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Affaire Ramadan : du bon usage du complotisme
posté le 15/11/17 par Porfirio Mots-clés  médias 

Tariq Ramadan aurait-il commis le pire tandis que certains pensaient qu’il était le meilleur ? L’affaire est désormais dans les mains de la justice. En attendant qu’elle tranche, les insultes volent bas sur les réseaux sociaux, et même sur Mediapart. Racisme caché, islamophobie sournoise, entrisme supémaciste, sionisme larvé, tout le monde est coupable de tout. Sauf Ramadan, bien sur...

Évidemment, il faut se garder de porter atteinte à la présomption d’innocence, même si l’on ne sait pas exactement de quoi il s’agit. À ce sujet je conseille l’excellent billet de Me Eolas, écrit en 2009 : Pour en finir une bonne fois pour toute avec la présomption d’innocence qui souligne l’origine politique du délit d’atteinte.

Ceci étant dit, s’il y a une chose qui n’est pas l’objet d’une interdiction, c’est la proclamation publique de l’innocence de quelqu’un par tous les moyens, même les plus audacieux intellectuellement. Tout le monde prétend laisser la justice faire son travail mais certains rappellent l’instant d’après que cette histoire arrange bien certains milieux. Tout le monde proclame son respect des droits de la femme mais d’autres s’interrogent sur les motivations des victimes. Tout le monde constate que les réseaux sociaux déversent des tombereaux d’injures machistes mais d’aucuns se demandent si tout ça serait pas une provocation. Bref, l’unanimité est acquise sur le fait que Tariq Ramadan est présumé innocent aux yeux de la loi mais il y a tout de même une catégorie particulière de gens qui estiment qu’en attendant, il convient d’examiner un certain contexte.

Il se dit que toute cette affaire est une machination dont les auteurs restent à déterminer exactement. On constate même que certains ont déjà trouvé la clef de l’énigme, soit en étudiant la personnalité des plaignantes, soit en invoquant les ennemis puissants qui œuvrent dans l’ombre à la perte de Ramadan. Voire même ceux qui cherchent à nuire à l’islam à travers lui.

À ce sujet, je tiens à mettre en garde contre toute conclusion hâtive. L’histoire nous enseigne qu’en matière de coups tordus l’ingéniosité humaine n’a guère de limites et que les stratégies à l’œuvre viennent parfois de loin. Pour déterminer ce qui se passe en coulisse, nous allons donc devoir emprunter les mécanismes de pensée qui guident un certain nombre d’exégètes et presser les faits au moyen desdits mécanismes jusqu’à ce qu’ils aient livré tout leur suc venimeux.

Assez tergiversé, la première chose à admettre est que tout ceci résulte forcément d’un complot. Et comme il n’y a que le premier pas qui coute, nous voilà partis pour les contrées obscures de la manipulation de l’opinion. Avis aux âmes sensibles, éloignez-vous du poste et envoyez vos enfants se coucher.

D’emblée, si l’on considère le positionnement de Tariq Ramadan comme une sorte de médiation visant à nous protéger d’un islam archaïque et radical, le premier suspect qui nous apparait est forcément cet islam rétrograde lui-même, frustré de se voir privé de son influence. Alors que la violence flambait dans les banlieues et que certains auraient pu se tourner vers le salafisme, voire même vers le jihadisme, la parole apaisante et suave de l’islam civilisé est venue s’interposer dans une audace interprétative ayant notamment conduit à proposer ce fameux moratoire sur la lapidation qui restera éternellement dans les mémoires comme un pas décisif vers la modernité. Connaissant le manque de fair play des intégristes, il y aurait là un mobile tout trouvé.

Je dois le dire immédiatement, cet étage du complotisme, quoique prometteur, reste assez rudimentaire. Il faut bien comprendre que derrière tout ça, il y a forcément le Mossad infiltré qui pousse à la roue. Il faut être bien naïf pour ignorer l’action maléfique des ses agents dans tous les recoins de la planète. Vous pouvez être sur que dès qu’il se passe un truc pas clair, les twin towers, l’attaque contre Charlie ou le diner annuel du CRIF, il y a de fortes chances pour que le renseignement hébreu soit dans les parages. D’après Flavius Josèphe, il est même possible qu’ils aient quelque chose à voir avec la crucifixion de Jésus.

D’ailleurs énormément de commentateurs, sur les réseaux sociaux comme sur Mediapart, ne se sont pas laissés avoir et ont directement évoqué l’hypothèse sioniste. Saluons la clairvoyance de ces esprits toujours prêts à dévoiler les manœuvres sournoises des squatteurs de la Palestine, habitués à revêtir jusqu’aux masques de l’ennemi pour mieux accomplir leurs sombres desseins et leurs basses besognes.

J’ai noté, par exemple, ce commentaire :

Mais qu’est-ce que le lobby sioniste vient faire là-dedans, me direz-vous ? Simple : a qui profite le crime ?

On le trouve ici :

Pas mal, non ? Voilà un modeste observateur de la vie publique qui, par le simple truchement de la méthode hypothético-déductive a percé à jour une partie du mystère.

Cet effort intellectuel courageux ne doit cependant pas s’arrêter en si bon chemin, sous peine de ne pas dévoiler l’obscure conjuration dans son intégralité. Un peu d’histoire est nécessaire.

Comme nous le savons, l’URSS fut pratiquement le premier pays à reconnaitre Israël. Et sans son influence, l’ONU n’aurait sans doute pas adopté le plan de partage de la Palestine. État donné l’hétérogénéité démographique, voire politique, de l’Israël des débuts, et comme il s’agit au départ d’une démarche de création anti-coloniale, il est tout à fait envisageable qu’une certaine porosité ait pu permettre aux agents communistes d’accéder aux services de renseignement de l’état hébreu. C’est un truc qui se voit souvent dans les services secrets : je t’infiltre, tu m’intoxiques, je te promène, tu me manipules. Il y des agents qui ne savent même plus s’ils sont doubles, triples ou quadruples et qui sont obligés d’écrire des romans à clef sous pseudonyme pour se rappeler discrètement qui est leur véritable employeur. Et puis, imaginez un gars qui se dit victime de persécutions, qui va se méfier de lui ? En fait, ce fut certainement un jeu d’enfant, comme dans le cas de Markus Klinberg.

Faut-il en conclure que Tariq Ramadan soit victime d’une opération communiste fantôme ? L’idée, quoique surprenante ne manque pas de charme. Il est évident que les communistes n’ont jamais digéré l’humiliation afghane. Mais avons-nous pour autant sondé le fond ultime de l’affaire ? Comment le défunt régime stalinien pourrait-il nuire de nos jours alors qu’il n’est même plus un spectre mais plutôt un ectoplasme ?

En fait, il faut savoir que les contacts des dirigeants sionistes avec le pouvoir stalinien dataient déjà de la période du pacte germano-soviétique. Ivan Maïsky, ambassadeur soviétique à Londres, en parle dans son journal à la date du 3 Février 1941. Il est donc tout à fait possible que des agents provocateurs du régime nazi se soient insinués dans l’appareil soviétique et aient voulu saisir l’occasion d’appliquer l’hypothèse initiale d’Hitler qui était d’expulser les juifs d’Allemagne. Certes, cet aspect de l’histoire est peu documenté mais on sait désormais que Béria a joué un jeu trouble avec tout le monde, y compris avec le leader nationaliste Petlioura, lui-même quelque peu mouillé dans de sordides affaires de pogroms. Encore une fois, les services secrets, c’est le grand mélange. Amaik Koboulov, résident du NKVD à Berlin en 1941, fut largement intoxiqué par une taupe nazie, le journaliste letton Oreste Berlinks. Il est donc parfaitement possible qu’au moment du pacte, les agents nazis étaient déjà infiltrés depuis si longtemps qu’ils en étaient encore aux objectifs d’expulsion des juifs alors que la solution finale était déjà en place. En tout cas, ils n’eurent donc aucun mal à mettre en confiance les espions juifs en leur présentant l’affaire comme un moyen de sauver leur coreligionnaires restés en Europe. Ils auraient donc simplement transité par le NKVD. Un bon complotiste ne manquera d’ailleurs pas de remarquer que les communistes sont souvent bien implantés dans les transports.

Il serait donc probable que toute ce mic-mac soit en fait dû à l’influence de nazis, sans doute trop vieux aujourd’hui pour agir directement mais ayant probablement essaimé dans divers services secrets. On comprendrait alors mieux pourquoi toute cette affaire est cousue de fil noir.

Malgré tout, il faut se défier des hypothèses trop faciles, même si elles semblent séduisantes. En fait, il reste tout de même une hypothèse qui n’a pas été envisagée. Connaissant le palmarès de Mediapart en matière d’investigation, je m’étonne que personne n’y ait encore songé.

Il y a en France un personnage extrêmement douteux qui a fait la preuve de sa capacité à circonvenir énormément de gens par son bagout et sa capacité à monter des affaires douteuses. Eh oui, jusqu’ici nul n’avait songé à Nanard car nous étions obnubilés par ses histoires d’arbitrage. Mais quand on sait de quoi il est capable, qu’est ce qui nous dit qu’il n’a pas rencontré à Marseille des descendants de collabos gestapistes encore en cheville des nazis au sein des cellules dormantes du Kremlin, elles mêmes connectées au Mossad et accédant par ce biais aux réseaux salafistes ?

L’affaire prendrait donc une tout autre tournure car on sait que Nanard visait la mairie de Marseille. Et comme l’électorat marseillais est composé d’un nombre non négligeable de musulmans, sans doute aura-t-il cherché à se ménager un moyen de pression sur un des leaders de la communauté, téléguidant contre lui des accusations machiavéliques. Malheureusement, comme souvent dans ce genre d’histoire, Nanard ayant un peu perdu la main pour raison de santé, l’affaire lui aura échappé et le coup sera parti tout seul pendant qu’il nettoyait son arme médiatique.

Voilà selon moi, le fin mot de l’histoire, et il a l’avantage de réconcilier ceux qui voient la main provocatrice des identitaires et les manigances sionistes dans les insultes et les menaces qui pleuvent sur Henda Ayari. Certes, ce fut long et difficile mais, comme on le voit, il ne faut jamais désespérer du complotisme.

C’est moi qui vous le dit, pourquoi vouloir absolument aller débusquer la bêtise et l’incompétence là où une bonne théorie du complot fait parfaitement l’affaire. Regardez par exemple pour l’assassinat de Rafik Hariri. Qu’avaient dit les syriens ? C’est justement parce qu’on pense que c’est nous qui avons fait le coup que ça prouve que ce n’est pas nous.

C’est ça qu’il y a de bien avec le complotisme : quoi qu’il advienne, il ne faut jamais prendre en compte la plainte d’une victime mais uniquement considérer l’intérêt des ennemis du mis en cause pour en déduire qu’il est victime d’une machination.

    • Conclubiote médiapartien, tu as parfois du mal à convaincre tes interlocuteurs ? Au fond de toi, tu es persuadé d’avoir raison mais tes faibles capacités argumentatives ne te permettent pas d’emporter le morceau lors de l’échange ?

Ne néglige pas l’hypothèse complotiste, elle est faite pour toi. En peu de temps et sans entrainement particulier, elle fera de toi un redoutable polémiste qui clouera le bec à tous ceux qui croiseront ta route. Ton maitre mot ? False flag. Ta maxime ? Si c’est clair, c’est qu’on vous a mal expliqué. Ta méthode ? Ne jamais s’arrêter aux faits mais toujours les passer au crible de l’hypothèse invraisemblable, justement parce qu’elle est invraisemblable et que c’est la meilleure des couvertures.


posté le 15 novembre 2017  par Porfirio   Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Commentaires
  • 15 novembre 11:05

    Caroline Fourest balance enfin son "porc"...enfin le "porc" de ses confidentes. La parole est vraiment libérée.

    Ce lundi 30 octobre 2017, sur les ondes de RTL, Yves Calvi a cru devoir inviter sa consoeur Caroline Fourest afin d’éclairer au mieux ses auditeurs sur le personnage Tariq Ramadan, lequel est accusé de viol par deux femmes dont une certaine Henda Ayari.

    Qu’a t- on appris ?

    Hé bien, que Caroline Fourest savait depuis 2009 !….. Elle l’a dit ce matin sur RTL, elle l’a écrit dans un papier à Marianne, elle l’a réécrit sur son blog, où d’ailleurs on peut lire : « Juste avant mon duel annoncé face à lui sur France 3, des victimes ont commencé à me contacter. Je les ai rencontrées. Elles m’ont montré des photos explicites et raconté des horreurs, impossible à révéler sans preuves et sans plaintes. »

    Notre féministe a retrouvé sa langue.

    Des « victimes » ont donc contacté Caroline Fourest. Ne reste plus à la police que d’arrêter et de coffrer cet énième musulman. A quoi bon encore juger Tariq Ramadan….Caroline Fourest savait !

    Qu’attendaient ces « victimes » de Caroline Fourest ? Son courage ou son silence ? Fallait-il juste informer la petite Caroline, et attendre sagement le « bon moment » ?

    La journaliste a vu des « photos explicites », elle a entendu des « horreurs » et elle s’est quand même tenue à carreaux. Comment peut-on supporter dans le silence de tels soupçons « d’horreur » en s’affichant chaque matin avec l’étiquette féministe ?

