest), c’est un défenseur des nos valeurs sacrées, et ça (Emmanuel Todd) c’est un odieux islamo-gauchiste, il y a un problème, que bon nombre de nos intellectuels seraient bien inspirés de commencer à considérer un peu sérieusement. Faute de quoi, tout ceci finira par réellement nous sauter à la gueule.

    Car la laïcité à la Charlie, qu’est-ce donc ? Tout simplement : l’impossibilité du dialogue. Malka, le lendemain des attentats, l’a bien dit : il ne veut plus entendre de « mais ». Plus de « Charlie, d’accord, mais ». Plus de « la laicité, d’accord, mais ». Déclaration hallucinante, que la seule douleur ne suffit pas à expliquer. Car ce refus du « mais », soit l’une des locutions les plus fondamentales du débat démocratique, porte en lui tous les germes d’une radicalisation tout azimut, en ce qu’il tient pour évident a priori que certains débats ne valent même pas la peine d’être tenus ; l’idée de cette forme bien particulière de laïcité, qu’on est en droit de juger totalitaire, serait donc la suivante : « soit avec moi, soit contre moi ». Soit Charlie, soit non-Charlie –donc : hors du spectre démocratique compris entre Bat ye’or et Bernard-Henri Levy. Une position pour le moins maladroite, alors même que jamais le principe de laïcité ne s’est fait plus excluant, et qui est susceptible –c’est d’ailleurs ce qui arrive- de jeter certains croyants peu désireux de trancher aussi facilement entre leur Foi et la laïcité dans les bras du communautarisme, quel qu’il soit. Et qui pourrait leur en vouloir ? Personnellement, mes opinions anarchistes, par exemple, valent plus pour moi que les lois de cette république très imparfaite ; si l’on me demande de choisir, ce sera vite vu. Pour un croyant, de même, la foi, donc la conscience, est quelque chose d’intime, de structurant : demander de prendre parti entre ça, et une laïcité perçue à juste titre comme inique et oppressante, c’est se vouer sans trop de chance de se tromper à toutes les désillusions.

    Ma laïcité, ainsi, ce n’est pas celle d’une bande de mâles dominants ravis de se gondoler en griffonnant des Petits Mickeys offensants –et, surtout, bien souvent, pas drôles- injuriant une culture minoritaire. Ce n’est pas celle du refus du dialogue avec toutes les religions, et en premier lieu avec l’Islam, au prétexte de la mise au rencard de ces vieilleries « moyenâgeuses » hors de l’espace public. En tant qu’athée respectueux et spirituellement curieux, les blagues sur les religions peuvent me faire rire, jusqu’à un certain degré, mais le muslim-bashing et le fait de tenir tous les croyants pour des crétins néanderthaliens trop demeurés pour avoir perçu la sainte lumière de l’athéisme, très peu pour moi ».

    Aujourd’hui, hélas, je ne peux que persister et signer. En précisant que, bien entendu, la liberté d’expression, c’est aussi de permettre à Minute d’exister, et de s’assurer que personne ne s’en prenne physiquement à eux à cause de leurs idées rassies. Mais hors de question pour moi de tenir des cons racistes pour des héros.

    M.D.

    https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/250817/charlie-betes-et-mechants-ou-juste-cons-racistes-et-pas-droles

  • Charlie, suite et fin. Lettre à Riss

    Charlie et l’islamophobie, suite et fin. Je suis tombé sur l’édito de Riss dans le dernier Charlie, et j’en suis demeuré, bien entendu, consterné. Petit commentaire de texte donc, sous forme de lettre ouverte à monsieur Riss, qui n’a sans doute pas que ça à faire que de lire les écrits d’un rigolo comme moi, mais c’est histoire de dire.

    Épilogue à l’article précédent : j’en étais là de mon papier, le laissant faire son petit bonhomme de chemin, quand je suis tombé, dans les blogs de Mediapart, sur un courageux citoyen ayant décidé de prendre la défense de Charlie. Je ne m’attarderai pas sur ses arguments, d’une naïveté troublante, voire touchante -le pauvre homme reste semble-t-il persuadé que la une en question ne crée AUCUN, mais alors aucun, grands dieux, amalgame entre islam et terrorisme, voyons donc, comment allez-vous penser des choses pareilles, mais représente bien une saine et salutaire façon de lancer un débat sur les rapports entretenus entre les deux. Non, ce qui est surtout intéressant, dans cette note, est la longue citation du papier de Riss, contenu à l’intérieur du Charlie incriminé. Je ne l’avais pas lu. Il vaut son pesant de Banania. Extraits, brièvement commentés -parfois avec hardiesse, mais il peut m’arriver à moi aussi d’être bête et méchant.

    « Quelque chose a changé depuis le 7 janvier 2015. Les débats et les interrogations sur le rôle de la religion, et plus particulièrement de l’Islam, dans ces attentats ont complètement disparu".

    On voit bien que Riss n’est pas un lecteur attentif de la presse en général, et de la presse universitaire en particulier, n’est pas familier des écrits d’Alain Gresh, par exemple, et n’a pas lu les travaux de David Thomson -couronné du prix Albert Londres-, de Jean-Pierre Luizard ou encore de Farhad Khosrokhavar. Le rapport entre djihad et islam, ou les complexités et les problématiques de l’islam politique -voir le très bon bouquin publié aux éditions de la Découverte-, les intellectuels en parlent, monsieur Riss, longuement, ardemment -cependant, peut-être pas là où vous laissez traîner vos oreilles et vos yeux, à savoir chez les Grosses têtes. Votre inculture dans le domaine ne vous honorant pas, vous seriez bien inspiré de ne pas trop en faire étalage dans vos éditos, c’est gênant autant pour vous que pour nous.

    "L’attaque contre Charlie Hebdo avait contraint les médias et les intellectuels à aborder cette question puisque c’était la publication des caricatures de Mahomet qui avait motivé les deux tueurs. (…) Depuis, un travail de propagande est parvenu à distraire nos esprits et à dissocier ces attentats de toute question religieuse. Aujourd’hui, plus personne ne s’interroge sur le rôle de l’islam dans l’idéologie de Daech. Le bourrage de crâne a réussi à nous faire admettre que le « fait religieux » ne doit pas être discuté. Il s’impose à nous, et ceux qui osent le remettre en question sont traités d’anticléricaux primaires d’un autre âge. (…)"

    On se questionne, encore une fois, sur le degré d’inculture d’un homme -un dessinateur humoristique certes, pas un penseur, mais tout de même- capable d’aligner avec autant d’aplomb une telle succession de contre-vérités. Mais, monsieur Riss, depuis longtemps, bien avant les attentats, et plus encore après, l’islam est PERPÉTUELLEMENT questionné comme étant la matrice logique du fanatisme terroriste ! De quelle minorité opprimées prétendez-vous faire partie, vous qui pensez dans les clous, pèle-mêle, de Marianne, Atlantico, Valeurs Actuelles, Le Point, L’Express, j’en passe et des plus "anti-systèmes" ? Soyez raisonnable, voyons : ce que vous exprimez, n’importe quel éditocrate raisonnablement crétin, de Barbier à FOG, l’a écrit avant vous. Les résistants, ce ne sont pas eux, pas vous ; ce sont ceux qui, justement, font ce que, selon vous, tout le monde fait : appliquer au phénomène terroriste une grille d’explication géo-politique, sociologique, historique, géographique, la seule valable, bref, faire un vrai travail de recherche sérieux et documenté, pour comprendre, je dis bien comprendre, pas excuser, ces actes qui ensanglantent le monde, de Barcelone à Bagdad. Là se trouve le véritable courage et la véritable subversion, aucun des deux ne pouvant se passer d’un minimum d’intelligence critique.

    "On oppose souvent islam et islamisme. Comme si ces deux conceptions religieuses étaient deux planètes étrangères l’une à l’autre. Pour épargner aux musulmans modérés l’affront de relier leur foi à la violence djihadiste, on a méthodiquement dissocié islam et islamisme".

    Encore une fois, c’est faux. La une de Charlie fait exactement le contraire, de même que la plupart des journaux français depuis une décennie. Partout, on nous serine sur le thème : "islam et terrorisme, c’est kif-kif-bourricot", comme ont dit chez les fondamentalistes polygames assistés psychopathes arriérés en djellaba.

    "Pourtant, l’islamisme fait partie de l’islam. Lorsque l’on critique l’Inquisition et ses crimes, on ne détache pas cette mouvance fanatique du reste de l’Eglise catholique. Même si beaucoup de chrétiens dénonçaient l’Inquisition, elle est un élément de l’histoire du christianisme et de l’Eglise. C’est pour cela que des siècles après, en l’an 2000, le pape Jean-Paul II s’est senti obligé de faire repentance des crimes commis au nom de l’Inquisition. Au nom du christianisme".

    Mais, monsieur Riss, vous qui prétendez faire votre malin en sortant de votre botte l’argument historique bateau, niveau brevet des collèges, quand on revient, avec une légitime consternation, sur les excès de l’Église catholique médiévale (Inquisition, génocide des amérindiens...), on prend toujours soin, quand on est un intellectuel digne de ce nom (ce que vous n’êtes en aucun cas, certes) de ne pas attribuer ces horreurs à un vice qui serait propre au catholicisme en lui-même : rien, dans la Bible, ne permettait en effet de cautionner ça -il a tout de même fallu sérieusement triturer les textes. On étudie donc comment -souvent pour des raisons politiques- une certaine lecture du christianisme a pu s’imposer au détriment d’une autre, par exemple celle de saint-François d’Assise, ou de Rabelais. C’est ça, penser, monsieur Riss. Savez-vous que vous pouvez assister à des cours à l’université, en auditeur libre ? Cela vous ferait le plus grand bien (pardon pour le relatif mépris qui se dégage de cette remarque, mais vous nous prenez tellement de haut qu’on ne peut s’empêcher de vouloir vous rendre la pareille). Et je vous signale, en passant, que nombreux sont les dignitaires et institutions musulmanes -par exemple, les mosquées de Paris et du Caire, cette dernière étant l’une des plus influentes- qui se sont clairement et rapidement désolidarisés des fondamentalistes. Poursuivons.

    "Curieusement, à chaque fois que les intégristes musulmans commettent des crimes, on dresse autour d’eux un cordon sanitaire pour les exfiltrer de l’islam afin d’épargner à la religion de Mahomet la moindre critique".

    Nous ne devons décidément pas vivre dans le même pays, ni sur la même planète. J’espère, en tous les cas, qu’il fait beau sur Pluton. J’avais plutôt l’impression, de mon côté, que le problème, à l’inverse, était que les médias précisent systématiquement la religion et les origines d’un terroriste estampillé "islamiste", mais ne le font pas quand le suspect est catholique ou autre -dans ce cas-là, c’est juste un cinglé, comme Breivik, comme au lycée de Grasse, ou comme cet homme qui a foncé sur une mosquée avec une voiture, à Créteil.

    "Il est tellement plus confortable de parler de Bush, de Trump ou d’Obama que de mettre le nez dans les problèmes qui déchirent l’islam depuis maintenant plusieurs décennies. Le confort intellectuel passe avant tout. (…)"

    Et vous, monsieur Riss, à quel moment avez-vous réellement mis votre nez dans ces questions, pointues et complexes ? Excusez-moi, mais à vous entendre fulminer contre le "confort intellectuel", vous qui en êtes l’incarnation même, je ne peux me retenir de rire, quoiqu’une telle déclaration soit plus dramatique qu’hilarante. Que connaissez-vous de l’islam ? Quels livres avez-vous lus ? Quelles personnes avez-vous rencontrées, pour parler de ces sujets, avec curiosité, et d’égal à égal ? Sur quelle bibliographie basez-vous la superbe de votre mépris ?

    " Pour notre confort, évitons de réfléchir à toutes ces questions pénibles qui gâchent nos vies. N’y pensons pas trop. D’autres, avec leur voiture-bélier et leur ceinture d’explosifs, le font à notre place »

    Et voilà donc votre conclusion partielle, qui arrive aussi subtilement que Manuel Valls avec un tractopelle dans un camps Rom, ou Robert Ménard en costume bavarois dans un restaurant Kabyle de Barbès. Méfiez-vous, monsieur Riss : c’est quand la parole est confisquée -à vos détracteurs, par exemple- qu’il ne reste à certains que le choix des bombes. Et ceci est un drame pour tout le monde.

    Bref. Monsieur Riss, vous avez souffert du fanatisme dans votre chair, vous avez perdu des proches, et ceci mérite, bien entendu, le respect. Mais ce que vous dites à longueur d’édito est abject, et mérite d’être critiqué avec force et documentation.

    Sans rancune, monsieur Riss. J’espère de tout mon coeur que votre vie sera encore longue, et vous avez tout le temps de changer d’avis. Pour terminer sur une note optimiste, je conclurai sur cette parole (dans un entretien avec l’Obs) du poète Palestinien Mahmoud Darwich, à propos du conflit israélo-palestinien : "Je suis sûr - contrairement à ce qu’on dit - qu’entre les Juifs et les Palestiniens il n’y a pas d’insurmontables difficultés. Les vrais musulmans savent que l’islam est le prolongement du judaïsme et du christianisme. Nous nous abreuvons tous à la même source. Si la guerre actuelle prend une forme religieuse si détestable, les raisons en sont avant tout politiques et découlent de la longue occupation de la Palestine et du cours chaotique de l’Histoire. Quelques fanatiques musulmans me reprochent d’évoquer parfois Jésus dans mes poèmes parce qu’ils refusent névrotiquement la proximité des religions de la région. Je ne suis pas croyant, et ma relation à la Bible n’est pas religieuse. Elle est littéraire. Ceux qui me détestent ici disent que mes références à la Bible sont une trahison et une complaisance vis-à-vis de l’autre, l’ennemi. C’est fou. Mais il est difficile, c’est vrai, d’imaginer que celui qui est encerclé, bombardé, emmuré en Palestine puisse goûter aux beautés du Cantique des Cantiques".

    Puisse la sagesse de ce grand homme vous inspirer un peu de mansuétude, et relisons ensemble ce magnifique poème Sur cette terre : « Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / les hésitations d’avril, / l’odeur du pain à l’aube, / les opinions d’une femme sur les hommes, / les écrits d’Eschyle, / les débuts d’un amour, / de l’herbe sur des pierres, / des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte, / et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir. / Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / la fin de septembre, / une dame qui franchit la quarantaine avec tous ses fruits, / l’heure de la promenade au soleil en prison, / un nuage mimant une nuée de créatures, / les ovations d’un peuple pour ceux qui montent à la mort souriants, / et la peur qu’ont les tyrans des chansons ».

    M.D.

    https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/250817/charlie-suite-et-fin-lettre-riss

  • Charlie Hebdo : l’imposture féministe

    Réflexions d’une féministe atterrée à la lecture d’une publication qui lui est adressée

    Charlie Hebdo, journal qui a abrité pendant plus de quinze ans les inénarrables éditos de Philippe Val mêlant – entre autres ! – défense d’Israël comme base avancée de la Pensée Occidentale Eclairée en Terres Obscurantistes et assimilation au nazisme de tout argument lui étant opposé, a sorti en avril-mai 2011 un hors-série dédié au féminisme, sous le titre « Le féminisme est l’avenir de l’homme ».Philippe Val ayant quitté en 2009 la direction de l’hebdomadaire et fait des déclarations ayant le mérite de la clarté en arrivant à Radio France, il ne semblait pas totalement impossible que, débarrassé de son éditocrate self-righteous [1] et quelque peu dessillé sur les convictions politiques de ce dernier, le reste de l’équipe fasse sensiblement évoluer la ligne éditoriale pour la sortir de l’ornière de droitisation manifeste que lui avait valu cette longue hégémonie valienne. C’est en tout cas avec une infime lueur d’espoir que j’ai lu ce hors-série, un espoir sans doute risible que cet hebdomadaire cesse enfin d’être l’un des étendards fièrement arborés d’un racisme qui se croit vertueux dans ses habits de gauche...

    Il me faut sans doute dire aussi que j’ai longtemps lu Charlie Hebdo, en gros depuis la fin du lycée où j’ai commencé par piquer des numéros dans l’entourage, ce dernier étant globalement « à la gauche de la gauche » comme on dit de nos jours. Et par la suite avec même une certaine assiduité, jusqu’à finir il y a quelques années par me rendre compte que cela confinait au masochisme.

    Je me souviens avoir, de plus en plus souvent au fil des ans, tiqué à sa lecture (Mais qu’est-ce que c’est que cet édito hargneux et méprisant contre les partisans du non au traité européen ? Ah tiens, il est copain avec BHL Val maintenant ? Depuis quand Israël est le parangon de la démocratie ?), mais sans réaliser l’ampleur du changement qui s’effectuait au sein du journal.

    Et c’est parce qu’il m’a fallu du temps et de nombreuses lectures pour déconstruire tout un tas d’ « évidences » acquises au contact de ce journal, que j’ai envie de me pencher sur son cas. En espérant que cette analyse me permettra aussi d’être plus articulée la prochaine fois qu’un membre dudit entourage « de gauche » m’assènera avec véhémence une de ces « évidences » qui relève en réalité de l’impensé raciste.

    Anatomie du hors-série

    Le hors-série est essentiellement composé d’entretiens avec (à l’exception de Fabrice Virgili, seul homme interviewé) des femmes de différents horizons : militantes issues d’associations et collectifs féministes ou se définissant comme tels, chercheuses, journalistes, artistes… Il est à noter que les deux tiers des contributions sont françaises et parmi celles-ci, pas une seule n’émane d’une femme racisée. Les seules ayant voix au chapitre sur la question du féminisme et de ses avancées en France sont blanches. Cela peut paraître sans importance mais on verra qu’il n’en est rien.

    Parce qu’il n’est pas indifférent de voir de quoi parle chaque entretien (en tout cas quel titre Charlie Hebdo a décidé de lui donner) et quel espace il a été laissé à chacune pour développer son argumentaire, voici un rapide sommaire du numéro, qui indique le nombre de pages attribué à chacune :

    Florence Montreynaud, « Merde à la galanterie, vive la politesse ! » : 3 pages

    Caroline Fourest, « Le féminisme est intimement lié à la défense de la laïcité » : 4 pages

    Caroline de Haas, « Le jour où Sarkozy sera féministe, ça se saura… » : 3 pages

    Marie-Pierre Martinet, « L’IVG sous perfusion » : 1 page

    Virginie Despentes, « Si j’avais 16 ans aujourd’hui, il me semble que je deviendrais un homme » : 4 pages (plus une illustration pleine page)

    Alix Béranger, « Que les femmes prennent le pouvoir, on verra bien ce qu’elles en feront ! » : 2 pages

    Odile Buisson, « Si la femme jouit plus, l’homme jouira plus » : 6 pages

    Catherine Vidal, « Le cerveau à la fois hermaphrodite et caméléon » : 2 pages

    Françoise Héritier, « Les femmes, matière première de la reproduction » : 2 pages

    Lydia Cacho, « L’économie de marché soutient l’exploitation et l’esclavage sexuels » : 4 pages

    Fabrice Virgili, « La guerre, une histoire de sexes » : 1 page

    Pinar Selek, « Le changement en Turquie viendra des femmes » : 2 pages

    Agnès Binagwaho, « Au Rwanda, si 30% des élus ne sont pas des femmes, on recommence ! », 1 page

    Chahla Chafiq, « Le féminisme islamique est une invention occidentale » : 4 pages

    JD Samson, « En anglais, man fait partie de woman » : 3 pages

    A cela, il faut ajouter un édito de Gérard Biard (1 page), et des « panoramas », c’est-à-dire des articles portant sur des pays autres que la France, écrits par Eric Simon (« Pologne, Un curé derrière chaque femme », « Russie, Debout les utérus de la Terre ! » et « Armes de pacification massive, Femmes d’Irak à la reconquête de leurs droits », 1 page pour chaque article), par Patrick Chesnet (« Féminisme et transcendance, L’Asie, un paradis pour les religions, un enfer pour les femmes », 2 pages) et par Gérard Biard (« Masculinisme, Vive le Québec mâle ! », 1 page).

    On peut également ajouter les nombreuses illustrations des contributeurs et -trices habituel-le-s du journal, certaines en pleine page, notamment les BD de Catherine sur les femmes de dictateur.

    On peut également noter que sur les 15 entretiens, 2 (les plus courts : 1 page) ont été menés par Sylvie Coma, 1 par Valérie Manteau (et Luz), 1 par Luz seul, 1 par Antonio Fischetti et… 10 par Gérard Biard.

    Le rédacteur en chef, auteur de l’édito, est également celui qui a mené deux tiers des entretiens. On peut d’ores et déjà dire que son influence et sa vision politique ne peuvent qu’influencer massivement le contenu du hors-série.

    Il y aurait beaucoup à dire sur la sélection qui a été faite et les personnes qui ont été choisies pour s’exprimer sur le sujet. C’est sans surprise que l’on retrouve Caroline Fourest, grande habituée des pages du journal – même si ses contributions sont moins fréquentes depuis le départ de Val – ainsi que d’autres, proches du PS, telle que Caroline de Haas.
    On a eu récemment l’occasion de lire un certain nombre de contributions de féministes importantes au moment de l’affaire DSK, contributions d’ailleurs rassemblées depuis par Christine Delphy dans le recueil Un troussage de domestique. Est-il bien utile de préciser que pas une d’entre elles ne fait partie du panel choisi par Charlie pour (re)présenter le féminisme en France ? On verra plus loin que, Christine Delphy étant visiblement une sorte d’Antéchrist du féminisme pour le rédacteur en chef du journal, ce choix est finalement très cohérent. Et assure que les sujets qui fâchent ne seront pas traités, ou alors seulement selon l’angle défendu par le journal.

    On peut aussi s’étonner de ce que l’article le plus long soit celui consacré au point G (existe-ti, existe-tipa ?), alors qu’il n’est accordé qu’une maigrichonne page unique au planning familial et à son cri d’alerte sur la mise en danger de l’IVG en France.
    Non pas que l’article ou le fait de parler de la sexualité soit sans intérêt, loin de là. Il aurait même été judicieux qu’un entretien porte sur la façon dont est édicté ce qu’il convient de faire et de vouloir lorsque l’on est une femme (lorsque l’on est un homme aussi d’ailleurs).

    Mais ce n’est pas tant chaque contribution pour elle-même que je vais tenter d’examiner ici – plusieurs autres, sur lesquelles je reviendrai, étant d’ailleurs pertinentes – mais plutôt l’ensemble dans lequel elles sont intégrées et la logique de leur articulation (lorsqu’il y en a une).

    Car si certains aspects du hors-série peuvent au premier abord sembler simplement maladroits au lecteur ou à la lectrice non averti-e, ou liés à la volonté de vulgariser des travaux plus complexes, on s’aperçoit en fait très rapidement que les non-dits procèdent de présupposés politiques précis et les raccourcis d’une volonté d’orientation du débat autour d’une grille de lecture raciste. Cela transparaît très clairement dès l’édito de Gérard Biard et est réitéré tout au long du numéro, notamment à travers les questions posées en entretien par le même Gérard Biard.

    […]

    http://lmsi.net/Charlie-Hebdo-l-imposture

  • Réflexions d’une féministe atterrée à la lecture d’une publication qui lui est adressée

    […]

    Reprenons au début…

    Sans doute cela vaut-il la peine de commencer par le commencement, à savoir la couverture, assez emblématique du féminisme « à la Charlie ».