    Si elle, en bonne féministe de son état, ex amoureuse de la « courageuse » Inna Shevchenko, femen emprisonnée, torturée puis libérée dans la forêt, n’a pu dire ce qu’elle savait , alors à quoi bon le féminisme-là ?

    Huit ans de silence, et ça ose crier maintenant sur tous les toits : je le savais depuis 2009…..Et Yves Calvi qui trouve qu’il y a de quoi inviter cette dame, un matin d’automne, pour parler d’une « personnalité » dont elle ne sait absolument rien. Son livre sur les frères musulmans n’est pas une confession intimiste de Tariq ramadan. Elle ne peut donc rien dire sur sa personnalité avec une légitimité qui forcerait le respect.

    Raisons d’un silence

    Caroline Fourest s’est gentiment cloué le bec pendant huit ans au sujet de ces viols. La bonne dame explique qu’il ne suffit pas de savoir pour dire. Et même, qu’elle a essayé d’alerter de toutes ses forces sur la dangerosité de Tariq Ramadan : voilà ce qu’on appelle jeter le bébé avec l’eau du bain.

    Effectivement, personne ne peut dire que ces deux-là pouvaient se blairer. Tariq avait même aggravé son cas lorsqu’il avait copieusement ridiculisé Caroline Fourest dans un débat sur le plateau de Taddéi.

    Inviter donc Caroline Fourest pour parler de Tariq Ramadan relève donc, ni plus ni moins, de l’obscène. Qu’Yves Calvi ait également cherché à inviter Tariq Ramadan relève, pour sa part, de l’hypocrisie. Au nom de quoi Monsieur Ramadan va-t-il venir s’expliquer des allégations de la féministe Fourest ? Si affaire il y a, elle concerne Tariq Ramadan, ses accusatrices, et les avocats des deux parties. Que vient faire Caroline Fourest dans cette histoire ? Pourquoi l’exhumer du tombeau dans lequel l’avait jeté Ramadan ?

    Amalgame de Caroline Fourest

    Ce qu’on a appris dans cette interview, se résume en quelques points farfelus :

    - Tariq Ramadan hait les femmes

    - Une haine qui correspond à sa vision de la société

    - Son comportement est en phase avec ses idées

    - Pour comprendre son comportement, il faut connaître ses idées

    En gros, ce que la petite Caroline peine à dire convenablement, c’est que sa violence envers les femmes trouve ses origines dans l’Islam.

    Tariq Ramadan peut être coupable ou non, et, on n’a pas besoin d’aller chercher quelques raisons dans sa prétendue vision de la société. Car DSK, Weinstein, et consort ne sont guère musulmans, ils ne partagent pas la même vision de la société que T.Ramadan, et pourtant, DSK, Weinstein sont de redoutables prédateurs sexuels. La violence faite aux femmes n’est pas fonction de la religion. A moins que, la Caroline nous apprenne également que les viols de monsieur Tariq sont plus graves que les viols d’un autre individu. Rappelons au passage à cette Fourest, que le seigneur Cantat a tué sa femme sans réciter la moindre sourate. Pourquoi ne cherche t-on pas dans son acte une quelconque vision de la société ?

    Caroline Fourest aurait du rester dans son silence. Elle l’a su avant tout le monde…elle a fermé sa bouche. Maintenant, que tout le monde semble savoir, qu’elle ne se la ramène pas avec ses grandes théories, ses grandes explications, ses grandes évidences… Qu’elle persiste dans son mutisme. Ce n’est pas aujourd’hui que les preuves tomberont ! L’objectif est, du reste atteint : pur revenge porn.

    Et ma théorie, dans tout ça, est que Caroline Fourest fantasme sur Tariq Ramadan dans un plan à 3.

    https://blogs.mediapart.fr/charles-tsimi/blog/301017/lindigne-caroline-fourest

  • Voilà Mediapart et quelques autres précipités sur le bûcher au nom d’une « complicité » supposée avec l’intellectuel musulman Tariq Ramadan. Pire même, peut-être aurions-nous délibérément ignoré les actes d’un homme aujourd’hui accusé de viols et d’agressions sexuelles. Cette campagne ignominieuse à la Donald Trump, emmenée par Manuel Valls, porte un projet politique où se rejoignent une partie d’une gauche en ruines et la droite identitaire.

    Edgar Morin, l’un des plus grands intellectuels français, serait donc le complice d’un criminel sexuel. Son tort ? Avoir publié en 2014 et début octobre 2017 deux livres de dialogue (nous avons rendu compte du deuxième ici) avec l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, depuis accusé de viols et d’agressions sexuelles. Mesure-t-on l’inanité comme l’abjection d’un tel amalgame ? C’est pourtant ce que Mediapart, son président Edwy Plenel, d’autres médias (Les Inrockuptibles, le Bondy Blog), journalistes (Frédéric Taddéi) et intellectuels (Pascal Boniface) doivent subir depuis plusieurs jours.

    Nous voilà la cible d’une campagne nauséabonde où se retrouvent la « fachosphère », quelques journalistes chroniqueurs et éditocrates, des responsables politiques d’une partie de la gauche socialiste en ruines et de l’extrême droite. Tout ce joli monde est emmené par Manuel Valls, qui s’est livré dimanche 5 novembre à d’indignes déclarations. Nous ne nous y trompons pas : au-delà d’une campagne imbécile et diffamatoire qui vise à nous faire les complices de toujours d’un présumé criminel sexuel, c’est bien un projet politique qui tente de se remettre en selle.

    Sous couvert de défense de la laïcité, de lutte contre le terrorisme et aujourd’hui de défense des femmes, les croisés de la discrimination, de la stigmatisation des musulmans, les enragés de la réaction relancent leur chasse aux sorcières. Donald Trump a franchi l’Atlantique. Sur son modèle, voici les incendiaires qui chassent en meute, avec leurs journalistes à la Fox News, leurs amalgames, leurs « fake news », leurs tweets injurieux.

    Et au moment où les dispositions de l’état d’urgence entrent dans la loi ordinaire (lire notre article ici), ces nouveaux maccarthystes, qui ont troqué l’anticommunisme contre l’islamophobie, veulent créer un nouveau délit. Un délit d’opinion, celui de « complicité » intellectuelle, selon Manuel Valls. Celui d’être des complices ou « idiots utiles du ramadanisme », selon Renaud Dély, directeur de la rédaction de Marianne, qui a fait de la vulgarité anti-musulmane son fonds de commerce.

    https://www.anti-k.org/2017/11/07/affaire-ramadan-croisade-imbeciles/

  • La trajectoire de Caroline Fourest, vigie anxieuse d’une France sous « menace islamiste », éminence grise et visiteuse du soir de la gauche au pouvoir, est moins un cheminement personnel que le reflet d’une dérive : celle d’une gauche hagarde pour qui la République tient lieu depuis quinze ans de question sociale. Une enquête de la Revue du Crieur, dont le sixième numéro sort jeudi 23 février.

    Caroline Fourest est parmi les siens. Le 6 décembre 2016, dans la salle du groupe socialiste de l’Assemblée nationale, le député socialiste Jean Glavany organise ses Rencontres annuelles de la laïcité – en 2015, Latifa Ibn Ziaten, mère d’un des militaires tués par Mohamed Merah à Toulouse, y avait été « huée » et « agressée » parce qu’elle portait le voile.

    L’animateur de la journée, Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra ), un proche de Manuel Valls, est un ami. Au Parti socialiste, C. Fourest est une figure connue : invitée régulière des universités d’été, on la croise dans des conférences de presse, des meetings ou dans ce type de session à huis clos destinée à préparer le programme du parti pour 2017. Elle n’est pas toujours tendre avec le PS, peut y être contestée, mais elle fait partie des meubles. Elle est proche d’anciens de SOS-Racisme, a encouragé avec bienveillance l’émergence de mouvements comme Ni Putes ni soumises ou Osez le féminisme, biberonnés dans la galaxie socialiste.

    Ceux qui ne l’aiment pas assurent qu’elle sert de boussole laïque déréglée à un parti qui ne pense plus. Ceux qui l’apprécient, comme le sénateur PS de Paris David Assouline, louent son « courage ». Selon l’Élysée, elle a une « relation directe » avec François Hollande. Mais son réseau proche au sein du PS est surtout vallsiste. Elle connaît l’ancien Premier ministre depuis longtemps. Après les attentats, C. Fourest a été vue de temps en temps dans les couloirs de Matignon. Serait-elle son cerveau ? De très proches de M. Valls nuancent : Valls, disent-ils, consulte tous azimuts et l’académicien (fort peu socialiste) Alain Finkielkraut est plus influent qu’elle. Ils se décrivent en tout cas tous les deux en vigies d’une laïcité attaquée, se voient en porte-drapeau de la lutte contre l’extrême droite et bataillent contre une partie de la gauche. Comme C. Fourest l’a rappelé, quand Manuel Valls parle de « deux gauches irréconciliables », c’est moins pour parler d’économie que de « ceux qui font des meetings avec Tariq Ramadan », l’intellectuel suisse contesté que C. Fourest

    caricature en cheval de Troie de « l’islam politique fondamentaliste des Frères musulmans » en Europe.
    Cette « ligne de fracture » politique, Caroline Fourest l’a théorisée il y a plus de douze ans. Dans un texte intitulé « Gauche contre gauche », paru dans sa revue ProChoix,elle fustigeait « une gauche antiraciste qui devient antiblasphème grâce au mot “islamophobe” », et ces « féministes qui deviennent pro-voile et traitent les autres féministes de “racistes” ». Un an plus tard, elle appelait même au combat : « Une autre gauche est encore possible, mais elle ne pourra survivre sans un affrontement idéologique fratricide avec la gauche confuse et sa tentation obscurantiste. » Comme elle, Manuel Valls aime à fustiger la constellation des « islamo-gauchistes ». Cette expression, qui a fait florès à droite et à l’extrême droite, a été élaborée au début des années 2000 par Pierre-André Taguieff dans son livre La Nouvelle Judéophobie. Cet historien des idées est décrit par Fiametta Venner, compagne et coauteure de C. Fourest, comme un de ses « inspirateurs ».

    « Sur la laïcité, elle a fourestisé Valls », déplore un intellectuel qui fréquente l’ancien Premier ministre. De son côté, Malek Boutih, député socialiste de l’Essonne et ancien président de SOS-Racisme, n’a pas de mots assez élogieux pour C. Fourest : « Elle a les mains dans le cambouis. Elle combat les Tartuffe qui sont toujours dans la nuance et ne jouent jamais franc-jeu, cette société molle, confortable, qui dit “pas d’amalgames” et a laissé pénétrer les idées réactionnaires au cœur de la gauche française. Elle mène une bataille centrale : on ne peut pas être de gauche et antilaïque. » Il s’étonne du « degré de haine qu’elle suscite » : « On dirait que c’est la sorcière de Salem qu’il faut brûler. »

    Tenter un portrait intellectuel de Caroline Fourest, c’est s’aventurer sur des pentes glissantes. La littérature la concernant est abondante, mais parfois sexiste et fielleuse. C. Fourest est une femme, et une féministe. L’ancienne présidente du Centre gay et lesbien de Paris, qui enquêta à la fin des années 1990 pour Têtu sur les réseaux de l’extrême droite catholique et milita en faveur du Pacs, n’a par ailleurs jamais caché son homosexualité. Pour toutes ces raisons, le Front national, les partisans d’Alain Soral comme les catholiques intégristes de Civitas la haïssent – elle et des Femen furent frappées en 2013, en marge d’une manifestation contre le mariage des couples de même sexe. Pour toutes ces raisons, beaucoup de féministes, de militants LGBT ou de sympathisants de gauche la considèrent comme une référence.

    C. Fourest, c’est aussi, bien sûr, une ancienne de Charlie Hebdo. Pendant l’affaire des caricatures de Mahomet, en 2006, elle est en première ligne, défendant aux côtés du directeur de la publication Philippe Val la « une » de l’hebdomadaire sur laquelle un Mahomet « débordé par les intégristes » se

    plaint d’être « aimé par des cons ». Ce dessin et deux des douze caricatures de Mahomet vaudront au journal un procès (gagné), intenté par des associations musulmanes à cause de « leur caractère raciste ». C. Fourest quitte Charlie en 2009, après le départ de P. Val à la direction de France Inter. Elle et F. Venner disent s’y sentir « à l’étroit », ne plus apprécier la « tradition “bête et méchante” qui refait surface à Charlie ».
    C. Fourest se serait bien vue prendre la succession de P. Val, mais la rédaction n’y a même pas songé et s’est tournée naturellement vers le dessinateur Charb – une des victimes de l’attentat de janvier 2015. Dans Éloge du blasphème, paru après la tuerie de Charlie Hebdo, C. Fourest revient sur cette affaire des caricatures. Charlie Hebdo, écrit-elle, « est animé par des athées, dont certains de culture musulmane, qui ont en commun de vouloir désacraliser tous les symboles » religieux. La publication des caricatures était pour elle un acte d’« égalité » et non d’« humiliation », qui l’a contrainte à vivre sous protection policière.