    Passons sur le fait que, pour faire un « bon mot » (« la femme/le féminisme est l’avenir de l’homme », pas sûr que ce soit bon, mais c’est le titre qui a été choisi…), il est réaffirmé dès le titre que le mot « homme » désigne le genre humain dans son entier, et donc aussi les femmes. Et ce nonobstant les nombreuses analyses féministes qui ont largement et régulièrement dénoncé le processus d’invisibilisation des femmes que cela provoque et le fait que les « intellectuels » français, tout particulièrement, font montre d’une singulière résistance en ce domaine : nous sommes en effet l’un des derniers pays à continuer à utiliser l’expression « droits de l’homme » et non « droits humains » [2].

    Ce qui frappe surtout immédiatement, c’est le dessin de Catherine, qui prend une bonne moitié de la hauteur de la couverture (et continue sur le quatrième de couv’ sans néanmoins apporter beaucoup de changement à l’effet produit). Il s’agit de six femmes, dont quatre sont blanches, une arabe, et une bleue tout droit sortie d’Avatar – c’est la représentation des minorités à la française. Le quatrième de couverture en rajoute une couche en nous offrant également, entre autres, une Noire en boubou et une geisha pour faire « universel », ainsi qu’une… barbamama. Universel, on vous dit. Toutes sont dans la position iconique de la célèbre affiche américaine « We can do it » de 1943 qui dépeint sur un mode héroïque la femme qui fait un métier d’homme dans l’armement pendant que les boys sont au front, affiche qui a ensuite été souvent utilisée comme iconographie/symbole du féminisme.

    La femme occidentale a donc droit à plusieurs incarnations, d’Eve à une Marilyn étrangement velue, alors que la femme arabe, musulmane puisque voilée, est fossilisée dans une représentation unique et immuable : battue (elle a un cocard et crache une dent) et lapidée (elle est jusqu’à la tête enfouie sous un tas de cailloux).

    Des six femmes, c’est également la seule sur qui on peut lire les stigmates d’une violence physique. Les autres au contraire arborent un large sourire très « go fuck yourself », et semblent posséder les outils de leur libération : d’une Eve croquant goulument la pomme en arborant un sac en peau de serpent à une sorte de Simone de Beauvoir tatouée d’une tête de Sartre entourée de la maxime « Quand je veux », en passant par une Olympe de Gouge brandissant la déclaration des Droits de la Femme.

    A la femme arabe en revanche, on ne peut guère imaginer d’autre horizon que celui de victime.

    Cette première image, dont on peut dire sans jeu de mot qu’elle annonce la couleur, va se voir confirmée dans tout le numéro, avec une insistance qui frise l’acharnement. Gérard Biard veille en effet tout au long de ses entretiens et dès son édito à nous faire bien comprendre que le féminisme, c’est bien, non pas surtout quand il est occidental, mais à vrai dire uniquement quand il l’est. D’ailleurs, c’est bien simple, il n’existe de véritable féminisme qu’occidental.

    Et si l’on veut bien reconnaître que les femmes françaises n’ont pas tous les jours la vie facile, c’est surtout pour bien insister sur le fait que les femmes du reste du monde, et tout particulièrement les non-Blanches, et plus précisément encore les Arabes, et on pourrait même aller jusqu’au plus petit bout de la lorgnette et dire les Musulmanes, et bien il faut bien dire, hein, quand même, que pour elles, c’est le pompon. Parce qu’elles ne peuvent pas s’appuyer sur des alliés mâles bienveillants, elles, vu que les non-Blancs, et tout particulièrement, et plus précisément, etc… et bah c’est pas des gens comme nous, c’est des sauvages. D’ailleurs la preuve c’est qu’ils immolent leur(s) femme(s) (parce qu’en plus ils en ont plusieurs !) au lieu de les envoyer ad Patres à coups de poing bien de chez nous.
    Et que, comble de l’horreur, ils sont généralement croyants. Et que la religion, c’est le Mal.

    Point barre.

    L’édito
    ou la preuve que le féminisme n’est pas « qu’un regroupement de matrones moustachues et vindicatives, dont le seul but est de se confectionner des colliers de couilles » (pour un sous-titre ça fait long, mais c’est trop bon)

    Sous le titre « Des hommes comme les autres », Gérard Biard articule le raisonnement qui va être celui de tout le hors-série, à savoir donner la définition du féminisme-le-vrai-le-seul-l’unique, ses buts, ses horizons et le mode d’action qui lui sied au teint. Et ça fait peur.

    Après une mention ironique des vociférations d’Eric Zemmour (ça ne mange pas de pain, le sieur est si caricatural qu’il révulse toute personne normalement constituée), l’auteur rappelle les chiffres accablants au niveau mondial puis national (répartition genrée de la pauvreté, de l’analphabétisme, des violences…).

    Mais ce constat, chiffré et peu contestable, l’amène immédiatement à une interprétation qui elle l’est nettement plus (contestable) : plutôt que d’articuler ce système d’oppression à d’autres eux aussi structurels, à la fois dans ce pays et dans le monde en règle générale, tels que la domination des Blancs sur les Non-Blancs, Gérard Biard les met en concurrence (« les premières victimes de l’esclavage, de l’exploitation, des discriminations, de l’injustice, de la misère, des inégalités et des violences, ce ne sont ni les minorités, ni les opposants, ni les immigrés, ni les colonisés, ce sont les femmes. »)

    Quelle étrange énumération, et quelle étrange logique… Est-ce à dire que seule cette oppression vaut qu’on la combatte, ou qu’elle ne peut être croisée avec d’autres ? Y aurait-il une hiérarchie dans la souffrance ? Ne peut-on être à la fois une femme et non-blanche ? Et dans ce cas, s’amuse-t-on vraiment à savoir à quel titre on sert de punching ball ?

    Pire encore, la phrase qui suit (« La moitié de l’humanité vit sous la domination de l’autre moitié, qui n’en est pas plus heureuse pour ça. ») occulte d’une façon proprement ahurissante le fait que le système patriarcal (qui d’ailleurs n’est jamais nommé en tant que tel dans l’édito) profite bien à une catégorie, en l’occurrence les hommes. Certains d’entre eux peuvent, bien heureusement, le déplorer et le combattre, voire s’en trouver effectivement malheureux. Mais nier qu’en tant que catégorie la domination leur profite est un véritable tour de passe-passe rhétorique…

    Voulant ensuite déboulonner le mythe des féministes « moustachues et vindicatives, dont le seul but est de se confectionner des colliers de couilles » (on remarquera l’attention gourmande et imagée apportée à la description de ce qui, donc, n’est pourtant qu’un mythe !) [3], l’éditorialiste accumule les tournures ambivalentes, voire confinant au lapsus révélateur.

    Outre le fait qu’il écrive qu’ « En 2011, le féminisme ne prétend pas que la femme est meilleure que l’homme » – laissant entendre par là que peut-être, en d’autres temps, c’est cela qui était prétendu mais que le féminisme contemporain est revenu à plus de modération et de retenue – il répète à plusieurs reprises en trois phrases cette notion de « valeur » (la femme vaut « autant » que l’homme, « pas plus, pas moins »).

    Ce qui décentre profondément le combat féministe qui lutte justement contre l’assignation qui est faite aux femmes à prouver leur valeur, la valeur au moins égale de leur travail, de leur pensée, de leur vie même. Ce qui est l’objet de la lutte, c’est l’égalité des droits, indépendamment de la notion de valeur.

    La suite est du même tonneau. Gérard Biard y fait montre d’une ingénuité confondante, dont il est d’ailleurs permis de douter qu’elle est sincère, lorsqu’il écrit que « cela [le fait que le féminisme est une « bonne base pour bâtir un monde acceptable pour tous »] apparaît d’ailleurs de plus en plus comme une évidence ». On voit bien ce qu’il peut y avoir de rassurant à se le raconter, et l’énoncé pourrait presque passer pour une forme de sympathique wishfull thinking s’il n’éludait pas, une fois de plus, la résistance dure et organisée à tous les niveaux de la société, y compris dans les milieux médiatiques, qui travaille à nier cette « évidence » et fait tout pour que le féminisme n’en devienne jamais une.

    Cette pensée est d’ailleurs réitérée plus tard lorsque l’auteur écrit « Au fond, c’est un mouvement [le féminisme] qui s’inscrit dans la « destinée » de l’être humain, qui n’a cessé d’évoluer depuis qu’il a quitté la condition d’amibe. » Si véritablement nous évoluons vers une « destinée » meilleure, alors pourquoi lutter ? Et surtout, si le féminisme est voué à advenir de façon inéluctable, comment expliquer tant de régressions, de combats défensifs contre des backlash parfois larvés, et de plus en plus souvent à ciel ouvert ? [4]

    Enfin – et cela donne sans doute la clef pour comprendre l’objet même de ce hors-série –Gérard Biard fait la liste des « sujets de débat » qui selon lui sont traversés par « la question du rôle des femmes et de l’application de leurs droits », liste qui déclenche immédiatement une sirène d’alarme «  : la laïcité, la bioéthique, la répartition du travail et des richesses, la gestion de l’allongement de la durée de vie… » [5]

    On voit bien dans cette liste la priorité absolue accordée à la laïcité sur tous les autres combats. De ce point de vue, il semble bien que Charlie Hebdo ait le même type de priorité que les gouvernements UMP successifs, qui n’ont d’autres « fait d’armes » à présenter sur la question du droits des femmes que des lois racistes qui prétendent libérer les femmes de confession musulmane de la tutelle des hommes de même confession, laissant entendre que non seulement la relation homme/femme chez les Musulman-e-s tient forcément et uniquement de l’oppression, mais que de surcroit il s’agit là de la seule forme d’oppression des femmes existant en France (puisqu’en se tournant vers les Blancs-qui-ne-lui-veulent-que-du-bien, la Femme Musulmane Libérée n’a plus rien à craindre).

    Le fait que la répartition du travail et des richesses n’apparaissent qu’en troisième place, après la bioéthique ( !) et qu’il ne soit nulle part fait mention de la violence masculine faite aux femmes (lutte contre le viol, le harcèlement sexuel, toutes les formes de brutalités dans le couple et au-delà…) est absolument affligeant pour un numéro censément dédié au féminisme.

    L’édito se termine sur un paragraphe que l’on voudrait applaudir des deux mains : « Autrement dit, à l’heure où l’on ne cesse de déplorer la perte d’idéaux porteurs de lendemains qui ne chantent pas trop faux, le féminisme, loin d’être un combat dépassé, pourrait être un beau programme pour l’avenir. »

    Le problème, comme avec tout programme politique, est qu’avant d’y adhérer, on doit en connaître le contenu. Et celui du « féminisme » à la Charlie Hebdo, s’avère des plus problématiques…

    Deuxième partie

    notes
    [1] Les éditocrates Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi, Mona Chollet et al., Editions La Découverte. Voir aussi sur lmsi la partie qui concerne Philippe Val et Charlie Hebdo, « L’obscurantisme beauf ».

    [2] Voir le texte « Droits humains ou droits de l’homme » de Christine Delphy dans Un universalisme si particulier, Editions Syllepse.

    [3] Plus tard, une question à Caroline Fourest évoque, toujours sur le mode de la dénégation, les « ‘emmerdeuses avec de la moustache sous le nez » : décidément, la pilosité est un facteur décisif ! A toutes les féministes qui seraient moustachues parce que a) des hommes (bah oui, heureusement il y en a aussi… et le simple fait que cela ne soit jamais envisagé par Gérard Biard en dit long) b) des transgenres c) des femmes rejetant le diktat de la décoloration jaune pisseux au-dessus de la lèvre : tremblez ! On ne peut que se demander si Gérard Biard aurait utilisé le même type de langage s’il avait lui-même interviewé JD Samson, la chanteuse de Men qui arbore sans complexe une fine moustache !

    [4] Voir Christine Delphy, « Retrouver l’élan du féminisme » dans Un universalisme si particulier, et ce qu’elle appelle le « mythe de l’égalité-déjà-là » et la « vision idéologique du progrès-qui-marche-tout-seul »

    [5] On retrouve cette liste presque à l’identique dans une question posée à Caroline de Haas : « L’action féministe recoupe aujourd’hui la plupart des grands débats de société : la laïcité, la bioéthique, les retraites, les droits des homosexuels, même les débats qu’on instrumentalise, comme l’insécurité, la violence… » Vois comme il est pratique de parler d’instrumentalisation pour mieux s’en dédouaner : chacun-e sait bien qu’en France, à l’heure actuelle, la laïcité ne fait PAS partie des « grands débats de société qu’on instrumentalise »…

    http://lmsi.net/Charlie-Hebdo-l-imposture

  • En ces temps de crise, de désarroi et de division, il est bon que la France se rassemble autour d’une grande cause nationale, qui est aussi un enjeu de civilisation : le droit de dégueuler sur les musulmans.

    Quatre jours avant la parution en kiosque du Charlie Hebdo spécial rire anti-musulmans, dont la Une affublée d’un bandeau « Charia Hebdo » et d’une représentation du prophète en clown fouettard promettait de requinquer un peu les ventes moribondes du journal, on avait déjà compris que l’affaire était pliée. Dauber le musulman n’est plus seulement une bonne affaire commerciale, l’équivalent spirituel de la femme à poil en page 3 du Daily Mirror, c’est maintenant un gage d’appartenance à la gauche, et même à la gauche de gauche. Ce samedi soir-là, en effet, Laurent Ruquier recevait dans son bocal à rires de France 2 le bizut aux élections présidentielles du NPA, Philippe Poutou. Éprouvante séquence, durant laquelle le successeur d’Olivier Besancenot, jeté dans l’arène télévisuelle comme une crêpe dans la poêle, fut sommé de s’expliquer sur l’affaire qui scandalise le monde civilisé : la candidature dans le Vaucluse aux dernières élections régionales d’une jeune femme voilée militante du NPA.

    par Rémy CattelainTour à tour, l’animateur hennissant, ses deux chroniqueuses et son philosophe de compagnie, Michel Onfray, mirent Poutou en demeure de renier sa camarade et d’abjurer toute « complaisance » envers le bout de tissu infâme, symbole de la barbarie-qui-sape-nos-valeurs-laïques. Poutou n’a pas quitté le plateau en se retenant d’assommer ses tourmenteurs. Il ne leur a pas conseillé de se mêler de ce qui les regarde, ou de réexaminer leur propre coiffure, pourtant d’allure peu ragoûtante dans le cas d’Onfray (une hyperhidrose du cuir chevelu, peut-être ?). Le porte-parole « communiste et révolutionnaire » a préféré reluquer ses godasses, s’enfoncer la tête dans les épaules et bredouiller que non, bien sûr, il n’avait « pas été d’accord » avec cette candidature, qu’il avait lu « les livres de Chahdortt Djavann » et qu’au sujet du voile « un vrai débat toujours pas fini » déchirait la formation qu’il représentait. Sous nos yeux se concrétisait une capitulation historique : la gauche, dans sa déclinaison la plus « radicale » sur le nuancier électoral, se rendait avec armes et bagages à un camp hier encore identifié à l’extrême droite. À la figure de l’Arabe mettant en péril l’identité française s’était substituée celle du musulman qui menace la république, et il a suffi de ce simple coup de bonneteau pour que le vilain raciste d’autrefois se métamorphose en bel esprit voltairien, devant lequel toutes les composantes de la gauche élective doivent à présent se prosterner sous peine d’excommunication médiatique.

    Il faut se rendre à l’évidence : idéologiquement, les boute-en-train de Charlie Hebdo ont gagné la partie. Dix ans de vannes obsessives et de piailleries haineuses sur l’islam, consacrées par les « caricatures danoises » et une voluptueuse montée des marches au festival de Cannes aux côtés de BHL, ont diffusé leur petit venin dans les crânes les plus finement lettrés. En juin 2008, les lecteurs de Charlie Hebdo n’avaient déjà rien trouvé à redire à la promotion dans leur journal d’un « caricaturiste hollandais », Gregorius Nekschot, dont « l’humour » consiste par exemple à représenter ses compatriotes blancs en esclaves, chaînes au pied, portant sur leur dos un Noir qui suce une tétine. « Les musulmans doivent comprendre que l’humour fait partie de nos traditions depuis des siècles », avait expliqué ce joyeux drille à son admiratrice, Caroline Fourest.

    La parution du « Charia Hebdo » n’avait donc rien pour surprendre, pas plus que le cocktail Molotov qui s’en est suivi. Tout aussi prévisible, le chant d’amour bramé à l’oreille des martyrs de la « liberté d’expression » par la classe politique et médiatique unanime, de Christine Boutin à Jean-Luc Mélenchon, d’Ivan Rioufol à Nicolas Demorand. Pas si étonnante non plus, la poignée de main entre Charb et Claude Guéant : comme l’expliquerait Oncle Bernard à la table de Libération, c’était « tout de même le ministre de l’Intérieur », et la visite d’un si grand personnage sur les lieux du crime constituait une « marque de la bonne santé républicaine », laquelle crève en effet les yeux de toute part. Réglées comme du papier à musique, les ventes record du numéro culte : seize pages de grosse poilade sur les barbus, les burqas, les djellabahs, les vierges, les lapidations et les méchouis. Un exemple, tenez, en page 2 : « Jeu concours : découpez votre hymen et envoyez-le dans une enveloppe à “Charia Madame”, jeu-concours, Tripoli, Libye. S’il est de première fraîcheur, gagnez un séjour en thalasso dans la Mer Morte. Dans le cas d’un hymen déjà usité, un séjour dans la mer, où la morte, c’est vous. » Ça ne vous fait pas « marrer » ? C’est parce que vous pactisez en secret avec l’envahisseur islamiste…

    Philippe Val est parti, mais ses rejetons ont repris le flambeau. On a même pu voir Charb jurer-cracher sur le plateau du « Petit journal » de Canal + (« l’équivalent télé de Charlie », a apprécié le chroniqueur « santé » Patrick Pelloux, c’était tout dire) que le « Charia Hebdo », avec son fond de sauce hexagonal dégoulinant de chaque page, ne visait qu’à traiter gentiment « un fait d’actualité étrangère », en l’occurrence la victoire électorale en Tunisie du parti Ennahda. Tartufferie valienne par son énormité. Charlie Hebdo a-t-il titré « Talmud Hebdo » et déversé seize pages d’« humour » sur les juifs quand l’extrême droite religieuse est entrée au gouvernement israélien ? C’était pourtant un « fait d’actualité étrangère » au moins aussi considérable que le résultat du scrutin tunisien. Mais l’animateur n’a pas bronché. Il s’est esclaffé en revanche lorsque Luz, affalé sur le plateau et à moitié dans les vapes, a balbutié : « Mahomet, c’est un copain, ouaiiis, on va aller en boîte de nuit ensemble. »

    http://cqfd-journal.org/La-victoire-ideologique-de-Charlie

  • Voilà Mediapart et quelques autres précipités sur le bûcher au nom d’une « complicité » supposée avec l’intellectuel musulman Tariq Ramadan. Pire même, peut-être aurions-nous délibérément ignoré les actes d’un homme aujourd’hui accusé de viols et d’agressions sexuelles. Cette campagne ignominieuse à la Donald Trump, emmenée par Manuel Valls, porte un projet politique où se rejoignent une partie d’une gauche en ruines et la droite identitaire.

    Edgar Morin, l’un des plus grands intellectuels français, serait donc le complice d’un criminel sexuel. Son tort ? Avoir publié en 2014 et début octobre 2017 deux livres de dialogue (nous avons rendu compte du deuxième ici) avec l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, depuis accusé de viols et d’agressions sexuelles. Mesure-t-on l’inanité comme l’abjection d’un tel amalgame ? C’est pourtant ce que Mediapart, son président Edwy Plenel, d’autres médias (Les Inrockuptibles, le Bondy Blog), journalistes (Frédéric Taddéi) et intellectuels (Pascal Boniface) doivent subir depuis plusieurs jours.

    Nous voilà la cible d’une campagne nauséabonde où se retrouvent la « fachosphère », quelques journalistes chroniqueurs et éditocrates, des responsables politiques d’une partie de la gauche socialiste en ruines et de l’extrême droite. Tout ce joli monde est emmené par Manuel Valls, qui s’est livré dimanche 5 novembre à d’indignes déclarations. Nous ne nous y trompons pas : au-delà d’une campagne imbécile et diffamatoire qui vise à nous faire les complices de toujours d’un présumé criminel sexuel, c’est bien un projet politique qui tente de se remettre en selle.

    Sous couvert de défense de la laïcité, de lutte contre le terrorisme et aujourd’hui de défense des femmes, les croisés de la discrimination, de la stigmatisation des musulmans, les enragés de la réaction relancent leur chasse aux sorcières. Donald Trump a franchi l’Atlantique. Sur son modèle, voici les incendiaires qui chassent en meute, avec leurs journalistes à la Fox News, leurs amalgames, leurs « fake news », leurs tweets injurieux.

    Et au moment où les dispositions de l’état d’urgence entrent dans la loi ordinaire (lire notre article ici), ces nouveaux maccarthystes, qui ont troqué l’anticommunisme contre l’islamophobie, veulent créer un nouveau délit. Un délit d’opinion, celui de « complicité » intellectuelle, selon Manuel Valls. Celui d’être des complices ou « idiots utiles du ramadanisme », selon Renaud Dély, directeur de la rédaction de Marianne, qui a fait de la vulgarité anti-musulmane son fonds de commerce.

    Mediapart a rendu compte et informé ces lecteurs de ce scandale Ramadan, du dépôt des plaintes (lire notre article ici) et de l’accumulation de témoignages. Nous poursuivons notre enquête sur ces faits présumés, avec nos règles de travail (ici expliquées par Lénaïg Bredoux) et les obstacles classiques que nous rencontrons dans ce type de recherche : la protection des sources ; la difficulté des femmes de témoigner ; la nécessité de croiser les témoignages recueillis et d’en vérifier la véracité. Enfin, cette affaire Ramadan s’inscrit dans une couverture plus large que nous consacrons au séisme provoqué par le scandale Weinstein. Voilà notre dossier complet : DSK, Baupin, Weinstein. La fin du silence ?

    Au cœur des engagements éditoriaux de Mediapart se trouve précisément cette volonté d’installer au centre du débat public la question des violences faites aux femmes, du sexisme ordinaire, des discriminations permanentes.

    Nous l’avions fait lors de l’affaire Strauss-Kahn, en 2011, non sans provoquer quelques remarques courroucées de politiques et d’éditocrates (les mêmes qui s’indignent aujourd’hui de notre « complicité » !) dénonçant cette soudaine « tyrannie de la transparence ». C’était en mai 2011 et un certain Manuel Valls estimait alors que les images de DSK, inculpé pour tentative de viol, sortant menotté du commissariat de Harlem à New York étaient d’« une cruauté insoutenable », tandis que Jean-Christophe Cambadélis, autre fidèle strauss-kahnien, protestait contre « cette humiliation planétaire ».

    Le même Manuel Valls, devenu premier ministre, ne s’est pas plus ému du sort des femmes lorsque Mediapart et France Inter ont révélé en mai 2016 plusieurs témoignages sur des faits pouvant être qualifiés d’agression et de harcèlement sexuels impliquant le député écologiste Denis Baupin. Il n’a pas eu un mot lorsque trois femmes ont déposé plainte contre le parlementaire (notre dossier sur l’affaire Baupin est ici). Et il n’a pas plus réagi quand il a été révélé qu’un de ses ministres, Jean-Michel Baylet, avait fait en 2002 l’objet d’une plainte pour violences de la part de son ancienne collaboratrice parlementaire (lire l’enquête de Buzzfeed et notre article est ici).

    Notre récente enquête sur le sexisme et les harcèlements commis par le député Jean Lassalle n’a pas davantage provoqué l’indignation ou au moins l’inquiétude de nos croisés d’aujourd’hui. Est-ce parce qu’il s’agit de cette « gauloiserie » si française qu’elle en deviendrait tolérable, même si ce quotidien de sexisme et de harcèlement est le quotidien des femmes ? De même, le Machoscope, que nous publions depuis 2012 et qui tient la chronique ordinaire du sexisme en politique, n’a jamais ému ni même intéressé nos belles âmes d’un jour.

    Le camp de la nouvelle Inquisition

    Depuis 2003 au moins, année où Tariq Ramadan est sans doute au faîte de son influence, une partie de la gauche alliée à la droite et à l’extrême droite mène une guerre sans merci à l’intellectuel musulman. Le principe est assez simple : exercer une censure préalable. Ne pas voir, ne pas lire, ne pas débattre et disqualifier tout propos public de cette personnalité comme étant le fruit d’un double langage systématisé, d’habiletés rhétoriques visant à dissimuler l’essentiel : un islam politique radical, faisant tout à la fois le lit du terrorisme, du salafisme, des Frères musulmans…

    Pour avoir croisé deux fois Tariq Ramadan et s’être retrouvé à débattre avec lui à l’occasion d’une invitation lancée en 2015 par une association musulmane, voici Edwy Plenel et Mediapart avec lui accusés d’être les « idiots utiles des barbus intégristes », les nouveaux fourriers d’un agenda islamiste. Nous voilà « islamo-gauchistes », ce concept creux brandi par Caroline Fourest, le journaliste Renaud Dély (Marianne), Pascal Bruckner, Élisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Manuel Valls, encore lui, et les reliquats perdus d’un PS effondré réfugiés dans Le Printemps républicain (Laurent Bouvet, Gilles Clavreul), un mouvement identitaire avançant masqué derrière l’étendard de la laïcité.

    Il est vrai qu’aux excommunications édictées au nom de la République pour faire taire une voix qui dérange, nous préférons connaître, interroger, débattre, enquêter, bref faire notre métier de journaliste. Surtout quand il s’agit de Tariq Ramadan, dont l’influence intellectuelle a été importante auprès de musulmans en recherche de nouvelles façons de pratiquer leur religion.[…]

    https://www.anti-k.org/2017/11/07/affaire-ramadan-croisade-imbeciles/

  • Dans l’édition du 30 mars 2016 de Charlie Hebdo, Riss nous a livré un édito résolument essentialisant et islamophobe. Un édito dont les médias (français) n’ont pas parlé, ou à peine. Les médias étrangers seront plus réactifs [1] – au point que le traducteur en anglais de l’édito en question s’est fendu d’une (consternante) « Mise au point » dans le Charlie Hebdo du 13 avril, s’étonnant que « le monde anglophone a[it] encore explosé dans un accès de rage contre Charlie », et jugeant « étrange » cette « réaction à un papier sur le recul de la laïcité »… Pire, les quelques recensions repérées en France sont plutôt élogieuses. Ainsi, Adeline François, responsable de la revue de presse de RTL, a twitté ceci : « Vous avez le droit de ne pas aimer la une de Charlie Hebdo, mais vous avez le devoir d’y lire l’édito de Riss. » Et sur France Inter, l’édito est résumé, sans autre commentaire qu’une remarque introductive indiquant que Riss n’est pas le plus mal placé pour parler du terrorisme – une affirmation déjà curieuse en elle-même, qui consiste à conférer aux victimes une lucidité particulière sur leurs bourreaux, mais qui se révèle à la fois stupéfiante et inquiétante à la lecture de l’éditorial en question.

    Revenant, après l’attentat du 7 janvier 2015, sur les relations tumultueuses entre « Charlie Hebdo et nous », nous terminions en disant : « Désormais, nous relirons Charlie Hebdo… et, le cas échéant, nous le critiquerons. » Mais si le « démontage » qui suit vise à démontrer et dénoncer les procédés et l’absurdité du texte signé par Riss, la question ici n’est pas vraiment Charlie Hebdo, et encore moins Riss lui-même. La question posée est celle d’un système médiatique qui peut laisser passer – et même recommander – un tel éditorial sans sourciller, sans aucunement s’inquiéter de toutes celles et tous ceux qui y sont ouvertement diffamés, accusés – et même jugés « coupables » – de complicité avec le terrorisme. Ou de la banalisation de l’abjection…

    Ça commence en douceur, mais ne craignez rien, ça va aller crescendo.

    Depuis une semaine, les spécialistes essaient de comprendre les raisons des attentats de Bruxelles. Une police défaillante ? Un communautarisme débridé ? Une jeunesse au chômage ? Un islamisme décomplexé ? Les causes sont nombreuses et chacun choisit celle qui l’arrange selon ses convictions. Les partisans de l’ordre dénoncent l’inefficacité de la police, les xénophobes accusent l’immigration, les sociologues rappellent les méfaits de la colonisation, les urbanistes fustigent les ghettos, les économistes désignent la crise et les hommes politiques menacent Daesh. À vous de choisir. En réalité, les attentats sont la partie émergée d’un gros iceberg. Ils sont la dernière phase d’un processus enclenché depuis longtemps à grande échelle.

    Ainsi donc, les spécialistes (de qui s’agit-il ?) ne sont pas unanimes sur les causes des attentats. On pourrait croire que face à la multiplicité des explications avancées, souvent contradictoires entre elles, une démarche critique supposerait d’interroger les diverses hypothèses, de vérifier soigneusement leur cohérence, et de travailler à démêler les opinions hâtives des savoirs mieux établis.

    C’est évidemment un peu fatigant. Mais ce n’est heureusement pas nécessaire. Car le Professeur Riss, lui, connaît la réalité mieux que tout autre. Comment la connaît-il ? Nulle part il ne jugera nécessaire de nous le dire. Il nous suffit apparemment de faire confiance à sa science. Après avoir jeté, avec l’eau des opinions nageant dans le grand bain médiatique, les éventuels savoirs plus exigeants issus de la recherche ou de l’investigation de qualité, nous voilà partis sur des bases saines. Notons au passage que parmi toutes les explications que Riss nous présente dans sa rapide recension, il ne cite nulle part celle du racisme (au sens large), pourtant régulièrement avancée. Selon le CCIF par exemple, « l’islamophobie alimente le terrorisme. À mettre de côté toute une frange de la population, on augmente le risque de marginalisation et de ce fait, de radicalisation ». Que cette affirmation soit fondée ou pas, il faut noter qu’elle est ici passée sous silence. La suite de l’article va nous montrer pourquoi.

    On nous colle le nez sur les gravats de l’aéroport de Bruxelles, sur les bougies à fondue allumées devant des bouquets de fleurs sur les trottoirs. Pendant ce temps-là, personne ne regarde ce qui se passe à Saint-Germain-en-Laye. La semaine dernière, l’institut de Sciences-Po de cette ville recevait Tariq Ramadan. C’est un professeur, il y a donc sa place. Il vient parler de son sujet d’étude, l’islam, qui est aussi sa foi. Un peu comme si un professeur d’allemand était en même temps fabricant de saucisses de Francfort. Juge et partie.

    Passons rapidement sur l’exemple si convaincant du fabricant de saucisses de Francfort, dont nous comprenons très bien en effet qu’il soit par définition incapable d’enseigner sa langue avec impartialité. Et revenons-en au cœur de l’« argumentaire ». Ainsi donc Tariq Ramadan, lorsqu’il vient faire une conférence « Islam, politique et sociétés » à Sciences-Po, serait juge et partie. Il aurait donc pouvoir de décision dans une affaire où il est personnellement impliqué. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on voit très mal de quel pouvoir de décision il s’agit ici.

    On se met également à trembler un peu en imaginant ce qui resterait des conférences dans les universités, et du débat partout ailleurs, si on en excluait toute personne personnellement impliquée dans son sujet, et qui pourrait influencer son auditoire. Seraient par exemple proscrits les écologistes venant parler d’écologie, les athées venant parler d’athéisme, les journalistes venant parler de l’information, les juifs venant parler de l’extermination des juifs, les politiques venant parler de politique, ... et bien sûr Riss venant parler du terrorisme, puisqu’il en fut la victime. Certains sujets se verraient tout simplement interdits, comme par exemple le féminisme, puisqu’en telle matière il est tout simplement impossible de trouver un conférencier ou une conférencière qui ne soit pas, de par son genre, « juge et partie ».

    Qu’importe, Tariq Ramadan ne fait rien de mal, et ne fera jamais rien de mal. Il parle de l’islam, de l’islam et encore de l’islam. Il se présente comme un homme de dialogue, ouvert au débat. Au débat sur la laïcité, qui devrait selon lui s’adapter à la nouvelle place des religions, aux démocraties occidentales, qui devraient aussi accepter toutes les traditions importées par les populations issues de l’immigration. Rien de très grave dans tout ça. Car Tariq Ramadan ne prendra jamais une kalachnikov pour tirer sur des journalistes dans leur salle de rédaction et ne confectionnera jamais de bombes destinées à des halls d’aéroport. D’autres le feront à sa place. Ce n’est pas son rôle. Le sien, sous prétexte de débattre, est de dissuader ses interlocuteurs de critiquer sa religion. Les étudiants en sciences politiques qu’il a devant lui, quand ils seront devenus journalistes ou élus locaux, conserveront ce petit malaise que Tariq Ramadan leur avait distillé ce jour-là. Ils n’oseront plus écrire ou dire quoi que ce soit de négatif sur l’islam, trop peureux d’être taxés d’islamophobie.

    Nous étions dans la pensée fainéante. Nous voici dans la pure diffamation. Prétendre que les terroristes qui tirent sur les rédactions ou assassinent dans les aéroports le font à la place de Tariq Ramadan, c’est affirmer explicitement qu’initialement, ou structurellement, ou fondamentalement, il a partie liée avec ces assassinats. Prétendre que ce n’est pas son « rôle » de tirer sur les rédactions et de poser les bombes dans les aéroports insinue (pour autant qu’il ne s’agisse que d’insinuations) que Tariq Ramadan appartient bel et bien à un groupe (extrêmement large, comme nous le verrons) ayant une responsabilité dans les attentats, et au sein duquel existe de fait une répartition structurelle des tâches – des « rôles », selon le terme récurrent qui va structurer le reste de l’édito.

    De telles accusations – jouer un « rôle », donc, dans une entreprise terroriste et criminelle –, que strictement rien ne vient factuellement étayer, sont gravissimes. Il est tout simplement ahurissant, et extrêmement inquiétant, qu’ils n’aient pas fait l’objet d’une indignation très large dans les rédactions (françaises).

    Une fois lancé, il serait dommage de s’arrêter dans l’immonde. Venons-en donc à la présentation d’autres complices appartenant avec Ramadan à ce groupe ayant un intérêt commun aux attentats, et au sein duquel les rôles sont répartis, et les relais organisés.

    Le rôle de Tariq Ramadan s’arrête ici. D’autres prennent alors le relais :

    La femme voilée est admirable. Elle est courageuse, dévouée à ses enfants et à sa famille. Pourquoi l’embêter, elle qui ne fait de mal à personne ?

    Venons-en à la femme voilée. Pas à une femme voilée bien identifiée. Pas à des femmes voilées bien identifiées. Non : à la femme voilée, tout simplement, dans l’acception générique du terme, c’est-à-dire à toutes les femmes voilées. Lesquelles, il va de soi, sont nécessairement des mères de famille admirablement dévouées à leurs enfants. (N’en déplaise à notre sociologue omniscient, il existe pourtant des femmes voilées qui ne correspondent ni aux définitions usuelles du courage ni à celles du dévouement, et il se murmure même que certaines n’auraient pas d’enfants. Mais qu’importe. Le port du voile ne suffit-il pas à épuiser l’identité de ces êtres frustes ?)

    Même celles qui portent le voile intégral n’utiliseront jamais leurs vêtements pour cacher une bombe, comme certains le pensaient quand une loi fut votée pour en interdire l’usage sur la voie publique. Elles non plus ne feront jamais rien de mal. Alors, pourquoi critiquer encore le port du voile et heurter ces femmes dignes en les montrant du doigt ? Taisons-nous, regardons ailleurs, fuyons les polémiques et les esclandres de rue. Leur rôle, même si elles ne se rendent pas compte qu’elles en jouent un, ne va pas au delà.

    Voilà pour le « rôle » des femmes voilées – sans qu’elles aient l’intelligence suffisante pour en prendre conscience, il est vrai (ce sont des femmes après tout). Mais que le lecteur se rassure. Au risque d’anticiper ce qui va suivre, disons tout de suite que le complice suivant, un homme celui-là, ne se verra pas reconnaître les mêmes circonstances atténuantes.

    Le boulanger qui a remplacé le précédent, parti à la retraite, fait de bons croissants. Il est aimable et a toujours un sourire pour le client. Il est parfaitement intégré au quartier, sa longue barbe et son petit cal sur le front qui indiquent sa grande piété ne gênent pas sa clientèle, qui apprécie aussi ses sandwichs à midi. Ceux qu’il propose sont très bons, même s’il n’y en a désormais plus aucun au jambon de pays ou aux rillettes. Ce n’est pas grave, il y en a d’autres au poulet et au thon qui feront aussi bien l’affaire. Alors, ne râlons pas et évitons d’inutiles polémiques dans sa boulangerie appréciée de tous. On s’y fera. Comme le prêche Tariq Ramadan, on s’adaptera. Le rôle de ce boulanger travailleur est ainsi rempli.

    Après la loi sur l’interdiction du voile à l’école, il serait temps apparemment de réfléchir à l’obligation des sandwiches au jambon dans les boulangeries. En espérant que Riss ne songera pas à les imposer aussi dans les restaurants végétariens ou dans les Hyper Cacher.

    […]

    http://www.acrimed.org/Iceberg-voile-et-jambon-a-propos-d-un-editorial

  • […]

    "Ce jeune délinquant, qui n’a jamais ouvert un Coran de sa vie, ne connaît rien à l’histoire des religions, de la colonisation, ni à celle du pays de ses ancêtres d’Afrique du Nord, vient de commander un taxi avec deux autres copains. Ils ne sont pas érudits comme Tariq Ramadan, ne prient pas aussi souvent que notre boulanger et ne respectent pas les préceptes de l’islam autant que la courageuse mère de famille avec son voile. Direction l’aéroport de Bruxelles. À cet instant, personne n’a encore rien fait de mal. Ni Tariq Ramadan, ni la femme voilée, ni le boulanger, ni ces jeunes désœuvrés."

    Cette dernière affirmation est évidemment grotesque (et d’ailleurs incohérente avec la première qui évoque un « jeune délinquant »). Deux des terroristes avaient déjà été condamnés à plusieurs années de prison pour des faits de grand banditisme, et tous, pour mener à bien leurs projets terroristes, ont évidemment commis de nombreux délits (participation à une association de malfaiteurs, détention illégale d’armes, etc.). Dire qu’avant les attentats personne n’a encore rien fait de mal, n’a donc strictement aucun sens, sinon la volonté de confondre en un même amalgame les femmes voilées, le boulanger et les terroristes.

    Pourtant, tout ce qui va arriver ensuite à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles ne pourra avoir lieu sans le concours de tous. Car tous inspirent la crainte et la peur. La peur de contredire, la peur de polémiquer, la peur de se faire traiter d’islamophobe et même de raciste. La peur, tout simplement.

    Résumons. Quelle est la « preuve » que le boulanger musulman, les femmes voilées et Tariq Ramadan jouent tous ensemble un rôle dans les attentats ?... La preuve, c’est qu’ils font peur ! Ils font tous peur parce qu’ils préparent les attentats, et la preuve qu’ils les préparent, c’est qu’ils font peur. Le raisonnement tourne légèrement en rond, mais ça ne fait rien. Il suffit, pour ne pas s’en apercevoir, de ne plus avoir peur d’être raciste. Tout compte fait, il semble bien que cette peur-là n’est pas encore tout à fait aussi terrorisante que Riss ne le prétend (ni d’ailleurs celle du ridicule).

    Ce qui va se passer dans quelques minutes est l’étape ultime de la peur : la terreur. Le terrorisme. Il n’y a pas de terrorisme possible sans l’établissement préalable d’une peur silencieuse généralisée.

    En effet, cela saute aux yeux... Comme chacun sait par exemple, les attentats du 11 septembre auraient été impossibles sans la peur silencieuse généralisée qui a été préalablement installée aux États-Unis sous les mandats de Bill Clinton. Certes, peu d’analystes l’avaient remarquée. Mais n’est-ce pas là une preuve qu’elle était effectivement silencieuse ? Plus près de nous, Breivik n’aurait évidemment pas pu perpétrer ses tueries d’Oslo et d’Utøya sans le climat de peur silencieuse qui, sans être davantage remarqué il est vrai, s’est néanmoins généralisé en Norvège dans les années 2000. Nous voyons bien également que si, avant leur revendication par des islamistes, les attentats de 2004 à Madrid ont été d’abord attribués à l’ETA, c’est que chacun percevait très bien cette peur silencieuse que, dans les années qui précèdent, les sournois boulangers avaient déjà étendue sur l’Espagne.

    Ces jeunes terroristes n’ont pas besoin de cumuler les qualités des autres, d’être érudits ou travailleurs. Leur rôle est uniquement de conclure ce qui a été commencé et consiste à nous dire : « Taisez-vous pour toujours, vivants ou morts, arrêtez de discuter, d’argumenter, de contredire ou de contester. »
    L’écœurant amalgame une fois bien installé, il ne reste plus, on le voit, qu’à opérer quelques menus transferts de charges entre les coupables. Le « rôle » des terroristes n’est-il pas très modeste, finalement, eux qui se contentent de conclure ce qui a été commencé et de mettre la dernière couche de peinture ? Poser la question revient à y répondre, et chacun voit bien que l’essentiel de la culpabilité réside en réalité à la base faussement respectable de l’iceberg : chez le boulanger, chez Ramadan et chez les femmes voilées.

    Et surtout, plus personne ne doit oser réfléchir en se posant ces questions : « Qu’est-ce que je fous là ? » « Qu’est-ce que je fous là à me trimbaler toute la journée avec un voile sur la tête ? » « Qu’est-ce que je fous là à faire cinq prières par jour ? » « Qu’est-ce que je fous là dans un taxi avec trois sacs de voyages remplis de bombes ? » Les seuls à se poser cette question sont malheureusement les victimes. « Qu’est-ce que je foutais là, à trois mètres de cette bombe ? »
    Ainsi donc, Riss nous l’assure du haut de sa supériorité, ni les femmes voilées ni les boulangers musulmans ne s’interrogent jamais sur le sens de leur foi et de leurs pratiques (Tariq Ramadan est ici exempté, sans doute en tant que professeur à l’université d’Oxford). On ne sait trop comment Riss peut bien le savoir, mais on risquerait bien une hypothèse : la preuve que les femmes voilées ne se posent jamais la moindre question sur le voile, c’est justement qu’elles le portent. Quant aux boulangers, quand ils commenceront à se poser des questions, ils vendront du jambon. Et quand les unes et les autres auront réfléchi un peu plus encore, cela se verra aussi : car ils cesseront d’être musulmans – ce qui d’ailleurs ne garantit pas qu’ils cesseront d’être perçus comme tels.

    La première mission des coupables, c’est de culpabiliser les innocents. C’est d’inverser les culpabilités. Depuis la boulangerie qui vous interdit de manger ce que vous aimiez jusqu’à cette femme qui vous interdit de lui dire que vous la préféreriez sans voile, on se sent coupable d’avoir ces pensées. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape. La voie est alors tracée pour tout ce qui arrivera ensuite.

    Nous voici au terme de ce feu d’artifice intellectuel, et donc à son bouquet (très parfumé, comme il se doit). Nous savions déjà que la femme voilée faisait monter en nous la peur d’être accusés d’islamophobie ou de racisme. Mais nous apprenons maintenant qu’elle nous interdit de lui dire qu’on la préfère sans voile. Par quels moyens impose-t-elle cet interdit ? En usant d’une position dominante dans les grands médias, au Parlement, dans les postes de direction ou sur les plateaux TV ? Riss ne le précise pas.

    Nous pensions aussi que le boulanger se contentait de ne pas vendre de rillettes et de jambon du pays. Il nous restait à apprendre qu’il nous interdit d’en manger. Que faut-il comprendre par là ? Certainement pas qu’il nous est désormais interdit de manger ou d’acheter du porc, tout le monde peut vérifier aisément qu’il n’en est rien. Non, la seule chose que le boulanger « interdise » à Riss, c’est de trouver des sandwiches au jambon à l’endroit exact où il en achetait auparavant.

    Selon le « raisonnement » de Riss, où donc pourrait bien s’installer notre boulanger musulman ? À la place d’un commerce de vélos ? Certainement pas. Car en s’y installant, il interdirait aux anciens clients de venir acheter leur matériel là où ils en avaient l’habitude. À la place d’un fleuriste ? Pas davantage, pour les mêmes raisons. Dans une nouvelle boulangerie qu’il aurait fait construire expressément sur un terrain vague ? Ah non, les enfants qui y jouaient en perdraient l’usage. La conclusion s’impose : notre boulanger ne peut, selon Riss, s’installer strictement nulle part. À moins bien sûr d’aller se faire fondre ailleurs, avec tout le reste de la partie immergée du gros iceberg.

    ***

    On a beau tourner la chose dans tous les sens, cet éditorial n’est pas qu’un tissu d’âneries (dont on pourrait aisément s’accommoder : à Charlie, c’est une vieille tradition) : il revient purement et simplement à affirmer que tout musulman pratiquant est un terroriste ou un criminel (même pas en puissance). De quel « travail de sape », pour reprendre le vocabulaire de Riss, ce genre de considérations peuvent-elles participer ?

    Pierre Marrisal

    http://www.acrimed.org/Iceberg-voile-et-jambon-a-propos-d-un-editorial

  • 13 novembre 17:47

    apologie de la presse bourgeoise et raciste, franco-français et beauf

    C’est triste de voir ça sur indymedia !

    L’obscurantisme beauf

    Nous reproduisons, avec son autorisation, l’excellent texte que Mona Chollet a consacré en 2006 à la lamentable dérive de Charlie Hebdo. Une dérive qui a fait d’un hebdomadaire satirique de gauche, de tradition libertaire, une espèce de Crapouillot [1] républicaniste, de plus en plus complaisant avec les classes dominantes, leurs médias, leurs intellectuels organiques, et de plus en plus hautain, méprisant, voire haineux à l’égard des classes populaires, des Arabes et des musulmans.

    Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre « Les perroquets du pouvoir », Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de Charlie Hebdo à l’enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Il y évoquait les « BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair », etc., tous « voguant dans la même croisière de milliardaires qui s’amusent », et qui « n’ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs compromissions ». Il jugeait certains passages « à hurler de rire », en particulier le chapitre « Les amis de Bernard-Henri », qu’il conseillait de « lire à haute voix entre copains ».

    Six mois plus tard, mercredi 27 mai 1998, sous le titre « BHL, l’Aimé Jacquet de la pensée » (c’était juste avant la Coupe du monde de football), il volait encore au secours du livre de Halimi, contre lequel toute la presse n’en finissait plus de se déchaîner. Il épinglait le chroniqueur du Point pour avoir, dans son « Bloc-notes », assimilé Bourdieu à Le Pen. Et le futur défenseur du « oui » à la Constitution européenne se désolait :

    « Penser que le désir d’Europe sociale des uns est de même nature que le refus nationaliste de l’Europe des lepénistes ne grandit pas le penseur... »

    En 2005, Philippe Val comparerait l’attitude des partisans du « non » à celle de Fabien Barthez crachant sur l’arbitre.