    Au cours de la dernière décennie, Caroline Fourest a réalisé des documentaires pour France Télévisions, Arte ou La Chaîne parlementaire. Elle a tenu chronique au Monde, à France Inter et, jusqu’à cet été, à France Culture. Dans ses tribunes, elle parle de l’actualité, d’Europe, de mondialisation, de la société, de Nuit Debout, de féminisme ou des religions. Mais ce ne sont pas ces textes-là, guère mémorables, qui l’ont rendue célèbre. C. Fourest s’est fait connaître en 2004 avec la publication de Frère Tariq, une enquête où elle dépeint le prédicateur Tariq Ramadan en « stratège intégriste », « spécialiste du double langage », qui pratique la « dissimulation ». Depuis, elle porte le flambeau de la lutte contre les « intégristes », les « rouges-bruns » et leurs « idiots utiles ». Elle est devenue une polémiste, adepte du « clash » vu à la télé, pour parler en priorité d’intégrisme, surtout musulman. Elle tient depuis cet été une chronique
    pour Marianne, hebdomadaire qui fait de la laïcité un « combat français », fustige le « communautarisme » et, lui aussi, les « islamo-gauchistes ».

    « Pour le pôle laïque de la gauche radicale, elle reste une référence », estime l’universitaire Philippe Corcuff, qui l’a croisée à Charlie Hebdo au début des années 2000. Du Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon aux cercles altermondialistes jusqu’à Lutte ouvrière, son féminisme, son combat antiraciste et son soutien à la liberté d’expression des intellectuels menacés lui donnent de l’écho. « Il y a dans notre société un retour de la religion dans l’espace public qui est fatigant, dit l’ancienne coprésidente du PG, Martine Billard. Des voix comme elle sont utiles. » Élevée dans une famille très à droite d’Aix-en- Provence – mère antiquaire, père négociant en vins –, Caroline Fourest- Guillemot a fait ses études dans une école privée. « Il y avait une église au milieu de la cour et, en cas de manifestation, les grilles étaient fermées pour pas qu’on soit perverties », a-t-elle raconté au Monde.

    « Jeanne d’Arc » républicaine – l’expression est employée par plusieurs des trente interlocuteurs interrogés pour cet article –, elle revendique l’héritage des Lumières, vante le rationalisme et le modèle français « de laïcité, jacobin et intégrateur », qu’elle oppose au modèle « anglo-saxon ». « D’après l’approche anglo-saxonne, écrit-elle, l’égalité consiste à respecter tous les totems et tous les tabous de chaque communauté pour qu’elles coexistent sans conflit. L’approche laïque à la française croit au droit de les briser tous. »
    En réalité, elle défend une conception maximaliste de la laïcité, instaurée en 1905 avec la loi de séparation des Églises et de l’État. « Elle entretient un rapport quasi religieux à la laïcité, dont elle s’érige en grande prêtresse, analyse l’historien de la laïcité Jean Baubérot, qui fait partie de ses bêtes noires. Pour Valls, pour elle et une partie de la gauche, tout ce qui – en matière religieuse – va vers un certain “fondamentalisme” constitue une étape vers un extrémisme violent. Donc, tout dialogue ou contact avec des personnes considérées comme “proches” de ce fondamentaliste, fait soit preuve de faiblesse, soit de complicité envers cet extrémisme, en affaiblissant, en trahissant, le camp des laïcs. On trouve là la recherche d’une pureté laïque analogue à la quête d’une pureté religieuse de certains croyants... »

    « Islamophobie vertueuse »

    Adulée par certains, elle est vilipendée par d’autres, qui voient en elle une des figures médiatiques ayant le plus contribué à la légitimation d’un discours stigmatisant les musulmans, en particulier depuis le 11 septembre 2001. « Caroline Fourest est représentative d’une évolution d’une partie de la gauche et de l’extrême gauche qui est devenue tellement obsédée par l’islam qu’elle a perdu de vue la question sociale et s’est aveuglée sur un certain racisme inconscient en son sein, déplore Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique et ancienne de Charlie Hebdo. Elle n’est pas la seule, bien sûr, mais elle fait partie de ceux qui ont banalisé l’islamophobie et en ont fait quelque chose de vertueux. »

    En 2004, le journaliste Claude Askolovitch, alors au Nouvel Observateur, avait consacré un portrait élogieux à C. Fourest et F. Venner, ce couple de « combattantes » qui « se saoulent au Nutella, se gavent de télé et d’Internet, s’aèrent les méninges à la Playstation » et veulent « combattre tous les fascismes à la fois ». Aujourd’hui, C. Askolovitch renie cet article « paresseux ». « Je les trouvais plutôt marrantes il y a quinze ans, dit-il. Mais, depuis Tirs croisés [ paru en 2003 ], je n’ai jamais été capable de lire un seul de leurs bouquins. C. Fourest est un épiphénomène dans un paysage plus large : la défense des juifs et des homos a été instrumentalisée pour encercler les musulmans. »

    Même à gauche, dit-il, où « l’islamophobie est devenu un cadre structurant dans les années 2000 ». Comprendre la trajectoire intellectuelle de C. Fourest, y compris la rage qui l’anime, c’est se replonger dans quinze ans de déchirements violents au sein de la gauche comme de la société française autour de l’islam et des musulmans. Pour saisir les racines de la zizanie, il faut repartir près de vingt ans en arrière.
    « Il y a chez elle un tournant au début des années 2000. Auparavant, elle était une figure minoritaire et mineure. Elle devient alors majoritaire et majeure. Il y a évidemment un rapport avec ce qu’elle dit. Son décollage social a coïncidé avec une réorientation de ses thématiques. Certes, elle ne parle pas que d’islam, mais c’est ce que son public retient. » Celui qui parle s’appelle Éric Fassin. Il a rencontré C. Fourest il y a bien longtemps, en 1998. Éric Fassin, aujourd’hui professeur de sociologie à Paris-8, internationalement reconnu, est alors un spécialiste des études de genre et des minorités qui commence à avoir une petite réputation. C. Fourest, elle, est toute jeune, vingt-deux ans à peine. Mais elle milite comme lui pour l’instauration d’un contrat social pour les couples de même sexe – ce sera le Pacte civil de solidarité, voté l’année suivante dans une ambiance électrique.

    Éric Fassin accepte d’envoyer des textes pour sa revue. Avec F. Venner, sa compagne, chercheuse sur l’extrême droite rencontrée deux ans plus tôt alors que C. Fourest travaille pour le magazine étudiant Transfac, elle vient de créer ProChoix. Le numéro un, daté de décembre 1997, est une feuille de douze pages tirée à 2 000 exemplaires. Il s’ouvre par un manifeste de gauche radicale : « Inventer un mouvement prochoix passionnant et qui plus est peut- être à la source d’une nouvelle gauche : ambitieuse, écologiste, égalitaire, féministe, antiraciste, antisexiste, antihomophobe. Une gauche qui n’empiète pas sur les idées de droite pour rassurer l’électorat lepéniste, une gauche à gauche, antidote à tous les provies, à toutes les extrêmes droites.
    Enfin ! » Dans ProChoix, C. Fourest et F. Venner écrivent beaucoup sur les anti- IVG d’extrême droite et les « pro-life » américains. […]

    http://www.regards.fr/IMG/pdf/les_croisades_de_caroline_fourest.pdf

  • Nous assistons ces dernières semaines à une offensive sans précédent visant celles et ceux qui défendent les droits, le respect et la dignité de leurs concitoyens musulmans. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Il s’agit d’une nouvelle vague d’islamophobie qui prend prétexte des accusations de viol portées contre Tariq Ramadan, détournées au plus grand mépris des plaignantes pour attaquer celles et ceux qui préfèrent faire émerger du commun et s’opposer au climat de fascisme qui vient.

    C’est ainsi que sont violemment interpellés Edwy Plenel, Edgar Morin et Pascal Boniface, sans parler de la véritable chasse aux sorcières qui vise le PIR et sa porte-parole Houria Bouteldja tout en s’en prenant à la députée de la France Insoumise Danièle Obono. Cette fois-ci encore plus qu’à l’accoutumée, la fachosphère peut compter sur le zèle d’une pseudo-gauche identitaro-laïcarde menée par un Manuel Valls en quête d’existence politique et la mobilisation sans faille de la presse du grand patronat. Que leurs cibles soient d’ailleurs de farouches opposant-e-s au détricotage du droit du travail et à la constitutionnalisation de l’état d’urgence ne relève certainement pas du hasard. Autant faire d’une pierre deux coups.

    Deux déclarations attirent particulièrement notre attention, par ce qu’elles ajoutent d’ignoble et de mortifère à cette dérive. Celle tout d’abord de Michel Onfray : « Concrètement, [les collabos d’aujourd’hui] sont les islamo-gauchistes qu’on trouve ici ou là au NPA, dans la France Insoumise, dans l’aile gauche du PS, au PCF, ou à EELV. Il y en a également dans l’aile gauche des Républicains - chez les juppéistes par exemple. [1] » qui vient ajouter de l’huile sur le feu de l’offensive tout en faisant parler de lui à peu de frais. En assimilant les « islamo-gauchistes » à des « collabos », il fait de l’islam le nouveau nazisme et de ses fidèles des nazis. Avec l’assurance d’un nanti se sachant en pleine conformité avec l’esprit de son temps, Michel Onfray rejoint avec enthousiasme la chasse aux sorcières que livre une certaine classe politico-médiatique contre celles et ceux qu’elle accuse de complaisance avec leur vision fantasmée de l’islam radical ou « l’islamosphère » (sic).

    Et celle, plus récente, de Karl Lagerfeld : « On ne peut pas, même s’il y a des décennies entre, tuer des millions de Juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après », a-t-il déclaré. « Je connais quelqu’un en Allemagne qui a pris un jeune Syrien, qui parlait un peu anglais. Au bout de quatre jours, vous savez ce qu’il a dit à la dame ? "La meilleure invention de l’Allemagne, c’est l’Holocauste." Il était dans la rue la minute qui suit, je vous le dis tout de suite [2]. » Et là c’est l’inconscient qui parle. Ce que nous dit Lagerfeld dans sa première phrase, c’est que l’Europe ne s’est pas débarrassée de tous ses Juifs pour les remplacer par des Arabes ou des Musulmans. La seconde rachète le crime nazi sur le dos des migrants musulmans, désignés comme les « pires » ennemis des Juifs. Ce que contient potentiellement cette déclaration, c’est à la fois la possibilité d’un autre génocide – cette fois contre les nouveaux « intrus » - et l’idée que le grand remplacement serait celui des Juifs par les Musulmans. Et la « solution » est connue.

    Certes Lagerfeld n’a pas la stature d’« intellectuel » de Onfray, mais ce qu’il exprime participe du même air du temps irrespirable. Et il le dit au moment même où 60 000 néonazis, avec des représentants de toute l’extrême droite européenne et américaine, défilent tranquillement dans Varsovie aux cris de « Pologne pure ! » et « Pologne Blanche ! » Juifs et Musulmans ne peuvent que frémir devant l’avenir que ces déclarations et campagnes médiatiques dessinent pour une Europe qui cherche à construire son unité autour du racisme. La bonne nouvelle, c’est que comme les suprémacistes blancs aux Etats-Unis ont réussi par leur racisme tous azimuts à créer les conditions du rapprochement des communautés juives et afro-américaines. Juifs et Musulmans français feraient bien, eux aussi, de saisir leur intérêt commun face à la résurgence des extrêmes-droites européennes.

    En ces temps de brouillage idéologique et de recomposition politique, nous nous devons de faire preuve de la plus grande clarté : l’UJFP sera toujours du côté de celles et ceux qui exigent l’égalité, la justice sociale et le respect des libertés civiles, au côté de nos concitoyens stigmatisés au nom de leur appartenance religieuse réelle ou supposée, ou de leur couleur.

    Le Bureau national de l’UJFP le 14-11-2017

  • 15 novembre 12:38

    Charlie, "bêtes et méchants", ou juste "cons, racistes et pas drôles" ?

    Si Reiser et Gébé voyaient tout ça... Dans un article publié en janvier 2016 dans Télérama, Vuillemin déclarait : "Il y a de très bons dessins dans Charlie, mais il y en a aussi des moins bons, qui manquent de l’esprit marrant et sympa qu’il y avait dans les années 1980. Je chiais sur Charlie avant de les rejoindre (...) je pourrais toujours le faire aujourd’hui". L’occasion me semble bonne....

    Dans un article publié le 29 janvier 2016 dans Télérama et portant sur la nouvelle équipe de Charlie, l’excellent dessinateur Vuillemin déclarait : « Maintenant que Charlie a une audience internationale, le moindre pet qu’il fait prend des proportions énormes. Autant vérifier que la qualité soit correcte (…) Il y a de très bons dessins dans Charlie, mais il y en a aussi des moins bons, qui manquent de l’esprit marrant et sympa qu’il y avait dans les années 1980. Je chiais sur Charlie avant de les rejoindre, parce que je déteste Val, je pourrais toujours chier sur le journal aujourd’hui pour dire que certains dessins sont mauvais ! » Et de conclure : « Quitte à mourir pour un dessin, autant qu’il soit bon. Sinon, ça m’emmerderait. »

    Et, hier, passant devant un kiosque à journaux, comme une grande partie de la France, consternée par autant de bêtise satisfaite étalée ainsi sur tous les murs, qu’ai-je pu voir (je ne reproduis pas le dessin, on l’a assez vu) ? Deux petits enfants écrasés sur la route, avec cette mention, vouée à resplendir quelques temps dans une vitrine du musée de la connerie avant d’être rapidement bazardée, j’espère du moins pour son auteur, dans le vide-ordure d’un oubli bien mérité : « l’islam, religion de paix… éternelle ».

    Donc, bon, voilà, nous y sommes. Je ne sais pas ce qui a bien pu se passer dans la tête de monsieur Juin, l’auteur de ce chef-d’œuvre que Robert Ménard lui-même, connu pour son bon goût et sa connaissance subtile et profonde de la religion musulmane, a beaucoup apprécié. Tout ce que je peux voir, c’est ce que tout le monde a vu, sauf la presse mainstream, qui a généralement, comme d’habitude, fait comme si de rien n’était et regardé dans le vide cosmique pour voir un peu ce que devenait Jupiter : ce dessin est con, raciste, et pas drôle. Ça, et rien de plus. Il n’est la preuve d’aucun courage, simplement la marque d’une dramatique carence d’empathie, de sens critique et d’intelligence.

    Car que penser de cette insulte, quand, au même moment, à Barcelone (ville extraordinaire, où j’ai eu la chance de vivre un an), ainsi que l’a rapporté Florence Aubenas, les manifestants rassemblés sur les Ramblas lors des hommages aux victimes ont jeté dehors les skins venus vomir leur xénophobie sur les charniers de l’attentat, et ont ensuite défilé en criant : « Les fachos dehors » et « Ni terrorisme, ni islamophobie » ? Je dois donc comprendre que monsieur Juin n’aurait pas été le bienvenu… J’espère qu’en voyant ces images d’un peuple refusant fièrement de sombrer dans la haine que leur opposent les fanatiques, ce dessinateur, duquel j’espère qu’il n’est pas aussi abruti que ce dessin peut le laisser le supposer, s’est pissé dessus de honte, et qu’il reviendra vers nous dans de meilleures dispositions. Je lui suggère de lire un peu, ça ne fait jamais de mal. Et de préférence, autre chose que les œuvres complètes d’Eric Zemmour ou l’intégrale du Crapouillot ; pourquoi pas Le Bazar Renaissance, de l’historien Jerry Brotton, qui montre que l’Europe est sortie de l’ère médiévale et de son relatif obscurantisme grâce aux apports de l’Orient et de l’islam ? Ou un recueil de quatrains d’Omar Khayam ? Ou quoi que ce soit qui lui permettra de hisser sa réflexion au-dessus de celle d’un Hanouna qui tenterait laborieusement d’élaborer une pensée théologique...

    Et jeter un oeil à la presse ne serait pas un luxe non plus. Car faut-il rappeler à monsieur Juin que la plupart des victimes du terrorisme, sur cette planète, sont de confession musulmane ? Que les fanatiques assassinent avant tout au Moyen-Orient ? Que les Musulmans sont les premiers à pâtir de l’instrumentalisation de leur croyance par une poignée ultra-minoritaire de cinglés sans foi ni loi, et ignorants du fait que le Coran interdit formellement de répandre le sang de qui que ce soit ?

    Mais je réalise un oubli de ma part. J’ai écrit, plus haut, que la presse maintream était restée de marbre face à ce pitoyable gribouilli xénophobe. Toute la presse ? Que non ! Il aurait été étonnant que Marianne, organe officiel de la dénonciation hystérique de la cinquième colonne islamo-gauchiste, passe à côté d’une si belle occasion de monter sur ses grands chevaux (pur-sang Percherons ou ce que vous voulez, mais surtout pas Arabes), afin de rajouter une pelletée d’ordure à celles déjà versées par Charlie sur les dépouilles des victimes de Barcelone, et de s’exclamer, sous la plume acerbe d’un certain Dion, directeur adjoint de publication, dont la pertinence et la puissance de l’analyse n’a visiblement rien à envier à celle de la chanteuse québécoise homonyme : « Caricatural ? Evidemment. Malvenu ? Ça se discute. Mais de là à lapider Charlie à coups de pierres verbales sous prétexte d’amalgame déplacé, d’injure aux musulmans ou de crime de lèse-religion, il y a un pas qu’il serait dangereux de franchir. C’est pourtant l’exercice auquel se sont livrés quelques hommes politiques ou commentateurs à l’esprit embrumé par le soleil du mois d’août. Pour un journal inspiré de la tradition bête et méchante, il n’y a forcément aucune limite, si ce n’est le respect de la loi. Pour le reste, l’excès est de rigueur, ou alors il faut changer de métier. Un caricaturiste qui ne peut pas caricaturer est un dessinateur au chômage, ou (auto)censuré. On laissera ce genre de pratique aux pays où les Dieux et les puissants sont intouchables, qui sont plus nombreux qu’on ne le croit (les pays, pas les Dieux) » Il n’y a pas grand-chose à ajouter à des propos qui témoignent d’une sorte de cristallisation de la connerie à un état chimiquement pur, de peur d’en briser le fragile équilibre si brillamment obtenu par notre alchimiste ; je dirai simplement, à propos de cette phrase-là : « Pour un journal inspiré de la tradition bête et méchante, il n’y a forcément aucune limite, si ce n’est le respect de la loi », que, pour autant que je m’en souvienne, l’appel à la haine raciale est condamnable, dans le droit français… à bon entendeur. Quand Minute titrera à nouveau : "Taubira retrouve la banane", quelle liberté de ton, quelle dérision, j’espère que notre vibrant apologiste de l’humour sans limites nous régalera de sa verve pour donner renfort à ces hérauts méconnus de l’esprit "bête et méchant". Après tout, pourquoi les dessinateurs de Charlie seraient les seuls à pouvoir goûter aux joies de la vanne raciste décomplexée ?

    Bref. Pour conclure, je vais me permettre de reprendre une partie du papier que j’avais pondu, il y a quelques temps, sur la laïcité et « l’esprit Charlie » : « Le 8 janvier, sur un plateau de France 5, le peu sympathique Richard Malka s’exclame : « ça fait des années qu’on souffre, à Charlie Hebdo, vous savez, de la petite lâcheté du ‘mais’. La liberté d’expression et de caricature, c’est bien mais, mais il ‘faut pas me provoquer, il ne faut pas parler de ça, mettre de l’huile sur le feu, mais vous allez trop loin. La laïcité c’est bien, mais attention, ce sont, c’est vous les intégristes de la laïcité ». Et de conclure : « C’est pas nous les intégristes ». Vraiment ? Le 30 mars 2016 le tout aussi peu sympathique Riss, dans un édito improbable de connerie satisfaite et haineuse mettant en scène un boulanger bien-de-chez-nous remplacé par un autre, Arabe, chez qui on ne vend plus de sandwichs au jambon (une scène de la vie quotidienne sur Pluton, je suppose), écrit quant à lui : « Depuis la boulangerie qui vous interdit de manger ce que vous aimiez jusqu’à cette femme qui vous interdit de lui dire que vous la préfériez sans voile, on se sent coupable d’avoir ces pensées. Dès cet instant, le terrorisme commence son travail de sape. La voie est alors tracée pour ce qui arrivera ensuite. » Donc : le silence coupable entretenu devant le grand remplacement islamo-gauchiste est ce qui fait le lit du fondamentalisme musulman actuellement occupé à saper les bases de notre société -et du jambon-beurre, victime expiatoire.

    Que cette saillie (je précise que tout le papier est du même tonneau, voire pire, associant allégremment Tarik Ramadan, un boulanger Arabe, une femme voilée, bref tous les musulmans, au terrorisme) soit essentialiste et raciste, c’est indéniable. Qu’elle vienne d’un homme ayant souffert dans sa chair de l’extrémisme religieux ne change rien à l’affaire, j’en suis désolé –une connerie raciste est une connerie raciste, point à la ligne, on peut, et on doit, bien entendu, la comprendre, voire l’excuser, mais il est important de la reconnaitre pour ce qu’elle est. Mais le moins que l’on puisse dire est que cette honteuse logorrhée de fin de soirée au bar PMU d’Hénin-Beaumont n’a guère suscité (quelques encarts ici ou là, et un article outré d’Acrimed mis à part) la vague d’indignation à laquelle on aurait pu s’attendre. Et ce, pour des raisons très simples. Cela fait bien longtemps, depuis Philippe Val en fait, que l’islamophobie notoire de Charlie (pour ceux qui en douteraient encore, je renvoie aux excellents papiers de deux anciens de l’hebdomadaire, Olivier Cyran : Pas raciste, Charlie Hebdo ? Si vous le dites, publié par Article 11 ; et Mona Chollet : L’Obscurantisme beauf, publié sur Périphérie) est passée sous silence et/ou accueillie par beaucoup avec une bienveillance bonhomme. Les attentats (ignobles et injustifiables, est-il utile de le préciser) n’ont rien arrangé à l’affaire. Pire : même après que fut passé un temps de crispation, somme toute logique, caractérisé par un assentiment quasi-obligatoire à la Sainte-Parole laïque de Charlie, plus de deux ans après, on ne peut pas dire que la pression soit retombée. « L’esprit Charlie », cette vaste arnaque nationale qui a vu les élites gouvernementales et intellectuelles instrumentaliser sans scrupule une émotion collective sincère afin d’en faire une fabrique du consentement à rythme industriel, fait toujours référence. Encore et toujours, les dessinateurs actuels de Charlie, sachant que les plus modérés ont claqué la porte suite au conflit qui a eu lieu au sein de la rédaction à propos de la répartition des sommes folles engrangées par les évènements, sont tenus pour les héros de notre modèle républicain de laïcité et de liberté d’expression. Alors que ce sont ceux-là même qui, en roue libre, se permettent tous les excès dans un contexte de vive hostilité –savamment entretenue par les incendiaires du « on peut plus rien dire »- de la société civile vis-à-vis d’un islam devenu aujourd’hui, plus que jamais, un bouc émissaire idéal.

    Quand une nation laisse à une poignée de xénophobes (terme plus approprié ici que le terme « raciste ») le soin d’incarner, à eux seuls, le concept de laïcité, dont la définition duquel ils deviennent en quelque sorte les garants, distribuant satisfécits et bons points au grès de leur humeur, ça, c’est laïque, ça, c’est la France Républicaine, ça, ça ne l’est pas, bref, en gros, ça (Caroline Fourest), c’est un défenseur des nos valeurs sacrées, et ça (Emmanuel Todd) c’est un odieux islamo-gauchiste, il y a un problème, que bon nombre de nos intellectuels seraient bien inspirés de commencer à considérer un peu sérieusement. Faute de quoi, tout ceci finira par réellement nous sauter à la gueule.

    Car la laïcité à la Charlie, qu’est-ce donc ? Tout simplement : l’impossibilité du dialogue. Malka, le lendemain des attentats, l’a bien dit : il ne veut plus entendre de « mais ». Plus de « Charlie, d’accord, mais ». Plus de « la laicité, d’accord, mais ». Déclaration hallucinante, que la seule douleur ne suffit pas à expliquer. Car ce refus du « mais », soit l’une des locutions les plus fondamentales du débat démocratique, porte en lui tous les germes d’une radicalisation tout azimut, en ce qu’il tient pour évident a priori que certains débats ne valent même pas la peine d’être tenus ; l’idée de cette forme bien particulière de laïcité, qu’on est en droit de juger totalitaire, serait donc la suivante : « soit avec moi, soit contre moi ». Soit Charlie, soit non-Charlie –donc : hors du spectre démocratique compris entre Bat ye’or et Bernard-Henri Levy. Une position pour le moins maladroite, alors même que jamais le principe de laïcité ne s’est fait plus excluant, et qui est susceptible –c’est d’ailleurs ce qui arrive- de jeter certains croyants peu désireux de trancher aussi facilement entre leur Foi et la laïcité dans les bras du communautarisme, quel qu’il soit. Et qui pourrait leur en vouloir ? Personnellement, mes opinions anarchistes, par exemple, valent plus pour moi que les lois de cette république très imparfaite ; si l’on me demande de choisir, ce sera vite vu. Pour un croyant, de même, la foi, donc la conscience, est quelque chose d’intime, de structurant : demander de prendre parti entre ça, et une laïcité perçue à juste titre comme inique et oppressante, c’est se vouer sans trop de chance de se tromper à toutes les désillusions.

    Ma laïcité, ainsi, ce n’est pas celle d’une bande de mâles dominants ravis de se gondoler en griffonnant des Petits Mickeys offensants –et, surtout, bien souvent, pas drôles- injuriant une culture minoritaire. Ce n’est pas celle du refus du dialogue avec toutes les religions, et en premier lieu avec l’Islam, au prétexte de la mise au rencard de ces vieilleries « moyenâgeuses » hors de l’espace public. En tant qu’athée respectueux et spirituellement curieux, les blagues sur les religions peuvent me faire rire, jusqu’à un certain degré, mais le muslim-bashing et le fait de tenir tous les croyants pour des crétins néanderthaliens trop demeurés pour avoir perçu la sainte lumière de l’athéisme, très peu pour moi ».