    Mercredi 1er mars 2006. Continuant d’exploiter le filon providentiel des caricatures danoises, Charlie Hebdo publie à grand fracas un « Manifeste des Douze » (hou, hou ! morte de rire !) intitulé « Ensemble contre le totalitarisme islamique » (sur la prolifération actuelle du mot « ensemble » et sa signification, lire l’analyse d’Eric Hazan dans LQR, La propagande du quotidien, [2], signé notamment par Philippe Val, Caroline Fourest (auteure de best-sellers sur la menace islamique et membre de la rédaction de Charlie Hebdo), Salman Rushdie, Taslima Nasreen, et... Bernard-Henri Lévy. « L’Aimé Jacquet de la pensée » a droit, comme les autres signataires, à sa notice biographique (moins longue que celle de Caroline Fourest, quand même, hein ! Faut pas déconner !), qui commence ainsi :

    « Philosophe français, né en Algérie, engagé contre tous les « ismes » du XXe siècle (fascisme, antisémitisme, totalitarisme et terrorisme). »

    Ce coup des « ismes », le journal nous le refait dans son « manifeste » foireux, qui semble avoir été torché en cinq minutes sur un coin de table en mettant bout à bout tous les mots creux et pompeux dont se gargarisent en boucle, sur les ondes et dans la presse, les « perroquets du pouvoir » :

    « Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. »

    Les opprimés ont une manière tout à fait malséante d’exprimer leur désespoir

    Il en manque pas mal, des « ismes », dans cette liste : colonialisme, impérialisme, racisme, libéralisme... Autant de notions qui, à une époque, avaient pourtant droit de cité dans les colonnes de Charlie. Balayer d’un revers de main, ou ne même pas voir, depuis son pavillon cossu de la banlieue parisienne, les conditions de vie et les spoliations subies par les perdants du nouvel ordre mondial ; s’incommoder de ce que les opprimés, décidément, aient une manière tout à fait malséante d’exprimer leur désespoir, et ne plus s’incommoder que de cela ; inverser les causes et les conséquences de leur radicalisation (il n’y a pas d’attentats en Israël parce qu’il y a une occupation, mais il y a une occupation parce qu’il y a des attentats), et, au passage, accorder sa bénédiction à la persistance de toutes les injustices qui empoisonnent le monde ; parer l’Occident de toutes les vertus et l’absoudre de tous ses torts ou ses crimes : non, il fut un temps où on n’aurait jamais trouvé dans ce journal une pensée aussi odieuse.

    Mais c’était à une époque où Charlie vivait et prospérait en marge du microcosme médiatique, qu’il ne fréquentait pas, et qu’il narguait de sa liberté de ton et de ses finances florissantes - quand il ne lui adressait pas de splendides bras d’honneur. L’équipe, dans sa grande majorité, se satisfaisait parfaitement de cette situation.... Mais pas Philippe Val, à qui la reconnaissance du méprisable ramassis de gauchistes que constituait à ses yeux le lectorat du journal suffisait de moins en moins - avant de finir par carrément l’insupporter. Son besoin de voir sa notoriété se traduire en surface médiatique devait le pousser d’abord à nouer un partenariat avec Libération, en convenant d’un échange d’encarts publicitaires entre les deux journaux. Pour justifier la chose aux yeux d’un lectorat très hostile à la publicité, il se livra à des contorsions rhétoriques dont la mauvaise foi fut impitoyablement disséquée par Arno sur Uzine.

    Philippe Val, qui, par un hasard facétieux, venait justement d’être connecté à Internet, tomba sur l’article, et piqua une crise de rage dont ses collaborateurs se souviennent encore. Le mercredi suivant [3], les lecteurs de Charlie purent découvrir un édito incendiaire intitulé : « Internet, la Kommandantur libérale », qui fut suivi d’un autre, tout aussi virulent, quinze jours plus tard. On y lisait notamment que, si Internet avait existé en 1942,

    « les résistants auraient tous été exterminés en six mois, et on pourrait multiplier par trois les victimes des camps de concentration et d’extermination ».

    Il faut le savoir : contredire Philippe Val est aussi grave qu’envoyer un résistant en camp de concentration. Bien sûr, le « Kim Il-Sung de la rue de Turbigo », comme le surnomme aimablement PLPL, ne faisait nulle part mention de l’article d’Arno (il expliquait avoir choisi de traiter ce sujet cette semaine-là parce qu’on lui demandait souvent pourquoi Charlie n’avait pas de site !), et ne précisait pas que la seule forme de négationnisme à laquelle il avait été personnellement confronté dans ce repaire de nazis virtuel ne remettait en cause que son propre génie.

    Flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin

    S’étant peu à peu aliéné son lectorat d’origine, et ayant vu ses ventes baisser dangereusement, Charlie Hebdo en est désormais réduit, pour exister, à multiplier les coups de pub aussi lucratifs qu’insignifiants et à développer le « cobranding » tous azimuts. Après d’innombrables tentatives infructueuses pour créer un « buzz » médiatique autour du journal, comme en témoignaient semaine après semaine les titres d’un sensationnalisme maladroit étalés dans l’encart publicitaire de Libération, avec les caricatures danoises, enfin ! ça a pris. Le créneau ultra-vendeur de l’islamophobie, sur lequel surfe déjà sans vergogne l’écrasante majorité des médias, permet de copiner avec les puissants et de flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin : bref, c’est idéal. Sauf que, en s’y précipitant comme sur une aubaine, le journal achève sa lente dérive vers un marécage idéologique dont la fétidité chatouille de plus en plus les narines.

    Dans son éditorial de ce fameux numéro publiant les caricatures danoises, Philippe Val écrit doctement que

    « le racisme s’exprime quand on rejette sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres »

    Ce qui lui permet de conclure que

    « quand un dessinateur danois caricature Mahomet et que dans tout le Moyen-Orient, la chasse aux Danois est ouverte, on se retrouve face à un phénomène raciste comparable aux pogroms et aux ratonnades »).

    Or, « rejeter sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres », c’est exactement ce que fait le dessin danois représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe. Par une amère ironie du sort, Charlie Hebdo, ancien journal du combat antiraciste, a donc érigé en symbole de la liberté d’expression une caricature raciste. Dans Le Monde diplomatique de mars 2006, Alain Gresh cite le journaliste Martin Burcharth :

    « Nous, Danois, sommes devenus de plus en plus xénophobes. La publication des caricatures a peu de relations avec la volonté de voir émerger un débat sur l’autocensure et la liberté d’expression. Elle ne peut être comprise que dans le climat d’hostilité prégnante à tout ce qui est musulman chez nous. » Il précise aussi que le quotidien conservateur Jyllands-Posten, qui a fait paraître les caricatures de Mahomet, « avait refusé, il y a quelques années, de publier une caricature montrant le Christ, avec les épines de sa couronne transformées en bombes, s’attaquant à des cliniques pratiquant l’interruption volontaire de grossesse ».

    Et c’est dans ce journal-là que Charlie Hebdo vient de publier la version anglaise de son « manifeste » [4] !

    Mais peu importe, car le créneau islamophobe a un autre avantage, qui, dans le cas de nos amis, s’avère particulièrement précieux : il est tellement en phase avec la bien-pensance majoritaire qu’il permet de raconter plein de conneries, ou de recourir au terrorisme intellectuel le plus éhonté, sans jamais être discrédité ou sérieusement contesté. S’il en allait autrement, Val pourrait-il affirmer par exemple à la télévision que, si on fait l’amalgame entre islam et terrorisme, c’est de la faute des terroristes islamistes - un peu comme si on rendait responsables du vieux cliché sur les juifs et l’argent, non pas les antisémites, mais les juifs riches ?! Ou pourrait-il se féliciter, dans son édito, de ce que le dessin avec le turban en forme de bombe ne soit « pas très bon », car cela permet « d’exclure du débat sa valeur esthétique pour le recentrer sur la question de la liberté d’expression » - un sophisme qui, comme toutes ces pirouettes dont il est coutumier et dont il semble retirer une fierté sans bornes, est remarquablement débile ?

    Sur ce dernier point, d’ailleurs, Caroline Fourest donne une version un peu différente de celle de son patron. Dans la page de publicité gratuite offerte par Libération [5] à ce numéro spécial de Charlie, elle commentait :

    « On ne s’est pas lâché cette semaine. Le dessin qui nous a fait le plus rire n’est pas passé. C’était trop facile, gratuit et sans message derrière. »

    Parce que, derrière le turban en forme de bombe, il y a un « message » ? Tiens donc ! Et lequel ? (Au passage, cet article de Libération était cosigné par Renaud Dély, qui est, ou en tout cas a été, chroniqueur politique à Charlie Hebdo sous un pseudonyme : le cobranding, ça marche !) Il semblerait qu’on rie beaucoup aux dépens des Arabes - pardon, des « intégristes » - à Charlie Hebdo en ce moment.

    Ça ne date d’ailleurs pas d’hier : il y a quelques années, quand Nagui était arrivé sur Canal Plus pour présenter Nulle part ailleurs, Cabu l’avait caricaturé en Une de Charlie Hebdo en chameau des publicités Camel. Canal Plus avait alors fait livrer par coursier à la rédaction un montage dans lequel, au-dessus de ce dessin, le titre « Charlie Hebdo » avait été remplacé par « National Hebdo ».

    « Esprit des Lumières » ou bombe éclairante ?

    […]

    http://lmsi.net/L-obscurantisme-beauf

  • 13 novembre 17:48

    Le plus comique, c’est peut-être les tentatives désespérées de l’équipe pour nous faire croire que, malgré tout, elle reste de gauche. Dans son dernier opus, La tentation obscurantiste, consacré à l’épuration de la gauche telle qu’elle la rêve (168 pages avec que des listes de noms, un livre garanti sans l’ombre du début d’une idée dedans !), Caroline Fourest se désole parce que, dans un article, j’ai osé douter de sa légitimité à prétendre incarner la « vraie » gauche (par opposition à celle qui refuse de partager ses fantasmes d’invasion islamique).

    Outre le fait que la pensée qu’on a décrite plus haut, et que propage désormais Charlie, est une pensée d’acquiescement passionné à l’ordre du monde, ce qui n’est pas très « de gauche », nos vaillants éradicateurs devraient examiner d’un peu plus près le pedigree de leurs nouveaux amis. Caroline Fourest et Fiammetta Venner - elle aussi « journaliste » à Charlie - sont adulées par Le Point et L’Express (lequel publie lui aussi le « manifeste »), deux titres, comme chacun sait, furieusement progressistes. Elles sont copines avec Ayaan Hirsi Ali, députée néerlandaises, amie de Théo Van Gogh intronisée en politique par le très libéral Frits Bolkestein, qui
    « fut le premier [aux Pays-Bas] à déclarer incompatibles, au début des années 1990, les valeurs des immigrés musulmans et celles de son pays » [6] - Ayaan Hirsi Ali a elle aussi signé le « manifeste ». Fiammetta Venner ne voit aucun problème à donner une interview à un site répondant au doux nom de « Primo-Europe », créé par des « citoyens qui considèrent que l’information sur le Moyen Orient est, en Europe en général et en France en particulier, diffusée en fonction de préjugés manichéens où le commentaire l’emporte sur le fait », et sur lequel elle figure aux côtés d’un Alexandre Del Valle, par exemple.

    Mieux : comme l’a relevé PLPL, Venner et Fourest écrivent désormais aussi dans le Wall Street Journal, « organe de Bush, des néoconservateurs américains, de la droite religieuse et de Wall Street » ; elles s’y alarment de l’« incapacité des immigrants arabes à s’intégrer » et de la « menace pour les démocraties occidentales » de les voir rejoindre des « cellules terroristes islamistes » [7]. La tribune dont sont extraites ces lignes s’intitule « War on Eurabia », « Eurabia » (« Eurabie ») étant l’un des termes de prédilection d’Oriana Fallaci (dont le livre avait d’ailleurs été encensé dans les colonnes de Charlie par Robert Misrahi).

    Quant à Philippe Val, la même page de PLPL nous apprend qu’en août 2005, un hommage lui a été rendu dans un discours par un dirigeant du MNR de Bruno Mégret : `

    « Les musulmans sentent bien la force de leur nombre, ont un sentiment très fort de leur appartenance à une même communauté et entendent nous imposer leurs valeurs. En ce moment, des signes montrent que nous ne sommes pas seuls à prendre conscience de ce problème. (...) J’ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l’opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de Charlie Hebdo, dans un numéro d’octobre 2004. »

    Commentaire perfide du mensuel :

    « Il y a dix ans, Philippe n’avait qu’une idée : interdire le Front national, dont Mégret était alors le numéro 2. Désormais, Val inspire certains des chefs du MNR. »

    Enfin, le 2 mars 2006, dans Libération, Daniel Leconte vient d’offrir à ses amis une tribune d’une page intitulée « Merci Charlie Hebdo ! ». Le présentateur-producteur d’Arte [8] y rend hommage à ses confrères qui ont « refusé de céder à la peur », et se répand au passage en lamentations sur l’injustice dont la France a fait preuve à l’égard des Etats-Unis après le 11-Septembre, et sur les errements dont elle s’est rendue coupable lors de la guerre d’Irak, en les isolant devant le Conseil de sécurité de l’ONU et en « laissant entendre que, de victime, ils étaient devenus les fauteurs de troubles ». On se demande effectivement où on a bien pu aller chercher une idée pareille. Il conclut en réclamant sans rire le prix Albert-Londres pour Charlie Hebdo, estimant que le journal a défendu un « esprit des Lumières » qu’il confond visiblement avec la lueur des bombes éclairantes de l’armée américaine.

    Cadeau un brin empoisonné que cette tribune. On commence par prétendre ne faire que critiquer la religion musulmane, opium de ces pouilleux d’Arabes, en se prévalant de son passé de bouffeurs de curés, et on finit intronisé journal néoconservateur par des faucons à oreillette ! Mince, alors ! Quelque chose a dû merder en chemin, mais quoi ? Les voies de l’anticléricalisme sont parfois impénétrables.

    Tu la sens, ma défense de la démocratie ?

    Leconte se félicite de ce que Charlie ait témoigné de ce que « la France n’est pas seulement cet assemblage de volontés molles ». Déjà, la déclaration de Luz (attribuée par erreur à Philippe Val) selon laquelle la rédaction de Charlie, dans son choix des caricatures qu’elle allait publier, avait « écarté tout ce qui était mou de la bite », avait mis la puce à l’oreille du blogueur Bernard Lallement :

    « Toute la tragédie est là. Faire, comme du Viagra, de l’islamophobie un remède à son impuissance, expose aux mêmes effets secondaires indésirables : les troubles de la vue ; sauf, bien sûr, pour le tiroir caisse. »

    La volonté agressive d’en découdre, de « ne pas se dégonfler », suinte de partout dans cette affaire. Val affirme que ne pas publier les dessins serait aller à « Munich » - comme le faisait déjà Alain Finkielkraut, dont il partage la paranoïa identitaire, lors des premières affaires de voile à l’école. On n’est pas dans la défense des grands principes, mais dans cette logique d’escalade haineuse et guerrière, « œil pour œil dent pour dent », qui constitue le préalable indispensable de tous les passages à l’acte, et les légitime par avance. Tout le monde, d’ailleurs, fait spontanément le rapprochement entre les dessins danois et certains feuilletons antisémites diffusés par des chaînes arabes, admettant ainsi implicitement qu’ils sont de même nature. Le journal allemand Die Welt a par exemple publié les caricatures en les assortissant de ce commentaire :

    « Nous attacherions plus d’importance aux critiques musulmanes si elles n’étaient pas aussi hypocrites. Les imams n’ont rien dit quand la télévision syrienne, à une heure de grande écoute, a présenté des rabbins comme étant des cannibales buveurs de sang. »

    Une telle attitude dénote en tout cas une mentalité à des années-lumière de la sagesse philosophique dont voudrait par ailleurs se parer le Bourgeois gentilhomme du marigot médiatique parisien. Répéter toutes les deux phrases, d’un air sinistre et pénétré, le mot magique de « démocratie », suffit peut-être à Philippe Val pour se faire adouber par ses compères éditorialistes, mais, pour prétendre au statut de penseur, il faudrait peut-être commencer par envisager le monde d’une manière un peu moins... caricaturale.

    En témoigne le tableau grotesque qu’il nous brosse du Danemark, merveilleuse démocratie peuplée de grands blonds aux yeux bleus qui achètent un tas de livres, ont une super protection sociale et ont refusé de livrer leurs ressortissants juifs aux nazis, tandis que le monde musulman se réduirait à un grouillement de masses incultes et fanatiques qui n’ont même pas la carte Vitale. Peu importe si par ailleurs la presse regorge d’articles sur la prospérité du racisme et l’actuelle montée de l’extrême droite au Danemark (bah, si on a sauvé des juifs pendant la guerre, on a bien le droit de ratonner un peu et de profaner quelques tombes musulmanes soixante plus tard, tout ça n’est pas bien méchant !). Et si on nous rappelle ici et là que le Danemark est un pays où l’Eglise n’est pas séparée de l’Etat :

    « Il existe une religion d’Etat, le protestantisme luthérien, les prêtres sont des fonctionnaires, les cours de christianisme sont obligatoires à l’école, etc. » [9].

    Mais notre va-t-en guerre des civilisations ne s’encombre pas de tels détails. Lors de l’éclatement de la seconde Intifada, déjà, il avait décrété que Charlie devait défendre la politique israélienne, parce qu’Israël était une démocratie et parce que tous les philosophes importants de l’Histoire étaient juifs, tandis que son équipe effarée - il faut dire que sa composition était alors assez différente - tentait d’évaluer en un rapide calcul le nombre d’erreurs grossières, de raccourcis vertigineux et de simplifications imbéciles qu’il était ainsi capable d’opérer dans la même phrase. Pour ma part, abasourdie de devoir en arriver là, je m’étais évertuée à le persuader qu’il existait aussi des « lettrés » dans le monde arabe ; je m’étais heurtée à un mur de scepticisme réprobateur. Prôner la supériorité de sa propre civilisation, et faire preuve, par là même, d’une vulgarité et d’une inculture assez peu dignes de l’image qu’on veut en donner : c’est le paradoxe qu’on avait déjà relevé chez Oriana Fallaci, qui écrivait dans La rage et l’orgueil :

    « Derrière notre civilisation il y a Homère, il y a Socrate, il y a Platon, il y a Aristote, il y a Phidias. (...) Alors que derrière l’autre culture, la culture des barbus avec la tunique et le turban, qu’est-ce qu’on trouve ?... »

    Eh bien, je ne sais pas, moi... Ça, par exemple...?

    Comme on le disait à l’époque, en voilà, un argument hautement « civilisé » : « Dans ma culture il y a plein de génies alors que chez toi il n’y a que des idiots, nana-nè-reu ! » Les civilisations n’ont rien à s’envier les unes aux autres, ni du point de vue des connaissances, ni de celui des valeurs. Comme écrivait le prix Nobel d’économie Amartya Sen :

    « Tenter de vendre les droits de l’homme comme une contribution de l’Occident au reste du monde, n’est pas seulement historiquement superficiel et culturellement chauvin, c’est également contre-productif. Cela produit une aliénation artificielle, qui n’est pas justifiée et n’incite pas à une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Les idées fondamentales qui sous-tendent les droits de l’homme sont apparues sous une forme ou une autre dans différentes cultures. Elles constituent des matériaux solides et positifs pour étayer l’histoire et la tradition de toute grande civilisation. »

    Non seulement le discours des Val et des Fallaci témoigne d’une méconnaissance crasse des autres cultures, mais il néglige aussi le fait que, comme n’a eu de cesse de le rappeler un Edward Saïd, aucune civilisation n’a connu un développement étanche, et toutes se sont constituées par des apports mutuels incessants, rendant absolument vain ce genre de concours aux points.

    Défendre la démocratie, ne serait-ce pas plutôt refuser la logique du bouc émissaire, si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit ?

    Par les temps qui courent, raisonner à partir de telles approximations, en se contentant de manier des clichés sans jamais interroger leur adéquation au réel, peut s’avérer rien moins que meurtrier. Il est stupéfiant que, dans un « débat » comme celui suscité par les caricatures danoises, tout le monde pérore en faisant complètement abstraction du contexte dans lequel il se déroule : un contexte dans lequel un certain nombre d’instances de par le monde tentent de dresser les populations les unes contre les autres en les persuadant que « ceux d’en face » veulent les anéantir. En Occident, ces instances sont celles qui tentent de faire du musulman le bouc émissaire de tous les maux de la société, la nouvelle menace permettant d’opérer une utile diversion.

    Dès lors, de deux choses l’une : soit on adhère à cette vision, et alors on assume sa participation active à cette construction, avec les responsabilités que cela implique ; soit on la récuse, et on estime que la nécessité de l’enrayer - ou d’essayer de l’enrayer - commande d’observer la plus grande prudence. Laquelle prudence ne signifie pas qu’on est « mou de la bite », mais plutôt qu’on a peu de goût pour les stigmatisations déshumanisantes, sachant à quoi elles peuvent mener. Le courage ne commanderait-il pas plutôt de résister aux préjugés majoritaires, et la véritable défense de la démocratie, de refuser cette logique du bouc émissaire si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit ? Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas on ne peut se dédouaner en écrivant, comme le fait Philippe Val, que

    « si la Troisième Guerre mondiale devait éclater, elle éclaterait de toute façon », et que « l’amalgame entre racisme et critique de la religion est à peu près aussi cohérent que l’était, à l’époque de Franco, l’amalgame entre critique du fascisme et racisme anti-ibérique »

    Voilà vraiment ce qui s’appelle jouer au con.

    En décembre dernier, toujours pour essayer de faire parler du journal, les caricaturistes de Charlie Hebdo avaient postulé par dérision à la succession de Jacques Faizant. Qu’ils se rassurent, ils ont toutes leurs chances : en matière d’ethnocentrisme rance, ils n’ont déjà plus rien à envier au défunt dessinateur du Figaro. Ils ont seulement un peu modernisé le trait...

    p.-s.
    Ce texte est paru en mars 2006 sur le site Périphéries. Sur « l’affaire des caricatures danoises », lire aussi Domenico Joze, « Quand des médias caricaturaux pérorent sur des caricatures »

    notes
    [1] Le Crapouillot fut un journal anticonformiste fondé au début du 20ème siècle, et qui a connu, à partir des années 60, une dérive droitière voire d’extrême droite

    [2] E. Hazan, LQR, La propagande du quotidien, Raisons d’agir

    [3] 17 janvier 2001

    [4] Pour lire cette version, cliquer ici

    [5] Le 9 février 2006

    [6] Lire l’article d’Alain Gresh, « Bernard Lewis et le gène de l’islam »

    [7] Fourest, Wall Street Journal, 2 février 2005

    [8] lire « Quand Arte dérape », paru dans Le Courrier, 10 mai 2004

    [9] Alain Gresh dans Le Monde Diplomatique de mars

    http://lmsi.net/L-obscurantisme-beauf

  • le troll

    va t il

    coller

    50 articles sans rapport aucun ?