    Aujourd’hui, hélas, je ne peux que persister et signer. En précisant que, bien entendu, la liberté d’expression, c’est aussi de permettre à Minute d’exister, et de s’assurer que personne ne s’en prenne physiquement à eux à cause de leurs idées rassies. Mais hors de question pour moi de tenir des cons racistes pour des héros.

    https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/250817/charlie-betes-et-mechants-ou-juste-cons-racistes-et-pas-droles

      • « Il n’y a pas de plus grande force idéologique contre-révolutionnaire que le christianisme sous toutes ses formes, si ce n’est l’islam ! »
    • Guy Debord, Correspondance, volume 3, 1965-1968, p. 40.
      • « Un nouveau mot a été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. »

    (dans Joseph Anton. Une autobiographie, Plon, 2012, chap. 6) :

    une citation de

    Salman Rushdie

  • Le journaliste Fabrice Nicolino a demandé à prendre la plume, et son article est bien plus long que prévu. Gravement blessé lors de l’attaque meurtrière des frères Kouachi contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ce pilier de l’hebdomadaire satirique a réclamé deux pleines pages pour dresser, dans le numéro du mercredi 15 novembre, le portrait du patron du site Mediapart, Edwy Plenel.

      • Il surplombe une fresque illustrant la longue marche professionnelle et militante de l’intéressé, suite de pelotons d’exécution, de ruines (l’immeuble du Monde) et d’assemblées serviles, adoratrices de Staline ou de Che Guevara. Juste à côté, l’éditorial au vitriol de Riss, le patron de Charlie, accuse gravement ce même Plenel de les avoir « condamnés à mort une deuxième fois ».

    Il y a quelques années, les querelles idéologiques que se livrent la bande d’anars de l’hebdomadaire et les fidèles d’Edwy Plenel seraient restées confinées aux franges de la gauche et n’auraient sans doute pas connu tel écho.

    La mort de Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Bernard Maris, Elsa Cayat et du correcteur Mustapha Ourrad, ainsi que de Frédéric Boisseau, Michel Renaud et des policiers Franck Brinsolara et Ahmed Merabet, voici bientôt trois ans, a tout changé.

    Depuis ce mercredi fatal où deux terroristes islamistes, les frères Kouachi, ont surgi dans ses locaux, Charlie appartient désormais au patrimoine national ; chaque combat mené par ou contre lui devient un peu celui des Français.

      • Le dernier a commencé le 8 novembre, lorsque l’hebdomadaire a monté en « une » sa caricature d’Edwy Plenel, longue moustache s’étirant pour couvrir bouche, yeux et oreilles et le rendre sourd, muet et aveugle. Au milieu, cette légende : « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : “on ne savait pas” », allusion limpide aux accusations de viols touchant le prédicateur musulman.

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/11/15/entre-charlie-et-mediapart-l-histoire-d-une-haine_5214942_3236.html

  • « Charlie » contre « Mediapart » vu du Royaume-Uni : « Une discussion consternante »

      • Larvée, la guerre que se mènent deux courants de la gauche est devenue ouverte depuis la parution, mercredi 8 novembre, d’un numéro de Charlie Hebdo dont la « une » met en cause le directeur de la rédaction de Mediapart, Edwy Plenel. Professeur à l’université d’Oxford, spécialiste de la France des XIXe et XXe siècles, Sudhir Hazareesingh analyse ces déchirements français.

    Peut-on parler d’une « guerre des deux gauches » ?

    Même si la gauche en France a toujours été plurielle, l’expression résume bien le moment actuel et elle témoigne de la tendance très française à condenser les grands débats dans une opposition binaire. Car cette discussion est un peu consternante : elle soulève des questions très complexes sur lesquelles on est sommé de choisir son camp. On est soit la « gauche Charlie » soit la « gauche Mediapart ». Or on parle implicitement de sujets qui, certes, ont des liens entre eux, car ils ont trait à la place des musulmans dans la société française, mais qui sont différents : la question sociologique (les banlieues) ; la question idéologique (la laïcité) ; la question culturelle (qu’est-ce qu’être français ?), avec en arrière-plan la question coloniale ; sans oublier la question du terrorisme (quelle lutte efficace ?). Or, sur toutes ces questions, le penchant français à l’abstraction conduit à une regrettable schématisation.

    « Quand on met Tariq Ramadan en face de Caroline Fourest, on peut prédire qu’il y aura des étincelles »

    Cette affaire témoigne aussi d’une certaine montée de la violence verbale dans le discours public. Ce n’est pas neuf : dans les grands moments de la pensée française au XXe siècle, les gens se traitaient de tous les noms, pourtant il y avait de véritables confrontations d’idées. Mais, depuis un certain temps, nous sommes submergés par l’effet « On n’est pas couché » : la violence verbale devient un spectacle.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/15/charlie-contre-mediapart-vu-du-royaume-uni-une-discussion-consternante_5215163_3232.html

  • « Il semble bien que nous soyons confrontés ici à une campagne politique qui, loin de défendre la cause des femmes, la manipule pour imposer à notre pays un agenda délétère, fait de haine et de peur », écrivent plus de 160 personnalités signataires de ce texte en réponse à la Une de « Charlie Hebdo ».

    Tout doit avoir le droit de se dire, de s’écrire et de se représenter, et cela doit être dit et répété, particulièrement pour Charlie Hebdo.

    Nous avons aussi le droit d’écrire que la Une de Charlie de cette semaine est diffamatoire, et haineuse.

    Elle relaie une campagne de délation, dont « l’argumentaire » défie la logique, la justice, et la morale. Il y a quelques années, on a reproché à Mediapart d’avoir publié les informations au sujet de Cahuzac lorsqu’il en avait les preuves, aujourd’hui on (parfois le « on » est le même) lui reproche de ne pas avoir publié ce qu’il ne savait pas.

    Edwy Plenel et Mediapart se sont exprimés, preuves et vidéos à l’appui, sur leurs « relations » avec Tariq Ramadan. Cela n’empêche pas la délation de se développer, en utilisant, entre autres, des photo-montages truqués, et des affirmations non vérifiées.

    Mediapart est l’un des rares grands moyens d’information français à avoir publié une enquête fouillée sur Tariq Ramadan, dans une série de cinq longs articles. Les délateurs, tout en affirmant que eux « savaient » (mais quoi ?), reprochent aujourd’hui à Mediapart de ne pas avoir publié des informations dont les faits sont apparus il y a quelques jours. Comme l’écrit Mathieu Magnaudeix, le journaliste qui a mené l’enquête sur Ramadan pour Mediapart : « la question intéressante dans tout ça, la vraie question journalistique, [...] c’est pourquoi il a fallu autant de temps, et Weinstein, pour que ces témoignages atroces soient connus. Pourquoi ces femmes ne voulaient pas témoigner. Amener des victimes de violences sexuelles à la parole, c’est le vrai enjeu pour les journalistes. »

    Nous défendons et respectons l’attitude conforme à l’éthique qui est, et a été, celle de Mediapart dans le cadre de cette enquête comme dans les autres, et notamment pour celles menées sur les sujets de harcèlements sexuels.

    Il semble bien que nous soyons confrontés ici à une campagne politique qui, loin de défendre la cause des femmes, la manipule pour imposer à notre pays un agenda délétère, fait de haine et de peur. Cette campagne s’attaque au journal qui, depuis bientôt dix ans, combat avec constance cette politique de la peur, défendant les causes communes de l’égalité contre toutes les discriminations, qu’elles visent les femmes, les LGBT, les musulmans, les noirs, les juifs, les victimes du racisme et de la xénophobie, les migrants et les réfugiés, etc.

    Nous défendons et respectons toute attitude qui mène à la fraternité plutôt qu’à l’affrontement, au rassemblement plutôt qu’à l’exclusion, au respect plutôt qu’à la chasse en meute.

    La campagne inique menée contre Mediapart et sa rédaction est dangereuse : elle vise le symbole d’une presse libre, indépendante des pouvoirs quels qu’ils soient, au service du droit de savoir des citoyennes et des citoyens.

    https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/121117/en-defense-de-mediapart-et-d-edwy-plenel

  • 16 novembre 00:43

    Nadia Aissaoui, sociologue, féministe,
    Paul Alliès, juriste,
    Claude Alphandéry,
    Pouria Amirshahi, citoyen,
    Salah Amokrane, militant associatif,
    Louis Astre,
    Lucien Attoun, homme de théâtre,
    Micheline Attoun, femme de théâtre,
    Régis Aubry, professeur de médecine, membre du CCNE,
    Gabrielle Babin Gugenheim,
    Andrew Bampfield, scénariste,
    Pierre-Louis Basse, écrivain,
    Christian Baudelot, sociologue,
    Jean-Philippe Béja, Directeur de Recherche émérite,
    Jay Bernfeld, musicien,
    Olivier Besancenot, membre du NPA,
    Jean-Paul Besset, ex-député européen,
    Pascal Boniface, géopolitologue,
    Nicolas Bordas,
    Sophie Bouchet-Petersen, conseiller d’Etat retraitée et féministe,
    Daniel Boukman, écrivain, militant culturel martiniquais,
    William Bourdon, avocat,
    Abdelkrim Branine, journaliste
    Fabienne Brion, professeur à l’Université catholique de Louvain
    Jean-Louis Brochen, avocat,
    Julie Brochen, actrice et metteur en scène,
    Ian Brossat, adjoint (PCF) à la Maire de Paris, élu du 18e,
    Michel Broué, président de la Société des amis de Mediapart,
    Dorothée Browaeys, journaliste scientifique et auteur,
    Louise Bruit Zaidman, historienne,
    André Burguière, historien, EHESS,
    Alain Cabos,
    Claude Calame, anthopologue, EHESS,
    Michel Calvo,
    Jean-Claude Carrière, écrivain, dramaturge,
    Carmen Castillo, écrivaine et cinéaste,
    Patrick Chamoiseau, écrivain,
    Suzanne Citron, historienne,
    Rémi Cochard, militant associatif (LDH),
    Laurence de Cock, historienne,
    Philippe Corcuff, ancien chroniqueur de Charlie Hebdo,
    Marie Cosnay, écrivaine,
    Constantin Costa-Gavras, réalisateur,
    Michèle Costa-Gavras, productrice,
    Thomas Coutrot, économiste,
    Sylvain Cypel, journaliste
    Pierre Dardot, philosophe,
    Sonia Dayan-Herzbrun, professeur émérite à l’université Paris Diderot,
    Caroline De Haas, militante féministe,
    André Deledicq, prix Erdös 2004,
    Marc-François Deligne, vidéaste
    Manthia Diawara,
    Ian Dufour, militant syndical,
    Françoise Dumas, productrice et réalisatrice,
    Aude Evin, avocate,
    Éric Fassin, sociologue,
    Michel Feher, philosophe,
    Sylvie Fennec, comédienne,
    Gérard Filoche, militant socialiste,
    Lydia Flem, psychanalyste, photographe, écrivain,
    Dan Franck, écrivain,
    René Gallissot, historien,
    François Gemenne, chercheur à Sciences-Po,
    Alain Genestar, journaliste,
    Denis Gheerbrant, cinéaste,
    Sylvie Glissant, Institut du Tout-Monde,
    Caroline Glorion, productrice et réalisatrice,
    Anouk Grinberg, comédienne,
    Caroline Gruson, mathématicienne,
    Christophe Hadri,
    Frédéric Hocquard, adjoint à la Mairie de Paris,
    Claire Hocquet, avocat
    Pascale Iltis,
    Erich Inciyan, journaliste,
    Hugues Jallon, écrivain et éditeur,
    Samy Johsua, professeur émérite des universités,
    Geneviève Joutard, historienne,
    Philippe Joutard, historien,
    Leslie Kaplan, écrivain,
    Naruna Kaplan de Macedo, cinéaste,
    Pierre Khalfa,
    Christiane Klapisch-Zuber, historienne,
    Thierry Kuhn, militant associatif,
    Jean Labib, producteur,
    Mehdi Lallaoui, président de Au Nom de la Mémoire,
    Nicole Lapierre, socio-anthropologue,
    Mathilde Larrère, historienne,
    Céline Larrière, attachée culturelle,
    Sylvain Larrière, sculpteur,
    Bernard Latarjet,
    Patricia Lavail, musicienne,
    Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire,
    Catherine Legalery, cadre de santé
    Jean-Louis Legalery, universitaire
    Séverine Leidwanger, universitaire,
    Pierre Leterrier,
    Michael Lowy, directeur de recherche émérite au CNRS,
    Dominique Lurcel, metteur en scène,
    Emmanuel Maheu, médecin,
    Ziad Majed, politologue, professeur universitaire,
    Noël Mamère, ex-député,
    Gilles Manceron, historien,
    Philippe Mangeot, militant associatif,
    Farouk Mardam Bey, éditeur,
    Philippe Marlière, politiste,
    Roger Martelli, historien, co-directeur de Regards,
    François Marthouret, comédien,
    Muhammad Marwan, auteur, statisticien,
    Francine Mazière, linguiste,
    Mohamed Mechmache, militant associatif,
    Muriel Mesguich,
    Jean-Pierre Mignard, avocat,
    Edgar Morin, sociologue et philosophe,
    Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue,
    Océanerosemarie, auteure et comédienne,
    Heitor O’Dwyer de Macedo, psychanalyste,
    Maurice Olender, historien (EHESS), éditeur (Seuil),
    Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur,
    Gilbert Pago, historien,
    Bernard Paillard, chercheur à la retraite,
    Marc Paquien, metteur en scène,
    Christian Paul, ancien ministre,
    Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic,
    Nicole Phelouzat, sociologue à la retraite, membre de la LDH,
    Alfredo Pena-Vega, sociologue (EHESS),
    Martyne Perrot, sociologue CNRS,
    Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS,
    Manuel Piolat Soleymat, écrivain et critique dramatique,
    Vincent Présumey, professeur d’Histoire et syndicaliste,
    Jérôme Prieur, réalisateur et historien,
    Salvatore Puglia, photographe,
    Lydie Rappaport, directeur de recherche au CNRS, retraitée,
    Sylvain Rappaport,
    Marie Raymond,
    Michel Ricard,
    Carol Rio,
    Régine Robin, historienne,
    Barbara Romagnan, militante politique,
    Delia et Alexandre Romanes, directeurs du Cirque Tzigane Romanes et de Tchiriclif Centre des Arts et des Cultures Tziganes et Gitanes,
    Dominique Rousseau, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne,
    Isabelle Saint-Saens, militante associative,
    Christian Salmon, écrivain,
    Elias Sanbar, écrivain,
    Jane-Lise Samuel, biologiste,
    Shlomo Sand, historien,
    Sarkis, artiste-sculpteur,
    Eva Sas, ex-députée EELV,
    Denis Sieffert, journaliste,
    Jean-Pierre Siméon, poète et dramaturge,
    Béatrice Soulé, directrice artistique, militante,
    Xavier Soule, architecte,
    Bernard Stéphan, éditeur,
    Enzo Traverso, historien, Cornell University,
    Aurélie Trouvé, militante altermondialiste,
    Francoise Vibert-Guigue,
    Christine Vitrani,
    François Vitrani, président de l’Institut du Tout-Monde,
    Patrick Viveret, philosophe,
    Eleni Vrikas, maître de conférences émérite, Paris 8,
    Michelle Zancarini-Fournel, historienne.