      • du site puant lmsi
  • "Le vieux mouvement ouvrier ( qu’en terrent tous les postmodernes, les gauchistes et les féministes)"
    Yves Coleman http://mondialisme.org/spip.php?article2650

  • Toujours lire l’original :

    ici

    ou ici :

    Dans une allocution à la Maison de la Littérature à Oslo, le 3 mars 2015, lors d’une conférence sur le thème « Minorités, nationalisme et États-Nations », allocution intitulée « Racisme(s) et philosémitisme d’État ou comment politiser l’antiracisme en France », Mme Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, a récemment dénoncé le prétendu « philosémitisme » des gouvernements français et les Juifs qui joueraient le rôle de « bonne conscience blanche ». En effet, selon elle, « les Juifs » occulteraient « la mémoire de la traite négrière », la mémoire du colonialisme « blanc », mais aussi « la mémoire du génocide des Tziganes » – ce qui expliquerait l’hostilité « de la part des sujets post-coloniaux envers les Juifs » qui les voient comme les « enfants chéris de la République ». Selon Mme Bouteldja, les Juifs seraient aussi les « porte-paroles de l’Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d’un autre État-Nation colonial : Israël ».

    Croyant sans doute innover en dénonçant le « philosémitisme d’Etat » [1], Mme Bouteldja rejoint ainsi une vieille tradition de l’extrême droite gauloise antisémite qui va d’Edouard Drumont à Alain Soral….

    En effet, dans ses polémiques contre les partisans de l’innocence du capitaine Dreyfus, l’écrivain antisémite Edouard Drumont dénonçait déjà ceux qu’il appelait les « philosémites », qui, pour lui, étaient des traîtres, des individus en voie de devenir « juifs ». Dès la première page de La Libre parole il dénonce « le philosémite Leroy-Beaulieu ».

    Dans un article de Jean-Paul Honoré (« Le vocabulaire de l’antisémitisme en France pendant l’affaire Dreyfus », Mots, mars 1981, n° 2, pp. 73-92), on découvre que la notion de « philosémitisme » est utilisée depuis longtemps comme un euphémisme pour dénoncer ceux qui luttent contre l’antisémitisme… d’Etat ou populaire. A l’époque, le concept de « politiquement correct » n’avait pas encore été inventé, mais l’extrême droite antisémite française dénonçait déjà le « philosémitisme » et les « compromissions philosémites ».

    On m’objectera que le terme de philosémitisme est employé dans les milieux universitaires et intellos et qu’elle n’est pas seulement péjorative. C’est ainsi, par exemple, qu’un journaliste du quotidien « Haaretz », Yitzhak Laor, a publié un livre, cité d’ailleurs par Mme Bouteldja dans son allocution d’Oslo, ouvrage intitulé « Le nouveau philosémitisme européen ».

    A propos du terme « philosémitisme », on pourra lire l’article de Catherine Poujol publié dans la revue Archives juives (2007, 1, vol. 40, http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=AJ_401_0014) « Oscar de Férenzy ou les limites du philosémitisme dans l’entre-deux-guerres ». L’auteure conclut ainsi son article : « Je partage en cela la définition que Pierre Pierrard donne du “philosémitisme” : “un contre-courant formé soit par humanisme, soit par conviction religieuse, né après la Shoah, grâce à Jules Isaac en France et au concile Vatican II ; courant qui a fait alors un grand bond en avant”. Je crois, en effet, que ce contre-courant chrétien a été une conséquence de la tentative génocidaire qu’a vécu le peuple juif, dans la mesure où des chrétiens se sont alors posés, sans aucun prosélytisme, comme gardiens d’Israël aussi bien d’un point de vue territorial (approbation de la création de l’État et défense de cette existence) que catéchétique (enseignement de l’estime et épuration des manuels et de la liturgie). »

    - Mais l’auteure de l’article remarque quand même, à propos de la presse chrétienne des années 30 qui se prétendait « philosémite » : « Ces philosémites-là font la distinction entre les valeurs judéo-chrétiennes que le peuple juif véhicule et auxquelles ils adhèrent, et leur aversion traditionnelle pour le rôle supposé néfaste des Juifs dans le monde politique et dans l’économie, pour eux indiscutable. »

    Pour ma part, je me méfierai donc toujours des « philosémites », chrétiens ou athées, de droite ou de gauche, mais pas du tout pour les raisons avancées par l’extrême droite complotiste et Mme Bouteldja du PIR. Tout simplement parce que des gens qui se prétendent « philosémites » ne défendent ni un point de vue de classe, ni une position anti-étatique ou anti-nationaliste….

    Le site qui a pris le nom de « philosémitisme » est d’ailleurs aujourd’hui un site favorable à l’extrême droite pro-israélienne (Rioufol, Goldnagel, etc.), et c’est donc effectivement un terme à proscrire, surtout si l’on est un adversaire résolu de l’antisémitisme, d’où qu’il vienne, des gouvernants ou des exploités, des athées ou des croyants, de la droite ou de la gauche.

    Aujourd’hui, au XXIe siècle, le terme de « philosémite » n’est pas simplement utilisé par des intellectuels pour discuter en petit comité, ou par des militants de l’extrême droite sioniste-raciste, il fait aussi partie du langage codé que pratiquent les internautes antisémites de base car il est inséparable de tout un raisonnement complotiste selon lequel les gouvernements du monde (et notamment ceux des Etats-Unis et de la France) seraient contrôlés par « les Juifs ».

    Dans le langage politique courant, "philosémite" est clairement une insulte utilisée par les Gaulois d’extrême droite depuis un siècle pour désigner les "souchiens" qui prennent le parti des Juifs et des juifs…..

    Et cela, Mme Bouteldja ne peut l’ignorer, pas plus qu’elle ne peut ignorer qu’en dénonçant un « philosémitisme d’État » et en employant sans cesse l’expression « les Juifs », elle participe à une racialisation politique négative des 600 000 juifs ou Juifs français qui sont aussi divers politiquement et socialement que les « musulmans » ou les « sujets post-coloniaux » dont cette dame prétend se faire le porte-parole.

    Pour illustrer l’ignominie de sa démarche, je prendrai quelques exemples de l’usage actuel de l’expression « philosémitisme » dans les milieux d’extrême droite gaulois, composés d’individus peut-être « blancs » mais certainement aussi réactionnaires que Mme Boutelja.

    Tout d’abord cette citation d’une crapule qui a choisi le pseudonyme caractéristique de « Bonsens66 », dans la rubrique commentaires de l’hebdomadaire réac « Le Point » :

    « Chacun sait qu’en France ces fameuses élites, celles qui "font le politiquement correct" sont philosémites. Le monde agricole, ouvrier, employé ou marginal (l’énorme majorité de l’opinion publique) n’a pas les mêmes intérêts à se montrer favorable à ceux qui se sont réservés les métiers, les fonctions qui écrèment l’économie nationale. »

    Cette prose date de 2012 et elle n’est pas du tout l’expression d’un seul allumé du clavier.

    C’est ainsi que Pierre Driancourt, dans un numéro de National-Hebdo de 1991 écrit à propos du groupuscule fasciste antisémite L’Oeuvre française :

    « Ainsi, le philosémitisme et le sionisme en vogue jadis dans le camp national tendent aujourd’hui à disparaître, de même qu’une certaine propension à cautionner une politique atlantiste ou libéraliste. »

    Le site fasciste « Le bréviaire des patriotes » présente de façon élogieuse un livre de Bernard Lazare (« L’antisémitisme, son histoire et ses causes », réédité par le fasciste Alain Soral) parce qu’il balaie les arguments des « philosémites qui eux voyaient dans les Juifs un peuple maltraité parce que différent, parce qu’unique, jalousé et persécuté en conséquence par toutes les sociétés du monde ».

    Un certain « Nico » qui se dit d’ailleurs « philosémite » (?!) écrit dans la rubrique commentaires du journal (de gauche ?) CQFD, sans que ses propos soient censurés ou fassent même l’objet de critiques :

    « Je constate que de plus en plus de postes de pouvoirs et stratégiques de mon pays sont occupés par des français-juifs ! »

    Ces différents individus qui défendent des idées d’extrême droite rejoignent ainsi tout à fait les propos de Mme Bouteldja nous incitant à dénoncer le « philosémitisme [2] d’Etat » qui régnerait selon elle en France depuis 1945 et ferait des Juifs les supplétifs de l’impérialisme français et du néocolonialisme « blanc ».

    Le PIR mérite bien son nom : il est devenu un courant parfaitement autochtone, qui a totalement intégré le logiciel nationaliste français.

    Bienvenue au club, mesdames et messieurs les Indigènes de la République !

    Y.C., Ni patrie ni frontières, 14 mars 2015.

    Notes

    [1] Elle est en effet d’une ignorance abyssale comme en témoignent ses références au prétendu antisémitisme « progressif » – sic ! – , totalement imaginaire, du trotskiste puis panafricaniste C.L.R. James, cf. notre article http://mondialisme.org/spip.php?article2089.

    [2] On remarquera que les analyses de Mme Bouteldja rejoignent tout à fait celles de l’écrivain mythomane, complotiste, négationniste et antisémite Israël Shamir dans son article « Le philosémitisme, c’est du racisme » ou du fasciste Alain Soral qui voit des Juifs et des « philosémites » partout.

  • Coleman défend l’Educastration Nationale
    Fait des speechs sur les Black Panthers (maos racialises) à Toulon : http://mondialisme.org/spip.php?article2629
    Et chez les bolchéviks de l’AWL :
    "Ce texte a été rédigé pour accompagner une intervention lors d’une réunion organisée à Londres par l’Alliance for Workers Liberty le 1 er juillet 2017."
    http://mondialisme.org/spip.php?article2613
    Et fait dans l’antiféminisme primaire et la généralisation abusive, le préjugé de beauf réac :
    "Le vieux mouvement ouvrier (qu’enterrent TOUS LES postmodernes, LES gauchistes et LES féministes)" http://mondialisme.org/spip.php?article2650
    Mondialisme le site du mensonge permanent.

  • Toujours lire l’original :

    ici

    - Edouard Drumont, maître à penser de Mme Houria Bouteldja : les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise

    ou ici :

    - Les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise

    Dans une allocution à la Maison de la Littérature à Oslo, le 3 mars 2015, lors d’une conférence sur le thème « Minorités, nationalisme et États-Nations », allocution intitulée « Racisme(s) et philosémitisme d’État ou comment politiser l’antiracisme en France », Mme Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, a récemment dénoncé le prétendu « philosémitisme » des gouvernements français et les Juifs qui joueraient le rôle de « bonne conscience blanche ». En effet, selon elle, « les Juifs » occulteraient « la mémoire de la traite négrière », la mémoire du colonialisme « blanc », mais aussi « la mémoire du génocide des Tziganes » – ce qui expliquerait l’hostilité « de la part des sujets post-coloniaux envers les Juifs » qui les voient comme les « enfants chéris de la République ». Selon Mme Bouteldja, les Juifs seraient aussi les « porte-paroles de l’Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d’un autre État-Nation colonial : Israël ».

    Croyant sans doute innover en dénonçant le « philosémitisme d’Etat » [1], Mme Bouteldja rejoint ainsi une vieille tradition de l’extrême droite gauloise antisémite qui va d’Edouard Drumont à Alain Soral….

    En effet, dans ses polémiques contre les partisans de l’innocence du capitaine Dreyfus, l’écrivain antisémite Edouard Drumont dénonçait déjà ceux qu’il appelait les « 

    philosémites

     », qui, pour lui, étaient des traîtres, des individus en voie de devenir « 

    juifs

     ». Dès la première page de La Libre parole il dénonce « 

    le philosémite Leroy-Beaulieu

     ».

    Dans un article de Jean-Paul Honoré (« Le vocabulaire de l’antisémitisme en France pendant l’affaire Dreyfus », Mots, mars 1981, n° 2, pp. 73-92), on découvre que la notion de « philosémitisme » est utilisée depuis longtemps comme un euphémisme pour dénoncer ceux qui luttent contre l’antisémitisme… d’Etat ou populaire. A l’époque, le concept de « politiquement correct » n’avait pas encore été inventé, mais l’extrême droite antisémite française dénonçait déjà le « philosémitisme » et les « compromissions philosémites ».

    On m’objectera que le terme de philosémitisme est employé dans les milieux universitaires et intellos et qu’elle n’est pas seulement péjorative. C’est ainsi, par exemple, qu’un journaliste du quotidien « Haaretz », Yitzhak Laor, a publié un livre, cité d’ailleurs par Mme Bouteldja dans son allocution d’Oslo, ouvrage intitulé « Le nouveau philosémitisme européen ».

    A propos du terme « philosémitisme », on pourra lire l’article de Catherine Poujol publié dans la revue Archives juives (2007, 1, vol. 40, http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=AJ_401_0014) « Oscar de Férenzy ou les limites du philosémitisme dans l’entre-deux-guerres ». L’auteure conclut ainsi son article : « Je partage en cela la définition que Pierre Pierrard donne du “philosémitisme” : “un contre-courant formé soit par humanisme, soit par conviction religieuse, né après la Shoah, grâce à Jules Isaac en France et au concile Vatican II ; courant qui a fait alors un grand bond en avant”. Je crois, en effet, que ce contre-courant chrétien a été une conséquence de la tentative génocidaire qu’a vécu le peuple juif, dans la mesure où des chrétiens se sont alors posés, sans aucun prosélytisme, comme gardiens d’Israël aussi bien d’un point de vue territorial (approbation de la création de l’État et défense de cette existence) que catéchétique (enseignement de l’estime et épuration des manuels et de la liturgie). »

    - Mais l’auteure de l’article remarque quand même, à propos de la presse chrétienne des années 30 qui se prétendait « philosémite » : « Ces philosémites-là font la distinction entre les valeurs judéo-chrétiennes que le peuple juif véhicule et auxquelles ils adhèrent, et leur aversion traditionnelle pour le rôle supposé néfaste des Juifs dans le monde politique et dans l’économie, pour eux indiscutable. »

    Pour ma part, je me méfierai donc toujours des « philosémites », chrétiens ou athées, de droite ou de gauche, mais pas du tout pour les raisons avancées par l’extrême droite complotiste et Mme Bouteldja du PIR. Tout simplement parce que des gens qui se prétendent « philosémites » ne défendent ni un point de vue de classe, ni une position anti-étatique ou anti-nationaliste….

    Le site qui a pris le nom de « philosémitisme » est d’ailleurs aujourd’hui un site favorable à l’extrême droite pro-israélienne (Rioufol, Goldnagel, etc.), et c’est donc effectivement un terme à proscrire, surtout si l’on est un adversaire résolu de l’antisémitisme, d’où qu’il vienne, des gouvernants ou des exploités, des athées ou des croyants, de la droite ou de la gauche.

    Aujourd’hui, au XXIe siècle, le terme de « philosémite » n’est pas simplement utilisé par des intellectuels pour discuter en petit comité, ou par des militants de l’extrême droite sioniste-raciste, il fait aussi partie du langage codé que pratiquent les internautes antisémites de base car il est inséparable de tout un raisonnement complotiste selon lequel les gouvernements du monde (et notamment ceux des Etats-Unis et de la France) seraient contrôlés par « les Juifs ».

    Dans le langage politique courant, "philosémite" est clairement une insulte utilisée par les Gaulois d’extrême droite depuis un siècle pour désigner les "souchiens" qui prennent le parti des Juifs et des juifs…..

    Et cela, Mme Bouteldja ne peut l’ignorer, pas plus qu’elle ne peut ignorer qu’en dénonçant un « philosémitisme d’État » et en employant sans cesse l’expression « les Juifs », elle participe à une racialisation politique négative des 600 000 juifs ou Juifs français qui sont aussi divers politiquement et socialement que les « musulmans » ou les « sujets post-coloniaux » dont cette dame prétend se faire le porte-parole.

    Pour illustrer l’ignominie de sa démarche, je prendrai quelques exemples de l’usage actuel de l’expression « philosémitisme » dans les milieux d’extrême droite gaulois, composés d’individus peut-être « blancs » mais certainement aussi réactionnaires que Mme Boutelja.

    Tout d’abord cette citation d’une crapule qui a choisi le pseudonyme caractéristique de « Bonsens66 », dans la rubrique commentaires de l’hebdomadaire réac « Le Point » :

    « Chacun sait qu’en France ces fameuses élites, celles qui "font le politiquement correct" sont philosémites. Le monde agricole, ouvrier, employé ou marginal (l’énorme majorité de l’opinion publique) n’a pas les mêmes intérêts à se montrer favorable à ceux qui se sont réservés les métiers, les fonctions qui écrèment l’économie nationale. »

    Cette prose date de 2012 et elle n’est pas du tout l’expression d’un seul allumé du clavier.

    C’est ainsi que Pierre Driancourt, dans un numéro de National-Hebdo de 1991 écrit à propos du groupuscule fasciste antisémite L’Oeuvre française :

    « Ainsi, le philosémitisme et le sionisme en vogue jadis dans le camp national tendent aujourd’hui à disparaître, de même qu’une certaine propension à cautionner une politique atlantiste ou libéraliste. »

    Le site fasciste « Le bréviaire des patriotes » présente de façon élogieuse un livre de Bernard Lazare (« L’antisémitisme, son histoire et ses causes », réédité par le fasciste Alain Soral) parce qu’il balaie les arguments des

    « philosémites qui eux voyaient dans les Juifs un peuple maltraité parce que différent, parce qu’unique, jalousé et persécuté en conséquence par toutes les sociétés du monde »

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    Un certain « Nico » qui se dit d’ailleurs « philosémite » (?!) écrit dans la rubrique commentaires du journal (de gauche ?) CQFD, sans que ses propos soient censurés ou fassent même l’objet de critiques :

    « Je constate que de plus en plus de postes de pouvoirs et stratégiques de mon pays sont occupés par des français-juifs ! »

    Ces différents individus qui défendent des idées d’extrême droite rejoignent ainsi tout à fait les propos de Mme Bouteldja nous incitant à dénoncer le « philosémitisme [2] d’Etat » qui régnerait selon elle en France depuis 1945 et ferait des Juifs les supplétifs de l’impérialisme français et du néocolonialisme « blanc ».

    Le PIR mérite bien son nom : il est devenu un courant parfaitement autochtone, qui a totalement intégré le logiciel nationaliste français.

    Bienvenue au club, mesdames et messieurs les Indigènes de la République !

      • Y.C., Ni patrie ni frontières, 14 mars 2015.

    Notes

    [1] Elle est en effet d’une ignorance abyssale comme en témoignent ses références au prétendu antisémitisme « progressif » – sic ! – , totalement imaginaire, du trotskiste puis panafricaniste C.L.R. James, cf. notre article http://mondialisme.org/spip.php?article2089.

    [2] On remarquera que les analyses de Mme Bouteldja rejoignent tout à fait celles de l’écrivain mythomane, complotiste, négationniste et antisémite Israël Shamir dans son article « Le philosémitisme, c’est du racisme » ou du fasciste Alain Soral qui voit des Juifs et des « philosémites » partout.

  • On aurait pu croire, ingénument, que le philosémitisme, entendu comme "forme sournoise d’antisémitisme" [1], épargnerait la gauche radicale pour ne frapper que la droite prétendument "socialiste", de même que toutes les variétés de droite "forte" ou non, qui communient dans la même célébration inconditionnelle de l’Etat d’Israël.

    Las ! Dans son article "Antisémitisme DE gauche : définition et fonctions politiques" [2], daté du mercredi 3 juin 2015, Monsieur Coleman, qui exerce un magistère depuis son site Mondialisme.org, présente désormais tous les symptômes d’un philosémitisme galopant à tendance hallucinatoire. Avec un sens de l’à-propos qui n’appartient qu’à lui, il a concentré sa petite artillerie sur notre camarade Pierre Stambul, 6 jours avant que Pierre ne "bénéficie" des services d’une des unités dites d’élite de l’appareil d’Etat, en l’occurrence le RAID, après une opération d’intoxication menée semble-t-il par un pirate informatique franco-israélien. [3]

    Il serait quelque peu injuste de reprocher à Monsieur Coleman de ne pas disposer de talents divinatoires, qui lui auraient épargné ce timing "malencontreux". Il existe toutefois une règle d’Or entre révolutionnaires, ce qu’il prétend être : la solidarité inconditionnelle face à la répression. Les camarades "Juives et Juifs révolutionnaires", qui animent le site du même nom, ne s’y sont pas trompé-e-s. Le jour même de l’agression de Pierre Stambul, leur site proclamait : "Nous dénonçons l’interpellation de Pierre Stambul par le RAID durant la nuit. Quels que soient nos désaccords..." [4]. Qu’elles et ils en soient publiquement remercié-e-s.

    Nous sommes le vendredi 17 juillet 2015 : à moins de n’avoir fait que de la spéléologie depuis le 9 juin ou d’être coupé d’Internet, ce qui n’est pas le cas - son site étant régulièrement mis à jour, Monsieur Coleman a difficilement pu manquer l’attaque dont Pierre Stambul a été victime. Nous allons tenter de comprendre les raisons très politiques pour lesquelles il a "omis" d’assurer notre camarade de sa solidarité.

    "L’antisionisme est une absurdité politique et conceptuelle" (sic) [2]

    Je cite monsieur Coleman : "L’antisionisme est une absurdité politique et conceptuelle : autant la critique féroce du sionisme avait un sens AVANT la création de l’Etat d’Israël, autant aujourd’hui être « antisioniste » signifie soit que l’on veut retourner dans les années 30 à bord d’une machine à remonter le temps et faire comme si le judéocide n’allait pas avoir lieu (...) ; soit que l’on est pour l’expulsion des Israéliens de Palestine... et dans ce cas mieux vaudrait avoir un bon plan B à disposition. (...)" [2]

    Pour ce qui est de "l’expulsion des Israéliens de Palestine", la lecture de la Charte de l’UJFP aurait évité à Monsieur Coleman une telle ineptie : "Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne peut être résolu qu’en mettant un terme à la domination d’un peuple par un autre, et en mettant en oeuvre le droit à l’autodétermination pour le peuple palestinien, (...). Le droit à l’autodétermination est déjà, bien entendu, clairement établi pour le peuple israélien." [5]

    Quant à l’inanité de l’antisionisme de nos jours, il pourrait être instructif de savoir ce que pensent les dirigeants de l’Etat d’Israël de l’actualité ou du caractère obsolète de la référence au sionisme.

    Florilège :

    Benjamin Netanyahu : "C’est le véritable camp sioniste qui sera au pouvoir, et Jérusalem ne sera pas divisée" [6].

    Avigdor Liberman : "J’exhorte tous les citoyens d’Israël à aller voter pour un parti sioniste - peu importe si c’est Meretz, Yisrael Beiteinu, ou Bayit Yehudi - ce qui est plus important, c’est d’aller voter pour un parti sioniste parce qu’il est important de préserver le caractère juif et sioniste de l’État d’Israël" [7]. (Monsieur Liberman semble légèrement douter des capacités de compréhension de ses auditeurs...)

    Naftali Bennett : "Il fonce à toute allure en direction des [électeurs] sionistes religieux, ceux qui disent que pour des raisons idéologiques, ils renoncent à leur propre parti pour le Likoud, afin de ne perdre la chance d’avoir un gouvernement de droite" [8].

    Moshé Bougy Yaalon : "J’ai dirigé des opérations contre les forces paramilitaires de l’Autorité palestinienne, les milices du Fatah et les forces du Hamas à Gaza et en Cisjordanie. Depuis le début du conflit, avant la création de l’Etat, et durant les années qui ont suivi les Accords d’Oslo, la volonté des dirigeants sionistes était d’aboutir à un compromis historique en convainquant les Palestiniens de renoncer à “la lutte armée” et à toute forme d’opposition (...)" [9].

    Ayelet Shaked : "Il faut arrêter de s’excuser, il faut redevenir sioniste !" [10].