  • Les accusations portées contre l’islamologue Tariq Ramadan font depuis plusieurs jours la « Une » des journaux. Personnage médiatique, controversé en France mais honoré en Angleterre (il enseigne dans la prestigieuse université d’Oxford), les plaintes déposées contre lui ne pouvaient pas passer inaperçues : deux femmes l’accusent de viol. Et l’une d’elles, Henda Ayari, a témoigné à visage découvert à la télévision : elle raconte comment Tariq Ramadan, après des échanges sur Facebook, puis par Skype, lui a donné rendez-vous dans une chambre d’hôtel, où il l’a violée. Elle explique également que pour justifier son comportement méprisant, insultant, brutal et symboliquement assassin, il lui a dit, après coup, qu’elle n’avait eu que ce qu’elle méritait, ce qu’elle voulait, puisqu’elle avait décidé de retirer son voile.

    Tout part en effet d’une histoire de voile : autrefois salafiste, mariée à un homme qui la soumet, la maltraite, Henda Ayari a divorcé, puis s’est éloignée de l’islam rigoriste, jusqu’à décider d’enlever son voile - « faute » que Ramadan lui aurait donc fait payer en la violant. C’est pourquoi le jeu de mot s’impose : « voilée ou violée », telle est l’alternative laissée aux femmes musulmanes. Le récit d’Henda Ayari confirme ainsi avec fracas les accusations portées depuis longtemps contre Tariq Ramadan, à savoir que sous couvert d’un discours se voulant réformiste, rationaliste et progressiste se cache une réalité sexiste, fondamentaliste et violente. Ce fut notamment le cheval de bataille de Caroline Fourest. La journaliste d’investigation dénonçait en effet un « double discours » : Ramadan expliquerait aux européens une chose, aux musulmans son contraire, autrement dit il tiendrait un discours « éclairé » en certaines occasions, « obscur » en d’autres. Elle accusait aussi l’enseignant à Oxford d’être un « imposteur ». Mais en guise de preuves, Fourest n’avait jusqu’alors rien pu fournir de probant, précisément, sinon des citations tronquées. La preuve matérielle qui manquait est finalement venue de la bouche de Henda Ayari : Ramadan lui a tenu un discours « obscur » dans une chambre d’hôtel, et ses agissements furent plus « obscurs » encore…

    Fourest explique aujourd’hui qu’elle savait, qu’elle avait recueilli depuis longtemps les témoignages de plusieurs femmes mais que la crainte de représailles les empêchant de dénoncer publiquement leur agresseur, elle était elle-même contrainte au silence. Lors d’un débat avec Ramadan dans une émission de Frédéric Taddeï en 2009, elle y aurait toutefois fait allusion, comme elle l’explique sur son blog :

    « Je me souviens de son regard quand j’ai souligné avec une très légère ironie (que lui seul pouvait comprendre) qu’il défendait une vision extrêmement moraliste de la sexualité « en discours », et qu’il devait bien sûr se l’appliquer à lui-même… A la fin du débat, deux de ses proies, dont celle qui vient de raconter courageusement l’atrocité des sévices qu’elle a subis, se sont levées pour me dire « bravo » et « merci », devant lui. Tariq Ramadan se démaquillait en parlant avec son ami Taddeï. Il s’est décomposé. Je n’oublierai jamais son regard, livide et défait. Ce jour-là, il a su… Qu’un jour tout se saurait. [1] »

    Lors de l’émission de Taddeï, la journaliste d’investigation glisse en effet une remarque teintée d’ironie au sujet de la vie privée de Ramadan, « évidemment » en accord avec son discours… Mais il n’est pas question de « sévices », il est question de relations extra-conjugales. Qui est sensible à l’ironie de Fourest se dit alors que Ramadan, s’il prêche en public une sexualité exclusivement conjugale, ne s’interdirait pas, en privé, des aventures extra-conjugales. Rien ne laisse en revanche deviner « l’atrocité des sévices », l’ironie de Fourest, sourire en coin, n’en laissant rien transparaître. Il est vrai qu’en matière de sexualité, il est difficile de faire la part des choses, ce qui déplaît aux uns pouvant plaire aux autres. C’est du reste pourquoi le seul critère qui vaille est le consentement de chacun. Et à ce sujet le témoignage d’Henda Ayari est sans équivoque : elle a dit « non », il l’a violentée et violée. Fourest avait donc raison depuis près de dix ans : ce soi-disant musulman éclairé est un « porc ». Et honte à ceux qui, durant toutes ces années, ont pris la défense d’un « porc » malgré les preuves d’ores et déjà apportées par le livre de Fourest. C’est la conclusion du texte paru sur son blog :

    « Je n’oublie pas ceux qui ont continué à le mettre à l’antenne pour faire de l’audience et à le présenter comme un intellectuel (alors que son imposture universitaire était prouvée et que mon livre détaillait la portée intégriste de son double discours). Ceux-là portent la responsabilité de l’avoir laissé séduire la jeunesse musulmane d’Europe, même après le 7 janvier et ses commentaires ignobles sur Charlie. Sans vouloir réfléchir à leur métier. Par complicité virile, parfois par paresse ou naïveté, ils ont nourri un monstre qui a fait reculer les droits des femmes et la laïcité dans les esprits, mais aussi brisé quelques vies. »

    Le problème est que le témoignage d’Henda Ayari est tout récent et qu’en ce qui concerne le livre de Fourest écrit il y a près de dix ans, il n’est pas probant. De fait, si une chose est acquise, c’est que Ramadan, quoi qu’on en pense, est un intellectuel, ce qui est moins le cas de Fourest. (Aussi, quitte à reprocher à Edwy Plenel d’avoir discuté publiquement avec Ramadan, ou à Edgar Morin d’avoir co-signé un livre avec lui, autant reprocher aux consommateurs de l’industrie du spectacle d’engraisser les comptes en banque de Weinstein). Ce qu’il reste à déterminer, c’est la question de l’innocence ou de la culpabilité de Ramadan dans ces deux affaires de viol. Que faut-il en penser ? D’un côté, il y a le témoignage de deux femmes, que nous n’avons moralement pas le droit de mettre en doute (jusqu’à preuve du contraire), parce que ce serait les rendre coupables d’une faute grave : la dénonciation calomnieuse. De l’autre, il y a le témoignage d’un homme, Tariq Ramadan, qui clame son innocence par la voix de ses avocats, témoignage que nous n’avons moralement pas le droit de mettre en doute (jusqu’à preuve du contraire), parce que ce serait le rendre coupable d’un crime dont il est présumé innocent. Ne reste donc plus qu’à se taire, en attendant que la Justice tranche. Hélas, on risque fort d’en rester là : la parole de l’une contre la parole de l’autre. Et si c’est le cas, Ramadan sera vraisemblablement innocenté, « faute de preuves… ». On devine aisément qui en tirera tout le bénéfice : les grenouilles.

    Les grenouilles sont une plaie d’Egypte. Les plaies d’Egypte, au nombre de dix, ne sont pas des châtiments arbitraires tombés du ciel mais des signes, des symptômes, en l’occurrence une invasion de grenouilles, expression d’une terre livrée au bruit, d’un monde devenu inaudible, illisible et finalement impraticable hormis, peut-être, les chemins tracés par le courant. Mais précisément, comme dit la sagesse populaire, notamment alsacienne : « seuls les poissons morts vont dans le sens du courant ». Tâchons donc, dans la mesure de nos moyens, de rester vivant, ou du moins, pour ce qui concerne « l’affaire Ramadan », d’y introduire un minimum de lisibilité, en attendant – l’espoir fait vivre - que Justice soit faite.
    ***

    Comme précisé ci-dessus - mais il est bon d’y insister - il revient à l’institution judiciaire de trancher la question de savoir si Henda Ayari dit vrai ou faux, et conséquemment de savoir si Tariq Ramadan est coupable ou innocent. Et je n’ai, personnellement, strictement rien à dire à ce sujet. En revanche, il est trois éléments dans « l’affaire Ramadan » qui me paraissent d’ores et déjà établis, sans l’ombre d’un doute.

    Le premier élément est relatif au contexte, celui d’une révélation en cascade de harcèlements et de viols, singulièrement dans l’industrie du spectacle, comme en témoignent les dizaines d’accusations portées contre un producteur américain, puis celles de 456 actrices suédoises portées contre des acteurs, metteurs en scène et cinéastes [2] ; si bien qu’on est en droit de se demander si l’idéologie patriarcale et sexiste est d’abord le fait de l’islam rigoriste ou de l’industrie occidentale du divertissement.

    Le second élément est relatif au témoignage de Henda Ayari que Le Parisien présente comme une « ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque [3] », sa conversion aux valeurs occidentales ayant notamment eu pour « déclic », à suivre cette fois Le Figaro, les odieux attentats de 2015 : « Le déclic intervient après les attentats de 2015. Elle tire un trait sur son passé salafiste, retire son djilbab et parvient à s’affranchir des milieux islamistes [4] ». Or il se trouve qu’à s’en tenir au témoignage télévisé de Henda Ayari, l’histoire qu’elle raconte est sensiblement différente. Elle explique en effet qu’après son divorce elle a été séparée de ses enfants, ce qui, on l’imagine aisément, la faisait terriblement souffrir. Elle a alors consulté une assistante sociale, laquelle lui a expliqué que si elle voulait obtenir la garde de ses enfants, il lui fallait disposer d’un appartement et donc de ressources financières, et que par conséquent elle devait trouver du travail. À l’époque, Henda Ayari portait le voile. Et l’assistante sociale, soucieuse de l’aider à trouver du travail, lui a vivement conseillé de l’enlever. Henda Ayari est très claire à ce sujet et s’épanche à visage découvert sur BFM-TV : « J’ai porté le voile depuis l’âge de vingt ans, et donc le fait de devoir retirer le voile pour pouvoir trouver du boulot, pour pouvoir retrouver la garde de mes enfants, ça a été pour moi très difficile, très compliqué, beaucoup de culpabilisation [5] ». Elle le redit dans son témoignage sur France 3 Normandie, lorsqu’elle évoque de nouveau l’état de détresse dans lequel elle se trouvait à l’époque de sa rencontre avec Ramadan : « C’est ça, c’est vraiment cette souffrance avec la séparation de mes enfants, qui a fait que je me sentais très fragile, et aussi le fait de retirer le voile, parce que moi j’ai été obligée, enfin… [elle s’interrompt, puis reprend] voilà, j’ai voulu récupérer la garde de mes enfants, et pour ça il fallait que je trouve un boulot, et pour trouver un boulot, eh bien il a fallu que je retire le voile, parce que c’était très compliqué avec le voile, donc je culpabilisais [6] ». Que Tariq Ramadan ait brutalisé et violé Henda Ayari, ou qu’il ait eu avec elle des rapports consentis, ou qu’ils n’aient pas dépassé le stade de la pâtisserie orientale, c’est à l’institution judiciaire de trancher. En revanche, on peut d’emblée tenir pour vrai le témoignage de cette femme relatif à la séparation d’avec ses enfants et au fait qu’elle a été « obligée » de retirer son voile afin de trouver du travail, obligation dont elle a souffert : « ça a été pour moi très difficile, très compliqué, beaucoup de culpabilisation ». D’autres femmes, comme elles, ont été contraintes de retirer leur voile, pour aller à l’école, trouver du travail, s’insérer dans la société, etc., ce qui a dû être « très difficile, très compliqué, beaucoup de culpabilisation ». Mais qui s’en émeut ? L’histoire que les médias vous racontent est d’une tout autre facture : une femme autrefois salafiste s’est aujourd’hui libérée de l’islam ; elle est vêtue de cuir, épanouie, dévoilée, sexy et heureuse, si ce n’était le viol commis par un prédicateur musulman qui juge qu’une femme doit être « voilée ou violée ». On se croirait dans un mauvais téléfilm. Mais la réalité dépasse parfois la fiction, c’est vrai. Toujours est-il qu’en l’état actuel des choses, le seul élément qu’on puisse considérer établi par le témoignage télévisé de Henda Ayari, c’est que dans la France du XXIe siècle, la liberté qu’on accorde à une musulmane mariée à un salafiste est la suivante : « ou bien tu restes chez toi à t’occuper de tes enfants pendant que ton mari travaille (s’il a lui-même trouvé du travail malgré sa barbe et sa djellabah) ; ou bien tu quittes ton mari sans retirer ton voile, mais en ce cas on te retire la garde de tes enfants ; ou bien tu retires ton voile, tu raccourcis ta jupe, bref t’occidentalises et alors tout ira mieux. (Tu pourras même – qui sait ? - faire carrière au cinéma…) ». Appelons cela une islamophobie structurelle, singulièrement violente, et sexiste.