    De toute évidence, les dirigeants d’Israël n’ont pas lu les profondes considérations de monsieur Coleman et ne savent pas que l’antisionisme, et donc le sionisme, sont des notions totalement désuètes. Cette regrettable ignorance les conduit à des "écarts de langage", que nous allons maintenant examiner.
    De la comparaison des gouvernements israéliens au IIIe Reich

    Précisons d’emblée que cet intertitre ne saurait être compris comme une incitation à ce type de parallèle. De la même façon que le terme "fasciste" est trop souvent employé inconsidérément, lui faisant perdre la caractérisation précise d’un régime politique et de son idéologie, de la même façon, la qualification de "nazi" ne peut être banalisée. Hélas, les dirigeants sionistes (le paragraphe précédent nous autorise à les nommer ainsi) ne "facilitent" toutefois pas les choses, comme nous allons le voir.

    Commençons par les amalgames de Monsieur Coleman, qui le conduisent à qualifier Pierre Stambul d’irresponsable : "l’antisionisme (...) peut parfois conduire à des conclusions antisémites (...) lorsque la politique des gouvernements israéliens est systématiquement comparée à celle des nazis ou lorsque « certains dirigeants sionistes » sont accusés d’avoir été complices des nazis (...) Comme le fait, de manière totalement irresponsable, Pierre Stambul de l’UJFP car il sait que ce type d’arguments sont employés par les négationnistes : « Nous savons que l’instrumentalisation du génocide nazi par les sionistes est une escroquerie. Les sionistes n’ont joué qu’un très faible rôle dans la résistance juive au nazisme. Certains de leurs dirigeants se sont fortement compromis avec le nazisme. »" [2]

    Joli tour de passe-passe, qui fait dire à Pierre ce qu’il n’a pas dit, à savoir que les sionistes sont des nazis. Quant à savoir pourquoi certain-e-s ont fait cette comparaison, se reporter à leurs propos exacts pourrait nous éclairer.

    A propos de "l’armée la plus morale du monde", qui affirma, "pendant l’invasion du Liban en 1982 (que) les excès des soldats israéliens au Liban démontraient (...) « l’existence d’une mentalité judéo-nazie »" [11] ? Réponse : Yeshayahou Leibowitz, sioniste engagé, "rédacteur en chef de l’Encyclopédie hébraïque", attaché à la pratique des Mitsvots (commandements requis par la Torah) et grand admirateur de Maïmonide [12].

    Quel est le raisonnement de Yeshayahou Leibowitz ? "Voilà le problème clef : la désobéissance à un ordre légal. Mais cette conception selon laquelle il est interdit de désobéir à un ordre légal, c’est une conception fasciste, nazie. Maintenant, vous comprenez ce que je veux dire quand j’utilise le terme « judéo-nazi » ? Pourquoi Israël a-t-il condamné Adolf Eichmann à la potence et l’a-t-il pendu ? Eichmann n’a fait qu’accomplir les ordres légaux donnés par ses supérieurs. Voilà pourquoi, quand j’entends des gens affirmer que l’ordre légal donné constitue le critère suprême de la conduite d’un soldat, je leur lance : « Vous êtes des judéo-nazis ! »" [13].

    D’auteurs dont les noms seront précisés plus loin : "Parmi les phénomènes politiques les plus perturbateurs de notre époque, on peut compter l’émergence, à l’intérieur de l’Etat d’Israël (...) du "Parti de la Liberté" (...) apparenté, dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et ses prétentions sociales, aux partis politiques nazis et fascistes. (...)" [14].

    Quel fait a bien pu inspirer un tel emportement chez ces auteurs ?

    Celui-ci : "C’est dans ses actions que (ce) parti terroriste trahit ses réelles aspirations (...) Un exemple choquant a été donné par leur comportement au sein du village arabe de Deir Yassin. (...) Le 9 avril, selon le New York Times, des groupes terroristes ont attaqué ce paisible village, qui n’était en rien un objectif militaire dans ce conflit, et ont tué la plupart de ses habitants (240 personnes : hommes, femmes, enfants )." [14].

    Qu’est-ce qui motive leur lettre d’alerte ? "La visite imminente, aux Etats Unis, de Menachem Begin, chef de ce parti (...) calculée afin de donner l’impression d’obtenir un soutien américain" [14].

    Qui sont donc les "irresponsables", probablement antisémites, qui ont commis cette lettre ? Entre autres : Hannah Arendt et Albert Einstein.

    Pour des raisons qui m’échappent, cet appel a échappé à l’immense érudition de Monsieur Coleman.

    Cette controverse est-elle dépassée ? Malheureusement, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher aux Netanyahu, Liberman et consorts, c’est la cohérence entre leurs paroles et leurs actes.

    Second florilège :

    Naftali Bennett, actuel ministre israélien de l’Education : "J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça". [15].

    Avigdor Liberman, ex-ministre israélien des Affaires étrangères : "Ceux qui sont de notre côté (NB : les Arabes israéliens) méritent beaucoup, mais ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache" [16].

    Moshe Feiglin (candidat doté de 24% des suffrages, face à Netanyahou, lors des primaires du Likoud de 2007), au quotidien Haaretz, en 1995 : "Hitler était un génie militaire inégalé. Le nazisme a fait passer l’Allemagne d’un bas niveau à un niveau physique et idéologique fantastique. Les jeunes loqueteux ont été transformés en une catégorie propre et ordonnée de la société et l’Allemagne a disposé d’un régime exemplaire (...)" [17].

    Faisons un détour parmi les autorités religieuses de "l’État juif et sioniste d’Israël" [7]. Ovadia Yosef (élu grand-rabbin séfarade d’Israël en 1973) : "Les six millions de malheureux juifs qu’ont tués les nazis ne l’ont pas été gratuitement. Ils étaient la réincarnation des âmes qui ont péché" [18] ...

    Je laisse chaque Juive, chaque Juif ayant perdu des proches dans l’enfer nazi et/ou lors des pogroms en Europe méditer ces deux dernières citations et en prendre la pleine mesure : l’Etat d’Israël n’est pas notre refuge, mais un vecteur majeur de l’antisémitisme dans le monde. La compassion dont nous, Juives et Juifs, avons bénéficié après les révélations des crimes nazis est détruite et souillée jour après jour par les agissements et les propos criminels des dirigeants sionistes. […]

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4304

  • Netanyahu, Monsieur Coleman et le droit au retour des Palestiniens

    Le titre de cet article, quelque peu provocateur, semblera sans doute excessif.

    Excessif, il ne l’est guère plus que : "Edouard Drumont, maître à penser de Mme Houria Bouteldja : les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise" [19]. Monsieur Coleman aurait peut-être (?) pu s’épargner la rédaction d’un article aussi outrancier que malhonnête en lisant la "Lettre ouverte de Rudolf Bkouche au premier ministre : « Votre déclaration "philosémite" n’est qu’une forme sournoise d’antisémitisme »" [1] ou, de Yitzhak Laor, "Le nouveau philosémitisme européen et le « camp de la paix » en Israël" (La Fabrique, Paris, 2007).

    Mais "quid" du rapprochement entre Benjamin Netanyahu et Monsieur Coleman ? Ceci : "Benyamin Netanyahu campe sur les positions qu’il avait fixées lors de son discours prononcé à l’université Bar Ilan en 2009. Il refuse de négocier sur la base des frontières de 1967, il refuse le gel des colonies, le droit au retour des Palestiniens expulsés en 1948 et 1967" [20].

    Et voici le point de vue de Monsieur Coleman sur la résolution 194 de l’ONU "Autant le versement d’une indemnisation semble raisonnable, autant le « droit au retour » est une aberration pour les Palestiniens - mais aussi pour les Juifs du monde entier." [21].

    Notons, pour la forme, qu’une confusion est ici faite entre le "droit au retour" des réfugié-e-s palestinien-ne-s, visé par la résolution 194 du 11 décembre 1948 de l’ONU [22], et la "loi du retour", votée par la Knesset le 5 juillet 1950, qui "octroie automatiquement à tout individu juif la nationalité israélienne lors de sa demande d’immigration." [23]. Quant au fond, s’il y a bien ici une "aberration", c’est de ne pas proclamer avec force l’injustice qu’Eyal Sivan a si parfaitement résumée : "Comment faire accepter à un Palestinien né à Jaffa qu’il n’a pas le droit d’y revenir, alors qu’un juif né à Paris peut, lui, s’y installer ?" [24].

    Il est vrai que le concept d’autodétermination semble un peu abscons pour notre docte pourfendeur des antisionistes : que les conditions d’établissement de deux Etats, d’un Etat binational (ou du refus d’un Etat-Nation) appartiennent aux peuples concernés ne semble pas l’effleurer. Il est désormais en bonne compagnie, entre Netanyahu et François Hollande, lequel abonde dans son sens : "Demander à Israël d’accepter le droit au retour des réfugiés palestiniens n’aurait pas de sens..." [25].
    Le(s) sionisme(s), exégèse selon Coleman

    "N’en déplaise à Pierre Stambul, qui n’est pas un ignorant, LES « sionistes » cela n’existe pas, il y a plusieurs types de « sionistes », en clair de nationalistes israéliens ou de partisans de l’existence de l’Etat d’Israël. Et en général le terme « sionistes » est un mot codé pour dire « Juifs »." [26].

    Monsieur Coleman est intarissable sur la question de l’antisémistisme et de l’histoire du sionisme dans toute sa diversité. La documentation disponible sur son site serait un pur bonheur, pour son abondance et sa qualité, si elle n’était mitée, à intervalles réguliers, par les imprécations gorgées de mépris qui sont sa marque de fabrique. La quasi-totalité des marxistes et anarchistes de toutes obédiences ont eu droit, à un moment ou à un autre, à ses excommunications boursouflées.

    Toutefois, depuis les cimes de son savoir, ce "petit marquis" [27] (sic) de l’excellence radicale daigne révéler à des Juifs communistes libertaires (Pierre Stambul et Jean-Marc Izrine) qu’il existait et existe des versions différentes du sionisme.

    Mais, comme la science se mérite, nous ne saurons pas dans le même article que les conceptions d’un Vladimir Jabotinsky n’étaient pas exactement concordantes avec celles d’un Bernard Lazare ni que, de nos jours, le point de vue d’un Shlomo Sand n’est pas "tout à fait" celui d’un Yehuda Glick, partisan de la destruction de la mosquée Al Aqsa comme prélude à la reconstruction du Troisième temple de Jérusalem.

    A titre personnel, je ne verrais aucun inconvénient à deviser sur l’histoire de l’anarcho-sionisme, sauf peut-être la contrainte où je me trouverais d’emprunter la "machine à remonter le temps" [2] en compagnie de Monsieur Coleman.

    Au niveau théorique, il est évidemment fondé de distinguer, autant sur le plan historique que dans l’analyse de la situation actuelle, la variété des conceptions sionistes ou post-sionistes. Mais, sauf à nous traiter de Juifs antisémites (les sionistes ne s’en privent pas), notre dénonciation du sionisme est constamment explicitée comme la condamnation des politiques criminelles des dirigeants d’Israël vis-à-vis des Palestinien-ne-s et suicidaires pour les Juives et Juifs d’Israël et de la diaspora et non (c’est effarant de devoir l’écrire) comme une volonté d’expulsion des Israéliens de Palestine, ce que suggère Coleman [2] !

    Shlomo Sand a dramatiquement résumé ce dilemme : "(...) même un enfant né d’un acte de viol a le droit de vivre. La création d’Israël par des juifs dont beaucoup étaient des rescapés des camps d’extermination a été un acte de viol contre les populations arabes de Palestine. Il a fait naître la société israélienne qui vit déjà depuis soixante-dix ans, et qui a développé sa culture. On ne règle pas une tragédie en en créant une autre." [28].

    "Obsédés par Israël et la Palestine du matin au soir" (sic) [29]

    L’article [29] de Monsieur Coleman qui comporte cette expression commence par la citation suivante : "Et puis, on peut être contre la politique internationale d’Israël sans être antisémite." (David Rachline, maire Front national de Fréjus)

    Ne pouvant soupçonner Monsieur Coleman de sympathie pour le Front national, cette citation ne peut être utilisée que comme un repoussoir. Dès lors qu’il n’en partage pas l’idée, il nous place donc devant une double négation : la citation, la réfutation implicite de celle-ci du fait de l’appartenance de son émetteur, ce qui, comme toute double négation, produit donc une affirmation. En clair, la conclusion suggérée par Coleman est donc celle-ci : "Toute critique de la politique internationale d’Israël est antisémite".

    C’est très intéressant. Autant sa critique radicale du terme antisioniste, signifiant nécessairement selon lui "qui souhaite l’anéantissement d’Israël et des Israélien-ne-s" aurait pu donner lieu à débat, autant là, c’est toute critique d’Israël qu’il réfute. C’est d’autant plus curieux qu’il parsème ses textes d’une telle critique : "La politique criminelle de l’Etat israélien et la haine qu’elle suscite chez les peuples des Etats limitrophes et chez les Palestiniens" [29] mais c’est pour la contrebalancer aussitôt d’une fureur croissante au fil des ans envers les antisionistes ou tous critiques d’Israël.

    S’il y a une chose certaine, c’est que monsieur Coleman n’est ni "obsédé par (...) la Palestine du matin au soir", ni par le sort des Palestinien-ne-s. Sur 2017 articles au 17 juillet 2015, 2 articles (oui, deux, pas trois) mentionnent le terme de "Nakba" sur le site "Mondialisme.org", soit 0,1 % des articles et 291 articles mentionnent le terme "antisémitisme", soit 14,43 %. Dit autrement, quand il évoque 1 fois la "Nakba", il parle 145 fois d’"antisémitisme". Pour prendre la mesure du sort du peuple palestinien chassé de ses terres, c’est une proportion qui lui semble sans doute équilibrée.

    Une fois n’est pas coutume, c’est auprès du "Shin Bet", ou "Shabak" (Service de sécurité intérieure israélien) que l’on peut trouver des informations qui nous démontrent de façon inquiétante pourquoi même une Juive ou un Juif vivant loin d’Israël, en France, aux USA, a des raisons très précises pour sa sécurité d’être "obsédé par Israël et la Palestine du matin au soir".

    Dans le documentaire "Gatekeepers", réalisé par Dror Moreh en 2012, six anciens responsables du "Shin Bet" témoignent de l’évolution de la situation en Israël et délivrent un avis accablant sur l’ensemble des premiers ministres israéliens, à l’exception de Yitzhak Rabin, assassiné en 1995 par Ygal Amir, admirateur de Baruch Goldstein, responsable du massacre d’Hébron.

    Impéritie, indifférence ou complicité avec les plus extrémistes des colons, voilà le fil conducteur de la politique israélienne. Avraham Shalom, chef du "Shin Bet" de 1981 à 1986 : "Aucun premier ministre ne s’est jamais intéressé aux Palestiniens", "Quelle différence entre Golda Meir et Begin ? Aucune".

    En 1980, Carmi Gillon et Yaakov Peri, qui deviendront plus tard chefs du "Shin Bet", enquêtent sur des colons qui préparent un attentat sur des bus palestiniens à Jérusalem avec un objectif de 250 morts. Ils parviennent à les arrêter, de nuit, au moment où les colons placent les explosifs dans les bus. Après enquête, il apparaît que ce groupe projetait depuis 1978 la destruction à l’explosif du Dôme du Rocher. Les condamnations tombent, dont 3 à perpétuité. Le "Shin Bet" est encensé par les autorités israéliennes. Yitzhak Shamir déclare le "Shin Bet" "joyau de la Couronne".

    Oui, mais... Cette "bande", comme l’appelle Yaakov Peri, avait ses entrées de longue date au Parlement et chez le Premier Ministre. En peu de temps, tout ce petit monde rejoint sa colonie, comme si de rien n’était. Que se serait-il passé si ces fanatiques avaient détruit le Dôme du Rocher ?

    Carmi Gillon : "Cela aurait déclenché la guerre totale du monde musulman contre Israël. Pas seulement les pays arabes, mais aussi l’Iran, l’Indonésie et la mise en danger de l’ensemble des communautés juives de par le monde." Le même raisonnement vaut, sans exception, pour tous les crimes impunis commis depuis des décennies par l’Etat d’Israël.

    Méditons sur le diagnostic de Zeev Sternhell, dans le reportage de Charles Enderlin de 2015, "Au nom du temple", à propos de Baruch Goldstein, auteur du massacre de la mosquée d’Ibraham, et de l’assassinat de Yitzhak Rabin par Ygal Amir : "La gauche (israélienne), par poltronnerie, parce que c’était commode de se voiler la face, a préféré croire que nous avions la fièvre à cause d’une grippe alors que nous avions un cancer." […]

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4304

  • Monsieur Coleman prépare ses étoiles jaunes pour l’UJFP

    Citations de notre implacable censeur : "Rappelons que l’Union juive française pour la paix n’organise pas seulement des Juifs, comme le précisent d’ailleurs ses statuts. Il aurait été cependant plus honnête de choisir, par exemple, une appellation comme l’Union française pour la paix en Palestine. Cette ambiguïté délibérée permet aux militants non juifs de l’UJFP de se faire passer (ce qui est très rémunérateur symboliquement) pour des descendants des victimes du judéocide ou, encore mieux, des militants du Bund assassinés par les nazis." [2].

    "... l’UJFP (...) prétend regrouper des juifs partisans de la paix (d’après son sigle) alors qu’une partie de ses membres ne sont ni Juifs ni juifs !" [30].

    "... l’UJFP, cette curieuse organisation qui se dit « juive » tout en n’expliquant pas vraiment en quoi elle tient à cette étiquette si infamante dans le camp « antisioniste »...." [26].

    C’est sûrement une coïncidence, mais cette exigence de pureté ethnique nous a déjà été adressée régulièrement par des sionistes. Monsieur Coleman semble très préoccupé par ce sujet et sait sûrement que nous ne sommes pas précisément des "haredim" (juifs ultra-orthodoxes). En tant que tout nouvel expert ès-"Halakha" (la Loi juive), a-t-il prévu des tests de sélection en manifestation pour trier les Juives et Juifs certifié-e-s par ses soins des "goyim" (non-juifs) infiltré-e-s parmi nous ?

    Quant à la notion d’"étiquette si infamante" d’une "organisation qui se dit « juive »", elle a un fumet, comment dire ? Pas précisément "philosémite", même au sens de "forme sournoise d’antisémitisme" [1]. Ces trois phrases mises bout à bout donnent la nausée.

    Est-ce que Monsieur Coleman a la moindre idée de l’abjection de ses propos, lancés à la face de militant-e-s de l’UJFP dont l’histoire familiale regorge de l’attention toute particulière que l’Europe chrétienne a réservée à leurs parents et ancêtres ? L’autodérision, l’humour noir et féroce dont certain-e-s d’entre nous sont heureusement doté-e-s nous procurent une catharsis permanente d’un passé trop lourd qui en a fait sombrer plus d’un-e parmi nous.

    Nous accusons donc réception de l’assurance complète de son absence de solidarité.

    Jean-Marc Capellero-Rabinovitz

    Le vendredi 17 juillet 2015

    [1] "Lettre ouverte de Rudolf Bkouche au premier ministre : « Votre déclaration "philosémite" n’est qu’une forme sournoise d’antisémitisme »", Rudolf Bkouche, 21 septembre 2014, ainsi que "Du philosémitisme d’Etat", Rudolf Bkouche, 27 avril 2015

    [2] "Antisémitisme DE gauche : définition et fonctions politiques", Yves Coleman, mercredi 3 juin 2015

    [3] "Pierre Stambul notre co-président arrêté par le RAID cette nuit et gardé à vue pendant 7 heures", Bureau national de l’UJFP le 09-06-2015 à 18h40.

    [4] "Soutien à Pierre Stambul", Juives et Juifs révolutionnaires, le 9 juin 2015

    [5] "Charte de l’UJFP", adoptée à la fondation de l’UJFP à Paris, lors de la fête de Pessah en 5754 (avril 1994)

    [6] Europe Israël news, 15 mars 2015

    [7] Coolamnews 17 mars 2015

    [8] "Bennett reproche à Netanyahou de courtiser son électorat religieux", IsraPresse, 16 mars 2015

    [9] CAPE - Centre des Affaires publiques et de l’Etat, 22 janvier 2015

    [10] Koide9enisrael, dimanche 19 janvier 2014

    [11] "Yeshayahou Leibowitz, le prophète incompris", CCLJ - Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind, mardi 22 mars 2011, Ouri Wesoly

    [12] Yeshayahou Leibowitz, site du judaïsme Massorti Francophone, par Yeshaya Dalsace

    [13] "La mauvaise conscience d’Israël" (3), Defeatist Diary, 28/6/2010

    [14] "New Palestine Party. Visit of Menachen Begin and Aims of Political Movement Discussed", A letter to The New York Times. Saturday December 4, 1948 by Albert Einstein, Hannah Arendt, Sidney Hook, et.al. Traduction française : Archives LePost.fr – HuffingtonPost, mis à jour le 20/06/2010

    [15] L’Express, 30/07/2013

    [16] Libération, 10 mars 2015

    [17] Cité par Alain Gresh, Nouvelles d’Orient, lundi 30 janvier 2012

    [18] "Le rabbin Yossef dérape sur la Shoah", Libération, 7 août 2000

    [19] "Edouard Drumont, maître à penser (...)", mondialisme.org, samedi 14 mars 2015

    [20] "Israël-Palestine : Il n’y a pas de volonté politique d’aller vers la paix", L’Express, 02/04/2014

    [21] "Limites de l’ « antisionisme » (2)", mondialisme.org, vendredi 23 janvier 2004

    [22] "La question de Palestine - Réfugiés", site francophone des Nations Unies

    [23] "Loi du Retour", Akadem

    [24] "La dangereuse confusion des juifs de France", Eyal Sivan, 7 Décembre 2001

    [25] "Retour des Palestiniens : Hollande soutient Israël", Le Figaro, 19/11/2013

    [26] "Les « antisionistes » sont eux aussi sujets au « mal de mer »...", mondialisme.org, mardi 11 mars 2014 (Nota bene : l’article cité porte sur une préface de Pierre Stambul à un livre de Jean-Marc Izrine, « Les libertaires du Yiddishland », éditions Alternative Libertaire)

    [27] "Bref commentaire sur les procédés d’un plumitif « libertaire »", R.A. Forum. De la banalité du mépris chez Monsieur Coleman.

    [28] "Israël a-t-il perdu la guerre ? Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand", Télérama, 31/01/2009

    [29] "Sur les sources de l’antisémitisme de gauche, anticapitaliste et/ou anti-impérialiste", mondialisme.org, 25 avril 2014

    [30] "Ni Joffrin, ni Val, ni Siné, la clarté politique d’abord !", mondialisme.org, lundi 28 juillet 2008

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4304

  • « Antiracisme de classe » ou lutte de classes des racialisés ? identitaires ou identifiés ?

    Décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots :

    « Acquérir une vision claire des différentes formes de racisme et de leurs rôles. Et réfléchir à ce que pourrait être un antiracisme de classe »

    Bien pratique pour des considérations dépassant sa personne et son militantisme spécialisé dans la dénonciation, non de l’Etat et du capital, mais des militants d’extrême-gauche.

    Tout l’article est construit avec l’idée que le racisme est... une idée. Il s’agirait de s’en faire la bonne pour élaborer le bon « antiracisme », de préférence de gauche ou d’extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouverait grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mené depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu’il est exploité, pas parce qu’il est noir, mais s’il est plus sur-exploitable, c’est parce qu’il est noir.