    Le troisième élément établi avec certitude est le rôle que certains attribuent au « sionisme » dans cette affaire, comme en témoigne, à suivre différents médias, l’intitulé d’un texte paru sur le site de l’Union française des consommateurs musulmans : « Tariq Ramadan face au sionisme international ». C’est un autre versant de la xénophobie : l’étranger n’est pas, cette fois, la femme musulmane voilée, c’est le juif-sioniste-comploteur, dominateur et argenté, dont un avatar, ou rejeton, est cet « enfant coiffé d’une kippa » que vous aurez un jour croisé à Paris, ou Toulouse.

    Je ne sais pas ce que l’enquête policière, puis le jugement s’il y en a un, parviendront à établir avec certitude, mais je crains fort qu’en guise de vérité on doive se contenter de ce qui est d’ores et déjà acquis : la parole de l’une contre celle de l’autre. Henda Ayari a-t-elle été violée ou Tariq Ramadan calomnié ? Nous ne saurons vraisemblablement pas. Ce que nous aurons su, en revanche, c’est que sexisme et xénophobie sont liés et qu’ils stigmatisent et violentent aujourd’hui en France, aux Etats-Unis ou en Suède. Aussi, puisqu’on nous invite, ces derniers temps, à balancer notre porc, je balance le mien : l’islamophobe et le judéophobe sont les deux faces d’une même perversion. Et j’ajoute qu’à ce sujet également il n’y a pas grand-chose à attendre de l’institution judiciaire. C’est à nous qu’il revient de penser, de parler et d’agir, du moins si nous n’entendons pas céder à l’idéologie dominante, laquelle nous enjoint en effet, comme l’a écrit Gilles Châtelet, de « vivre et penser comme des porcs ».

    [1] https://carolinefourest.wordpress.com/2017/10/28/laffaire-ramadan/

    [2] Voir notamment sur le site du journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/11/09/agressions-sexuelles-456-actrices-suedoises-accusent_5212786_3214.html

    [3] http://www.leparisien.fr/faits-divers/affaire-tariq-ramadan-la-deuxieme-plaignante-a-ete-entendue-mercredi-09-11-2017-7382949.php

    [4] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/07/01016-20171107ARTFIG00323-accusations-de-viols-contre-tariq-ramadan-comment-l8216affaire-a-eclate.php

    [5] https://www.youtube.com/watch?v=tTl-AV5ODsw&t=177s

    [6] https://www.youtube.com/watch?v=LIk5IfiLzi4&t=327s

  • Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où Charlie et Mediapart s’entendaient bien. En 2008, Caroline Fourest faisait son apparition sur le site, lors d’Etats généraux de la presse,

    « au temps où les deux médias défendaient les mêmes valeurs »

    , se souvient l’essayiste. En septembre 2012, le magistrat Jean-Yves Monfort, spécialiste reconnu du droit de la presse, assiste à un colloque organisé au Havre pour le quarantième anniversaire de la loi Pleven contre le racisme. Avec lui, la chroniqueuse de France Inter Sophia Aram et Fabrice Arfi ainsi que Charb, celui que les frères Kouachi voulaient tuer en priorité. Le retour s’était fait à quatre.

    « Je garde un merveilleux souvenir de ce voyage où le train s’arrêtait à toutes les stations, comme les diligences de Maupassant, raconte Monfort. Nous venions tous les quatre d’horizons différents, mais en refaisant le monde, on réalisait qu’on partageait pas mal de vues. »

    Sur les murs des locaux de Mediapart, des dessins joliment encadrés de Charb et de Tignous, deux des victimes de l’attentat de 2015, attestent aussi de la bonne entente passée. Sur l’un d’eux, un type, seul chez lui, devant son ordinateur. Sa femme passe une tête : « Tu fais quoi chéri ? » « Euh… je m’informe sur Mediapart. » Sur un autre, un Nicolas Sarkozy discourant doctement de « la France qui se lève tôt ». Une figure commode, Sarkozy, un bouc émissaire idéal pour tenir les morceaux de deux gauches déjà en bisbille : l’une (Charlie) tenante d’une laïcité ultra-stricte, l’autre (Mediapart) allant jusqu’à parler de « racisme d’Etat » en France. Le temps d’un quinquennat, le schisme qui menace la gauche est mis sous le boisseau.

    « Tout a pourtant commencé il y a dix ans, après le meurtre d’Ilan Halimi »

    , analyse le sociologue Philippe Corcuff, un ancien de Charlie, quoiqu’il tienne maintenant un blog sur Mediapart.

    « Lors des attentats contre la rue Copernic – quatre morts devant une synagogue parisienne en 1980 –, la gauche entière avait défilé, poursuit-il. Après ce meurtre, la Ligue communiste révolutionnaire a choisi de ne pas manifester ; c’était le premier coup de boutoir porté à l’antiracisme légendaire. Rien non plus dans la gauche radicale après le massacre de Mohamed Merah dans une école juive de Toulouse.

    On assiste depuis à une guerre sourde entre anti-islamophobie et antisémitisme, comme s’il y avait concurrence, Cette bagarre atomique entre Mediapart et Charlie en est aussi le reflet déformé. »

    conclut l’universitaire.

  • Une écoute un peu attentive montre que Corcuff développe dans sa conférence une version sophistiquée et apparemment prudente de la thèse éculée de l’axe "rouge brun" et des "extrêmes" qui se rejoignent : soit un lieu commun préféré de la doxa contemporaine, déguisé sous les atours de la "neutralité" axiologique des sciences sociales.

    Autrement dit, il ne s’agit ni plus ni moins d’une opinion, peu originale en l’occurence, qui consiste à discréditer à peu de frais une partie des intellectuels de la gauche critique, au prétexte d’un éternel retour de l’hydre fasciste.

    La difficulté est que Corcuff ne se livre pas de but en blanc à cet amalgame, et prend un luxe de précautions oratoires...pour bien expliquer ce qu’il ne veut pas dire, tout en le disant quand même... et que l’auditeur peu attentif retiendra in fine.

    Premier sophisme : le "retour des années 30".

    Attention, il ne s’agit là selon Corcuff que d’une "analogie", c’est-à-dire selon sa propre définition un rapprochement qui contient autant d’identités que de différences. Donc impossible de l’accuser d’amalgame grâce à cette couverture bien pratique.

    Or, outre que sa définition de l’analogie ne correspond à rien de ce qui est dans le dictionnaire, elle permet, comme tout sophisme, de dire tout et son contraire, et d’avoir toujours raison. Car quelle est la fonction d’un raisonnement par analogie, sinon de souligner l’identité de deux phénomènes, sans effectivement nier l’existence de différences ?

    Raisonner par analogie ne se justifie que parce qu’il existe une certaine homologie sur laquelle on insiste pour montrer quelque chose et défendre une idée. Avec Corcuff, on est dans le "retour des années 30", mais attention, c’est très différent des "années 30". Pourquoi alors y faire référence, si ce n’est in fine pour faire passer l’amalgame en contrebande ?

    Pour comprendre de quoi il retourne, on peut lire Bouveresse ("Prodiges et vertiges de l’analogie"). Ici Corcuff, suffisamment cultivé pour être conscient de l’écueil du raisonnement analogique innove en s’y livrant tout en vidant de son sens la notion même d’analogie. Si on lui rétorque en effet que les années 30 n’ont rien à voir avec notre époque, il peut nous dire : c’est bien ce que j’ai dit ! CQFD.

    Il reste évidemment l’intention et le titre qui claque : au secours, c’est le "retour des années 1930" ! Voilà ce qu’on retient. Il y donc bien une intention : suggérer un "retour" historique, tout en s’en défendant.

    Deuxième sophisme : le recours à la philosophie et aux sciences sociales.

    Corcuff cherche à défendre une opinion, la sienne, mais la fait passer pour le produit de la science et de la raison. Rien de tel que convoquer Bourdieu et la figure de "l’orchestre sans chef", qui est pourtant une banalité en sociologie, pour convaincre un auditoire peu averti qu’on est devant un discours savant et "objectif", et surtout conscient de lui-même.

    La manoeuvre est subtile ici encore, car Corcuff a parfaitement conscience du caractère "bricolé" de la convergence entre les années 1930 et la période contemporaine, ainsi que celle qu’il croit déceler entre les intellectuels de gauche actuels défendant le protectionnisme économique et la droite xénophobe.

    Pour faire diversion, il convoque un discours adverse grossier et facile à démonter : celui d’un complot "rouge-brun" destiné à réhabiliter la sombre idée de Nation. Bien entendu, personne n’a jamais imaginé cela, mais Corcuff nous révèle le processus subtil - et pourtant très banal en sciences sociales - d’une convergence sans intention - convergence dont les intéressés - à savoir ces intellectuels de gauche - sont inconscients. Autrement dit, Corcuff est le seul sujet autonome dans l’histoire : les autres intellectuels sont pris dans des déterminations idéologiques qui forcément leur échappent.

    En attendant, Corcuff a détourné l’attention de l’aspect le plus fragile et contestable de sa thèse : qu’il existe bel et bien une telle convergence - fût-elle inintentionelle.

    Au delà, Corcuff convoque Bourdieu à travers son analyse des idéologie allemandes dans les années 1930, sans aucun rapport donc avec la période contemporaine. Mais comme Corcuff vient de nous convaincre de la pertinence du glissement des "années 1930" à aujourd’hui, tout en précisant qu’il y a autant de différences entre les deux périodes, le lecteur inattentif aura compris que cette analyse spécifique de Bourdieu s’applique très bien à la période actuelle. Ca s’appelle faire parler les morts.

    Troisième sophisme : l’accusation d’"essentialisme".

    C’est certainement le sophisme le plus ardu à démonter, car il s’appuie sur une limite bien connue du langage et de tout discours général. Corcuff reproche aux auteurs incriminés de prendre les mots pour des choses ou des substances : l’Europe, le Marché, la Mondialisation, L’Allemagne...et tous les mots en -isme.

    Cette critique des facultés du langage est absolument justifiée et bien connue des étudiants en philo : le problème, c’est que la conceptualisation - le fait de ranger des objets particulier sous un vocable général - est la base de la pensée. Donc personne n’y échappe, pas plus Corcuff que les autres.

    Toute la difficulté consiste à avoir conscience de cet écueil, qui encore une fois est de niveau philo de terminale : le concept de fruit comme essence, n’existe pas, il n’existe que des pommes des poires etc...Plus loin, le concept de poire n’existe pas plus : il n’existe que des poires particulières etc...

    Le problème est que pousser à son terme cet inderdit épistémologique de placer des objets particulier sous une espèce générique, c’est tout simplement s’interdire de penser.

    Corcuff le sait très bien, il utilise donc cet argument à des fins malhonnêtes.

    C’est particulièrement vrai en Histoire, où le caractère construit du discours est quasi-inévitable. S’il faut donc se méfier d’une substantialisation excessive des "phénomènes" historiques - qui seraient valables toujours et partout - il faut bien cependant se donner les moyens de penser ce qui est stable et relativement inerte au cours du temps. Corcuff le fait lui-même à tour de bras, puisqu’il use forcément de concepts tout aussi "génériques" : xénophobie, anarchisme, capitalisme, cosmopolitisme, néo-conservatisme etc...

    Ainsi dire comme le font les intellectuels incriminés que le "projet européen" est, sous sa forme historique, le point d’entrée de l’idéologie ordo-libérale en Europe depuis sa création, ne signifie pas qu’elle l’est en soi et le sera pour toujours. Mais un certain réalisme suggère qu’il est peu probable que de ce projet tel qu’il s’est sédimenté historiquement puisse un jour donner autre chose, en vertu de l’inertie des institutions. Ce n’est pas "essentialiser" l’Europe (au sens de l’institution) de dire qu’elle est intrinsèquement libérale, c’est regarder les choses en face.

    Il n’est donc pas frauduleux de dire "l’Europe, c’est le marché" : pris au pied de la lettre c’est en partie inexact puisque cela prétend épuiser ce que l’Europe pourrait être un jour - ce qui estcertes impossible - mais c’est tout simplement bien pratique pour savoir à quoi s’attendre s’agissant de cette institution sur le plan politique et historique.

    De même, dire comme le font Todd ou Lordon, que l’Allemagne contemporaine suit une pente "hégémonique" sur le plan économique, ou qu’elle est prise par une vision très spécifique de ce que doit être la monnaie ne revient pas essentialiser les allemands comme d’irréductibles nazis, mais à décrire une tendance stable et bien inscrite dans le temps, qu’il sera difficile de contrecarrer avant longtemps. Cela ne revient en rien à masquer les contradictions internes et l’existence d’une opposition minoritaire à ce modèle : simplement, il faudra que de l’eau coule sous les ponts avant que l’élite allemande ne se déprenne de ces tendances.

    Encore une fois, Corcuff a raison de dire qu’il faut se méfier absolument d’une essentialisation excessive : on s’interdirait en effet de penser le changement. Mais ce n’est pas une raison pour caricaturer la pensée des autres.

    Comme je l’ai dit, tout porte à croire qu’en matière d’essentialisation, Corcuff n’est pas mieux placé que les autres. En bon anarchiste internationaliste d’Université, il n’y a pas de mal à imaginer ce qu’il pense a priori de l’Etat ou de la Nation, et par conséquent de l’étatitisme et du nationalisme, sinon que ce sont les figures irréductibles du Mal anti-démocratique, la Démocratie étant certainement la forme la plus galvaudée d’essentialisation dans la doxa.

    On ne voit pas en quoi il serait plus immunisé que les autres de la nécessité de construire des catégories simplifiées pour forger ce qui reste des opinions politiques, et il n’y a aucun mal à cela, à condition de ne pas péter plus haut que son cul, et reconnaître que l’on ne fait pas autre chose que défendre des opinions.

    Quatrième sophisme : le "cosmopolitisme" comme argument opposable au protectionnisme économique.

    Corcuff n’entend rien aux questions d’économie, ce qui n’est pas un problème en soi.

    Mais il prétend opposer une critique externe forte aux défenseurs de mesures protectionnistes, qui s’inscrivent dans une tradition ancienne de l’Economie politique depuis F List, qu’on retrouve aussi chez Keynes, tradition qui n’a strictement rien à voir avec la philosophie politique. Lequel parmi les économistes incriminés, de gauche, ne s’inscrit pas dans l’universalisme abstrait de Kant ou de Marx si Corcuff prenait la peine de les interroger à ce propos ? La moindre des choses est de présupposer qu’ils s’y inscrivent tous, du fait même qu’ils sont de gauche : cela demande certes une bienveillance minimale à leur égard.

    En aucun cas la défense du protectionnisme économique ou de la souveraineté monétaire n’entre en contradiction avec les idéaux très lointains du cosmopolitisme abstrait et de la citoyenneté mondiale : en attendant, sur le plan pratique, il est tout à fait légitime de protéger les gens appartenant à la même communauté politique que nous. Un protectionnisme économique raisonné et encadré est parfaitement en accord avec le pragmatisme de Marx, qui conçoit bien que le cadre pertinent de l’action politique demeure, dans l’état des rapports de force institués, celui de l’Etat-Nation, aussi bien à son époque qu’aujourd’hui.

    Ce qui est affligeant dans l’approche surpomblante et abstraite de l’internationalisme bêta de Corcuff et de ses amis d’ATTAC, c’est qu’elle nous propose d’attendre passivement l’édification d’une société plus juste et moins violente à la fin des temps. S’il avait lu Lordon un peu plus en détail, Corcuff aurait compris que le protectionnisme industriel et commercial unilatéral n’est pas incompatible avec l’amélioration des conditions de vie et de travail chez nos partenaires : c’est un moyen de freiner le dumping social et l’extraversion exagérée des économies en développement qui les maintient dans une spirale de bas coût de main-d’oeuvre, en forcant ces pays à développer leur demande interne. Dit plus simplement, c’est le maintien actuel du commerce dérégulé qui est le premier vecteur de l’exploitation mondiale du travail par les firmes multinationales.

    Ces intellectuels non-économistes qui croient défendre l’ouvrier polonais ou chinois en défendant la mondialisation libérale au nom d’un principe "cosmopolitique" qui voudrait que l’émancipation économique et sociale doit survenir simultanément dans tous les pays du monde, tout en maintenant les règles actuelles du commerce sont de fait leurs pires ennemis et les pires complices du capital. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

    Cinquième sophisme : l’"éthique de responsabilité" et le crime de "malpensée" (Orwell)

    Les critiques précedentes étaient d’ordre formel et finalement dénoncent des péchés véniels de la réthorique de Corcuff. On s’attaque là à la partie la moins défendable sur le plan politique et rationnel et pourtant la plus cruciale de l’échafaudage corcuffien.

    J’en ai déjà parlé dans un post précédent : l’"éthique de responsabilité" revient à dire qu’il est des vérités qui ne sont pas bonnes à révéler au peuple dans certains contextes, ici la mondée de la droite nationaliste et xénophobe.

    Ce principe est absolument contraire à la fois à la tradition rationaliste des Lumières, et à la tradition égalitariste de l’anarchisme. Non seulement c’est une grosse connerie, mais c’est révélateur d’une pensée "élitaire" absolument bourgeoise et totalement obscurantiste : on est clairement dans l’imposture sur le plan politique.

    Pour le dire simplement, c’est une version du principe censitaire appliquée au capital culturel : les masses populaires, facilement aveuglées par l’idéologie nationaliste ambiante, doivent être préservées des idées "dangereuses" et "récupérables" par les forces du Mal, grâce à une police de la pensée, dont Corcuff serait le flic suprême. C’est une véritable insulte à l’anarchisme.

    Il existe une tradition extrêmement forte dans l’anarchisme politique qui consiste à fonder la transformation sociale sur l’éducation et l’émancipation intellectuelle. En aucun cas elle n’appelle à une auto-censure destinées à protéger les beaufs contre leur propre connerie, ce que sous tend l’"éthique de responsabilité" de Corcuff, qui prend les gens pour des enfants : il s’agit au contraire de fabriquer des sujets autonomes et libres.

    L’émancipation, la révolution, la transformations sociale doivent s’apprécier et être évaluée selon cette tradition anarchiste bien plus à travers le processus suivi, qui doit à chaque instant postuler l’égalité fondamentale des citoyens et leur autonomie de pensée, qu’à travers le résultat hypothétique auquel il peut conduire. En ce sens le projet corcuffien est tout sauf anarchiste : il partage avec l’idéologie bourgeoise, le christianisme mais aussi le léninisme l’idée fondamentale que le peuple est incapable en lui-même d’accéder à l’autonomie, et qu’il faut donc lui raconter des fables pour enfants.

    Selon moi, et beaucoup d’autres, renoncer à cela, c’est renoncer à tout projet authentiquement libérateur.

    En ce sens, le corcuffisme a tout de l’imposture sur tous les plans - intellectuel, philosophique et surtout politique.

    Sixième sophisme : l’irréfutabilité apparente du discours

    Une des grande forces de l’appareil sophistique est qu’il permet d’aligner des énoncés sans que ceux-ci puissent être réfutés, selon le critère poppérien classique, qui consiste à poser qu’un énoncé doit être réfutable pour être scientifique.

    Même si le critère popperien est à manier avec précaution dans le domaine des sciences humaines et politiques, où l’administration de la preuve est quasi-impossible, Corcuff abuse de ce statut forcément émancipé de ce critère des sciences humaines pour dire absolument ce qui l’arrange, sans qu’il soit possible d’y apporter une contradiction franche : on assiste au retour des années 30, il y a convergence impensée entre des auteurs de la gauche critique et la droite xénophobe, la critique des media "fait le jeu" de cette même droite etc...autant d’énoncés parfaitement irréfutables.

    Une contradiction interne forte m’a cependant sauté aux oreilles au fil du discours, ce qui montre bien que Corcuff ne s’embarrasse pas de cohérence et de conséquence en construisant son discours et qu’il doit être mu par autre chose que par une quelconque quête de vérité - ou en tout cas de véracité.

    En début de conférence, Corcuff, qui se situe sur le plan du discours pratique, veut nous mettre en garde d’un "danger" qui justifie la totalité de son développement :

    "Ce néo-conservatisme [...] est en train de monter dans la société française mais aussi dans d’autres sociétés européennes, et il n’est pas impossible de considérer qu’il devienne un jour l’idéologie des élites, l’idéologie dominante"

    Rappelons-nous que Corcuff inclut dans cette nébuleuse néo-conservatiste le pseudo "nationalisme" des intellectuels de gauche défendant le protectionnisme économique. C’est là que ropose l’essentiel de la charge de Corcuff contre ces économistes, dont il reconnaît par ailleurs la pertinence des propos, mais qu’il fustige au nom de son "éthique de responsabilité".

    Or que dit-il bien plus loin à propos des mêmes économistes accusés de "fétichiser" la Nation :

    "Si l’on regarde d’ailleurs l’histoire des gauches radicales depuis la 2e guerre mondiale, les intellectuels critiques ont pourtant plus de probabilité de peser sur les mouvements sociaux que sur les politiques étatiques, en tout cas s’ils restent critiques, et en général hors de leur portée, hors du seul niveau rhétorique.[...] Pourtant ces intellectuels critiques sont tentés de surestimer la place des mesures destinées aux institutions étatiques, comme si ils avaient en leur for intérieur un âme de gouvernant, une âme de conseiller du prince, ou comme si un Lénine someillait en chacun."

    De deux choses l’une, soit ces intellectuels sont à même d’influencer l’"idéologie dominante", soit ils ne le sont pas.

    La deuxième proposition, qui hélas est réaliste et plutôt lucide, constitue un argument à charge mais parfaitement recevable contre la performativité de leurs propositions qui reviennent selon lui à pisser dans un violon - pour qui n’est pas dupe de la comédie d’un Montebourg, caution pratique du feu gouvernement Ayrault. Mais elle entre en totale contradiction avec la première. Dans ce cas en effet, plus rien ne justifie la charge de Corcuff contre ces soi-disant fétichistes de l’"Etat-Nation", voués de toute façon à demeurer parfaitement inaudibles et innoffensifs.

    On se demande alors pourquoi il prend la peine de les attaquer, et le gros soufflé de la "convergence" rouge-brune impensée se dégonfle tout seul.

    Qu’y at-il derrière cette charge contre ces intellectuels, si ceux-ci sont de fait de petites choses inoffensives ? Simplement un présupposé anti-étatique que Corcuff déroule paresseusement en suivant ce qu’il suppose être un principe fondateur de l’anarchisme. Ce genre d’anarchisme universitaire se moque complètement des conditions concrètes d’exploitation des victimes de la mondialisation libérale : ce qui compte, c’est de désigner le Mal défini de façon caricaturalement essentialiste - en l’occurence, par ordre croissant d’ignominie supposée, l’Etat-Nation, le Prince, Lénine.

    De l’opinion mise en forme, voilà à quoi se résument les "cours" de Corcuff.

    https://blogs.mediapart.fr/jarogne/blog/120515/les-sophismes-de-corcuff

  • Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où Charlie et Mediapart s’entendaient bien. En 2008, Caroline Fourest faisait son apparition sur le site, lors d’Etats généraux de la presse,

    « au temps où les deux médias défendaient les mêmes valeurs »

    , se souvient l’essayiste. En septembre 2012, le magistrat Jean-Yves Monfort, spécialiste reconnu du droit de la presse, assiste à un colloque organisé au Havre pour le quarantième anniversaire de la loi Pleven contre le racisme. Avec lui, la chroniqueuse de France Inter Sophia Aram et Fabrice Arfi ainsi que Charb, celui que les frères Kouachi voulaient tuer en priorité. Le retour s’était fait à quatre.

    « Je garde un merveilleux souvenir de ce voyage où le train s’arrêtait à toutes les stations, comme les diligences de Maupassant, raconte Monfort. Nous venions tous les quatre d’horizons différents, mais en refaisant le monde, on réalisait qu’on partageait pas mal de vues. »

    Sur les murs des locaux de Mediapart, des dessins joliment encadrés de Charb et de Tignous, deux des victimes de l’attentat de 2015, attestent aussi de la bonne entente passée. Sur l’un d’eux, un type, seul chez lui, devant son ordinateur. Sa femme passe une tête : « Tu fais quoi chéri ? » « Euh… je m’informe sur Mediapart. » Sur un autre, un Nicolas Sarkozy discourant doctement de « la France qui se lève tôt ». Une figure commode, Sarkozy, un bouc émissaire idéal pour tenir les morceaux de deux gauches déjà en bisbille : l’une (Charlie) tenante d’une laïcité ultra-stricte, l’autre (Mediapart) allant jusqu’à parler de « racisme d’Etat » en France. Le temps d’un quinquennat, le schisme qui menace la gauche est mis sous le boisseau.

    « Tout a pourtant commencé il y a dix ans, après le meurtre d’Ilan Halimi »

    , analyse le sociologue Philippe Corcuff, un ancien de Charlie, quoiqu’il tienne maintenant un blog sur Mediapart.

    « Lors des attentats contre la rue Copernic – quatre morts devant une synagogue parisienne en 1980 –, la gauche entière avait défilé, poursuit-il. Après ce meurtre, la Ligue communiste révolutionnaire a choisi de ne pas manifester ; c’était le premier coup de boutoir porté à l’antiracisme légendaire. Rien non plus dans la gauche radicale après le massacre de Mohamed Merah dans une école juive de Toulouse.

    On assiste depuis à une guerre sourde entre anti-islamophobie et antisémitisme, comme s’il y avait concurrence, Cette bagarre atomique entre Mediapart et Charlie en est aussi le reflet déformé. »

    conclut l’universitaire.

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