    Il ne vient pas à l’idée d’Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu’eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L’antiracisme vient d’une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l’inverse, c’est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications « identitaires », mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n’est bonne qu’à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée [...]

    « Penser l’histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes »

    Vouloir définir un « antiracisme de classe », c’est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C’est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D’autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d’être, non pas « identitaires », mais identifiés par leurs couleurs de peau.

    http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-608.html

  • Toujours lire l’original :

    ici

    - Edouard Drumont, maître à penser de Mme Houria Bouteldja : les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise

    ou ici :

    - Les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise

    Dans une allocution à la Maison de la Littérature à Oslo, le 3 mars 2015, lors d’une conférence sur le thème « Minorités, nationalisme et États-Nations », allocution intitulée « Racisme(s) et philosémitisme d’État ou comment politiser l’antiracisme en France », Mme Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, a récemment dénoncé le prétendu « philosémitisme » des gouvernements français et les Juifs qui joueraient le rôle de

    « bonne conscience blanche »

    . En effet, selon elle, « les Juifs » occulteraient « la mémoire de la traite négrière », la mémoire du colonialisme « blanc », mais aussi

    « la mémoire du génocide des Tziganes »

    – ce qui expliquerait l’hostilité

    « de la part des sujets post-coloniaux envers les Juifs »

    qui les voient comme les

    « enfants chéris de la République »

    . Selon Mme Bouteldja, les Juifs seraient aussi les

    « porte-paroles de l’Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d’un autre État-Nation colonial : Israël »

    .

    Croyant sans doute innover en dénonçant le « philosémitisme d’Etat » [1], Mme Bouteldja rejoint ainsi une vieille tradition de l’extrême droite gauloise antisémite qui va d’Edouard Drumont à Alain Soral….

    En effet, dans ses polémiques contre les partisans de l’innocence du capitaine Dreyfus, l’écrivain antisémite Edouard Drumont dénonçait déjà ceux qu’il appelait les « 

    philosémites

     », qui, pour lui, étaient des traîtres, des individus en voie de devenir « 

    juifs

     ». Dès la première page de La Libre parole il dénonce « 

    le philosémite Leroy-Beaulieu

     ».

    Dans un article de Jean-Paul Honoré (« Le vocabulaire de l’antisémitisme en France pendant l’affaire Dreyfus », Mots, mars 1981, n° 2, pp. 73-92), on découvre que la notion de « philosémitisme » est utilisée depuis longtemps comme un euphémisme pour dénoncer ceux qui luttent contre l’antisémitisme… d’Etat ou populaire. A l’époque, le concept de « politiquement correct » n’avait pas encore été inventé, mais l’extrême droite antisémite française dénonçait déjà le « philosémitisme » et les « compromissions philosémites ».

    On m’objectera que le terme de philosémitisme est employé dans les milieux universitaires et intellos et qu’elle n’est pas seulement péjorative. C’est ainsi, par exemple, qu’un journaliste du quotidien « Haaretz », Yitzhak Laor, a publié un livre, cité d’ailleurs par Mme Bouteldja dans son allocution d’Oslo, ouvrage intitulé « Le nouveau philosémitisme européen ».

    A propos du terme « philosémitisme », on pourra lire l’article de Catherine Poujol publié dans la revue Archives juives (2007, 1, vol. 40, http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=AJ_401_0014) « Oscar de Férenzy ou les limites du philosémitisme dans l’entre-deux-guerres ». L’auteure conclut ainsi son article : « Je partage en cela la définition que Pierre Pierrard donne du “philosémitisme” : “un contre-courant formé soit par humanisme, soit par conviction religieuse, né après la Shoah, grâce à Jules Isaac en France et au concile Vatican II ; courant qui a fait alors un grand bond en avant”. Je crois, en effet, que ce contre-courant chrétien a été une conséquence de la tentative génocidaire qu’a vécu le peuple juif, dans la mesure où des chrétiens se sont alors posés, sans aucun prosélytisme, comme gardiens d’Israël aussi bien d’un point de vue territorial (approbation de la création de l’État et défense de cette existence) que catéchétique (enseignement de l’estime et épuration des manuels et de la liturgie). »

    - Mais l’auteure de l’article remarque quand même, à propos de la presse chrétienne des années 30 qui se prétendait « philosémite » : « Ces philosémites-là font la distinction entre les valeurs judéo-chrétiennes que le peuple juif véhicule et auxquelles ils adhèrent, et leur aversion traditionnelle pour le rôle supposé néfaste des Juifs dans le monde politique et dans l’économie, pour eux indiscutable. »

    Pour ma part, je me méfierai donc toujours des « philosémites », chrétiens ou athées, de droite ou de gauche, mais pas du tout pour les raisons avancées par l’extrême droite complotiste et Mme Bouteldja du PIR. Tout simplement parce que des gens qui se prétendent « philosémites » ne défendent ni un point de vue de classe, ni une position anti-étatique ou anti-nationaliste….

    Le site qui a pris le nom de « philosémitisme » est d’ailleurs aujourd’hui un site favorable à l’extrême droite pro-israélienne (Rioufol, Goldnagel, etc.), et c’est donc effectivement un terme à proscrire, surtout si l’on est un adversaire résolu de l’antisémitisme, d’où qu’il vienne, des gouvernants ou des exploités, des athées ou des croyants, de la droite ou de la gauche.

    Aujourd’hui, au XXIe siècle, le terme de « philosémite » n’est pas simplement utilisé par des intellectuels pour discuter en petit comité, ou par des militants de l’extrême droite sioniste-raciste, il fait aussi partie du langage codé que pratiquent les internautes antisémites de base car il est inséparable de tout un raisonnement complotiste selon lequel les gouvernements du monde (et notamment ceux des Etats-Unis et de la France) seraient contrôlés par « les Juifs ».

    Dans le langage politique courant, "philosémite" est clairement une insulte utilisée par les Gaulois d’extrême droite depuis un siècle pour désigner les "souchiens" qui prennent le parti des Juifs et des juifs…..

    Et cela, Mme Bouteldja ne peut l’ignorer, pas plus qu’elle ne peut ignorer qu’en dénonçant un « philosémitisme d’État » et en employant sans cesse l’expression « les Juifs », elle participe à une racialisation politique négative des 600 000 juifs ou Juifs français qui sont aussi divers politiquement et socialement que les « musulmans » ou les « sujets post-coloniaux » dont cette dame prétend se faire le porte-parole.

    Pour illustrer l’ignominie de sa démarche, je prendrai quelques exemples de l’usage actuel de l’expression « philosémitisme » dans les milieux d’extrême droite gaulois, composés d’individus peut-être « blancs » mais certainement aussi réactionnaires que Mme Boutelja.

    Tout d’abord cette citation d’une crapule qui a choisi le pseudonyme caractéristique de « Bonsens66 », dans la rubrique commentaires de l’hebdomadaire réac « Le Point » :

    « Chacun sait qu’en France ces fameuses élites, celles qui "font le politiquement correct" sont philosémites. Le monde agricole, ouvrier, employé ou marginal (l’énorme majorité de l’opinion publique) n’a pas les mêmes intérêts à se montrer favorable à ceux qui se sont réservés les métiers, les fonctions qui écrèment l’économie nationale. »

    Cette prose date de 2012 et elle n’est pas du tout l’expression d’un seul allumé du clavier.

    C’est ainsi que Pierre Driancourt, dans un numéro de National-Hebdo de 1991 écrit à propos du groupuscule fasciste antisémite L’Oeuvre française :

    « Ainsi, le philosémitisme et le sionisme en vogue jadis dans le camp national tendent aujourd’hui à disparaître, de même qu’une certaine propension à cautionner une politique atlantiste ou libéraliste. »

    Le site fasciste « Le bréviaire des patriotes » présente de façon élogieuse un livre de Bernard Lazare (« L’antisémitisme, son histoire et ses causes », réédité par le fasciste Alain Soral) parce qu’il balaie les arguments des

    « philosémites qui eux voyaient dans les Juifs un peuple maltraité parce que différent, parce qu’unique, jalousé et persécuté en conséquence par toutes les sociétés du monde »

    .

    Un certain « Nico » qui se dit d’ailleurs « philosémite » (?!) écrit dans la rubrique commentaires du journal (de gauche ?) CQFD, sans que ses propos soient censurés ou fassent même l’objet de critiques :

    « Je constate que de plus en plus de postes de pouvoirs et stratégiques de mon pays sont occupés par des français-juifs ! »

    Ces différents individus qui défendent des idées d’extrême droite rejoignent ainsi tout à fait les propos de Mme Bouteldja nous incitant à dénoncer le « philosémitisme [2] d’Etat » qui régnerait selon elle en France depuis 1945 et ferait des Juifs les supplétifs de l’impérialisme français et du néocolonialisme « blanc ».

    Le PIR mérite bien son nom : il est devenu un courant parfaitement autochtone, qui a totalement intégré le logiciel nationaliste français.

    Bienvenue au club, mesdames et messieurs les Indigènes de la République !

      • Y.C., Ni patrie ni frontières, 14 mars 2015.

    Notes

    [1] Elle est en effet d’une ignorance abyssale comme en témoignent ses références au prétendu antisémitisme « progressif » – sic ! – , totalement imaginaire, du trotskiste puis panafricaniste C.L.R. James, cf. notre article http://mondialisme.org/spip.php?article2089.

    [2] On remarquera que les analyses de Mme Bouteldja rejoignent tout à fait celles de l’écrivain mythomane, complotiste, négationniste et antisémite Israël Shamir dans son article « Le philosémitisme, c’est du racisme » ou du fasciste Alain Soral qui voit des Juifs et des « philosémites » partout.

  • Coleman défend l’Educastration Nationale
    Fait des speechs sur les Black Panthers (maos racialises) à Toulon : http://mondialisme.org/spip.php?article2629
    Et chez les bolchéviks de l’AWL :
    "Ce texte a été rédigé pour accompagner une intervention lors d’une réunion organisée à Londres par l’Alliance for Workers Liberty le 1 er juillet 2017."
    http://mondialisme.org/spip.php?article2613
    Et fait dans l’antiféminisme primaire et la généralisation abusive, le préjugé de beauf réac :
    "Le vieux mouvement ouvrier (qu’enterrent TOUS LES postmodernes, LES gauchistes et LES féministes)" http://mondialisme.org/spip.php?article2650
    Mondialisme le site du mensonge permanent.

  • « Dans les conflits qui viennent, les défenseurs de l’Islam évoqueront sans doute un racisme anti-islamique.

    A ce glissement sémantique, il n’y a qu’une réponse : l’Islam est une idéologie, au même titre que le capitalisme, le nazisme, l’hindouisme, ou le catholicisme. Or, il n’y a pas de racisme antinazi.

    En s’attaquant au fondamentalisme religieux, les luttes de l’antimondialisation doivent être dominées par un antiracisme radical.

    Le combat implacable contre le fanatisme religieux doit être mené en solidarité avec ceux qui en subissent les ravages.

    La condamnation d’une idéologie religieuse redonne aux femmes et aux hommes qu’elle aliène leur statut, non plus de croyants, mais d’êtres humains.

    La violence faite aux immigrés et aux réfugiés est une violence faite à tous les hommes : elle ne supporte aucune excuse. Le ventre de la bête est toujours fécond. »

    Jordi Vidal -Résistance au chaos-2002

      • « Il n’y a pas de plus grande force idéologique contre-révolutionnaire que le christianisme sous toutes ses formes, si ce n’est l’islam ! »
    • Guy Debord, Correspondance, volume 3, 1965-1968, p. 40.
  • Le journaliste Fabrice Nicolino a demandé à prendre la plume, et son article est bien plus long que prévu. Gravement blessé lors de l’attaque meurtrière des frères Kouachi contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ce pilier de l’hebdomadaire satirique a réclamé deux pleines pages pour dresser, dans le numéro du mercredi 15 novembre, le portrait du patron du site Mediapart, Edwy Plenel.

      • Il surplombe une fresque illustrant la longue marche professionnelle et militante de l’intéressé, suite de pelotons d’exécution, de ruines (l’immeuble du Monde) et d’assemblées serviles, adoratrices de Staline ou de Che Guevara. Juste à côté, l’éditorial au vitriol de Riss, le patron de Charlie, accuse gravement ce même Plenel de les avoir « condamnés à mort une deuxième fois ».

    Il y a quelques années, les querelles idéologiques que se livrent la bande d’anars de l’hebdomadaire et les fidèles d’Edwy Plenel seraient restées confinées aux franges de la gauche et n’auraient sans doute pas connu tel écho.

    La mort de Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Bernard Maris, Elsa Cayat et du correcteur Mustapha Ourrad, ainsi que de Frédéric Boisseau, Michel Renaud et des policiers Franck Brinsolara et Ahmed Merabet, voici bientôt trois ans, a tout changé.

    Depuis ce mercredi fatal où deux terroristes islamistes, les frères Kouachi, ont surgi dans ses locaux, Charlie appartient désormais au patrimoine national ; chaque combat mené par ou contre lui devient un peu celui des Français.

      • Le dernier a commencé le 8 novembre, lorsque l’hebdomadaire a monté en « une » sa caricature d’Edwy Plenel, longue moustache s’étirant pour couvrir bouche, yeux et oreilles et le rendre sourd, muet et aveugle. Au milieu, cette légende : « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : “on ne savait pas” », allusion limpide aux accusations de viols touchant le prédicateur musulman.

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/11/15/entre-charlie-et-mediapart-l-histoire-d-une-haine_5214942_3236.html

  • 16 novembre 00:48, par non à la fachosphère

    Les références de la fachosphère : le sioniste d’extrême droite Yves Coleman !

    https://nantes.indymedia.org/articles/32302
    https://nantes.indymedia.org/articles/32296
    https://nantes.indymedia.org/articles/32335

    Benjamin Netanyahu, maître à penser de Monsieur Yves Coleman : Mondialisme.org réussit son examen d’entrée dans l’extrême-droite sioniste

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4304

  • Benjamin Netanyahu, maître à penser de Monsieur Yves Coleman : Mondialisme.org réussit son examen d’entrée dans l’extrême-droite sioniste

    On aurait pu croire, ingénument, que le philosémitisme, entendu comme "forme sournoise d’antisémitisme" [1], épargnerait la gauche radicale pour ne frapper que la droite prétendument "socialiste", de même que toutes les variétés de droite "forte" ou non, qui communient dans la même célébration inconditionnelle de l’Etat d’Israël.

    Las ! Dans son article "Antisémitisme DE gauche : définition et fonctions politiques" [2], daté du mercredi 3 juin 2015, Monsieur Coleman, qui exerce un magistère depuis son site Mondialisme.org, présente désormais tous les symptômes d’un philosémitisme galopant à tendance hallucinatoire. Avec un sens de l’à-propos qui n’appartient qu’à lui, il a concentré sa petite artillerie sur notre camarade Pierre Stambul, 6 jours avant que Pierre ne "bénéficie" des services d’une des unités dites d’élite de l’appareil d’Etat, en l’occurrence le RAID, après une opération d’intoxication menée semble-t-il par un pirate informatique franco-israélien. [3]

    Il serait quelque peu injuste de reprocher à Monsieur Coleman de ne pas disposer de talents divinatoires, qui lui auraient épargné ce timing "malencontreux". Il existe toutefois une règle d’Or entre révolutionnaires, ce qu’il prétend être : la solidarité inconditionnelle face à la répression. Les camarades "Juives et Juifs révolutionnaires", qui animent le site du même nom, ne s’y sont pas trompé-e-s. Le jour même de l’agression de Pierre Stambul, leur site proclamait : "Nous dénonçons l’interpellation de Pierre Stambul par le RAID durant la nuit. Quels que soient nos désaccords..." [4]. Qu’elles et ils en soient publiquement remercié-e-s.

    Nous sommes le vendredi 17 juillet 2015 : à moins de n’avoir fait que de la spéléologie depuis le 9 juin ou d’être coupé d’Internet, ce qui n’est pas le cas - son site étant régulièrement mis à jour, Monsieur Coleman a difficilement pu manquer l’attaque dont Pierre Stambul a été victime. Nous allons tenter de comprendre les raisons très politiques pour lesquelles il a "omis" d’assurer notre camarade de sa solidarité.

    "L’antisionisme est une absurdité politique et conceptuelle" (sic) [2]

    Je cite monsieur Coleman : "L’antisionisme est une absurdité politique et conceptuelle : autant la critique féroce du sionisme avait un sens AVANT la création de l’Etat d’Israël, autant aujourd’hui être « antisioniste » signifie soit que l’on veut retourner dans les années 30 à bord d’une machine à remonter le temps et faire comme si le judéocide n’allait pas avoir lieu (...) ; soit que l’on est pour l’expulsion des Israéliens de Palestine... et dans ce cas mieux vaudrait avoir un bon plan B à disposition. (...)" [2]

    Pour ce qui est de "l’expulsion des Israéliens de Palestine", la lecture de la Charte de l’UJFP aurait évité à Monsieur Coleman une telle ineptie : "Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne peut être résolu qu’en mettant un terme à la domination d’un peuple par un autre, et en mettant en oeuvre le droit à l’autodétermination pour le peuple palestinien, (...). Le droit à l’autodétermination est déjà, bien entendu, clairement établi pour le peuple israélien." [5]

    Quant à l’inanité de l’antisionisme de nos jours, il pourrait être instructif de savoir ce que pensent les dirigeants de l’Etat d’Israël de l’actualité ou du caractère obsolète de la référence au sionisme.

    Florilège :

    Benjamin Netanyahu : "C’est le véritable camp sioniste qui sera au pouvoir, et Jérusalem ne sera pas divisée" [6].

    Avigdor Liberman : "J’exhorte tous les citoyens d’Israël à aller voter pour un parti sioniste - peu importe si c’est Meretz, Yisrael Beiteinu, ou Bayit Yehudi - ce qui est plus important, c’est d’aller voter pour un parti sioniste parce qu’il est important de préserver le caractère juif et sioniste de l’État d’Israël" [7]. (Monsieur Liberman semble légèrement douter des capacités de compréhension de ses auditeurs...)

    Naftali Bennett : "Il fonce à toute allure en direction des [électeurs] sionistes religieux, ceux qui disent que pour des raisons idéologiques, ils renoncent à leur propre parti pour le Likoud, afin de ne perdre la chance d’avoir un gouvernement de droite" [8].

    Moshé Bougy Yaalon : "J’ai dirigé des opérations contre les forces paramilitaires de l’Autorité palestinienne, les milices du Fatah et les forces du Hamas à Gaza et en Cisjordanie. Depuis le début du conflit, avant la création de l’Etat, et durant les années qui ont suivi les Accords d’Oslo, la volonté des dirigeants sionistes était d’aboutir à un compromis historique en convainquant les Palestiniens de renoncer à “la lutte armée” et à toute forme d’opposition (...)" [9].

    Ayelet Shaked : "Il faut arrêter de s’excuser, il faut redevenir sioniste !" [10].

    De toute évidence, les dirigeants d’Israël n’ont pas lu les profondes considérations de monsieur Coleman et ne savent pas que l’antisionisme, et donc le sionisme, sont des notions totalement désuètes. Cette regrettable ignorance les conduit à des "écarts de langage", que nous allons maintenant examiner.

    De la comparaison des gouvernements israéliens au IIIe Reich
    Précisons d’emblée que cet intertitre ne saurait être compris comme une incitation à ce type de parallèle. De la même façon que le terme "fasciste" est trop souvent employé inconsidérément, lui faisant perdre la caractérisation précise d’un régime politique et de son idéologie, de la même façon, la qualification de "nazi" ne peut être banalisée. Hélas, les dirigeants sionistes (le paragraphe précédent nous autorise à les nommer ainsi) ne "facilitent" toutefois pas les choses, comme nous allons le voir.

    Commençons par les amalgames de Monsieur Coleman, qui le conduisent à qualifier Pierre Stambul d’irresponsable : "l’antisionisme (...) peut parfois conduire à des conclusions antisémites (...) lorsque la politique des gouvernements israéliens est systématiquement comparée à celle des nazis ou lorsque « certains dirigeants sionistes » sont accusés d’avoir été complices des nazis (...) Comme le fait, de manière totalement irresponsable, Pierre Stambul de l’UJFP car il sait que ce type d’arguments sont employés par les négationnistes : « Nous savons que l’instrumentalisation du génocide nazi par les sionistes est une escroquerie. Les sionistes n’ont joué qu’un très faible rôle dans la résistance juive au nazisme. Certains de leurs dirigeants se sont fortement compromis avec le nazisme. »" [2]

    Joli tour de passe-passe, qui fait dire à Pierre ce qu’il n’a pas dit, à savoir que les sionistes sont des nazis. Quant à savoir pourquoi certain-e-s ont fait cette comparaison, se reporter à leurs propos exacts pourrait nous éclairer.

    A propos de "l’armée la plus morale du monde", qui affirma, "pendant l’invasion du Liban en 1982 (que) les excès des soldats israéliens au Liban démontraient (...) « l’existence d’une mentalité judéo-nazie »" [11] ? Réponse : Yeshayahou Leibowitz, sioniste engagé, "rédacteur en chef de l’Encyclopédie hébraïque", attaché à la pratique des Mitsvots (commandements requis par la Torah) et grand admirateur de Maïmonide [12].

    Quel est le raisonnement de Yeshayahou Leibowitz ? "Voilà le problème clef : la désobéissance à un ordre légal. Mais cette conception selon laquelle il est interdit de désobéir à un ordre légal, c’est une conception fasciste, nazie. Maintenant, vous comprenez ce que je veux dire quand j’utilise le terme « judéo-nazi » ? Pourquoi Israël a-t-il condamné Adolf Eichmann à la potence et l’a-t-il pendu ? Eichmann n’a fait qu’accomplir les ordres légaux donnés par ses supérieurs. Voilà pourquoi, quand j’entends des gens affirmer que l’ordre légal donné constitue le critère suprême de la conduite d’un soldat, je leur lance : « Vous êtes des judéo-nazis ! »" [13].

    D’auteurs dont les noms seront précisés plus loin : "Parmi les phénomènes politiques les plus perturbateurs de notre époque, on peut compter l’émergence, à l’intérieur de l’Etat d’Israël (...) du "Parti de la Liberté" (...) apparenté, dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et ses prétentions sociales, aux partis politiques nazis et fascistes. (...)" [14].

    Quel fait a bien pu inspirer un tel emportement chez ces auteurs ?

    Celui-ci : "C’est dans ses actions que (ce) parti terroriste trahit ses réelles aspirations (...) Un exemple choquant a été donné par leur comportement au sein du village arabe de Deir Yassin. (...) Le 9 avril, selon le New York Times, des groupes terroristes ont attaqué ce paisible village, qui n’était en rien un objectif militaire dans ce conflit, et ont tué la plupart de ses habitants (240 personnes : hommes, femmes, enfants )." [14].

    Qu’est-ce qui motive leur lettre d’alerte ? "La visite imminente, aux Etats Unis, de Menachem Begin, chef de ce parti (...) calculée afin de donner l’impression d’obtenir un soutien américain" [14].

    Qui sont donc les "irresponsables", probablement antisémites, qui ont commis cette lettre ? Entre autres : Hannah Arendt et Albert Einstein.

    Pour des raisons qui m’échappent, cet appel a échappé à l’immense érudition de Monsieur Coleman.

    Cette controverse est-elle dépassée ? Malheureusement, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher aux Netanyahu, Liberman et consorts, c’est la cohérence entre leurs paroles et leurs actes.

    Second florilège :

    Naftali Bennett, actuel ministre israélien de l’Education : "J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça". [15].

    Avigdor Liberman, ex-ministre israélien des Affaires étrangères : "Ceux qui sont de notre côté (NB : les Arabes israéliens) méritent beaucoup, mais ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache" [16].

    Moshe Feiglin (candidat doté de 24% des suffrages, face à Netanyahou, lors des primaires du Likoud de 2007), au quotidien Haaretz, en 1995 : "Hitler était un génie militaire inégalé. Le nazisme a fait passer l’Allemagne d’un bas niveau à un niveau physique et idéologique fantastique. Les jeunes loqueteux ont été transformés en une catégorie propre et ordonnée de la société et l’Allemagne a disposé d’un régime exemplaire (...)" [17].

    Faisons un détour parmi les autorités religieuses de "l’État juif et sioniste d’Israël" [7]. Ovadia Yosef (élu grand-rabbin séfarade d’Israël en 1973) : "Les six millions de malheureux juifs qu’ont tués les nazis ne l’ont pas été gratuitement. Ils étaient la réincarnation des âmes qui ont péché" [18] ...

    Je laisse chaque Juive, chaque Juif ayant perdu des proches dans l’enfer nazi et/ou lors des pogroms en Europe méditer ces deux dernières citations et en prendre la pleine mesure : l’Etat d’Israël n’est pas notre refuge, mais un vecteur majeur de l’antisémitisme dans le monde. La compassion dont nous, Juives et Juifs, avons bénéficié après les révélations des crimes nazis est détruite et souillée jour après jour par les agissements et les propos criminels des dirigeants sionistes.

    Netanyahu, Monsieur Coleman et le droit au retour des Palestiniens
    Le titre de cet article, quelque peu provocateur, semblera sans doute excessif.

    Excessif, il ne l’est guère plus que : "Edouard Drumont, maître à penser de Mme Houria Bouteldja : les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise" [19]. Monsieur Coleman aurait peut-être (?) pu s’épargner la rédaction d’un article aussi outrancier que malhonnête en lisant la "Lettre ouverte de Rudolf Bkouche au premier ministre : « Votre déclaration "philosémite" n’est qu’une forme sournoise d’antisémitisme »" [1] ou, de Yitzhak Laor, "Le nouveau philosémitisme européen et le « camp de la paix » en Israël" (La Fabrique, Paris, 2007).

    Mais "quid" du rapprochement entre Benjamin Netanyahu et Monsieur Coleman ? Ceci : "Benyamin Netanyahu campe sur les positions qu’il avait fixées lors de son discours prononcé à l’université Bar Ilan en 2009. Il refuse de négocier sur la base des frontières de 1967, il refuse le gel des colonies, le droit au retour des Palestiniens expulsés en 1948 et 1967" [20].

    Et voici le point de vue de Monsieur Coleman sur la résolution 194 de l’ONU "Autant le versement d’une indemnisation semble raisonnable, autant le « droit au retour » est une aberration pour les Palestiniens - mais aussi pour les Juifs du monde entier." [21].

    Notons, pour la forme, qu’une confusion est ici faite entre le "droit au retour" des réfugié-e-s palestinien-ne-s, visé par la résolution 194 du 11 décembre 1948 de l’ONU [22], et la "loi du retour", votée par la Knesset le 5 juillet 1950, qui "octroie automatiquement à tout individu juif la nationalité israélienne lors de sa demande d’immigration." [23]. Quant au fond, s’il y a bien ici une "aberration", c’est de ne pas proclamer avec force l’injustice qu’Eyal Sivan a si parfaitement résumée : "Comment faire accepter à un Palestinien né à Jaffa qu’il n’a pas le droit d’y revenir, alors qu’un juif né à Paris peut, lui, s’y installer ?" [24].

    Il est vrai que le concept d’autodétermination semble un peu abscons pour notre docte pourfendeur des antisionistes : que les conditions d’établissement de deux Etats, d’un Etat binational (ou du refus d’un Etat-Nation) appartiennent aux peuples concernés ne semble pas l’effleurer. Il est désormais en bonne compagnie, entre Netanyahu et François Hollande, lequel abonde dans son sens : "Demander à Israël d’accepter le droit au retour des réfugiés palestiniens n’aurait pas de sens..." [25].

    Le(s) sionisme(s), exégèse selon Coleman
    "N’en déplaise à Pierre Stambul, qui n’est pas un ignorant, LES « sionistes » cela n’existe pas, il y a plusieurs types de « sionistes », en clair de nationalistes israéliens ou de partisans de l’existence de l’Etat d’Israël. Et en général le terme « sionistes » est un mot codé pour dire « Juifs »." [26].

    Monsieur Coleman est intarissable sur la question de l’antisémistisme et de l’histoire du sionisme dans toute sa diversité. La documentation disponible sur son site serait un pur bonheur, pour son abondance et sa qualité, si elle n’était mitée, à intervalles réguliers, par les imprécations gorgées de mépris qui sont sa marque de fabrique. La quasi-totalité des marxistes et anarchistes de toutes obédiences ont eu droit, à un moment ou à un autre, à ses excommunications boursouflées.

    Toutefois, depuis les cimes de son savoir, ce "petit marquis" [27] (sic) de l’excellence radicale daigne révéler à des Juifs communistes libertaires (Pierre Stambul et Jean-Marc Izrine) qu’il existait et existe des versions différentes du sionisme.

    Mais, comme la science se mérite, nous ne saurons pas dans le même article que les conceptions d’un Vladimir Jabotinsky n’étaient pas exactement concordantes avec celles d’un Bernard Lazare ni que, de nos jours, le point de vue d’un Shlomo Sand n’est pas "tout à fait" celui d’un Yehuda Glick, partisan de la destruction de la mosquée Al Aqsa comme prélude à la reconstruction du Troisième temple de Jérusalem.

    A titre personnel, je ne verrais aucun inconvénient à deviser sur l’histoire de l’anarcho-sionisme, sauf peut-être la contrainte où je me trouverais d’emprunter la "machine à remonter le temps" [2] en compagnie de Monsieur Coleman.

    Au niveau théorique, il est évidemment fondé de distinguer, autant sur le plan historique que dans l’analyse de la situation actuelle, la variété des conceptions sionistes ou post-sionistes. Mais, sauf à nous traiter de Juifs antisémites (les sionistes ne s’en privent pas), notre dénonciation du sionisme est constamment explicitée comme la condamnation des politiques criminelles des dirigeants d’Israël vis-à-vis des Palestinien-ne-s et suicidaires pour les Juives et Juifs d’Israël et de la diaspora et non (c’est effarant de devoir l’écrire) comme une volonté d’expulsion des Israéliens de Palestine, ce que suggère Coleman [2] !

    Shlomo Sand a dramatiquement résumé ce dilemme : "(...) même un enfant né d’un acte de viol a le droit de vivre. La création d’Israël par des juifs dont beaucoup étaient des rescapés des camps d’extermination a été un acte de viol contre les populations arabes de Palestine. Il a fait naître la société israélienne qui vit déjà depuis soixante-dix ans, et qui a développé sa culture. On ne règle pas une tragédie en en créant une autre." [28].

    "Obsédés par Israël et la Palestine du matin au soir" (sic) [29]

    L’article [29] de Monsieur Coleman qui comporte cette expression commence par la citation suivante : "Et puis, on peut être contre la politique internationale d’Israël sans être antisémite." (David Rachline, maire Front national de Fréjus)

    Ne pouvant soupçonner Monsieur Coleman de sympathie pour le Front national, cette citation ne peut être utilisée que comme un repoussoir. Dès lors qu’il n’en partage pas l’idée, il nous place donc devant une double négation : la citation, la réfutation implicite de celle-ci du fait de l’appartenance de son émetteur, ce qui, comme toute double négation, produit donc une affirmation. En clair, la conclusion suggérée par Coleman est donc celle-ci : "Toute critique de la politique internationale d’Israël est antisémite".

    […]

    http://www.ujfp.org/spip.php?article4304

  • Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où Charlie et Mediapart s’entendaient bien. En 2008, Caroline Fourest faisait son apparition sur le site, lors d’Etats généraux de la presse,

    « au temps où les deux médias défendaient les mêmes valeurs »

    , se souvient l’essayiste. En septembre 2012, le magistrat Jean-Yves Monfort, spécialiste reconnu du droit de la presse, assiste à un colloque organisé au Havre pour le quarantième anniversaire de la loi Pleven contre le racisme. Avec lui, la chroniqueuse de France Inter Sophia Aram et Fabrice Arfi ainsi que Charb, celui que les frères Kouachi voulaient tuer en priorité. Le retour s’était fait à quatre.

    « Je garde un merveilleux souvenir de ce voyage où le train s’arrêtait à toutes les stations, comme les diligences de Maupassant, raconte Monfort. Nous venions tous les quatre d’horizons différents, mais en refaisant le monde, on réalisait qu’on partageait pas mal de vues. »

    Sur les murs des locaux de Mediapart, des dessins joliment encadrés de Charb et de Tignous, deux des victimes de l’attentat de 2015, attestent aussi de la bonne entente passée. Sur l’un d’eux, un type, seul chez lui, devant son ordinateur. Sa femme passe une tête : « Tu fais quoi chéri ? » « Euh… je m’informe sur Mediapart. » Sur un autre, un Nicolas Sarkozy discourant doctement de « la France qui se lève tôt ». Une figure commode, Sarkozy, un bouc émissaire idéal pour tenir les morceaux de deux gauches déjà en bisbille : l’une (Charlie) tenante d’une laïcité ultra-stricte, l’autre (Mediapart) allant jusqu’à parler de « racisme d’Etat » en France. Le temps d’un quinquennat, le schisme qui menace la gauche est mis sous le boisseau.

    « Tout a pourtant commencé il y a dix ans, après le meurtre d’Ilan Halimi »

    , analyse le sociologue Philippe Corcuff, un ancien de Charlie, quoiqu’il tienne maintenant un blog sur Mediapart.

    « Lors des attentats contre la rue Copernic – quatre morts devant une synagogue parisienne en 1980 –, la gauche entière avait défilé, poursuit-il. Après ce meurtre, la Ligue communiste révolutionnaire a choisi de ne pas manifester ; c’était le premier coup de boutoir porté à l’antiracisme légendaire. Rien non plus dans la gauche radicale après le massacre de Mohamed Merah dans une école juive de Toulouse.

    On assiste depuis à une guerre sourde entre anti-islamophobie et antisémitisme, comme s’il y avait concurrence, Cette bagarre atomique entre Mediapart et Charlie en est aussi le reflet déformé. »

    conclut l’universitaire.

  • Moix, Attal et la Palestine : un chef-d’œuvre de propagande télévisuelle

    Le samedi 18 novembre, dans l’arène de l’émission d’On n’est pas couché, la présentation d’Utopia XXI, le dernier livre d’Aymeric Caron, a donné lieu à une ahurissante logorrhée du chroniqueur Yann Moix et de l’acteur Yvan Attal. Ils illustrent à merveille ce qu’il est possible d’asséner comme contre-vérités sur le sionisme et la création d’Israël en quelques minutes à la télévision française.

    Le reproche de Moix est double, Caron ne rend pas justice à l’« une des plus belles utopies de l’épopée humaine », le sionisme, et, quand il le mentionne, c’est dans des termes qui lui déplaisent fortement. La phrase incriminée est la suivante : « En 1948, des habitants d’un territoire modeste, mais porteur d’histoire, ont été expulsés de chez eux, privés de leur terre, car des dirigeants étrangers réunis au sein de l’Organisation des Nations unies ont décidé d’installer sur ces terres des réfugiés, issus d’un peuple persécuté depuis toujours, et qu’un dictateur malade venait de tenter d’exterminer. »

    Moix, la désinformation en continu

    Qu’Aymeric Caron n’ait pas fait preuve d’un grand sens de la formule s’entend, mais rien dans ce qu’il y dit n’est faux. Et pourtant, ces quelques mots auront permis à Yann Moix, sous couvert de « débat », de vitupérer les pires âneries et faire office de propagandiste à la petite semaine durant près de dix minutes.

    Moix souligne trois « aberrations ». Il serait trop long de faire le commentaire de ses innombrables approximations et erreurs ou de son obsession à défendre les pires thèses sionistes. Je m’en tiendrai à lui répondre a minima sur ces trois points, sachant que l’exercice est aussi pénible que nécessaire, mais demanderait pour bien faire de revenir sur l’histoire du sionisme et du conflit israélo-palestinien dans le détail.

    La première vise l’expression « dirigeants étrangers ». Si elle est en effet peu heureuse, elle dit bien une vérité : jamais les Palestiniens ou leurs dirigeants ne furent associés, par une organisation qui tente d’incarner le droit à l’autodétermination des peuples, aux décisions concernant leur futur. Le « plan de partage[1] » voté en 1947 est bien le fait de dirigeants étrangers à la Palestine, et fait suite à la décision britannique de céder le mandat de Palestine à l’ONU, que la couronne s’était attribuée au sortir de la Première Guerre mondiale pour se partager avec la France une partie des territoires arabes d’un Empire ottoman sur le point de s’effondrer[2].

    La seconde conteste que les juifs de Palestine aient été autorisés à s’y installer, ce qui laisserait entendre que les immigrants juifs soient dépossédés de toute volonté propre. Moix fait dire à cette phrase ce qu’elle ne dit pas, mais semble méconnaître que leur installation – et parfois leur rejet – en Palestine fut la décision des autorités compétentes, à savoir l’Empire britannique. Et que c’est l’ONU qui décida ensuite d’appuyer les revendications du mouvement sioniste en inscrivant le principe d’un « État juif » dans le plan de partage de 1947.

    C’est aussi la fin de la phrase, reliant la Shoah à la création d’Israël, qui fait bondir le chroniqueur, puisque son auteur se rendrait coupable de prêter quelque vertu créatrice à l’extermination des juifs d’Europe. Là encore, on s’interroge sur la lecture de Moix. S’il est tout à fait inexact de faire remonter la naissance du sionisme et de l’immigration juive en Palestine à la Seconde Guerre mondiale (ce que Caron ne fait pas), il faut être particulièrement de mauvaise foi pour ne pas comprendre que le plan de partage de 1947 est une sordide tentative de répondre au génocide des juifs européens, en faisant porter les conséquences (territoriales) de la création d’un État juif aux habitants de Palestine.

    Yann Moix n’aura rien dit de juste ou de pertinent, mais il aura joué à merveille le rôle de garde-chiourme télévisuel qui entend faire taire toute critique à l’égard du récit sioniste de la création d’Israël. Caron tenta vainement de lui répondre en disant : « Oui ou non, l’État d’Israël s’est-il créé dans des conditions extrêmement douloureuses pour beaucoup de gens ? Oui ou non, il y a-t-il eu à ce moment-là 900 000 Palestiniens qui ont été expulsés de chez eux » ?

    Yvan Attal, le "juif de service" ?

    Là intervient Yvan Attal, qui s’invite dans le débat pour y asséner une énorme contre-vérité : « Par qui ils ont été expulsés ? Par les Israéliens ? C’est la Syrie, la Jordanie et tous les voisins arabes qui ont appelé les Palestiniens à quitter leurs maisons ».

    La mise en cause de la responsabilité des pays arabes dans l’exode de 700 à 900 000 Palestiniens en 1948 fait partie des mythes fondateurs du roman national israélien. Il a ceci de commode qu’il exonère Israël de sa responsabilité, faisant oublier au passage que ces mêmes Palestiniens habitaient villes et villages qui furent rasés (les chiffres vont de 400 à plus de 600, suivant la période prise en compte et la précision du cadastre).

    Mais depuis la fin des années 1980, une série d’ouvrages publiés par ceux que l’on qualifiera de « nouveaux historiens » israéliens[3] met à mal ce récit. Dans la foulée de l’invasion du Liban en 1982, qui a vu la société israélienne s’interroger sur ses crimes, et suite à l’ouverture des archives militaires de 1948, ces historiens vont méthodiquement mettre au jour la responsabilité des milices sionistes, puis de l’armée israélienne, dans l’expulsion forcée des Palestiniens. Quarante ans plus tard, historiographies israélienne et palestinienne semblaient enfin se rejoindre dans l’écriture de ce que les uns appellent la guerre d’Indépendance et les autres la Catastrophe (Nakba).

    Contrairement à la caricature qui en est faite, cette « nouvelle » histoire n’est pas uniquement le fait d’historiens de gauche et antisionistes. Après de violents débats, la droite israélienne a su faire sien ce récit en regrettant toutefois que l’expulsion n’ait pas été complète, ce qui aurait réglé une fois pour toutes la question israélo-palestinienne. Dans l’Israël des années Oslo, le récit des nouveaux historiens participe d’une réécriture de la mémoire collective israélienne. Mais à la fin de la décennie 1990, avec l’effondrement du mirage du « processus de paix » et le déclenchement de la seconde Intifada, la société israélienne et ses dirigeants reviennent à une lecture plus idéologisée de leur histoire.

    Le débat a cependant bel et bien existé et très largement au-delà des cercles académiques. Ignorant la production historique des trois dernières décennies, Yvan Attal ne fait pas seulement la démonstration de son ignorance (au demeurant excusable) quant au déroulé des combats de 1948, il se fait le porte-parole du sionisme le plus obtus. Une fois sa contre-vérité jetée sur le plateau d’ONPC, il énonce sa volonté de ne pas participer au débat en rajoutant : « Vous savez quoi, je vais éviter de faire le juif de service ce soir, je vais vous laisser entre vous ».

    Qu’est-ce donc que ce « juif de service » ? Pour Yvan Attal, il semble que ce soit l’invité, juif, obligé de se coltiner la défense d’Israël. Cette expression est triplement trompeuse. D’une, parce que personne ne l’a invité à prendre part à l’empoignade qui opposait Yann Moix et Aymeric Caron, encore moins ès qualités. L’inverse aurait d’ailleurs été problématique.

    En second lieu, parce qu’il faut se sentir tenu par la propagande israélienne pour assimiler tout juif français (et plus largement non israélien) à la « défense d’Israël ». Outre les nombreuses associations communautaires qui font entendre une voix contraire (comme l’Union juive française pour la paix, pour rester en France), de très nombreux citoyens français de confession juive n’ont absolument aucune envie d’être assimilés à des crimes commis en leur nom, dans un pays qu’ils ne connaissent pas ou peu, par une armée dans laquelle ils ne servent pas et s’exprimant dans une langue qui n’est pas la leur. Qu’Attal considère que le « juif de service » doive défendre – y compris en recourant à la falsification historique – « son » pays est une opinion. C’est également celle d’individus comme Avigdor Lieberman ou de Meyer Habib et plus largement de tous les sionistes décomplexés qui compte enrôler malgré eux les deux juifs sur trois vivant hors d’Israël dans la défense de leurs exactions. Rappelons simplement que nul n’est tenu d’assimiler juif à Israélien sans demander leur avis aux principaux intéressés, et qu’alors il n’y a pas lieu de fantasmer le rôle du « juif de service ».

    Cette expression semble enfin faire écho à celle de l’« arabe de service ». Mais comparaison vaut-elle raison ? L’« arabe de service » – ou le « house nigger » nord-américain – c’est ce représentant « indigène » qui vient conforter le maître ou le colon dans sa prétention à dominer. C’est aussi celui qui, de plateaux télévisés en réunions publiques, offre une image de docilité et de servilité et accepte de faire les basses besognes de l’autre pour un peu de reconnaissance. Désigné porte-parole d’une « communauté » qui ne s’y reconnaît pas forcément, il conforte les préjugés qu’il incarne parfois jusqu’à la caricature, si l’on prend l’imam Chalghoumi, incapable de faire une phrase correcte en français, invité à parler au nom de millions de français de confession musulmane qui, eux, savent manier avec autrement plus de talent leur langue maternelle.

    Quoi de comparable alors avec le rôle prétendument incarné par Yvan Attal sur ce plateau ? Rien. Il aurait été mieux inspiré de parler de « sioniste de service », puisque c’est là le rôle qu’il a rempli, tout comme Yann Moix qui vient rappeler qu’il n’est nul besoin d’être juif pour être sioniste. Ils ont fait l’un et l’autre ce qu’on peut attendre du sioniste le plus caricatural : confondre à dessein judéité, citoyenneté israélienne et idéologie sioniste. Ils ont vainement tenté, à la suite du gouvernement israélien, de falsifier l’Histoire à leur profit et de faire croire que le drapeau israélien est celui de tous les juifs, alors qu’il est d’abord et avant tout celui de ceux qui se reconnaissent dans son projet politique, sioniste.

    À tout le moins, quand il incarnait avec brio Ariel, ce jeune français qui rejoint Israël puis intègre ses services de renseignement, dans le film Les patriotes (1994), Yvan Attal joignait l’utile (propagande) à l’agréable (plaisir de voir son talent d’acteur se déployer dans un film magistral). Samedi dernier, il n’a offert qu’un complément de parole à Yann Moix, l’un et l’autre aussi obsédés par la défense d’Israël que mal informés.

    [1] Plan de partage de la Palestine entre un État arabe, un État juif et la ville de Jérusalem placée sous régime international spécial (le corpus separatum), contenu dans la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Vote pour : Australie, Belgique, Bolivie, Brésil, Biélorussie, Canada, Costarica, Danemark, Équateur, États-Unis d’Amérique, France, Guatemala, Haïti, Islande, Libéria, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nicaragua, Norvège, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, Pologne, République dominicaine, Suède, Tchécoslovaquie, Ukraine, Union Sud-Africaine, U.R.S.S., Uruguay et Vénézuela.Vote contre : Afghanistan, Arabie saoudite, Cuba, Égypte, Grèce, Inde, Iran, Irak, Liban, Pakistan, Syrie, Turquie, Yémen. Absention : Argentine, Chili, Chine, Colombie, Salvador, Éthiopie, Honduras, Mexique, Royaume-Uni, Yougoslavie.

    [2] Ce sont les fameux accords Sykes-Picot de 1916 qui prévoient le partage de ces territoires entre mandats français et britanniques, entériné par la Conférence de San Remo (avril 1920) puis le Traité de Sèvres (août 1920) et enfin reconnu par la Sociétés des Nations en juillet 1922.

    [3] Citons par exemple Simha Flapan (The birth of Israel : myths & realities, 1987) Benny Morris (The birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949, 1988), Ilan Pappe (Britain and the Arab-Israeli conflict, 1948-1951, 1988) ou Avi Shlaim (Collusion across the Jordan : king Abdullah, the Zionist movement and the partition of Palestine, 1988).

    https://blogs.mediapart.fr/xavier-guignard/blog/211117/moix-attal-et-la-palestine-un-chef-d-oeuvre-de-propagande-televisuelle

  • Ça ne fera pas la UNE de Charlie

    Un flic tue trois personnes et en blesse grièvement trois autres.

    Ça ne fera pas la UNE de Charlie, ils ont trop besoin des flics pour les protéger.

    Peu à peu, Charlie Facho, soutenu par l’Etat, la classe politique de la droite à la gauche, la magistrature, les médias du pouvoir, en est réduit à limiter ses caricatures aux musulmans et aux médias indépendants.

    Fin d’une aventure, Charlie Facho est devenu le porte-parole du pouvoir et de la France profonde.

    http://scandale34.over-blog.com/2015/01/charlie-hebdo-sexiste-homo-lesbophobe-colonialiste-et-raciste.html

    https://blogs.mediapart.fr/charles-tsimi/blog/301017/lindigne-caroline-fourest

    https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/250817/charlie-suite-et-fin-lettre-riss

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